La bibliothèque
— Par merlin, mais pourquoi les gobelins se sont-ils rebellés en 1200 ? lança Scorpius.
— Scorp, je t'ai expliqué il y a 10 minutes, … et c'est écrit sur mon parchemin… souffla Albus.
— Je sais… Mais quelle est la vraie raison ? Ça ne concorde pas avec le manuel d'Histoire de la magie, dit-il gêné.
Une semaine.
Scorpius est resté dans l'aile de l'infirmerie une semaine.
Il rattrapait ses cours. C'était … injuste, long et difficile.
D'un côté, parce qu'il a raté l'occasion de réussir ses examens sur les leçons qu'il connaissait sur le bout des doigts pendant la semaine où il était forcé à rester au lit. D'un autre côté, parce qu'il devait assimiler des leçons auxquelles il n'avait pas pu assister, et dont l'examen était justement cette semaine.
Et enfin, parce que la prise de note d'Albus était approximative…
— Les gobelins ne se sont pas rebellés en 1200, mais au XVIème siècle, et la raison était les 1200 kg de minerai magique issu des mines d'argent confisqués par les nobles du nord de l'Angleterre, répondit Rose sans relever la tête de son devoir de défense contre les forces du mal.
Elle ajouta :
— … c'est pourquoi tu ne vois rien dans le manuel sur une quelconque révolution en 1200.
Elle finit la phrase avec un sourire aux lèvres, et manqua de partir en fou rire.
Scorpius réalisa qu'il cherchait pendant une heure inutilement une information inexistante dans le manuel. Pire, à force de la répéter, il se remémorait mieux la fausse information que la vraie.
Il lança un regard noir à Albus, qui se terra derrière sa lecture.
Scorpius se concentra une nouvelle fois, mais cette fois-ci sur le bon chapitre, Rose continua son devoir, et Albus … Albus tentait de les divertir de temps à autre. Après une demi-heure sans succès, Albus se résigna et comprit qu'il ne pouvait pas parler des derniers résultats de Quidditch ou des actualités du monde magique. Il plia sa Gazette du sorcier, et se décida à rejoindre un ami ou un membre de sa famille dans une salle commune pour passer le temps à travers une bataille explosive, ou autre chose d'inutile, mais plus fun que de rester à la bibliothèque.
— On se voit à la grande salle pour l'heure du diner ? lança-t-il en mettant son sac bandoulière sur l'épaule.
— Oui, on va essayer de ne pas arriver trop tard, répondit Scorpius.
Scorpius comprit que c'était l'opportunité de passer un moment seul avec Rose.
Rose, sur son parchemin, continuait d'écrire et n'avait pas cillé, mais elle avait bien compris la même chose. Elle dissimula cette fois son sourire.
— Ok, à plus.
Albus partit d'un pas pressé.
Elle adorait son cousin, mais passer un peu de temps avec celui qu'elle désirait autant était comme … une libération.
Elle se sentait alors libre de regarder, parler, d'exprimer ses sentiments sans avoir peur d'être aperçue. Elle pouvait l'exprimer sur son visage, ses yeux, ses mains. Son être se détendait, et même si elle n'avait pas encore mangé ce soir, c'était comme le dessert de sa journée.
Elle qui étudiait tant, qui revendiquait le travail d'abord, le reste ensuite ; avoir des sentiments, c'était nouveau. C'est la chose qui nous fait tout oublier, le monde extérieur, le temps, la faim, la température… à une exception près, la soif. Elle avait les lèvres sèches. Etait-ce le stress, ou l'envie ? Elle ne savait pas. Mais dès qu'elle était avec Scorpius, et surtout seule, elle avait chaud et elle avait les lèvres sèches. Ses cellules grises cessaient d'assimiler les livres qu'elle avait en face d'elle.
Etait-ce l'amour qui l'emportait sur la raison ?
Quelques lentes secondes plus tard, Scorpius jeta un œil autour de leur table, puis il observa Rose.
Ils se regardèrent.
Au croisement des regards, Scorpius se détendit immédiatement. Il sentait vraiment quelque chose de fort dans cet échange de regard. Il n'était plus le garçon au regard impassible et froid.
Rose, quant à elle, n'était plus la fille à étudier d'abord, jouer après, ni à faire respecter l'ordre des choses, son col était desserré, elle avait besoin de respirer. Le confort et l'instant présent l'emportaient.
L'échange de regard communiquait une information de… non, pas une information, froide, logique, raisonnée… le regard transmettait autre chose… une émotion, une chaleur, un sentiment agréable.
Ne vous méprenez pas, il ne s'agit pas d'être immobile une demi heure, non. Ces quelques secondes étaient comme si le temps s'était arrêté.
Scorpius lâcha sa plume, et lui prit la main. Il lui adressa un sourire.
— Comment vas-tu Rose ? lança t-il.
— Magnifiquement bien, lui répondit-telle en lui rendant son sourire.
Le sourire de Scorpius s'élargit à la réponse de Rose. Oui, il était heureux qu'elle se sente bien avec lui. Mais à travers cette question, il s'inquiétait surtout de savoir si elle avait repris des forces depuis l'accident.
— Et physiquement ? il désigna des yeux le flan de Rose.
— Oh çà ?! C'est guéri, je n'ai plus de douleur et j'ai enfin retrouvé mes nuits, répondit-elle.
Scorpius se détendit un peu plus.
— Tu as terminé ton devoir ? dit-il en pointant son regard sur le parchemin de Rose.
— Oui, presque, je préparais le devoir de défense contre les forces du mal, mais c'est pour la semaine suivante.
— Bien, j'allais justement te demander un peu d'aide.
— Oui, bien sûr, répondit-elle le sourire aux lèvres.
Rose rayonna.
Rose était la première de son année. Aider Scorpius, c'était l'occasion de le taquiner, de lui rappeller qu'elle était la première, mais surtout c'est avec amour et facilité qu'elle partageait son savoir (exception faite de ceux qui négligeaient trop leurs études.)
— Tu sais où se trouve le manuel de sorcellerie des sorts de guérison primaires antiques ?
Elle connaissait ce manuel ; pas sur le bout des doigts, mais suffisamment bien. Il décrivait les premiers sorts de base pour soigner, et dispenser le malade de la douleur. C'est sa mère qui lui avait révélé l'existence des nombreux manuels intéressants à découvrir. Ils étaient bien cachés. Ces manuels de l'antiquité n'étaient plus dans le programme d'étude de Poudlard depuis des années.
— Les sorts de guérison primaires ? Ils ne sont plus au programme. Les sorts de l'antiquité ont bien évolué et ont été perfectionnés dans l'ère du moyen-âge. Sans oublier, le manuel de sortilèges du sorcier français Claude Bernard, bien plus complet et bien plus proche de notre table.
Elle désigna l'étagère à côté, elle continua :
—Ton tome antique se trouve dans un recoin à l'autre bout de la bibliothèque. Pourquoi aller si loin ? récita Rose.
Il la regardait dans les yeux, il sourit à son exposé.
Elle comprit.
Les très vieux manuels étaient dans un recoin au fin fond de la grande bibliothèque de Poudlard. Cette zone est déserte, propice à la lecture, et propice pour être à l'abri des regards.
Elle rougit.
— Je ne connais pas très bien cet endroit de la bibliothèque, lança-t-elle en feignant l'intérêt.
— Je vais t'accompagner alors. Ensemble, on trouvera ce que l'on cherche, répondit Scorpius.
Il se leva, tout en caressant discrètement sa main du bout des doigts.
Pour conserver le caractère secret, elle se leva et prit son air de première de la classe à la recherche d'un livre, en esquissant un sourire de soif de savoir.
Ils se dirigèrent vers le fond de la bibliothèque. Il faisait de plus en plus sombre.
Ils se trouvèrent devant les étagères de l'antiquité.
Les manuels étaient vieux et usés. Les titres sur les tranches étaient presque effacés pour laisser place à une poussière de lettres.
Elle se libéra de son rôle de je sais tout, et feignit le besoin d'aide à son tour.
— C'est sombre, je n'arrive pas à lire les titres sur les tomes, souffla-t-elle en caressant des doigts les tranches des livres.
— On va regarder ensemble, soupira-t-il près de l'oreille de Rose, tout en s'approchant.
Il l'encadra de ses bras pour chercher le livre tant recherché. Elle se dégagea les cheveux sur un côté pour mieux savourer le souffle de la respiration de Scorpius sur sa nuque, son cou.
Ils marchèrent quelques pas sur le côté, à la recherche du manuel.
— Trouvé ! lança-t-elle.
Elle tira le vieux livre de la bibliothèque, et le posa sur la petite table attenante. Elle se retourna.
— On n'a plus qu'à retourner à notre table, feignit-elle d'ignorer la situation.
— Ou bien… exercer ici quelques sorts de guérison. Nous sommes à Poudlard, l'école du savoir du monde magique, et de la pratique tant recommandée par nos directeurs. Et, par Dumbledore, tu es de loin la meilleure sorcière que je connaisse.
— Ah oui … ? Mais tu es déjà guéri. Où aurais-tu mal ? elle sortit sa baguette et la leva sans le quitter des yeux, avec une fausse mine d'inquiétude.
—C'est une douleur diffuse. Elle commence...
Il désigna son cou.
Elle glissa la pointe de sa baguette sur la hauteur de son cou et … après avoir déboutonné quelques boutons, elle écarta son col pour mieux examiner, elle confirma le diagnostic, le traitement.
Il fallait un traitement antique pour la guérison.
Et en antiquité, il n'y avait pas de baguette….
Elle posa sa baguette, et examina des yeux son torse. Elle observa attentivement, puis effleura ses lèvres jusqu'en haut du torse, et enfin déposa un doux baiser à la naissance du cou.
Puis deux.
Puis trois.
Elle remontait tout doucement vers l'oreille.
Puis…
— La douleur remonte aussi ici, interrompit Scorpius. Il lui désigna sa joue.
— C'est plus grave que je ne le pensais…. souffla-t-elle derrière l'oreille.
Elle posa un baiser sur sa joue.
— Et ici.
Elle posa un baiser sur ses lèvres.
— J'ai très mal ici.
Il lui désigna de nouveau ses lèvres.
Cette fois, les yeux dans les yeux, leurs lèvres se touchèrent, puis leurs yeux se fermèrent, et ils s'embrassèrent, lentement, avec tendresse, ils ne voulaient pas se séparer.
Leur souffle s'était habitué.
Scorpius entoura de ses bras la taille de Rose, et resserra prudemment son étreinte. Rose, laissa s'échapper un soupir, et l'encadra de ses bras. Collés l'un l'autre, ils ne faisaient plus qu'un.
Sans lâcher ses lèvres, sans se séparer, lentement, Scorpius poussa le manuel à l'origine de son traitement, puis déposa Rose sur la petite table.
La table grinça.
Rose se réjouit de la position, mais leva une paupière pour voir s'ils étaient toujours et vraiment seuls, et que personne n'était susceptible d'avoir entendu le bruit. Pas question de se faire surprendre, non.
Mais la situation l'abreuva de pensées de plus en plus intimes.
Après s'être assurée que personne ne viendrait, de position semi assise, elle s'assit totalement sur la petite table. Scorpius s'avança, elle libéra ses jambes sur les côtés pour continuer à sentir tout son être contre elle.
La table grinça de plus belle. Maudite table…
Leurs respirations se stoppèrent, ils écoutèrent. Personne.
Rose serrait à son tour Scorpius à la taille. Scorpius quant à lui, encadrait le visage de Rose de ses mains, il ne voulait plus la quitter.
Rose passa ses mains dans le dos de Scorpius. Puis, ses mains s'aventurèrent sous la chemise. Il poussa quelques grognements au toucher.
Il appréciait. Elle sourit. Passer de lire, voire traduire, les émotions de Scorpius à le voir ressentir était comme une victoire. Il était à elle.
Des bruits de pas…
Ils s'immobilisèrent.
Au changement de position, le grincement aurait trahi leur présence. Ils s'immobilisèrent. Il n'y avait plus que leur souffle. La chaleur montait soudainement par la crainte d'être dévoilés.
Rose se dit qu'elle devrait utiliser l'héritage des artefacts de sa famille pour être plus discrète, tels que la cape d'invisibilité, ou la carte du maraudeur.
Stop.
La carte du maraudeur ? Si sa famille la cherchait sur la carte, ils la trouveraientau fin fond de la bibliothèque avec Scorpius. Elle réalisa qu'elle devait être plus prudente.
Les bruits de pas s'éloignèrent.
C'était suffisamment d'émotion pour ce soir. Pour eux deux.
Sans un mot, ils se libérèrent. Rose descendait avec précaution de la petite table.
Un roulement se fit entendre.
Un roulement ?
— Ma baguette ! lâcha Rose.
La baguette de Rose roulait en direction du bord de la table. Soudain, elle chuta.
Sa chute, son rebond strident au sol trahiraient à coup sûr leur présence au fond de la bibliothèque.
Scorpius se baissa immédiatement, et rattrapa la baguette au vol.
— Par Salazar, souffla Scorpius.
Il lui rendit sa baguette.
— Merci, souffla Rose à son tour.
Ils se tenaient maintenant debout, à reprendre leur respiration. Ils ajustèrent leurs vêtements, et sourirent tout en soufflant de nouveau.
Ils se dirigèrent vers leur table.
Après quelques pas, toujours à l'abri des regards, Scorpius prit soudainement la main de Rose. Elle se retourna par surprise, et sans crier gare, il lui donna un dernier baiser sur ses lèvres.
A la suite de ce long baiser, elle remarqua qu'il avait emprunté le livre. Elle désigna le livre des yeux.
Elle l'interrogea du regard.
— Je l'emprunte.
Elle fronça les sourcils pour appuyer son interrogation.
— Je me remémorerai chaque instant tout en lisant ce manuel, la lecture aura toute sa saveur.
Scorpius associe les souvenirs à des lieux, des objets. Et les bons souvenirs, il les garde précieusement. Quel romantique ce Scorpius.
Elle sourit, et rougit tout en passant ses cheveux derrière son oreille pour cacher son embarras.
— de plus, ça nous donnera l'occasion de le ramener ensemble au fin fond de la bibliothèque, dit-il avec un clin d'œil.
Les garçons, toujours les mêmes.
— Allons retrouver Albus à la grande salle.
Elle marqua le pas en direction de leur table.
Scorpius la regarda, puis à son tour entama le chemin du retour vers la table.
oOo
Au pas de la porte de la grande salle, l'odeur de la délicieuse nourriture fit naturellement la transition vers le monde de Poudlard, les élèves, les quatre maisons.
Ils se séparèrent vers leurs tables respectives. De temps à autre, Scorpius, Rose et Albus, changeaient de tables. Ce soir, pour éviter les soupçons, Rose se dirigea vers la table des Gryffondor, et Scorpius rejoignit Albus à la table des Serpentard.
— Enfin, on ne te trouvait plus, lança James.
— Désolée.
— Où tu étais ?
— A la bibliothèque.
— Curieux, lança Molly.
— Pourquoi ? Rose à la bibliothèque, ce n'est pas si étonnant, commenta James en continuant de mâcher sa bouchée.
— Tout à l'heure, j'ai croisé Al, qui m'a dit que tu étais à la bibliothèque, puis je t'ai cherché à la bibliothèque sans te trouver. J'ai fait quasi toute la bibliothèque, et tes affaires étaient…
Molly était bien la fille d'oncle Percy. A tout savoir, à tout dévoiler…
— J'ai demandé un coup de main à Rose, interrompit Lily.
Elle continua :
— On a été dans la réserve de la bibliothèque. Après Mrs Pince, seule Rose connait aussi bien cette section.
Et les premières années ne peuvent pas accéder à cette section. Well done Lily.
Elle remercia d'un sourire sa cousine.
Scène préférée ? Citation préférée ? Une idée sur la suite de l'histoire ? Partager-les, je serais ravi de vous lire.
Mes remerciements à ma relectrice DelfineNotPadfoot d'avoir accepté de lire et corriger ce chapitre.
Oscar Le Carlin
