Voici le chapitre trois, après une longue absence de ma part. J'espère que vous me pardonnerez :)
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- Chapitre 3 -
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Lady Laudine et Luned ne restèrent pas longtemps. Une semaine plus tard, leurs bagages étaient faits et leurs gardes étaient sur leurs montures. Un coffre rempli d'or avait été laissé derrière elles pour payer les réparations des dommages causés par la tempête, ainsi que la promesse de l'arrivée prochaine de main d'œuvre afin d'aider avec les travaux.
« Il est dommage que vous ne puissiez rester pour Beltane », déclara Uther en guise d'au-revoir.
Laudine inclina la tête. « La fontaine a besoin de son gardien. Je suis déjà restée éloignée trop longtemps. »
Un peu plus haut sur les marches, Luned coinça merlin dans ses bras. « Bonne chance avec ton prince. »
Merlin hocha la tête et la serra un peu plus fort dans ses bras. « Merci. Je t'écrirais si quoi que ce soit se produit. »
La jeune femme s'écarta et lui lança un clin d'œil. « Tu as plutôt intérêt. Après tout je ne peux pas être la seule à avoir ma fin d'histoire de conte de fée. Laisse-moi entendre des ragots sur quelqu'un d'autre pour une fois. »
Puis, elles n'étaient déjà plus là. Uther rentra à l'intérieur du château dès que le carrosse fut hors de vue. Arthur attrapa Merlin par le cou et fourragea dans ses cheveux.
« Hey ! » protesta Merlin.
« Tu le mérites pour avoir tourné autour d'une femme mariée, espèce de voyou. » Le réprimanda Arthur, mais son ton était rieur, et quand il relâcha Merlin il y avait un sourire canaille sur le visage.
Merlin ne put s'empêcher de lui rendre. « Je ne lui tournais pas autour. »
Arthur ouvrit la bouche pour rétorquer mais Uther l'appela de l'intérieur. Toute gaieté quitta son visage. « J'arrive, père. » Il attrapa Merlin par l'épaule et le poussa à monter les marches, puis il les grimpa lui-même juste derrière.
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En quelques jours, les préparations de Beltane commencèrent. Le bois pour le feu était collecté. Les visiteurs remplissaient doucement les auberges. Les sourires fleurissaient sur les visages.
Et Arthur était agité.
C'était le seul mot que Merlin pouvait utiliser pour le décrire. Arthur était agité. Il ne pouvait pas rester assis tout le long d'un repas. Il faisait constamment des allers-retours dans sa chambre. Il n'arrivait pas à se concentrer sur la rédaction son discourt pour Beltane. Il assignait des tâches à son serviteur puis il changeait subitement d'avis avant même que Merlin ne puisse dire 'oui sire' ou 'non sire'. Il partait chasser mais revenait les mains vides parce qu'il n'avait pas la patience pour.
Et surtout, il n'arrêtait pas de regarder Merlin. Peu importe le nombre de fois qu'il le prenait sur le fait, Arthur le fixait. Il détournait les yeux à chaque fois qu'il réalisait qu'il était découvert, mais il continuait tout de même.
Un jour, Uther fit un commentaire : comme quoi Geoffrey se morfondait chaque année à l'arrivée de Beltane. C'était, pour le vieil archiviste, un véritable crève-cœur de voir les jeunes couples préférer sauter les feux plutôt que de préparer un véritable mariage. Arthur s'était excusé, prétextant une affaire en cour et s'était précipité en dehors de la salle. Merlin l'avait poursuivi quelques instants après.
« Arthur, qu'est-ce qui ne va pas ? »
Le prince secoua la tête. « Rien. »
Ça n'avait certainement pas l'air de rien. Arthur descendait à toute vitesse les escaliers de pierre, comme s'il était poursuivi pas un fantôme. « Est-ce que c'est à propos de Beltane ? » Merlin vit les épaules d'Arthur se figer. « Est-ce que c'est à propos … de ce qu'a dit le Roi ? »
« Je t'ai dit que ce n'est rien, maintenant laisses tomber, Merlin. »
C'était à propos de mariage. Ou plutôt des mariages par le feu. Est-ce qu'Arthur voulait les sauter pendant Beltane ?
Arthur jeta un coup d'œil derrière lui avec hésitation, mais il croisa les yeux bleus de Merlin et il se dépêcha de regarder devant lui. Ses pas semblèrent plus féroces que jamais.
Est-ce que c'était à propos de Merlin ? Le cœur du jeune sorcier rata un battement. Est-ce que Arthur souhaitait sauter les feux avec lui ?
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Luned lui avait dit qu'Arthur ne ferait pas le premier pas, mais il semblait en tout cas fortement s'y préparer. Toute la journée suivante, Arthur se prépara mentalement pour quelque chose. Il prenait de grande inspirations. Il se murmurait constamment à lui-même. Plus d'une fois Merlin l'entendit marmonner : « Finis-en avec ça. Tu es un Prince, bon sang ! »
Et ça sonnait exactement comme ce que Merlin se répétait à longueur de journée depuis que Luned était partie. Il était le plus puissant sorcier ayant jamais vécu – selon plusieurs sources magiques du moins. S'il pouvait plier les éléments à sa volonté, avouer ses sentiments à Arthur ne pouvait être que du gâteau. Cependant, il était visiblement à plusieurs étages parce que ça ne l'était vraiment pas. Il lui était tout aussi difficile de dire 'Je t'aime' à Arthur que de lui dire 'J'ai de la magie'.
Heureusement, peut-être que cette fois-ci, Arthur lui ferait une fleur en se confessant en premier.
L'anticipation courait sous la peau de Merlin comme sa magie grouillait dans ses veines. A chaque fois que le Prince l'interpellait, Merlin s'attendait à entendre les mots. A chaque fois que quelqu'un l'appelait, il sursautait, pensant qu'il s'agissait d'Arthur venu se confesser.
Mais évidemment, ce n'était jamais Arthur. Et à la fin de sa journée, une fois congédié des appartements du prince, Merlin était aussi fatigué physiquement qu'émotionnellement par cette journée.
Evidemment qu'Arthur ne lui ferait pas cette faveur. Merlin devrait se confesser lui-même.
« Demain » se dit-il en glissant dans son lit. « Je lui dirai demain. »
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Ce matin-là, Merlin apporta le petit déjeuner d'Arthur avec un but en tête : il confesserait ses sentiments au prince pendant le petit déjeuner –pour que ce soit fait et qu'il n'ait plus à se casser la tête. Il allait entrer dans la chambre, ouvrir en grand les rideaux et il allait accueillir ce nouveau jour en dévoilant l'un de ses deux secrets les mieux gardés.
Mais Arthur était déjà débout quand il arriva. « Vous êtes réveillés. »
« Très observateur, Merlin. » Fut la réponse d'Arthur. Le prince finissait d'enfiler sa tunique.
« Et habillé. »
Arthur haussa un sourcil. C'était mérité. Merlin n'avait pour habitude de pointer l'évidence, pas autant du moins. Déconcerté, Merlin chercha quelque chose à dire avant de se rappeler la présence du plateau entre ses mains.
« J'ai apporté le petit déjeuner. »
Evident. Pouvait-il recommencer sa journée ? Tous ses plans tombaient un à un à l'eau et elle n'avait même pas commencée.
Arthur ouvrit grand les yeux et parla doucement, comme si Merlin était un enfant particulièrement stupide. « Oui. Je vois ça. Que penses-tu de le poser sur la table que je puisse le manger ? »
Les assiettes s'entrechoquèrent quand Merlin posa le plat sur la table, mais personne ne fit de commentaire. Le sorcier jouait avec le bout de ses manches de gêne pendant qu'Arthur s'installait pour manger. Il s'était préparé à avouer ses sentiments au prince ce matin, mais avec ce changement de routine toute son assurance s'était envolée. Mais bien évidemment, Arthur avait décidé de changer ses habitudes le seul jour ou Merlin avait besoin qu'il ne le fasse pas.
« Tu sortiras les chiens aujourd'hui », ordonna le prince en mangeant. « Laisses-les attraper un écureuil, un oiseau ou n'importe quoi d'autre avant de les rentrer. »
Merlin acquiesça. « Bien. »
Son approbation lui valut un drôle de regard de la part du blond qui savait à quel point Merlin détestait voir les chiens s'attaquer à de petits animaux. Mais le sorcier était tellement perdu dans ses pensées qu'il ne le remarqua pas.
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Les chiens d'Arthur prirent quatre longues heures pour cesser de courir après des petites bêtes et de sauter dans les fourrées. Quand ils vinrent finalement s'asseoir à côté de Merlin – avec chacun la carcasse d'un animal mort dans la gueule ou la langue dégoulinante de bave – le jeune sorcier les ramena tous vers la ville. Les chiens étaient très bien entrainés et se comportaient bien. S'il s'agissait juste de les sortir pour les laisser se dépenser cela ne gênait pas Merlin. En réalité, c'était les lapins et les écureuils qu'ils tuaient à chaque sortie qui lui faisaient mal au cœur.
Alors qu'il retournait au château, les chiens à ses côtés, la boule d'anxiété du matin se reforma dans sa gorge. Il n'avait pas réussi à avouer ses sentiments à Arthur lors du petit déjeuner, il le ferait donc lors du diner. Ce serait probablement mieux de toute façon. Si Arthur le prenait bien, peut-être qu'ils pourraient finir leur soirée tous les deux pour dormir, ou bien pour dormir -dormir. Si Arthur le prenait mal Merlin pourrait fuir le plus loin possible des appartements royaux et oublier toute cette histoire jusqu'au lendemain matin, quand Arthur aurait eu le temps de se calmer pour ne pas le virer.
Avec un plan en tête, Merlin raccompagna les chiens à leur gardien habituel avant d'aller trouver Arthur afin de connaître sa liste de tâches pour la journée.
Il trouva le prince appuyé à la fontaine de la cour du château, ce qui était des plus inhabituel. Arthur n'avait aucune raison d'aller chercher lui-même son eau après tout. A côté de lui se tenait Gwen, ils discutaient. Ils étaient trop loin pour que Merlin puisse entendre leur conversation, mais le visage d'Arthur était étiré par un doux sourire séduisant. Le blond appuya son dos sur le mur derrière la fontaine, ses bras lâchement croisés sur son torse alors que Gwen se tenait proche de lui, sa position mimant celle du prince.
Il raconta quelque chose qui fit rire la jeune femme, elle approcha sa main de sa bouche pour cacher son rire mais Arthur l'empêcha. Il sembla ensuite lui dire quelque chose qui lui fit détourner le regard, les joues rouges.
Le cœur de Merlin se serra dans sa poitrine, il pivota et quitta la place.
Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ça faisait si mal ? Arthur et Gwen discutaient souvent tous les deux. Le prince avait déjà fait rire Gwen pleins de fois auparavant. Ce qu'il venait de voir ne voulait rien dire, tout comme ça ne voulait rien dire avant, n'est-ce pas ?
Sauf que quand Arthur rentra dans ses appartements en fin d'après-midi, il ne gratifiât pas Merlin d'un bonjour, et il ne lui demanda pas non plus comment s'était passé la ballade avec les chiens. Il ne le remarqua même pas alors que le jeune serviteur s'évertuait à nettoyer le sol à la brosse. Ce n'est qu'après de longues minutes qu'il s'adressa à lui :
« Quand tu auras fini de nettoyer tu pourras rentrer. Je te donne ta soirée. »
« Qu-quoi ? » Arthur ne lui laissait jamais ses soirs de repos. « Qu'en-est-il du diner ? De préparer votre lit et d'éteindre les bougies ? »
Arthur lui montra la porte. Il prit une pomme de la panière qui se trouvait sur la table et il la lança d'une main à l'autre, comme une balle. « Je m'en occuperais moi-même. De plus Guenièvre sera là, donc tu n'as pas besoin de l'être. »
Merlin en fit tomber sa brosse.
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Le lendemain matin, il y avait un pétale de fleur sur son oreille. Délicat. Bleu pale. Fragile.
Merlin se leva. Il se racla la gorge pour se débarrasser d'une démangeaison et il regarda s'il n'y avait pas d'autres pétales. Si une fleur était passée par la fenêtre d'autres avaient pu en faire de même. Mais il n'y en avait pas. Seule un pétale avait honoré son coussin, comme si le monde avait voulu lui faire un petit cadeau pour qu'il se sente mieux. Un nouveau jour se levait et les premiers jours du printemps était là.
Beltane aurait bientôt lieu, et peut-être qu'Arthur voulait sauter les feux avec quelqu'un, mais –
« Ce n'est pas moi. »
