Disclaimers : One Piece est toujours l'œuvre sublime de Goda. Control, c'est Halsey. Et le prompt, c'est Grise.

Note : Oyé moussaillons ! Premièrement, je tiens à remercier Grise, PerigrinTouque, Anastasiya, Loecho et Dia Joker d'avoir pris le temps de me laisser un mot. Cela a vraiment réchauffé mon petit cœur et alimenté mon mojo ! Et sinon, c'est l'heure du deuxième chapitre ! J'en profite pour préciser que tous ne seront pas aussi monstrueusement longs. Déjà, parce que je serais incapable de suivre le rythme avec de tels mastodontes et aussi parce que c'est impossible d'avoir quelque chose de vraiment équilibré au niveau de la longueur. (Mes TOCs se révoltent, mais ils devront s'y faire.) (Et de toutes façons, je ne fais jamais les choses comme il faut, ce n'est pas nouveau !)

(La RàR guest ni-vue, ni connue) Anastasiya ; Merciiiiiii ! Tu ne peux pas savoir à quel point j'ai failli entrer en auto-combustion en lisant ta review. (Et à quel point j'étais frustrée de ne pas pouvoir te répondre en l'instant via PM...) J'ai aussi beaucoup rigolé à ton « Doffy bien ficelé », parce que voilà, c'était juste beau ! :') Mine de rien, c'est assez difficile d'écrire sur lui, donc je suis contente qu'il ressorte bien, autant vis-à-vis de Roci (poor lil' boy) que de la famille de médecins...! Mais j'arrête de m'étendre ici parce que ce n'est pas le lieu, et vraiment : merci, merci, merci !

WARNING : Fuyez pauvres fous !

Sur ce, bonne lecture !


Control

Partie 02


x

Être mort, ça faisait mal.

Ce fut la première pensée qui traversa l'esprit de Rocinante quand il ouvrit difficilement les yeux, aussi stupide fut-elle. Il essaya de battre des paupières pour éclaircir sa vue ainsi que son esprit, mais cela fut peu efficace. Il se demanda un instant où il se trouvait, ou même comment il faisait pour se poser la question.

C'était étrange. Quelque chose n'allait pas.

Au prix d'un lourd effort, il parvint à bouger le bout de ses doigts, et tout son corps commença petit à petit à se réveiller avant de se crisper. Il faillit s'évanouir sous le coup de la douleur mais un détail éveilla son attention et tous ses sens furent immédiatement en alerte.

Partout sur son corps, il pouvait sentir la sensation de centaines de petites aiguilles, aussi fines que résistantes, plantées dans sa chair. Une sensation que Rocinante connaissait déjà par cœur, et qu'il reconnut aussitôt.

Ce n'étaient pas des aiguilles. C'étaient des fils.

Ses fils.

Il ouvrit les yeux d'un coup, si brutalement qu'ils manquèrent de s'échapper de ses orbites et son cœur loupa un battement avant de s'affoler terriblement.

Il était mort, n'est-ce pas ?

Malheureusement, la réponse lui vint sous sa forme la plus vicieuse et cruelle : celle d'un rire.

— Je vois que tu es réveillé, petit frère.

Rocinante tenta de bouger, de se débattre en ignorant ses blessures, mais il réalisa rapidement que tout son corps était entravé, pris dans l'immense toile que Doflamingo avait tissé. Il vit au-dessus de lui cette main qui avait provoqué la terreur de centaines de personnes tandis que ses doigts bougeaient lentement et que les fils tiraient légèrement sur sa peau. Il se rendit compte par la même occasion qu'il était allongé au niveau du sol.

— Tu devrais éviter de trop bouger, cela n'a vraiment pas été facile de te garder en vie, tu sais.

Au fond de l'esprit de Rocinante flottaient quelques bribes de souvenirs. Des bruits, des voix, une lumière aveuglante... Il commençait à réaliser que cela n'avait rien à voir avec la mort, comme il avait pu certainement l'imaginer à ce moment-là, dans la confusion.

Ses pensées furent perturbées par le rire de Doflamingo qui résonnait toujours autour de lui. Son frère riait de ce genre de rire qu'il n'avait jamais réussi à identifier. Ce genre de rire qui n'en était pas vraiment et qui sonnait comme un glas funeste. Rocinante sentit la panique le saisir.

Law.

Où était Law ? Avait-il réussi à s'échapper ? Ou avaient-ils découvert qu'il était caché dans le coffre ? Et si Law n'avait pas réussi à s'échapper du coffre ?

Les battements de son cœur tambourinèrent rapidement dans ses oreilles dans un vacarme assourdissant à mesure qu'il sentait une vague d'angoisse encore plus violente le happer.

L'ombre d'une chaussure apparut au-dessus de lui, effleurant à peine sa poitrine mais Rocinante suffoqua presque sous le nouveau pic de douleur que ce simple contact provoqua.

— Maintenant que tu es enfin réveillé, réponds-moi, petit frère.

Doflamingo détacha chaque mot avec une méticulosité dérangeante alors que son pied s'écrasait un peu plus sur lui à chaque syllabe. Rocinante serra les dents pour retenir un gémissement de douleur.

— Où est Law ?

Rocinante se pétrifia. Ses yeux se figèrent sur le visage de son frère qui était finalement entré dans son champ de vision. Il y eut un long silence, où le temps semblait s'être arrêté, jusqu'à ce que l'information remonte au cerveau embrumé du marine.

« Où est Law ? » répéta-t-il dans sa tête, réalisant finalement tout ce que cette simple question impliquait.

Doflamingo n'avait pas mis la main sur le gamin.

Et il sourit. D'un sourire doux et tendre que Doflamingo n'avait jamais vu se dessiner sur les lèvres de son petit frère. D'un sourire que Doflamingo détesta certainement car, cette fois, le plus jeune reçut un puissant coup de pied dans les côtes qui arracha le sourire de son visage pour le transformer en une grimace de pure agonie. Ses yeux se révulsèrent et il sentit un os craquer.

— Il n'a pas été recueilli par la Marine, ajouta le pirate alors qu'une veine gonflait dangereusement sur son front. Où est-il ?

Rocinante hoqueta et du sang s'échappa de sa bouche. Il haletait, saisi par la douleur qu'il ressentait à travers tout son corps. Entre deux battements de paupières, les yeux embués de larmes et prêt à se sentir couler dans le gouffre de l'inconscience, il lui sembla néanmoins lire sur le visage de son frère une frustration terrible. Le pied de Doflamingo était de nouveau relevé au-dessus de lui et prêt à le frapper une nouvelle fois. Ses doigts étaient également crispés.

Par pur réflexe, Rocinante s'apprêtait déjà à tout faire pour garder le silence, et à user de son pouvoir s'il le fallait, mais il se ravisa aussitôt. À quoi bon ? Il n'avait plus aucune raison de se taire puisque sa couverture était tombée. Il était entre les mains de son frère : que pouvait-il lui arriver de pire, après tout ? Alors qu'il pensait être mort, il s'était retrouvé en Enfer, face au Diable en personne.

— Je ne te dirai jamais où se trouve Law.

Il grimaça. Il lui était plus difficile de parler qu'il ne l'avait prévu. Sa gorge était sèche et chaque son produit lui était pénible.

Il y eut un changement dans l'air quand Doflamingo s'accroupit pour approcher son visage du sien. Son haleine exhalait l'alcool.

— Toute cette souffrance pourrait t'être évitée, tu sais. Pourquoi fais-tu tout ça pour ce mioche ? On sait tous les deux qu'il reviendra vers moi. Law est comme moi.

Un rire fatigué, et parfaitement nerveux, s'échappa de la gorge de Rocinante.

— Law n'est plus le garçon que tu connais.

— Vraiment ? demanda Doflamingo avec un intérêt forcé.

Enfin, c'était l'air qu'il voulait certainement se donner mais Rocinante connaissait assez son frère pour savoir qu'il était réellement intrigué. Cependant, Doflamingo n'attendit pas sa réponse et continua :

— Il est certainement en train de mourir de froid, ou de faim. Peut-être même qu'il est en train de se noyer pendant que tu persistes à ne pas vouloir me dire où il se trouve.

Un sourire plus méchant que les précédents anima son visage alors qu'il mimait de sa main ce que Rocinante supposait représenter une ancre coulant irrémédiablement au fond de l'océan. Il fut le seul à apprécier son petit spectacle, ainsi qu'à en rire.

Doflamingo marquait un point. C'était vrai, peut-être que Law se trouvait actuellement en difficulté, peut-être qu'il était pris au milieu d'une tempête, mais Rocinante n'était pas inquiet. Il se faisait du souci, parce que c'était dans sa nature et qu'il voulait le meilleur pour Law, mais il ne craignait plus pour sa vie comme il l'avait fait auparavant. Malgré toutes les horreurs que Law avait dû affronter et malgré tous les dangers qui se dessinaient devant lui, il était né sous une bonne étoile. Il avait encore bien trop de choses à accomplir pour mourir maintenant, Rocinante en était profondément persuadé.

— Il s'en sortira.

Sa détermination ne fit qu'exacerber la fureur de Doflamingo et une autre veine gonfla sur son front.

— Tu sais qu'il ne faut pas m'énerver. N'est-ce pas, Roci ?

— Pourquoi ? Parce que tu comptes me tuer ? répondit le concerné avec un sarcasme évident.

Un rictus déforma brièvement le visage de Doflamingo qui laissa échapper un nouveau rire, plus bref et plus sinistre que jamais.

— Ce serait dommage, petit frère. Après tout, un charmant couple de médecins à passer une nuit entière à te raccommoder, tu sais. Ne va pas me faire regretter de ne pas les avoir emmenés avec moi...

Rocinante sentit son sang se glacer dans ses veines à la façon dont son frère lui parla de ces gens. Son cœur se serra dans sa poitrine en imaginant déjà le pire.

À la place, il prit sur lui car il ressentait au fond de son être la nécessité de tenir tête à son frère.

— Cela reviendrait au même, grand frère. Je ne sais pas où se trouve Law. Tu crois vraiment que je l'aurais confié à la Marine ?

Il toussa, sa gorge brûlant au moindre son qu'il essayait désespérément d'émettre et il voulut se redresser, sentant du sang s'encombrer dans sa gorge. Il fut surpris lorsque son frère tira sur ses fils pour l'aider et Rocinante toussa encore, des larmes lui montant aux yeux à cause de ses nombreuses côtes fêlées. Quand ses quintes de toux se calmèrent, enfin, il cracha à même le sol le sang qui avait envahi sa bouche.

Doflamingo serra les dents en le voyant faire mais il ne bougea pas d'un pouce et ne fit aucune remarque.

— Law possède le pouvoir de l'Ope Ope no Mi, continua difficilement le marine. Il n'a personne vers qui se tourner, et certainement pas vers ceux qui sont liés de près ou de loin à la destruction de tout son pays. Law déteste la Marine.

Rocinante se tut un instant, le temps d'accepter l'ironie cruelle de toute cette situation.

— Vous aviez forcément un point de rendez-vous, insista Doflamingo.

Oui, il lui avait promis qu'il le retrouverait à Swallow, mais Law l'avait entendu mourir, il avait même tout entendu...

— Je suis un marine.

Ce fut la seule réponse que Rocinante donna, le cœur lourd, parce qu'ils savaient tous deux ce que cela impliquait sans doute dans la tête du jeune garçon. En lui mentant, Rocinante avait trahi Law. Quelque part, il espérait qu'il serait capable de lui pardonner ou, qu'au moins, il le comprendrait.

Le sourire se fana un instant sur les lèvres de Doflamingo.

— Tu sais, dit-il en le rallongeant sans douceur, je ne voulais pas admettre que tu étais lié à l'arrivée de Tsuru dès qu'on prenait la mer. Toi, un marine. Quelle vaste blague, Rocinante ! Tu sais bien que ce ne sont que des mensonges, ces histoires de Justice. Nous sommes des Dragons Célestes ! Comment as-tu pu devenir un chien du Gouvernement ?

— Étions, Doffy, lui rappela sans colère son petit frère. Nous avons perdu ce titre depuis longtemps.

— Ce titre ? s'esclaffa-t-il. Nous sommes les dieux de ce monde !

— Nous avons le sang des fondateurs du Gouvernement Mondial dans nos veines, répliqua Rocinante en essayant d'ignorer l'horrible sensation de brûlure qui lui arrachait de plus en plus la gorge dès qu'il parlait. C'est tout ce que nous sommes et on ne sera jamais rien de plus. Et puis, de toute façon, tu détestes le Gouvernement Mondial, n'est-ce pas ?

Doflamingo ne répondit rien mais son sourire était réapparu, plus diabolique que jamais.

— Que comptes-tu faire de moi, Doffy ?

— Oh mais, petit frère, il va bien falloir que je trouve un moyen de faire venir Law à moi puisque tu ne veux pas m'y conduire.

Rocinante eut un rire nerveux.

— Comme si Law allait tomber dans ce genre de pièges.

— Mais j'y compte bien, lui assura son frère.

Puis il se leva et Rocinante le regarda s'éloigner. Il reconnut rapidement la pièce même si elle était chichement éclairée à l'aide d'une lampe à huile. Soulignant les contours des meubles et des objets plutôt que les éclairant tout à fait, il discerna un pan de tissu d'un rose un peu défraîchi qui couvrait le hublot, la forme de cette énorme et hideuse armoire tout en bois doré qui trônait dans un coin, le lit massif, assorti hélas autant aux rideaux qu'à l'armoire, c'est à dire rose et doré. Il n'y avait que son frère, ou Jora, pour avoir un tel manque de bon goût. Et Jora n'avait pas sa propre cabine à bord.

Doflamingo s'affaira au-dessus d'une commode tarabiscotée et bien évidemment dorée, la discrétion et le raffinement élégant n'ayant jamais eu beaucoup de sens à ses yeux, sans doute les lunettes, songea absurdement Roci. Il fut sortit de sa rêverie par le bruit du tiroir qui se refermait et vit son frère revenir vers lui, les mains pleines. Rocinante plissa les yeux, essayant d'avoir un aperçu de ce qu'il tenait mais ce ne fut que quand son frère se tint au-dessus de lui qu'il comprit. Il tenta de bouger la tête pour pouvoir jeter un œil à ses bras mais il ne parvint qu'à peine à la relever. Même sans les fils de son frère contrôlant le moindre mouvement de sa part, son corps était bien trop abîmé pour lui laisser effectuer ce genre de gestes. Néanmoins, cela fut suffisant pour le laisser voir la perfusion plantée dans son bras. Plus tôt, trop occupé à dégager les glaires sanglantes qui s'étaient accumulées dans son œsophage, il n'y avait pas vraiment fait attention.

— Où est-ce que tu as trouvé tout ce matériel ?

Doflamingo fit mine de soupirer en changeant la poche.

— Il fallait bien que je m'équipe pour m'assurer de te garder en vie. Je suis sûr qu'ils seront aussi très utiles pour Law, quand il sera de retour.

— Ne le sous-estime pas.

— J'ai plutôt l'impression que tu le surestimes. Mais tu as l'air d'être vraiment attaché à ce microbe, dis-moi ? Tu ne détestais pas les enfants ?

Rocinante eut un faible rire, ce qui fut une très mauvaise idée et s'acheva en quinte de toux.

— Qui de sensé voudrait voir des enfants rôder autour d'un monstre comme toi ?

Ce fut au tour de Doflamingo de rire alors qu'il jetait la poche vide dans une corbeille avant de s'asseoir dans un fauteuil qu'il traîna près de Rocinante et de son lit de fortune.

— Tiens, commença Doflamingo en croisant les jambes et s'accoudant de manière à se donner un air faussement décontracté, c'est aussi ce qu'elle m'a dit, cela a été ses derniers mots d'ailleurs. Mais franchement, Roci, que voudrais-tu que je sois d'autre ?

— Un humain, répondit-il, sincère. C'est ce que nous sommes, Doffy.

Doflamingo serra les poings et les liens de Rocinante se resserrèrent tous d'un coup. Il étouffa difficilement un cri, surpris par l'intensité de la douleur.

— Ne nous compare pas à ces insectes.

— Si tu ne t'étais pas laissé manipuler par tes quatre guignols...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, la chaussure de son frère se posa sur son cou et il commença à appuyer. Les flammes de la lampe se reflétaient dans les lunettes de Doflamingo, offrant à son cadet une vision de cauchemar.

— Fais attention à ce que tu dis, petit frère, cracha-t-il comme si cela le répugnait soudainement. Je ne veux pas te tuer pour l'instant, mais cela ne veut pas dire que je ne peux pas te faire souffrir.

Rocinante suffoquait, sentait les fils tirer sur sa peau alors qu'il voulait se débattre sans pouvoir le faire. Cependant, il s'assura de maintenir son regard en faisant passer dedans tout le mépris qu'il ressentait pour son grand frère. Ou du moins pour l'être qu'il avait sous les yeux.

— Mais si tu es sage, reprit Doflamingo, et puisque tu as besoin de te reposer, je te raconterais peut-être une histoire pour chasser tes cauchemars. Qu'en dis-tu, Roci ?

Rocinante ne répondit rien, principalement parce qu'il ne le pouvait pas, et il commençait à voir des points blancs apparaître devant ses yeux alors qu'il s'asphyxiait petit à petit. Puis, tandis que sa bouche restait grande ouverte vers le plafond sans émettre le moindre souffle, pendant ce qui lui parut être des heures, Doflamingo retira son pied.

Rocinante toussa, grimaça et se retint de gémir de douleur alors que ses poumons brûlaient à mesure qu'ils retrouvaient l'air dont ils avaient été privés. Quand il s'en sentit à peu près capable, il lui dit :

— Pourquoi faire, Doffy ? C'est déjà toi le monstre sous le lit.

Doflamingo sourit, visiblement amusé par sa remarque. Il décroisa les jambes et commença à plier et déplier ses doigts, un geste qu'il ne faisait que lorsqu'il était particulièrement énervé ou satisfait de lui-même. Rocinante supposa qu'il n'y couperait pas, à cette fameuse histoire.

— Si je m'endors en plein milieu, tu sauras que tu es un aussi foutu conteur qu'un foutu être humain.

Le sourire de Doflamingo s'atténua imperceptiblement. Il détestait qu'on lui rappelle cette condition d'humanité qu'il dédaignait et méprisait. Le plus drôle était qu'il dédaignait et méprisait aussi les Dragons Célestes. Issu d'un monde et jeté dans un autre, il n'appartenait à aucun des deux, du moins pour lui. Est-ce qu'il serait retourné à Mariejois, si on lui en avait donné l'occasion, aujourd'hui ? Après tout, il n'était plus seulement le gamin fou et misérable avec la tête de son père dans un sac.

S'il n'avait pas vu de ses propres yeux les abominations dont son frère était capable et s'il n'avait pas encore si mal à la gorge, Rocinante aurait presque pu le plaindre. C'était une pente dangereuse. Une pente sur laquelle il valait mieux ne pas s'aventurer, peu importait à quel point le fantasme de retrouver un peu de son « Grand Frère » dans l'être qu'était devenu Donquixote Doflamingo était attirant. C'était tout ce que cela était justement, un fantasme. Surtout à présent que sa couverture était en miettes et qu'il était bel et bien entre ses mains.

— Ils étaient quatre, commença Doflamingo alors que Rocinante fermait les yeux et commençait à simuler un léger ronflement. Quatre petits insectes qui vivaient, dans une petite maison sur une petite île, une petite vie qui leur semblait heureuse.

Sans les connaître, Rocinante les plaignait de tout son cœur. Doflamingo ne tolérait pas facilement ce genre de bonheur.

— Le papa insecte était un médecin. La maman insecte l'aidait. Un soir, un dieu vint frapper à leur porte. Son frère était blessé et il était important qu'il ne meurt pas avant d'avoir révéler certains secrets. Ils l'aidèrent en tremblant et en pleurnichant.

— Parce que même les dieux ont besoin de l'aide des insectes ? ne put résister Rocinante, interrompant son faux ronflement.

— Les frères de dieu, oui. Ils ont oublié qu'ils étaient des êtres supérieurs et se sont alliés avec des déchets comme la Marine. Mais nous reparlerons de ça plus tard, et en détails, tu peux me faire confiance.

— Chouette, fit-il avec une voix faussement enthousiaste. J'ai hâte d'avance.

Doflamingo l'ignora en continuant son récit.

— Mais les petits insectes pleuraient si forts, et les parents aussi, que le dieu décida de leur jouer un bon tour. Ils n'étaient pas vraiment heureux, vois-tu. Ils le croyaient juste fermement. Alors il donna un pistolet au plus grand des enfants insectes, qui avait un petit frère qui semblait tant l'aimer, et le dieu lui demanda s'il préférait tirer sur son papa ou sur sa maman. Le papa suppliait en lui disant de lui tirer dessus, que tout irait bien et qu'il l'aimait. La maman sanglotait et tâchait de protéger le petit dernier. Cela irrita le dieu. Est-ce qu'il avait parlé de l'enfant ? Est-ce que les mots d'un dieu ne sont pas absolus et ne doivent pas être écouté avec révérence et attention ?

— Tu es fou, grogna Rocinante, dont la poitrine se serrait avec angoisse, n'imaginant que trop bien ce qui était arrivé ensuite.

— L'insecte-enfant pleurait, son pistolet en main. Il tenta de lutter, il tenta de se retourner contre le dieu. Et le dieu aima ça. Il aima le courage, l'ardeur à vivre, la volonté. Il aima la haine dans ses yeux. Mais quand il tira, ce ne fut pas sur le dieu, ce fut sur la maman. Elle se tut aussitôt, apaisée. Elle ne souffrait plus. Elle ne vivait plus dans le mensonge de ce faux bonheur. Le papa criait fort lui aussi, indisposant le dieu, et il eut la gloire et l'honneur de mourir de sa main-même. Il ne restait que les deux insectes-enfants, qui s'étaient blotti l'un contre l'autre, près du corps encore chaud de leur mère.

Rocinante ne visualisait la scène que trop exactement. Et ses propres souvenirs se mêlaient à l'atroce histoire, la rendant encore plus vivante. Lui aussi il avait été un enfant terrifié se blottissant contre son grand frère pour y chercher la moindre trace de réconfort, près de leur mère dont la respiration venait de s'éteindre.

— Qu'en faire, Roci ? Ils étaient mignons, l'aîné surtout. Mais le dieu n'avait pas le temps, vois-tu, de s'occuper de deux insectes, aussi prometteurs soient-ils. Alors le pistolet de l'aîné se leva une deuxième fois, et il atteignit son petit frère en plein cœur. Beau tir, si je puis me permettre, pour une cible si petite.

Doflamingo sourit, savourant certainement les souvenirs qui défilaient devant ses yeux. Rocinante serra les dents, luttant contre l'envie furieuse de se débattre. Il savait qu'il ne parviendrait pas à se défaire de l'emprise de son frère et cela ne lui aurait fait que trop plaisir.

— Il pleurait, il criait, il hurlait, continua son frère en mimant une mine faussement peinée et affligée. Il se débattait même, au point que ça aurait pu en devenir dangereux. Après tout, il était armé.

Il fit une pause, comme pour savourer le son de sa propre voix. Rocinante sentait une boule se former dans sa gorge. Et, assoiffé comme il était, il se surprit à sentir des larmes lui monter aux yeux.

— Il dit alors au dieu qu'il le tuerait. Sans savoir, sans comprendre que les faibles ne choisissent pas leur destin. Mais il se passa alors un phénomène fascinant, que le dieu n'avait pas prévu. L'insecte-enfant tourna l'arme dans sa main, et il tira. Dans sa tête. Qui explosa comme une pastèque bien mûre, éclaboussant le mur, le plafond, son frère, sa mère et bien sûr le dieu.

— Espèce de malade, gémit Rocinante, qui pleurait sur ces enfants comme il n'aurait jamais pleuré sur lui-même. Tu les as tués, tu les as tués et tu les as tués pour rien.

Sa voix sembla résonner dans la cabine alors qu'un gémissement de douleur lui arracha un peu plus sa gorge meurtrie.

— Non, Roci, ne fais pas d'erreur. Tu les as tués. Je n'aurais jamais été sur cette île sans toi. Je suis sûr que de là où ils sont, ils te bénissent.

Et Doflamingo se mit à rire, comme à une bonne farce. Il se leva, rabattit les couverture avec une parodie de tendresse, les tapotant dans une attitude toute maternelle, qui fit naître en Rocinante un frémissement d'horreur.

— Bonne nuit, petit frère, dors bien. Et ne t'inquiète pas, tant que nous n'aurons pas retrouvé Law, je tâcherai d'avoir plein d'histoires du même genre à te raconter.

Malgré lui, la culpabilité s'insinuait déjà en Rocinante, lui donnant l'impression que son sang se glaçait dans ses veines et le déchirait de l'intérieur. Un sanglot se bloqua dans sa gorge, l'étouffant presque. Sur le coup, cela lui semblait être une bonne idée, de mourir étouffé par ses propres sanglots. Ou de mourir tout court.

Dans tout cela, le seul réconfort qu'il avait et dans lequel il essaya de plonger son esprit, c'était qu'il ne savait réellement pas où Law se trouvait. Mais cela, Doflamingo ne voulait pas y croire. Et même s'il y avait cru, cela ne l'aurait certainement pas empêché de tuer de pauvres civils. Mais, au moins, Rocinante n'avait pas à choisir entre l'alternative de ces vies innocentes et celle de cet enfant qu'il aimait.

.

Rocinante réussit à dormir, d'un sommeil léger et rempli de cauchemars. Il ne se souvenait pas de tout, mais il se réveilla, haletant, tremblant et en sueur, avec l'image de Mère imprimée dans son esprit. Il revoyait avec une précision terrifiante l'horreur et la colère figée sur son visage alors qu'elle rendait son dernier souffle, une balle logée en plein cœur. Le destin tragique de ces deux femmes se confondait dans son esprit, et la seule certitude qui semblait surnager, c'était que c'était lui qui avait l'arme. Rocinante laissa échapper un gémissement de pure agonie alors que la sensation d'avoir lui-même causé ce massacre se gravait en lui.

Il chercha à se redresser, grimaçant face à la douleur lancinante qu'il ressentait à travers son torse, comme s'il avait des points de suture à l'intérieur même de son corps et sur ses organes et que ceux-ci étaient prêts à lâcher. Il se laissa retomber lourdement, haletant encore plus avant d'essayer de nouveau.

Il fut surpris lorsqu'il parvint à s'asseoir, autant d'avoir été physiquement capable de le faire, que de ne pas avoir été retenu par les fils qu'il pouvait toujours sentir sur sa peau. Il pouvait aussi les entendre, à chaque mouvement qu'il faisait, au moindre souffle. Le concert de cliquetis et de claquements était assourdissant, une musique lugubre qui bourdonnait dans son crâne dans un brouhaha infernal.

Il leva lentement les mains à ses tempes, la gauche retombant immédiatement alors que sa perfusion lui empêchait de plier correctement le bras et lui donner l'impression de s'arracher les veines de l'intérieur. Cela lui fit un peu de bien de masser sa tempe du bout des doigts, mais il continuait de sentir son cerveau pulser sous sa boîte crânienne.

Il regarda ensuite partout autour de lui, à la recherche d'une bouteille d'eau ou quoi que ce soit de liquide pour palier à cette soif qui commençait à être insupportable. Il sentait du sang perler sur ses lèvres craquelées et sa langue pâteuse devenir de plus en plus sèche. Mais il n'y avait rien, là où il se trouvait et il put finalement s'attarder sur l'installation sommaire qui lui avait été attribuée dans un coin de la cabine.

Il avait été allongé sur une civière de fortune à même le sol où avait été posé des couvertures en guise de matelas. Cela n'avait rien de confortable, mais c'était juste assez pour ne pas aggraver son état.

Cependant il n'eut pas le temps d'analyser plus en détails les dégâts que son corps avait subi car la porte s'ouvrit, laissant entrer dans la pièce un halo de lumière aveuglante coupé par l'immense silhouette, reconnaissable entre toutes, de Doflamingo.

— Qu'est-ce qu'on avait dit sur le fait de ne pas bouger, petit frère ?

Doflamingo s'approcha lentement, refermant la porte derrière lui avec son pied et Rocinante se tendit, s'apprêtant déjà à sentir le tiraillement des fils sur sa peau. Mais il n'en fit rien, ce qui le surprit, et il remarqua rapidement que son frère tenait un plateau entre ses mains qu'il posa sur une caisse près de lui après l'avoir approchée. Puis, il alla ouvrir le rideau pour laisser entrer la lumière qui aveugla de nouveau Rocinante en intensifiant son mal de crâne, faisant pulser ses yeux sous ses paupières closes.

Il voulut ouvrir la bouche pour parler, mais il en fut incapable. Il était arrivé à un stade où il n'arrivait même plus à grimacer de douleur. Doflamingo le regarda un moment, savourant certainement la souffrance qu'endurait son petit frère, puis il s'accroupit à côté de lui et attrapa la bouteille d'eau posée sur le plateau.

— C'est ça que tu veux, petit frère ?

Rocinante fronça les sourcils en le voyant l'agiter nonchalamment avant de l'ouvrir pour en prendre une gorgée.

— Tu as raison, dit-il avant de la terminer d'un trait en en mettant partout et de s'essuyer la bouche du revers de la main. Ça fait du bien.

Rocinante grogna et Doflamingo eut un léger rire amusé et satisfait. Il referma la bouteille et l'écrasa entre ses doigts avant de la jeter directement dans la poubelle.

— Ne fais pas cette tête, Roci, j'ai fait ça pour ton bien. Tu aurais pu t'étouffer, tu sais.

Oui, évidemment, songea Rocinante. Ou Doflamingo avait tout simplement apporté cette bouteille dans le simple but de le narguer parce que son frère n'était pas du tout un sociopathe manipulateur. Rocinante soupira intérieurement, à défaut de pouvoir le faire physiquement.

— Mais ne t'inquiète pas, je ne vais pas te laisser mourir de soif. Ni de faim, non plus, cela ne serait pas digne d'un grand frère.

Il y avait quelque chose dans sa voix, derrière le plaisir et l'amusement qu'il retirait de cette situation. Il y avait une colère sourde, lourde de reproches. À travers le spectre de l'esprit tordu de Doflamingo, Rocinante ne devait plus être digne d'être appelé son petit frère.

— J'ai même apporté quelque chose pour toi.

Doflamingo attrapa un bol, en renifla le contenu avec un air peu convaincu et il y plongea la cuillère avant de la redresser pour renverser ce qu'il avait pris à l'intérieur du bol. Rocinante eut presque envie de vomir en voyant l'espèce de bouillie liquide infâme qui lui avait été préparée. Il était à peu près sûr qu'il y avait du pain là-dedans.

Enfin, sans ménagement, Doflamingo replongea la cuillère à l'intérieur et il la dirigea vers la bouche de son frère. Ce dernier respira profondément et tenta de se préparer mentalement. Rocinante détestait le pain. Cela n'était pas juste parce qu'il n'en aimait pas le goût, mais parce qu'il lui rappelait cette période de sa vie qui lui donnait encore des cauchemars aujourd'hui. Le pain, c'était ce qu'ils trouvaient le plus souvent au fond des poubelles et depuis cet aliment avait invariablement un goût de moisissure qui lui restait dans la gorge pendant des heures. C'était un goût qui lui donnait toujours autant envie de pleurer que cela lui réchauffait le cœur car si c'était la période de sa vie la plus terrifiante, c'était aussi celle où il avait encore sa famille. Et son grand frère.

Ce dernier le regardait en souriant, devinant l'affliction qui se dessinait très certainement sur le visage de Rocinante. Mais ce dernier ne dit rien, et il se laissa faire, se forçant à ingurgiter l'ignoble mixture aqueuse en dépit des haut-le-cœur que cela lui provoquait.

— Doucement, petit frère, n'oublie pas de faire attention. Je n'aimerais pas devoir faire une nouvelle escale si tu venais à te faire du mal.

Malgré lui, Rocinante frémit d'effroi en repensant à ce que lui avait raconté son frère la veille, en admettant qu'il eu dormi toute une nuit. Cela aurait pu être trois jours ou trois heures, Rocinante était incapable de faire la différence dans l'état où il était actuellement et il n'avait aucun moyen d'avoir un quelconque repère.

Au bout de quatre cuillères, Doflamingo reposa le bol et il prit une serviette pour lui essuyer la bouche. Il y avait quelque chose de terriblement humiliant de toute cette situation, mais Rocinante savait que le pire était encore à venir et il espéra très fort avoir une digestion très lente pour vivre ce moment le plus tard possible.

Arf, Rocinante n'arrivait même pas à s'amuser du fait que son frère se retrouvait à jouer les infirmières avec lui.

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Merci d'avoir lu !

Je sais, je sais, ce ne sont pas du tout les infirmiers qui viennent nourrir les patients, etc... Mais c'était irrésistible. Franchement. Qui peut résister à l'image de Doffy en infirmière ? Pas moi, je vous l'assure.

En tout cas, comme toujours, j'espère que vous aurez aimé ce chapitre et je suis terriblement impatiente d'avoir vos réactions ! :)

À bientôt pour la suite !