Le jour où on a chié dans le salon :
Chapitre 28 : Petite discussion sous les étoiles :
Natsuo eut un léger frisson en entendant une branche craquer. Il avait tellement été aspiré par les étoiles, du haut de sa petite butte d'herbe, qu'il n'avait même pas perçu les pas qui se rapprochaient. Comprenant qui était derrière lui, il ne se retourna pas et se contenta d'aplanir l'herbe de ses mains, mettant son poids dans ses bras. Avec un demi-sourire, détendu, il attendit que l'autre se décide à le rejoindre.
Depuis son arbre, le bras collé à son tronc dans un signe d'attente, l'inconnu hésita quelques instants quand à la bonne idée d'avancer. Après tout, il était dangereux pour lui de sortir et encore plus qu'on les voit ensemble, il devrait faire demi-tour et filer loin du blanc qui patientait, le nez dans les étoiles. Il soupira. Ses pieds ne voulaient qu'aller en avant, son corps entier ainsi que ses pensées ne lui laissaient pas le choix. Il devait rejoindre le jeune homme, où il finirait frustré pendant beaucoup trop longtemps à l'idée même de ne pas s'être juste assis auprès de lui. Il râla. Ce qu'il pouvait être niais en sa compagnie. Foutu Todoroki. Il devrait vraiment faire demi-tour, cette famille allait tout simplement le rendre dingue. Entre Dabi le casse couille maintenant papa, et lui, le jeune de son âge qui pouvait encore se permettre d'être insouciant, il y avait de quoi s'arracher les cheveux et ne plus comprendre exactement comment agir.
Natsuo rit en entendant l'autre râler et jeta un regard brillant de malice par dessus son épaule, afin de rencontrer les rubis, de ses perles. Il lui fit un signe de tête pour l'inviter à le rejoindre, et Tenko, qui avait laissé Shigaraki à la maison, égal à lui-même, finit par venir s'asseoir en maugréant quelque peu. Amusé, le blanc ébouriffa sans crainte les cheveux bleutés, et bien qu'il faillit se faire mordre par le sal caractère de l'autre pour ça, il se contenta d'un rire franc et taquin, pour happer finalement les lèvres d'où sortaient toujours plus de râles. Tenko se tut, et satisfait, le troisième né Todoroki recula sa tête et entendit un bougon pour finalement lever les yeux au ciel.
« Si tu ne veux pas de moi, dis-le tout de suite.
-J'ai pas dit ça. Râla le bleu. C'est juste qu'il fait froid, que l'herbe est encore mouillée, que les étoiles c'est chiant, et que je n'aime pas trop être dehors.
-Eh bien, l'Hermite, déjà qu'on ne se voit pas beaucoup… Tu deviens de plus en plus charmant. Tu le sais ça ? Remarqua avec ironie Natsuo, faisant enfin taire son amant qui se contenta d'enfoncer sa capuche sur sa tête et de souffler grandement afin de se calmer, grattant quelque peu distraitement son cou.
-Tenko… S'inquiéta le blanc. Tu es plus calme d'habitude. Qu'est ce qui se passe ?
-Rien. Soupira Shigaraki. Je suis juste un peu énervé, c'est tout. J'ai affaire à une équipe d'incapables, ça me dépasse totalement. Pas capable de faire une mission correcte sans que je ne les materne. J'ai juste besoin de souffler un peu. Râla le bleu.
-Prends ton temps. »
Sourit Natsuo, compréhensif, alors qu'une chanson franchissait progressivement l'antre de ses lèvres pour qu'il la murmure doucement. Shigaraki haussa un sourcil, curieux, et tenta de retrouver les paroles que chantonnait le blanc, le regardant avec attention, la tête légèrement inclinée sur le côté, comme s'il regardait une œuvre d'art étrange dans un musée. Natsuo s'arrêta d'un seul coup et se prit d'un grand éclat de rire après un regard en biais.
Tenko Shimura fronça les sourcils et s'apprêta à grogner avant de simplement renifler et tourner la tête, fier, n'aimant en rien être moqué comme le faisait Natsuo. Le blanc riait, se tenait le ventre et essayait de se calmer alors que Shigaraki se relevait, arguant que si c'était pour qu'il se paie sa tête, il pouvait bien rentrer. Immédiatement, tout de même encore prit dans son hilarité, le neige retint le bleu du ciel et le força à se rasseoir près de lui pour lui poser gentiment un baiser sur les lèvres. Il sourit, mais Tenko fronçait toujours les sourcils, le Todoroki ne l'achèterait pas si facilement.
« Allez, boude pas. Tu avais juste l'air tellement concentré sur ce que je chantait. On aurait dit un enfant qui découvre un être humain pour la première fois. Sourit le blanc après un léger rire. Mais c'était adorable, vraiment. Ça te va bien cette mine curieuse. Parfois, je me demande quelle vie tu as eu. Continua le jeune homme sur sa lancée, sans voir le trouble que cela procura dans les orbes rouges. C'est vrai. Tu ne parle jamais de toi, tu es toujours plein de mystère, on dirait un fantôme parfois. Tu râles, tu te tais, tu m'écoutes, tu me regardes, cherche à me connaître, me pose des questions, mais toi… Tu ne me parle que très rarement de toi.
-Parce qu'il me semble qu'il n'est pas important d'en parler. Il n'y a rien de vraiment intéressant et puis… À quoi ça servirait… Songea le bleu, son nez lui aussi haussé vers les étoiles qui semblaient les protéger d'un cocon doux et lumineux. C'est du passé de toute façon, et on ne peut en rien changer une telle chose. Alors en parler ne me mènerait à rien.
-Tu me raconteras, un jour ? S'inquiéta Natsuo, avant que Shimura ne tourne une tête, légèrement inclinée sous la curiosité, vers lui. Le blanc se reprit immédiatement à cette question muette. Je veux dire ! Tu sembles découvrir certaines choses tellement banales. Rien que chantonner. Je veux dire… Songea le blanc, cherchant que dire pour montrer qu'il voulait juste comprendre sans avoir les détails. Il ne voulait pas brusquer Tenko, mais les idées se mélangeaient tellement dans sa tête, et puis l'autre jeune homme était tellement plein de mystères… Il se devait de savoir, pourtant ça perturbait l'autre. Avant même qu'il ne puisse s'excuser de trop en demander, Tenko le coupa, le ton songeur, plat, calme. Juste calme.
-Le maître ne chantonnait jamais et je ne sais même pas si Black Mist connaît une chanson. On écoutait pas énormément de musique non plus. Ironiquement, c'est Dabi qui a fait ma culture musicale. Ne rit pas, c'est vrai. Il m'a traité d'inculte et a dû me bassiner avec tous les groupes de rocks existants sur cette Terre. Soupira le bleu qui semblait bien trop fatigué par ce simple fait, sans que cela ne sois drôle.
-Je l'imagine bien faire ça.
-Ton frère est un con, Natsuo.
-Je sais. »
Répondit le blanc, habitué à la remarque.
Après un moment de silence, Natsuo eut un bâillement et posa sa tête sur l'épaule de son voisin qui se tendit légèrement avant d'avoir un micro sourire que seule le neige pouvait percevoir. Content, il ferma les yeux et soupira d'aise alors que les doits fins de Tenko venaient lisser ses mèches blanches. Les deux jeunes hommes ne dirent rien de plus et se contentèrent de fixer les étoiles, avant que Tenko ne finisse par se pencher sur l'heure. Il se faisait tard et passer plus de trois heures dehors le mettait plus encore en état d'alarme et déclenchait son système nerveux qui se mettait à analyser tout et n'importe quoi.
Suite à un étirement, le sportif se releva et aida son amant tendu à en faire de même. Taquin, Natsuo lui fit remarquer qu'il devrait se détendre, et rit au râle qu'il se reçut pour réponse. Ils firent un bout de chemin ensemble et se saluèrent au croisement. Mais aucun ne bougea.
Le blanc chercha finalement le contact des lèvres du bleu qui n'était clairement jamais l'inquisiteur des marque d'attention, sans pour autant les refuser quand elles lui étaient destinées, et les deux s'embrassèrent, éclairés par les rayons lunaires.
Le rouge au joue, Natsuo fit demi tour sous le regard protecteur du chef de l'Alliance qui attendait de le voir quitter la rue avant de lui aussi partir, mais le neige s'arrêta à mi-chemin, comme bien souvent.
Les pommettes encore rosées, il offrit un grand sourire à son compagnon et se gratta légèrement le cuir chevelu, de sa main droite, de gêne.
« Tu veux pas venir dans ma chambre avec moi ? »
Shigaraki Tomura eut un sourire satisfait en coin et rejoignit Natsuo Todoroki pour finir le trajet en sa compagnie.
Une bonne nuit sans sommeil dans un lit chaud et confortable sous la protection des étoiles, ça lui disait bien aussi. Finalement, il avait bien fait d'être venu, mais encore plus d'être resté.
