Le jour où on a chié dans le salon :
Chapitre 3 : Chambre :
Les premiers jours de réinsertions de Dabi furent assez spéciaux. Le super vilain était calme, parlait peu et aidait de temps à autre sa sœur pour quelques taches ménagères. Si au début, les deux héros restaient constamment sur leurs gardes, bien vite, ils s'étaient rendus compte que la situation était sous contrôle et que le vilain ne ferait rien contre sa famille au sein de laquelle il cherchait à entrer de nouveau.
Ils furent donc agréablement surpris de le voir aussi discret et décidèrent de lui laisser toujours un peu plus de liberté chaque jour, si bien qu'au bout de deux semaines, ils lui permirent d'aller sans surveillance dans le jardin durant une bonne heure pour qu'il profite du bon air. Après, tout n'était pas parfais, et les premiers jours furent vraiment étranges pour tout le monde et surtout le principal concerné qui évinçait la présence parasite de Hawks juste en arrivant dans une pièce, ce qui amusait fortement l'oiseau.
Tout d'abord, il avait fallu lui attribuer une chambre et bien évidemment, la sienne lui fut à nouveau présentée. Rien n'avait été touché, tout était comme dans ses souvenirs d'enfant. Aussi, lorsque Dabi entra dans la caverne de Touya, son souffle se coupa et il passa un long moment à observer les lieux, comme s'il se réveillait d'une longue léthargie. Il y était resté deux bonnes heures seuls, au milieu de ses anciens jouets et de ses souvenirs. Le seul à avoir été témoin d'une de ses rares larmes de sang fut Hawks qui referma la porte aussitôt. Il ne fallait pas plaisanter. Dabi avait encore un caractère tout pourris. Toujours était-il qu'au bout de deux heures, le vilain quitta la place pour lentement se diriger vers celle de son frère. Un autre souvenir d'enfance refaisait surface, ou plutôt une focalisation d'enfance. Et quoi de mieux que faire chier son petit frère comme au bon vieux temps afin de se retrouver ? Avec un sourire en coin, le grand frère claqua la porte de la chambre du plus jeune.
Lorsque Natsuo se retrouva hors de sa chambre avec son comics dans les mains, il dut cligner plusieurs fois des yeux avant de se rendre compte qu'il venait de se faire jeter de chez lui par son propre frère. Il se réveilla au bruit de sa porte qui claque et se retourna vivement vers celle-ci afin de froncer les sourcils, de se lever d'un bond et d'aller râler. Et plus il tambourinait à la porte et plus le sourire satisfait de Touya s'agrandissait. Allongé sur le lit, il répondait à son petit frère qui hurlait de lui ouvrir.
« Prend ma chambre petit frère. Je reste ici. Elle est plus grande. »
Un grand blanc s'en suivit et il put sentir la tension qui traversait le corps du plus jeune alors qu'ils rejouaient ensemble une scène classique de leur passé. Il entendit le reniflement amusé et soulagé de Natsuo avant de percevoir son léger rire heureux qu'il produisait beaucoup en ces temps étranges. Avec un ton rieur, il continua de taper à la porte et fit comme s'il était énervé.
« Ouvre Touya ! C'est ma chambre ! Ouvre cette porte !
-Nan. Je reste là. C'est plus grand.
-De deux mètres carrées seulement ! T'exagère !
-C'est déjà ça de prit. »
Et la fausse dispute continua ainsi longtemps, faisant rire Keigo qui passait par là et qui se joignit au jeu en prétextant qu'il fallait bien rendre la chambre à son propriétaire un jour, ce à quoi Dabi le provoqua en lui répondant de se mêler de son cul. Et Natsuo redemanda l'accès à sa chambre, soutenu par Keigo et c'est ainsi qu'ils se chamaillèrent à trois. Chamaillerie finalement arrêtée par Fuyumi qui claqua gentiment la tête des deux garçons et appela tout le monde pour aller à table.
Un autre événement qui marqua ces premiers jours fut la discussion qu'ils eurent en famille. Hawks était partit faire un tour, tout de même conscient être de trop et passa la nuit chez l'héroïne Mirko afin de lui mettre une raclée sur Street Fighter.
Tous assis autour de la table du salon, ils s'étaient fixés dans le blanc des yeux alors qu'un silence pesant survolait le lieux. Les trois plus neutres de la clique se lançaient des regards ardents de dieu savait quoi alors que les deux autres se regardaient, gênés. Ce fut la bouilloire qui rappela tout le monde à la réalité et ils finirent de se toiser pour qu'enfin, Dabi ne soupire et n'explique ce qui s'était passé ainsi que pourquoi il avait fait ses choix. Il s'excusa par le même moment envers Shoto pour avoir attaqué son école et enlevé son ami. Ce à quoi le bicolore répondit en détournant le regard et en tendant sa main vers son frère afin de la serrer. Il mettrait du temps, mais il voulait bien lui pardonner.
Au final, ils discutèrent dans le calme. Les cris et les insultes étaient gardés à la réserve et même si Enji en prit pour son grade et que ses quatre enfants réunis étaient bien d'accord pour lui faire comprendre qu'il leur en avait fait baver, le héros de feu resta droit et stoïque, acceptant les remarques auxquelles il s'attendait. Il fut même surpris de voir Natsuo se confier enfin pleinement sans aucune rage dans la voix, sans haine dans ce regard tendre qu'il partageait avec Rei. Il fut même plutôt content de cette discussion où tout fut enfin mit sur la table. Évidemment, Dabi s'échauda un peu à certains moments, encore troublé par tant de lâché prise de la part de ses frères et de sa sœur, mais il ne fit rien de violent, se contentant de parfois hausser la voix avant de souffler pour se calmer. Bien sûr, ils n'avaient pas réussi à se pardonner ne serait-ce que la moitié des choses qui furent reprochés un au patriarche ou même à Touya, qui pourrait pardonner tant de meurtres ? Mais une promesse fut faite. Celle d'aller de l'avant, celle de se reconstituer sur ces faibles bases et de remettre tous les compteurs à zéro. Ce serait compliqué, le passé ne serait pas oublié mais les esprits au moins, seraient apaisés.
Après cet événement, il sembla aux deux héros professionnel que Shoto s'approchait plus de son grand frère par curiosité que par crainte pour la maison. Ils les retrouvèrent même en train de parler sur les dalles de ciments qui menaient au jardin et avec amusement, Hawks fut témoin de la première bouffée de cigarette que prit Shoto, sous le rire amusé de Touya.
Durant les premiers jours, donc, une fatalité frappa bien vite Dabi. Celle d'être constamment surveillé. Bien sûr, il s'en était douté, mais de là à avoir la chambre de l'autre emplumé juste face à la sienne… Tout de même. Il pouvait pas dormir dans le salon ? Oui, bon. Il était vrai que Dabi râlait un peu pour rien puisque sa chambre était face à la chambre d'ami et que l'oiseau ne pouvait que dormir dans la chambre d'ami. Mais il n'empêchait pas que ça l'emmerdait grave.
Hawks semblait, lui, s'amuser de cette situation. Les premiers jours, il venait toquer à la chambre du super vilain pour lui offrir un sourire benêt et une salutation toute aussi niaise, ce à quoi répondait l'autre en claquant la porte. Au bout d'un moment, il avait même cessé d'ouvrir la porte tout court. Les jours d'après, les deux hommes s'échangeaient des politesses dans le couloir qui les menait à leur chambre respective. L'oiseau avait compris que sa tête d'abrutis qu'il servait généralement au publique ne marchait pas, alors il avait opté pour une approche plus neutre et naturelle, ce qui semblait plutôt bien marcher. Ensuite, ils avaient commencé à s'échanger quelques mots et bien vite, au bout de ces deux premières semaines, ils en étaient arrivés à faire de véritable discussions sur n'importe quel sujet. Dabi s'en arracherait la gorge mais il trouvait même parfois sa compagnie sympathique. Outre le fait qu'ils se parlaient déjà plus ou moins toute la journée comme l'oiseau le suivait partout dès qu'Endeavor n'était pas là pour sois disant le faire, ils profitaient toujours de ce petit moment entre deux chambres où ils pouvaient parler d'autre chose que de l'avancée de Dabi qui était rapide et plutôt concluante.
Hawks avait cette capacité étrange de le mettre à l'aise et bientôt, le brun le vit comme une sorte de bonne poire à qui on pouvait parfois se confier quand il ne vous faisait pas chier avec ses blagues de merdes. Le jour où il avait sorti ce terme à Natsuo et Fuyumi, ils s'étaient tous deux mit à rire pour lui demander s'il ne parlait pas plutôt d'un bon pote. Ouais, peut-être que c'était cela, mais Dabi ne voulait pas trop mettre de nom sur tout. La présence de l'oiseau lui était finalement agréable et sans même se le dire, ils avaient abandonné tout projet de vengeance. Dabi car il s'était toujours moqué de l'alliance et qu'il ne considérait qu'à peine Twice et Hawks parce qu'il s'était rétablit et qu'il n'était pas d'un naturel rancunier.
Finalement, bien que dépaysant, ces premiers jours détendirent tout le monde quand à la présence de Dabi à la maison et elle détendit tellement tout le monde que Shoto ramena même un ami à la maison. Enfin… Ami. Façon de parler.
Lorsqu'il ouvrit la porte, Dabi hésita entre féliciter son petit frère ou simplement partir et oublier ce qu'il venait de voir. Toujours était-il que son hésitation avait suffit à attirer l'attention sur lui. Shoto écarquilla les yeux et… N'était-ce pas Izuku ? Izuku devint aussi rouge que la moitié gauche que Shoto, ses taches de rousseurs cachées par sa gêne. Touya n'ajouta finalement rien et haussa les épaules avant de faire demi-tour, rappelant à son petit frère qu'il était l'heure de manger et que le corps de son copain ne lui suffirait pas pour survivre.
Shoto ne répondit rien et fixa sa porte alors qu'Izuku reboutonnait le col de sa chemise avec précipitation avant de soudainement réaliser le plus gros du problème. Il se releva d'un bond sur ses pieds, près à en découdre et à poursuivre le super vilain, mais il se retrouva stoppé dans son élan par la main chaude de Shoto qui lui fit un signe de négation, l'étonnant encore plus.
« Mais c'est… Commença le petit vert qui n'y comprenait vraiment plus rien.
-Laisse. C'est mon frère. Il est en réinsertion.
-HEIN ?! »
Hurla le pauvre Izuku, ce qui fit résonner les murs de la maison et sursauter Hawks qui s'étouffa avec son verre d'eau pour rouler sur le sol, prit d'une quinte de toux. Les assiettes en main, Dabi l'observa mourir d'un air neutre et son regard blasé ne changea pas plus lorsque l'oiseau tendit une main vers lui. Il tourna finalement la tête et offrit un regard carnassier au jeune Izuku qui glapit et déglutit, alors que sa petite tête dépassait du coin du mur depuis le haut des escaliers.
Oh que oui, ces premiers jours étaient étranges, mais ceux qui suivraient le seraient encore plus au vu de ce que l'on pouvait retrouver dans les chambres de chacun.
