Je vous ai dit que j'aime bien les Vigiles de Stendarr ? Hé bien le titre de ce chapitre devrait le laisser comprendre. À la base, je voulais l'appeler La pitié de Stendarr mais ça correspondait pas à ce qui se passe dans le chapitre donc tant pis.


Chapitre XI

La justice de Stendarr

Tharsten mena Arnora Nonius à l'emplacement exact où Aldaril et lui s'étaient parlés pour la dernière fois, devant Folpertuis.

Le temps de revenir au village minier, la nuit était tombée et le Nordique imaginait mal comment la Vigile de Stendarr pourrait suivre les traces de l'elfe dans l'obscurité mais elle ne semblait nullement dérangée par ça et s'agenouilla pour examiner le sol pavé.

« Que faites-vous ? demanda-t-il, sceptique quand à l'utilité de cela.

— Je regarde s'il y a des traces de sang, expliqua l'Impériale. Ceux atteints de Sanguinare Vampiris crachent souvent du sang lors de leur dernier niveau d'infection. C'est leur corps qui essaye de repousser la maladie.

— Et donc ? »

Pour sa part, il ne voyait rien du tout au sol.

« Il y en a. Il suffit de les suivre et nous retrouverons votre ami.

— Je sens qu'il y a un ''mais''.

— Mais c'est aussi le signe que la maladie se propage vite. »

C'était bien ce qu'il craignait. Il voulut presser la femme pour qu'ils n'arrivent pas trop tard pour sauver Aldaril mais la Vigile de Stendarr restait calme, ce qui lui indiquait qu'elle savait ce qu'elle faisait.

Ils s'engagèrent sur la route principale de la châtellerie de la Crevasse qui longeait une rivière et donnait vue sur les imposantes falaises qui les surplombaient, et la remontèrent vers l'est en direction de Rorikbourg et de la châtellerie de Blancherive. Arnora Nonius scruta attentivement les alentours, comme à la recherche de quelque chose en particulier.

« Que recherchez-vous ?

— Vous dites qu'il s'est enfui lors du levé du soleil ? répliqua la Vigile, ce à quoi il acquiesça. Dans ce cas, il est probablement parti à la recherche d'une grotte ou d'un endroit assez sombre pour que la lumière ne le blesse pas. Le soleil ne devrait pas encore lui brûler la peau mais doit être tout de même désagréable pour lui.

— Mais la nuit est tombée alors il pourrait sortir et être n'importe où, non ?

— Pas tant qu'il sera toujours victime de la Sanguinare Vampiris et non un vampire. Il devrait être trop affaibli pour aller bien loin.

— Et qui vous dit qu'il est allé vers l'est ? Ses traces de sang ?

— En partie, oui. J'ai observé les alentours en me dirigeant vers Markarth. Il n'y pas beaucoup d'endroits où un vampire pourrait se cacher du soleil du côté de la Crevasse. De plus, les infectés ont tendance à se rendre dans des endroits qu'ils connaissent déjà plutôt que de fuir dans des lieux inconnus. »

Il espérait qu'elle avait raison et qu'ils ne faisaient pas route dans la direction opposée à celle où était Aldaril. La partie réfléchie en lui – celle qui tentait d'ignorer le mauvais pressentiment en son creux – avait conscience que l'Impériale savait ce qu'elle faisait. Les Vigiles de Stendarr n'étaient pas des amateurs et s'ils n'étaient pas forcément reconnus pour leurs compétences au combat – souvent, c'était l'Empire qui finissait par devoir envoyer ses soldats –, en revanche personne ne contestait leur talent pour mettre à jour des cultes daedriques secrets ou d'autres regroupements d'êtres malveillants.

Ils venaient de traverser l'imposant pont de pierre au dessus d'un grand gouffre qui surmontait une rivière – et qui marquait la limite et la frontière entre la châtellerie de la Crevasse et celle de Blancherive – quand la Vigile de Stendarr lui fit signe de s'arrêter et de se taire.

Il la regarda faire appel à sa magie mais ce n'était clairement pas de la magie de conjuration ou de destruction : elle se contenta de faire briller les yeux de la Vigile.

« Un sort de Détection des vivants, expliqua-t-elle à la question silencieuse de Tharsten. Votre ami n'est pas loin, mais il n'est pas seul. Restez en retrait et veillez à ne pas faire de bruit. N'attaquez que si je vous le dit. Je préférerai éviter une effusion de sang inutile. »

Il se baissa légèrement et la suivit à pas de loups hors du chemin, vers un bosquet près d'une paroi d'une falaise. Il sortit son épée de son fourreau quand il vit apparaître dans paume droite de l'Impériale un petit orbe bleu transparent. C'était un sort de Calme – qu'il reconnaissait pour en avoir déjà été la cible, utilisé par Aldaril plus d'une fois à son encontre quand la vue d'un soldat de la Légion impériale ou d'un membre du Thalmor lui donnait des envies de meurtres.

Arnora Nonius et lui s'accroupirent derrière un gros rocher. Ils entendaient un étrange bruit étouffé non loin, comme une respiration saccadée.

La Vigile de Stendarr et Tharsten s'observèrent, un message silencieux passant entre eux. L'Impériale fut la première à agir, se relevant précipitamment, son sort Calme prêt à l'emploi. Il la suivit aussitôt, son épée préparée pour l'affrontement.

Ils n'eurent pas à se battre contre qui que ce soit.

Dans l'obscurité et partiellement éclairé par les lunes de Nirn, Aldaril était affalé contre la paroi de la falaise, la tête prise entre les mains et regardait – de ses yeux désormais rouges vif – avec effroi et dégoût le corps immobile d'un Rougegarde allongé à quelques pas de lui, baignant dans son propre sang avec les yeux grands ouverts – il était mort.

. . .

Aldaril avait deviné le mal qui le rongeait le jour du départ de Pondragon. Lorsque Tharsten et lui avaient quitté la châtellerie d'Haafingar dans le chariot se rendant à Blancherive et que le soleil s'était levé, il avait sentit sa peau le brûler et la chaleur le rendre malade, lui donnant envie de vomir ainsi que des maux de tête qui l'avaient forcé à mettre sa capuche.

Pourtant avoir chaud en Bordeciel était comme espérer voir une plaine verdoyante au sommet du Mont Écarlate de Vvardenfell : impossible. Surtout que l'été était passé et même si le nord-ouest de la province Nordique était réputé pour être moins froid que tout l'est, on ne pouvait pas y avoir chaud comme en plein désert d'Elsweyr.

S'il n'avait pas été l'apprenti de Colette Marence, il n'aurait sans doute pas du tout compris ce qui lui arrivait mais ses connaissances sur les arts de la guérison lui permirent – en partie à son grand désespoir – de deviner le mal qui le rongeait.

Il avait regardé avec désarroi les marques de griffes qui partaient de son cou et descendaient jusqu'à son épaule, infligées par un vampire. Il était atteint de Sanguinare Vampiris.

Le monde s'était figé autour de lui alors que la panique le gagnait. Il n'entendait plus que ses propres battements de coeur précipités, son sang qui se glaçait à la terrible réalisation qui ne cessait de résonner dans sa tête.

Un vampire. Il devenait un vampire.

Les paroles de Colette Marence lui revenaient à l'esprit :

« Il est possible de guérir de la Sanguinare Vampiris mais pas du Vampirisme – du moins aucun moyen n'est connu à l'heure actuelle. Tout simplement parce qu'on peut soigner une maladie mais pas une mutation du corps. Si un tel pouvoir existe, seuls les dieux le possèdent. »

Il ne rappelait plus le remède pour la Sanguinare Vampiris et même si s'il le savait il se souvenait seulement de combien les ingrédients pour concocter cette potion médicinale étaient compliqués à obtenir.

Il peinait à réaliser ce qui se passait et même le Nordique qui l'accompagnait remarquait qu'il n'allait pas bien et le laissait tranquille – il l'agaçait tout de même en ne cessant de lui demander s'il se sentait malade. En arrivant à Folpertuis, il pensait que manger lui ferait du bien : il était affamé et avait déjà entendu dire que cela ralentissait la propagation de la Sanguinare Vampiris.

C'étaient de grosses conneries, réalisa-t-il. Cela ne fit qu'accentuer en envie de vomir et finit de l'accabler. Sa tête tournait, les bruits alentours lui cassaient les oreilles et le feu en face ajoutait à son mal-être général. Son seul réconfort fut quand il s'allongea sur le lit de la chambre d'auberge qu'il avait loué et qu'il lui sembla un instant qu'il allait mieux. Sauf que la faim le tiraillait toujours et l'empêchait de même fermer les yeux.

Il ignora combien de temps il resta là à observer le plafond mais chaque minute passée ici était plus douloureuse et difficile à gérer que la précédente. Il entendait les voix des autres clients, respirait la douce odeur de la nourriture qui lui ouvrait encore plus l'appétit mais la faim qui le tenaillait n'était plus la même.

Il lui semblait être capable de sentir un doux parfum de sang dans l'air. Il avait assez côtoyé de sang dans toute sa vie pour connaître parfaitement son odeur et se demandait si cela était le fruit de son imagination et de son corps qui criait famine ou s'il y avait bel et bien un mort non loin qui se vidait de son sang.

Il agrippa si fortement ses cheveux qu'il crut qu'il allait les arracher.

Comment les vampires qui vivaient dans ces grottes misérables faisaient-ils pour ne pas ressentir l'envie de boire le sang à chaque mortel qu'ils croisaient ? Comment ceux du repère près de Pondragon avaient-ils fait pour ne pas tuer les nécromanciens qu'ils côtoyaient pour se nourrir du liquide rougeâtre et chaud qui coulaient dans leurs veines ?

Il ne pouvait pas rester ici. S'il passait une heure de plus dans cet endroit, il ferait quelque chose qu'il regretterait toute sa vie. Il fallait qu'il s'en aille, au moins le temps que sa faim s'apaise ou bien qu'elle ait raison de lui et finisse par le tuer – ce qui lui paraissait presque préférable, parce qu'ainsi sa souffrance s'estomperait.

Il attacha donc sa sacoche à sa ceinture et ajusta sa capuche avant de quitter la taverne.

Il ne s'attendait cependant pas à croiser Tharsten sur les marches en bois devant l'auberge.

Le Nordique. Il l'avait complètement oublié. Pourquoi étaient-ils dans la châtellerie de la Crevasse ? Ils se rendaient à Markarth ? Ah oui, pour cette histoire de lien de sang…

Il secoua la tête. Non, il fallait qu'il s'éloigne. Tant pis pour Markarth.

Il entendit vaguement le Nordique lui parler et tenta de lui répondre avec le plus de discernement possible mais en éprouva beaucoup de difficulté. Il commençait à sentir ses yeux le piquer et sa peau chauffer. Le jour se levait ? Déjà ?

Il devait trouver un endroit à l'ombre où se réfugier et où il n'y aurait personne. Sauf qu'avant qu'il ne puisse faire un pas de plus loin du village minier, Tharsten se plaça devant lui, l'empêchant d'avancer.

Son sang se mit à bouillir. Qu'est-ce que ce Nordique lui racontait ? Ne pouvait-il pas se contenter de sortir de son chemin ? Qu'il fiche le camp !

Sa tête commençait à tourner et ses oreilles sifflaient mais seule la faim le dérangeait vraiment pour le moment. Il ne comprenait même plus ce que Tharsten lui disait. Le Nordique paraissait énervé et lui criait dessus. Ne pouvait-il pas se taire ?

Il cligna des yeux et l'espace d'une seconde, eut une vision différente de Tharsten. Il se rappela le sang qui coulait le long de son visage, dans cette salle cérémoniale. Quel goût avait le sang d'un Nordique ?

Il ne tenait plus. Que Mara lui pardonne son geste.

Il s'apprêta à fondre sur sa proie quand il croisa le regard incrédule et stupéfait de Tharsten. Il crut même y voir une lueur de peur.

Ce fut un choc pour lui, qui le ramena à la réaliser et le fit frisonner. Son coeur s'emplit de honte et d'effroi quant à ce qu'il avait failli faire. Il était prêt à tuer le Nordique sans remords ni état d'âme afin de combler la faim qui le dévorait.

Comment quelqu'un prétendant vouloir devenir guérisseur pour soigner et aider les gens avait-il pu tomber si bas ? Qu'était-il devenu ?

Cela eut tout de même un bon côté : cela lui fit douloureusement reprendre ses esprits. Il leva les yeux au ciel. Le jour se levait et sous peu le rendrait pratiquement incapable de bouger, l'engouffrerait dans une brume de souffrance sans le moindre échappatoire.

Il devait partir. Maintenant.

« Je suis désolé. Il vous faudra continuer sans moi. »

Il s'était mis à courir, encore et encore. Sans savoir où aller, il avait couru et ne s'était arrêté qu'une fois certain d'être isolé dans un endroit où le soleil ne l'éblouirait pas. Il s'était mis à tousser si fortement que cela lui avait fait mal physiquement, torturant son corps souffrant.

Épuisé, il avait fini par s'évanouir et lorsqu'il reprit conscience, le crépuscule laissait place à la nuit et quelqu'un l'appelait tout en le secouant.

C'était un Rougegarde des plus communs, probablement un simple citoyen de passage.

Aldaril crut l'entendre lui demander s'il allait bien et avait besoin d'aide.

Tout ce qu'il se rappelait ensuite, c'était l'appel du sang, la peur sur le visage du Rougegarde qui sortit une dague et cette même arme retournée contre son propriétaire.

Lorsqu'il réalisa ce qu'il venait de faire en voyant le cadavre s'effondrer dans une marre de liquide sang, il écarquilla les yeux d'effroi en tentant d'ignorer l'odeur de sang qu'il commençait à sentir et tendit instinctivement les mains vers le Rougegarde mort pour essayer de le soigner.

Il ne comprit que tardivement que cela était inutile avant de se pencher en arrière et de se prendre la tête entre les mains dans une vaine tentative de se couper du monde et d'oublier le mal qui le rongeait.

Il entendit vaguement des bruits de pas venir dans sa direction et ne pensa qu'à une chose : ne venez pas ici, je ne veux pas avoir à tuer qui que ce soit d'autre.

. . .

Le mauvais pressentiment qui rongeait Tharsten ne fit que s'intensifier à la vue d'Aldaril. L'elfe paraissait sur le point de faire une crise d'angoisse. Était-ce sa transformation en vampire qui le mettait dans cet état ou le Rougegarde mort qu'il devait avoir tué depuis peu ?

Avant qu'il ne puisse attirer l'attention du Haut-Elfe, la Vigile de Stendarr fit disparaître son sort de Calme et s'approcha lentement d'Aldaril en le dévisageant de haut en bas.

« Hé, elfe, vous m'entendez ?

— Oui, murmura Aldaril sans lever les yeux. Que faites-vous là ? Vous… Vous devriez partir. Maintenant.

— Je ne peux pas faire ça. Je suis une Vigile de Stendarr. »

Aldaril leva la tête vers Arnora Nonius, un sourire pathétique aux lèvres.

« Vous êtes là pour me tuer ? Allez-y. Je ne vous empêcherai pas. Je ne veux pas finir comme ces vampires qui vivent dans des grottes pour se nourrir d'autres gens. Alors… faites que ça s'arrête. »

Tharsten fronça les sourcils. Qu'était-il en train de se passer, là ?

« Attendez, Impériale ! clama-t-il. Vous avez dit que vous tenteriez de guérir la Sanguinaire Vampiris.

— Je le prévoyais mais il est clair qu'il est déjà trop tard. »

Elle sortit sa dague de son étui et Tharsten réalisa alors qu'elle n'était pas en acier mais en argent.

« Il est devenu une abomination et plus rien ne pourra le sauver. Êtes-vous prêt à affronter votre destin, vampire ? demanda la Vigile de Stendarr à Aldaril qui, à la stupéfaction du Nordique, hocha la tête.

— Si telle est la volonté des dieux, oui. »

La Vigile de Stendarr s'approcha du Haut-Elfe et leva sa lame.

« Votre flegme est honorable, vampire. Puisse Stendarr avoir pitié de vous dans la mort. »

Tchac !

Un cri retentit. La dague tomba par terre dans un bruit sourd.

Les yeux d'Arnora Nonius se posèrent sur Tharsten, exprimant le sentiment de trahison et d'incrédulité qu'elle ressentait avant qu'elle ne pose machinalement une main sur la plaie béante à son cou dans un vain espoir de faire que son sang arrête de gicler. Une seconde plus tard, la Vigile de Stendarr s'effondra dans l'herbe, morte.

Le Nordique haleta, son épée maculée de sang dans sa main droite. Que venait de faire ?

Il chancela, planta son arme dans le sol et se tourna vers Aldaril. Le Haut-Elfe paraissait tout aussi étonné que lui, ne réagissant même pas au sang qui avait giclé sur son visage.

« Qu'avez-vous fait ? souffla-t-il en se relevant précipitamment. Par les Neuf Divins, qu'avez-vous fait, Nordique ?

— Je… Je vous ai sauvé la vie ! s'exclama Tharsten, ne comprenant pas le regard noir qu'il reçut. Elle allait vous tuer, par Talos !

— Je le sais et j'étais prêt à mourir ! protesta Aldaril. Je ne veux pas de cette vie qui se présente à moi. Je préférerai mourir que de devenir un monstre ! Alors pourquoi ? Pourquoi m'avoir sauvé ? »

Tharsten serra des dents. Sa stupéfaction venait de laisser place à une nouvelle émotion, bien plus forte. Il combla l'espace entre l'elfe et lui en quelques enjambés et attrapa le guérisseur par le col de sa robe de spécialiste.

« Vous vous fichez de moi ? lui cria-t-il avec rage. Vous avez la chance d'être en vie, de pouvoir réaliser vos rêves alors pourquoi ne vous battez-vous pas pour protéger votre existence, satané elfe ? Juste parce que vous êtes atteint de vampirisme ?

— Je vous l'ai déjà dit, répondit Aldaril sans être intimidé par le Nordique prêt à le frapper. J'en ai assez d'être un meurtrier. Cette Impériale que vous venez de tuer… Elle a peut-être une famille, qui attend son retour. Quand ils apprendront sa mort, que pensez-vous qu'ils ressentiront ? Ils seront affligés de chagrin et voudront se venger. Ils tueront à leurs tour, et ainsi commencera un cycle de haine sans fin.

— Et votre putain de famille ? Vous vous en moquez tant ?

— Non, mais… si je suis désormais un vampire, comment pourrais-je oser retourner voir mes parents ? Peut-être vaudrait-il mieux que ma vie prenne fin ici. Alors pourquoi lutterais-je ?

— Fermez-la. J'ai assez entendu vos absurdités. »

Il lâcha l'elfe et se laissa tomber à côté de lui. Aldaril ne tarda pas à l'imiter mais plutôt que s'asseoir, il s'allongea et ferma les yeux.

Tharsten fronça les sourcils.

« Ne me dites pas que vous allez vous endormir…

— Ne vous en faites pas pour ça. Je me sens trop malade pour même songer à dormir. J'ai l'impression que je vais mourir. »

Le Nordique roula des yeux. Le Haut-Elfe ne se disait pas un instant qu'il exagérait ?

« N'osez pas crever alors que je viens de vous sauver la vie, satané elfe. »

À son grand étonnement, Aldaril rit. C'était un rire partiellement nerveux et fragile, mais l'elfe se permettait de rire. La Sanguinare Vampiris ne s'était pas contentée de le transformer en vampire, ça l'avait également rendu fou semblerait-il – ou alors il était un descendant de Pélagius le Fou lui-même.

Il finit par arrêter de glousser bêtement et se calma, permettant à Tharsten de s'adresser à lui :

« Hé… C'est vrai ce que vous avez dit ? Vous préféreriez mourir plutôt que de tuer disons… par nécessité en tant que vampire ? Vous croyez vraiment à ces histoires de cycle de la haine ? »

Il regretta d'avoir posé la question lorsque l'elfe ouvrit les yeux et fixa la voûte étoilée avec intensité.

« Oui, j'y crois. Les Mortels ont de dizaines de raisons de vouloir se faire la guerre mais la plus forte d'entre tous est la haine qu'ils se vouent. Soit elle est à l'origine des maux et conduit à l'aversion envers son prochain telle que la jalousie ou l'orgueil, soit elle est la conséquence de tous nos mauvais sentiments à l'égard des autres. Les Altmers du Domaine Aldmeri ne veulent pas simplement Tamriel à cause de la nostalgie d'une époque prospère de leur race mais ils veulent aussi la guerre parce qu'ils méprisent et haïssent tous ceux qui ne sont pas des Mers. S'ils acceptaient d'arrêter de croire en cette stupide idéologie narcissique et reconnaissaient qu'ils ne sont pas supérieurs aux autres races, une tragédie telle que la Grande Guerre ne se serait jamais produite et le conflit qui ravage Bordeciel non plus. »

Il se tut, permettant à Tharsten de réfléchir à ce qu'il venait d'entendre mais avant que le Nordique puisse lui répondre, il ajouta :

« Cela ne veut pas dire que toute paix est bonne. Je… Je n'approuve pas ce que votre frère a fait et ce pour quoi il a été exécuté mais par l'admiration que vous lui vouez, je ne doute pas qu'il n'agissait pas par simple cruauté. Il ne méritait sans doute pas une telle sentence – surtout lorsque l'on sait la situation de Faillaise. Et d'une certaine manière… Il est honorable pour les Sombrages de se battre pour ce qu'ils croient profondément juste, bien qu'il aurait été préférable d'éviter des effluvions de sang inutiles. Je ne reconnaîtrais jamais le bien fondé sur votre façon de faire mais je n'aurais pas dû vous juger simplement à cause de l'habit que vous revêtez. Vous m'avez sauvé la vie et ce n'est pas n'importe quel Nordique qui aurait fait ça pour un Altmer.

— Je ne vous aurais pas laisser crever ici comme un chien, Haut-Elfe ou non, grogna Tharsten. Ce n'est pas mon genre. Même si ça me dépite de l'avouer, vous êtes probablement le Haut-Elfe le moins insupportable que j'ai rencontré de toute ma vie. De plus… vous n'auriez pas mérité de mourir ainsi, même si vous étiez mon pire ennemi. Vous voulez être un guérisseur, soigner des gens et sauver des vies. Ce n'est pas tout le monde qui en serait capable et je suis bien placé pour le savoir : la magie, ça me répugne. »

Aldaril esquissa un rapide sourire avant que son visage s'obscurcisse, anxieux.

« Comment pourrais-je encore faire ça maintenant que je suis un vampire ? »

Tharsten soupira bruyamment.

« Par Talos ! Et moi qui pensais râler trop ! »

Il se leva d'un coup et tendit sa main vers l'elfe, qui le dévisagea sans comprendre.

« Allez, levez-vous, grommela Tharsten. Je sens que si vous restez là, vous continuerez de vous apitoyer sur votre sort donc quittons cette endroit maudit au plus vite.

— Pour aller où ? rétorqua Aldaril en acceptant la main tendue vers lui pour se lever. Vous désirez qu'on retourne à Markarth ? Ma faim est calmée mais… si un nouvel accident arrivait ?

— Vous en faites pas pour ça, on arrivera à le gérer. Je ne m'y connais pas trop en vampirisme mais on apprendra sur le tas. Puis on ne va pas à Markarth. »

Le Haut-Elfe arqua un sourcil, intrigué. Tharsten sourit.

« L'avantage de tout ce qui vient de se produire, c'est que cela donne une bonne excuse pour qu'on arrête cette idée stupide de voyager aux quatre coins de Bordeciel pour rien.

— Vous voulez que l'on arrête ? Mais, le lien de sang…

— On s'en fiche de ça. On ne trouvera clairement pas de solution à ça. Vous avez pas prévu de faire une expérience dangereuse qui pourrait vous tuer à votre Académie et pour ma part, je me met rarement dans des situations périlleuses donc ce lien de sang, qui s'en préoccupe ? De plus, je crois que c'est désormais le cadet de vos soucis, non ? »

Aldaril grimaça mais ne protesta pas, à la grande satisfaction du Nordique qui ajouta moqueusement :

« En plus, vous savez ce qui est bien avec ça ? Si vous êtes vraiment un vampire, il y a des chances que le lien de sang me permette d'être immortel comme vous.

— Ou plutôt que je meurs le jour où vous décéderez, défendit Aldaril. L'immortalité ne signifie pas l'invulnérabilité.

— Ah ? Pff, vous avez vraiment un don pour briser les rêves des autres, vous. Quoi qu'il en soit, vous reconnaîtrez que nous nous sommes plus attirés des ennuis susceptibles de nous tuer en entreprenant ce voyage plutôt que si nous nous étions contentés de continuer tranquillement nos vies.

— Je crois comprendre ce que vous faites. Vous en avez juste assez et voulez trouver une excuse pour rentrer chez vous ? »

Tharsten souffla avec exaspération. Ce fichu elfe…

« Vous comprenez vraiment rien à rien, hein ? Oui, je reconnais que je voudrais bien retourner à Morthal afin d'y revoir mes parents et de reprendre mon train de vie tranquille mais en même temps, bien qu'il fut dangereux et parfois agaçant, je ne regrette pas notre périple à travers Bordeciel. C'était… C'était agréable de voyager avec vous. Si ça vous tiens vraiment à coeur, nous pourrons repartir aux quatre coins de Tamriel pour trouver une solution à ce fichu lien de sang mais avant ça, j'aimerais éviter que vous décédiez à cause de Vigiles de Stendarr qui vous prendraient en chasse parce que vous révélerez accidentellement votre nature de vampire.

— Attendez… êtes-vous en train de dire que vous vous inquiétez pour ma santé ? »

Tharsten grimaça en voyant le sourire amusé d'Aldaril et tourna les talons.

« Et voilà ! Je savais que vous diriez ça ! Bon, mettons-nous en route pour Rorikbourg. Avec de la chance on y arrivera à temps pour déjeuner. Je meurs de faim !

— Attendez, Nordique ! Vous n'avez pas répondu à ma question !

— J'y répondrai pas, fichu Haut-Elfe ! »

Il grinça des dents et tenta d'ignorer le rire qui résonna derrière lui. Qu'est-ce qui lui avait pris de parler à coeur ouvert avec ce type ? Voilà ce qui se passait quand on essayait d'avoir une conversation sérieuse avec un Haut-Elfe !

Il devait tout de même voir le bon côté des choses : au moins l'elfe ne déprimait plus son son nouveau statut de vampire et ne pensait plus aux deux cadavres qu'ils laissaient derrière eux…


Au départ, je voulais faire en sorte qu'Aldaril finisse dans une grotte remplie de Falmers avec d'autres prisonniers capturés par ces espèces d'elfes souterrains mais… ça aurait été trop long et trop semblable à ce qui s'est passé avec la secte près de Pondragon, donc aucun intérêt. Oui, ce chapitre a un peu – beaucoup – dévié de ce qu'il devait être à la base. Dites-vous que dès l'instant où Tharsten et Aldaril « discutent » après la mort de la Vigile de Stendarr, je contrôlais plus rien. Je pense que ça se voit beaucoup, d'ailleurs.