Me croyez-vous si je vous dit que le titre de ce chapitre est une référence à une chanson de Bob Lennon sur Skyrim ? Oui ? Tant mieux car c'est le cas ! C'est juste deux mots tout simples mais il les chante dans Hymne à Serana et j'adore ce passage donc… voilà.


Chapitre X

Vampirique et Daedrique

Quelque chose n'allait pas avec Aldaril.

Tharsten ne savait pas exactement quoi mais depuis leur départ de Pondragon où ils avaient fait leurs adieux à Hadvar et Fura, le Haut-Elfe était distant ainsi que toujours affaibli de leur combat contre les nécromanciens malgré plusieurs heures de repos – ils avaient tous les quatre dormi tout l'après-midi et ne s'étaient réveillés que le lendemain, à l'aube. Aldaril prétendait que son état n'était qu'une conséquence d'avoir trop usé de ses pouvoirs magiques et qu'il lui faudrait sans doute quelques jours avant de se remettre en pleine forme mais le Nordique n'était pas convaincu.

Ils se dirigeaient en ce moment vers Markarth, leur prochaine destination dans l'espoir d'y rencontrer quelqu'un qui pourrait les aider avec leur lien de sang. Ils auraient dû s'y rendre à bord d'une charrette mais il n'y en avait actuellement pas qui se rendait dans la châtellerie de la Crevasse et furent obligés de quitter celle qu'ils louaient peu avant Rorikbourg pour s'aventurer à pied dans les paysages rocheux et montagneux aux nombreux cours d'eau de la partie ouest de Bordeciel.

Ils s'interrompirent dans leur périple en arrivant en début de soirée à Folpertuis, un village minier à mi-chemin de Markarth où il n'y avait pratiquement rien. Il pouvait presque être considéré comme une aubaine d'y trouver où séjourner pour la nuit.

« Je vous préviens je vais commencer à être à court d'argent, déclara Aldaril avec mécontentement en entrant dans la taverne locale. Vous êtes au courant que je suis celui qui paye nos séjours dans les auberges et nos voyages en charrette ? Quand participerez-vous à l'effort collectif ?

— Je n'ai pas un rond sur moi, annonça nonchalamment Tharsten. Vous ne vous rappelez pas ? Je viens d'une famille assez pauvre.

— Vous mentez. J'ai vu votre mère vous remettre au moins une centaine de septims lors de notre départ de Morthal. Où sont-ils donc ?

— Euh… »

Le Nordique s'appuya sur le comptoir et sourit victorieusement.

« Vous voulez qu'on partage ? Bien. Je paye les boissons et vous le reste, qu'en dites-vous ? »

Il rit à la mine exaspérée de l'elfe qui partit s'asseoir sur un banc au fond de la salle. Il savait pertinemment qu'Aldaril se plaignait pour rien. Il ignorait combien exactement le Haut-Elfe possédait mais c'était bien plus que lui alors perdre quelques dizaines de septims ne le ruinerait pas – contrairement à ce qu'il prétextait.

Il commanda une bière et de l'eau – il lui semblait que l'elfe ne buvait rien d'autre – ainsi qu'une corbeille de fruits et quelques morceaux de viandes cuites. Pour faire plaisir à Aldaril et ne pas passer pour un égoïste cupide, le Nordique donna les trente septims à l'aubergiste pour le tout et rejoignit son compagnon.

« Tenez, j'espère que vous avez faim, lui dit-il en lui tendant un bol à ras bord de nourriture. J'ai pris un peu de tout.

— Et combien ça va me coûter ? rétorqua aussitôt Aldaril en arquant un sourcil.

— Rien du tout puisque j'ai payé. Par contre, je n'ai plus un septim sur moi donc pour Markarth, ce sera votre tour, d'accord ? »

Le Haut-Elfe souffla mais ne protesta pas et accepta l'assiette qu'il posa sur une table à côté de lui et attrapa aussitôt un morceau de pain qu'il mangea avec férocité.

Tharsten ne l'avait jamais vu manger si vite mais cela devait être le signe que l'elfe allait mieux et s'assit donc à côté de lui sur le banc, profitant de la chaleur du feu devant eux. Il songea un instant à se lever pour prendre place sur une chaise plus proche du foyer – ils en étaient assez éloigné, constata-t-il – mais n'eut pas l'envie de se lever. Il se prélassa en s'appuyant contre le mur derrière lui, croisa ses bras derrière la tête et ferma les yeux.

« Cela suffit, Arnora. Vous dérangez mes clients.

— D'accord, d'accord… Je me renseignais juste. »

Tharsten ouvrit un œil en sentant quelqu'un s'asseoir à sa droite. C'était une femme, vêtue d'une robe de mage grise – qui correspondait au rang d'apprenti, d'après ce que lui avait expliqué Aldaril sur la signification des couleurs des robes de mages – et d'une capuche de même couleur, abaissée et révélant ses cheveux ébène plaqués en arrière. À la différence de nombreux mages, elle portait également une arme : une longue dague en acier accrochée à sa ceinture.

« Ces Nordiques sont vraiment incompréhensibles… l'entendit-il murmurer.

— Pourquoi le sommes-nous ? »

Elle eut un soubresaut en l'entendit et tourna vivement la tête vers lui pendant qu'il se redressa.

« Navré. Je ne voulais pas vous faire peur, dit-il en souriant en guise d'excuse.

— Ce n'est pas grave, assura la femme. Je ne voulais pas me montrer impolie envers votre race. C'est juste que…

— Ne vous en faites, nombreux sont les Nordiques sachant pertinemment qu'ils sont bornés. Non pas que cela les fasse changer de caractère. Au fait, je suis Tharsten de Morthal.

— Enchantée de vous connaître. Je suis Arnora Nonius, originaire de Bruma.

— Bruma en Cyrodiil ? Que fait une Impériale si loin de la province ?

— Je suis une Vigile de Stendarr », répondit l'Impériale – non sans une certaine fierté.

Cela expliquait l'habit. Elle n'était pas une simple mage mais membre de cet Ordre qui faisait de plus en plus entendre parler de lui en Bordeciel. De ce qu'il avait entendu, les Vigiles de Stendarr s'occupaient de défaire les cultes daedriques en tout genre, pour éviter qu'une tragédie comme la Crise d'Oblivion se reproduise un jour.

Tharsten doutait quelque peu de leur efficacité mais de toute façon, tant qu'ils ne lui posaient pas de problème ,il se moquait bien de ce qu'ils pouvaient faire.

« Vous êtes en mission à la Crevasse ? s'enquit-il.

— Absolument. Il nous a été rapporté au Bastion des Vigiles qu'il pourrait y avoir une secte dans les environs de Markarth. J'ai été envoyée pour vérifier la véridicité de cette information.

— Vous avez entendu parler de sectes dans la châtellerie d'Haafingar ?

— Non. Pourquoi ?

— Vous devriez aller y jeter un coup d'œil. Je suis sûr qu'un certain lieutenant Hadvar se ferait une joie de vous informer sur certains incidents survenus à Pondragon ces derniers jours. Cela concerne des nécromanciens et des vampires. Ces Vigiles de Stendarr s'occupent aussi d'eux, n'est-ce pas ?

— C'est exact mais je pense que si une telle chose s'est produite à Pondragon, le Bastion doit déjà être renseigné à ce sujet. »

Tharsten fredonna et se tourna vers Aldaril, constatant le silence de celui-ci. Certes l'elfe parlait moins que lui mais n'était pas muet pour autant. Pourtant, en ce moment, il était prostré en avant, l'air encore plus pâle que tout à l'heure.

« Hé, vous allez bien, elfe ? »

Ce n'était pas logique. Il venait de manger de la nourriture avariée ou quoi ? À moins qu'on l'ait empoisonné, mais qui voudrait faire ça et pourquoi ? Il n'y comprenait plus rien.

« Vous vous sentez malade ? demanda Tharsten. Vous êtes encore plus pâle qu'un mort. Qu'est-ce qui vous arrive ?

— Je l'ignore, dit Aldaril d'une voix fébrile, fixant le feu avec méfiance. Je me sens mal mais ça devrait aller.

— Hein ? Vous en êtes sûr ? »

L'elfe se leva avec difficulté.

« Oui, ça… ça ira. Je vais me reposer. Nous nous reverrons demain, Nordique. »

Tharsten ne lui répondit et se contenta de dévisager son compagnon partir vers le comptoir pour demander à louer une chambre. Décidément, il se passait quelque chose mais quoi ?

Il remarqua du coin de l'œil que la Vigile de Stendarr suivit également Aldaril du regard avec suspicion. Cela ne lui plaisait pas.

Sa faim coupée, Tharsten délaissa le bol de nourriture qui lui avait pourtant coûté cher et décida d'aller se coucher lui aussi. Au moins de cette façon ils pourraient partir tôt demain.

. . .

Tharsten maudit les dieux lorsqu'il se réveilla pour la deuxième fois avec l'impression de s'être contenté de fermer les yeux une fraction de secondes avant que horrible sensation d'oppression s'empare de lui.

Il sortit de son lit en comprenant qu'il n'allait pas se rendormir avant un moment et sentit qu'il avait besoin de prendre l'air.

Il quitta sa chambre et traversa le hall désormais vide avant de sortir, accueillant avec plaisir la douce brise de la nuit avant de s'asseoir sur les marches en bois devant l'auberge. Le silence régnait dans Folpertuis. Tous dormaient, sauf lui.

Tellement obnubilé pour comprendre pourquoi Aldaril était si étrange depuis leur départ de Pondragon, il en avait oublié ses propres ressentis envers l'elfe. Là, en contemplant l'astre nocturne où Masser et Secunda brillaient, cela lui revenait à l'esprit.

Être en extérieur à admirer le ciel en pleine nuit lui rappelait son frère et avec son souvenir, la nostalgie et la rancœur réapparaissaient. Il passa sa main sous le tissu de sa tunique et serra l'amulette de Talos contre son torse en fermant les yeux.

Il en voulait toujours à Aldaril pour ce qu'il avait dit concernant Harstrad. Son sang se mettait à bouillonner, sa haine envers l'Empire et le Thalmor resurgissaient avec ardeur ainsi que son envie de laisser tomber cette quête futile de trouver une solution pour la malédiction daedrique qui pesait sur eux et retourner dans son coin perdu de vie – Morthal – afin que la monotonie reprenne le dessus et lui permette de ne plus penser à quoi que ce soit.

Il passa une main dans ses cheveux blonds, agacé.

« Que penseriez-vous de moi si vous me voyiez, mon frère ? »

Que se dirait son frère s'il le voyait voyager en compagnie d'un Haut-Elfe soutenant l'Empire ? Était-il un traître à sa race, à sa patrie, à sa famille ?

Avant qu'il ne puisse y réfléchir plus longuement, la porte s'ouvrit derrière lui. Il se reprit et tourna la tête pour voir qui quittait l'auberge.

Aldaril affichait le même air incrédule que lui.

« Que faites-vous là ? » dirent-ils en coeur.

Tharsten fronça les sourcils.

« Je croyais que vous étiez allé dormir, reprit-il.

— Je n'y arrive pas, se contenta de répondre le Haut-Elfe. Et vous ? N'étiez-vous pas en conversation avec une Impériale ?

— C'était il y a des heures. J'avais besoin de prendre l'air. »

Un silence inconfortable s'installa entre eux, jusqu'à ce qu'Aldaril le brise en descendant les marches pour s'engager sur le chemin pavé qu'ils avaient emprunté plus tôt.

« Où allez vous ? demanda Tharsten en se levant.

— Me promener. »

Il n'y croyait pas une seule seconde et se hâta de le rattraper.

Cet elfe le prenait donc tant pour un idiot ? Comment quelqu'un qui se traînait et paraissait prêt à trébucher sur n'importe quel cailloux sur son chemin pouvait-il se dire qu'il irait faire une balade nocturne, surtout après minuit passé ? D'autant plus que quelques heures plus tôt, il avait admis ne pas se sentir en pleine forme. C'était décidément un piètre menteur ou alors un Haut-Elfe complètement suicidaire.

« Ne vous fichez pas de moi ! grogna le Nordique en se plaçant devant Aldaril. Vous n'irez nulle part, surtout pas avant de m'expliquer ce qui vous arrive. »

Le Haut-Elfe se raidit et s'écarta.

« De quoi parlez-vous ?

— Je parle de vous. C'est quoi votre problème depuis Pondragon ? Vous agissez bizarrement et refusez de dire ce que vous avez. Si vous vous sentez malade et que vous voulez qu'on fasse une halte pour acheter de quoi vous soignez, dites-le au lieu de jouer les aventuriers solitaires et invulnérables !

— Je ne suis pas malade.

— Oh, vraiment ? Alors pourquoi êtes-vous plus faible qu'un nouveau-né atteint d'ankylose ? »

Aldaril tressaillit et plissa des yeux.

« Ce n'est pas une maladie dont je peux me débarrasser avec du repos ou une potion de guérison de maladie, rectifia-t-il en évitant délibérément de regarder le Nordique. Ce n'est pas si simple.

— Cela le sera si vous prenez la peine de m'expliquer, insista Tharsten en s'avança. Qu'est-ce qui… »

Ses propos moururent instantanément lorsqu'il vit les yeux verts d'Aldaril se mettre à briller d'une inquiétante lueur rouge. Il se recula, effaré. Aldaril remarqua sa stupeur et son visage se décomposa pendant qu'il trébucha en arrière. En une fraction de secondes, ses iris rougeâtres reprirent leur teinte verdoyante classique mais si le Nordique crut avoir halluciné, la réaction du Haut-Elfe ne laissait pas de doute quant à ce qui venait de se passer.

Tharsten ne sut pas lequel d'entre eux fut le plus choqué.

« Attendez ! s'exclama Aldaril d'une voix paniquée. Je… Je peux tout vous expliquer.

— M'expliquer ? répéta Tharsten, incrédule. Vous plaisantez ? Vous voulez m'expliquer que vous êtes un putain de…

— Argh ! »

Avant qu'il ne puisse finir, Aldaril posa précipitamment une main sur son coeur pendant que son visage se figea comme s'il venait de se faire transpercer de part en part par une lame. La douleur et la confusion furent écrites sur ses traits et il leva la tête avec difficulté vers le ciel, qui commençait à prendre la teinte rosée du matin.

Il se décomposa encore plus, déglutissant difficilement.

« Le jour se lève... »

L'inquiétude prit finalement le dessus sur l'effroi que ressentait Tharsten.

« Hé ! Qu'est-ce qui se passe ? Que vous arrive-t-il ? »

Aldaril parut se rappeler de sa présence et tourna la tête vers lui. Il lui jeta un regard navré.

« Je suis désolé. Il vous faudra continuer sans moi. »

Puis, avec une détermination qui contrasta complètement avec la manière dont il s'était comporté plus tôt, le Haut-Elfe se mit à courir le plus loin possible de Folpertuis.

Tharsten fut trop estomaqué pour le poursuivre. La réalisation sur l'étrange attitude d'Aldaril depuis hier le laissa prostré sur place.

Aldaril était… un vampire ?

. . .

Tharsten n'avait aucun idée d'où pouvait être Aldaril. Il était retourné dans l'auberge et s'était effondré sur un banc, perdu dans des pensées précipitées et fortement incohérentes qui ne l'aidaient nullement avec la situation actuelle. Le principal problème étant qu'il ne savait nullement ce qu'il devait faire maintenant. Retrouver Aldaril ou faire comme le Haut-Elfe lui avait dit et continuer sans lui ?

Non, il ne pouvait se contenter de faire comme si rien ne s'était passé et laisser Aldaril. Il avait une dette envers se satané elfe et sa fierté de Nordique l'empêchait de l'ignorer. Il devait au moins essayer quelque chose pour l'aider mais le vampirisme n'était pas vraiment sa spécialité.

Par contre, il se rappelait de quelqu'un qui pourrait être utile dans une telle situation : la Vigile de Stendarr rencontrée la veille au soir. Peut-être connaissait-elle un remède au vampirisme ? Certes, sa profession faisait d'elle une ennemie de tout ce qui se rapprochait des morts-vivants et autres créatures malveillantes envers les mortels mais elle lui avait parut assez sympathique. S'il lui expliquait ce qui se passait, elle pourrait faire une exception et l'aider plutôt que de vouloir aller tuer Aldaril ? Dans le doute, mieux valait qu'il garde sous silence la nature vampirique de l'elfe.

Après avoir vaguement cherché l'Impériale dans l'auberge sans la voir, il se renseigna auprès du propriétaire de l'endroit et apprit que la Vigile de Stendarr était partie hier soir pour Markarth. À une telle heure, elle devait y être arrivée depuis un moment.

Ainsi, Tharsten se retrouva à courir à toute allure en direction de Markarth. Heureusement Folpertuis n'était qu'à quelques heures de l'antique cité naine et il put donc y arriver en début d'après-midi – même si ses poumons le brûlaient et que ses membres lui suppliaient qu'il aille se reposer et ne fasse plus le moindre effort avant au moins deux jours.

« Doucement, étranger ! l'interpela un garde lorsqu'il pénétra dans Markarth, arrivant devant une place marchande. Pourquoi tant de précipitation ?

— Je… cherche… Vigile…. de Stendarr », parvint-il à dire entre deux inspirations.

Sans même apercevoir son visage caché derrière son masque, Tharsten put sentir le dégoût et la méfiance de l'homme.

« Humph, je ne sais pas ce que vous cherchez de louche à Markarth mais vous feriez mieux de ne pas vous attarder chez nous. La personne que vous cherchez est près de la maison abandonnée. Suivez le chemin qui mène vers les hauteurs, vous ne pourrez pas la manquer. »

Avant de partir, Tharsten entendit le garde se plaindre à voix basse de ces gens qui s'intéressaient trop à une simple maison abandonnée depuis des lustres.

Il emprunta un chemin qui longeait un ruisseau et arriva à la fameuse demeure. Comme la plupart des habitations de la cité de pierre de Markarth, elle avait été construite dans la roche et seules les portes dwemers à l'allure délabrées et partiellement détruites permettaient de comprendre qu'il était au bonne endroit.

Cependant, il n'y avait aucune trace d'Arnora Nonius dans les parages.

« Vous cherchez quelqu'un ? l'appela un Nordique un peu plus loin, nonchalamment appuyé contre la paroi d'un escalier en pierre qui permettait de se rendre dans les parties en hauteur de Markarth.

— Oui, une Vigile de Stendarr.

— Pourquoi ?

— Si je peux me permettre, ça ne vous regarde pas. »

Son interlocuteur s'approcha de lui et bomba le torse en croisant les bras.

« Détrompez-vous. En temps que mercenaire travaillant pour la famille Sang d'Argent, tout ce qui se passe dans cette ville me regarde. »

Tharsten n'était pas très impressionné. Il allait avoir la famille Sang d'Argent comme ennemi ?Ce n'était pas si grave, étant donné qu'il l'était déjà de la Maison Roncenoir et que cette dernière lui paraissait plus dangereuse que les Sang d'Argent. De plus, il ne comptait pas remettre de sitôt les pieds dans la châtellerie de la Crevasse.

« Je ne suis pas ici pour causer des ennuis à vos employeurs, dit-il tout de même dans l'espoir de calmer le sang chaud de l'homme. Je cherche juste la Vigile de Stendarr à cause de… de quelque chose d'assez inquiétant que j'ai vu en venant ici. J'ai appris qu'elle se dirigeait ici et j'ai besoin de la rencontrer. »

Son mensonge partiel fonctionna. Le mercenaire Nordique s'apaisa et la lueur féroce dans son regard disparue.

« Bien, je vais vous croire et penser que vous n'avez aucune intention malveillante envers les Sang d'Argent mais je vous conseille de ne pas trop traîner dans cette cité. La Vigile s'est dirigée vers l'auberge du Sang d'Argent, près des portes de la ville. Allez-y, et que je ne vous revois pas par ici. »

Tharsten se força à le remercier aussi poliment que possible avant de prendre la direction de la fameuse auberge, bien pressé de quitter Markarth. Comme quoi, l'Empire avait sa propre version de Faillaise avec cette ancienne cité dwemer : les gens y étaient aussi antipathiques que dans la châtellerie de la Brèche et donnaient tous envie de les étrangler.

Effectivement, il repéra assez vite l'auberge du Sang d'Argent et y entra. Sans même chercher à se présenter à l'aubergiste – qui de toute manière était en pleine dispute avec sa femme – il se dirigea vers le coin où se réunissaient les clients près du feu de cheminé et aperçu rapidement la Vigile de Stendarr, qui discutait avec un habitant du coin – qui paraissait assez agacé des questions que l'Impériale lui posait.

« Arnora Nonius ? Je peux vous parler un instant ? »

La Vigile fut surprise de le voir mais avant qu'elle ne puisse lui dire quoi que ce soit, Tharsten lui fit signe de la suivre. Il ne voulait pas lui parler en présence de tant de personnes. Elle le suivit et ils se mirent un peu à l'écart.

« Je ne m'attendais à vous voir ici, déclara le femme en s'appuyant contre un mur. Qu'y-a-t-il ? Vous avez appris quoi que ce soit sur la secte que je recherche ?

— Pas vraiment. En fait, ça n'a rien à voir mais j'ai besoin de votre aide pour une affaire plus… personnelle.

— Je ne suis pas sûre d'avoir le temps pour ça. Il se passe des choses étranges à Markarth, surtout avec cette maison abandonnée dont personne ne veut parler.

— Je vous assure que c'est important, insista Tharsten. Votre Ordre s'occupe aussi de tout ce qui touche au vampirisme, n'est-ce pas ? »

La mention des vampires intrigua la Vigile, qui lui porta soudainement plus d'attention.

« En effet, confirma-t-elle d'un ton sérieux. Pourquoi ? Vous en avez vu ?

— Euh… Pas vraiment. En faite, j'aurais besoin d'en savoir plus sur les vampires. Sur… vous savez, comment quelqu'un devient un vampire. »

Elle le dévisagea avec suspicion, le forçant à ajouter précipitamment :

« Ce n'est pas pour moi, je vous assure. Sauf erreur de ma part, je ne me suis pas fait atteindre de vampirisme.

— Ce n'est pas si simple, défendit la Vigile en secouant la tête. Souvent, on ne remarque pas la maladie avant qu'il ne soit trop tard.

— La maladie ?

— Oui. Elle porte plusieurs noms. Anciennement, nous la nommions l'Hémophilie Porphyrique mais ou l'Hémophilie vampirique depuis la création de l'Ordre des Vigiles de Stendarr, nous parlons plus de Sanguinare Vampiris parce que nous avons réalisé que d'une province à l'autre, elle peut changer de forme. En Bordeciel elle est assez rare mais peut se transmettre par un contact avec la peau ou le sang d'un vampire. Êtes-vous récemment rentré en contact avec des vampires ?

— Hé bien, oui. C'était il y a trois jours. »

Arnora Nonius arqua un sourcil.

« Vous semblez bien portant pour quelqu'un atteint de Sanguinare Vampiris. Normalement, cette maladie rend la peau pâle et amaigrie sa victime. Elle la rend aussi très faible, surtout à la lumière du jour. L'appel du sang commence à devenir fort vers le deuxième jour de contamination et le malade aggrave souvent son cas en essayant d'apaiser sa faim en mangeant de la nourriture normale que son corps ne peut déjà plus supporter. Vous ne paraissiez pas avoir de difficulté à manger à l'auberge avec… »

Elle se tut et écarquilla les yeux.

« Ce n'est pas vous mais l'Altmer, n'est-ce pas ? »

Tant pis pour garder cela sous silence. Tharsten acquiesça sombrement.

« Je crois que oui, dit-il. C'est pour cela que je suis venu vous voir. Ce matin un peu avant l'aube, nous nous sommes disputés devant l'auberge de Folpertuis et il a paniqué en voyant le soleil se lever. Il s'est enfui et je ne sais pas comment le trouver, ni même comment l'aider. Pour l'amour de Talos, dites-moi qu'il existe un remède à cette maladie.

— C'est possible de guérir de la Sanguinare Vampiris, confirma la Vigile sans exprimer la moindre émotion. Mais plus la maladie se propage, moins le remède a des chances de faire effet. Si cela fait trois jours comme vous le dites, votre ami doit être proche d'être complètement atteint de vampirisme et il sera alors impossible de le soigner. Nous devons le retrouver au plus vite. Conduisez-moi à l'endroit où il a disparu.

— Vous sauriez le retrouver ? s'étonna le Nordique.

— Bien sûr. La spécialité des Vigiles de Stendarr est avant tout le pistage et la traque des abominations, les ennemis des Mortels. Allez, ne perdons pas de temps.

— Attendez un instant ! »

Tharsten lui bloqua le chemin et leva les mains devant lui.

« Je sais que c'est votre travail et tout mais… je veux m'assurer que lorsque nous trouverons l'elfe, vous ne l'attaquerez pas. Je ne suis pas vraiment venu vous voir pour que vous puissiez le tuer plutôt que de le sauver, vous comprenez ? »

Elle acquiesça d'un hochement de la tête.

« Bien sûr. C'est votre ami et vous ne voulez pas qu'il lui arrive malheur, c'est compréhensible. Bien que notre ordre s'occupe surtout de lutter contre les morts-vivants et autres, nous suivons les enseignements de Stendarr qui nous transmettent également la miséricorde. Nous sommes le bras armé de sa Justice mais également les représentants de sa Miséricorde. S'il est possible de ne pas tuer, nous ne le faisons pas. La justice s'apprend aussi par le choix de sauver une vie à temps plutôt que d'avoir à la supprimer quand il est trop tard. »

Il ignorait si c'était sa manière à elle de promettre qu'elle ne tenterait pas de tuer l'elfe mais cela lui suffit amplement et ensembles, ils quittèrent Markarth aussi vite que possible dans l'espoir de retrouver Aldaril avant qu'il ne soit entièrement atteint de vampirisme.


Vous comprenez donc le « vampirique » désigne Aldaril et le « daedrique » désigne la Vigile de Stendarr. Oui, oui, ce titre n'est pas seulement une référence à une chanson de Bob Lennon, il a aussi une logique dans ce chapitre ! Non, non, je ne me cherche absolument pas d'excuses…