Je voulais que ce dernier chapitre soit court, ce qui n'est pas le cas. Bon, tant pis ! Apparemment, j'ai toujours trop à dire sur l'Académie de Fortdhiver.
Chapitre XII
La fin du voyage
Sombreciel 4E 198
« Ainsi donc, l'Amour de Mara vous a touché…
— Je vous jure que si vous évoquez encore une fois la Déesse-Mère, je vous pousse dans la neige. »
Au grand dam de Tharsten, Aldaril sourit à sa menace vide de sens. Il se tourna pour regarder les alentours depuis le chariot dans lequel ils étaient installés et vit avec soulagement que Fortdhiver n'était plus loin. Tant mieux, sinon il aurait vraiment poussé l'elfe hors du chariot – puis aurait demander au cocher de s'arrêter pour aller aider l'autre à se relever et ne pas réellement partir sans lui.
Contrairement à la dernière fois où il s'était rendu dans cette châtellerie isolée avec l'elfe, ce fut un temps magnifique et surtout très ensoleillé qui les accueillit – au grand dam d'Aldaril, qui était forcé de garder sa capuche sur sa tête –, au point que l'Académie de Fortdhiver resplendissait au loin, surplombant une mer étonnamment calme et claire.
« Enfin, il n'y a pas de honte à admettre que vous êtes amoureux, déclara Aldaril en souriant innocemment. Ysolda, qui vit à Blancherive, hein ? J'étais pourtant persuadé que cela ne pouvait pas vous arriver. Je croyais que vous étiez un coureur de jupons qui ne se préoccupait pas d'une véritable romance.
— Tout de suite les grands mots, râla Tharsten en croisant les bras. Juste parce que j'ai courtisé quelques femmes sans jamais m'engager sérieusement dans une relation. Ce n'est pas ma faute si mon travail fait que je ne peux rester que quelques jours dans une seule ville et que je doive retourner à Morthal. De plus, quelle femme irait par amour dans un coin aussi perdu que la châtellerie ?
— Vous sous-estimez la puissance de l'amour. Dinya Balu m'a parlé de quelques couples qui, par amour, ont traversé des provinces entières pour se rejoindre.
— Qui vous a dit ça ?
— La prêtresse de Mara de Faillaise. Nous nous connaissons assez bien.
— C'est drôle, à vous entendre parler on croyait que vous passez plus de temps à Faillaise qu'à Fortdhiver. On se demande où vous vous installerez une fois votre formation de guérisseur finie.
— J'admets que j'apprécie cette ville, malgré sa… débauche. De plus c'est le seul endroit où trouver un Temple de Mara de tout Bordeciel. Je pourrais y rester quelques temps avant de retourner en Cyrodiil. Et vous, que comptez-vous faire ? Vous avez dit que vous aiderez vos parents tant que cela est nécessaire. C'est très louable de votre part mais si vous aviez l'opportunité de partir, où irez-vous ? Rejoindre les rangs d'Ulfric Sombrage à Vendeaume ?
— Pas le moins du monde. Si je venais à périr au combat pour la cause des Sombrages, mes parents en seraient dévastés – ils auraient perdu leurs deux fils dans une guerre civile à laquelle ils ne voulaient pas prendre part. Il est vrai que j'aimerais rejoindre une faction où mes talents au combat peuvent être utiles mais être mercenaire est bien trop dangereux et garde est trop ennuyeux – surtout si je dois être posté à Morthal.
— Attendez… vous vous moquez de moi ? »
Aldaril arqua un sourcil, dévisageant Tharsten avec dépit.
« Vous osez me dire tout cela mais vous ne pensez pas à la solution la plus adaptée pour vous ? Vous êtes un Nordique, qui plus est habitant en Bordeciel non loin de Blancherive. Ne me dites pas que vous n'avez jamais songé à rejoindre les Compagnons. »
Le Nordique se moqua.
« Bien sûr que j'y ai pensé mais… je ne crois pas qu'ils m'accepteraient. Les Compagnons sont peut-être réputés pour leurs arts et passions du combat mais ce sont surtout des guerriers honorables et solidaires. Je connais mes défauts. Je sais que je suis trop impulsif et j'ai tendance à me faire plus d'ennemis que d'amis.
— Ce serait justement l'occasion de changer ça, insista Aldaril. Reconnaître ses erreurs est le premier pas pour devenir meilleur. Nous avons réussi à nous entendre malgré nos différents. Qu'est-ce qui vous empêche de continuer sur cette voie ? Qu'importe qui vous rencontrerez, cela ne pourra pas être plus difficile que notre coexistence forcée. Vous n'êtes pas d'accord ?
— Effectivement, vu sous cet angle... railla Tharsten en souriant narquoisement. Vous avez peut-être raison, elfe. Je devrais sans doute au moins tenter ma chance à Jorrvaskr.
— Évidement. Qu'avez-vous à perdre, de toute façon ? »
Tharsten frotta distraitement sa barbe, qui commençait à pousser après des jours sans la raser.
« C'est vrai… Je verrai tout ça, quand l'exploitation agricole de mes parents leur rapportera assez pour qu'ils puissent se débrouiller sans moi. En plus, cela me permettrait de voir plus Ysolda. »
Il souffla bruyamment en se penchant en arrière sur le chariot.
« Il ne faudrait pas que j'attende des années non plus, sinon un prétendant se présentera à elle… Argh, si je pouvais tomber sur un coffre de bandits rempli de pièces d'or ! Talos, écoutez mes prières et faites que ça arrive ! J'aime mes parents mais je sens l'aventure m'appeler et je me languis déjà d'elle ! »
Aldaril rit.
« Attendez, je me suis trompé. Vous ne devriez pas tenter votre chance chez les Compagnons mais à l'Académie des Bardes de Solitude, avec l'âme de poète dramatique que vous avez. Je suis sûr que lorsque vous chanterez vos vers d'amour à la Nordique de votre coeur, celle-ci voudra aussitôt devenir votre femme.
— Pff, fermez-là et arrêtez de vous payer ma tête, elfe.
— Mes excuses. Cela était trop tentant. »
Au grand soulagement de Tharsten, ils arrivèrent finalement à Fortdhiver, quittèrent le chariot avant qu'Aldaril ne puisse continuer de rire de lui et rejoignirent le pont en pierre menant à l'Académie. Faralda, une Haute-Elfe qui surveillait le pont, sourit à la vue d'Aldaril.
« Tiens, vous êtes de retour ? Définitivement, cette fois-ci ?
— Je n'ai pas prévu de repartir de sitôt, en effet.
— Bien ! Vous devriez trouver Mirabelle ou l'Archimage pour les avertir. Ils m'ont dit d'aller les trouver si vous reveniez. Autant que vous alliez le leur dire vous-même. Passez aussi voir votre professeure de guérison. Elle sera soulagée de savoir que vous revenez suivre ses cours. »
Quand ils passèrent le pont – où Tharsten grimaça lorsqu'ils traversèrent un passage particulièrement étroit qu'apparemment personne n'avait jamais songé à réparer… –, le Nordique arqua un sourcil en direction d'Aldaril.
« Pourquoi à chaque fois que nous venons ici, j'entends dire que vous devriez voir un professeur en particulier. Qu'êtes-vous exactement ? Son disciple préféré ?
— Colette Marence est celle qui enseigne la magie de guérison. Je ne connais pas beaucoup de maîtres de cette branche de la magie mais à mes yeux, elle est la meilleure dans son domaine et malheureusement celui-ci est assez… dédaigné par rapport aux autres arts magiques. De ce que je sais, je suis le seul à m'intéresser autant à l'art de la guérison depuis de nombreuses années. Je ne dirai donc pas que je suis son disciple préféré mais son seul véritable disciple. Cela fait qu'elle m'apprécie plus que les autres et pour ma part cela ne me dérange pas d'être son unique apprenti – au moins comme ça, je peux apprendre en paix et obtenir toute son attention pour améliorer mes compétences au plus vite. »
Tharsten pouvait comprendre le manque d'intérêt pour la guérison. S'il devait s'intéresser à la magie, il se serait tourné vers la magie de destruction ou d'altération mais certainement pas de guérison. Pourtant, les boules de feu ou des invocations de Drémoras seraient inutiles lors d'une blessure fatale que seule une magie de soin pourrait faire disparaître…
Ils pénétrèrent dans l'enceinte de la cour de l'Académie, en face du puits à l'étrange teinte bleutée devant la statue de Shalidor
« Attendez, ça reste allumé même quand il neige pas ? s'étonna Tharsten en regarder le rayon fait de particules magiques qui s'élevait vers les cieux. Je croyais que vos puits lumineux, c'était pour qu'on y voit malgré le blizzard. Ce n'est pas ça ?
— Aucune idée, déclara Aldaril en haussant les épaules. Cela fait des mois que je suis ici mais je peux vous assurer que ça sert à rien du tout. C'est peut-être fait pour assurer aux visiteurs que c'est un endroit magique. »
À l'air sceptique de Tharsten, il roula des yeux sous sa capuche et ajouta :
« Quoi ? C'est crédible comme explication. Comme ça, un Nordique vient, il voit ça et il fait demi-tour sans avoir le temps de casser les pieds à qui que ce soit. Parce ce que sinon, je ne vois vraiment pas l'utiliser de ce puits de magie. Nous utilisons déjà des sphères qui flottent au dessus du sol pour éclairer les salles, donc ça, c'est un peu inutile.
— Vous êtes sérieux, là ?
— Hé, personne n'a jamais dit que les sortilèges magiques devaient avoir une utilité essentielle et… »
Il n'eut pas l'occasion de finir sa phrase. Une explosion retentit, du côté des dortoirs des élèves.
« Par Talos, qu'est-ce que c'était ? s'écria Tharsten, une main sur le pommeau de son épée. Une attaque ? Un troll des glaces est entré ici ? Ou est-ce un atronach ?
— Non, non, déclara Aldaril en grimaçant. Ce n'est rien de tout ça. C'est juste… Brelyna, je suppose. Elle a dû essayer un nouveau sort et… ce n'est pas vraiment une réussite, semblerait-il.
— Brelyna ?
— Une autre élève de l'académie. Venez, allons voir l'Archimage avant que celui-ci n'apprenne ce qui s'est passé et soit débordé par d'autres soucis. »
Il empêcha le Nordique d'aller vers les dortoirs pour vérifier l'origine de l'explosion et le traîna jusque dans la Salle des éléments pour prendre les escaliers menant aux appartements de l'Archimage.
Savos Aren était penché sur un livre, l'étudiant avec attention quand Aldaril et Tharsten firent leur apparition. Il parut surpris et amusé de leur présence.
« Je ne pensais pas vous revoir avant un moment, jeunes gens, admit l'Archimage en déposant son livre et leur proposant qu'ils s'asseyent. J'ai essayé de trouver de quoi vous aider mais la province de Bordeciel est peu familière avec les expériences daedriques. Toutes les informations que j'ai trouvé sont… dangereuses et trop peu en rapport direct avec votre problème. Et vous ? Non, ne répondez pas. Je crois déjà connaître la réponse. Vos présences à tous les deux parlent pour vous. »
L'Archimage les scruta attentivement, lissant distraitement sa barbe.
« Je sens cependant votre réticence et votre hésitation. Avez-vous quelque chose de particulier à me dire ? »
Tharsten jeta un coup d'œil à Aldaril, qui paraissait regarder partout sauf vers l'Archimage, avant de prendre la parole :
« Euh… Je crois que c'est le moins qu'on puisse dire, monsieur. »
Savos Aren sourit en arquant un sourcil.
« Monsieur ? Voilà qui est fort poli, voir trop. Cela me donne l'impression qu'on parle à mon père. Faites comme tout le monde et appelez moi Aren.
— Ah bon ? Et lui , qui vous appelle maître ? rétorqua Tharsten en penchant la tête vers Aldaril.
— Un cas particulier. Un brin têtu quand il est focalisé sur une idée, comme vous avez dû le constater.
— Je ne vous le fait pas dire ! Parfois, cet elfe est encore plus têtu qu'un Nordique. Surtout quand il s'agit de Mara ou de… »
Le concerner fit mine de tousser pour attirer leur attention.
« Excusez-moi mais pouvons-nous retourner à l'essentiel ?
— Tiens, vous êtes sorti de votre mutisme, vous ? Dans ce cas, vous pouvez expliquer vous même la situation, non ? Après tout, c'est vous qui en êtes concerné. »
Le Haut-Elfe jeta un regard blessé et outré à son compagnon Nordique.
« Vous aviez que vous acceptiez de l'expliquer pour moi. Seriez-vous en train de me trahir ?
— Vous ne pensez pas dramatiser un peu ?
— Non ! Je vous rappelle que c'est votre idée. Vous avez dit qu'ils comprendraient ma… situation.
— Je sais, je sais… râla Tharsten en roulant des yeux. Et je vous ai aussi dit que si ça se passait mal, vous pourriez venir vivre chez mes parents à Morthal. Alors cessez de vous en faire pour si peu ! Vous ne vous retrouverez pas à la rue si on venait à vous renvoyer de l'Académie à cause de votre vampirisme. Bon, il faudrait pas dire à mes parents ce que vous êtes car ils auraient un peu peur mais…
— Vampirisme ? »
Aldaril et Tharsten dévisagèrent Savos Aren avec de grands yeux. Un silence pesant s'installa mais, en voyant que l'Archimage n'allait pas prendre la parole, le Haut-Elfe jeta un regard noir au Nordique et lui siffla :
« Vous avez vu ce que vous avez fait ? Maintenant prenez vos responsabilités ! »
Tharsten croisa les bras en soupirant.
« D'accord, d'accord… Bon, par où commencer ? Ah, je sais ! J'étais à Pondragon quand le village a été attaquée par une secte… »
Étonnamment, le récit de la transformation en vampire d'Aldaril ne fut pas aussi long qu'ils l'imaginaient – et confirmait que Tharsten était bien meilleur orateur que son camarade elfe.
Quand Tharsten eut fini de raconter leurs mésaventures et que tous deux attendirent le verdict de l'Archimage de l'Académie de Fortdhiver – principalement pour savoir s'ils devaient s'enfuir au plus vite avant d'avoir des Vigiles de Stendarr aux trousses – ils furent étonnés que le Dunmer se contente de hocher lentement la tête.
« Vous avez effectivement tous les deux vécu des aventures difficiles. Il est bon que vous ayez renoncé à vos recherches. Les Princes Daedra aiment se jouer des Mortels et les tourmenter. Vos mésaventures sont probablement ce qu'ils désiraient voir. Le meilleur moyen de contrer cette malédiction est de l'ignorer et faire comme si elle n'existait pas. »
Il n'ajouta pas rien. Aldaril et Tharsten se dévisagèrent en silence.
« Et c'est tout ? demandèrent-ils d'une seule voix.
— Hé bien oui, déclara l'Archimage en souriant. Vous attendiez-vous à autre chose ?
— Oui ? proposa Tharsten. C'est vraiment tout ce que ça vous fait d'appendre qu'il est un vampire désormais ?
— Cela veut dire que je peux rester ou qu'il faut que je parte ? ajouta Aldaril, confus.
— Si vous désirez vous en aller, vous êtes libre de le faire mais je ne vous renverrais pas simplement parce que vous êtes atteint de vampirisme, annonça Savos Aren. Bien sûr, je vous aiderai à vous adapter à votre nouvelle condition. Je ne connais pas de remède au vampirisme mais j'ai quelques potions pour vous aider à atténuer ses effets. Je vous conseillerai tout de même de garder sous silence que vous êtes un vampire – tous ne sont pas aussi… nonchalants que moi à ce sujet et si quelqu'un venait à l'apprendre, venez tout de suite m'en informer. L'Académie est un lieu de recueillement, de partage et de vie pour tous ceux qui désirent se tourner vers le savoir et la connaissance. Si nous tolérons que certains s'essayent à la nécromancie dans un usage strictement privé et expérimental, votre état vampirique ne ne sera pas un problème. »
Aldaril avait clairement du mal à en croire ses oreilles. Il se prépara à protester quand Savos Aren leva la main pour lui faire signe de se taire et se tourna vers la porte. Celle-ci s'ouvrit et entra une Mirabelle Ervine agacée, accompagnée de trois étudiants couverts de suie. C'étaient Onmund, Brelyna et même J'zargo – le Khajiit paraissant d'ailleurs mécontent d'être là.
L'Archimage se leva.
« Que se passe-t-il, Mirabelle ?
— Je suppose que vous avez entendu l'explosion qu'il y a eu, Aren ? questionna le Maître-Mage.
— En effet. Puisque je n'ai pas entendu de cris et que personne ne s'est précipité ici, j'ai supposé que rien de grave ne s'était passé. Me serais-je trompé ?
— On peut dire ça, oui. Le Pavillon de l'Accomplissement est sans dessus dessous grâce à ses trois là qui s'essayaient à des sorts de destruction d'un niveau bien trop supérieur à leurs talents pour qu'ils puissent les maîtriser.
— Je n'y suis pour rien, monsieur ! s'exclama Onmund d'un ton paniqué en pointant du doigt sa camarade. J'étais juste à côté de Brelyna quand elle a lancé son sort ! Je n'ai rien fait !
— C-Ce n'était pas ma faute non plus ! déclara Brelyna de la même voix inquiète. C'est la faute de J'zargo ! I-Il m'a déconcentré et mon sort est parti dans le puits magique !
— J'zargo n'a rien fait, se défendit le Khajiit en croisant les bras. J'zargo voulait simplement essayer ses parchemins de runes de feu géantes. Ce sont la Dunmer et le Nordique les coupables. À cause d'eux, J'zargo va devoir se racheter une robe de mage et nettoyer toute la suie collée à son pelage. »
Comme pour appuyer ses propos, il se dépoussiérera. Savos Aren regarda la suie tomber sur le sol de ses appartement d'un air sceptique.
« Je vois… Venez ici tous les trois et expliquez moi en détail comment tout ceci s'est produit. Aldaril, vous et votre ami êtes libres de partir. Je pense que cette conversation avec vos camarades prendra un moment. »
Avant de quitter la salle, Aldaril souffla à Onmund des encouragements pour supporter ce qui allait suivre, ce à quoi le Nordique le remercia en grimaçant.
« Ils ont des ennuis ? déduisit Tharsten lorsqu'ils descendirent les escaliers menant à la Salle des éléments.
— Normalement, l'Archimage est quelqu'un de compréhensif, déclara Aldaril avant de sourire. Mais puisque Mirabelle Ervine reste pour s'assurer d'assister à la sentence qui donnera à Onmund et les autres, je suppose qu'il s'efforcera de leur donner une peine plus sévère que prévu.
— En même temps, il est vrai que cette explosion aurait pu être dangereuse…
— Oh vous savez… Dans une Académie remplie de mages, des incidents du genre arrivent fréquemment.
— Cela ne fait que confirmer ce que je pense de vous. Les mages sont vraiment fous. »
Aldaril haussa les épaules à cette conclusion mais ne protesta pas. Ce que Tharsten disait n'était pas entièrement faux.
Ils passèrent en silence près de la Salle des éléments où Tolfdir donnait un cours à un autre groupe de trois étudiants. Ils quittèrent l'enceinte du bâtiment et, une fois en extérieur, furent accueillis par une tempête de neige sous un ciel grisâtre.
« Quoi ? s'exclama Tharsten, incrédule. Quand est-ce qu'il s'est mis à neiger, ici ? Cela fait même pas une demi-heure que nous sommes entrés !
— Vous ne savez donc pas que les blizzards se déclenchent rapidement, dans le nord de Bordeciel ? taquina Aldaril. Je croyais que vous étiez un Nordique…
— Si, mais pas à ce point ! On dirait qu'ici, à peine on cligne des yeux, il y a une couche de neige qui nous recouvre ! Même Vendeaume, Aubétoile et Morthal n'ont pas de changements de climats si brutaux. Si vous voulez mon avis, ce n'est pas étonnant si cette châtellerie soit si abandonnée… »
Aldaril roula des yeux, abaissant sa capuche. En étant vampire, en plus de bien voir dans l'obscurité et de se déplacer plus furtivement comme si son corps ne pesait rien, le froid ne lui faisait plus le moindre effet. Donc à défaut de pouvoir supporter le soleil et la chaleur, au moins dans une région glaciale comme le nord est de Bordeciel, son sang vampirique avait quelques avantages non négligeables.
« Dans ce cas, je suppose que vous êtes impatient de la quitter pour retourner dans votre village perdu au milieu de nulle part ?
— Ce n'est pas ainsi que j'aurais présenté les choses mais on peut dire ça, admit Tharsten. Je pense que je prendrais un peu de repos une fois à Morthal et mes parents seront ravis de me revoir sain et sauf. C'est amusant de voyager aux quatre coins de Bordeciel mais c'est encore mieux de rentrer chez soi. Vous me raccompagnez jusqu'à la sortie de votre Académie ? Vous savez, en souvenir de ce que nous avons vécu et…
— Et vous avez peur de traverser le pont délabré de l'Académie ? l'interrompit Aldaril en arquant un sourcil, un sourire moqueur aux lèvres.
— Euh… oui ? Hé, ne vous moquez pas ! Si vous preniez la peine de réparer vos ponts, je n'aurais pas à craindre de glisser et de tomber dans la Mer des Fantômes. Je jure devant Talos que si vous n'arrêtez pas maintenant de rire, je vais vous… ! »
Il ne mit malgré tout aucune de ses menaces à exécution, se contentant de grommeler dans sa barbe en suivant Aldaril qui, avant qu'ils ne quittent l'Académie, fit un détour par le Pavillon de l'Apprentissage. Il en ressortit en grimaçant.
« Je crois qu'il sera impossible pour quiconque de dormir là-dedans cette nuit. Ce n'est pas si étonnant que dame Ervine soit remontée contre Onmund et les autres… Heureusement, mes affaires sont intactes. »
Ils se dirigèrent en silence vers le pont à moitié effondré de l'Académie qui surplombait le vide avant d'atteindre la structure munie de grilles qui représentait l'entrée de l'institut.
Sauf qu'une fois devant les habitations désolées de Fortdhiver héritées du Grand Ravage, Tharsten et Aldaril s'observèrent sans savoir quoi se dire. Eux qui avaient passé leur voyage à se disputer et se plaindre l'un de l'autre ne trouvaient plus rien à se dire une fois sur le départ.
« Je suppose que c'est le moment où nous sommes censés faire nos adieux et où je vous dis que si vous passer à Morthal, vous n'avez pas à hésiter à venir à la maison ? demanda Tharsten en passant une main à son cou.
— Par pitié, ne faites pas ça, grimaça Aldaril. Si vous commencez à devenir trop familier et accueillant avec moi, je croirais que vous êtes malade. Plutôt que de dires des bêtises, acceptez ceci. »
Il tendit au Nordique deux parchemins.
« Ce sont des parchemins que maître Marence m'a remis lorsque j'ai été élevé au rang de spécialiste de la magie de guérison. De ce que je sais, ils sont extrêmement rares et concernent des soins très particuliers capables de soigner des blessures fatales.
— Ne le prenez pas mal mais… qu'est-ce que vous voulez que je fasse, de ces trucs ?
— Je sais que vous vous en fichez. Je vous imagine mal les utiliser mais acceptez les tout de même comme un cadeau de ma part, en remerciement de votre aide. Ce que vous en faites vous regarde. Vous pouvez les utiliser ou bien… vendez-les ? Je vous assure qu'ils valent un très bon prix. Je suis persuadé que le sorcier de la cour de votre jarl serait intéressé de les obtenir. »
Cela ne rendit Tharsten que plus confus, bien qu'il prit les deux parchemins et les rangea dans son sac.
« Je ne suis pas certain de voir où vous voulez en venir, avec ces parchemins… »
Aldaril sourit avec suffisance et satisfaction.
« Hé bien, n'est-ce pas vous qui avez dit que lorsque vos parents arriveraient à se débrouiller sans vous, vous tenteriez votre chance chez le Compagnons de Jorrvaskr ? Je pense que ce présent pourrait vous aider à concrétiser cet objectif. Bien sûr, c'est votre choix… »
Le regard incrédule de Tharsten le fit croiser les bras et se renfrogner.
« Quoi ? Vous me prenez pour un ingrat qui ne sait pas faire preuve de gratitude envers autrui ?
— Loin de là, déclara le Nordique en secouant la tête. C'est juste très… inattendu de votre part. Maintenant, c'est moi qui passe pour un égoïste. Je n'ai pas prévu de cadeau pour vous.
— C'est pas grave.
— Au contraire ! s'exclama Tharsten. Un Nordique est toujours redevable pour ce qui lui est offert !
— Vous avez dit que si je passais à Morthal vous m'accueilleriez ? Dans ce cas, dites vous que ce serait votre cadeau et n'insistez pas, s'exclama Aldaril, agacé.
— Et moi je vous dit que je le veux ! En plus, vous avez raison. Offrir un présent est un bon moyen de sceller cette nouvelle amitié et nos séparations, pour que nos retrouvailles n'en soient que plus belles.
— Pensez d'abord à retourner chez vous en vie avant de dire de telles choses.
— Hein ? Pourquoi dites-vous ça ?
— Parce que j'ai vagabondé avec vous dans à peu près tout Bordeciel. Je peux donc affirmer sans trop de doutes que vous avez un don pour attirer les problèmes avec des assassins, des nécromanciens et des vampires ! »
Face à ces accusations, Tharsten croisa les bras.
« Dois-je vous rappeler que la plupart du temps, je me suis attiré ces problèmes par votre faute ? rétorqua-t-il. Si j'étais à Pondragon, c'était parce que vous m'aviez énervé ! »
Aldaril écarquilla les yeux, outré.
« Quoi ? Vous insinuez que c'est moi le responsable de tous vos maux ? Vous vous fichez de moi, Nordique ? À chaque fois que vous croisiez quelqu'un qui vous déplaisait, vous étiez prêt à sortir votre épée pour le pourfendre !
— Parce que vous étiez mieux peut-être ? Vous vous arrêtiez toutes les deux heures pour venir en aide à quelqu'un et passiez votre vie à discuter !
— Ah bon ? Et l'assaut de Nordguet pour secourir Thorald Grisetoison ? C'est vous avez proposé qu'on se rendre là-bas pour délivrer votre vieille connaissance.
— Parce que c'était une question de vie ou de mort ! Contrairement à notre passage à Faillaise et votre lubie d'aller au Temple de Mara pour récupérer des prospectus à distribuer.
— Et les habitants de Pondragon que vous avez aidé à défendre, allant même jusqu'à vous faire capturer ?
— Et la fille l'alchimiste de Solitude avec qui vous avez discuter pendant des heures ? »
Ils se turent pour mieux se fusiller du regard, la tension entre eux aussi épaisse que le blizzard qui rugissait dans Fortdhiver.
Puis un bruit semblable à un rire étouffé échappa à Tharsten, qui céda finalement et éclata de rire. Aldaril se retenu de faire de même mais sourit.
« Je crois que nos disputes me manqueront, Nordique.
— À moi aussi, Haut-Elfe. Bon, il serait temps que je parte, sinon ce sera le cocher qui s'en ira sans moi et je ne me sens pas prêt à aller à pied jusqu'à Aubétoile pour y louer une voiture. Avec ma chance légendaire, un troll de glace m'attaquerait sur le chemin. »
Il commença à s'éloigner, luttant contre la neige et le vent pour avancer dans la direction supposée du chariot qui devait le ramener à Morthal.
« Tharsten ? » s'écria Aldaril.
Le Nordique se retourna. S'il fut étonné, il ne le montra pas mais attendit que l'elfe poursuivit. Aldaril sourit et lui dit :
« À notre prochaine rencontre. »
Tharsten sourit narquoisement.
« À notre prochaine rencontre, Aldaril III ! »
Aldaril, lui, ne cacha pas sa surprise, au grand amusement du Nordique qui rit de plus belle en se retournant. Le Haut-Elfe le regarder disparaître dans la brume du blizzard de Fortdhiver avant de faire volte-face pour rejoindre l'Académie.
C'était la première fois qu'ils s'appelaient tous deux par leurs prénoms et il ne doutait pas que ce ne serait pas la dernière.
Au départ, je voulais faire un avant dernier chapitre où Aldaril et Tharsten se battent côte à côte face à un ennemi commun ou un groupe d'ennemis mais après réflexion, ça faisait trop… cliché d'action je suppose, en plus de ne pas être très utile. Du coup à la place, j'ai écris un chapitre tout aussi cliché mais dans le style « on vient de traverser la moitié du monde ensemble et avons failli mourir cent fois mais au moins, nous avons appris à nous connaître et bla bla bla… ».
J'espère que vous avez apprécié cette assez courte fanfiction, pour ma part ça a été un plaisir immense de l'écrire. Je précise aussi que tout ce qui va être posté après ce chapitre sera du bonus, l'intrigue principale étant finie (oui, je sais, intrigue est un mot fort pour ce qu'a été cette histoire mais bon…).
Je vous remercie d'avoir lu cette histoire et je salue chaleureusement Nephariel pour ses reviews, je ne m'attendais pas vraiment à en recevoir autant pour une fanfic sur ce fandom.
