Le jour où on a chié dans le salon :

Chapitre 10 : Médecin :

Lorsque le médecin vit arriver le numéro deux du classement caché sous un sweat large avec une casquette et des lunettes de soleil, il sut que le titre « secret professionnel » s'installerait immédiatement sur son dossier.

L'homme, fébrile, se leva de sa chaise et tendit sa main vers l'oiseau avant de l'inviter à s'asseoir. Le vénitien eut un petit rictus de douleur et retint un couinement lorsque ses fesses rencontrèrent la chaise. Derrière lui, à la porte, un homme tout de noir vêtu avec des lunettes de soleil lui aussi, les fixait tout en refermant la porte. Avec un masque aussi noir que sa capuche, il était totalement méconnaissable et dans ses bras reposait ce qui semblait être un œuf. Le médecin déglutit sous la pression qui s'installait progressivement tandis que l'oiseau qui avait laissé ses ailes à la maison, se défaisait de son pull à capuche, de sa casquette rouge, puis de ses lunettes. Il eut un sourire contrit et sous ses yeux, de grandes poches se faisaient voir, signe qu'il avait pleuré ou alors extrêmement mal dormit, voir les deux. Le spécialiste prit un stylo et un calepin et se mordit la lèvre, nerveux. Il venait juste d'avoir son diplôme et ne comptait clairement pas le perdre pour faute grave. Il ferait tout ce que le héros lui demanderait, même si cela était illégale. Peut-être était-ce pour cela qu'ils avaient choisit un jeune médecin.

La salive ayant finit de traverser sa gorge, le possesseur du petit cabinet qui faisait l'angle de la rue soupira pour se donner une quelconque consistance avant de démarrer son discours professionnel, se résumant à demander au numéro deux ce qu'il pouvait bien faire là. Le blond soupira, fit signe derrière lui et l'homme encore encapuchonné déposa sans une once de délicatesse, un œuf aussi gros que celui d'une autruche sur la table. Le médecin en resta bouche bée alors que le numéro deux grognait en faisant gonfler ses ailes inexistantes pour le moment. Ça devait être la fête chez Endeavor, elles devaient danser toutes seules. Les deux hommes se fixèrent alors en chien de faïence et le médecin ne sut trop que dire. Alors, il prit l'œuf dans les mains et le retourna un peu dans tous les sens avec délicatesse pour bien le détailler.

« Je peux savoir pourquoi tu agis ainsi ? Souffla le blond alors que son collègue haussait les épaules en se détournant vers le médecin.

-Je te l'ai dit, on s'en fou de ce machin. On vient pour toi à la base, pas pour ça. Alors arrête de te mettre dans tous tes états.

-Il n'est pas vide Da-… Se stoppa Hawks avant de reprendre après une rapide œillade vers le médecin. Il n'est pas vide et je le sais. Je l'ai vu bouger.

-Il est vide je te dis. T'as rien vu bouger du tout, c'était le vent ! Et quand bien même, je suis partisan de brûler ou bien de détruire cet œuf. Ce serait pareil à un avortement, il n'est même pas formé le truc dedans, quand bien même il y en a un.

-Et tu m'as demandé mon avis avant ?! Merde ! Pour la énième fois, personne ne détruira cet œuf ! S'énerva le numéro deux alors que ses pupilles se noircissaient petit à petit.

-Bien, comme tu voudras. Concéda l'autre homme en soufflant longuement. Mais alors ne compte pas sur moi pour m'en occuper. »

Le blond renifla et détourna son regard noir, un air mauvais imprégné sur un visage pourtant habituellement si doux. Le médecin en frémit et bien qu'il ne comprenait pas grand chose, il avait tout de même peur de poser certaines questions. Pourtant, il finit par se racler la gorge, comme pour rappeler sa présence à ce qui semblait être un joli petit couple.

« Bien. Je… Que me vaut votre visite ici ? Demanda-t-il, le ton un peu tremblant.

-On vient pour moi… Soupira tristement l'oiseau, l'air quand même passablement agacé. Et pour cet œuf. Rajouta-t-il avec le sourire le plus triste au monde qui aurait fait fondre n'importe qui, ce qui agaça passablement le brun à ses côtés qui se leva vivement en pestant alors que l'oiseau baissait sa tête.

-Que vous est-il arrivé ? Demanda le docteur d'un ton doux, comme s'il voulait rassurer le jeune homme face à lui qui se mettait légèrement à trembler.

-J'ai pondu un œuf. Le médecin, les yeux ronds, reposa immédiatement ce qu'il tenait dans ses mains.

-Ah. Prononça-t-il le plus simplement du monde alors que le brun à l'autre bout de la pièce ricanait en observant un schéma de femme enceinte tout en titillant un squelette à ses côtés. Comment cela se fait-il ?

-J'ai… J'ai eu un petit problème. Commença le blond. Une attaque. Je n'ai changé de genre suite à cette attaque que de moitié. Tout a changé de façon interne et je ne me suis rendu compte de rien. Résultat… J'ai eu des relations sexuelles avec mon… Conjoint. Grogna l'oiseau, le bec serré, avant de reprendre d'un ton tremblant de colère et de tristesse envers celui qui l'accompagnait visiblement. Et j'ai pondu un œuf sans même savoir que mon organisme en préparait un. »

Bon. Déjà, pour quelqu'un qui ne connaissait en rien la situation du héros, il fallait se faire à l'idée qu'il aimait les hommes et plus particulièrement être en dessous. Une image libidineuse qui aurait rendu n'importe quel homophobe gay passé, il fallait maintenant se faire à l'idée que suite à une mauvaise attaque, Hawks s'était mit à attendre un enfant. Ça, déjà, c'était bien bizarre à souhait, mais ce qui l'était encore plus, c'était surement le fait que ce ne soit pas un ventre rond que l'oiseau présentait, mais bien un œuf. Alors sa nature était elle aussi ovipare ? Il ne se contentait pas que d'avoir des ailes ? D'un point de vue de médecin et de façon totalement scientifique, c'était tout bonnement fascinant. Le premier cas recensé, aucun antécédent. Mais d'un point de vue plus humain, il comprenait le trouble des deux hommes. Avec un sourire désolé, il réconforta le héros d'une petite tape sur l'épaule et commença à le questionner normalement.

Comme il le pensait, la ponte avait en partie déchirée le héros et l'avait laissé à vif. De plus, comme ça datait de la veille, il était normal qu'il en souffre encore. Heureusement pour le héros, rien de bien méchant comme traitement si ce n'était crème, anti douleurs et repos pendant au moins deux bons mois. Cette nouvelle fit grimacer et grogner le compagnon du héros mais celui-ci fit bien comprendre à son compagnon qu'il n'y aurait pas de jeux de jambes en l'air tant qu'il serait un « véritable enfoiré », ce à quoi l'autre répondit d'un reniflement.

Dans un sens, le médecin ne pouvait vraiment pas blâmer le brun. Il n'y avait personne à blâmer d'ailleurs. C'était physiquement impossible, ce n'était pas pour rien que les gays adoptaient. Normal que le brun ne l'accepte pas et qu'ils soient tous deux perdus. Mais le médecin ne s'inquiétait pas vraiment. Qui que soit ce monsieur, il avait l'impression qu'il ne lâcherait pas l'oiseau de sitôt, il l'avait accompagné après tout, il s'inquiétait pour lui. Et le médecin avait l'intime conviction qu'il prendrait soin de l'œuf et de l'enfant sans vraiment savoir pourquoi.

« Bien. Je vais passer l'œuf aux rayons X. »

Le brun se redressa vivement avant de sursauter en sentant la main du blond agripper fermement son bras. Il ne sut vraiment que dire alors que le médecin emmenait l'œuf calmement avec lui sous les glapissements du numéro deux, déjà bien trop attaché à cet œuf de malheur pour son compagnon.

Lorsque le docteur revint, il sourit en mettant la chose qui briserait peut-être un couple, dans les bras de sa mère… Père… Enfin bref. Il remit l'œuf à Hawks.

« Félicitation. Sourit le professionnel alors qu'Hawks le regardait avec espoir, ses yeux d'ambre rivés dans les siens. C'est bien un œuf qui abrite un être vivant, vous allez être parents. »

Au moins, il put voir de la joie chez quelqu'un. Mais pas chez tout le monde, malheureusement. Le brun se tendit encore plus fort qu'un arc et s'enfuit du bureau, les gestes mécaniques. Par la fenêtre, le professionnel de santé put le voir hyper ventiler, une main sur le mur de l'angle de la rue. Très clairement, cette situation ne lui plaisait vraiment pas du tout. Avec un soupir, le docteur se retourna vers le héros qui maintenait son œuf contre lui, comme s'il s'agissait d'une bouée, alors que des sanglots le prenait, chose révélée par ses épaules qui tressautaient. Le médecin annula quelques uns de ses rendez-vous et proposa son soutient au héros qui l'acceptait bien volontiers, il avait besoin de se confier.

Les deux mois qui suivirent cette visite furent… Durs. Vraiment très compliqués pour toute la maisonnée. Déjà, le problème de couvaison de l'œuf s'était présenté et si Dabi fut plutôt actif pour raconter n'importe quoi et chercher des pseudos solutions, il déçu tout le monde en s'en détournant le lendemain. Il avait participé parce qu'Hawks le lui avait demandé et qu'il savait que l'œuf était important pour l'oiseau, mais il n'en voulait toujours pas et le faisait bien savoir.

Alors les disputes explosèrent de partout et personne, pas même Endeavor, ne voulu s'en mêler. Au début, personne ne pipait mot et tout le monde se contentait d'observer ce couple lentement se détruire à charge de petites ou de plus grosses flammes et d'autres attaques cachées. Plusieurs fois, ils virent Hawks prendre son envol en pleurant, en hurlant, en se retenant et plusieurs fois ils virent la folie prendre possession des yeux de Touya. Mais pas la folie destructrice qu'ils lui connaissaient tous et qui avait emprunt Dabi, non, bien au contraire. C'était une folie qui le détruisait, qui l'amenait à se cacher pour hurler sa peine. Il aimait Hawks, ça, tout le monde le savait. Il aimait Hawks mais pas cet œuf car il lui faisait peur et ça, tout le monde ne pouvait rien faire d'autre que de l'observer.

Au bout d'un bon mois de batailles à coups de cris, Natsuo finit par prendre son frère en main, un soir où Hawks avait pris son envol pour se diriger vers chez Mirko afin d'y pleurer en compagnie de son précieux œuf. Et justement, il était là le problème, habituellement, il ne partait jamais avec. Alors, comme si le blond avait promis de ne jamais revenir par ce simple geste, Dabi s'était retranché sur le dalles à l'extérieur, la clope en bouche et les yeux perdus dans le vague. Touya semblait mort de l'intérieur, encore une fois, et Natsuo n'aimait vraiment pas ça.

Alors, le blanc s'était assis aux côtés de son frère et lui avait tendu une bière fraîche. Les deux burent dans le silence avant que Dabi ne lui demande de déguerpir, arguant qu'il savait bien pourquoi il était là. Le petit frère ne démentit pas, mais resta bien planté là. Il voulait comprendre pourquoi et fit comprendre qu'il ne partirait pas avant d'être son total confident attitré. Dabi serra les dents et alors qu'une goutte de sang déferlait sur sa joue, faisant la course avec de nouvelles et de vraies larmes naissantes que Dabi pensait disparues, Fuyumi les rejoignit pour entendre avec peine à quel point cette situation lui faisait peur.

Touya venait de se confier, de pleurer ce qu'il avait gardé au fond de lui depuis un bon mois et lorsqu'Hawks revint cinq jours plus tard en compagnie de son œuf, Dabi, qui l'avait vu arriver depuis le comptoir de la cuisine, couru vers lui afin de les prendre tous deux, Hawks et son leur œuf, dans les bras. Il s'excusa mille fois et implora l'oiseau de ne pas repartir. Le vénitien fut surpris mais accompagna les plaintes du brun de sanglots qui promettaient qu'il resterait.

Le mois suivant fut moins bordé de cris. Dès qu'il fallait se confier, Dabi le faisait avant de se servir de son homme comme tribune pour lui hurler dessus. Il voulait bien faire un effort, mais l'œuf… Il n'y arrivait toujours pas. Non… Il ne pouvait être papa.

Les deux furent donc en froid et le blond avait décidé de faire pendant un temps chambre à part. Mais bien évidemment, cette situation, en plus de celle de ne pas pouvoir se sauter dessus pour se réconcilier leur pesèrent, et au bout de deux bons mois et de la guérison d'Hawks, Endeavor décida qu'il en avait assez et qu'il était temps pour lui et pour l'oiseau d'avoir une réelle discussion.