Chapitre 5 :

Momo serra ses poings le plus fort qu'elle le pouvait et essaya d'analyser la situation.

- Je ne vois pas votre amie, constata-t-elle d'une petite voix.

Elle priait pour que tout cela soit un malentendu, qu'une dame allait mystérieusement apparaitre devant elle, ou qu'un des hommes soit blessé, ou n'importe quoi ! Mais ses espoirs furent rapidement réduits à néant.

- C'est un joli morceau que tu nous as trouvé là, déclara l'un d'entre eux, pour l'instant calé contre le mur. Quel est ton nom ma jolie ?

Ils portaient tous les trois des uniformes de shinigamis. Leurs énergies spirituelles ne semblaient pas très puissantes mais ils avaient au minimum terminé leur formation et avaient donc les bases de combat. Momo ne vit pas de zanpakutos à leurs tailles. Ils n'étaient potentiellement pas armés. Un bon point. Mais ils étaient trois contre un. Un mauvais point. Il fallait qu'elle trouve un moyen de fuir et vite !

L'homme sembla contrarié de son absence de réponse et s'approcha d'elle dangereusement. Il devait facilement faire une tête de plus qu'elle.

Momo recula instinctivement, et tapa contre le torse de l'homme qui avait demandé son aide. Celui posa ses mains sur ses hanches et la jeune femme les retira vivement.

- Ne me touchez pas, les intima-t-elle.

Elle aurait voulu que sa voix soit menaçante mais la phrase avait à peine été audible. Elle serra les dents, prit une profonde inspiration et intima à nouveau d'une voix beaucoup plus forte :

- Ne me touchez pas ! Ou vous le regretterez !

Les hommes rigolèrent, visiblement peu inquiets qu'elle attire l'attention. Ils ne devaient pas être à leur premier coup d'essai. Le troisième homme s'était à son tour rapproché de la jeune femme. Elle était désormais encerclée. Sa respiration s'accéléra. Le stress la faisait hyperventiler. Il fallait qu'elle sorte d'ici, et vite !

Elle tenta de s'échapper sur le maigre passage restant entre deux d'entre eux, espérant courir le long de la ruelle et rejoindre la rue principale. Mais une poigne sur son bras gauche la retint et manqua de lui faire perdre l'équilibre. Elle essaye de retirer l'emprise de l'homme sur elle, planta ses ongles le plus possible dans sa main. Mais le deuxième individu lui attrapa le second bras, l'empêchant de se défendre. Les coups de coudes ne les atteignaient pas, ses coups de genoux non plus, d'autant plus qu'elle était gênés par son kimono étroit.

- Lâchez-moi ! Cria-t-elle désespérément.

Les deux hommes la retenaient face au troisième qui portait un sourire narquois sur son visage.

- Et si on s'amusait maintenant ? Proposa-t-il.

La panique prit le dessus sur la rage. Les larmes commençaient à couler le long de ses joues lorsqu'elle sentit ses mains homme desserrer les pans de son kimono, menaçant de dévoiler sa poitrine.

- Je peux savoir ce qu'il se passe ici ? Résonna une voix masculine d'une tonalité grave depuis la ruelle.

Ses agresseurs s'arrêtèrent immédiatement et se tournèrent vers l'origine de la voix. Momo retint sa respiration. Il faisait trop sombre, et la personne devant elle lui cachait la vue, l'empêchant de distinguer son potentiel sauveur. Mais il ne fallait pas louper cette chance !

- S'il vous plait, j'ai besoin d'aide ! Implora-t-elle avant d'être interrompue par une main sur sa bouche.

Ne se laissant pas faire, elle mordit la paume devant elle du plus fort qu'elle put. L'homme poussa un hurlement et jura. Il s'apprêta à la frapper au visage mais la jeune femme disparu brusquement de sa vue. Momo elle-même ne comprit pas ce qu'il s'était passé. Elle avait senti quelqu'un la saisir à la taille et une seconde après, elle se trouvait à deux mètres de ses agresseurs.

- Ce gars maitrise le Shunpo ! S'écria l'un des agresseurs.

Momo pu enfin le dévisager. Il avait des cheveux d'un blanc éclatant, en pics derrière sa tête et dont une mèche cachait une partie de front. Et ses yeux ! Momo n'en avait jamais vu de tels. Le mot turquoise ne leur aurait pas rendu justice. Il lui rappelait la couleur de l'océan qu'elle avait vu il y a bien longtemps lorsqu'elle était humaine. Comme composée de multiples nuances de bleus et de verts. Il semblait jeune. Sa taille ne devait pas dépasser Momo.

L'inconnu relâcha la pression autour de la taille de la jeune fille, vérifiant qu'elle tenait tout de même sur ses deux jambes et se plaça en protection devant elle.

- Reste derrière moi, lui ordonna-t-il du même ton froid et sérieux.

Elle aperçut alors deux choses : un long zanpakuto se trouvait dans son dos, et il portait le fameux haori blanc qu'elle avait aperçu plusieurs fois ce soir. Ce garçon était un capitaine ? S'étonna-t-elle

Cette constatation n'avait pas échappé aux shinigamis en face non plus.

- Capitaine Hitsugaya ?! S'écria l'un d'entre eux visiblement paniqué. Ce n'est pas ce vous croyez !

- Vraiment ? Déclara-t-il, libérant un peu de son énergie spirituelle. Vous n'étiez donc pas en train de l'agresser ?

La température chuta. Ils étaient en juillet, pourtant Momo se crut en plein hiver. Son souffle forma de la vapeur et elle enroula ses bras autour d'elle par reflexe. L'homme aux cheveux blancs fit quelques pas dans leur direction, ne prenant même pas la peine de sortir son zanpakuto de son fourreau. Ses personnes ne seraient pas assez folles pour attaquer.

- Vous allez vous présenter à la prison du Seireitei de suite, continua-t-il. Un rapport sera fait. N'espérez même pas franchir la porte de ma division à nouveau. Et maintenant, dégagez de ma vue !

Les hommes ne se firent pas prier et s'enfuirent. Momo resta interloquée quelques secondes toujours sous le choc puis s'avança vers son sauveur.

- M-Merci infiniment, s'écria-t-elle en s'inclinant. Je-Je n'ose pas imaginer ce qu'il se serait passé si vous n'aviez pas été là…

Il se tourna vers elle, le regard toujours froid.

- Ils appartenaient à ma division. Je m'excuse pour ce qu'il vient de se passer. Je m'assurerai qu'ils soient punis. Etes-vous blessé ?

Momo prit enfin le temps de s'inspecter. Ses bras lui faisaient mal par endroit, mais elle n'aurait rien de plus que des bleus. Elle avait été extrêmement chanceuse. Elle remarqua que le haut de son kimono baillait un peu et le resserra vivement. Il fallait qu'elle se douche aussi. Elle se sentait terriblement sale.

- Je vais bien, le rassura-t-elle. Encore merci.

Il hocha la tête et se rapprocha d'elle. Ils étaient en effet de la même taille. Ses cheveux blancs la dépassant peut être de un ou deux centimètres. Quel âge pouvait-il avoir ? Etait-il réellement capitaine ?

- Je vais vous raccompagner. Où habitez-vous ? Demanda-t-il.

- A la maison Shiba, lui expliqua-t-elle un peu plus rassurée. Ce n'est pas très loin d'ici.

Jamais de la vie, elle n'aurait pensé utiliser les banalités d'usage du style « ça ira merci ». Il n'était pas question qu'elle pose un pied dans ce quartier seule la nuit une nouvelle fois.

L'homme fronça les sourcils un instant.

- Vous ne seriez pas du même endroit qu'une certaine Matsumoto ? Lui demanda-t-il.

- Oh, oui en effet, s'étonna-t-elle. Vous la connaissez ?

- A peine, maugréa-t-il. Cette femme est une vraie plaie, crut-elle l'entendre ajouter.

Elle ne le questionna pas davantage à ce propos. Le reste du trajet se passa dans le calme complet. Les gens s'écartaient en voyant l'homme avec elle. Il ne devait pas avoir très bonne réputation, se dit-elle pensive.

Inconsciemment, elle ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil dans sa direction tout du long. Ses cheveux la fascinaient. Ils avaient l'air si doux, et leurs couleurs lui rappelaient la neige. Aurait-elle la même sensation en les touchant ? L'envie ne la quittait pas, mais elle risquait probablement d'y perdre sa main en essayant, donc elle se contenta de les admirer.

Elle reconnut soudainement son lieu de vie.

- Nous y sommes, constata-t-elle. Je vous suis infiniment reconnaissante pour ce qu'il vient de se passer.

Elle marqua un temps de pause puis continua :

- Si-Si jamais vous voulez passer un soir ici, n'hésitez pas. Je m'arrangerai pour que vous n'ayez rien à régler.

Il haussa un sourcil et sembla chercher ses mots un instant.

- Je…ne suis pas intéressé par ce genre de proposition, répondit-t-il .

Le choix des mots avait été poli, mais Momo s'aperçut instantanément de ce qu'il avait cru comprendre, et s'empourpra.

- Je parlais de thé évidemment ! S'exclama-t-elle brusquement.

- Bien entendu, rétorqua-t-il, un micro sourire au coin des lèvres. Je vais prendre congé dans ce cas.

Il commença à s'éloigner et Momo se souvint brusquement d'un détail important.

- Excusez-moi ! S'écria-t-elle. Je-je ne vous ai pas demandé votre nom.

Il se tourna face à elle, l'inspectant un instant.

- Je suis le capitaine de la dixième division : Hitsugaya Toshiro.


- Momo ! S'écria Matsumoto en la voyant rentrer. Où étais-tu passée ? As-tu la moindre idée de la peur qu'on a eue ?!

Elle inspecta la jeune femme de la tête au pied et nota ses cheveux un peu défaits mais surtout les hématomes pourpres sur les bras. Elle poussa un petit cri de stupeur et l'entraina dans sa propre chambre.

- Il faut appliquer de la crème dessus si tu ne veux pas que ça reste plusieurs jours, expliqua-t-elle. Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?!

Momo commença à raconter les évènements. Elle se rendit compte à quel point sa gorge se serrait en évoquant ses agresseurs et préféra ne pas rentrer dans les détails. En mentionnant le nom de son sauveur, Matsumoto paru surprise.

- Capitaine Hitsugaya ? S'étonna-t-elle. Décidemment, tu es plus que chanceuse. Ce n'est clairement pas le genre de personne à trainer dans ce quartier.

- Tu le connais ? S'enquit Momo. Elle voulut en apprendre davantage sur ce fameux garçon aux cheveux blancs.

Matsumoto réfléchit un instant, tout en traitant les bras de Momo.

- Assez peu, avoua-elle. Il est déjà venu avec d'autres capitaines. C'est quelqu'un d'assez discret. Mais très marrant à taquiner ! Je ne crois pas qu'il m'apprécie énormément, continua-t-elle en un petit rire. Mais c'est quelqu'un de bien.

Elle termina ses soins et se releva.

- Laisse agir une petite demi-heure avant d'aller te doucher pour que le produit ait le temps d'agir. On discutera de la soirée demain. Assez d'émotions pour ce soir.

Momo hocha la tête et se remémora un détail.

- L'insigne de Kira ! Avec tout ça, je n'y pensais plus. Je n'ai pas réussi à le trouver…

Elle avait fait tout ça pour rien, déplora-t-elle tristement.

- Donne-là moi, répondit Rangiku en tendant la main. Un ami de la troisième division passe me voir demain après-midi. Je lui transmettrai.

- Un ami ? Rétorqua Momo intriguée en lui donnant l'objet.

- Je t'en ai parlé une fois je crois, c'est la personne avec laquelle j'ai grandi au Rukongai, expliqua-t-elle. Il n'est pas du genre à venir le soir avec d'autres shinigamis mais il passe occasionnellement me voir les après-midi. Il est assez mystérieux, avoua-t-elle.

Et elle sortit de la pièce avant que Hinamori n'ai eu le temps d'en savoir plus.


Le lendemain matin, Momo reprit encore une nouvelle douche. Elle avait beau se frotter la peau jusqu'à se transformer en écrevisse, elle avait toujours cette impression de dégout sur elle. Elle avait mal dormi. De jolis cernes avaient pris place sous ses yeux. Il faudrait probablement doubler la quantité de fond de teint à cet endroit-là ce soir. Les clients n'apprécieraient probablement pas le style « zombie ». Poussant un soupir, Momo sortit de la douche et passa une serviette autour d'elle. Le produit de Matsumoto était plutôt miraculeux. Les marques sur son corps étaient déjà plus proches du jaune que du bleu. Elles ne seraient probablement plus là demain. Une bonne nouvelle.

Elle enfila un kimono simple et aller rejoindre les autres filles. Les clients venaient essentiellement le soir. Généralement une ou deux filles restaient « de garde » les après-midi pour servir de thé aux quelques passants en quête d'un peu de quiétude. Ce n'était pas au tour de Momo ce jour-là. Elle s'installa aux cotés de Rangiku et Hotaru. Cette dernière avait fait ses débuts quelques mois auparavant.

Matsumoto profita de la présence de Momo pour lui faire son rapport de la soirée :

- Globalement, nous sommes plutôt satisfaites, la rassura-t-elle. Il y a quelques petites erreurs sur la danse et tu manques encore de conversation et de confiance en toi. Mais j'ai l'impression que tu as été appréciée.

La nouvelle rassura Momo qui se détendit enfin.

- Mais ne te repose pas pour autant. La suite risque d'être encore plus difficile, l'averti-telle.

Elle acquiesça et termina son repas.

Matsumoto n'avait pas menti. Les prochains jours furent assez différents de sa première soirée. Les gens ne restaient pas plus d'une heure ou deux sur place et changeait ensuite de maison. Elle eut du mal à mémoriser des visages tellement elle rencontra de personnes différentes en peu de temps. Certains clients étaient plus agréables que d'autres. Si elle prenait plaisir à discuter d'art et de sujets divers avec quelques hommes charmants, elle dû se rendre compte que la majorité des personnes ici ne voyait en elle qu'une distraction ou un fantasme. Elle reçut très rapidement des demandes qui la mettaient mal à l'aise. Et elle s'évertuait à les refuser de façon élégante comme Rangiku lui avait enseignée. Certains hommes en rigolaient, tout à fait conscients des limites, mais d'autres partaient si rapidement après son refus qu'elle eut plusieurs fois peur d'être convoquée par la maitresse de maison. Ce qui n'arriva pourtant pas à son plus grand soulagement.

- Tu es ici pour faire la conversation, le spectacle et le service, la rassura Matsumoto un soir. Et ils le savent très bien. Mais beaucoup de filles du coin proposent autre chose alors ils tentent à chaque fois. Reste sur tes positions. Le mot finira par tourner et on t'embêtera de moins en moins.

Ce qu'elle espérait être le plus tôt possible, pensa Momo en souriant à l'homme qui venait de poser pour la quatrième fois sa main sur la jambe de la jeune femme. On servait des brochettes de bœufs ce soir-là et Momo s'imagina tellement de fois enfoncer l'un des pics à travers la paume de son client qu'elle en eut presque peur qu'il arrive à lire dans ses pensées. Elle lui tendit une nouvelle coupe de saké qu'il prit à deux mains, le forçant à retirer celle à l'origine de l'inconfort de la jeune femme.

Presque un mois s'était écoulé depuis ses débuts. Elle n'avait pas revu le capitaine Hitsugaya à son plus grand regret. Elle aurait pourtant apprécié lui parler à nouveau. Nanao, en l'entendant évoquer ce sujet une fois lui promis de demander au capitaine Kyoraku d'inviter son collègue lors de sa prochaine venue. Mais elle nota avec regret la fois d'après que seul son ami aux longs cheveux blancs avait pris part à la soirée suivante…

Quel fut donc pas sa surprise lorsqu'un après-midi, alors qu'elle pratiquait le dessin dans un carnet depuis sa chambre, une jeune fille en formation vint à sa rencontre.

- Momo, l'interrompit-t-elle. Un jeune homme veut te voir.

Elle fronça les sourcils. Les rencontres en tête à tête était destinées aux clients de longue date. Et Momo n'était clairement pas là depuis assez longtemps pour en avoir.

- Il m'a dit que vous aviez une faveur envers lui. Je crois qu'il s'appelle Hitsu…Hitsugaya ?

- Avec des cheveux blancs et des yeux verts ? S'enquit Hinamori immédiatement.

- O-Oui, bafouilla-t-elle surprise par le comportement de son ainé.

Oh mon dieu ! Il était enfin venu la voir ! Elle regarda un instant sa tenue. Elle était présentable, son kimono bleu était simple mais élégant. En revanche ses cheveux étaient simplement peignés et elle n'était pas maquillée. Elle se tourna à nouveau vers sa cadette.

Vérifie qu'il n'y a personne et fais-le rentrer dans la petite salle avec les décorations murales en forme de cerisier. J'arrive dans une minute !

La jeune femme hocha la tête et disparu. Momo couru vers sa commode. Trop tard pour faire un chignon, elle garderait les cheveux lâchés. Elle positionna juste une barrette décorative sur le côté de sa tête. Celle-ci était en strass blancs, formant comme une branche avec deux petites fleurs au milieu. Elle se maquilla légèrement les yeux et la bouche, lissa son kimono d'un geste rapide avec ses mains et se dirigea vers la fameuse salle. Prenant une profonde inspiration, elle ouvrit la porte et alla à la rencontre du jeune capitaine.


J'ai adoré écrire ce chapitre ! Je ne pensais pas le publier aussi vite xD

J'ai pleins d'idées d'interactions futures entre Momo et Toshiro. A chaque fois que je vais me promener en campagne, je teste des idées de conversations dans ma tête et je les note sur le téléphone pour ne pas les oublier. Je suis curieuse de voir comment tout cela va évoluer!

Bonne fin de weekend à tous !