Le jour où on a chié dans le salon :

Chapitre 20 : Réaménagement :

Dabi râla en se prenant les pieds dans les câbles pour presque s'étaler au sol de tout son long. Il se rattrapa au canapé et retint de justesse une insulte alors qu'il sentait sous sa main, une serviette sale de rejets de lait caillé. Merveilleux.

Avec un long soupire, il abattit son front contre le coussin de l'assise et dériva son regard vers sa fille gazouillant dans son parc en bois blanc, l'un de ses poings directement placé dans sa bouche. Toute guillerette, chose sûrement hérité d'Hawks et de sa joie de vivre un peu trop légendaire, elle sautillait dans sa couche, assise sur ses petites fesses, tout en battant d'un bras sur un rythme totalement décousu qu'elle seule connaissait. Ses babillages cessèrent rapidement et alors qu'elle se mettait à rire sans aucune raison apparente, elle ancra son regard bleu et ambré dans celui céruléen de son père qui lui offrit au final, un sourire léger.

« On va commencer à être un peu trop dans ce petit appartement. Tu ne trouves pas ? »

Pour toute réponse, l'enfant envoya un hochet plus loin, hochet qui rebondit sur le sol pour finalement atteindre la tête du brun qui grimaça en songeant, qu'en effet, déplacer la table basse pour coller le parc bébé au canapé par manque de place, prouvait bien qu'il était temps de partir. Le problème, et il était plutôt de taille, c'était Hawks.

En effet, l'idée de déménager ne plaisait pas franchement à l'oiseau qui aimait par dessus tout son petit nid douillet ainsi que ses petites habitudes comme le fait de se poster au balcon au dessus de tous les immeubles ou bien d'user des charpentes du petit domicile comme d'un perchoir à la manière d'un perroquet. Et s'il voulait bien être honnête, Dabi dirait qu'il comprenait bien cette envie si particulière de garder ses bonnes vieilles habitudes et leur côté rassurant. Mais venait un moment où il fallait choisir, avancer dans la vie. Hawks avait voulu d'un enfant, de Dabi et désirait même un chien, alors Hawks devait impérativement déménager. Parce que là, ce n'était juste plus possible. La petite, au bout de deux mois, n'avait toujours pas de réelle chambre et dormait encore dans le bureau, bureau d'ailleurs déplacé dans le salon et qui prenait une place immense. Visiblement, cet appartement était fait pour un couple et aurait été juste parfait pour eux deux, mais il n'était clairement pas adapté à une petite famille en pleine croissance. Avec un long soupire las, Touya se dit bien qu'une discussion serait de mise. Enfin, après qu'il ait nettoyé sa main et cette serviette bien sûr.

Dans l'intimité d'une chambre noircit par la nuit, seul éveillé, Dabi, un bras croisé derrière sa tête, observait le plafond habituellement blanc, rendu gris par l'obscurité. Il n'avait pas parlé à Hawks de son projet de déménagement. Connaissant très bien sa réponse et tout en sachant où ça allait les mener, le brun s'était dit que son blond était bien trop épuisé pour le fatiguer encore plus avec des mots qui mèneraient inévitablement à la dispute, tant le sujet du déménagement était complexe. Après tout, Keigo l'aimait cet appartement, il l'avait même fait reconstruire après son explosion pour le retrouver comme avant. Pourquoi était-il autant attaché à ce lieu ? Touya ne le savait pas trop. Tout en tournant la tête vers le dos du bel endormit, le faux brun étendit son bras pour se mettre sur le côté afin de délicatement caresser les mèches de son amour qui frissonna dans son sommeil. Sans quitter les doux bras de Morphée, il vint délicatement s'enfoncer dans ceux bien plus agréables de Dabi afin d'y sourire pour mieux y rêver.

Le brun eut un petit rire et le prit avec délicatesse dans ses bras tout en le câlinant encore avec douceur. Son homme dans les bras, son menton sur le haut de son crâne et son corps entouré des ailes rouges de son héros, le faux brun se fit la promesse solennelle de reprendre cette fameuse discussion le lendemain. Après tout, il avait un jour de congé, le moment était parfait pour lancer une nouvelle dispute. Avec un soupire déjà ennuyé, il s'endormit à une heure plutôt avancée de la nuit.

Le lendemain, Keigo s'était levé du bon pied. Il avait laissé Hawks dans le placard de ses costumes et s'amusait à chanter et se trémousser, son enfant dans les bras, tout en préparant le petit déjeuner.

Dans une glissade sur le côté, il offrit un gros bisou sur la joue rebondie de sa fille qui leva les bras en l'air tout en riant, avant de lui donner la spatule pleine de chocolat fondue qu'elle enfourna dans sa bouche pour en extraire le plus de matière possible. Attendrit par sa gourmandise naissante, le blond embrassa son crâne chaud, ébouriffa ses fins cheveux blonds vénitiens et reprit sa préparation avec un grand entrain. Finalement, il déposa la petite sur le comptoir, l'entoura de quelques plumes afin qu'elle ne tombe pas et finit ses pancakes qu'il plaça sur le bureau qui servait maintenant de table se salle à manger, avec quelques coupelles remplies de sirop d'érable, de chocolat et autres confitures. Tout content, il reposa sa fille dans son parc, évita de justesse la table basse avant de se la prendre sur le pied, avança en crabe entre les câbles et l'accoudoir du canapé pour ne pas trébucher, et il fila finalement jusqu'à sa chambre afin d'en faire sortir son homme qui baillait et râlait déjà, le visage enfoncé dans les oreillers.

« Mon cœur. Chantonna l'oiseau à la manière d'une Blanche Neige bien trop mielleuse, ce qui fit fortement grogner Dabi et ricaner de filouterie le blond qui se jeta sur lui pour venir ébouriffer ses cheveux afin d'encore plus le taquiner. Allez mon ange de noirceur, debout. Plaisanta-t-il encore.

-Pff. Ricana finalement le brun tout en tournant la tête vers Hawks, les yeux à semi-ouverts. Tu me veux quoi, le piaf ?

-Rien. Rit doucement le blond tout en venant picorer ses lèvres. Je viens juste te réveiller. Allez, dépêche-toi. J'ai faim et je veux pouvoir manger un peu avant que ça ne refroidisse. S'amusa le blond alors que son brun, qui en avait décidé bien autrement, le prit par les hanches afin de l'asseoir sur son bassin. Dabi. J'aimerais manger là. Soupira l'oiseau alors que le brun se redressait afin de grignoter son cou.

-Et moi je veux te manger toi. S'amusa l'autre tout en murmurant de sa chaude voix rocailleuse à l'oreille de son homme qui se mordait la lèvre inférieure et se tortillait en frissonnant.

-Pas maintenant. On aura tout le temps plus tard.

-Tu as raison, ronronna l'autre tout en continuant. Surtout que l'on va avoir une maison à baptiser d'ici peu.

-Pardon ? »

Hawks redressa un sourcil tout en éloignant son homme de lui. Il lui offrit ensuite un regard circonspect, se leva et fila vers la salle à manger, slache, bureau, afin d'y bouder et de manger ses pancakes, seul. Dabi souffla en songeant que la discussion allait être longue, très longue même.

Et effectivement, elle le fut. Elle le fut tant et si bien qu'elle ne se termina qu'avec la course de l'aiguille sur le cadran à la même heure le lendemain. En effet, ils s'étaient disputés dans le lit. En même temps, il était bien dur de faire autrement car le canapé était engoncé d'un tas d'affaires que l'on ne pouvait pas ranger, alors dormir dessus relevait de mauvaises surprise et le sommeil par terre avait un peu de mal à venir. Donc, ils se couchèrent ensemble, mais surtout, ils se couchèrent très fâchés. Personne, du point de vue de l'autre, ne voulait entendre raison et personne, surtout, ne voulait lâcher le morceau.

Dabi ne comprenait vraiment pas. C'était dingue ça de s'attacher autant à un lieu. Prit d'énervement et n'en pouvant juste plus, le brun finit par hurler son désarroi, et se stoppa sous les larmes de colère d'Hawks.

Hawks pleurait très rarement. Lorsqu'il le faisait, c'était bien pour une bonne raison, qu'il était en plein craquage sentimentale et qu'il n'arrivait tout juste plus à gérer au point que son masque d'homme assuré s'émiettait, se fendillait pour toujours mieux se briser au sol.

Touya se calma instantanément et s'approcha avec lenteur pour le prendre dans ses bras. Le blond s'accrocha immédiatement à lui et fondit encore plus en larme dans son giron protecteur.

« Tu ne comprends pas. Hoqueta-t-il. Tu ne peux pas comprendre ce que cet appartement représente pout moi Touya.

-Explique moi Keigo. »

Ils n'utilisaient que rarement leur prénom respectif. Lorsqu'ils le faisaient, c'était souvent par inattention ou alors parce que la situation grave s'y prêtait. Ou bien qu'ils s'envoyaient au septième ciel, mais là n'était pas le propos.

Ainsi, Keigo proposa à son homme de s'asseoir sur le canapé pour en parler un peu, mais au regard interrogateur et au sourcil blasé relevé de Dabi, la proposition tombait un peu à l'eau à l'instar de leurs fesses tombant sur une pile de linge. Le blond soupira, bien conscient du manque de place et offrit un regard ainsi qu'un sourire désolé à son brun qui vit surtout cette tentative pour cacher son air meurtrit, totalement échouée.

« Dis-moi, Keigo.

-C'est que… Stressa légèrement le blond tout en se tripotant les mains, la lèvre mordillée et le regard fuyant. C'est que… Je ne peux pas quitter ce lieu, tu comprends ?

-Non. Mais pourquoi enfin ? Je sais que tu aimes bien ton nid, mais…

-Ce n'est pas pour un perchoir Touya ! C'est bien plus que ça. Bien plus qu'un simple nid. J'ai… Je n'ai jamais connu de confort. J'ai été en partit élevé par la commission et ils ne m'ont clairement pas offert plus que le strict nécessaire. Une cellule en guise de chambre… Je côtoyais les salles d'entraînement plus quotidiennement que ma misérable petite chambre de nonne. Sourit tristement l'oiseau alors que son regard, déjà lointain, s'embuait de nouveau. La boule à la gorge, il déglutit et se reprit. J'ai eu très mal tu sais. Quand… Quand ils m'ont relâché sans rien derrière. À dix huit ans, moi qui n'avait presque rien connu de l'extérieur, je me suis retrouvé seul dans la cours des grands, sans filet de sécurité pour me rattraper. La commission, en voyant mon trouble, a voulu m'aider, mais j'ai refusé. Je leur en voulais de tout et voulais me prouver à moi même que je pouvais le faire sans eux, y arriver par mes propres moyens.

-Et c'est cet appartement que tu as trouvé, n'est ce pas ? Conclu Dabi qui ne posait pas vraiment la question, alors que l'oiseau hochait tout doucement la tête, presque honteux.

-Oui. Il représente mon indépendance, ma liberté. Il releva ensuite la tête pour ancrer son regard brillant dans celui de son homme. Mes réussites. Mais pas que… Pas que… Hoqueta le blond alors qu'il camouflait son visage contre le torse du naturel rouquin, tout en resserrant ses mains sur son long et fétiche t-shirt blanc.

-Keigo ?

-Pas que… Souffla-t-il avant de finalement reprendre tout en reniflant. Il représente aussi mon éloignement des maisons et de ce qu'elles représentent. Enfant, je veux dire, avant que la commission ne me trouve, je vivais dans une grande maison aux hauts murs. Peut-être était-elle petite en fait et que mon regard d'enfant l'a grandi… Mais je n'ai, depuis cette maison, aimé que les espaces confinés. Un peu à la manière d'un oiseau dans un nid. Rit-il légèrement avant d'encore resserrer sa prise et de reprendre. Enfin… Je… Je vivais dans une grande maison qui me semblait être un monstre avec de grandes dents. J'y était souvent seul, démuni comme l'étaient mes parents et toujours habillé de vêtements trop grands. J'était toujours sale aussi. Aussi sale que ma famille, aussi sale que les lieux. Je vivais dans la saleté, dans la crasse lugubre, l'insalubrité la plus totale. Rien n'allait, mes pieds et toutes mes paires de chaussettes blanches étaient devenues noires. Les poubelles jonchaient le sol, grimpaient sur les murs et atteignaient même ma chambre en un millier de carton. Gamin, j'en avais une peur bleue. Pour moi, les pires monstres étaient cette maison, ces détritus et mes parents qui ne me traitaient vraiment pas bien du tout. Sourit-il et rit il tristement. Je vivais dans un lieu pire qu'une décharge publique et mes seuls repaires étaient mon unique jouet, une peluche à l'effigie de ton père et une petite télé où l'on vantait généralement ses exploits. Je l'ai toujours admiré pour ça. Pour moi, il s'était construit seul, pas comme All Might à qui tout souriait comme il souriait au publique. Endeavor, je l'admirais parce qu'il s'était fait seul et qu'il me donnait l'espoir de peut-être m'en sortir un jour… Je sais que… S'enroua encore sa voix. Je sais que tu n'aimes pas quand je te dis tout ça, mais… Renifla-t-il. Mais ton père a été un véritable héros pour moi. C'était le model qui m'a permit de survivre avant l'arrivée de la commission. Je ne veux pas partir d'ici. C'est mon refuge et je ne veux pas me retrouver dans un lieu bien trop grand pour moi où je me sentirais perdu. Touya… Je suis tellement désolé, mais je ne peux pas. »

Le brun resta figé, le regard perdu dans le vague. S'il s'était attendu à de pareilles paroles…

Il grimaça légèrement alors que sa main caressait machinalement le dos de son oiseau. Il le comprenait… Oh que oui il le comprenait. Il savait maintenant que même tout héros qu'il était, son blond était encore bien trop complexe, même pour lui et qu'il vivait encore avec ses démons. Mais il devait avancer, et Dabi se promit de l'aider à faire un pas en avant.

Un pas après l'autre, ils allaient bien y arriver. De toute façon, ils n'avaient pas le choix, ils devaient s'en aller d'ici. Et Touya songea que ce fait ferait beaucoup plus de bien à son homme qu'il ne le pensait en réalité.

C'est ainsi qu'un bon mois plus tard, un bandeau sur les yeux, Hawks fit un pas dans un lieu inconnu et totalement vide. Dabi se plaça derrière lui et tout sourire, fier, lui retira son bandeau pour lui dévoiler une magnifique petite maison aux grandes pierres de parements sur un mur qui englobaient une cheminée. Il y avait aussi un petit escalier, des charpentes de bois épaisses au plafond et un salon qui faisait juste la bonne taille. On aurait dit un petit chalet cosy en pleine ville, tout proche des commerces et juste assez grand pour y vivre à trois avec aisance.

Le blond eut un temps d'arrêt, observa son homme et petit à petit, il sentit des larmes de joie envahir ses prunelles d'ambre. D'un coup d'aile, il rejoignit les charpentes et s'y positionna pour admirer le lieu. Les murs ne le mangeaient pas. Ils n'étaient pas trop haut et l'étage était juste parfait pour la petite. Deux chambres en haut, une en bas et deux salles de bains. Un sol tout en bois et un lieu un peu mansardé par le toit. Il redescendit et fut surpris de s'imaginer, au milieu de l'escalier, vivre ici en compagnie de son homme et de sa fille.

Son cœur qui battait la chamade se calma et tout en voyant l'expression de filou dans les yeux de son compagnon, il sut que celui-ci avait fait exprès de presque retrouver leur appartement actuel en plus grand sous la forme d'une maison pour ne pas totalement le déboussoler. Les recherches durent être plutôt compliquées, mais Hawks appréciait les efforts et tout en laissant déborder sa joie, il laissa ses démons à sa porte d'entrée en leur demandant de ne jamais revenir alors qu'il sautillait vers la porte arrière. Il avait cru voir un jardin et ce devait être parfait pour y installer une petite niche pour leur futur chien.