Il y a une quête dans Skyrim que j'adore particulièrement, et c'est celle liée à Hircine à Épervine. Depuis Bloodmoon, j'adore m'opposer au Prince Daedra de la Chasse et ça m'a fait plaisir de pouvoir continuer cette tradition dans Skyrim.

À la base, je voulais inclure l'intrigue de la quête Un soir au clair de lune dans les aventures de Tharsten et Aldaril à travers Bordeciel mais finalement, ce n'était pas vraiment essentiel donc j'en ai plutôt fait un bonus.


Chapitre bonus : La chasse d'Hircine

(1ère partie)

Hautzénith 4E 199

« Rappelez-moi pourquoi vous teniez à ce que je vous accompagne, Nordique ?

— Je pensais que cela vous ferait plaisir que nous nous revoyions pour un voyage dans Bordeciel, Haut-Elfe ! Nous ne nous sommes pas vus depuis si longtemps, après tout.

— Cela ne fait que quelques semaines depuis la dernière fois que je suis passé à Morthal vous voir.

— Justement. Cela fait une éternité, non ? »

Aldaril lui jeta un regard sceptique mais Tharsten continua d'aborder un sourire amusé pendant qu'il entendit l'Altmer grommeler que devenir un Compagnon de Jorrvaskr lui avait donné bien trop de temps libre.

Cela le fit rire et il répliqua :

« Vous avez conscience que je n'en suis membre que depuis quelques jours ?

— Oui, et regardez où vous en êtes déjà. Vous vous êtes rendu à Fortdhiver pour me proposer d'aller chercher un important objet daedrique repéré dans un donjon dans la châtellerie d'Épervine et en fait, nous nous rendons là-bas pour une aventure futile.

— Ce n'est pas une aventure mais une quête de la plus haute importance pour les Compagnons, rectifia Tharsten.

— Mais bien sûr ! Donc on vous donne beaucoup de responsabilités alors que vous venez d'arriver ? Vous ne sentez pas que vous vous contredisez, Nordique ?

— Euh… »

Tharsten toussa maladroitement et changea de sujet :

« Je crois que nous avons assez parlé de moi. Comment se passent vos études ? J'ai entendu dire que l'Académie avait obtenu l'accord du Haut-Roi Torygg pour effectuer des fouilles dans des ruines alentours. Est-ce vrai ?

— Oui, après des mois d'acharnement, maître Turrianus s'est vu accorder le droit de faire des recherches dans la cité de Saarthal et il s'occupe des derniers préparatifs avant de les commencer.

— Vous participerez à ces fouilles ?

— Je n'en suis pas encore certain. Je me prépare pour passer l'examen pour accéder au rang Maître en magie de Guérison. Une fois que j'aurais réussi cet examen, ma formation sera complète donc autant vous dire qu'il occupe tout mon temps.

— Déjà ? Je pensais qu'il fallait des années pour accéder à ce statut et vous, vous y arrivez en quelques mois. Vous êtes vraiment l'apprenti parfait.

— Maître Marence semble assez fière de moi, je le reconnais. Je dois cependant vous rappelez que je suis à l'Académie depuis l'an 197 et qu'avant ça, j'étudiais en Cyrodiil la magie de Guérison auprès des disciples du Temple de Kynareth. De ce fait, cela doit faire presque une décennie que j'ai commencé ma formation ? »

Presque dix ans à pratiquer la magie de guérison ? Il n'y a que des elfes pour se torturer à faire ça, pensa Tharsten. Enfin bon, il fallait bien des gens comme ça pour soigner d'une blessure mortelle.

Ils continuèrent de parler de tout et de rien pendant que le paysage autour d'eux changea une fois le village de Rivebois atteint, délaissant les grandes plaines entourées de montagnes de la châtellerie de Blancherive et ses alentours pour la région plus boisée et rocheuse de la châtellerie d'Épervine.

« Rappelez-moi ce que votre importante quête vous emmène faire à Épervine ? demanda alors Aldaril, quand la ville aux palissages de bois apparue dans leur champ de vision.

— Des étranges hurlements bestiaux ont été entendus de nuit dans la châtellerie depuis quelques jours, expliqua Tharsten.

— Vous êtes en train de me dire qu'on vous a envoyé vous occuper d'un simple meute de loups affamés ?

— Les habitants craignent que cela ne soit pas de simples loups mais des draugrs ou d'autres morts-vivants.

— Comment est-ce possible de confondre les hurlements de loups avec des grognements de draugrs ? Surtout que ces derniers sont censés être dans des tertres ou des cryptes, pas lâchés en pleine nature. Vous êtes vraiment forcé de vous déplacer pour de telles suppositions stupides ?

— Je pensais que vous serez plus enthousiaste que cela ! Je croyais que les mages s'intéressaient à tout ce qui était lié aux morts ? Il est certain que Saarthal doit grouiller de draugrs en tout genre.

— Vous venez de me donner une raison supplémentaire de refuser de participer aux fouilles de Saarthal. Les morts-vivants, très peu pour moi.

— C'est tout de même un comble qu'un futur Maître en Guérison ait peur de rencontrer des morts-vivants.

— Je veux devenir guérisseur, pas Vigile de Stendarr.

— Il n'est pas trop tard pour réfléchir à vos projets professionnels. Il est certain que ce serait drôle, un Vigile de Stendarr vampire. De toute façon, dans les deux cas, cela justifiera que vous couvrez toujours votre tête, même sous une si resplendissante journée. »

Aldaril lui jeta un regard dédaigneux et rajusta la capuche qui protégeait son visage du soleil. Pendant que Tharsten se réjouissait de ce beau temps en plein été nordique, son camarade elfique s'en désolait car même la châtellerie de Fortdhiver n'était plus victime de violentes tempêtes de neige et d'un ciel nuageux qui lui permettaient de sortir sans avoir à recouvrir toute sa peau pour ne pas brûler sous la lumière du soleil.

« Pourquoi quand ce sont les Khajiit qui portent des capuches en plein été, cela ne dérange personne mais quand c'est un Altmer, tout le monde trouve cela étrange ? s'était-il désolé.

— Parce que les Khajiit sont naturellement suspects, bien sûr, lui avait répondu moqueusement Tharsten. Vous les Haut-Elfes, c'est différent. Ce n'est pas que vous êtes mystérieux et soupçonnables mais plutôt que vous insupportez tout le monde.

— Vous êtes vraiment d'un grand réconfort, Nordique… »

Ils entrèrent à Épervine, sous les regards attentifs de deux gardes vêtus de bleu sombre, avec leurs boucliers portant l'emblème de la capitale de la châtellerie. Les deux voyageurs ne perdirent pas de temps à visiter – cet endroit était une exacte réplique de Rivebois, en plus grand – et trouvèrent assez rapidement leur chemin jusqu'à la demeure du jarl, où ils devaient rencontrer le chambellan de celui-ci.

« Bonjour ! s'exclama Tharsten avec un peu trop d'entrain en guise de salutations envers les gardes devant l'entrée de la grande maison en bois aux bannières indigos de la châtellerie. Nous sommes envoyés par les Compagnons de Jorrvaskr nous occuper d'un travail, à la demande d'un certain… euh… Nenya, je crois ? »

Il entendit vaguement Aldaril ricaner à côté de lui mais l'ignora et écouta les soldas quand ceux-ci lui expliquèrent que le chambellan n'était pas auprès du jarl : elle s'était rendue auprès de Runil, le prêtre du village mais reviendrait sous peu.

Plutôt que d'attendre son retour, ils décidèrent d'aller la trouver eux-même et se firent indiqués la direction de la Nécropole, près du Cimetière d'Épervine. Après quelques minutes à le voir sourire en coin, Tharsten s'agaça et demanda à Aldaril :

« Qu'est-ce qu'il y a de si drôle, elfe ?

— Oh rien… Vous savez que Nenya est un nom féminin elfique, n'est-ce pas ?

— Oh super, encore un elfe… marmonna Tharsten, avant que celui qui l'accompagnait ne lui donne un discret coup dans les côtes. Aïe ! Qu'est-ce qui vous prend, vous perdu l'esprit ou…

— Pour l'amour de Mara, taisez-vous et regardez devant vous ! »

Tharsten comprit mieux la réaction de l'elfe quand il vit deux Haut-Elfes en train de discuter devant un cimetière contenant des dizaines de tombes. La femme devait être le chambellan Nenya qu'ils recherchaient et l'homme le prêtre. Ils parlaient à voix basse, leurs airs soucieux et sombres.

Heureusement, ils ne l'avaient pas entendu râler concernant les elfes et, en les entendant approcher, leurs mines préoccupées laissèrent place à des regards neutres. Du moins jusqu'à ce que le visage du prêtre s'éclaircisse et un sourire orne ses lèvres.

« Est-ce vraiment vous, Aldaril ?

— Runil, vieil ami ! »

Sans comprendre, Tharsten regarda Aldaril s'approcher de l'elfe en grandes pompes et l'enlacer chaleureusement avec un sourire sincère.

« Vous vous connaissez ? ne put-il s'empêcher de demander, un peu vexé que son compagnon n'ait jamais pensé à lui parler d'une connaissance à Épervine.

— C'est le moins qu'on puisse dire, s'exclama Aldaril en s'écartant, la joie des retrouvailles adoucissant ses traits. Vous rappelez-vous quand je vous ai parlé de la Bataille de l'Anneau Rouge et de mon père gisant au sol, succombant lentement à ses blessures ? C'est Runil qui lui a sauvé la vie ce jour là, en m'entendant crier à l'aide. Sans lui, mon père serait mort.

— Vous exagérez, intervenu l'elfe aux cheveux gris en fronçant les sourcils. Grâce à vous, votre père aurait sans doute survécu à ses blessures même sans mon intervention.

— Ne minimisez pas vos actes, mon ami. J'étais un bien piètre mage à cette époque. Ce sont vos talents en guérison qui l'ont sauvé, pas moi.

— Vous aussi vous serviez dans la Légion impériale ? s'étonna Tharsten – parce que cela commençait à faire beaucoup de Mers dans l'Empire, selon lui.

— Non, je servais le Domaine Aldmeri. »

Le Nordique le fixa avec incompréhension.

« Donc vous étiez… ennemis ?

— C'est sans doute le plus intéressant dans tout ceci, déclara doucement Aldaril. Nous étions des adversaires mais il a sauvé la vie de mon père sans même y réfléchir. C'était la preuve vivante du pouvoir de l'Amour de Mara. »

Encore une fois, Runil s'oppose à ces éloges en secouant la tête.

« N'avons-nous pas déjà eu cette discussion auparavant ? Mara n'était en rien concernée par mes actions ce jour là. C'est Arkay qui m'a montré la voie à suivre, l'équilibre que nous étions en train de briser avec cette terrible guerre…

— Vous avez raison, n'en parlons plus. Je ne voudrais pas vous contrarier. Pourquoi ne pas expliquer la raison de notre venue ici, Nordique ? »

Bonne idée, pensa le concerné. Non pas que ces émouvantes retrouvailles l'ennuyaient à mourir mais un peu quand même, surtout quand ils étaient venus ici dans un but particulier. Il se tourna donc vers le chambellan et lui expliqua qui ils étaient et la raison de leur présence ici. La Haute-Elfe parut surprise, ainsi qu'un peu embêtée.

« Mes excuses mais il semble que j'ai demandé votre intervention pour rien, dit-elle. Le souci a été réglé il y a deux jours. Ne vous en faites pas, vous serez tout de même dédommagés pour le déplacement. Je ne voudrais pas que notre châtellerie soit en mauvais termes avec les Compagnons pour une erreur mineure.

— Réglé ? répéta Tharsten, confus. Que voulez-vous dire ?

— Nous avons attrapé le coupable de tout ce tapage nocturne. C'était Sinding, un Nordique travaillant à la scierie. Il s'est révélé être un lycanthrope – un loup-garou, si vous préférez.

— Malheureusement, nous ne sommes pas parvenus à l'arrêter avant qu'il ne fasse de victimes, ajouta Runil, désolé. Il a tué une petite fille et c'est justement cet incident qui a permis de le démasquer au grand jour.

— Quoi qu'il en soit, ce terrible évènement est derrière nous. Nous ferons exécuter Sinding sous peu. En attendant, il croupît dans nos prisons. »

Nenya les laissa et Runil les invita à passer dîner chez lui, invitation qu'Aldaril accepta avant de le quitter avec empressement lorsque Tharsten partit sans perdre de temps ou même l'attendre. Il remarqua l'air songeur du Nordique mais préféra de pas l'interroger, le suivant en silence sans trop savoir où ils se rendaient.

Finalement, Tharsten prit la parole :

« Vous m'expliquez, ce petit jeu avec votre vieil ami elfique ? »

Son ton n'était pas accusateur ou critique, simplement curieux.

« Quel jeu ? répéta Aldaril en arquant un sourcil.

— Concernant Mara et je ne sais plus qui.

— Arkay ? Oh, ce n'était pas un jeu, loin de là. Runil est quelqu'un de bon, même s'il porte le poids de ses erreurs passées et qu'elles continuent de le hanter. Il pense que servir Arkay est une pénitence pour tous les torts qu'il a causé et toutes les vies qu'il a ôté. Selon lui, sauver la vie de mon père durant la Bataille de l'Anneau Rouge en fait parti mais pour ma part, je crois plutôt que c'est la Déesse-Mère qui a entendu mes supplications et l'a mené sur mon chemin. C'est ce jour là que j'ai compris quel était le sens de l'Amour de Mara, sous toutes ses formes.

— Je ne m'y connais pas trop en Culte impérial ou religion elfique mais vous êtes sûr que vous ne confondez pas les principes de Mara et de Stendarr ?

— Cette pensée m'a déjà effleuré l'esprit. Je suis cependant parvenu à une conclusion qui me satisfait : Stendarr est dieu de la Miséricorde mais également de la Justice et ses fidèles ont une nette préférence pour cette dernière, comme les Vigiles de Stendarr le démontrent si bien. Mara, quant à elle, concerne les relations du cœur dans leurs formes les plus pures et, selon moi, aussi bien platonique que romantique – ce qui expliquerait aussi pourquoi elle considérée comme la Déesse-Mère. Sinon, si l'Amour de Mara ne concernait que le lien charnel existant entre deux âmes sœurs, quel serait le rôle de Dibella, déesse de la passion et de la luxure ?

— Pff, vous m'avez perdu avec toutes vos explications. Le Culte impérial est si compliqué…

— Dibella et Mara sont également deux divinités du culte nordique, je vous ferai remarquer.

— Hein ? Euh, o-oui mais… argh ! Et puis merde ! »

Ne trouvant rien à répliquer, il bafouilla des protestations incompréhensibles sous le regard amusé de l'elfe. Ce n'était pas sa faute si l'étude des religions – la théologie, le rectifia Aldaril – ne l'avait jamais intéressé.

« Vous ne m'avez pas dit où nous nous rendons, signala l'Altmer, changeant ainsi de sujet par pitié pour le Nordique à court de mots.

— Aux prisons. J'aimerais rencontrer Sinding. »

Tharsten ne s'étonna pas de voir Aldaril pâlir – même s'il pensait ça difficile, vu le teint naturellement albâtre des vampires – et s'arrêter de marcher, le dévisageant avec appréhension.

« Pourquoi voulez-vous voir ce meurtrier ? N'avez-vous pas entendu ce qu'à dit Runil ? C'est un lycanthrope et il a tué une enfant.

— J'en ai bien conscience mais… je veux lui parler. Savoir pourquoi il a fait ça.

— Parce que c'est un loup-garou ! souffla Aldaril, irrité. Une bête sanguinaire assoiffée de sang. C'est un monstre !

— Si c'est vrai, que pensez-vous être ? »

Aldaril se recula d'un pas, blessé. Une myriades d'émotions traversèrent ses yeux verts avant qu'il grimace et baisse la tête, honteux.

« Vous avez raison, je me suis emporté. Je ne devrais pas le juger alors que j'ignore tout de lui. Excusez-moi de vous avoir ainsi agressé, Tharsten.

— Moi aussi, Aldaril. Je ne voulais pas vous offenser, loin de là. Vous n'êtes pas un monstre. »

Le Haut-Elfe le regarda avec culpabilité et incertitude.

« Peut-être que j'en suis un, murmura-t-il avec remords. Les potions de maître Aren m'aident à étancher ma soif mais qu'en est-il des gens morts par ma faute, parce que la faim me dévorait, me rongeait de l'intérieur ? »

Tharsten leva les yeux au ciel et posa une main sur son épaule, la secouant fermement.

« N'en avons pas déjà discuté ? Cessez donc de vous apitoyez sur votre sort ! Vous avez fait ce que vous aviez à faire pour survivre. Vous avez essayé de lutter contre cette terrible maladie et les morts sur votre chemin ne sont pas de votre faute mais celle de ceux qui vous ont condamnés à être ce que vous êtes désormais. »

Voyant le faible impact de ses mots sur l'esprit de son camarade, il s'éloigna et ajouta :

« C'est pour cela que je veux rencontrer ce Nordique. Je veux savoir si… si lui aussi n'a pas eu le choix de devenir ce qu'il est à présent. »

La tactique fonctionna : Aldaril oublia son propre problème pour se concentrer sur ce que venait de lui dire Tharsten.

« Il est possible d'être changé en loup-garou contre son gré ?

— J'ai entendu dire que oui. Selon certaines croyances, une morsure ou une griffure de la part d'un loup-garou pourrait propager la lycanthropie qui coule dans ses veines.

— Comme la Sanguinare Vampiris, donc ?

— À peu près, oui. »

Aldaril accepta cette explication alors qu'ils trouvèrent finalement les geôles, dans la partie inférieure des Baraquements des gardes d'Épervine. Ils eurent l'autorisation de rendre visite au prison, enfermé dans une cellule des plus spéciales : située sous ce qui semblait être un ancien puits, le prisonnier avait de l'eau jusqu'aux chevilles. Il remarqua la présence de deux personnes devant sa porte et s'approcha, bien qu'avec une certaine hésitation.

À première vue, il était impossible de le prendre pour quelqu'un de dangereux. S'il n'était pas chétif, c'était tout de même un homme assez maigre pour un Nordique, avec de courts cheveux blonds sales, une barbe mal taillée et des yeux soucieux.

Il plissa des yeux à la vue des visiteurs et dévisagea longuement Aldaril qui, en retour, resta à l'écart et laissa Tharsten parler :

« Vous êtes Sinding ?

— Oui, c'est moi. Que me voulez-vous ?

— Nous avons appris que vous avez tué une petite fille. »

Le prisonnier se recula, croisant les bras.

« Je ne voulais pas que cela arrive, dit-il d'une voix accablé. Cela a été plus fort que moi. J-Je… Quand je suis venu ici, on cherchait des ouvriers à la scierie. C'était un travail tranquille et je pensais que tout se passerait bien mais…

— L'appel du loup a été trop fort pour que vous y résistiez, conclu Tharsten pour lui, à sa grande surprise.

— V-Vous… On vous l'a dit ? »

Sinding soupira.

« Je suppose qu'il ne sert plus à rien de le cacher. En effet, je suis un loup-garou mais je jure devant les dieux que jamais je n'ai voulu que cette malédiction me fasse tuer une enfant. C'était un accident.

— Vous prétendez que vous ne saviez pas que la lycanthropie vous pousserait à attaquer quelqu'un ?

— S-si mais… argh… »

Il tira de son index gauche une bague argentée ornée d'une tête de lui et leur la présenta :

« Depuis que j'ai été changé en loup-garou, l'appel du sang a toujours été fort en moi. Alors j'ai cherché un moyen d'y faire face et je suis parvenu à obtenir ça. C'est un artefact daedrique, la Bague d'Hircine. Je pensais qu'elle m'aiderait à me contrôler lorsque je suis transformé mais c'est tout l'inverse qui est arrivé. Mes transformations se déclenchaient n'importe quand à cause d'elle. C'est… C'est ce qui est arrivé quand j'ai tué cette enfant. Le loup voulait la dévorer. J'ai essayé de lutter mais cela n'a pas suffi. Juste avant que cela se produise, je prévoyais de me rendre dans les bois entre Épervine et Rivebois. J'ai découvert que là-bas vit un animal sacré, un cerf blanc. Apparemment, si on parvient à le tuer, le Prince Daedra de la Chasse se présente à nous.

— Hircine ? s'exclama Tharsten, incrédule. Pour quelle raison voudriez-vous le rencontrer ?

— Pour implorer son pardon et apaiser sa colère. En refusant d'écouter l'appel du loup en moi, j'ai défié la nature même de la lycanthropie et avec cette bague, j'ai essayé de fuir son pouvoir. Je… Je sais que je mérite pas de vous demander ceci mais pourriez-vous me rendre un service ? »

Il passa le bras à travers les barreaux de la cellule et leur tendit l'anneau maudit.

« S'il-vous-plaît, trouvez le cerf blanc et donnez cette bague à Hircine. Si je dois mourir et rejoindre le Terrain de Chasse pour être à jamais soumis à son autorité, je préfère que cela se fasse sans avoir à subir son courroux dans l'au delà. »

Tharsten fixa avec dédain et dégoût la Bague d'Hircine, sans faire le moindre geste pour la prendre. Pendant un bref instant, Aldaril était certain qu'il allait tourner les talons et partir mais à sa grande surprise, le Nordique finit par attraper l'anneau argenté et le rangea dans une poche.

« Nous allons le faire, dit-il au prisonnier.

— Je vous remercie, déclara Sinding avec soulagement. Si nos chemins viennent à se croiser à nouveau, je n'oublierai pas la gentillesse dont vous avez fait preuve envers moi. Que les Divins vous bénissent. »

La nuit commençait à tomber quand ils sortirent des Baraquements. Sur le chemin pour se rendre à la demeure de Runil, Aldaril s'adressa Tharsten après s'être assuré que personne ne pouvait les entendre :

« Pardonnez-moi ma curiosité mais… vous semblez prendre cette histoire de loup-garou très à coeur. Pourquoi donc, si je puis me permettre de demander ? »

Le Nordique le dévisagea en silence, pensif, avant de laisser échapper un soupir las.

« Je suppose qu'il n'y a aucune raison que je vous le cache… »

Il contempla un instant le ciel étoilé à qui le soleil couchant donnait des reflets roses et oranges avant de dire :

« Je… J'ai eu des ancêtres lycanthropes. Enfin, ce ne sont pas vraiment mes ancêtres mais… Je ne vous ai jamais parlé des origines de ma famille, n'est-ce pas ? En vérité, nous ne sommes pas entièrement des Nordiques de Bordeciel – nous y vivons depuis les évènements de l'Année Écarlate qui nous ont fait quitter notre ancien foyer. Avant ça, ma famille vivait sur l'île de Solstheim, dans la province de Morrowind. Vous devez déjà le savoir : c'était autrefois une terre nordique, qui s'est détachée de Bordeciel et est finalement devenue une région dunmer malgré son climat froid.

« Je ne sais pas s'il existe toujours mais durant la Troisième Ère vivait dans cette contrée un groupe de Nordiques assez spéciaux, les Skaals. Je tiens mon prénom de l'un d'entre eux, le chef Tharsten Coeur-Croc qui fut malheureusement corrompu par le Prince Daedra de la Chasse, Hircine. Je ne sais pas si c'était le cas pour tous les Skaals mais beaucoup d'entre eux étaient alors des loups-garous et comme vous le savez, Hircine est le père de lycanthropie et pense pouvoir se jouer de la vie de ceux atteints de cette malédiction. Comme ce fut le cas pour sa partie de chasse en 3E 427, où il a été vaincu par le Névérarine – selon les légendes.

— Vous avez donc une grande aversion envers Hircine, si je comprends bien ?

— Profonde, oui. Hircine considèrent tous les loups-garous comme ses serviteurs, sans réaliser que certains d'entre eux – si ce n'est presque tous – n'ont jamais désiré être victimes de cette malédiction. Sinding en fait partie et si nous rencontrons bel et bien Hircine après avoir tué le cerf blanc, je compte bien le rappeler à ce Prince Daedra.

— Je comprends votre point de vue. En plus d'une répugnance naturelle envers Molag Bal, être atteint de vampirisme ne m'a fait que le détester encore plus pour se jouer ainsi de la vie des Mortels. »

Il s'interrompit un instant et hésita avant d'ajouter d'un ton peu assuré :

« Est-ce pour cela que vous désirez aider Sinding ? Pour énerver le Prince Daedra de la Chasse ? Vous êtes fou. Vous allez nous faire tuer, vous savez ?

— Ne le prenez pas mal, mais même si nous venions à mourir je considérerai cela comme un succès. Je ne suis pas aussi puissant que le Névérarine pour affronter Hircine dans un combat singulier mais si je peux lui rappeler que les Mortels ne sont pas à sa disposition ou à ses ordres, je serai satisfait. »

Aldaril ne lui répondit pas mais envoya des prières silencieuses aux Neuf Divins, les suppliant de leur venir en aide si Tharsten comptait vraiment s'opposer à Hircine.

Comme toujours, ce Nordique n'avait aucun instinct ce survie et même après tout ce temps, Aldaril n'arrivait pas à s'y faire…


Runil est le seul Haut-Elfe de Skyrim agréable à vivre – avec Faralda, de l'Académie de Fortdhiver. Du coup, j'aime bien ce personnage et comme il a participé à la Grande Guerre, ça m'a donné cette idée.

Je suis aussi assez satisfaite d'avoir pu parler des Skaals de Solstheim. J'avais déjà cette idée comme « origines » de la famille de Tharsten mais jusque là, il n'y avait pas eu d'occasion pour que j'en parle. Voici chose faite.