HARRY NUTCRACKER ET LE PAYS DES JOUETS

Acte 3 : Coincés dans la montagne de crème glacée


La chute fut longue. Drago eut tout le temps de se demander pourquoi le monde s'acharnait contre lui alors qu'il sentait de façon funeste s'exercer le pouvoir de la gravité. Bien sûr, l'Héritier Malfoy n'était pas un trouillard, mais quand on se sentait ainsi tomber pendant plus de trois secondes, on ressentait alors l'irrésistible envie de crier très, TRÈS fort.

Heureusement pour la fierté de notre cher blondinet, son cri n'eut pas le temps de franchir la barrière de ses lèvres qu'il atterrit dans une épaisse couche molle et froide.

Il n'avait pas crié. Son honneur était sauf.

— Putain de bordel de merde !

... Son honneur, pas ses bonnes manières.

Drago entreprit de se redresser comme il pouvait, luttant contre l'espèce de poudre gelée qui le recouvrait et avait amortie sa chute. Frissonnant de toute part, il écarta ses cheveux désordonnés qu'il avait devant les yeux, juste à temps pour voir l'idiote marionnette tomber du ciel juste devant lui, le recouvrant une nouvelle fois de ce qu'il avait identifié comme de la neige.

— Put...

Il dut faire un effort surhumain pour ne pas insulter cette stupide marionnette de tous les noms. Pas plus de trois jurons par minute. C'était une règle qu'il se tenait de respecter depuis ses cinq ans.

La marionnette se redressa difficilement en portant la main à son front.

— Eh bien... Heureusement qu'il y avait de la neige pour amortir notre chute...

— Parce que tu nous as fait faire le saut de l'ange sans savoir où on atterrirait ? cracha Drago en se levant et en époussetant ses vêtements.

— Hey ! Baisse d'un ton, tu veux...

— Que moi je baisse d'un ton ?! s'écria Drago, furieux que la marionnette ose lui donner des ordres.

Il allait se retourner vers l'idiot de bois pour lui dire le fond de sa pensée sur leur situation, quand une main ganté et dure comme de la roche se posa sur sa bouche. La poupée de bois s'était levée avec une rapidité hors norme et se tenait maintenant à quelques centimètres de Drago. Ce dernier lui lança un regard surpris, auquel les yeux verts répondirent en se tournant vers le plafond. Drago suivit leur mouvement pour s'apercevoir qu'ils étaient en fait dans une immense grotte gelée. Et qu'au-dessus de leurs têtes, se dressaient plusieurs centaines de stalactites tranchantes, prêtes à tomber et à les empaler au moindre éclat de voix.

Une fois certain que Drago n'allait plus crier, la marionnette s'écarta en vitesse. Drago le maudit du regard, le brun n'avait pas besoin de mots pour comprendre que la prochaine fois qu'il osait poser sa main sur la noble bouche du noble aristocrate, ce dernier le transformerait en petit bois pour sa cheminée.

— Et maintenant on fait quoi Monsieur le génie ? demanda Drago en chuchotant.

— Je ne sais pas... Nous sommes bien au Pays des Sucreries, sûrement dans les montagnes de crème glacée...

Il s'approcha de la paroi de la grotte et y passa sa main gantée, déplaçant la poussière de neige pour dévoiler une couche de glace miroitante. Drago observa le reste des murs en arrivant à une conclusion qui ne lui plut pas.

— Il n'y a pas d'issue...

— Il devait y en avoir une ! le reprit la poupée. Seulement la glace s'est reformée et a bloqué la sortie.

La marionnette attrapa son épée dans son fourreau et prit de l'élan avant d'abattre l'arme sur le mur de glace. Le son que produisit le métal sur la paroi résonna dans la cavité en faisant trembler les stalactites du plafond.

— Tu veux nous tuer ou quoi ! s'écria Drago le plus bas possible.

— ... Ok, c'était une mauvaise idée. La glace n'a même pas une égratignure.

— Ben trouve autre chose ! Et si possible une solution qui ne nous transformera pas en brochettes.

Tout en disant cela, Drago s'approcha du mur de glace pour y observer son reflet et se recoiffer. Fouillant dans la poche intérieure de sa veste, il en sortit un petit peigne argenté serti d'une petite émeraude, sa pierre préférée. Ses pauvres cheveux soyeux avaient été mis à mal par la neige fondue alors il les ramena vers l'arrière d'un geste habitué.

La marionnette le regarda faire les yeux écarquillés avant de ranger sa lame en maugréant.

— C'est quoi ton problème ? On est deux dans cette galère alors si tu n'y mets pas un peu du tiens aussi on n'ira pas loin !

— Pardon ? Et qu'est-ce que tu veux que je fasse au juste ? Je ne suis pas d'ici moi ! J'y connais rien à ce monde de Bonbons !

— C'est le Pays des Sucreries, et si tu veux le quitter il va déjà falloir m'aider à sortir de cette fichue grotte. Alors ? Des idées ?

— J'en ai bien une, en effet... J'aurais juste besoin d'un petit sacrifice au Dieu du feu...

— Qu... Mais t'es pas bien ! Tu veux me faire brûler ?!

— T'as tout compris, tête de bois.

Drago avait croisé ses bras sur son torse et regardait l'autre de cet air supérieur énervant. S'ils ne risquaient pas la mort au moindre bruit trop fort, la marionnette lui aurait depuis longtemps hurlé dessus. Ah... Ce qu'il pouvait détester les types comme lui.

— Bordel... Pourquoi il a fallu que je me retrouve avec un aristo pourri...

Le corps de bois se tendit en attendant la réaction du blond. Pourquoi se disputaient-ils de base ? Ils feraient mieux de trouver un moyen de sortir plutôt que d'agir comme des gamins.

Mais contre toute attente, Drago ne répondit pas. Il s'était retourné vers le mur de glace et le regardait comme si c'était lui qui l'avait insulté. La marionnette s'inquiéta de l'expression de son compagnon d'infortune. S'était-il cogné la tête en tombant ?

— Drago ? Ça va ?

— Chut.

Le blond s'approcha de la paroi de glace comme si sa vie en dépendait. Il posa sa main sur la surface glaciale à la manière d'un aveugle cherchant un texte en braille.

— Mais qu'est-ce que tu...

— Chuuuut ! Écoute !

L'air concentré du blond attisa la curiosité du brun et il tendit l'oreille. Pourtant, la grotte était parfaitement silencieuse.

— T'entends ? demanda Drago en se déplaçant sur la droite comme suivant une chimère que lui seul entendait.

La marionnette commençait vraiment à craindre pour sa santé mentale quand Drago s'arrêta devant une partie du mur de glace en tout point semblable au reste de la grotte. Posant sa main sur la glace, cette dernière commença alors à briller, comme éclairée de l'intérieur.

Comme brûlé par la lumière, Drago retira sa main et s'écarta juste à temps pour voir l'endroit d'où provenait le son fondre. Cela créa une petite cavité parfaitement ronde d'où raisonnait maintenant le doux bruit. Pendant un moment, Drago eut peur que ce dernier ne décroche les stalactites mais cette angoisse s'envola lorsqu'il l'aperçue.

Une luciole. Minuscule et brillante, comme une sphère d'énergie pure qui voletait à l'entrée de la cavité.

Comme timide, elle faisait des mouvements aléatoires près de la glace avant de soudain prendre son envol vers le visage de notre blond.

Drago retint son souffle sous le choc. Maintenant qu'il la voyait de plus près, il se rendit compte que cette sphère de lumière n'avait rien d'une luciole. Non, c'était une fille. Une minuscule petite fille en robe blanche aux reflets bleutés, comme taillée dans un flocon de neige. De longs cheveux blonds ondulaient autour de son visage doux, faisant ressortir de grands yeux bleus rêveurs. Et dans son dos, vibrant sans bruit dans l'air gelé, se trouvaient deux petites ailes translucides.

— C'est... c'est... commença Drago.

— Une fée des neiges... termina la marionnette.

Ce dernier s'approcha doucement, comme pour ne pas l'effrayer. Il semblait aussi émerveillé par ce spectacle que Drago lui-même, regardant le petit être gracieux avec un sourire d'enfant voyant un arc-en-ciel pour la première fois.

— Une fée... répéta Drago, des étoiles plein les yeux.

Comme hypnotisé, il leva la main vers cette apparition merveilleuse comme pour s'assurer qu'elle était bien réelle. La petite fée laissa échapper un rire cristallin avant de s'envoler et de retourner se cacher dans la petite cavité qui se referma derrière elle.

Sa lumière partie, Drago et la marionnette eurent l'impression que la nuit était subitement tombée sur leur grotte.

Drago n'en revenait toujours pas de ce qui venait de se passer, et à voir la tête de la marionnette, lui non plus.

— Alors les fées existent ? demanda Drago.

— Oui... Mais ça doit faire une centaine d'année que personne n'en avait plus vue !

— Comment ça ? Elles sont en voie d'extinction ?

— Y a un peu de ça, oui. Mais surtout, depuis quelques décennies, les fées se cachent et ne sortent plus devant les humains. Les chercheurs passent parfois leur vie à en chercher... Et toi, à peine arrivé ici que tu en croises une ! Tu dois être l'homme le plus chanceux du monde.

— Si j'étais vraiment l'homme le plus chanceux du monde, je serais en ce moment même en train de dormir dans mon lit aux draps de satin, loin de ta sale tête de bois, répliqua Drago.

Sa remarque eut le don de faire retomber l'ambiance de la grotte tandis qu'il se rapprochait de l'endroit où la cavité s'était ouverte pour l'observer.

— Tu as dit que c'était une fée des neiges c'est ça ? Tu as vu comment elle a fait fondre la glace ?

— Ça fait partie de leurs pouvoirs, les fées des glaces peuvent contrôler la glace à leur guise. C'est probablement elles qui ont glacé l'entrée de la grotte.

— Alors on pourrait leur demander de nous rouvrir la voie !

Tout en parlant, Drago alla toquer contre la paroi de glace comme s'il s'agissait d'une porte.

— Ça m'étonnerait que cette fée accepte de nous aider, elles ne sont pas connues pour leur serviabilité envers les autres créatures vivantes...

Mais alors qu'il parlait, le son qu'avait entendu Drago plus tôt recommença. Plus net, et plus présent que tout à l'heure. Ça ressemblait à une mélodie... Comme un chant doux et merveilleux. Drago n'avait jamais rien entendu de tel. La mélodie se rapprochait et s'intensifiait petit à petit.

Puis, tout comme la glace avait commencé à briller tout à l'heure, le mur s'illumina de millions de petites lumières bleutées ! Reculant sous ce spectacle, Drago et la marionnette regardèrent une multitude de petites cavités se creuser dans la glace, et libérer des centaines et des centaines de petites fées lumineuses !

Tourbillonnant partout autour d'eux, virevoltant entre les stalactites sans même les effleurer, dansant entre elles et chantant toutes ensemble, elles formaient un véritable ballet artistique. C'était un spectacle hypnotique qu'elles leur offraient et aucun des deux hommes ne savait trouver les mots pour exprimer ce qu'il voyait. Tournant sur eux-mêmes pour ne rien manquer du spectacle, ils avaient l'impression de danser avec elles.

Drago entra alors en contact avec la marionnette et leur regards se croisèrent à nouveau. Drago était comme dans une sorte de transe, hypnotisé par la musique féerique, il laissa son regard se perdre dans les yeux émeraude sans même se rendre compte de son comportement. La marionnette, elle, en fut bien consciente et regarda le blond avec surprise. Ce dernier affichait un sourire simple et heureux, sans arrière-pensée ou faux semblant. Il semblait réellement s'amuser de ce spectacle d'acrobatie et cela arracha même un sourire à la poupée de bois. Se détournant de lui, Drago continua à observer les fées comme un enfant devant un spectacle de magie, et la marionnette en rigola.

Alors comme ça, le petit aristo casse-pieds pouvait aussi faire ce genre d'expression ?

Ce fut ce moment que les fées choisirent pour commencer à se regrouper, formant un nuage blanc et bleu, comme une tempête de flocons de neige, elles commencèrent à tourner sur elles-mêmes. Drago vit alors la petite fée qui était sortie de la glace en premier quitter l'essaim et s'approcher de lui. Elle virevolta jusqu'à sa veste et attrapa un bout de sa chemise avant d'essayer de le guider dans une direction. Drago se laissa faire, comme si la moindre résistance de sa part pourrait briser cet instant magique.

Une fois hors de la route des fées, ces dernières fondirent sur le mur de glace. Il y eut une explosion de lumière qui força Drago et la Marionnette à fermer les yeux sous l'intensité.

Lorsqu'ils les rouvrirent, ils découvrirent un mur de glace fondu sur plusieurs mètres, comme un tunnel donnant sur la lumière de l'extérieur !

— J'y crois pas... murmura la Marionnette.

Drago reporta son attention sur la petite fée blonde aux yeux rêveurs et tendit le doigt devant elle. Elle se pencha sur son index pour lui déposer un petit baiser puis s'en alla à la poursuite de ses sœurs, disparaissant dans la lumière de l'extérieur.

— Je crois qu'elle m'aime bien ! commenta Drago avec un sourire tendre en la voyant partir.

— Eh ben ça... Tu n'aurais pas du sang de fée dans les veines par hasard ? demanda la Marionnette comme une mauvaise blague.

— C'est possible ?

— Bien sûr que non !

Et la Marionnette planta là notre aristocrate qui le suivit d'un pas rageur.

En sortant de la grotte, la lumière extérieure était si forte que Drago dut plisser les yeux. Il se retrouva alors sur un immense plateau enneigé où le soleil se reflétait sur le sol immaculé. En contrebas du plateau, se trouvait une gigantesque forêt dont il pouvait sentir l'odeur de pin d'ici. Les feuilles vertes chatoyantes formaient comme une mer de verdure qui se finissait plus au sud sur de grands pâturages colorés. Derrière ces derniers, Drago put apercevoir un château d'une taille colossale ! Jamais il n'avait vu pareil édifice, même à cette distance on pouvait deviner qu'il était impressionnant !

C'était là, la plus belle vue à laquelle Drago ait jamais assisté.

— Bienvenue Drago, au Pays des Sucreries ! s'exclama la Marionnette d'une voix pleine d'enthousiasme et de fierté.

Drago grimaça.

— Ce nom commence vraiment à me taper sur les nerfs.