Chapitre 4 :
Momo commença son entrée en s'inclinant devant ses hôtes d'un mouvement gracieux.
- Je suis honorée d'être parmi vous ce soir, déclara-t-elle d'une voix douce. J'espère être à la hauteur de vos attentes.
Tout fonctionnait à merveille. Les regards restaient braqués sur elle. Son apparence lui donnait un petit air angélique qui ne pouvait laisser indifférent. Un petit gout de paradis interdit. Encore plus exaltant quand on savait que ce rôle n'était pas une illusion, mais bien la vraie personnalité de la jeune femme.
Avant que l'attention ne se dissipe, Nanao s'empressa de continuer leur petit numéro :
- Notre chère Hinamori va réaliser quelques chorégraphies si vous le permettez, déclara-t-elle.
On lui présenta deux éventails blancs avec quelques motifs dorés assez simples. Momo les prit délicatement et se mit en position. Les premières notes du shamisen résonnèrent et les mouvements suivirent naturellement.
Le stress n'avait cependant pas quitté sa poitrine. Elle remercia son corps de fonctionner en automatique car sa tête était incapable d'engendrer une pensée cohérente.
Elle avait atteint les trois quarts de la danse, et aucune faute n'avait été commise. « Elle pouvait y arriver ! », se dit-elle encouragée.
De temps à autre, des applaudissements et exclamations résonnaient quand elle exécutait un mouvement un peu plus compliqué ou esthétiquement intéressant. Ses joues rosissaient un peu devant tant d'attention, mais le fond de teint le masquait. Momo aurait presque pu trouver le moment amusant, si ces personnes n'étaient pas des clients.
Malheureusement, un mouvement sur le côté réussit à distraire une seconde son attention. Son éventail trembla dangereusement, mais Momo réussit miraculeusement à ne pas le lâcher. Rangiku et Nanao l'auraient probablement remarqué. Mais tout cela devrait attendre.
Momo aperçu l'origine de son trouble : un homme venait de rentrer dans la pièce. Il ne prit pas immédiatement place avec ses amis et resta sur le coté à la regarder. Grand, brun avec des lunettes, il portait lui aussi le fameux haori blanc distinctif des capitaines.
« Il dégageait vraiment une aura particulière », nota-t-elle avant de se maudire de son inattention. Un dernier mouvement, et elle s'inclina pour terminer la danse.
Les applaudissements fusèrent et Momo remercia humblement l'assemblée. Nanao s'approcha d'elle et récupéra les éventails. D'un discret mouvement, elle murmura à l'oreille de son amie :
- Va t'occuper de l'homme qui vient de rentrer. C'est le capitaine Aizen.
Elle hocha la tête et se rapprocha de l'intéressé. « Aizen », elle espérait avoir entendu correctement. Commencer une conversation en se trompant de nom aurait fait très mauvaise impression.
- Capitaine Aizen, l'interpella-t-elle avec un sourire qui se voulait charmant. Ravie de vous voir parmi nous, je vous en prie, veillez-vous joindre à nous.
Il la salua à son tour, et se laissa guider vers le centre de la salle. Il s'assit non loin des deux autres capitaines après les avoir salué de la tête.
- Aizen ! S'exclama Kyoraku. Ravi de te voir parmi nous !
- Le plaisir est partagé Capitaine Kyoraku, lui répondit Aizen en terminant d'ajuster ses vêtements autour de lui.
Momo se pencha au-dessus de son épaule.
- Puis-je vous proposer quelque chose à boire ? Demanda-t-elle.
- Du thé, merci. Je vous laisse le choisir pour moi.
Elle opina et s'éloigna une seconde pour attraper une théière et une tasse. Elle avait pris un thé vert qu'elle affectionnait particulièrement et espérait que son choix plairait à son client. Elle proposa ensuite la tasse à Aizen avec un grand sourire, qui la remercia.
« Il était très poli », remarqua Momo. Et maintenant qu'elle avait pu l'approcher de plus près, elle comprit mieux pourquoi son aura l'avait perturbée. L'énergie spirituelle des capitaines étaient différentes de celle d'un shinigami classique. Plus concentrée. Plus dangereuse. Ces personnes habillées de blanc étaient très puissantes. Les plus puissantes qu'elle avait eu l'occasion de croiser. Et un sentiment d'admiration et de curiosité émanait au fin fond de la jeune femme. Elle s'assit avec douceur à côté de son hôte, suffisamment proche pour que leurs épaules se touchent presque et elle regarda l'homme à sa droite avec une fascination nouvelle.
- Je ne crois pas vous avez déjà rencontré auparavant, dit-t-il, brisant sa rêverie. Je vous aurez probablement remarqué.
- N-Non en effet, capitaine Aizen, répondit-elle, sensible au compliment caché et espérant que le fond de teint suffirait à camoufler le second rougissement de la soirée. Je me prénomme Momo Hinamori. Je viens à peine de terminer ma formation. Vous venez d'assister à ma première présentation.
- Et j'en ai malheureusement loupé une partie, répondit-il, semblant attristé. Il faudra me montrer à nouveau votre danse la prochaine fois.
« Avec plaisir », pensa-t-elle tout d'abord, puis notant qu'il attendait une réponse d'elle à vive voix, elle répondit honnêtement :
- Je me ferai une joie de danser pour vous.
Le sourire de la jeune femme semblait tellement sincère qu'il aurait probablement perturbé n'importe quel homme. Aizen lui sourit à son tour et bu une partie de son thé.
- De quelle division êtes-vous le capitaine ? Continua Momo intéressée.
En tant que hôtesse, il fallait qu'elle entretienne la discussion le plus possible et qu'elle aborde en priorité des sujets en rapport avec son client. La nature humaine était souvent narcissique, lui avait-on dit.
- De la cinquième division, répondit-il. J'en étais initialement le lieutenant et j'en ai pris la direction après le départ de mon ancien capitaine il y a de nombreuses années déjà.
Piquée par la curiosité, Momo fut tenter de demander la cause de son départ, mais eut peur d'aborder un sujet triste ou délicat. Elle changea donc de direction :
- Vous venez souvent ici ? Continua-t-elle.
- A chaque fois qu'un ami me force à venir, répondit-il amusé en regardant Kyoraku.
Celui-ci se sentit immédiatement visé et prit sa défense :
- Ne l'écoutez pas ma chère ! Il est ici complètement de son plein gré, et se sert de moi comme excuse.
Aizen eu un léger rire mais ne plaida pas le contraire. Momo observa l'homme. Il n'avait pas le rire puissant de Kyoraku. Il était d'une discrétion et d'un calme apaisant qu'elle n'avait jamais vu auparavant, mais associé à une aura puissante qui la maintenait timide face à lui. Un vrai mystère pour elle.
- Si vous ne venez pas pour le capitaine Kyoraku, j'espère que vous viendrez pour moi alors, osa ajouter Momo en rigolant à son tour.
Ce genre de répliques ne lui seraient probablement jamais venu naturellement sans sa formation et Momo trouva qu'elle sonnait un peu faux. Mais cela ne sembla pas choquer ses clients.
- Tu entends cela, Aizen ? Intervint le capitaine Ukitake amusé. Je pense que tu seras plus sensible au charme de cette jeune fille qu'à celui de Kyoraku. Même si je ne dénie pas le sien.
- Il est évident qu'elle est plus charmante que notre ami ici présent, se contenta de répliquer Aizen.
- Non mais vous deux, comment osez-vous me taquiner ? rétorqua Kyoraku avec une mine faussement choquée.
Il continua ensuite d'une voix soudainement mielleuse en direction de sa protégée.
- Et toi Nanao ? Tu trouves aussi que la petite Momo a plus de charme que moi ?
Nanao fit semblant de les inspecter tous les deux du regard avant de déclarer :
- Je n'ai pas eu la chance de vous voir danser avec des éventails pour pouvoir me permettre de comparer, capitaine, déclara-t-elle finalement avec un petit sourire malicieux, qui disparut aussi soudainement quand elle vit le capitaine récupérer les deux éventails que la jeune femme avait récupérés auprès de Momo plus tôt.
- M-mais, qu'est-ce que vous faites capitaine ? Questionna brusquement Nanao, tentée pendant une seconde de lui reprendre.
- Momo, venez ma chère, s'exclama Kyoraku en lui tendant la main. Vous allez devoir m'expliquer comment tenir ces choses.
Un peu dépassée par la situation mais tout de même amusée, Momo s'aida de la main tendue pour se relever et fit quelques pas sur le côté, récupérant l'un des deux éventails. Elle fit un premier mouvement que le capitaine s'empressa d'imiter de façon exagérée. Les rires fusèrent dans la salle. Le petit jeu dura quelques secondes de plus. Et Kyoraku taquina encore Nanao sur son charme et son talent de danseur.
- Je reconnais que vous marquez beaucoup plus les esprits que notre amie, concéda finalement Nanao.
Et la démonstration de danse s'arrêta là. Après quelques minutes de conversations supplémentaires, Momo s'excusa un instant et alla s'occuper des autres invités. Elle ne pouvait pas se permettre de trop rester avec les capitaines en délaissant les autres, surtout que Nanao était déjà présente avec eux.
Observant un petit groupe de trois personnes, elle décida de se diriger vers eux. Deux d'entre eux étaient en train de converser vivement, faisant de grands mouvements pour décrire une scène. Momo eut une légère envie de faire demi-tour. Mais elle se força tout de même à se joindre à eux :
- J'espère que vous passez une agréable soirée, commença-t-elle. Avez besoin de quelque chose ?
Le plus bruyant, un homme chauve dont les yeux étaient maquillés d'eye liner rouge, se tourna vers elle et cria en désignant son verre vide « Oui, du sake ! ». Momo, encore plus intimidée alla vite chercher une bouteille et s'exécuta rapidement.
- Hey Madarame, tu pourrais être un peu plus poli, remarqua un second homme avec des cheveux rouges et des tatouages sur le visage. Tu ne vois pas que tu l'effraies ?
- Veuillez excuser notre ami, complète le troisième homme. Il n'a aucune connaissance en la beauté et prends cet endroit pour un vulgaire bar.
- Oh Yumichika, répliqua le fameux Madarame visiblement en colère. C'est toi qui m'as dit tout à l'heure que le meilleur sake était dans cet établissement. Alors ne commence pas à nous servir ton discours sur la beauté.
Momo maugréa un « aucun souci, ne vous inquiétez pas » et proposa la boisson à tous ses hôtes qui l'acceptèrent.
- Vous avez vraiment fait sensation tout à l'heure, nota Yumichika à Momo qui le remercia. Il n'y a vraiment qu'ici qu'on peut apercevoir des spectacles d'une telle qualité. Bien sûr, moi-même avec un peu d'entrainements…
Et Momo écouta son monologue narcissique avec un sourire initialement sincère puis de plus en plus forcé au fur et à mesure des minutes. Et ne manqua pas de remarquer les rires des deux autres shinigamis qui devaient probablement la plaindre. Cet homme était la personne la plus égocentrique qu'elle avait vu de sa vie. Et elle était sure qu'il regardait son propre reflet dans les yeux marrons de la jeune femme !
Elle apprit plus tard qu'ils étaient tous les trois à la onzième division et s'appelaient respectivement Ikkaku Madarame, Renji Abarai et Yumichika Ayasegawa. Bien que préférant la compagnie des clients du début, Momo se surprit à rire et à plaisanter avec eux.
Le reste de la soirée se passa sans encombre. Certains shinigamis se révélèrent un peu plus pénibles une fois alcoolisés mais aucun comportement lourd ne fut à déplorer au plus grand soulagement de Momo.
Une fois le dernier invité parti, la jeune femme poussa tout de même un soupir de soulagement. Elle n'avait commis aucune bavure et ses invités semblaient satisfaits. Tout allait pour le mieux.
- Oh non ! Le lieutenant Kira a laissé tomber son insigne de la troisième division sur le sol, remarqua Matsumoto en la ramassant. J'en connais un qui va se faire taper sur les doigts demain, rajouta-t-elle en pouffant.
- Kira ? Questionna Momo. Le blond avec la mèche sur le visage ? Je vois qui c'est. Il est sorti dans les derniers. Donne là moi, je vais essayer de le rattraper, continua-t-elle déterminée.
Elle prit l'objet des mains de Rangiku et couru vers l'extérieur.
- Attends Momo ! La héla Nanao en vain. Tu ne peux pas sortir dehors à cette heure toute seule, c'est dangereux !
Mais la jeune femme avait déjà passé la porte.
« Pour rentrer au Seireitei, ils allaient surement emprunter la porte Nord », pensa Momo déjà à bout de souffle.
Sa tenue n'était pas des plus pratiques pour courir, en particulier ses sandales, dont la semelle était plus haute que les modèles traditionnelles. Mais la jeune femme avait un objectif et se força à maintenir le rythme.
Malheureusement, elle ne croisa pas le fameux Kira sur le trajet jusqu'à la dite porte du Mausolée Noir.
Momo fit la moue devant son échec : tout cela fait pour rien ! Elle n'avait plus qu'à rentrer maintenant. Les rues étaient plus animées qu'au matin mais beaucoup moins qu'en milieu de soirée. Des shinigamis se trainaient par-ci et là, trop ivres pour marcher par eux-mêmes. Leurs supérieures allaient surement les réprimander le matin venant, du moins s'ils arrivaient à se trainer jusqu'à leur division. Les maisons commençaient à fermer, éteignant les lumières de leur devanture au passage, rendant le lieu plus hostile encore.
Se sentant beaucoup moins à l'aise, Momo déglutit et força le pas. Plus vite elle serait rentrée, plus vite elle serait en sécurité. Elle entendit des sifflements approbateurs et des commentaires plus ou moins charmant à son égard, mais elle garda la tête droite, les yeux fixés au loin et les ignora. Elle fit comme un décompte dans sa tête, du nombre de ses pas, comme si le chiffre croissant l'encourageait dans sa progression.
Mais une traction sur la manche de son kimono l'arrêta net. Elle s'apprêta à hurler mais se retint à la dernière seconde. En tournant la tête, elle aperçut un homme, levant les mains devant lui en signe de paix.
- Veuillez m'excuser Mademoiselle ! S'écria-t-il d'un air paniqué. L'une de mes amies s'est blessée en tombant à l'instant. Je crois qu'elle s'est coupée sur du verre. J'aurais besoin de votre aide pour l'amener en lieu sûr.
N'écoutant que son cœur, Momo hocha vivement la tête et intima à l'homme de lui montrer où était l'amie en question. Si elle avait été moins naïve, Momo se serait rendue compte qu'on l'emmenait dans une ruelle un peu éloignée et non éclairée. Elle se serait aussi rendu compte que l'homme n'était pas alcoolisé et aurait pu très certainement porter son amie tout seul. Mais c'est uniquement lorsqu'elle se retrouva dans un cul de sac entourée de trois shinigamis au regard mauvais, que la jeune femme comprit à quel point elle avait pu être bête.
Merci pour votre lecture !
J'ai eu un petit peu de mal avec certains passages dans les conversations. Peur d'être OCC/peu intéressante etc... Mais au final, j'essaye de ne pas trop me prendre la tête et d'écrire comme je le sens. Et si ca plait, tant mieux ^^ N'hésitez pas à commenter et à donner votre avis sur certaines scènes.
J'ai vu cette semaine qu'une personne m'avait mise dans ses favoris. Je la remercie profondément et j'espère qu'elle lira ce chapitre avec plaisir 3
Bon weekend à tous!
