Le jour où on a chié dans le salon :
Chapitre 22 : Tata Mirko :
Avachi dans le canapé, la petite endormie sur le torse, Dabi observait l'écran noir de la télé, les traits tirés par la fatigue. La gamine avait été infernale la nuit passée, pleurant toute la nuit durant pour un oui et pour un non. Evidemment, Hawks n'avait pas pu l'aider, bien trop absorbé par sa patrouille et autres missions qui lui tombaient dessus. Tout aussi épuisé que lui, le bougre traînait encore au lit, le laissant toujours seul à s'occuper de la petite.
Avec un long soupire las, Dabi laissa sa tête retomber en arrière afin d'observer le plafond aussi blanc que les trois dernières nuits et la mine de Keigo qui avait finalement décidé de le rejoindre tout en traînant des pieds, la mine plongée dans l'écran de son portable. Il semblait avoir reçu un message important au vu de son expression, ce qui amena naturellement un soupire dévasté de la part de Touya qui sentait qu'il allait encore se retrouver seul et très clairement, cette situation qui durait maintenant depuis deux longues semaines commençait à lui peser très gravement sur le système. Heureusement qu'il était présent, sinon la petite serait morte de faim et de soif depuis bien longtemps déjà.
Après un long bâillement, l'oiseau se posa finalement couché sur le canapé, les jambes repliées contre son torse et les plumes probablement en vadrouille dans sa chambre dans un bordel monstre. Il nicha sa tête contre son conjoint, tapota affectueusement le petit crâne de sa fille et sourit à son homme avant de rabattre sur eux la couverture qu'il avait emportée avec lui et de jeter un dernier coup d'œil à son portable pour le verrouiller. Après un temps de silence, le blond prit la parole, ses yeux d'ambres rivés dans ceux électrique de son amant qui le considérait avec attention.
« Désolé mon cœur. Mais les temps sont durs en ce moment. Je te promets de tenter d'être plus présent.
-T'es censé être le plus rapide des héros. Maugréa Dabi alors que Hawks pouffait légèrement en lui volant un baiser afin de reprendre sa position initiale.
-Certes. Mais je pars sur de longues distances généralement. Je ne suis même plus en ville tu sais. »
L'ancien vilain ne dit rien et se contenta de reporter son attention sur la petite qui reposait toujours sur son torse, apaisée. Le blond suivit le regard du brun et eut un petit air désolé en détaillant ce petit bout de trois mois à peine. Les temps étaient durs pour tout le monde et il pouvait bien comprendre que Dabi n'arrivait pas toujours à s'occuper d'elle correctement et qu'un peu d'aide serait la bienvenue. Mais ce n'était pas totalement de sa faute. Hawks était un héros et il se devait de faire son travail. Placer des jours, même les deux par semaine réglementaires était presque impossible. Surtout en cette saison où les crimes affluaient toujours plus en surnombre.
« Tu es bien trop généreux. Remarqua finalement Dabi. Ne me regarde pas comme ça, je sais que tu prends les missions des autres. Au final, tu fais comme mon père, tu fuis ta famille. »
Après un reniflement, Dabi se releva avec son enfant dans les bras, laissant un pigeon totalement abasourdi dans le canapé. Il cligna des yeux, incrédule, et observa Dabi alors que celui-ci se passait à la fenêtre afin d'observer le paysage d'un air nostalgique. Si Hawks pouvait au début, bien se demander quelle mouche avait bien pu le piquer, il sut très vite que l'enfermement avait dû y jouer un rôle très important. En effet, Dabi n'avait toujours pas le droit de totalement sortir sans lui et bien qu'une dérogation le permettait parfois, ces évènements restaient encore trop rares pour l'esprit libre de Dabi qui devait en plus s'occuper d'un enfant.
Hawks, nullement vexé par la remarque acerbe, se mordilla la lèvre. En plus d'être un avertissement pour le pousser à faire un effort, cette remarque était surtout un appel à l'aide. Dabi avait besoin de lui, et comme si les astres étaient intimement liés, les missions commençaient à affluer pile au moment de la naissance de la petite. Comment faire comprendre alors qu'il ne les fuyait pas ? Il secoua légèrement la tête. Le moment de la discussion semblait être arrivée. Alors, tout doucement, l'oiseau rejoignit son amant et perchoir attitré. Il enroula ses bras autour de sa taille et posa sa tête sur son cœur, comme il avait l'habitude de faire, juste à côté de la bouille de sa fille.
« Je ne cherche pas à vous laisser tomber tous les deux. Je te l'ai dit. Les temps sont durs et on doit démanteler un réseau qui ne cesse de terroriser la ville avec de plus en plus d'activités dangereuses pour la population. Et comme ils agissent à n'importe quel moment...
-Ils cherchent à t'affaiblir. Remarqua Dabi avec un soupire en ébouriffant patiemment ses cheveux. Ils savent que tu les poursuis en tant qu'héros de tête et ils cherchent à t'affaiblir.
-Je sais bien. Bâilla l'oiseau en enfouissant son visage contre son torse. Mais la commission...
-Je me fiche bien de la commission. Râla Dabi. Elle peut bien aller se faire voir la commission. Tu as un enfant maintenant. Sans même parler de moi, tu dois t'occuper de ton môme. Ils peuvent bien te laisser reposer non ?
-Quand tout sera fini. Sourit le blond avec une tendresse non dissimulée.
-Et ce sera fini quand ?
-Bientôt. Bâilla pour la troisième fois Hawks. Mais ça irait beaucoup plus vite avec un coup de main. Sourit malicieusement le blond qui cherchait le contact des lèvres du brun, encore plus câlin que d'habitude une fois fatigué.
-Tu as besoin de moi ? Demanda un Dabi sceptique en haussant un sourcil alors que Rei se faisait voler de ses bras par son autre père.
-Oui, j'ai obtenu l'autorisation ce matin. Sourit Hawks en pointant son portable. A défaut de passer du temps avec toi à la maison, allons sur le champ de bataille ensemble.
-Et la petite ? Remarqua Dabi en la pointant.
-On trouvera bien quelqu'un. Et puis, sans personne pour la surveiller, elle devient un prétexte bien plus solide aux yeux de la commission pour que l'on rentre tous les deux plus tôt; qu'est ce que tu en dis? »
Dabi ne put se retenir de lever les yeux au ciel ni de sourire légèrement en accédant enfin à la requête d'Hawks en embrassant ses lèvres. Oui, il pourrait très clairement accepter cette demande et aider son homme. Au moins, il serait sûr qu'il n'aille pas voire ailleurs.
D'accord et apaisés, ils retournèrent tous deux devant la télé et l'allumèrent. Et alors que Dabi zappait à la recherche d'une chaîne d'infos, Hawks eut un immense sourire.
« Mirko en tant que marraine ! Ça te dit ?
-Mirko ? La numéro cinq ? Demanda distraitement Dabi, peu étonné de voir qu'un héros figurait sur la liste d'Hawks quand au titre de marraine ou bien de parrain.
-Oui ! ! C'est une grande amie à moi ! Ajouta Hawks en pianotant sur son portable, tout enjoué avec un sourire éclatant sur les lèvres.
-Si tu veux. Dit platement Dabi qui n'y voyait aucune objection alors qu'une émission sur Hawks débutait. Tient. Apparemment on aurait des nouvelles intéressantes sur toi. »
Remarqua le brun alors que le gros titre les fit tous deux sursauter pour qu'au final, ils rivent tous deux leur regard sur la petite puis sur la télé à répétition. Oh non ! Mais pourquoi ?! Horrifiés, médusés, catatoniques, ils fixaient de leurs gros yeux ronds l'écran où le héros numéro deux du classement figurait avec son bébé dans les bras, tout fier juste devant chez lui. Evidemment, il n'avait pas vu les caméras et évidemment, chacun cherchait de qui pouvait être l'enfant sans même chercher à démentir le fait que l'enfant était bien celui de l'oiseau. Keigo déglutit à chacune des propositions, fébrile quand aux réactions que pouvait avoir Dabi qui restait étrangement calme. Finalement, la photo de Mirko apparu et Hawks crut qu'il allait mourir étouffé dans sa propre salive. Comment ?!
Quelques photos de lycée défilèrent et on y voyait les deux héros ensemble à la sortie des cours ou bien même dans la rue. Ce devait être des photos d'archives car ni l'un, ni l'autre n'étaient connus à cette époque. Puis, au moment où le blond se dit qu'ils allaient passer à autre chose, une vieille interview fit surface. Une interview où l'on voyait le blond sur un divan au tout début de sa célébrité. A un moment où, trop content de crever pour la première fois l'écran, il s'était prit au jeu des médias et avait déballé sa vie. Ainsi, quand la question fatidique arriva, il n'avait pas hésité et avait répondu du tac au tac.
"Vous semblez bien proche de l'héroïne Mirko. Avez vous une simple relation amicale avec elle ?
-Nous nous connaissons depuis longtemps, rit le blond avant d'avoir un clin d'œil ainsi qu'un regard aguicheur qui raidit Dabi. Mais l'amitié peut amener certaines opportunités.
-Vous assumez avoir ce genre de relation ? S'étonna le journaliste.
-Nous sommes libres vous savez."
L'oiseau eut un rire cristallin qui fit glapir ces dames et quelques messieurs avant de se faire accompagner par le journaliste. Ensuite, l'émission se finit sur le fait que Mirko ne pouvait être la mère au vu de sa pêche d'enfer qu'elle entretenait depuis bien plus de neuf mois et ce, sans interruption. Donc en plus d'avoir violé sa vie privée, les journalistes venaient de lui pourrir sa journée et toutes chances de réconciliation avec Dabi, même bancale.
Le brun se leva, sans un mot et raide, il se dirigea vers le bahut de la cuisine. Il resituait Mirko maintenant. Il n'y avait jamais fait vraiment attention, mais les deux héros étaient en effet très très proche au point que la lapine faisait souvent des sauts de puce chez eux ou bien que Hawks allait la voir en soirée après une mission quelconque. Mais jamais l'oiseau n'avait précisé que lui et la lapine avaient un jour entretenus ce genre de relation et surtout, l'oiseau l'appelait toujours Rumi et jamais Mirko, c'était d'ailleurs pour cela que le brun ne l'avait d'abord pas reconnue.
Tout en essayant de garder son calme, Dabi ne calcula pas Hawks quand celui-ci se rapprocha de lui avec lenteur. Et dire que lorsqu'elle venait, elle se qualifiait elle-même de « Tata Mirko » pour la gamine. Ce simple fait le rendait fou de jalousie. Elle enserrait son enfant, chez lui et passait du temps avec son conjoint sous couvert d'une grande amitié alors qu'ils pouvaient à tout moment remettre le couvert car apparemment, ça ne dérangeait en rien leurs affaires amicales. Non monsieur ! Non madame ! Ça ne se passerait plus ainsi ! Dabi refuserait pour toujours de passer pour la bonne poire et ce n'était pas le regard doucereux, hésitant et désolé de son blondinet aérien qui lui feraient changer d'avis ! Sans plus de cérémonie, il jeta le regard de la mort à Hawks qui glapit en se faisant tout petit.
« J'imagine que c'est un non pour Mirko alors ? »
Sous le coup de l'énervement, Dabi ne sentit même pas ses flammes s'activer. Heureusement que son conjoint tenait leur magnifique progéniture, sinon Dabi l'aurait cramé vif.
