Le lac

— Un tour de plus ! se motiva Scorpius.

Scorpius avait pris l'habitude de réaliser des exercices physiques. Contrairement à ses ancêtres, il portait un grand intérêt à la culture moldue. Ces derniers n'étaient pas avares en information dans les livres, sur Internette, et surtout dans la e-pensine Youtube. Tout comme ses manuels de sorciers, il avait étudié les ouvrages sur la condition physique, et avait beaucoup appris. Il en avait parlé à peu de camarades, à l'époque le résultat était encore hypothétique. Maintenant, il avait gardé l'information, il ne voulait pas ébruiter son intérêt sur la culture moldue à sa maison.

Néanmoins, ces exercices lui avaient ouvert les portes de l'équipe de Quidditch de Serpentard. Il était devenu endurant et fort.

Et ce matin l'exercice était le footing autour du lac à Poudlard.

De plus, il appréciait ce moment de sérénité tôt le matin, tout juste au lever du soleil. Bercé par le bruit de ses pas sur l'herbe encore humide, il était seul et bien.

Non, finalement pas si seul, il était accompagné des bruissements des feuilles des arbres de la forêt, du chant des oiseaux, et quelque fois du bruit de sabot des centaures. Bref, il était accompagné des bruits de la vie tout autour de lui.

Il appréciait ce moment. Mais était-ce le fait d'être seul, de pratiquer le sport, ou d'être au contact de la nature ? Ce n'était pas encore bien clair dans sa tête. En réalité, connaître, ou reconnaître, ses amours, ses passions n'était pas forcément évident. Bien qu'il assimile ce bien être au sport et à la solitude, peut-être était-ce finalement autre chose, peut-être s'était-il découvert un amour pour la nature.

Lors de son footing, il était de temps à autre rejoint par des camarades, plus particulièrement la gente féminine. Selon Scorpius, elles avaient compris l'intérêt de l'activité physique, et en profitaient pour courir également autour du lac. Elles étaient régulièrement à quelques mètres derrière Scorpius, certaines à côté et engageaient même la conversation.

Ce matin, il était seul et prolongeait son footing autant que possible. Il en profitait un maximum. Au-delà du sentiment de quiétude, cela lui vidait la tête, lui chassait les mauvaises idées et il démarrait la journée comme neuf. Le sport était comme un sort d'oubliette suivi d'une potion revigorante.

Après son dernier tour, il rejoignit les vestiaires de sa maison pour une bonne douche. Avant de courir, il prenait soin d'emporter les affaires nécessaires de la journée, lui évitant ainsi un large détour à son dortoir.

Les vestiaires de l'équipe de quidditch étaient silencieux et froids. Le craquement de la porte, les fenêtres poussiéreuses, ouvrir les vestiaires était comme entrer dans une maison de campagne rustique. Et ça lui plaisait.

Il se dévêtit et passa rapidement dans la douche collective.

Second moment de bonheur, l'eau était chaude.

Scorpius tenta de se remémorer ses tâches de préfet de la journée.

Il avait du mal à se les rappeler...

Puis il passa aux sujets qu'il l'inquiétait, les examens, leur préparation, et aux choix des matières pour les années suivantes.

Bref, il pensa à tout sauf à sa relation avec Rose. Penser à Rose était du bonheur qui repoussait tous les tracas, mais c'était également penser aux interrogations quant à l'acceptation de leur relation, aux conséquences médiatiques dans le monde sorcier. Rose adorait sa famille, un tel impact pouvait faire vaciller leur relation, leur avenir, il voulait éviter d'y penser. Il voulait éviter.

Fuck, il y pensait.

Il termina sa douche, et fixa son reflet dans le miroir. Il ne savait pas ce qu'il y cherchait.

— Encore dans tes rêves ? lâcha une voix familière, mais inattendue.

Éléonore Parkinson se tenait debout, bras croisés, appuyée contre le cadre de la porte.

Alors qu'il se fixait dans le miroir, il répondit :

— Parkinson, les douches des dames sont à l'opposées.

— Les douches des beaux et talentueux joueurs … , commença-t-elle en observant de bas en haut le Serpentard simplement vêtu d'une serviette.

— … illuminent ma journée. Tu le sais, finissa-t-elle termina tout en se mordillant la lèvre.

Il se tourna et soutint le regard d'Éléonore, tout en ne s'inquiétant pas d'être si peu vêtu auprès sa coéquipière.

Éléonore n'était seulement sa coéquipière, mais également son aventure d'un soir l'année dernière. Les Serpentard fêtaient la victoire de leur équipe dans la salle commune. Scorpius était souvent acclamé, car l'attrapeur était celui qui mettait fin à la partie et donnait la victoire à l'équipe.

Ce soir là, il savoura la victoire et les acclamations de sa maison. Cela lui fît du bien. Des gens qui l'aiment, au moins une soirée. Il voulait savourer sa victoire. La bièraubeurre, la musique, les filles aguicheuses lui montèrent à la tête. Allons droit au but, cette soirée là, c'était Éléonore.

Il la regarda dans les yeux, et attendit les raisons de sa venue.

Elle s'approcha.

— Je m'inquiète pour toi, Scorpius, dit-elle à voix basse.

— Je te sens distrait, elle continua tout en glissant son doigt sur sa poitrine.

Il la regardait toujours.

— Tu ne devrais pas être là, lâcha-t-il.

Elle s'approcha un peu plus.

Il recula.

— Au contraire, je suis au bon endroit. Elle s'approcha de nouveau.

Il prit soudain son air froid, et dit :

— Ca ne se passera pas, Éléonore.

Le visage d'Éléonore se ferma.

— Je ne suis pas assez bien pour toi ?

Elle s'énerva soudainement.

— Tu devrais être plus discret Scorpius, plus discret pour ton goût pour les filles rousses, plus discret quand elles sont dans l'équipe adverse. Plus discret quand nous sommes en plein match Scorpius !

Blaise Zabini entra subitement dans le vestiaire.

— Scorpius, tu fais crier les filles en dehors du lit maintenant ? Lâcha-t-il avec un large sourire.

Silence.

Scorpius et Éléonore se dévisagèrent.

Blaise appréciait les blagues lourdes, alors il continua.

— Vous voir vous deux, l'un presque nu, et l'autre habillé, à une heure aussi matinale, avant l'entrainement, je cherche l'erreur. Vous me faites passer un test ?

L'entrainement ?

Oh fuck, voilà pourquoi il ne se rappelait pas ses tâches de préfet, ce matin c'est l'entrainement de Quidditch. Et voilà pourquoi Eléonore était présente.

— Allez, fini les histoires, tout le monde se prépare pour l'entrainement, lâcha fermement Blaise.

Blaise avait le sens de l'humour, mais également celui de l'autorité. Éléonore fit demi-tour à ses vestiaires, et Scorpius alla retrouver son casier pour enfiler sa tenue de quidditch.

L'entrainement allait être dur ce matin…

oOo

— Malade ?

— Non, il ne me semble pas malade, rétorqua Albus.

— Fatigué ?

— Oh non, il est toujours en forme.

— Stressé ?

— Derrière son visage, difficile à deviner. Mais je dirais que non. Dit-il en croquant dans sa pomme.

— Surmené ? A cause des cours ?

— Rose ! rétorqua Albus après avoir avalé son morceau de pomme, c'est peut être tout simplement un oubli !

Ils attendaient à la sortie des vestiaires Serpentard. Albus était assis sur une rambarde, Rose faisait les cents pas.

Rose était inquiète. Ce n'était pas dans les habitudes de Scorpius de confondre les emplois du temps.

Les premiers joueurs sortirent.

— Albus. Rose ?! Comment ça va ? demanda Blaise.

— Bien, merci. Enfin mieux, répondit Rose.

— Tant mieux. Le prochain match est Gryffondor-Serdaigle. Ils ne sont pas bien malins, mais intelligents, ils risquent d'utiliser une potentielle peur du cognard envers toi.

Un peu plus loin, Blaise vit une personne de son équipe arquer un sourcil, il ajouta rapidement :

— Que dis-je ?! A James de te dire çà. En tout cas, mon équipe est heureuse de te voir sur pied.

Blaise. Un gentil garçon caché derrière un physique solide.

— Merci du conseil Blaise, dit Rose à voix basse.

— De rien, souffla-t-il.

Puis, les membres de l'équipe de Serpentard sortirent un à un. Éléonore ne manqua pas de lancer un regard noir à Rose.

Quelques minutes plus tard l'attrapeur sortit.

— Scorpius ! Rose sauta sur Scorpius, puis se ressaisit rapidement. Albus lui envoi un signe de la main, et se décida à tenir debout.

— Quel accueil ! répondit-il avec un sourire.

Avec ses amis proches, il était plus enclin à se lâcher sur les émotions. C'était comme sa seconde famille.

Sans surprise, la famille Malefoy était assez froide sur les sentiments, les émotions, une exception faite pour sa mère de temps en temps. Donc, si la définition de la famille était de pouvoir librement échanger des émotions, Albus et Rose était donc sa première famille.

Rose tenait tout à coup un air grave, et cela inquiéta immédiatement Scorpius qui ne savait plus où donner de la tête.

— Scorpius, on est là pour te rappeler le reste de la journée. Et aujourd'hui, tu te changes les idées. Plus de sport, pas de devoir, pas de bibliothèque, pas de tâches de préfet.

Scorpius en ignora les raisons, mais il sourit de plus belle.

— Si tu retires tout çà, il reste plus grand chose à faire à Poudlard….

— Par chance, on est samedi, on t'amène à Pré-au-Lard, continua Albus.

— L'ouverture des grilles est dans pratiquement 5 minutes, et je meurs de faim, répondit Scorpius.

Albus montre son sac des mains, et récita :

— Boisson chaude, fromage frais, fruits, céréales complètes, et une p…, heu non plus de pomme. Bref ! Ton petit déjeuner moldu ! Préparé avec soin par ton meilleur ami.

Rose le soutint du regard.

— Bon ok, c'était préparé par les elfes de maison après qu'on ait vu que tu ne viendrais pas au petit déjeuner, rectifia Albus.

Rose le soutint de nouveau du regard.

— Et c'est Rose qui a demandé aux elfes… , re-rectifia Albus.

Famille ou amis, peu importe le nom, Scorpius se dit que les personnes force d'initiative pour vous sans qu'on se doute de la moindre chose sont rares dans la vie.

oOo

— Deux biéreaubeurres ? lança la serveuse.

— Heu…

— Deux chocolats chauds, répondit Rose.

Scorpius remercia Rose avec un sourire.

Rose connaissait le goût de Scorpius pour les bières. Mais c'était trop pour lui. Ils avaient visité la moitié de la ville, et la fatigue l'avait rapidement rattrapé. Ils décidèrent alors d'une pause aux trois balais. Albus continua la visite au magasin de farces et attrapes d'oncle Georges.

Il regarda les sacs de confiseries, de vêtements, d'articles de quidditch posés sur la banquette.

— Tu as vraiment acheté tout çà ? lança Scorpius.

— Scorpius, avoir une grande famille, c'est la chance de pouvoir gâter tout le monde, surtout les petits.

Scorpius sourit. Rose était pareille qu'avant, mais elle avait changé en même temps. Elle était plus détendu, moins sur ses gardes, et se confiait beaucoup plus à lui qu'auparavant à travers ces petites phrases simples.

— Je ne sais pas si je vais pouvoir tout porter sur le chemin du retour, lança Scorpius avec un air taquin.

— Ne t'en fait pas, j'ai l'autre partie de la famille pour ça, répondit Rose.

— Les 'grands', compléta Scorpius avec un sourire.

Les deux chocolats chauds arrivèrent. Rose remercia chaleureusement la serveuse.

— Tu veux me parler de ce matin ? lança Rose.

— Quoi donc ? répondit-il sincèrement.

— Scorpius, …

— Ah ce matin …, il comprit immédiatement.

— Erreur d'emploi du temps, répondit-il avec nonchalance.

— Scorpius, tu peux sortir cette excuse à Al, mais pas à moi.

Scorpius réfléchit un moment. Il décida de ne pas cacher la vérité, et de dire les choses.

Mais exprimer clairement son état, ses pensées était compliqué.

Alors, il fit très simple.

— Je suis fatigué. J'ai du mal à me concentrer. Je supporte moins l'idée de te perdre…

— De quoi parles-tu ?

Scorpius ferma et yeux, se pris la tête dans ses mains, souffla. Il continua.

— Depuis l'accident, je suis moins attentif. Je commence à avoir de mauvais résultats. Je pense limite être en burn-out. J'ai beau faire tout de manière logique. Rien ne va.

— Scorpius, … tu a peur de me perdre ?

Scorpius réalisa ce qu'il venait de dire.

— Scorpius, tu te mets trop la pression. Donne-toi du temps libre. Répondit-elle chaleureusement.

Elle lui prit la main pour le rassurer.

— Aussi, pourquoi tu me perdrais ? Je n'ai aucunement l'intention de te laisser tu sais.

Elle connaissait Scorpius avec plus d'humour, moins de peur. Il avait changé.

— Rose, je ne suis pas dupe. Je suis toléré par ta famille parce que je suis l'ami d'Al. Je ne suis pas accepté pour autant, et je le serais encore moins en tant que petit ami.

Rose se félicita d'avoir abordé son comportement. Il aurait gardé ça pour lui pendant une éternité. Elle était également reconnaissante envers Scorpius. Il lui avait ouvert ses pensées, il partage aussi bien ses pensées positives, que négatives. Elle se dit immédiatement que leur relation était solide, il y avait de la confiance, il n'y avait pas de secret entre eux.

Rose esquissa un sourire et caressa du pouce la main stressé de Scorpius.

— Scorpius, je ne suis pas de ton avis. Tout d'abord, tout le monde t'a accepté. Grand-mère Molly t'adore, et Harry te taquine gentiment à chaque fois qu'il te croise. Depuis la guerre, ton père est quelqu'un de respectable, et ta mère est charmante. Et moi, je pense qu'au contraire, dès que tout le monde saura que je t'ai choisi toi, tu seras au-delà d' « accepté », tu seras de la famille.

Il écouta chacun des mots de Rose, et essaya de restituer les phrases une à une. Avant qu'il termine, elle continua.

— D'ailleurs, une personne est déjà au courant, et elle est plutôt heureuse pour nous. Ce n'est pas une preuve çà ? elle finit sa phrase de façon détendu en portant sa tasse de chocolat aux lèvres pour souffler dessus.

Scorpius porta toute son attention sur la dernière phrase.

Avant qu'il put la questionner d'avantage, James, Lily et Albus arrivèrent, avec fracas en posant leurs sacs sur les chaises.

— Serpentard se nourrit au chocolat chaud maintenant ? Si Salazar voyait çà ! lâcha James.

L'humour de James changea immédiatement l'atmosphère, une ambiance bonne enfant s'était installée.

Tout en discutant, Scorpius continua à assembler lentement les informations de Rose. Il se répéta que quelqu'un l'avait accepté, et était même heureux pour eux, et Rose en semblait heureuse également. Scorpius se détendit, sourit, et récupéra son humour.

Rose le regarda, et sourit derrière sa tasse.


Alors ? Scorpius est rassuré maintenant ! Mais ce n'est pas si simple…la suite arrive bientôt…

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Mes sincères remerciements à DelfineNotPadfoot pour ses précieuses remarques, je les applique du mieux que je peux.

Oscar.