Ah, Morthal ! Que de bons souvenirs ! Je me rappelle que je venais juste d'arriver et qu'un dragon m'a foncé dessus, par deux fois… En vrai, j'aime bien Morthal même si on en fait rapidement le tour et que c'est vraiment perdu au milieu de nulle part, sans chariot pour aller où que ce soit ce qui oblige en général à retourner à pied à Blancherive ou Solitude quand on veut être un peu RP et ne pas utiliser la carte pour se téléporter...


Chapitre IV

Halte à Morthal

Comment un étudiant de l'Académie de Fortdhiver qui semblait se spécialiser dans la magie de guérison et ayant été un ancien soldat lors de la Grande Guerre avait-il pu un jour être un membre de la Confrérie Noire, surtout à une époque où celle-ci était pratiquement au bord de l'extinction ?

« Vous avez été membre avant ou après la Grande Guerre ?

— Avant. Je l'ai quitté lorsque la guerre s'est déclarée entre l'Empire des Mede et le Domaine Aldmeri pour m'engager au sein de la Légion impériale aux côtés de mon père. Après la Grande Guerre, il ne restait presque plus rien de la Confrérie Noire dans Tamriel. Bordeciel est peut-être même la dernière province où elle agit toujours.

— Et ensuite vous vous êtes reconvertis en guérisseur ? Un assassin voulant se faire passer pour un saint ?

— Je ne suis ni un assassin, ni un saint. Quel âge avez-vous ? Dix-huit ou dix-neuf ans ? Vous n'étiez même pas né lors de la Grande Guerre, n'avez pas vu ce qu'elle a fait aux peuples de Tamriel. À côté, le conflit opposant les Sombrages à la Légion impériale n'est qu'une version adoucie et même s'il dévaste votre province, cela ne sera jamais aussi terrible que ce qui s'est passé durant la Grande Guerre.

— J'ai du mal à croire qu'un ancien membre de la Confrérie Noire ait pu être traumatisé par quelques tueries commises sur des champs de batailles.

— Croyez-le ou non, c'est possible. Bon, pouvons-nous parler d'autre chose ? »

Tharsten acquiesça distraitement, réfléchissant à tout ce qu'il venait d'apprendre ces dernières heures mais toutes les autres questions qu'il désirerait poser à l'elfe devraient attendre : Morthal commençait à apparaître en contrebas et Tharsten ne tenait pas vraiment à évoquer à haute voix le passé d'assassin de l'elfe qui l'accompagnait. Il était déjà assez étrange qu'un Nordique et un Haut-Elfe voyagent ensemble, inutile d'en rajouter.

« Bienvenue à Morthal ! s'exclama-t-il gaiement en souriant. Vous allez voir, vous vous y ennuierez au bout d'une heure.

— Et vous dites que c'est ici que vous avez passé votre enfance ? »

Aldaril jeta un regard sceptique aux alentours de Morthal, en grande majorité constitués de marais froids et parfois effrayants où la végétation ne paraissait pas pressée de s'implanter et pousser.

« Toute ma vie, rectifia Tharsten. Comment ai-je fait pour ne pas finir par m'enfuir ailleurs ? Je me pose toujours cette question et je crois d'ailleurs que mes parents tentent de réduire mes discours critiques sur Morthal et son isolement pénible en me permettant d'être celui conduisant le produit de leurs récoltes dans les autres châtelleries. Selon eux, ça me fait changer d'air et me permet de revenir de meilleur humeur, de finalement voir les bons côtés de mon village natal ou je ne sais quoi.

— Vous détestez donc tant cet endroit ? »

Le Nordique fut certain de voir l'esquisse d'un sourire sur les lèvres de l'elfe mais ne le mentionna pas et secoua la tête :

« Pas tant que ça. J'exagère peut-être un peu. Pour parler des bons côtés de Morthal, on pourrait dire qu'au moins, à défaut que la vie soit trépidante, il y fait assez bon vivre quand on arrive à y gagner sa croûte. C'est le cas de mes parents.

— Vous parler beaucoup de vos parents. Je suppose que nous allons les rencontrer ?

— Bien sûr ! Je n'allais pas passer dans mon village sans aller les voir, surtout qu'ils doivent être morts d'inquiétude pour moi. Cela fait presque deux semaines que je ne suis pas revenu de mon voyage à Épervine.

— Ne leur aviez-vous pas envoyé une lettre lors de notre passage à Blancherive avant d'aller à Fortdhiver ?

— Si, mais vous ne croyez quand même pas que ça les rassurerait ? »

Aldaril se contenta d'hausser nonchalamment les épaules, faisant comprendre à Tharsten qu'ils n'avaient certainement pas le même type de parents. Même dans leurs propres familles les Hauts-Elfe étaient réticents à s'apprécier ouvertement ? Décidément, cela n'était donc pas étonnant qu'ils deviennent aussi hautains et sans coeur en grandissant.

Aldaril put avoir un aperçu du fort lien qui existait entre Tharsten et ses parents lorsque celui-ci déclara qu'il voulait passer les voir avant qu'ils se rendent chez le jarl de Morthal.

« Ne vous inquiétez, elfe. Le jarl Idgrod Ailedejais nous accueillera demain. Nous sommes à Morthal, où voulez-vous qu'elle aille ? Déjà que certains jarls comme celui d'Épervine foutent rien de leurs journées, alors dans un endroit aussi paumé et ennuyeux que Morthal, ce ne sont certainement pas ses obligations qui nous empêcheraient de pouvoir lui parler. En attendant, je n'ai pas envie que mes parents frôlent la crise cardiaque parce que je rentrerais chez moi le soir comme un voleur. Alors allons les trouver avant que la nuit tombe. »

Devant l'insistance et l'empressement du Nordique, Aldaril ne protesta pas et ils purent ainsi partir à la recherche des parents de Tharsten, qui travaillaient dans un champ non loin de la scierie de Morthal. Ils étaient parmi les seuls agriculteurs de la châtellerie, parvenant à utiliser le sol humide et marécageux des environs à leur avantage pour cultiver des fruits et légumes hors du commun, certains apparemment assez commun à la région de Morrowind qui possédait de nombreux terrains marécageux.

« Ce ne sont pas spécialement des produits destinés à la consommation, expliqua Tharsten. Ils servent surtout dans tout ce qui se rapproche à l'alchimie, comme du lichen noir, des pousses de marais ou de la pulponge, qu'on obtient en broyant des feuilles de grasseponge. Ce n'est pas très connu par ici mais je peux vous assurer que les alchimistes Dunmers raffolent de nos produits, comme la plupart des mages qui s'intéressent à l'alchimie. Ainsi, nous nous exportons surtout vers Blancherive, Épervine et Aubétoile, où viennent parfois des acheteurs de Faillaise ou Vendeaume, où vivent la majorité des Elfes Noirs de la province. »

Aldaril acquiesça distraitement. Il savait que la plupart des ingrédients destinés à l'alchimie de l'Académie provenaient justement d'Aubétoile, le seul endroit où les mages de l'institue se rendaient sans crainte, notamment parce que commercer avec l'Académie profitait aussi à Aubétoile. Les habitants de Vendeaume, la seule autre ville proche, n'étaient pas de grands partisans de la magie et on déconseillait donc aux apprentis de s'y rendre – parfois même, on leur recommandait de plutôt aller dans villes situées bien plus loin, comme Blancherive ou Faillaise, plus souples sur la magie.

Il put avoir un aperçu de cette culture agricole assez unique en soi en rencontrant les parents de Tharsten. Ils travaillaient dans leur champ, qui était effectivement très différent des champs verdoyantes qui entouraient Blancherive et où cultivait des choux, des carottes et des pommes de terre.

Il vit aussi que Tharsten était le portrait craché de sa mère : ils avaient tous deux les mêmes cheveux blonds soyeux et des yeux verts brillants qui s'accordaient avec l'air insouciant et chaleureux de leur visage – oui, Aldaril admettait que bien qu'il n'appréciait pas ce Nordique qui l'insupportait en tout cas, c'était un des rares qui ne le regardait pas constamment avec dédain et répugnance, ce qui ne l'empêchait d'exprimer son ressenti et sa méfiance envers les elfes. Leurs seuls différences étaient leur taille – Tharsten dépassait sa mère d'une tête – et cette natte typiquement Nordique que la femme arborait et qui encadrait son visage.

Le père du Nordique était pratiquement tout l'opposé de sa femme et son fils : avec des cheveux châtains attachés et une épaisse barbe, ses traits étaient plissés et sévère, ce qui lui donnait un air sérieux – voire bourru. Cela lui rappelait un peu son propre père, avec plus de pilosité faciale.

Pourtant la réaction des deux parents furent la même quand Tharsten s'approcha d'eux en souriant, les appelant pour attirer leur attention : un mélange de soulagement et de joie à la vue de leur fils, de retour et bien portant.

« Tharsten ! s'exclama son père d'une voix grave, bien que rien dans son attitude ne laissait supposer qu'il était en colère contre son fils. Nous nous faisons un sang d'encre pour vous.

— Je suis désolé de vous avoir inquiéter, s'excusa Tharsten en enlaçant sa mère. Il s'est passé tellement de choses cette semaine… avez-vous reçu ma lettre ?

— Bien sûr, déclara sa mère en s'écartant, le foudroyant du regard. Quel était ce message ? Une lettre pour nous dire que vous êtes toujours en vie et que vous allez bien ? Quelle idée, Tharsten ! Comment pensiez-vous que nous nous sentirons en la recevant ? »

Aldaril se retint de se frapper le front avec la paume de sa main. C'était vraiment ce que le Nordique avait écrit sur sa lettre ?

Tharsten grimaça, passant maladroitement une main à son cou.

« Je reconnais que ce ne fut peut-être pas ce qu'il fallait faire.

— Il fallait revenir, déclara solennellement son père. Qu'importent vos problèmes, vous savez que nous vous aurions aidé, Tharsten.

— Je le sais, père mais… pas avec ce problème. Je devais chercher une solution d'urgence.

— Ce qui explique que vous n'êtes pas revenu aussitôt de votre voyage à Épervine. D'ailleurs, où est votre chariot ? Et le cheval ?

— Le chariot et le... »

Tharsten se tut. Puis il écarquilla les yeux et s'exclama :

« Mince, je les ai oublié sur la route ! »

Par respect envers les parents du Nordique, Aldaril se retenu de réagir mais il se sentait partager entre le désir d'éclater de rire, de rouler des yeux et d'être pris de sympathie pour l'homme qui, à cause d'un piège d'un Prince Daedra, venait sûrement de perdre à jamais un chariot et un cheval qui devaient valoir à eux deux près de deux milles septims.

« Vous avez… quoi ? s'exclama sa mère, incrédule. Tharsten ! Vous rendez-vous compte de ce que vous avez fait ? S'il faut racheter un chariot et un cheval…

— Je suis navré, s'excusa piteusement Tharsten. Je ne voulais pas que ça arrive mais…

— Mais rien, jeune homme, intervenu son père. Nous étions morts d'inquiétude pour vous et voilà que non seulement vous vous portez comme un charme mais en plus, vous avez perdu le chariot et le cheval ? Cela va représenter une énorme quantité d'argent à débourser pour pouvoir reprendre notre service. Comment justifiez-vous cela ? »

Ne tenant plus, Aldaril s'avança. Il n'appréciait pas le Nordique mais cela ne justifiait pas qu'il reste en retrait les bras croisés pendant que Tharsten se faisait sermonner pour une erreur qui n'était pas sa faute. Il déclara donc, aussi poliment que possible :

« Si je peux me permettre, vous ne devriez pas lui en vouloir pour ce qui s'est passé. Votre fils ne ment pas quand il dit que le problème qu'il a eu a occupé tout son esprit, au point d'en oublier tout le reste. »

Les deux Nordiques se dévisagèrent avec méfiance.

« Et peut-on savoir qui vous êtes ? demanda le père. C'est vous qui êtes responsable des ennuis de mon fils, c'est ça ?

— Ce n'est pas lui, défendit Tharsten. Il est dans la même situation que moi et en fait… nous cherchons ensemble la solution. »

Ses explications ne parurent pas convaincre ses parents, au contraire : ils semblaient plus confus que jamais. Leur fils soupira.

« Il vaudrait mieux que nous allions en parler en privé, voulez-vous ? »

. . .

Ce fut dans un silence inconfortable qu'ils se dirigèrent vers la demeure de la famille de Tharsten, un peu à l'écart de Morthal mais toujours sur la route où les gardes de la châtellerie effectuaient leur ronde, au bord du marécage. Le crépuscule commençait à laisser place à la nuit quand ils entrèrent dans la maison et prirent place autour de la table, Aldaril et Tharsten d'un côté et les parents de ce dernier de l'autre.

« Avant toute chose, je pense que les présentations sont de mise, déclara Tharsten. Père, mère, je vous présente Aldaril de Skingrad, un…

— Aldaril troisième du nom », intervenu l'elfe.

Tharsten souffla en secouant la tête.

« Aldaril III de Skingrad, rectifia-t-il. C'est un étudiant de l'Académie de Fortdhiver. Elfe, voici mes parents. Stoïck et Valka de Morthal. »

Aldaril vit comment Stoïck se crispa à la mention de l'Académie. Il ne devait guère aimer la magie mais l'Altmer apprécia la tentative du Nordique de ne pas le faire remarquer – même si cela s'avéra être un échec.

« Enchanté de vous rencontrer, dit poliment Aldaril en hochant légèrement la tête.

— De même… marmonna Stoïck avant de se tourner vers son fils. Comment vous êtes-vous rencontré ? »

La question sous-entendue était ''comment as-tu fait pour te retrouver en compagnie d'un Haut-Elfe ?'' mais Aldaril fit semblant de ne pas l'avoir compris.

« C'est une longue histoire, expliqua Tharsten en grimaçant. Et je ne suis pas certain que vous me croiriez si je vous la racontais.

— Pourquoi donc ? protesta son père en fronçant les sourcils. Votre mère et moi savons quand vous mentez, Tharsten – car vous mentez très mal. Si vous nous dites la vérité, nous vous croirons, n'en doutez pas.

— Votre père a raison, appuya Valka en souriant. Ce n'est pas comme si vous alliez nous dire une chose farfelue comme si vous aviez croisé une Porte d'Oblivion en pleine route, n'est-ce pas ?

— Oh non, ne vous inquiétez surtout pas pour ça, c'est encore pire… marmonna Tharsten.

— Qu'avez-vous dit, mon cher ?

— Rien, mère ! »

Le Nordique se redressa, inspira fortement et regarda Aldaril.

« Pourquoi ne leur raconteriez-vous pas ce qui nous est arrivé, elfe ? Vous êtes sans nul doute meilleur conteur que moi.

— Bonne idée, intervenu Stoïck. Raconter n'est pas votre fort, mon fils. Vous vous emmêlez toujours les pinceaux. »

Aldaril dévisagea Tharsten, qui lui souriait innocemment et lui siffla en le foudroyant du regard :

« Vous me le payerez, Nordique. »

. . .

Expliquer toute cette histoire de Princes Daedras à Stoïck et Valka ne fut pas facile, pour une raison toute simple que Tharsten venait de découvrir : il était mauvais pour raconter des histoires, mais l'elfe l'était encore plus que lui.

Ainsi, ce qui aurait dû prendre quelques minutes seulement dura plusieurs heures, pendant lesquelles ses parents peinaient à croire ce qu'ils entendaient, comme l'avait prévu leur fils – après tout, comment réagir autrement en entendre une telle histoire improbable ? Il se délecta tout de même de l'air très embêté d'Aldaril à chaque question qui lui était posée, le pauvre elfe s'efforçant d'expliquer clairement ce qui leur était arrivé.

Oui, ce fut vraiment une bonne idée de passer à Morthal. Peut-être que le jarl ne pourrait pas les aider avec leur problème mais il était bon d'être de retour chez soi, même si ce n'était que pour un court laps de temps.

« Donc vous avez ce… lien de sang qui fait que si l'un de vous décède, l'autre aussi ? récapitula Stoïck.

— C'est cela, confirma Aldaril. Apparemment, votre jarl pourrait nous aider avec ses visions. Voilà pourquoi nous sommes ici.

— Aussi pour que vous voyiez que je suis bel et bien en vie et bien portant, ajouta Tharsten. Je ne voulais pas que mon absence vous inquiète plus longtemps.

— Et si nous ne trouvons rien ici, nous nous dirigerons vers Aubétoile.

— Aubétoile ? répéta Valka. Oh non, vous ne devriez pas vous y rendre. D'étranges rumeurs courent à son sujet, en ce moment. Des histoires de terribles cauchemars et de maléfices… Je ne crois pas que vous trouverez quoi que ce soit qui puisse vous aider là-bas. »

Tharsten parut bien embêté par cette information, tandis qu'Aldaril se contenta d'hausser les épaules.

« Dans ce cas, nous nous dirigerons vers Solitude. C'est la capitale de Bordeciel, il devrait bien y avoir quelqu'un qui ait une solution à notre problème.

— Solitude ? Hors de question ! s'exclama aussitôt Tharsten avec virulence. Je ne mettrais pas un pied dans votre fichue cité impériale d'un Haut-Roi qui trahit sa province et son peuple !

— Et moi je vous ai déjà dit que si vous voulez qu'on se rende à Vendeaume, il faudra d'abord m'assommer parce que tant que je serai sain d'esprit, vous ne me forcerez pas à aller dans votre repère de Sombrages ! »

Normalement, ce serait à cet instant que Tharsten s'énerverait face à la façon dont l'elfe parlait des Sombrages comme s'il s'agissait d'une bande de voleurs sans foi ni loi et ainsi commencerait une longue dispute qui finirait par un silence pesant entre eux deux.

Sauf qu'ils étaient en présence de ses parents et un des deux sujets que Stoïck et Valka n'aimaient pas évoquer sous ce toit concernait la guerre civile rongeant Bordeciel. Alors il ravala sa colère et ne répliqua pas, sachant que cela ne pourrait que mal finir s'il le faisait.

Il préféra se lever et aida sa mère à ranger le couvert qui avait été sorti pour dîner entre-temps tandis qu'il entendit son père s'adresser à Aldaril :

« Il se fait tard. Où comptez-vous dormir ce soir, elfe ?

— Je l'ignore. Sans doute à l'auberge la plus proche. En avez-vous une ici ?

— Nous en avons une, en effet mais… je me sens mal à l'idée de vous laisser dormir là-bas. Cela n'est pas très digne de l'hospitalité d'un Nordique, ni celle de ma famille. Restez donc dormir ici, je vais vous installer un sac de couchage pour que vous puisiez y passer la nuit. »

Aldaril cligna des yeux, ne s'attendant clairement pas à ça.

« Je vous remercie de cette offre mais êtes-vous certain de le vouloir ? »

Pour toute réponse, Stoïck ricana et tapota l'épaule de l'elfe.

« Je n'apprécie pas la magie mais ce n'est pas pour autant que je suis un rustre inhospitalier ! Si je vous le propose, c'est que cela ne me dérange pas, je vous l'assure. »

La maison des parents de Tharsten se composait en quatre pièce : le salon qui comme beaucoup de demeures Nordiques servait aussi de salle à manger, un sous-sol et deux chambres. Le sac à coucher d'Aldaril fut placé dans celle de Tharsten, à la demande de celui-ci puisque son père allait le mettre dans le salon.

Il voulait avoir un œil sur elfe, au cas où.

« Vous vous méfiez parce que je suis un ancien membre de la Confrérie Noire ? lui chuchota plus tard Aldaril lorsqu'ils furent tous au lit, ses longs cheveux roux lâchés encadrant son visage. Vous ne devriez pas. Pour quelle raison voudrais-je la mort de vos parents ?

— Mieux vaut rester prudent, bougonna Tharsten sans le regarder, son regard porté sur la fenêtre qui laissait apercevoir le ciel nocturne étincelant de miles étoiles. Dites-moi… pourquoi avoir renoncé à tout ça ? Votre carrière au sein de la Légion impériale, votre statut d'assassin de la Confrérie Noire… Cela semble étrange que quelqu'un comme vous finisse par vouloir devenir un guérisseur. Alors pourquoi ce choix ? »

Le Haut-Elfe ne lui répondit pas tout de suite et quand il finit par le faire, ce fut un murmure à peine audible :

« Parce qu'il est écœurant de tuer quand on peut sauver des vies. »

Aldaril se rappelait encore de ce jour. Il le voyait quand il fermait les yeux. Le champ de bataille dans la Cité impériale de Cyrodiil, le capharnaüm du fracassement des lames, des cris de rage et de souffrance. Il revoyait son père adossé contre un mur, son armure tachée de son propre sang et ses yeux vitreux qui annonçaient qu'il ne tarderait pas à mourir.

C'était ce jour là qu'Aldaril avait enfin compris. Une fois la Bataille de l'Anneau Rouge finie, il avait définitivement renoncé à porter les armes et des années plus tard, en 4E 197, il rejoignait Bordeciel et l'Académie de Fortdhiver pour suivre un enseignement afin d'améliorer et parfaire sa maîtrise de la magie de guérison.


Oui, pour ceux qui auront reconnu, Stoïck et Valka sont une référence à Dragon. Je voulais d'abord les appeler Harold et Astrid mais au dernier moment, j'ai décidé de changer. Estimez-vous heureux, j'aurais pu leur donner des noms des personnages de la Reine des Neiges (ou plutôt du conte de Hans Andersen je suppose). Oui, je n'ai pas beaucoup de références scandinaves en tête…