Titre : La Colocation
Auteur : Damoiselle A.
Résumé : Alice est ma meilleure amie et accessoirement mon ex-belle-sœur. Lorsqu'elle propose de réunir nos familles monoparentales dans une colocation familiale, j'accepte avec plaisir… Je ne savais pas que je rencontrerais ainsi mon amant d'un soir. BS/JW
NDA : Cette mini-fiction a été écrite pour le concours de Mini-Fic ~ I Would Never Forget This Night. Je déclare avoir l'âge requis pour participer à ce concours.
J'ai choisi : Bella/Jasper (Ca pour une surprise, c'est une surprise ! xD)
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Stephenie Meyer et je ne fais que m'amuser avec eux.
Pour lire les autres Mini-Fic, rendez-vous ICI : http(:)/www(.)fanfiction(.)net/community/I_Would_Never_Forget_This_Night_Concours_de_mini_fic/79828/
Non vous ne rêvez pas ! Un nouveau chapitre publié et rapidement en plus XD. *Trop contente d'elle même alors que la fiction est écrite et qu'elle a juste à relire*
Bienvenue à celles qui prendraient la fiction en cours de route ^^. Merci à toutes celles ayant posté des reviews et/ou ayant voté sur le blog d'Un peu de lecture. Je répondrais individuellement aux reviews après la publication.
Bonne lecture à tous !
LA COLOCATION - PARTIE 2
Aussi folle que l'idée d'Alice puisse paraître, je n'arrêtais pas d'y songer. En faisant mes courses, en emmenant Mathis à l'école, en souriant à Emily, en discutant avec Angela… Je me mis à rêver d'une vie où je ne serais plus seule, où les problèmes quotidiens seraient réglés à deux et ce, sans qu'Edward ou un autre homme n'y soit pour quoique ce soit. Faire les courses, la vaisselle, le ménage à deux. Pour plus certes, mais à deux. Reconstituer une famille alors qu'Alice et moi étions si loin de nos parents me paraissait au fur et à mesure une excellente idée. New York était une grande ville, nous rapprocher serait certainement l'idée la plus loufoque et la plus brillante que ma meilleure amie n'ait jamais eue.
Je me souvins que Noël serait bientôt là, et que nous réunir nous permettrait peut-être de passer les fêtes dans une situation financière plus favorable. Charlie n'aurait pas à faire le voyage, Mathis et moi pourrions descendre pour fêter Noël avec lui, à Forks. Au fur et à mesure de mes pensées, je me rendis compte que ce rêve était devenu l'échappatoire de mes journées. Lorsque je n'étais pas face à mes élèves, ou avec mon fils, c'était la seule chose qui occupait mon esprit. Ça et la fameuse parenthèse que je m'étais accordée avec Jasper.
Un soupir m'échappa. Il n'avait pas cherché à me contacter, j'avoue que moi non plus. Je n'aurais pas pu demander son numéro à Emmett. Discret comme il était, la moitié de la ville serait au courant avant que je n'ai eu la chance de composer ledit numéro. Je n'avais pas de regret, cette soirée avait été simplement parfaite. Mais quelque chose persistait au fond de moi, un sentiment de manque, de vide, comme si j'étais passée à côté de quelque chose de potentiellement bénéfique.
Je n'avais jamais été très chanceuse. En fait si on relate ma vie de façon succincte, j'ai très peu connu mon père. Il a fallu attendre l'adolescence pour que l'on se rencontre. J'étais une petite fille modèle du genre bonne élève en classe et faisant les tâches ménagères à la maison. A bien y réfléchir, je n'ai jamais vraiment été une enfant. Vivre avec mon père à Forks, m'avait permis de découvrir le mot indépendance. Mon père n'avait pas besoin de moi et je pouvais vivre ma vie sans m'inquiéter en permanence pour des détails. J'avais rencontré Edward, j'avais eu un enfant à vingt ans, j'avais ramé avec lui pour réussir mes études et avoir un travail correct.
La vie est une succession de choix, et ceux qui ont été pris pour moi, n'ont jamais vraiment été les bons. Pourtant contrairement à beaucoup de gens, je me fie énormément à mon instinct. C'est lui qui m'a intimé de garder Mathis lorsque je suis tombée enceinte, et même si cela a été très difficile au début, je n'échangerai mon fils contre rien au monde. C'est en écoutant mes intuitions que je me suis faufilée hors de la maison conjugale avec mon fils sous le bras. J'avais choisi mes études, mon métier, mon amour... Par instinct. Sans véritable réflexion, car je sentais plus que je ne savais que c'était la bonne chose à faire pour moi.
Et aujourd'hui mon instinct me hurlait que je m'étais peut-être trompée sur Jasper. La seule chose qui me faisait regretter ma sortie est le fait que je n'ai pas eu le temps de le remercier vraiment de ce qu'il avait fait pour moi. En revenant de mon introspection, je compris que je ne pouvais pas laisser filer la proposition d'Alice comme je m'étais enfuie de chez Jasper. Cette proposition avait des airs de solution miracle et j'espérais enfin remettre ma vie à l'endroit. Et qui sait ? Peut-être réapprendre à aimer.
- Bella ! Comme je suis contente et… surprise de te voir ! S'exclama Alice en riant avant de s'effacer pour me laisser entrer.
J'avais mûrement réfléchi et même si je m'embarquais dans une histoire invraisemblable, il fallait que je sache. Ma mine sérieuse l'avertit immédiatement des sujets de conversations possibles.
- Quelque chose de grave est arrivé ? me demanda-t-elle en s'asseyant en face de moi sur sa petite table basse.
- Non, la rassurai-je en lui faisant un sourire éblouissant, j'ai décidé d'accepter la colocation.
Le cri émis par ma meilleure amie fut si aigu que la moitié passa la barre des ultrasons.
- Oh Bella c'est génial ! Je me suis justement renseignée ! Tu ne peux pas encore avoir l'idée de comment ça va être ! On va s'éclater, les filles vont sauter de joie.
- Attends, Alice, avant de s'emballer il faudrait peut-être trouver un appartement à partager… Dis-je dans un sourire.
- Je m'en occupe, affirma-t-elle avec le ton qu'elle utilisait pour diriger une armée d'ouvriers. Je nous trouverais quelque chose de bien…
- Je n'en doute pas, ris-je avec elle.
Nous passâmes ensuite en revue la totalité de nos besoins, soit au minimum quatre chambres, mais cinq serait mieux. Il nous fallait un salon, une cuisine et une salle à manger. Deux WC serait l'idéal mais avec un peu d'organisation nous pouvions n'avoir qu'une seule salle de bain. Alice prit note de toutes nos demandes grandes ou petites avec un air sérieux qui détonnait sur son visage habituellement si joueur.
Nous commençâmes à parler argent. Que ce soit pour elle ou pour moi, il nous fallait un loyer le plus réduit possible. Alice hocha la tête. Après que nous ayons rédigé un traité qui ressemblait de près aux accords d'Oslo, nous partîmes chercher les enfants à l'école. Emily embrassait un garçon sous l'œil fier de sa mère, tandis que je passais prendre Mathis et Leah qui se chamaillaient. Nous rentrâmes tous ensemble, chez Alice, qui avait un appartement légèrement plus grand que le mien. Nous commandâmes des pizzas pour chacun et se fut jour de fête.
Nous fîmes notre premier conseil de famille autour de la table basse du salon :
- Bella et moi avons une grande nouvelle à vous annoncer, commença Alice.
- Vous allez vous marier ? Applaudit Emily en riant.
Ah, l'adolescence…
- Non, souris-je, mais pour certaines raisons que l'on va vous expliquer, nous allons être amenés à déménager pour vivre ensemble.
Nos trois enfants nous firent honneur en s'exclamant de concert.
- Pourquoi maman ? Me questionna Mathis en penchant la tête sur le côté.
- Et bien, entamai-je, ce serait beaucoup plus simple au niveau de l'argent mon chéri. Alice et moi n'avons pas de gros salaires. Nous faisons toutes les deux des métiers où la passion prime. Ils nous rendent heureuses, mais c'est assez compliqué de tout payer. Sans parler de cela, il y aurait beaucoup d'avantages…
- Lesquels ? Demanda Leah.
- Nous pourrions tous avoir notre propre chambre. Chacun son espace.
Les enfants se sourirent.
- Et nous serions tous ensemble comme une famille. On pourrait prendre soin les uns des autres… Et se faire des supers parties de jeux de société ! conclut Alice en se levant pour aller enclencher la console de jeux.
Nous rîmes à sa répartie, et chacun de nos enfants acquiesça à notre demande. Je sentais une réticence néanmoins. Il était compliqué d'apprendre à vivre tous ensemble, mais nous l'avions déjà fait. Et pour la première fois depuis longtemps, alors que Mathis s'escrimait à chanter Le Freak en rythme avec le jeu de la console, je me pris à penser que je pourrais rappeler Carlisle et Esmé.
Depuis quelques semaines la vie était plus douce. La prise d'une décision était toujours difficile pour moi, mais une fois cela fait, je m'y accrochais et y mettais toute mon énergie. Alice avait trouvé la perle rare et comptait me la faire visiter cet après-midi. Elle était très enthousiaste et de fait, moi aussi.
L'appartement se trouvait dans les quartiers récemment réhabilités de New York. Ni trop loin, ni trop proche du centre. Nous pourrions emmener les enfants à l'école et partir à nos trespectifs sans problème. Le local se trouvait au premier et servait à des bureaucrates lorsque le lieu était encore en activité. L'espace était grand mais je ne nous projetais absolument pas dans cet énorme volume. Contrairement à Alice qui trépignait et prenait déjà des mesures. Le propriétaire avait accepté de nous faire une révision de loyer pour les travaux qu'Alice entreprendrait. Il paierait les adaptations, et nous ferait un rabais sur le prix total. En apparence cette situation avait tout pour plaire. L'immeuble était bien situé, les voisins calmes, la proposition idéale.
Mais malgré notre enthousiasme, le loyer ne voulait pas rentrer dans notre budget global. On avait beau retourner le projet dans tous les sens, nous n'aurions clairement pas assez d'argent les premiers mois. Alice parlait et reparlait, appelait sa banque pour voir si un crédit était possible et en désespoir de cause, essaya de joindre ses parents, avant de raccrocher devant mon air scandalisé.
Nous nous allongeâmes dos au sol, attendant une illumination qui n'était pas décidée à venir. Alice se tourna, se retourna, soupira, se leva et alla nous chercher une bouteille et deux verres.
- Bon, autant faire les choses proprement si on ne peut pas avoir cet appart… Souriait Alice en me tendant un verre plein.
- Ce n'est pas ça… Soupirai-je, il nous faudrait un salaire de plus.
- Mais oui, exactement ! S'exclama ma meilleure amie.
- Oui, c'est cela, dis-je prudemment, je ne vois pas en quoi c'est une bonne nouvelle, mais c'est cela…
- On va prendre un troisième colocataire !
Je faillis me noyer dans mon verre.
- Alice, tu es folle, lui rétorquai-je presque sèchement. Cela va déjà être compliqué de vivre à cinq alors à six !
- Mais non, quand il y en a pour cinq, il y en a pour six ! Et puis cela ne serait que pour les premiers mois. Ensuite on pourrait se débrouiller…
- Alice, soufflai-je.
- Je ne te demande pas d'accréditer cette idée tout de suite, mais réfléchis-y au moins. Cet endroit est formidable, on y sera bien… Et on y arrivera, ensemble. On est une famille nombreuse maintenant.
Comment faisait-elle ? Comment s'y prenait-elle pour me faire craquer avec deux belles phrases, sa voix douce et de jolies idées ?
- Bella ! S'extasia-t-elle en me hélant tandis que je déposais mon fils à l'école.
Il me fit un sourire. Avec lui aussi, cela allait un peu mieux. L'idée de vivre avec sa tante et ses cousines ne le rebutaient absolument pas. Un homme entouré de femmes… Un Cullen tout craché. Ma meilleure amie avait atteint un tel point d'excitation qu'elle se retenait de ne pas sautiller sur place en réalisant un jeté parfait.
- J'ai trouvé quelqu'un de bien, pour la coloc !
- Qui est-ce ? Demandai-je en fronçant les sourcils.
- Il est journaliste, il est papa d'une petite fille adorable et comme nous, seul il ne s'en sort pas…
- C'est un homme ! M'écriai-je, faisant se retourner plusieurs mamans près de nous.
- Oui, acquiesça Alice avec une lueur de défi dans les yeux.
Elle savait que le sexe de la personne trouvée comptait beaucoup pour moi.
- C'est un homme, mais il est prêt à faire une coloc avec deux folles dans notre genre, à partager les frais et les emmerdes et il a promis de devenir notre meilleur ami… Ce serait comme si on avait un frère !
- Alice, tu as déjà un frère ! Rétorquai-je plus sèchement que je ne l'aurais voulu.
- Et il te fait encore des misères apparemment… Raison de plus ! Ne te laisse pas faire ! M'encouragea-t-elle. Et puis avoue que ce serait rassurant, un grand-frère sous notre maison… Et j'ai vérifié : il sait changer les ampoules.
J'éclatais de rire face à l'énonciation de cette qualité inattendue. Pour tout comprendre, il fallait savoir que le jour de mon emménagement dans mon nouvel appartement, il avait fallu grimper sur un escabeau pour poser les nouvelles appliques et les ampoules qui allaient inévitablement avec. Ce n'était pas simple car Alice et moi étions trop petites malgré l'escabeau. Vaincues au bout d'une demi-heure à trimer sous le plafond, nous avions décidé de changer les ampoules. Nous avons fait sauter les plombs. La soirée s'était passée aux chandelles, entre nous et une énorme pizza peperonni. Emmett avait été encore une fois mon sauveur.
Je regardais Alice entre mes cils. Ce n'était pas nécessairement une bonne nouvelle qu'il accepte de vivre avec deux folles dans notre genre. Cela signifiait qu'il aimait le risque mais aussi les aventures improbables. Je plissais de plus en plus mes yeux et Alice commença elle aussi à faire des grimaces, m'imitant. Nous partîmes dans un sacré fou rire. Il dura le temps que nous nous asseyons dans notre Starbucks préféré, une boisson devant nous et les larmes aux yeux.
- Bella, sourit Alice, je te jure que cela pourrait coller.
- Et comment tu peux le savoir ? Demandai-je suspicieuse.
- Je le sens bien, répondit-elle en haussant les épaules.
- Alice, on ne peut pas jouer la vie de nos enfants et celle de son enfant sur un simple « Je le sens bien »… Soupirai-je.
- Très bien, puisque tu es décidée à me contrarier, je lui ai demandé si cela le dérangerait de subir notre entretien de colocation… Annonça-t-elle solennellement.
- Qu'est-ce que c'est ? La questionnai-je curieuse.
- On va le rencontrer toutes les deux et on pourra lui poser toutes les questions que l'on veut. Il y répondra et à l'issu de cette conversation, on décide, pour notre bien être à tous.
Je retournai la proposition dans ma tête. Ce n'était pas le genre d'Alice d'être… démocrate. Je ne parlais pas du parti politique, seulement du fait qu'elle ne respectait quasiment jamais l'avis ou l'opinion des autres, sans parfois le faire exprès. D'après elle, c'est une déformation du métier. Avant de la rencontrer, je ne savais pas qu'un architecte pouvait être aussi obsessionnel.
- D'accord, finis-je par acquiescer. Après tout nous n'avons rien à perdre et tout à gagner.
Nous trinquâmes avec nos mugs en nous souriant par-dessus nos cookies.
J'étais nerveuse. Extrêmement nerveuse.
Cette sensation était comparable à celle que j'avais ressentie en rencontrant les parents d'Edward et d'Alice la première fois. Je ne l'avais plus été depuis mon premier jour de cours en tant qu'enseignante. La sensation était étrange et prenante. Pourtant c'était un simple rendez-vous avec ma meilleure amie. Du moins, essayais-je de m'en persuader. Un pressentiment m'étreignait le fond de l'estomac, mon instinct me disait de fuir à toutes jambes.
Aujourd'hui je rencontrais la personne qui allait peut-être devenir notre colocataire. Alice m'avait brossé un profil assez abstrait pour me laisser découvrir la personne sans a priori. Elle voulait que je le connaisse avec mes yeux et mes oreilles et non par son biais. Ma meilleure amie pouvait avoir des idées terribles qu'elle se mettait en tête. Et déloger Alice lorsqu'elle avait une fixette relevait de l'impossible.
Je lissais une dernière fois ma veste avant de sonner à la porte de ma meilleure amie. Un « j'arrive » retentissant me fit comprendre que si elle ne ralentissait pas sa course, elle se prendrait sa propre porte d'entrée dans la figure. Mais comme Alice était Alice –et par conséquent avait un sens de l'équilibre et du freinage bien plus précis que le mien- elle m'ouvrit la porte sur une sourire rayonnant.
- Contente de te voir. Entre, notre invité est au salon, lâcha-t-elle dans un souffle en me laissant passer.
Je pris tout mon temps pour retirer veste et chaussures. Alice était déjà repartie dans sa cuisine en me demandant ce que je voulais boire. Je soupirais en roulant des yeux. Elle pouvait avoir un petit côté usant. Je souris en passant au salon, pour faire bonne figure, tout en demandant :
- Un thé, s'il te plait.
Ma voix s'éteignit à la fin de ma phrase. Il était devant moi. Semblable à mon souvenir. Mon inconnu d'une nuit se tenait sur le canapé de ma meilleure amie. Apparemment aussi surpris que moi de me retrouver. Il finit par froncer des yeux d'incompréhension, tandis qu'Alice revenait avec des boissons chaudes.
- Jasper, je te présente Bella, ma meilleure amie et future colocataire, lança-t-elle en préparant nos tasses, Bella c'est Jasper.
- Enchantée, gargouillai-je.
- Moi de même, répondit-il aimablement.
Je faillis gémir. J'avais oublié le son de sa voix. C'était certainement pour elle que j'avais craqué aussi vite. Ça et mon manque pathétique de vie sexuelle. Alice continua à pérorer seule. Étrangement Jasper semblait l'écouter avec attention un demi-sourire aux lèvres. Cette expression ne me plaisait absolument pas.
- Bella tu n'avais pas de questions pour Jasper ?
- Si bien sûr, marmonnai-je en m'éclaircissant la gorge. Alice ne m'a rien dit sur toi, repris-je en la fusillant du regard.
Jasper sembla aussi confus que moi. Il était hors de question que nous vivions ensemble. Mais je devais jouer le jeu pour Alice.
- Je voulais savoir pourquoi tu aimerais emménager avec nous…
- Et bien, commença-t-il en me transperçant du regard, je me suis séparée de la mère de ma fille il y a de cela un an.
Quelque chose se dénoua ne moi lorsqu'il prononça ses paroles. Il ne m'avait pas menti ce soir-là, nous n'avions fait de mal à personne. L'hypothèse qu'il ait une vie avec une autre femme et sa fille m'était venue petit à petit.
- Je vis entre deux situations précaires depuis ce temps-là. Je suis journaliste, et mes papiers me permettent de vivre et même de bien vivre en temps normal, mais les frais annexes, comme les avocats, la procédure de divorce, ont mis du plomb dans mes finances.
- J'ai donc proposé, enchaîna Alice, de partager l'appartement avec nous. Jasper aurait besoin de rester six mois. Ce qui est parfait pour nous, pointa-t-elle.
- Et comment vous êtes-vous rencontrés ? Questionnai-je en souriant.
- Elle m'a sauté dessus, sourit Jasper en regardant Alice rire.
- En réalité, sa fille est dans la classe de Leah, répondit Alice en me regardant sérieusement. On s'est vu à une réunion pour le spectacle de fin d'année… Tu sais le soir où tu aurais dû m'accompagner…
Cela me revint. Alice avait insisté pour que je vienne avec elle. Mais Edward ne pouvait pas garder Mathis et je n'avais aucune envie de sortir. Elle y était donc allée seule et m'avait raconté par le menu tout ce qui s'y était dit tout en critiquant la tenue de la prof de sport.
- C'est le seul à avoir écouté entièrement mon spitch pour la pièce de théâtre, avoua Alice, penaude.
Cette fille avait une légère tendance à s'enflammer et lorsque c'était le cas, ce n'était pas toujours agréable de l'écouter. Je lançai un regard admiratif à Jasper qui n'échappa pas à Alice.
Je continuai néanmoins à poser des questions à mon vis-à-vis. J'essayai de le cerner et de son côté il faisait de même. Nous nous interrogions mutuellement du regard. Je ne savais quoi penser, ni quoi décider. Le dire à Alice ? Partager mon expérience ? C'était une mauvaise idée, la connaissant elle ferait tout pour que nous nous retrouvions dans une chambre sans vêtements et avec un certain temps devant nous –encore une fois.
Mes yeux finirent pas pratiquer un ballet très particulier : je m'efforçais de regarder partout sauf dans les yeux de Jasper. Alice était enchantée de nous entendre parler. Dans un creux de conversation, Jasper demanda une autre tasse de thé, et ma meilleure amie nous laissa.
- Bella, entama-t-il, je suis désolé…
- Non, ne t'excuse pas surtout, coupai-je abruptement. Je dirais à Alice que ce n'est pas possible.
Une expression de souffrance passa brièvement sur son visage.
- Je souhaite vraiment faire cette colocation, déclara-t-il en mettant toute sa volonté dans son regard. Peu importe le passé que nous avons. Il y a des situations où le plus important c'est le bien être de ma fille. De plus, ajouta-t-il en souriant, de quoi aurais-tu peur ?
Ses yeux me fixèrent. Je ne cillai pas. Le combat des volontés s'engagea. Lorsqu'Alice revint, j'acquiesçai à sa demande muette, un regard en coin pour Jasper. Je relevais le défi. La vie n'était qu'une succession de choix. Il a fait le sien, j'ai réalisé le mien. A lui de me prouver que je n'ai pas eu tort.
Il repartit une heure après, fier de son entretien. Il pouvait l'être. Son attitude avait été irréprochable et il avait même goûté la tarte aux bonbons à la fraise d'Alice –chose que je m'étais risquée à faire une fois avant de tout recracher. A peine la porte fut-elle refermée qu'Alice me posa la fatidique question :
- Alors ?
- C'est d'accord, soufflai-je dans un sourire.
Les cris aigus et parfaitement hystériques qui suivirent n'appartiennent qu'à nous.
Alice avait entamé les travaux dans une suite logique de nos décisions. Nous avions signé le bail toutes les deux et avions averti les enfants que deux personnes se rajouteraient à notre vie de famille pendant six mois. La nouvelle les avait abasourdis. Emily avait secoué la tête en marmonnant quelque chose d'incompréhensible, et Leah s'était dit que cela ferait une camarade de jeu en plus, parce que Mathis ne savait pas jouer aux poupées et que comme chacun sait, les garçons, ça pue.
Mathis se faisait de plus en plus discret et j'avais peur qu'il se sente rejeté ou écrasé par ce monde de filles. Il m'assurait que tout allait bien que ce soit chez son père ou à la maison. Un instinct maternel me faisait douter. Je ne comprenais plus très bien mon fils et tentais désespérément de le faire parler.
C'était mon principal souci. M'être associée à Alice avait du bon. D'ici un ou deux mois, mes finances seraient redevenues correctes. Après la réunion parents-professeurs, mes élèves avaient décidé de se reprendre en main, et écoutaient avec une attention accrue les cours dispensés. Ce zèle ne durerait pas et je profitais de cet instant de calme dans mes classes.
Alice menait les travaux de l'appartement tambour battant. Je plaignais presque les pauvres ouvriers si cela ne nous permettait pas d'emménager à la fin du mois. Nous avions tous donné nos préavis et une soirée rencontre était prévue chez ma future colocataire préférée pour présenter Jasper et sa fille à toute la petite famille.
Cet homme était une énigme. Comment faisait-il pour supporter Alice ? Comment pouvait-il envisager de vivre avec deux folles de notre espèce ? Ces questions, je me les posais toujours alors que j'emballais toutes nos affaires dans les cartons. Nous avions tous pris notre lundi pour réaliser notre déménagement dans le week end. Super-Alice avait déjà réservé le camion et réquisitionné nos amis. Elle avait failli appeler Edward à la rescousse mais je m'étais interposée à temps.
La date de la rencontre approchait et les enfants devinrent quasiment intenables. Il fallait les comprendre, pour eux, c'était une nouvelle vie qui s'ouvrait. Une vie avec deux mamans, beaucoup de gens autour, un grand appartement…Ils gagneraient en place et en autonomie. Emily soupirait de soulagement devant la perspective d'aller seule au collège. Sa mère devenait nostalgique de l'époque où sa fille appréciait qu'elle l'emmène à l'école, aujourd'hui Alice était devenue une honte. Et moi aussi. Mais nous acceptions notre vieillesse précoce avec philosophie.
Quelques jours avant la soirée prévue par Alice, Edward insista – à sa manière, soit de façon polie et élégante- pour que je l'invite à prendre un thé. Je faillis soupirer de contrariété. J'étais mal coiffée, la maison ressemblait plus à un amas de cartons qu'à autre chose et je devais encore aider Mathis à faire ses devoirs puisque son père n'avait pas réussi à lui accorder une heure pour la récitation de sa leçon. Je comprenais Edward, il avait peu de temps avec son fils et souhaitait donc que ce temps fasse partie de la catégorie loisirs. Mais parfois j'avais juste des envies de l'embrocher avec un pic à glace.
- Je t'en prie, assieds-toi, dis-je de mon ton le plus tranquille et le plus poli.
En m'affairant dans la cuisine, je compris ce qui l'amenait. J'avais tenu Edward informé de mon prochain déménagement, de ma colocation avec Alice et Jasper et de notre soirée rencontre. Il avait tout absorbé sans me dire ce qu'il en pensait, comme d'ordinaire. Mais je sentais qu'il avait mûri ses arguments, et qu'aujourd'hui je devrais défendre mon idée.
Je plaçai deux mugs de thé sur la table avec sucre et lait. Il me fit un sourire de remerciement et commença à se servir. Je connaissais les gestes qu'il allait faire par cœur. Je le détaillais derrière la fumée de ma boisson. Edward n'avait pas toujours été beau. Adolescent, il avait un corps plutôt ingrat. Mais petit à petit, avec des transformations subtiles, il avait pris un corps d'homme, avec une voix et un visage qui allaient avec. Mon ex-mari était très beau, c'était indéniable. Le plus surprenant était que sa beauté ne me touchait plus. Aujourd'hui, il était un autre homme que celui avec qui j'avais construit ma vie et avais projeté de la finir.
- Bella, je voulais discuter avec toi, commença-t-il en s'éclaircissant la gorge.
- Je crois que j'avais saisi le concept, souris-je en affectant un air doux.
Je le connaissais par cœur. Nous avions grandi ensemble, nous nous étions aimés et je pressentais chacune de ses paroles. Ce n'est pas pour autant que celles-ci ne me blessèrent pas.
- Si je peux te parler franchement… Et je sais que je le peux, assura-t-il sérieusement, je ne crois pas que cette idée de colocation soit bonne pour Mathis. J'ai l'impression qu'il essaie de s'effacer au maximum ces derniers temps.
Une brique me tomba dans l'estomac. Mon impression se confirmait. Je tentais de maîtriser l'expression de mon visage.
- Je peux comprendre, répondis-je, que tu n'apprécies pas cette idée de colocation. Mais j'en ai parlé plusieurs fois avec Mathis et il semblait ravi d'habiter avec sa tante et ses cousines.
- Tu vas le faire vivre avec un inconnu… M'accusa-t-il, les yeux fiévreux.
Nous y voilà…
- Justement, cela avait l'air de le rassurer de ne pas être le seul homme de la maison, rétorquai-je en souriant. Et puis ce n'est pas un étranger nous allons présenter les enfants. Et Jasper ne restera que six mois…
- Mais tu ne te rends pas compte ! Lança Edward en se levant brusquement.
- Je ne me rends pas compte de quoi ? Rétorquai-je en me positionnant face à lui.
Nous nous fusillâmes du regard. Je baissais la voix pour que Mathis ne nous entende pas.
- Edward, nous ne sommes pas tous toi. Tu ne sais pas ce que c'est que de vivre avec un petit garçon au quotidien, d'assurer les frais, les courses, le ménage, les repas et de se farcir les tâches ménagères. Tu ne sais pas ce qu'est la solitude. Tu ne sais rien de ce qu'est une vie avec des enfants… Mais après tout n'est-ce pas ce que tu voulais ?
Son expression se ferma.
- Ne viens pas me reprocher tes insuffisances au sujet de ton fils, Edward Cullen, ajoutai-je dans un murmure furieux. Je m'installe, non avec ta sœur, mais avec ma meilleure amie. Nous rendons service à un père, parce qu'envers et contre tout, Jasper est un père. Un vrai. Avec les mains sales, les migraines, les livres d'éducation sur le chevet, le rythme de fou, les soirées en solitaire et tout le tintamarre.
Je pris une inspiration pour me calmer. Edward se détourna quelques secondes.
- Tu as fini ? Entama-t-il.
- Non, repris-je fermement avant de laisser mon visage s'adoucir. Je peux comprendre que tu m'en veuilles de déraciner Mathis de cet appartement, mais tu l'as dit toi-même lorsque je l'ai pris, il n'est pas pratique pour nous deux. Je peux comprendre que tu m'en veuilles parce que je m'installe avec Alice renforçant mon lien avec elle, alors qu'elle n'est pas ma sœur de sang. Je peux comprendre que tu m'en veuilles parce que tu as peur que Jasper prenne une grosse part dans le cœur de Mathis, ou de je ne sais quoi encore. Je peux envisager et comprendre. Mais ce que je ne tolère pas, c'est que tu viennes me donner des leçons sur la façon dont je gère nos vies.
Edward eut envie de me couper mais je poursuivis sur un ton plus doux.
- Je suis mère avant et contre tout. Les questions que tu te poses je me les suis posées bien avant toi. Et je peux te certifier que cette colocation fera du bien à notre fils. Il pourra apprendre la vie de famille, la vie en communauté, la tolérance envers les gens différents…
- Tout ce que je ne possède pas en somme ? Me coupa-t-il avec un rire ironique.
- Tu as parfaitement compris, répliquai-je avec un sourire carnassier.
Il s'avança jusqu'à me toucher, l'air furieux.
- Très bien, fais comme tu le souhaites, mais si cette colocation blesse Mathis d'une façon ou d'une autre, je te jure que je ferais tout pour obtenir sa garde complète sans possibilité de visite.
- Tu m'auras tout fait, sifflai-je, les menaces maintenant. Si ta mère pouvait te voir, elle aurait honte.
- Qu'est-ce que tu en sais ? Tu ne les as pas appelés depuis notre séparation ! Que sais-tu de leur douleur ?
- La ferme, Edward ! Dis-je en m'efforçant de me maitriser. Ce n'est pas moi qui aie précipité notre séparation. Ce n'est pas moi qui aie décidé du jour au lendemain que la vie que je menais ne me convenait plus…
- Mais tu as tout mélangé ! Je ne te demandais qu'un enfant…
- Un enfant, en remplacement de quoi ? Un enfant pour combler quel vide ? Un enfant pour réparer quelles insuffisances ? Cet enfant s'il était né aurait été malheureux toute sa vie, car il aurait été le prétexte du couple de ces parents. Et tu ne sauras jamais ce que cette position peut engendrée dans une famille…
- Je le sais parfaitement ! S'écria-t-il. Cela produit des gens comme toi…
- Edward, soit tu sors de cette maison immédiatement et je ferais comme si tu ne venais pas de m'insulter, soit tu restes et je ne réponds plus de rien.
- Très bien, rétorqua-t-il sèchement en enfilant son manteau.
Il partit en claquant la porte. Je soupirais de soulagement en entendant le moteur de sa voiture s'éloigner, le même soulagement indicible que lorsque j'étais partie de la maison avec Mathis. Nos rapports allaient devenir compliqués mais en moi-même je savais que cela valait le coup.
Calmée, je me rendis dans la chambre de mon fils et passais quelques temps à jouer avec lui, oubliant les devoirs, la vaisselle, le bain et tout le reste.
Ma meilleure amie, ignorant le danger public que je pouvais être lorsqu'on me donnait quelque chose à accrocher en hauteur, m'avait chargé de la décoration du salon pour notre soirée rencontre. J'avais fini par la persuader de laisser tomber la cuisine - bien malgré elle, ses petits fours étaient immangeables- et nous échangeâmes nos tâches. Je fis rapidement des mini-pizzas accompagnées de feuilletées et de crudités en tous genres.
Alice avait décidé de faire les choses en grand pour marquer la fin de nos vies de parents célibataires, la rencontre et la fusion de nos familles. Elle avait beaucoup misé sur la décoration, la nourriture et les jeux de société. Elle avait même rédigé une liste de tâches heure par heure, si bien que nous avions terminé les préparatifs une heure avant l'arrivée de tout le monde.
Elle me traina de force dans la salle de bain et entrepris de nous sublimer tandis que je lui racontais ma dernière incartade avec Edward.
- Mon frère n'a jamais été très doué avec toi, mais là c'est le pompon, murmura-t-elle en épilant mes sourcils.
- Je m'en veux de m'être laissée emportée, avouais-je penaude.
- Tu as eu raison, certifia-t-elle, il est tellement habitué qu'on lui obéisse au doigt et à l'œil, que se soient ses poufs ou ses associés jusqu'à son fils… Il faut lui rappeler qu'il n'est pas dieu le père.
- Par pitié je ne veux rien connaître de sa vie sexuelle... Gémis-je en m'appliquant un soin sur le visage.
- Moi j'adore connaître la vie sexuelle de mes ex… Ils n'arrivent jamais à trouver quelqu'un d'aussi doué que moi !
J'éclatais de rire en voyant Alice se tartiner la figure avec un grand sourire. Je crois que c'est pour ces instants précieux que j'avais accepté sa proposition, envers et contre tout. Emily, Leah et Mathis étaient chez leur père, ils nous les amèneraient d'ici une heure et Jasper devrait arriver peu après. Alice et moi avions décidé de présenter tout le monde en même temps histoire d'éviter la casse ultérieure.
Nous continuâmes à nous préparer, à nos crémer, nous maquiller… J'avais presque oublié combien nous pouvions être jolies lorsqu'on prenait un petit peu soin de nous. Je comprenais maintenant pourquoi Alice dépensait une forte somme en soin du corps deux fois par an. C'était magique, c'était comme rajeunir, se donner une nouvelle énergie. Et il allait nous en falloir.
Alice ressortit des robes de son placard pour nous deux. Elle arrangea la mienne, car nous n'avions pas exactement les mêmes mensurations. C'est ainsi que ma robe gris souris se vit ajouter un long ruban se terminant en nœud au niveau de mes hanches pour souligner ma taille. Alice choisit quelque chose de court et de frais. Elle fit boucler mes cheveux et je fis dresser les siens sur sa tête. On aurait pu croire qu'on sortait en soirée l'instant d'après, mais non. Ce soir, les jeux de sociétés et les pancakes étaient à l'honneur.
La sonnette retentit après la dernière application de mascara. Alice se précipita vers la porte, tandis que j'essayais de camoufler le capharnaüm que nous venions de créer. J'entendis au loin la voix d'Edward et de Mathis et constatais qu'il était pile à l'heure. Je partis accueillir mon fils avec un grand sourire et un gros câlin. Edward arrêta de parler pendant quelques secondes en me voyant arrivée. Et c'est alors que je compris le plan machiavélique d'Alice : emmerder son frère en lui faisant voir ce qu'il avait perdu.
Elle installa Edward dans le canapé, un verre à la main et les petits fours sur la table basse. Demetri et Leah furent les prochains. Je les embrassais tous les deux avec joie, entamant une discussion avec l'ex de ma meilleure amie. James essaya de déposer Emily le plus vite possible sous le regard mécontent d'Alice. D'un froncement de sourcil, il fut obligé de rester. L'appartement d'Alice ressemblait un peu à une boîte à sardines tant nous étions les uns contre les autres, entre les enfants, les adultes, les boissons et les décorations.
Lorsqu'on frappa deux coups à la porte, je me précipitai sur celle-ci évitant à Alice une enjambée périlleuse du fauteuil sur lequel était assis Demetri. Un soupir m'échappa lorsque j'ouvris la porte sur Jasper. Ses yeux s'écarquillèrent quelques instants en me voyant ainsi habillée. Je souris, le remerciant de son compliment implicite avant de lui faire la bise et de me présenter à sa fille.
- Bonjour, Miss, je m'appelle Bella.
- Bonjour, je suis Norah.
Sa voix de petite fille claqua dans le couloir. Elle n'avait pas l'air heureuse d'être ici. Son père la réprimanda et je les laissais entrer.
- Je suis désolé, me souffla Jasper, je viens de la récupérer chez sa mère et Maria pense encore qu'il est envisageable que nous retournions ensemble…
- Comme je te comprends, répondis-je avec un sourire en fusillant Edward du regard.
Jasper fronça les sourcils avant de me faire signe de le précéder. Il enleva sa veste et le manteau de sa fille. Le silence se fit au salon lorsqu'ils apparurent.
- Jasper, s'exclama Alice en se précipitant vers lui, manquant de faire tomber James.
Elle le prit dans ses bras en claquant une bise sonore sur sa joue. Elle se tourna vers les autres, présentant :
- Voici Jasper et sa fille Norah. Jasper, Norah, voici James, le père de ma fille Emily et Demetri, le père de Leah. Et sir me canapé, c'est Edward, mon frère et le papa de Mathis, le fils de Bella.
Leah se rapprocha de Norah pour la saluer à la manière des petites filles avant de l'entrainer dans sa chambre avec Mathis. Emily sortit son portable et les adultes leurs regards expressifs. Demetri était amusé, James prêt à exploser de rire et Edward, furieux. Jasper salua avec courtoisie tout le monde et évita tous les écueils de conversation. Nous parlâmes de nos enfants respectifs et de leurs loisirs.
- Je n'ai pas d'idées pour Leah, soupira Alice en regardant Demetri.
- Moi non plus, enchérit-il. Elle ne veut pas faire de sport.
- Et une activité artistique ? Proposai-je.
- Mais oui, ajouta Jasper, Norah suit des cours de peinture. Les enfants apprennent à manier toutes sortes de techniques. En ce moment, ils font des aquarelles.
Un petit reniflement dédaigneux se fit entendre du côté d'Edward, mais dieu merci, tout le monde l'ignora. James donna le signal de départ en disant que Vic' l'attendait sous le regard scandalisé d'Alice. Il embrassa rapidement sa fille avant de partir. Emily se leva et alla se cacher quelque part, vite suivie d'une Alice inquiète. Demetri s'éclipsa après avoir embrassé sa fille et lui avoir donné rendez-vous le week end prochain. Il salua tout le monde, prit Alice dans ses bras ainsi qu'Emily. Puis il vint me voir et m'étreignis aussi.
- Tu veilles sur elles, hein ?
- Mais oui, ne t'en fais pas, pars tranquille, souris-je tout en surveillant Jasper et Edward du coin de l'œil.
Jasper faisait tous les frais de la conversation et Edward ne semblait répondre que par monosyllabes.
- Je vais aller sauver Jasper, soufflai-je en pointant ma tête dans sa direction.
Demetri sourit et m'amena vers eux.
- Jasper, dit-il, j'ai été très heureux de te rencontrer. Je te souhaite bon courage avec les quatre filles de ma vie…
- Demetri, n'es-tu pas censé en avoir une cinquième ? Le taquinais-je.
Le regard embarrassé, Demetri esquiva ma question en saluant Edward.
- On en reparlera, promis-je en refermant la porte d'entrée derrière lui.
Je me retrouvais dans une horrible situation. Les deux seuls hommes avec qui j'avais été intime étaient réunis sur le canapé de ma meilleure amie. L'un le savait, l'autre non. Alice était toujours dans sa chambre avec Emily et les enfants jouaient tranquillement dans celle des filles.
Alice me sauva la mise sans le savoir. Elle sortit comme un diable de sa chambre, tendit manteau et chaussures à son frère, alla chercher les enfants pour qu'ils puissent lui dire au revoir, le remercia et le mit à la porte en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « barre-toi ». Jasper et moi étions soufflés par une telle performance.
Mais Alice avait une soirée en tête. Elle installa tout le monde autour d'une table après avoir ranger l'apéritif des adultes et se munit d'une poêle. Je grimaçais et Jasper fit instinctivement la même chose. Je me précipitai pour faire cuire la pâte à crêpes que nous avions préparés sous les rires des enfants.
Nous passâmes une excellente soirée. Jus d'orange, lait ou grenadine pour les petits, cidre pour les grands, crêpes, sucre, confiture et nutella pour tout le monde. Nous commençâmes à raconter nos souvenirs de vacances, et nous rîmes beaucoup à mes dépens et à ceux d'Alice. Au milieu de la soirée, Jasper me relaya pour faire cuire les crêpes tandis qu'Alice nous régalait d'une anecdote de vacances qui avait eu lieu vingt ans auparavant, lorsqu'Edward et elle étaient adolescents.
- Notre père Carlisle avait prévu une randonnée en vélo. On avait donc regonflé les pneus, vérifier les engrenages, et je m'étais hissée sur mon vélo. A l'époque je prenais des cours de cirque et j'avais l'habitude de travailler sur un monocycle.
Cette précision fit sourire tout le monde. On expliqua le terme monocycle à Norah, qui ne comprenait pas comment on pouvait garder l'équilibre sur un vélo qui n'a qu'une roue.
- C'est justement le but de l'exercice, précisa Alice en souriant. Bref, je suis montée sur le vélo, j'ai cherché mon équilibre en pédalant et j'ai enlevé une main en hurlant « et sans la main » et puis les deux mains « sans les deux mains »…
Alice levait ses bras en racontant son anecdote et faillit se renverser sur sa chaise, nous faisant tous rire.
- « Et sans une jambe, et sans l'autre jambe » et puis évidement « Sans le vélo ! » et j'ai sauté du vélo et il est allé s'écraser contre la haie alors que notre père applaudissait. Le plus drôle c'est qu'Edward a voulu faire pareil. Seulement il a hurlé « et sans une main », a joint le geste à la parole et c'est lamentablement ramassé dans le jardin de la maison de vacances.
Les mimes et la vivacité d'Alice mirent les enfants à genoux. Nous rîmes de bon cœur devant nos crêpes. Plus tard, d'anecdotes en anecdotes nous parlâmes de l'école, du temps où Jasper, Alice et moi y étions et puis ma meilleure amie a proposé une partie de bowling en équipe sur la console de jeux.
De bons rires retentirent aux quatre coins de l'appartement. Le défi était de faire tomber le plus de quilles en prenant des poses absolument invraisemblables.
A la fin du jeu, les enfants tombaient de fatigue. Emily se coucha dans le lit de sa mère, tandis que Norah investissait celui de notre adolescente. Leah rejoignit son lit et Mathis dans le tiroir lit de la chambre des filles. Ce n'était pas vraiment prévu, mais Jasper avait cédé en voyant le visage décidé de sa fille. Elle dormirait ici, point. Nous aidâmes Alice à ranger en nous racontant nos premières expériences.
- Et bien moi mes premières expériences furent catastrophiques, avoua Alice à Jasper en souriant.
- Ne dis pas ça, soufflai-je en riant, après tout James s'est peut être amélioré avec le temps…
- Je ne crois pas, nia mon petit lutin sous le regard surpris de Jasper, il est beaucoup trop égoïste pour ça…
- Et oui, Jasper, dis-je en souriant, nous avons été de jeunes filles fidèles, Alice a eu son premier enfant avec son premier amour. Et moi aussi. Nous espérons pour eux qu'ils ont changé leur technique de drague depuis la première fois où nous les avons rencontrés…
Nous éclatâmes de rire, sous l'œil éberlué de Jasper. Et de fil en aiguille nous nous racontâmes nos histoires de corps et de cœur. Alice et moi connaissions parfaitement les nôtres et Jasper une fois lancé ne s'arrêtait plus. Nous nous payâmes du bon temps et je sus que je n'avais pas à regretter mon choix.
Au milieu de la nuit, Alice rejoignit Emily dans sa chambre et nous laissa nous débrouiller tous les deux, trop fatiguée pour trouver un autre couchage à Jasper. Nous dépliâmes le canapé dans un silence gêné. Je me rendis dans la salle de bain pour me démaquiller tandis que Jasper faisait le lit. Il me succéda dans la salle de bain et je pus me pelotonner dans les draps et faire semblant de dormir quand il revint se coucher.
Il se glissa doucement dans le lit avant de se coller contre moi et de murmurer :
- Tu étais magnifique ce soir.
Nous nous endormîmes sur ces douces paroles.
Voilà ! =") J'espère que ce chapitre vous aura plus. Une nouvelle relation s'instaure... Laissez une review si le coeur vous en dit, ça fait toujours plaisir ^^.
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A bientôt ! Bises, A.
