Le jour où on a chié dans le salon :
Chapitre 6 : Devoirs :
Assis sur le rebord de la fenêtre, le regard perdu dans l'horizon, Hawks prenait une dernière bouffée de cigarette avant d'écraser le mégot dans le cendrier qui se trouvait à ses côtés. Le ton était doux, le vent calme berçait les feuilles alors que l'esprit de l'oiseau se perdait dans de nouveaux tourments. Cela faisait quelques mois maintenant, mais il n'arrivait toujours pas à décrocher et encore moins depuis que Dabi était entré en lui et dans sa vie.
Lentement, le héros laissa sa tête retomber en arrière sur le cadran de la fenêtre et se mit à détailler le bois et ses légères fissures laissées par le temps et le travail du bois. Il n'entendit pas la porte s'ouvrir, perdu dans sa contemplation et frémit en sentant les lèvres chaudes de son amant parcourir son cou avec calme et une presque tendresse.
« À quoi penses-tu ? Souffla l'ainé Todoroki en mordillant la peau laiteuse de son vis-à-vis, frustré qu'il ne réponde pas à ses avances. Voyant qu'il n'allait pas répondre de sitôt, il stoppa ses caresses inutiles et vint se placer aux côtés de son amant, les bras croisés sur le cadran en bois. Il fixa la chevelure blonde, s'attarda sur ses yeux ambrés brillants de tristesse et eu un sourire désolé. Tu n'es pas fautif et tu le sais.
-Je le suis. Murmura avec faiblesse le héros tout en détournant le regard pour l'ancrer dans les étoiles. Tu ne m'en veux pas ?
-Hawks… Soupira à son tour Touya qui s'assit sur le cadran. Tu t'en veux déjà assez tout seul, je ne vais pas en rajouter une couche. Et si je t'en voulais pour Twice, je ne serais pas assis là à te regarder presque chialer. Je suis sincère quand je te dis que c'est oublié Hawks.
-Mais pas pardonné. Déglutit avec faiblesse l'oiseau en regardant son amant dans les yeux. Amant qui baissa le regard.
-Car il n'y a rien à pardonner. Je n'ai jamais considéré les membres de l'alliance comme mes alliés, comme des amis ou même une famille. Avant de faire le choix de revenir ici, je n'ai toujours compté que sur moi même et ne donnait ma confiance à personne. Je me fichais bien d'eux avant et c'est toujours le cas aujourd'hui. Arrête de pleurer pour ça. Grogna Dabi qui ne savait que faire et qui voyait bien que l'oiseau se cachait progressivement dans ses plumes, la tête basse, afin d'y renifler péniblement. Putain Hawks ! Tu l'avais prévenu ! Arrête de t'en vouloir, tu as fait ton boulot !
-Tu ne comprends pas ! Rugit soudainement le blond. C'était mon devoir de le ramener dans le droit chemin !
-Tu ne pouvais pas ! Il avait l'air de vouloir t'écouter ? Non ! Il allait te flinguer comme moi je voulais le faire à la base ! Et regarde où ça vous a mené ! Soit c'était lui, soit c'était toi ! Il était bien trop siphonné pour retourner dans le droit chemin ! Tu ne pouvais plus rien pour lui !
-Et l'on aurait pu penser la même chose pour toi ! Hoqueta Hawks alors que la rage envahissait ses yeux de larmes de remords. Dabi écarquilla les yeux avant de souffler longuement en les referment.
-Tu n'as pas faux. Mais moi c'est différent.
-Ah oui, et en quoi ? Renifla l'oiseau, son regard de rapace braqué dans celui azur de l'ancien vilain.
-Moi, j'ai choisit d'être sauvé, je l'ai voulu et personne ne m'y a contraint. Lui ne voulait pas l'être. Jamais tu ne pourras obliger quelqu'un à être sauf, Hawks. Et je sais que même pour ta petite tête, ce concept est dur à accepter. »
Les larmes de l'oiseau dévalèrent silencieusement sur ses joues et bientôt, il fondit en larmes pour se laisser tomber dans les bras du brun qui ne sut que faire. Jamais il n'aurait un jour imaginé voir tant de regrets dans les prunelles d'un super héros pour une vie qu'il avait prit. Hawks était différent, il voyait l'humain comme il était et se fichait au premier abord de s'il était ennemi ou ami, il livrait des secondes chances sans même demander l'avis de la partie d'en face.
Délicat, Dabi porta le héros jusque dans son lit et rejeta la couette afin de se draper dans ses ailes en sa compagnie. Doucement, il prit Hawks dans ses bras et caressa ses cheveux alors que l'être devenu si soudainement fragile s'endormit, les traces de ses larmes creusant encore ses joues.
Au bout de trois mois supplémentaires et de six mois de réinsertion, Dabi devait se rendre à l'évidence, l'oiseau venait de s'encrer dans son esprit et son cœur sans qu'il ne demande rien. Il réalisait avec agacement qu'il s'était attaché à un être qui pouvait mourir du jour au lendemain et qui était censé le surveiller et non lui faire des bébés comme aimaient tant le dire Natsuo et Fuyumi afin de voir la tête de leur père se décomposer.
Il n'avait pas prévu aimer un jour et encore moins s'installer définitivement quelque part avec une moitié. Pourtant, l'envie se faisait ressentir lorsqu'Hawks parlait de retourner habiter son appartement une fois que celui-ci serait réparé. Bien sûr, il ne lui avait pas demandé si ça l'intéressait de venir avec lui et Dabi ne voulait pas trop s'imposer de peur d'être rapidement déçu. Mais ça ne l'empêchait néanmoins pas de tenter par des questions détournées de savoir s'il y avait ou non moyen de rejoindre son homme dans son antre afin de s'y installer définitivement ou au moins jusqu'au prochain déménagement de l'oiseau.
Oui, Dabi aussi voulait un nid, mais il ne voulait pas l'avouer. Par une question d'égo tout d'abord, mais aussi parce qu'il ne voulait pas presser les choses et encore moins avouer ses sentiments en premier à l'autre piaf. Par une question d'égo mais aussi par crainte. Par crainte d'être violemment repoussé. Oui, Dabi avait aussi peur qu'une midinette en chaleur et ça le faisait totalement rager.
Perdu dans son coin, il ignora les œillades peu discrètes d'Izuku qui, assis au comptoir de la cuisine, se demandait ce qu'avait le super vilain. Le nez dans son verre de jus d'orange, il alternait entre Shoto qui parlait de l'exercice en cours et Dabi qui touillait frénétiquement sa cuillère dans son café en murmurant ce qui lui semblait être des paroles sataniques. Inquiet, le petit vert observa son compagnon qui haussa un sourcil avant de soupirer et de se retourner vers son grand frère, totalement blasé.
« Ça ne va pas ?
-T'occupe. »
Maugréa le brun en murmurant encore plus fort. Lorsqu'oiseau de malheur se fit entendre, il fut clair pour Shoto qu'il fallait laisser son frère seul. Quand il en avait après quelqu'un, mieux valait ne pas être dans les parages. Avant de partir, il alluma la télévision et entraîna Izuku avec lui, content d'avoir peut-être trouvé un moyen de détourner l'attention de Touya d'Hawks.
Sauf qu'évidemment, ce que vit Touya en fixant la télé fut Hawks qui se fit toucher par une attaque. Le sang de Dabi ne fit qu'un tour et alors qu'Endeavor entrait dans la pièce, une gerbe de feu bleu s'échappa par la fenêtre de la cuisine. Un regard vers la télé lui fit comprendre la situation et alors qu'il haussait un sourcil, Dabi détruisait une chaise, sa rage à presque pleine puissance. Après avoir brisé et brûlé une énième pauvre chaise de comptoir innocente, il couru hors de la pièce pour s'enfermer dans sa chambre afin de se calmer. Endeavor ne comprit rien mais resta calme alors que des restes calcinés de chaises fumaient encore. S'il n'avait pas tout comprit, il était au moins sûr d'une chose, et c'était qu'Hawks allait prendre cher.
Les côtes fêlées, l'oiseau grimaçait alors qu'on lui appliquait un bandage sur son torse qui aurait été des seins si l'attaque l'avait touché de plein fouet. Un alter de métamorphose qui pouvait changer les genres à la guise du porteur. Au moins, il aurait pu avoir une belle carrière en tant que chirurgien plasticien. Le souffle coupé par son rire causé par sa propre blague, l'oiseau blond traîna des pieds jusque son chez lui provisoire. Il se demandait quelle tête aurait fait Dabi s'il était revenu en femme, mais peut-être aurait-il dû se demander celle qu'il ferait en rentrant chez lui.
Lorsqu'il vit le visage fermé mais le regard brillant de fureur de Dabi, il sut qu'il avait fait une bêtise, une grosse boulette. Il offrit au super vilain un sourire forcé et glapit lorsque le brun l'attrapa d'une ferme poigne pour le tirer violemment à l'intérieur de la maison. Aïe, il l'avait inquiété.
Les membres de la famille observèrent la scène dans un calme religieux, faisant mine de ne rien savoir. Lâcheur, pensa Hawks avant qu'un nouveau couinement ne prenne ses lèvres alors qu'il se faisait jeter dans l'antre du démon par son unique possesseur.
« Il doit prendre cher. »
Déglutit Izuku alors que Shoto relevait la tête pour la hocher. Son frère s'était tellement inquiété qu'ils ne l'avaient pas vu calme de l'après-midi. Résultat, il était extrêmement tendu au retour de l'oiseau. Ce que le bicolore ne comprenait pas en revanche, c'était comment il était passé de l'énervement à… Bah à ça ?
Shoto offrit un sourire désolé en offrant de la cire à Izuku qui se dépêcha de s'en mettre dans les oreilles, rouge de gêne. À défaut d'avoir un isolant correct pour la prochaine fois, ils pourraient bien essayer de faire leurs devoirs dans la cuisine pendant que les deux autres faisaient celui conjugale. Au moins, on entendait moins bien ce qui se passait à l'étage depuis ce lieu là.
« Ah ! Eh bah… Rit Hawks en se blottissant sur le torse du brun tout en ronronnant comme un chat gourmand mais repus. Je t'inquièterais plus souvent. Un nouveau rire le prit au grognement que poussa l'ex super vilain.
-N'y pense même pas ! Et ne t'avise plus de me faire une peur pareille !
-Quoi ? Tu avais peur que je devienne une femme ? Ricana Hawks alors que Dabi lui tapait le front en levant les yeux au ciel.
-Non. J'avais peur pour ta vie, crétin !
-Oh ça va. Je vais bien. Au moins, l'attaque ne m'a touché que de moitié, j'ai surtout eu chaud en fait. »
Et cet empafé trouvait cela drôle en plus. Tout en grognant, Dabi enfouit son museau dans le creux du cou de Hawks qui eut un sourire tendre. Il aimait le taquiner, mais il comprenait aussi son inquiétude. Pourtant, Hawks, même en promettant de faire plus attention, ne put s'empêcher de penser qu'il n'avait de toute manière pas le choix et que Dabi devrait apprendre à faire avec, car il était dans le devoir d'Hawks de protéger les autres au péril de sa vie.
Un sourire en coin sur les lèvres, il ne put tout de même réprimer la pensée qu'un Dabi inquiet était juste adorable et incroyablement torride.
