Comme pour le passage à Morthal, ce chapitre et le suivant devaient à la base ne faire qu'un mais ça aurait alors fait un chapitre trop long, donc je l'ai séparé en deux chapitres distincts.


Chapitre VIII

Attaque nocturne

Après de longues minutes de réflexion en étant allongé sur le lit de la chambre louée à la taverne du Ragnar Pervers, Aldaril se réprimanda mentalement pour avoir été si stupide.

Les propos de Tharsten l'avaient bouleversé plus qu'il ne l'aurait voulu et, sous le coup de l'émotion et de la colère, il avait dit ce qu'il lui traversait l'esprit sans même réfléchir et comme le Nordique prenait les choses trop à coeur, voilà où ils en étaient…

Cela lui rappelait quand il avait quitté Skingrad, des décennies plus tôt. Si les Divins ne lui avaient pas ouvert les yeux sur sa bêtise et son entêtement idiot, son père serait mort en l'an 175 durant la Bataille de l'Anneau Rouge en pensant que son fils le haïssait…

À son grand regret – mais parce que les remords s'emparaient de lui et le dérangeaient trop pour qu'il puisse faire quoi que ce soit d'autre –, Aldaril sortit de la chambre qu'il avait loué en prenant avec lui ses affaires et quitta la taverne à une heure où les fêtards arrivaient pour se détendre après une journée de dur labeur – ou dans le cas du Bréton qui dormait au Temple des Divins, après une journée sans rien faire.

Il constata vaguement l'absence de Fura, envers laquelle il comptait s'excuser pour le comportement quelque peu grossier de son compagnon Nordique. Tant pis, ce serait pour une autre fois – s'il venait un jour à revenir à Solitude.

Il traversa les portes de la ville de justesse, avant que les gardes ne la ferment pour la nuit jusqu'au levé du jour le lendemain. L'Altmer ne savait pas exactement où se rendre, surtout à une telle heure du soir mais à parier, dans son état Tharsten ne devait pas être allé bien loin. Soit il le retrouvera affalé par terre en train de roupiller parce qu'il aurait trébuché et n'aurait pas eu la force de se relever, soit le Nordique aurait eu assez d'énergie et de conscience pour se rendre dans le lieu habité le plus proche, c'est-à-dire au village de Pondragon qui n'était qu'à quelques dizaines de minutes de marche de Solitude.

Il commença par marcher d'un pas lent vers le village, sans même prendre la peine de faire apparaître une sphère lumineuse à ses côtés pour éclairer son chemin – la lune l'éclairait bien assez –, réfléchissant à comment il aborderait Tharsten une fois qu'il le retrouverait. À n'en pas douter, l'homme aux cheveux blonds lui en voudrait toujours pour qu'il avait dit. Comment était-il censé s'excuser et faire comprendre qu'il était désolé pour ce qu'il avait dit si le Nordique ne prenait même pas la peine de l'écouter ?

Aldaril soupira. Il sentait que cela allait être long mais avait-il vraiment le choix ? Se disputer avec Tharsten était une chose mais que leurs chemins se séparent en était une autre. Que cela plaise ou non au Nordique, le lien de sang des Princes Daedra était toujours sur eux et la seule raison de leur voyage à travers Bordeciel était de trouver une solution à cette malédiction des plus embêtantes.

« Peut-être cela serait-il plus simple une fois qu'il sera entièrement sobre… ou au contraire, qu'il... »

Aldaril s'interrompit dans ses réflexions en entendant un bruit des plus étranges, qui résonnait au loin. Cela venait de Pondragon, qui apparaissait à l'horizon.

« Par tous les Divins ! »

L'Altmer écarquilla les yeux d'effroi. De ce qu'il voyait de là où il était, il y avait de l'agitation à Pondragon : des cris s'y faisaient entendre, des ombres s'agitaient dans tous les sens et les gardes et soldats impériaux postés là se battaient contre des individus encapuchonnés et munis de robes noires. Il n'était pas difficile de comprendre ce qu'étaient ces derniers : de part les étincelles ou flammes qui s'échappaient de leurs mains, c'étaient des mages – même si certains d'entre eux paraissaient favoriser le combat au corps à corps avec des lames.

Aldaril se précipita vers le village envahi. Si Tharsten s'était vraiment dirigé vers Pendragon, il devait être en train de batailler pour protéger le village de ces envahisseurs. Il fallait qu'il le trouve avant que le Nordique décide de jouer les preux et nobles guerriers du nord et meurt bêtement.

Il fut arrêté dans sa course par un de ces agresseurs en robe noire de nécromancien qui manqua de peu de lui trancher l'épaule d'un coup de poignard. Aldaril eut à peine le temps de remarquer sa présence et de basculer sur la droite pour éviter la lame que son adversaire tendit sa main droite, d'où une inquiétante lueur rougeâtre émana.

Au début, il crut qu'un sort de flamme serait envoyé sur lui mais comprit son erreur en se sentant soudainement affaibli, ayant l'impression que son sang était pompé hors de son corps par des blessures invisibles. Il connaissait le nom de ce sort si particulier : le Festin vampirique.

Le mage qui lui faisait face était un vampire. Ses acolytes l'étaient-ils aussi ? Pourquoi des vampires attaqueraient-ils Pondragon ?

Il n'eut pas le temps d'y réfléchir plus longuement. Aldaril leva une main devant lui et envoya un Éclair foudroyant sur son adversaire, qui chancela et posa un genoux à terre. Avant que l'Altmer ne puisse se débarrasser définitivement de lui, le vampire se releva et prit la fuite. Il ne chercha pas à le poursuivre et préféra aller prêter main-forte aux gardes impériaux. Il s'agenouilla près d'un particulièrement mal en point, dont l'armure en fourrure rouge propre aux gardes de la châtellerie d'Haafingar était abîmée, laissant apercevoir une forte entaille qui traversait le torse de l'homme de part en part.

« Ne bougez pas, je vais arranger ça » lui dit Aldaril.

Il posa la paume de sa main sur la blessure et y appliqua un sort de Soulagement. En un clin d'œil, l'entaille arrêta de saigner et se referma partiellement. Bien qu'elle n'était pas entièrement soignée, au moins l'hémorragie était évitée.

« Je ne pensais pas dire ça un jour mais… merci, mage, déclara fébrilement le garde, encore affaibli par la blessure. Vous arrivez à temps. »

Aldaril hocha la tête et se releva, examinant les alentours. Il se précipita vers l'auberge, qu'un simple soldat tentait de défendre contre l'assaut de deux mages bien décidé à pénétrer dans l'établissement.

L'un d'eux se tourna en le voyant approcher et lança droit vers lui une boule de feu qu'il arrêta en élevant une barrière magique de protection. Il ne s'arrêta qu'une fois devant le mage et avant que celui-ci ne puisse agir, il posa ses deux mains sur le torse de son adversaire et lui envoya une puissante décharge d'étincelles. Le corps du mage fut parcouru d'éclairs jusqu'à se figer et tomber au sol. Aldaril pensa l'homme mort mais fut surpris quand le corps se désintégra, ne laissant comme trace de son passage qu'un tas de cendres.

Il n'y réfléchit pas plus, toujours sur le qui-vive et fit volte-face pour se préparer à affronter l'autre mage mais à sa grande surprise, celui-ci n'était plus ici.

« Il est parti ! lui cria le garde devant la porte de l'auberge. Vers le pont ! »

Il semblait que les soldats commençaient à prendre le dessus sur les mages, qui par conséquences se replièrent et prirent la fuite. Seul le pont en pierre du village était encore un lieu de bataille, une poignée de soldats affrontant trois mages qui leur posaient des difficulté en les repoussant et les ralentissant à l'aide de sorts de glace.

Aldaril se plaça sur un monticule de terre près de l'auberge qui lui permettait d'avoir une meilleure vue sur le pont. Il commença à sentir sa magie faiblir mais pouvait encore faire quelque chose. Il se concentra et envoya sur un des mages un stalactite qui le tua instantanément en le transperçant en pleine poitrine, le faisant basculer et tomber du pont. Cela parut dissuader les autres de poursuivre une lutte perdue d'avance et les derniers envahisseurs s'enfuirent dans l'obscurité sans que les gardes n'essayent de les pourchasser.

Ce qui venait de se passer était au premier abord étrange puisqu'un seul décès fut à déplorer à Pondragon, celui d'un soldat impérial dont il semblait que tout le sang fut aspiré : le cadavre était blanc et froid comme s'il datait déjà de plusieurs heures – une victime du Festin vampirique, ce sort propre aux vampires.

Quelle était la raison de cette attaque nocturne et qui étaient ces individus masqués ? Pour ce qu'il savait à leur sujet, les vampires n'attaquaient en général que pour se nourrir, s'en prenant à de pauvres victimes innocentes et démunies qu'ils croisaient lors d'un soir, sur une route solitaire… Attaquer en groupe un village surveillé par la Légion impériale ne leur ressemblait pas.

Il eut ses réponses en croisant un soldat impérial vêtu d'une armure lourde en acier pendant qu'il se dirigeait vers l'auberge dans l'espoir d'y retrouver Tharsten – qu'il n'apercevait pas à l'extérieur et devait s'être réfugié dans le bâtiment où devait être la plupart des civils. L'officier aux cheveux châtains discutait avec une femme qu'il reconnut aussitôt.

« Fura ? Que faites-vous ici ?

— Hé ! Vous êtes le Haut-Elfe de la taverne, s'exclama la Bréton avec surprise. Je ne m'attendais pas à vous voir ici. Je me promenais près du port de Solitude quand j'ai entendu du grabuge. Je suis venue aussi vite que possible prêter main-forte. Vous aussi ? Je suppose que c'était donc vous le mage qui nous avez aidé à repousser ces nécromanciens ?

— Des nécromanciens ? répéta Aldaril en fronçant les sourcils. Je croyais que c'étaient des vampires.

— Certains d'entre eux l'étaient, intervenu l'officier. Vous êtes arrivé à la fin de la bataille, elfe. La plupart d'entre eux étaient déjà partis et vous ne les avez donc pas vu utiliser leurs sortilèges sombres pour invoquer des créatures morbides ou réanimer le corps d'un de leurs acolytes tombé au combat. »

Des vampires et des nécromanciens. De mieux en mieux. Par Mara, que se passait-il dans la châtellerie d'Haafingar et pourquoi cet officier ne paraissait-il pas plus étonné que ça par ce qui se venait d'arriver ?

« Vous savez pourquoi ils ont attaqués Pondragon ? devina-t-il.

— À peu près, oui. Je suis à la tête d'un régiment qui a été envoyé par la jarl Elisif la Juste suite à certaines inquiétudes des villageois de Pondragon concernant des rumeurs sur des sectes qui séviraient dans les parages. Apparemment, nous sommes arrivés au bon moment. Maintenant il nous faut prévoir la suite.

— La suite ? Parce que ce n'était pas tout ?

— Non. Ces sectaires n'ont pas attaqué Pondragon pour faire des morts ou vandaliser les lieux. Déjà deux disparus nous ont été signalés et je crains qu'il y en ait plus. »

Tout s'expliqua alors pour Aldaril. Cette secte devait vouloir se servir des habitants de Pondragon comme sacrifices pour un rituel.

L'inquiétude le gagna. Il devait voir Tharsten, maintenant.

. . .

Aldaril jura en sortant de la taverne des Quatre Boucliers. Aucun trace de Tharsten nulle part. Les gens à qui il s'était adressé se rappelaient d'avoir aperçu un Nordique blond un peu ivre mais celui-ci n'avait été revu depuis l'attaque de la secte de vampires et de nécromanciens. Comme prévu, il s'était précipité dehors pour les affronter, épée en main.

Il craignait de déjà savoir ce qui était arrivé à Tharsten. Cet idiot de Nordique s'était fait capturé, et il allait servir pour un rituel…

Décidément, c'était vraiment une excellente journée.

Il se pressa d'aller à la rencontre de l'officier Nordique rencontré plus tôt, qui était à l'avant-poste du Penitus Oculatus, en grande conversation avec l'un de leurs représentants.

« Quoi ? Ceci est une plaisanterie, j'espère ? s'exclama l'officier. Un guetteur a trouvé la cachette de cette secte non loin. Il faut y envoyer des hommes pour secourir ceux qui ont été enlevé cette nuit.

— Allez-y si vous le souhaitez mais je n'enverrais aucun soldat de la légion là-bas, protesta l'homme du Penitus Oculatus. Nous avons des ordres. Mes soldats doivent rester à proximité de Solitude et non pas se charger de débarrasser la châtellerie d'Haafingar des sectes alentours.

— Vous savez aussi bien que moi que dès que le général Tullius saura ce qui s'est passé ici, il ordonnera que l'armée se charge de ce problème.

— Dans ce cas, allez à Solitude pour lui faire votre rapport et revenez une fois que vous aurez ses ordres.

— Et si les citoyens sont sacrifiés avant par ces fous ?

— Ce serait une tragédie mais tant pis. Les ordres sont les ordres et la sécurité des hauts dignitaires de Solitude est plus importante que la vie de quelques civils. »

L'officier Nordique parut sur le point de frapper le soldat du Penitus Oculatus. Il se retint de justesse et quitta l'avant-poste, Aldaril sur ses talons. Il l'aborda après que l'officier ait attrapé un garde pour lui ordonner de se rendre à Solitude faire un rapport auprès du jarl Elisif.

« Tiens, vous êtes encore là ? s'étonna l'officier. Je pensais que vous seriez reparti. Vous ne semblez pas d'ici, d'après vos vêtements. Vous faites partie de l'Académie de Fortdhiver ?

— Oui, confirma Aldaril en hochant la tête. Cependant, j'ai… un compagnon qui aurait dû se trouver ici mais…

— Mais il a disparu, c'est ça ? Vous pensez qu'il a été enlevé lui aussi ? On m'a fait un compte rendu sur les victimes emportées par ces satanés mages démoniaques. Qui est celui que vous cherchez ?

— Un certain Tharsten. Un Nordique, assez jeune, avec les cheveux blonds et légèrement ivre.

— Cela me dit quelque chose, oui. Je crois que l'aubergiste m'en a parlé. Ainsi cela fait une cinquième personne enlevée. »

Le soldat se tut et le dévisagea en silence.

« Dites-moi… Vous sentiriez-vous assez vaillant pour m'accompagner jusqu'à la tanière de ces nécromanciens ? Le commandant du Penitus Oculatus refuse d'y envoyer quiconque et pour ma part, je ne peux pas risquer la vie de mes hommes déjà en sous-effectifs.

— Vous dites donc que nous serions deux contre peut-être plus d'une dizaine de mage ? rétorqua Aldaril en fronçant les sourcils.

— Vous serez trois ! s'exclama Fura en les rejoignant. Je vous accompagne.

— Parfait ! déclara l'officier. Votre aide ne sera pas de trop. Mais au cas où il vous arrive malheur, il faudra que j'en informe votre supérieur. De quel régiment faites-vous partie, soldat ?

— Euh… aucun ? »

Le Nordique arqua un sourcil et Fura s'empressa de s'expliquer :

« Je compte bientôt me joindre à la Légion impériale. Quant à l'uniforme, disons que je sais être persuasive envers votre forgeron.

— Je vois. Et vous êtes ? demanda l'officier à l'attention du Altmer.

— Aldaril III de Skingrad. Et vous ?

— Hadvar. Hadvar de Rivebois. »


Je suis assez mitigée sur ce chapitre, comme à chaque fois que qu'il me faut écrire des scènes de combats. Vous en faites pas, le prochain chapitre devrait être meilleur.