La Magie des Fêtes.

I.

Sur la route, il n'y avait que de la brume. Les feux du taxi éclairaient à peine à dix mètres dans un épais brouillard et le chauffeur était prudent quoiqu'un peu agacé d'avoir accepté cette course qui le menait au milieu de nulle part. Emma, à l'arrière de la voiture, le front collé à la vitre, n'entrevoyait rien du paysage pourtant elle savait exactement où elle se trouvait. Elle rentrait à la maison.

Soudain, le taxi sortit de la brume et à l'horizon s'étendait des champs et des bosquets dans un relief légérement vallonné. Le soleil était haut dans le ciel, les couleurs de l'automne persistait et, bien qu'on soit à quelques jours de Noël, il n'avait pas encore neigé. Une buse survolait les abords de la route, planant le long des champs et au loin, la nappe de brouillard bâtissait un mur gris qui semblait infranchissable. Mais dans cette plaine, à cet instant, tout était baigné d'une lumière rayonnante et presque surnaturelle. Pour Emma, cette vision était tout simplement splendide, comme hors du temps, comme si ça la ramenait loin dans ses souvenirs d'enfance. Oui, elle était de retour.

Quand le taxi s'avança dans la rue principale de cette petite ville côtière de l'Est du pays, il sembla à Emma qu'elle n'était jamais partie, tant rien n'avait changé. Tout était exactement comme à son départ. Elle eut l'impression qu'ici, le temps n'avait pas agi. Elle eut l'impression que c'était hier qu'elle avait fait ses valises pour partir à l'aventure.

Mais si les lieux n'avaient pas changé, il en était tout autre pour les gens. Emma avait changé et ses parents aussi, leurs cheveux s'étaient mis à grisonner, leurs rides s'étaient installées sur leurs visages familiers mais leurs regards étaient toujours aussi lumineux de bienveillance tel qu'ils l'avaient toujours été. Les retrouvailles furent joyeuses et bouleversantes. Sa mère déversa des flots de larmes après avoir ouvert la porte sur sa fille, qui lui faisait la surprise de revenir quelques jours avant les fêtes de fin d'année, après une absence de presque dix longues années. Ce jour brumeux devint soudain l'un des plus beaux jours de sa vie. Sa fille chérie était de retour au pays.

Mary-Margareth la fit entrer à la hâte, elle et ses valises, avant de la serrer fort dans ses bras. Elle avait ensuite couru jusqu'à la cuisine pour sortir dans le jardin et hurler à son mari, qui coupait du bois sous l'appentis du garage, de vite rentrer pour accueillir Emma. David fut sonné pendant quelques instants puis un large sourire s'étira sur ses lèvres pales en voyant sa fille unique dans l'entrée, un peu gênée.

Emma était de retour dans sa petite ville natale au fin fond du Maine.

En fin de journée, Mary-Margareth et David invitèrent des amis de longue date à passer à la maison. Emma ne les avait pas vu depuis une éternité, c'est-à-dire depuis près de dix ans, depuis qu'elle avait quitté le nid. Il s'agissait de Henry et Cora Mills. Emma était ravie de les revoir mais quand ils arrivèrent et qu'à leur suite, elle vit leur fille, Regina, elle fut prise d'un léger vertige. Agée de quelques années de plus qu'elle, Emma lui vouait une véritable admiration quand elle était petite, puis elles avaient grandi ensemble, devenant les meilleures amies du monde mais la revoir fût un véritable choc.

Regina était partie à l'âge de dix-sept ans de leur petite ville natale, pour faire ses études à New-York, alors qu'Emma n'avait que quinze ans et elles ne s'étaient jamais revues depuis. Le choc fut palpable dans les deux camps. Dans l'entrée de la maison Nolan, les parents se saluaient chaleureusement, ils se connaissaient si bien et vivaient ici depuis toujours alors tout était fluide et banal. Cora Mills était la Maire de la ville, Henry Mills était Notaire, Mary-Margareth Nolan était la directrice de l'école primaire et David Nolan était Sherif, alors à eux quatre, ils géraient presque toute la ville. Et pendant que les parents papotaient et s'installaient comme si de rien n'était dans le grand salon, Emma et Regina étaient figées dans l'entrée, le regard fixé l'une sur l'autre. Tant d'années étaient passées et d'un seul coup, tous leurs souvenirs d'enfance refaisaient surface.

Il était loin le temps où elles faisaient de la balançoire dans le jardin du Manoir Mills, où elles courraient pieds nus l'été sur la plage longeant la côte, s'éclaboussant et jouant dans les vagues, le temps où elles jouaient dans la cour de récré à des jeux innocents, où elles rentraient ensemble le soir pour aller s'acheter des sucreries dans le dos de leurs parents. Emma et Regina en avaient vécu des choses ensemble… et puis l'une était partie tôt faire ses études de droits à New-York, tandis que l'autre, plus jeune, finissait le collège.

Et depuis, elles ne s'étaient plus croisées, si ce n'est une fois ou deux pendant la courte période des vacances mais quelque chose, à cette époque, avait changé entre elles.

Regina était très peu de fois revenue dans leur bourgade maritime, et Emma avait souhaité partir loin, vivre un rêve, celui de faire les Beaux-Arts à Paris. Elle avait été prise à l'âge de dix-huit ans et elle était partie sans vraiment se retourner. En revenant aujourd'hui, elle s'attendait à revoir beaucoup de gens, toutefois, elle n'avait eu que très peu d'espoir de revoir Regina. A vrai dire, elle avait même chassé cette pensée de son esprit, histoire de ne pas trop être déçu, mais finalement, à quelques jours de Noël, elle était là, devant elle.

Emma ne pouvait plus détourner ses yeux d'elle. Elle avait changé, certes, plus de dix ans s'étaient écoulés, mais c'était bien elle, toujours les cheveux noir corbeau, mais ils étaient plus courts toujours ce regard sombre et profond toujours cette cambrure insolente toujours cette cicatrice sur la lèvre toujours ce visage exquis. Emma en avala de travers, elle était belle, elle l'avait toujours été, mais à cet instant, il lui sembla qu'elle l'était plus encore que dans son souvenir. Regina n'était plus l'adolescente hautaine et brillante qu'Emma avait admiré autrefois, non, Regina était aujourd'hui, une femme. Et quelle femme, bon sang.

Regina était à peu près dans le même état qu'Emma, sous le choc. Quand elle était partie, Emma venait de fêter ses 15ans, c'était une ado rebelle, impertinente et un peu sauvage. Elle se souviendrait toujours de la petite Emma, la fille des amis de la famille, la petite sœur qu'elle n'avait jamais eue et avec qui elle avait fait les 400 coups. Mais elle avait aussi été sa meilleure amie, sa confidente, sa source de chaleur, cette amie éternelle pour qui on serait prêt à tout. Sa tignasse blonde était toujours aussi indomptable, ses yeux verts lui semblaient plus clair que jamais, ses pommettes saillantes et son sourire de travers étaient toujours aussi adorable mais elle était tellement plus grande, tellement mince, tellement plus athlétique, tellement… jolie. Regina semblait clouée sur place.

Elles se fixaient toujours sans se dire un mot quand Mary-Margareth vint les trouver, un peu inquiète.

« Bah alors les filles ?! »

« Hm ? Quoi ? » Répondit Emma sans quitter Regina des yeux.

« Oh, je vois… ça faisait un moment que vous ne vous étiez pas revues, n'est-ce pas ? »

« Douze ans. » Précisa Regina dont le souci du détail n'avait, semblait-il, pas changé.

« Ok, prenez votre temps… et rejoignez-nous au salon, j'ai fait du thé. »

« Je préfèrerais un … »

« Un chocolat chaud, oui je sais. » Lança sa mère en tourant les talons.

« Avec de… »

« De la cannelle, évidemment. » Résonna la voix de Mary-Margareth déjà loin.

Le silence s'installa de nouveau et elles détournèrent enfin le regard l'une de l'autre, légèrement gênées.

« Et bien… »

« Hm… ouais… » Répondit Emma, en basculant d'un pied à l'autre et en fourrant ses mains dans ses poches de jeans, légèrement embarrassée.

« Ça fait un sacré bout de temps. »

« Effectivement. »

« Comment tu vas ? »

« Bien. »

« Tu es revenue quand ? »

« Euh… ce matin même. J'étais à Naples sur un projet assez conséquent et au lieu d'enchainer avec un autre, j'me suis dit qu'il était temps de revenir voir les parents. »

« Naples ? Wow. Tu n'étais pas partie à Paris ? »

« Si, si. J'y ai fait mes études et depuis je voyage pas mal dans le cadre de mon boulot. »

« C'est super. » Lança Regina, sans pour autant y mettre tout l'enthousiasme qu'elle aurait voulu.

« Ouais… et toi alors ? New York, toujours ? »

« Hm, hm, toujours. » Répondit Regina, un brin de lassitude dans sa voix.

Un nouveau silence s'installa, elles s'observaient avec une méfiance et une fascination réciproque. C'était tellement étrange de se revoir après tant d'années et pourtant, il y avait quelque chose qui semblait ne pas avoir souffert des affres du temps : leur alchimie. C'était là, c'était palpable, c'était encore un peu timide mais c'était toujours présent.

Elles se jaugèrent encore quelques instants puis Emma esquissa un sourire.

« On les rejoint ? »

Regina hocha la tête, pourtant elle ne fit aucun mouvement, elle était clouée sur place et c'est au prix d'un véritable effort qu'elle put enfin amorcer un pas. Elles prirent place dans des fauteuils qui se faisaient face, la table basse les séparant de la distance qu'il fallait pour s'apprivoiser de nouveau. Leurs parents étaient en pleine discussion, chaque couple assis dans un grand canapé et ils remarquèrent à peine la gêne et les regards un peu pesant que leurs deux filles échangeaient discrètement.

Emma fut ensuite interrogée par Cora : comment allait-elle ? D'où venait-elle ? Quel avait été son dernier projet ? Quel serait le prochain ? Où vivait-t-elle en ce moment ? Comment avait-elle vécu à Paris pendant ses études ?

Bien sûr Cora et Mary-Margareth se donnaient des nouvelles de leurs filles respectives assez souvent, enfin quand elles en avaient, car les deux jeunes femmes étaient à présent très occupées et vivaient loin de ce petit patelin où elles avaient grandi. Regina écouta les réponses avec une grande attention, soudain, elle voulait tout savoir de la vie d'Emma, cette vie d'artiste qu'elle menait en parcourant la France, l'Italie ou encore l'Angleterre. Regina, elle, ne fut pas harcelé de questions puisqu'elle revenait de plus en plus souvent de New-York pour voir ses parents. Son père ayant eu quelques soucis de santé l'année précédente, elle avait décidé de ne plus rester aussi longtemps sans les voir et elle revenait régulièrement. Mais Emma, elle, n'avait pas remis les pieds ici depuis près de dix ans alors elle dut subir un interrogatoire en règle.

Elle raconta donc qu'après ses études aux Beaux-Arts, on lui avait proposé un stage dans la restauration d'œuvres anciennes. Elle avait fait forte impression et elle fut remarqué par un grand collectionneur et propriétaire de galeries d'Art qui décida de lui offrir un poste. Elle l'avait bien sûr accepté puis elle s'était lancée à son compte. Ainsi Emma vivait de sa passion et voyageait dans des lieux qui l'avait toujours fait rêver. Elle était douée et beaucoup demandée, alors certes elle avait moins le temps pour ses propres créations mais peu importait, elle gagnait bien sa vie et visitait des endroits merveilleux, des monuments, des musées et des châteaux.

Elle s'était rendu compte à quel point le temps était passé et elle avait décidé de revenir au pays avant d'accepter un prochain projet. Elle voulait faire une pause, se ressourcer cinq minutes, cesser de courir et elle avait fait la surprise à ses parents ainsi qu'à son jeune frère Neal, qu'elle avait quitté petit garçon et qui maintenant devait être un ado robuste.

« Vous mangez avec nous ce soir ? » Demanda Mary-Margareth à Cora.

« Oh non, voyons, on ne va pas vous déranger… »

« Bien au contraire, ça fait des années qu'on ne s'est pas retrouvé tous ensemble alors je n'accepterais aucun refus ! »

« Tu es sûr ? »

« Evidemment ! »

« Et que faites-vous la veille de Noël ? Le vingt-quatre au soir ? »

« Eh bien, on dinera tous les quatre, je suppose. »

« Alors venez au Manoir, faisons Noël ensemble ? » Proposa Cora.

« Chéri tu es d'accord ? » Questionna Mary-Margareth.

David haussa les épaules et elles se mirent d'accord, ils dineraient ensemble pour le réveillon de Noël. Quelques minutes après, Mary-Margareth et Cora allèrent en cuisine pour préparer le diner et bavarder comme elles en avaient souvent l'habitude Henry interrogea Emma sur les œuvres les plus célèbres qu'elle avait pu approcher de près ; et David discuta avec Regina de droit pénale et du dernier procès médiatique qui faisait des émules à New-York.

Peu de temps avant le diner, le jeune Neal rentra à la maison avec fracas. Il déposa avec peu de délicatesse son matériel de Hockey dans l'entrée et vint s'affaler de tout son long sur le canapé, les joues rosies par le froid et l'effort.

« Neal, mon chéri, nous avons de la visite et nous allons passer à table. »

« Ouais, ouais, bonsoir Henry, bonsoir Cora… » Marmonna-t-il puisqu'il avait vu la berline hors de prix des Mills devant la maison.

« Et à moi ? Tu ne me dis pas bonsoir ? » Intervint Emma en sortant de la cuisine, les mains prises par un plat.

Neal se redressa d'un bond, sa tête dépassant du canapé avec des yeux ronds. C'était bien la voix de sa sœur qu'il venait d'entendre ? Emma lui offrit un large sourire et le jeune homme sauta par-dessus le dossier du canapé pour venir l'enlacer. Elle eut juste le temps de déposer ce qu'elle avait dans les mains avant de sentir l'étreinte musclé de son petit frère.

« Purée Emma ! Tu es là ! »

« Et oui ! Comment vas-tu petit frère ?! Enfin… petit… tu as bien grandi. » Fit remarquer Emma qui se retrouvait obligé de lever la tête pour s'adresser à lui.

« Tu n'avais qu'à pas partir aussi longtemps ! »

« Je sais… » Murmura Emma.

Elle avait eu beau vivre son rêve, parfois le remord la prenait et elle s'en voulait d'être partie si loin et si longtemps.

« Allez les enfants, à table ! » Coupa Mary-Margareth pour s'empêcher de pleurer devant la vue de ses deux enfants réunis.

Tout le monde prit place autour de la grande table et le retour d'Emma anima la soirée. Elle n'aimait pas être au centre de l'attention, elle aimait la discrétion, elle travaillait dans l'ombre et souvent elle passait inaperçu mais, ce soir, tous les regards étaient tournés vers elle, et un en particulier : celui de Regina, qui ne la quittait pratiquement pas des yeux.

Juste avant que le dessert ne soit apporté à table, chacun discutait posément, le ventre bien rempli et Emma remarqua l'absence prolongée de Regina. Elle s'excusa poliment et quitta la table. Elle jeta un œil dans la cuisine puis dans le salon mais la brune n'était pas là, cependant, elle distingua sa silhouette par la fenêtre qui donnait sur le perron.

Elle enfila son manteau et sorti dehors. Regina était là, accoudée à la rambarde, le regard perdu dans le vide et une volute de fumé s'échappa de sa bouche.

« Hey. »

Regina se retourna à peine et Emma distingua une cigarette au bout de ses doigts.

« Tu fumes ? »

« Eh bien… en fait non… j'ai arrêté il y a longtemps mais… ce soir… j'en ai piqué une à ton père. »

« Parce que mon père fume ? »

« Hm… oui mais seulement de temps en temps, rassure-toi. Il planque son paquet dans le garage et ta mère ne le sait pas. »

« Je suis partie depuis beaucoup trop longtemps et finalement, les choses changent… »

Regina ne répondit rien, laissant un silence qu'Emma dû combler bien vite.

« J'avais cette idée absurde qu'ici, rien ne changeait, rien ne vieillissait… »

« Tout change Emma, que tu sois là pour le voir ou pas. »

« Hm… ouais… je sais… Dis-moi, ton père va mieux, hein ? » S'inquiéta Emma qui n'avait pas voulu aborder le sujet devant l'intéressé.

« Oui, mieux. Il a pris sa retraite, il est suivi régulièrement par un médecin compétent et il suit bien son traitement mais… il nous a fait une sacrée peur l'année dernière. »

« Oui, maman m'a raconté. »

« Du coup je reviens plus souvent ici, et je dois avouer que ça me fait du bien… Mon travail et la vie à New-York, c'est parfois… épuisant. »

« J'imagine… tu me file une taffe ? » Demanda Emma en tendant la main.

Regina la toisa avant de lui laisser sa cigarette, leurs doigts se croisant inévitablement. Emma tira une bouffée en fermant les yeux avant de s'installer tout près de Regina.

« Fumeuse ? » Questionna la brune.

« Non, pas vraiment mais … aux Beaux-Arts, tu sais… On faisait de sacrées soirées, on buvait, on fumait, on… » Emma laissa sa phrase en suspens, gardant la discrétion sur ses années d'études mouvementées.

« Je vois… » Lança Regina, ne sachant pas si elle devait être outrée ou amusée.

« A la Fac de New-York, toi aussi, tu as dû en vivre de belles, non ? »

« Voyons, tu me connais, j'ai toujours été une élève modèle. » Renchérit Regina sur un ton qui se voulait volontairement hautain.

« Hm… bien sûr… »

« Alors ? La France, l'Italie ? C'est comment ? »

« Génial. »

« Comme tu en rêvais ? »

« Oui. Même mieux. Toutes ces grandes villes chargées d'Histoire, ces superbes monuments qui ont traversés le temps, les musées, la gastronomie, l'art, la fête… c'est fabuleux. »

« Tu t'y plais ? » Demanda Regina en reprenant la cigarette des mains d'Emma pour cacher le ton de sa voix qui s'était sensiblement teinté d'amertume.

« Oui… enfin je voyage pas mal, je déménage quasiment à chaque nouveau projet de restauration qu'on me confie... J'ai un petit studio à Paris… mais je n'ai pas vraiment de chez-moi. »

« C'est ici chez toi. » Répondit Regina à voix basse.

Emma resta silencieuse. Oui c'était ici chez elle, et ça le serait toujours mais elle avait choisi de vivre ailleurs, de découvrir le monde, de vivre de sa passion. Elle ne regrettait rien mais maintenant qu'elle était revenue, elle se rendait compte combien tout ça lui avait quand même manqué. Toutefois, à cet instant précis, elle n'aurait pas su dire si c'était cette petite ville qui lui avait manqué ou bien si c'était la jolie brune à côté d'elle.

Emma avait seize ans la dernière fois qu'elle avait vu Regina, c'était à une soirée organisée par Cora Mills pour le nouvel an, il y avait eu énormément de monde et les deux jeunes filles s'étaient volontairement évitées, comme si quelque chose s'était brisée entre elles. Aujourd'hui Emma avait vingt-huit ans et le passé la rattrapait avec une force oppressante, comme le revers d'une vague puissante qui vous entraine vers le large en vous empêchant de revenir sur la rive.

Le diner s'était achevé tard, les convives avaient fini par prendre congé et Emma s'était installée dans son ancienne chambre – qui n'avait que très peu changé - mais elle n'arrivait pas à dormir. Pourtant, elle était épuisée, elle était arrivée tôt ce matin, elle avait le décalage horaire dans les pattes mais elle n'arrivait pas à trouver le sommeil. Dans sa tête, il n'y avait que le visage de Regina, ses gestes et sa voix, qui tournaient en boucle.

Rien d'autre ne l'ébranla autant que de revoir cette vieille amie, pas même revoir ses parents, son frère, cette maison dans laquelle elle avait grandi ou encore les paysages si familiers de cette petite ville perdue au fin fond du Maine. Non, rien, si ce n'est Regina.

C'était peut-être simplement parce qu'elle ne s'y était absolument pas préparée, pensant que la brune serait à New-York, prise par ses affaires. C'était peut-être simplement l'effet de surprise qui la poussait à penser à elle sans pouvoir se la sortir de la tête. Oui, ce n'était certainement que cela.

Les souvenirs s'emmêlaient, les flash-backs de leur jeunesse, leurs rires, leurs bêtises, leurs confidences et le départ pour la Fac de Regina qui avait anéanti Emma. Elle avait un peu refoulé tout ça, étant elle aussi partit vivre sa vie ailleurs, mais cette nuit, tout refaisait surface et l'insomnie la prenait à la gorge.

Quand Emma avait posé ses yeux sur elle plus tôt dans la soirée, quand elle avait croisé son regard là dans l'entrée de la maison, elle avait senti tout son corps bouillir d'un sentiment étrange mais pas inconnu. Elle repoussa l'idée d'être attiré par elle avec fermeté, même si elle ne pouvait pas nier que Regina était divine, elle était devenue une femme magnifique et Emma s'était senti fébrile.

Et rien que l'idée de la revoir dans quelques jours, lui donnait déjà des vertiges. Elle secoua la tête, elle se recala de l'autre côté du lit, se replongeant sous les couvertures et s'évertua à tenter de dormir.