Bonjour ! On va faire simple : j'ai rejoué à Skyrim, j'ai encore surkiffé – parce que c'est un The Elder Scrolls donc c'est génial – et ça m'a donné envie d'écrire une fanfic dessus. J'ai aussi déjà écrit un OS appelé Des étrangers à Blancherive qui est une sorte de « prologue » mais vous n'avez pas besoin de le lire pour comprendre cette histoire, je reprends tout depuis le début dans ce premier chapitre.


Chapitre I

L'élève de l'Académie

Vifazur 4E 198

De toutes les châtelleries de Bordeciel, celle de Fortdhiver était considérée comme la plus inhospitalière et désolée de toutes parce que contrairement à ses voisines – la châtellerie d'Estemarche et la châtellerie du Clos –, elle ne possédait aucune ville réellement importante depuis que Fortdhiver, ancienne capitale de Bordeciel, avait été pratiquement réduite à néant suite au Grand Ravage en 4E 122. De cette belle capitale ne restait que quelques commerces, des habitations presque désertées et la célèbre Académie, seul édifice ressorti intacte de cette catastrophe naturelle et tout ceci ne faisant qu'accentuer la rudesse de la châtellerie, sa désolation, ses bêtes féroces et ses blizzards si récurent.

C'était à se demander comment une contrée pareille ait pu un jour être conquise et habitée. L'explication résidait en un seul mot : Nordiques. Seuls des Nordiques capables de résister au froid meurtrier du nord-est de Bordeciel auraient pu avoir une telle idée.

Aldaril troisième du nom – même si personne ne l'appelait Aldaril III parce que c'était ridicule, tout simplement – partageait cette opinion considérant que Fortdhiver n'avait rien d'accueillant – un fait si évident que même la plupart des Nordiques étaient de cet avis. Pour sa part, il n'avait pas le moindre sang Nordique dans ses veines et bien qu'il vivait dans cette châtellerie depuis trois ans, il ne s'était jamais habitué à ses températures glaciales qui lui faisaient regretter la fraîcheur relativement clémente de la province de Cyrodiil.

Son compagnon de voyage, lui, ne paraissait nullement dérangé par la tempête de neige autour d'eux pendant que le chariot qu'ils avaient loué les rapprochait de plus en plus de la ville dévastée. Il paraissait presque s'en réjouir, se délectant de son désarroi et son impuissance contre les éléments naturels.

Tharsten était un Nordique et comme tous les siens qui vivaient en Bordeciel, le froid ne le dérangeait pas vraiment.

Le natif du nord aux longs cheveux blonds croisa les bras avec satisfaction, se contentant très bien de la tenue bleue des Sombrages qu'il portait et jeta un sourire narquois à son compatriote.

« Hé bien, elfe ? Vous supportez mal le froid ? Dans ce cas, quelle idée d'être venue en Bordeciel ! Vous auriez dû rester dans l'Archipel de l'Automne.

— Pourquoi les Nordiques supposent-ils toujours que tous les Altmers viennent d'Alinor ? râla son interlocuteur. De plus, oui j'ai froid parce que contrairement à une certaine race d'êtres barbares, les elfes ne sont pas immunisés aux températures glaciales.

— Humph, c'est la preuve que vous ne devriez pas être ici. Vous et vos semblables devriez retourner dans vos provinces chaudes et laisser Bordeciel tranquille.

— Ne vous en faites pas pour ça. Dès que j'aurais fini ma formation, je ne m'attarderai pas dans votre province gelée et sauvage et je retournerai chez moi, à Skingrad. Il y fait bien plus bon vivre. »

Le Haut-Elfe et le Nordique se foudroyèrent du regard et ne dirent plus rien, leur silence se faisant aussi glacial que le temps autour d'eux jusqu'à ce que leur cocher, mis mal à l'aise par leur mutisme ou n'ayant pas remarqué la tension entre ses deux clients, leur cria pour se faire entendre à travers le blizzard :

« Il est étrange de voir un Haut-Elfe et un Nordique voyageant côte à côte ! Qu'est-ce qui vous amène à Fortdhiver ? Vous vous rendez à l'Académie ?

— Tout juste ! clama Tharsten d'un ton plus chaleureux, heureux de ce changement de conversation. L'elfe et moi sommes dans un sacré pétrin et pour une fois, il paraîtrait que la magie pourrait nous aider avec notre soucis. Enfin, je n'y crois pas trop mais comme l'elfe étudie là-bas…

— Si vous voulez un conseil, n'ayez pas trop d'espoir. Vous savez comme moi combien la magie, ça attire plus de problèmes que ça n'en résout. Dans quoi vous êtes-vous embarqué pour que ce soit la magie qui puisse être la solution ?

— Oh, pas grand-chose. Nous nous sommes fait piégé par des Princes Daedras qui s'ennuyaient fermement et qui se sont dit qu'il serait amusant de forcer un Nordique et un Haut-Elfe à se côtoyer en leur jetant une malédiction qui fait que si l'un meurt, l'autre aussi. »

Le cocher éclata de rire.

« Vous avez une imagination débordante ! Vous devriez être conteur ou barde, vous savez ?

— Sauf que je n'invente rien. »

Leur conducteur fit volte-face en une fraction de secondes, dévisageant Tharsten avec un regard encore plus pâle que la neige les entourant.

« Vous… Vous êtes sérieux ?

— Absolument. »

Le cocher déglutit et se retourna, se penchant en avant comme pour s'éloigner de ses passagers.

« Par Talos… Des Princes Daedras ? Je ne veux pas être mêlé à tout ça ! »

Tharsten eut un sourire moqueur mais ne dit rien et le silence retomba une nouvelle fois sur la charrette. Heureusement pour tout le monde, la ville de Fortdhiver – et surtout les structures de l'Académie – était enfin visible et ce voyage touchait à sa fin.

. . .

Aldaril et Tharsten ne s'attardèrent pas un instant en ville et s'engagèrent vers le pont permettant d'accéder à l'Académie de Fortdhiver. Entre-temps, le blizzard s'était arrêté et permettait, en cette belle journée, d'admirer l'architecture de l'Académie dans toute sa splendeur sous le soleil de ce mois de Vifazur. Aldaril accueillit ce changement de température avec plaisir : en prévision à son retour à l'Académie, il s'était revêtu de sa robe de spécialiste, qui n'offrait que très peu de protection contre le froid et en l'absence de neige, il avait ôté sa capuche et attaché ses cheveux roux en une haute queue de cheval, une coiffure propre aux elfes.

En traversant le pont – dont un passage partiellement détruit qui le rendrait très étroit –, Tharsten eut les yeux rivés sur l'imposant fort en pierre.

« Je n'étais jamais venu à Fortdhiver mais il s'avère que les rumeurs à sont sujets sont vrais : le lieu est complètement désolé, mais ça ne fait que rendre l'Académie plus resplendissante – même si ça reste un repère de mages. C'est même… étrange, que cet endroit soit si splendide alors que tous les alentours ont été dévastés par le Grand Ravage. »

Aldaril leva les yeux au ciel.

« Toujours les mêmes reproches ? Les Nordiques sont vraiment tous les mêmes. Si vous réfléchissiez deux minutes, vous pourriez comprendre pourquoi ce lieu a été épargné. Il est en hauteur, clairement fait de matériaux plus solides que probablement tous ceux dont les bâtiments de Fortdhiver étaient construits et est protégé par des mages, dont de très nombreux qui excellent dans leur domaine. Que vous faut-il de plus ? »

Tharsten fit la moue, toujours sceptique. Aldaril décida de ne pas insister et les deux visiteurs pénétrèrent enfin dans l'enceinte de l'Académie, dans la cour où trônait la statue de Shalidor devant un puits magique.

« Elle est pas mal, cette statue, reconnu Tharsten. Presque aussi imposante que celle de Talos à Blancherive – presque. Mais sinon, c'est qui ?

— Q-quoi ? »

Intrigué par le bégaiement de l'elfe, Tharsten se tourna vers lui. Cela lui fit frôler la crise cardiaque quand il se retrouva nez à nez avec Aldaril, qui le fixait d'un air incrédule.

« Vous ne savez pas qui est Shalidor, l'Archimage ?

— Shalidor ? Non. Jamais entendu parler.

— QUOI ? SHALIDOR, LE PLUS GRAND DES MAGES, LE CRÉATEUR DU LABYRINTHE – que je rappelle est situé dans VOTRE province nordique –, L'HISTORIEN DE RENOM QUI A FONDE L'ÎLE D'EYÉVÉA ET…

— Ha ! Aldaril ! Je me disais que je reconnaissais votre douce voix. »

Aldaril se tut brusquement et Tharsten put ôter ses mains plaquées sur ses oreilles pour l'empêcher d'être sourd avant même ses vingt ans. Ils se tournèrent vers celui venant de les interrompre : un apprenti mage de l'académie, comme le laissait comprendre sa tenue et le capuchon qui couvrait une partie de son visage.

« Nous commencions à nous inquiéter de votre disparition, déclara l'apprenti en souriant. Cela fait une semaine que vous êtes parti comme un voleur sans dire quoi que ce soit à quiconque. Nous commencions à imaginer le pire, Brelyna et moi.

— Vraiment ? s'étonna Aldaril. Toutes mes excuses dans ce cas, ce n'était pas mon intention. Disons que… j'étais pressé. Il me fallait faire quelque chose qui ne pouvait pas attendre.

— Nous l'avons compris et ne vous en faites pas pour ça. Vous nous raconterez tout cela ce soir, au souper. »

Il se tourna vers Tharsten.

« Vous avez amené un ami ? Ravi de vous connaître. Je suis Onmund, un apprenti de l'Académie mais ça, je suppose que vous l'aviez deviné. »

Il ne sembla pas remarquer comment Tharsten et Aldaril grimacèrent en coeur à la mention du mot ''ami''. Avant que le Nordique ne puisse se présenter, Aldaril intervenu :

« Il n'est pas vraiment venu ici pour une visite de courtoisie. Moi non plus par ailleurs.

— Que voulez-vous dire, Aldaril ? Vous ne reprenez pas vos cours ?

— Pas encore. Comme je vous l'ai dit, j'ai plus urgent à faire. Je suis passé pour obtenir quelques renseignements auprès de l'Archimage. »

Sous sa capuche, le visage d'Onmund s'assombrit. Il fronça les sourcils et jeta un coup d'œil autour de lui d'un air suspicieux.

« Vous voulez parler à Savos Aren ? Si je peux vous donner un conseil, faites attention à ce que vous dites. Depuis quelques temps, les murs ont des oreilles.

— Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? intervenu Tharsten, confus. Vous avez des traîtres, dans l'Académie ? »

Aldaril, lui, adopta la même posture méfiante que son confrère magie.

« C'est Ancano qui fait des siennes ? devina-t-il.

— Oui, confirma Onmund. Ces temps-ci, il… se montre assez insistant pour que l'Archimage et le Maître-Mage lui donnent le plus d'informations possibles sur les agissements de l'Académie. Je pense que les fouilles actuellement entreprises à Saarthal doivent y être pour quelque chose. Il doit croire que nous recherchons quelque chose de spécifique qui serait utilisé contre le Domaine Aldmeri.

— Le Domaine Aldmeri ? répéta Tharsten. Quel est le rapport avec ces maudits Haut-Elfes ?

— Oh, c'est vrai que vous n'avez jamais vu Ancano, vous. Hé bien même s'il affirme n'avoir aucun lien avec eux…

— Onmund, prévenu Aldaril, ne dites plus…

— C'est un membre du Thalmor.

— … rien.

— QUOI ? »

Sous les regards exaspéré d'Aldaril et perplexe d'Onmund, Tharsten tira son épée de son fourreau avec rage, scrutant les alentours.

« Où est-il ? Où est ce fichu membre du Thalmor ? Je vais lui faire la peau, par Talos ! »

Il partit aussitôt, fonçant droit devant lui, vers les portes derrière la statue de Shalidor, menant à la Salle des élément. Onmund le suivit du regard avant de se tourner vers son confrère.

« Qu'est-ce qu'il vient de se passer ?

— Vous venez d'avoir un aperçu du caractère farouche et insupportable d'un Nordique dans toute sa splendeur, déclara Aldaril avec lassitude. Vous devriez vraiment vous considérer comme chanceux de ne pas être comme vos semblables, Onmund. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je dois empêcher ce maudit Nordique de créer un incident diplomatique majeur avec le Domaine Aldmeri. Nous méprisons tous Ancano mais notre aversion envers lui n'est pas une raison suffisante pour justifier son meurtre. »

. . .

Comme le craignait Aldaril, l'incident diplomatique fut évité de justesse : il courut jusque dans la Salle des éléments où Tolfdir – maître dans la magie d'altération – discutait avec Ancano – enfin, tentait poliment de dire au membre du Thalmor de ne pas se mêler de ses cours – et parvint in-extremis à empêcher Tharsten de transpercer l'elfe avec son épée en lui jetant un sort paralysant.

« Veuillez me pardonner pour ce qui vient de se passer, s'excusa-t-il auprès d'Ancano – même si cela le répugnait de devoir présenter ses excuser à un membre du Thalmor. J'ai… euh… essayé un sort de Furie qui a mal tourné, comme vous pouvez le voir.

— Vous croyez vraiment que je vais avaler cette pitoyable excuse ? s'exclama virulemment Ancano. Une tentative de meurtre ! Envers ma personne ! C'est un affront fait à la noble race des Mers, jeune empoté ! Le Domaine Aldmeri en entendra parler et… »

Maître Tolfdir toussa, attirant l'attention des deux elfes.

« Maître Neloren a raison de vous faire travailler sur vos sorts d'illusion, déclara-t-il à Aldaril. Sans vouloir vous vexer, les vôtres semblent bien piètres. Néanmoins, je vous conseillerai d'utiliser vos sorts de manipulation sur des créatures sauvages plutôt que dans l'enceinte de l'Académie et sur vos camarades, pour éviter des situations malheureuses comme celle-ci. Heureusement, il y a eu plus de peur que de mal. »

Il se tourna ensuite vers le membre du Thalmor et ajouta :

« Je suis sûr que vous comprenez que tout ceci n'était qu'un accident, Ancano. Vous êtes un mage, n'est-ce pas ? Alors vous savez que ce genre d'incident est courant, surtout dans une enceinte destinée à l'apprentissage des arcanes magiques. Ne vous rappelez pas ce qui s'est passé la semaine derrière ? Brelyna Maryon a transformé un de ses camarades en mammouth et il a fallu faire appel à Mirabelle Ervine pour que ce malheureux étudiant retrouve son apparence normale. Bien que… si vous souhaitez vous entretenir avec l'Archimage à propos de cet incident, je ne doute pas qu'il sera ravi de vous écouter. Mirabelle Ervine aussi, tant qu'à faire. »

Ancano jeta un regard hautain à maître Tolfdir mais n'émit aucun protestation et préféra partir, grommelant à voix basse à propos de ces ''fichus mages incompétents''. Une fois certain qu'il ne reviendrait plus, Aldaril annula le sort placé sur Tharsten. Le Nordique, qui avait son épée levée, manqua de tomber à la reverse en abaissant brusquement sa lame.

« Hé ! Où est-il passé, ce maudit Thalmor ? s'exclama-t-il une fois ressaisi. Il était là il y a deux secondes !

— Il est parti, déclara froidement Aldaril en le foudroyant du regard. Tant mieux pour vous, d'ailleurs. Vous venez à peine d'arriver ici que vous manquez de peu de réduire à néant des semaines d'effort de la part de l'Académie pour qu'Ancano ne trouve aucune bonne raison de prévenir le Thalmor qu'il faut se méfier des mages.

— Ce n'est pas ma faute, c'est plus fort que moi : dès que je vois ces insupportables Haut-Elfe arrogants, j'ai envie de les égorger.

— Mais bien sûr… »

Il secoua la tête et regarda le maître des illusions.

« Merci de votre intervention, maître Tolfdir et mes excuses pour… lui, dit-il en désignant Tharsten. Dites-moi, l'Archimage est-il dans ses quartiers en ce moment ? Nous avons besoin de nous entretenir d'urgence avec lui, si possible.

— En effet, il y est. Vous feriez mieux de vous dépêcher, Aldaril. S'il prend l'envie à Ancano de revenir par ici, je ne donne pas cher de la peau de votre ami Nordique. De même si Mirabelle apprend ce qui s'est passé ici. Vous risqueriez de prendre quelques remontrances de sa part, vu les efforts qu'elle fournit protéger l'Académie de la curiosité maladive d'Ancano. »

L'Altmer grinça des dents.

« Ce type n'est pas mon… »

Il s'interrompit et inclina la tête.

« Oui, maître. »

Sur ces mots, il attrapa Tharsten par le col de sa tenue bleue en fourrure et le traîna avec lui vers les escaliers menant aux appartements de Savos Aren. Comme prévu, l'Archimage y était – un fait assez rare puisque de part sa qualifié de mage le plus respecté de tout Bordeciel, il pouvait être demandé aux autres quatre coins de la province, voir de Tamriel, pour que ses compétentes aident à des situations compliquées –, discutant à voix basse avec son Maître Mage. Mirabelle Ervine paraissait cependant si remontée que même en murmurant, les deux visiteurs pouvaient entendre ce qu'elle disait.

« Il faut faire quelque chose ! Je pressens qu'Ancano va attirer des ennuis à l'Académie, et je ne parle pas du Thalmor. Ne le voyez-vous pas, Archimage ? Cet Altmer semble… obnubilé par la magie non pas dans le sens de la connaissance comme Shalidor mais dans celui du contrôle, du pouvoir. Ancano est dangereux, Aren. Il nous faut... »

Elle s'interrompit en remarquer le regard de l'Archimage se poser sur Aldaril et Tharsten. Sa colère s'atténua aussitôt et elle soupira, chuchotant quelque chose au Dunmer avant de prendre la direction de la porte.

« Ainsi donc vous êtes de retour, Aldaril ? dit-elle en s'arrêtant un instant. N'oubliez pas de passer voir Colette Marence. Elle est beaucoup plainte cette semaine que son élève préféré ait manqué ses cours. »

Le Haut-Elfe lui assura qu'il rendrait visite à maître Marence et Mirabelle s'en alla, satisfaite.

Savos Aren invita les deux visiteurs à s'avancer et prendre place dans ses appartements, faisant apparaître une chaise supplémentaire pour qu'ils puissent tous les trois s'asseoir, éclairés par les lumières magiques de la salle. Tharsten, clairement mal à l'aise devant l'Archimage de l'Académie, n'osa pas s'installer sur la chaise apparue par magie et refusa l'offre du directeur qui leur demande s'ils souhaitaient boire quelque chose.

« Maître Aren… commença Aldaril, tout aussi mal à l'aise que le Nordique mais pour des raisons différentes. Avant tout chose, il faut que je vous dise quelque chose…

— Vous n'en avez pas besoin, interrompit l'Elfe Noire en se servant une coupe de vin. Je sais déjà que vous n'êtes que de passage, Aldaril. Ne vous en faites pas, j'expliquerai à vos professeurs que votre absence n'est pas par caprice mais par obligation. Alors, que puis-je pour vous ? »

L'Altmer cligna des yeux, incrédule.

« Comment savez-vous que nous sommes venus ici vous demander quelque chose ?

— Votre attitude vous trahie, je le crains, déclara Savos Aren, avec un certain amusement. Vous êtes nerveux. De plus, je ne me rappelle pas une seule fois où vous vous êtes rendu volontairement dans mes appartement pour me parler si ce n'était pas à la demande d'un de vos enseignants. D'ailleurs, je me doute que le Nordique qui vous accompagne n'est pas vraiment ici par plaisir, ajouta-t-il en regardant Tharsten. Vous êtes méfiant envers la magie, n'est-ce pas ?

— Je n'aime pas la magie, déclara franchement Tharsten en croisant les bras. Je suis ici uniquement parce que l'elfe m'a dit qu'il y avait de fortes chances que vous pourriez nous aider avec notre problème. C'est vrai ou… aïe ! »

Le Nordique grimaça en sentant son pied être écrasé et jeta un regard noir au Haut-Elfe à côté de lui.

« On peut savoir ce qui vous prend ?

— Montrez plus de respect quand vous vous adressez à maître Aren ! réprimanda Aldaril. Vous parlez à l'Archimage de l'Académie de Fortdhiver, pas un vulgaire péon.

— Oh, ça va ! Je ne vous demande pas de faire des courbettes devant Ulfric Sombrage, moi !

— Je ne vois absolument pas le rapport. Maître Savos Aren mérite qu'on le respecte, ce qui n'est pas le cas du jarl de Vendeaume.

— Qu'est-ce que vous venez de dire, maudit elfe ? Que vous le vouliez ou non, Ulfric Sombrage est un symbole à travers tout Bordeciel. Il est le défenseur des véritables fils et filles de Bordeciel, de nos coutumes et traditions. Il n'y a vraiment qu'un sous-fifre à la botte de l'Empire pour prétendre qu'il ne mérite pas qu'on le respecte et l'admire.

— Cessez de dire de telles bêtises en ma présence, je vous prie. Votre chef charismatique n'est qu'un rustre égocentrique qui… »

Ils furent interrompu dans leur dispute par l'Archimage, qui fit mine de tousser pour attirer leur attention. Bien qu'il gardait un visage impassible, voir sévère, Aldaril et Tharsten purent le distinguer son sourire aux coins des lèvres.

« Je vous prie, ceci n'est ni le lieu ni le moment pour se battre – surtout si cela concerne la guerre civile qui frappe Bordeciel. Je rappelle que l'Académie de Fortdhiver s'efforce d'être un lieu de neutralité où seule la magie doit être évoquée.

— Toutes nos excusez, Maître Aren, dit Aldaril.

— Euh.. Oui, désolé, ajouta Tharsten, sous la pression du regard insistant du Haut-Elfe. Quoi qu'il en soit, est-ce que vous pourrez nous aider ?

— Cela dépend du problème. Je suis peut-être l'Archimage de Fortdhiver mais je ne suis tout-puissant et je ne possède pas tout le savoir de Tamriel, déclara humblement Savos Aren. J'essayerai tout de même de vous aider en fonction de mes moyens. Alors, que vous arrive-t-il ?

— Nous avons été piégés par des Princes Daedras. »

L'Elfe Noir arqua un sourcil, clairement intrigué.

« Des Princes Daedras, dites-vous ?

— Oui, Maître, confirma Aldaril. En avez-vous déjà rencontré ?

— Cela m'est déjà arrivé une fois, oui. J'ai réussi à m'extirper du piège de Hermaeus Mora avant que cela n'ait raison de mon âme. Vous avez évoqué plusieurs Princes Daedras.

— Shéogorath, le Prince Daedra de la Folie et Vil Clavicus, le Prince Daedra de la Puissance. »

L'Archimage hocha distraitement la tête, en pleine réflexion.

« Shéogorath et le Vil Clavicus ? Oui, cela n'est pas si surprenant. Ils sont connus pour être parmi les Daedras qui entrent le plus en contact avec les Mortels. Comment vous êtes retrouvés dans cette situation ? »

Tharsten fut le premier à raconter son histoire, son agacement témoignant clairement de son ressenti vis-à-vis de ce qui lui était arrivé :

« J'ai suivi un chien qui parle et m'a demandé de lui rapporter une hache de combat en ébonite magique et m'a proposé de la garder si je le ramenais quelque part et ça m'a conduis dans une grotte, devant une statue d'un être avec deux cornes sur la tête accompagné d'un chien et je me suis rendu compte que le chien qui parle était en fait le Vil Clavicus qui s'est joué de moi. C'est aussi là-bas que j'ai rencontré le disciple de votre Académie.

— Je vois, dit Savos Aren. Je devine que c'est la raison de votre disparition ces derniers jours, Aldaril ? »

Le Haut-Elfe acquiesça lentement, presque à contrecœur.

« Oui, Maître. Je… Je me suis laissé séduire par ce que le Prince Daedra de la Folie me proposait. J'étais en train d'essayer un sortilège de ma création qu'à mon grand dam je ne parvenais pas à parfaire quand il s'est présenté à moi et m'a parlé d'un bâton aux pouvoirs extraordinaires qui pourrait me permettre d'arranger mon sortilège imparfait, le Wabbajack. Il m'a dit que je trouverais dans une grotte près d'Helgen, au sud de la Gorge du Monde. Je m'y suis rendu, j'y ai rencontré Tharsten et les deux Princes Daedras se sont montrés à nous, nous révélant qu'ils s'étaient joués de nous parce qu'ils s'ennuyaient et qu'il leur était venu l'idée folle et hilarante de forcer un Nordique et un Altmer à se côtoyer par le biais d'un maléfice.

— Un maléfice ? Lequel ?

— Le lien de sang. Le connaissez-vous, Maître Aren ? »

L'Archimage ferma les yeux, pensif.

« J'en ai déjà entendu parler, oui, admit-il, à la grande satisfaction d'Aldaril et de Tharsten. Cependant je crains ne m'être jamais assez renseigné pour en connaître le remède. »

Le joie qu'affichaient le Haut-Elfe et le Nordique disparue aussitôt de leurs visages. Tharsten souffla bruyamment.

« Et mince ! Je pensais vraiment que votre idée marcherait, elfe. Sauf que nous voilà revenu au point de départ… Je savais qu'on pouvait pas faire confiance à la magie ! Déjà qu'avec le sorcier de la cour du jarl Balgruuf nous n'avions pas eu de résultat.

— Nous en avons eu, protesta Aldaril en fronçant les sourcils. Farengar Feu-Secret nous a demandé de lui rapporter un certain nombre d'ingrédients précis.

— Dites plutôt qu'il nous a donné sa liste de courses, oui ! s'exclama le Nordique blond. Si on s'y mettais maintenant, nous aurions tous les deux le temps de mourir de vieillesse ou tués par des milliers de dangers avant de lui ramener ses fichus ingrédients. »

Aldaril grimaça mais ne répondit rien. Il savait parfaitement que Tharsten avait raison : la liste de Farengar contenait des ingrédients rares et dangereux à acquérir comme de la poussière de vampire ou de la graisse de troll. De plus, avec le lien de sang actif, si l'un d'eux mourrait, l'autre aussi. Ils n'avaient rien à gagner à essayer de rassembler tous ces ingrédients.

« Ne vous découragez pas si vite, leur conseilla Savos Aren devait leurs mines défaites. Comme je vous l'ai dit, je ne possède pas tout le savoir du monde. Sans doute trouverez vous en Bordeciel quelqu'un qui en sait plus que moi. Essayez de vous renseignez auprès des sorciers des cours des jarls, ou bien auprès d'alchimistes de renoms. Peut-être auront-ils la solution à votre problème. Pour ma part je me renseignerai autant que possible et si j'obtiens des résultats, je vous préviendrai au plus vite. »

Les deux visiteurs se levèrent et remercièrent l'Archimage avant de quitter ses appartements. En descendant les escaliers qui menaient à la Salle des éléments, Tharsten demanda à Aldaril :

« Alors, où allons-nous maintenant ?

— À vous de voir. C'est votre patrie, Bordeciel. Vous connaissez des mages reconnus ou des alchimistes réputés ?

— Euh… Je crois bien, oui.

— Parfait. Nous irons leur rendre visite alors.

— Et si c'est à l'autre bout de Bordeciel ?

— Nous irons quand même. Vous préférez qu'on passe quelques jours ensembles à chercher un remède ou toute une vie à devoir prendre des nouvelles de l'autre pour s'assurer qu'il n'est pas proche du décès et donc ne pas avoir à craindre pour sa vie ?

— D'accord, je reconnais que vous marquez un point, elfe. Euh… attendez, où allez-vous ? »

Ils venaient de s'arrêter dans la cour de l'Académie mais plutôt que de se diriger vers le pont pour quitter l'enceinte, Aldaril prenait la direction d'une des deux tours secondaires.

« Je me rends au Pavillon de la Prestance, déclara l'Altmer. J'ai promis de rendre visite à maître Marence alors avant de repartir, je vais la voir. Je vais aussi dire correctement au revoir à mes camarades apprentis cette fois-ci. »

Derrière lui, Tharsten soupira et le suivit en traînant des pieds. Ils n'étaient pas encore sortis de cette fichue institue remplie de mages…


Cela a été un réel plaisir d'écrire sur les personnages de l'Académie de Fortdhiver qui est, avec les Compagnons, un de mes endroits préférés du jeu par rapport aux PNJ qui s'y trouvent. Ainsi donc je précise, si cela fait un moment que vous n'avez pas joué à Skyrim, que tous les personnages qui sont apparus dans ce chapitre font partis du jeu – à l'exception d'Aldaril et de Tharsten, qui sont ma création. Comme les The Elder Scrolls sont toujours des jeux riches en personnages, je n'aurais pas besoin d'en créer beaucoup pour cette histoire.