Voici la deuxième partie, qui retrace cette fois-ci toute la quête de Un Soir au Clair de Lune. J'espère que vous êtes prêts pour des scènes de combat pas terribles, parce qu'il y en a pas mal.


Chapitre bonus : La chasse d'Hircine

(2ème partie)

« Vous êtes sûr de vous, elfe ?

— Pour la énième fois, oui ! À moins que vous ayez des talents de chasseurs dont vous ne m'ayez pas parler, vous me laisser faire, Nordique. »

Tharsten se tut mais resta méfiant. Ce serait dommage de rater une si belle occasion.

Après des heures à vagabonder dans la châtellerie d'Épervine depuis hier soir, ils avaient trouvé leur proie. Le cerf blanc qu'ils recherchaient était devant eux, s'abreuvant dans un petit étang près d'une bord rocheux, sous la lumière du soleil levant.

Il ne les avait pas remarqué, cachés derrière des rochers et des branches de sapins, ce dont Aldaril avait profité pour sortir un arc et quelques flèches, achetés précipitamment au forgeron d'Épervine. Tharsten n'était pas convaincu par les talents d'archers du Haut-Elfe mais celui-ci lui ayant assuré qu'il excellait dans le maniement des armes à distances, il lui faisait confiance.

« C'était mon arme de prédilection lorsque j'étais un assassin de la Confrérie Noire, lui avait expliqué Aldaril, non sans une certaine amertume. Certes, ça fait des années que je n'ai plus touché à un arc mais cela ne s'oublie pas. »

Il le prouva en bandant son arc et avec une adresse et une précision hors-norme, tira une flèche vers le cou du cerf blanc. Celui-ci eut à peine le temps de lever la tête en entendant un sifflement que la flèche le transperça et le tua net.

Pendant que l'elfe rangea son arme sur son épaule et s'approcha, Tharsten resta un peu en retrait, pensif.

Peut-être qu'il faudrait qu'il cesse d'énerver un elfe qui pourrait mettre fin à ses jours en un clin d'œil ? C'était dans ce genre de moments qu'il se rappelait qu'en effet, il était ami avec un ancien membre de la Confrérie Noire qui était peut-être devenu un guérisseur mais n'avait rien perdu de ses compétences au combat…

« Pensez à passer un jour à Blancherive, proposa-t-il en le rejoignant. Je suis sûr qu'Aela sera ravie de rencontrer quelqu'un d'aussi talentueux à l'arc que vous. C'est la meilleure archère des Compagnons de Jorrvaskr mais je suis sûr que dans un duel de tir à l'arc, vous pourriez lui donner un peu de fil à retordre.

— Non merci, déclina Aldaril en examinant le cerf mort devant lui. Les démonstrations crâneuses et vantardes de supériorité ne m'intéressent pas.

— Par Talos ! Vous êtes obligé de toujours être si asocial ? Je vous jure que… »

Tout ce qu'il pensait dire mourut dans sa gorge quand une lumière bleutée surgie du corps de l'animal. Elle prit la forme du cerf blanc et celui-ci les fixa. Ils se reculèrent tous les deux d'un pas, ayant du mal à croire ce qu'ils voyaient.

« Bienvenue, disciples de la chasse. »

Tharsten sursauta lorsqu'une voix grave retentit dans son crâne. Elle résonnait comme un écho et il eut beau poser ses mains sur ses oreilles, cela ne servit à rien. Il vit à côté de lui qu'Aldaril n'avait même pas pris la peine d'essayer de faire taire la voix, se contentant de dévisager le cerf spectrale avec angoisse.

« Seigneur Hircine… souffla-t-il.

— C'est ainsi que vos semblables m'appellent, confirma l'apparition. En tuant le cerf blanc, vous m'avez invoqué. Je sais la raison de votre présence ici. »

Tharsten sentit son sang se mettre à bouillir mais se força à ne rien laisser paraître et s'avança audacieusement :

« Donc vous allez libérez l'anneau de sa malédiction et permettre à Sinding de ne plus être victime de transformations incontrôlées ? osa-t-il demander, bien moins intimidé que son confrère elfique.

— J'y réfléchirai peut-être mais vous devez d'abord m'honorez en me rendant un service.

— Vous honorez ? »

Aldaril empêcha in extremis le Nordique de dégainer son épée pour trancher le cou du cerf spectacle et ainsi s'attirer la colère du Prince Daedra devant eux. Hircine ne mentionna pas ce qui venait de se passer et continua :

« Celui qui m'a volé s'est enfui pour se réfugier dans ce qu'il pense être son sanctuaire, la Grotte du Bouffi. Il croit ainsi m'échapper. Comme un ours qui grimpe à l'arbre pour échapper à la chasse, mais qui en vérité ne fait que sceller son destin. Partez à la recherche de ce rôdeur renégat. Arrachez sa peau et faites-en moi offrande. Allez, la chasse vous attend. D'autres cherchent à s'attirer mes faveurs, une saine compétition. Ne vous attardez pas. La proie chaque jour s'éloigne. »

Sur ces derniers mots, l'esprit du cerf se volatilisa sous leurs yeux. Les deux amis restèrent un moment là sans rien dire, interdit. Puis Tharsten fronça les sourcils.

« Vous pensez que le rôdeur renégat dont il parle est Sinding, elfe ? »

Cela sembla faire reprendre ses esprits à Aldaril, qui secoua la tête et répondit d'une voix peu assurée :

« Cela ne fait aucun doute.

— Mais Sinding n'est-il pas censé être enfermé dans les geôles d'Épervine ? Pensez-vous qu'Hircine tente de nous envoyer dans un piège ?

— Je ne crois pas. Sinding doit s'être enfui dans la soirée, après que nous soyons partis à la recherche du cerf blanc.

—Vous ne semblez pas surpris. Vous saviez qu'il allait s'enfuir ?

— Bien sûr. C'était prévisible. Ce sont ses derniers propos qui m'ont fait comprendre qu'il allait partir. Il a dû attendre la nuit pour pouvoir se transformer et forcer les grilles du puits. »

Tharsten tapa rageusement du pied dans l'herbe.

« Quel idiot ! Comment sommes-nous censé l'aider, maintenant ? Avez-vous une une idée d'où peut être la Grotte du Bouffi ?

— Non. »

Il sentit qu'il y avait un ''mais'' et attendit qu'Aldaril ajoute quelque chose. Le Haut-Elfe parut mal à l'aise mais finit par dire :

« Vous savez que les vampires et les loups-garous ne s'apprécient pas vraiment ? Hé bien, ce ne sont pas que des rumeurs. Quand nous avons rendu visite à Sinding, son odeur m'insupportait et me rendait malade. C'est pour cela que je vous ai laissé lui parler et que je suis resté en retrait.

— Vous êtes en train de me dire que grâce à vos sens vampiriques, vous pourriez… le suivre à la trace ?

— À peu près, oui. L'odeur d'un lycanthrope est bien plus repérable que des mortels ordinaires. Néanmoins, si vous voulez que l'on se lance à sa poursuite, nous ne pourrons pas nous permettre de perdre trop de temps. Même si Sinding doit être affaibli de jour, dès que la nuit tombera il se transformera et prendre de l'avance sur nous. Si nous nous attardons trop, je risquerai de perdre sa trace. Je suis un vampire donc ne pas dormir ou me reposer ne me posera aucun mais vous…

— Ne vous en faites pas, je ne nous ralentirai pas, je vous l'assure. Laissez moi une heure pour m'assoupir et boire et cela fera largement l'affaire. Allez, mettons-nous en route avant qu'il ne soit trop tard et que la Chasse Sauvage ait raison de Sinding. »

. . .

Comme l'avait averti Aldaril, la course jusqu'à la Grotte du Bouffi fut particulièrement éprouvante pour Tharsten malgré les efforts du Nordique pour supporter le manque de sommeil, la faim et la soif qui le tiraillaient.

Pendant trois jours, ils remontèrent vers le nord et passèrent par les montagnes qui séparaient la châtellerie d'Épervine à celle de Blancherive, tout cela en ne prenant que quelques dizaines de minutes chaque jour pour faire une pause. Plus d'une fois,il sentit l'envie de renoncer et de laisser Aldaril prendre les devants et rejoindre seul Sinding mais craignait pour la vie du Haut-Elfe si celui-ci venait à tomber nez à nez seul contre les autres chasseurs dont avait parlé Hircine.

Après une torture de trois jours, ils arrivèrent enfin devant la Grotte du Bouffi. La nuit était tombée mais le ciel étoilé d'habitude si agréable et paisible à observer portait les traces d'un sinistre évènement, avec la lune arborant des reflets rougeâtres inquiétants comme si une Porte d'Oblivion était apparue non loin.

« C'est de mauvais augure, marmonna Aldaril en abaissant sa capuche, révélant ainsi ses yeux devenus rouges à l'approche du soir.

— La Chasse doit avoir commencé, approuva Tharsten. J'espère qu'il n'est pas trop tard.

— Vous vous sentez suffisamment en forme pour combattre ? Je peux m'y rendre seul, vous savez. Cela ne me dérangera pas et…

— Encore une fois, non ! Je vais bien et je vous accompagne. C'est moi qui ait tenu à ce qu'on aide Sinding, alors il est hors de question que je reste derrière pendant que vous vous mettiez en danger. »

Ils pénétrèrent donc dans la Grotte du Bouffi, dont la vue ouverte sur la lune rouge donnait à l'obscurité alentour et aux hautes parois rocheuses des teintes sanglantes. Aussitôt, une odeur nauséabonde arriva à leur narines. C'était l'odeur du sang.

Ils en trouvèrent bien vite la cause : près d'un feu de camp, un Khajiit grièvement blessé était appuyé contre une pierre. Il les vit approcher et siffla, sa respiration lourde et douloureuse :

« Avez-vous reçu l'appel de la Lune de sang ? Soyez prudent. La proie est plus fort que prévue. Elle est plus forte que les chasseurs, mais d'autres viendrons. Abattez-la. Pour la gloire du seigneur Hircine… »

Sur ces dernières paroles, il poussa un râle de douleur et s'effondra sur le côté, mort. Tharsten et Aldaril n'échangèrent pas un mot et avancèrent dans le gouffre, attentif au moindre bruit suspect qui pourrait venir rompre le pesant silence des lieux. D'autres cadavres jonçaient le sol, tous vêtus d'armures de cuirs ou de fer et d'armes diverses – c'étaient soit des chasseurs soit des guerriers et pourtant ils s'étaient fait massacrés.

Ils approchaient d'une cascade quand un hurlement sauvage les fit sursauter. Ils levèrent les yeux au ciel et virent, sur le sommet d'un rocher en hauteur, une créature noire anthropomorphique éclairée par la lune rouge sang derrière elle. C'était un loup-garou.

Ils furent trop impressionnés pour bouger, craignant qu'au moindre geste brusque la bête bondirait pour les égorger avec ses crocs et ses griffes. Le lycanthrope ne fit pourtant aucun mouvement vers eux et se contenta de les fixer de ses yeux rouges.

« Vous ? Je ne pensais pas vous revoir. »

Sa voix, grave et rauque, était tout de même reconnaissable et Tharsten écarquilla les yeux. C'était lui. Qui cela pourrait-il être d'autre ?

« Sinding ? Est-ce vous ?

— Oui, confirma la bête. Je comprends votre étonnement. Que faites-vous ici ?

— On nous a demandé de vous tuer » répondit franchement Aldaril.

Sa réponse ne troubla nullement le Nordique transformé, qui se contenta de répondre d'une voix résignée :

« Je ne peux vous en empêcher, si c'est ce que vous voulez faire. Hircine est trop puissant.

— Nous n'avons pas dit que c'est ce que nous allions faire, protesta aussitôt Tharsten, en fronçant les sourcils. Ne voulez-vous pas vous battre pour votre survie ?

— Bien sûr que oui mais m'aider ne vous apportera rien, si ce n'est ma loyauté envers vous. Seriez-vous prêts à devenir des ennemis du Prince Daedra de la Chasse ?

— Je ne crains pas Hircine.

— Néanmoins, en échange de notre aide vous pouvez nous donner votre parole, intervenu Aldaril. Promettez de ne plus mettre d'innocents en danger, même par votre simple présence en un lieu.

— J'en fais le serment, répondit Sinding sans hésitation. Je sais maintenant que je ne peux pas vivre parmi les gens. »

Aldaril hocha la tête, permettant ainsi à Tharsten de dire :

« Alors, c'est décidé. Nous allons vous laisser la vie sauve et vous aider à affronter les chasseurs ayant répondu à l'appel de la Lune de Sang.

— Que les dieux vous bénissent. »

Sinding recula de son rocher en leur faisant signe de le rejoindre, ce que le Nordique et le Haut-Elfe s'empressèrent de faire en empruntant une série d'escalier.

Tharsten ne put s'empêcher de déglutir devant la taille de plus de deux mètres du loup-garou. C'était bien une des rares fois où quelqu'un le dépassait d'une tête – avec l'elfe, bien sûr lui grand que lui. Il réfléchit à ce qui se serait passé s'ils avaient dû affronter Sinding et n'aimait pas l'idée de se retrouver à combattre une telle créature – même en sachant que sa conscience était celle d'un homme et non d'un monstre sanguinaire.

Sinding fut le premier à s'engager vers ce qui semblait être les vestiges d'un ancien fort dont il ne restait qu'un mur et des escaliers. Tharsten le suivit, épée en main et derrière eux, Aldaril fermait la marche, son arc bandé et prêt à agir.

Ils ne tardèrent pas à rencontrer les chasseurs. Deux se présentèrent devant eux, un archer rudement équipé et un autre Khajiit. L'archer n'eut pas le temps de tirer une flèche qu'une envoyée par Aldaril lui transperça la gorge. Sinding et Tharsten se débarrassèrent vite du Khajiit, le lycanthrope lui tailladant le visage avant que le Nordique lui tranche la gorge.

Le plus dur vint après. Dans un cri de guerre, un Nordique vêtu d'une armure de fer se précipita sur eux et frappa fortement Tharsten dans le torse, lui coupant le souffle et le faisant tomber en arrière. L'agresseur esquiva le coup porté par Sinding et Aldaril n'osa pas lui tirer dessus, de crainte de toucher un de ses alliés avec une flèche. Il s'approcha de Tharsten, l'aidant à se relever et pendant que l'apprenti Compagnon reprenait ses esprits, rejoignit Sinding qui faisait maintenant face à deux adversaires, un Rougegarde étant venu prêter main-forte au chasseur Nordique.

« Sinding, reculez ! » hurla Aldaril.

Le loup-garou s'exécuta et bondit en arrière, permettant à l'Altmer de tendre ses deux mains et de faire exploser deux runes de feu sous les pieds du Rougegarde et du Nordique. Un déluge de flamme dévora les deux chasseurs, dont les cris s'estompèrent bien vite.

Sauf qu'avant qu'ils puissent se réjouir de leur victoire, un sifflement perça l'air. Aldaril laissa échapper un grognement sourd en sentant une flèche se planter dans son épaule gauche.

« Un archer ! cria Tharsten. Je ne le vois pas. Où est-il ? »

Ses coéquipiers avaient déjà la réponse : Sinding grâce à son odorat et son ouïe, Aldaril grâce à sa vue vampirique qui lui permettait de bénéficier d'une vision nocturne bien supérieure à celles des autres mortels. Il envoya une boule de feu dans un bosquet, dont sortit précipitamment une archère Rougegarde. Avant qu'elle ne puisse préparer un nouveau tir, Sinding fonça sur elle et la frappa si fort qu'elle percuta le mur derrière elle et s'effondra au sol, morte.

« Est-ce fini ? demanda Tharsten. Les avons-nous tous eu ?

— Non, répondit Sinding. Il y en a d'autres. Je les sens.

— Et je les entends, ajouta Aldaril. Ils sont plus loin dans la grotte. »

Il arracha la flèche fichée dans son épaule en grimaçant et se soigna rapidement à l'aide d'un sort de guérison avant de reprendre son arc en main et de préparer une flèche.

« Laissez-moi l'initiative. Je vais les prendre par surprise. »

Il s'accroupit et s'avança discrètement, Tharsten à sa suite et Sinding en retrait. Ils s'engagèrent dans un long couloir luxuriant, jusqu'à ce qu'apparaisse une petite clairière dans laquelle se tenaient deux personnes, vêtues de la tête aux pieds par des équipements en acier et en cuir. Elles ne les avaient pas encore vus, discutant à voix basse.

Aldaril en profita pour bander son arc et viser le Khajiit, qui lui paraissait être le plus dangereux. Il n'avait pas le droit à l'erreur.

Il visa, tira sur la corde et la lâcha d'un coup. La flèche en fer fila et, à la grande satisfaction d'Aldaril, se planta entre les deux yeux de l'homme-chat, qui s'effondra raide mort. Le Nordique, en voyant son camarade tomber, fit volte-face et dégaina une hache d'arme en acier.

Tharsten réagit aussitôt et se plaça devant l'elfe, brandissait son épée. Sa lame bloqua la hache mais celle-ci manqua de peu de se fracasser contre sa tête. Le Nordique en armure d'acier se recula, avant de reprendre son assaut, cette fois avec une frappe verticale. Tharsten esquiva de peu mais fut déséquilibré et tituba. Son adversaire en profita pour essayer de lui asséner le coup de grâce, auquel il échappa en se jetant sur le côté. Dans sa rage, le Nordique ne remarqua pas Sinding lui foncer dessus jusqu'à ce que le loup-garou l'attrape et le projette par terre, à côté de Tharsten qui attrapa à toute vitesse son épée et l'abaissa sur son adversaire. Le Nordique eut la gorge tranchée et s'en fut fini de lui.

Tharsten soupira lourdement, fermant les yeux. Il avait la tête qui tourne. Il fallait vraiment qu'il aille se reposer et dormir un peu.

« Vous allez bien ? entendit-il Aldaril lui demander.

— Cela pourrait être meilleur mais je vais bien, dit-il. Enfin, je crois. »

L'elfe l'aida à se relever et il remarqua que, pendant le bref instant où il était resté à terre, un autre ennemi avait été tué : une archère Khajiit, près de feuillages où elle s'était dissimulée. Sinding avait disparu mais Aldaril lui expliqua qu'il vérifiait une dernière fois la Grotte du Bouffi et les rejoindrait à l'extérieur.

« Il n'y a que les Nordiques, les Khajiit et les Rougegarde qui adorent Hircine ? » s'agaça Tharsten, en observant les derniers cadavres avant de sortir de la grotte, qui donnait vue sur les grandes plaines de Blancherive.

La lune rouge avait disparu, reprenant sa teinte blanchâtre dans le ciel étoilé.

« Il semblerait, moqua Aldaril avec d'afficher un sourire victorieux. Réjouissez-vous. Le dernier des chasseurs est mort.

— Tant mieux, ils commençaient à me fatiguer, ces chasseurs du Sundas. En plus, j'ai tellement faim que je pourrais manger un mammouth !

— Allez dire cela à un géant, je suis sûr qu'il appréciera.

— C'était une façon de parler, elfe. Votre race ignore donc ce qu'est l'humour ou... »

Ils furent interrompus par Sinding, qui bondit près d'eux, les faisant sursauter.

« Par Talos, ne faites plus jamais ça ! » siffla Tharsten.

Le loup-garou l'ignora et se tourna vers Aldaril, ses yeux rouges sang croisant ceux identiques de l'elfe qui soutenu son regard sans broncher.

« Ainsi donc vous êtes un vampire ? Je m'en suis douté lorsque vous êtes venu me voir dans les cellules d'Épervine, admit Sinding. Votre odeur était étrange.

— La vôtre aussi, déclara Aldaril sans méchanceté. Même si nous n'avions pas été informé que vous êtes un loup-garou, je l'aurais compris sans trop de mal.

— C'est assez drôle. Je ne pensais pas qu'un jour, un vampire me sauverait la vie.

— Je n'y suis pour rien là-dedans. C'est le Nordique qui m'a convaincu de le suivre pour vous aider.

— Vraiment ? »

Sinding se tourna vers Tharsten, intrigué. Ce dernier, bien que sachant que l'homme ne lui ferait aucun mal, se sentit mal à l'aise d'être ainsi fixé par une bête noire de deux mètres de hauts, aux crocs et griffes acérées.

« Bien que je vous en sois reconnaissant, pourquoi avez-vous risqué de vous opposer au Prince Daedra de la Chasse pour m'aider ?

— Disons simplement que je tiens une certaine rancœur envers Hircine. De plus, vous sembliez vraiment regretter ce qui s'est passé à Épervine. Tout le monde mérite une deuxième chance, vous y compris.

— N'en soyez pas aussi sûr, protesta piteusement Sinding. Néanmoins, je vous remercie de ce que vous avez fait pour moi. Si vous venez à avoir besoin d'aide, vous pourrez compter sur moi.

— Que ferez-vous à présent ?

— Je l'ignore. Je vais essayer de trouver un endroit où m'installer en étant certain de ne pouvoir faire de mal à personne, au moins le temps d'arriver à dompter le loup en moi.

— Cela semble une vie assez solitaire.

— C'est le fardeau d'être un loup-garou, je le crains. Regardez ce qui s'est passé quand j'ai essayé de vivre normalement, entouré de gens. Une petite fille est morte par ma faute. Je ne veux pas que cela se reproduire. Plus jamais. »

Tharsten hocha la tête, comprenant son choix. Il lui souhaita bonne chance pour l'avenir et Sinding fit volte-face et disparu dans l'horizon des plaines de Blancherive, une ombre bestiale dont les hurlements sauvages feraient tressaillir de peur les âmes endormies de la châtellerie.

Une fois qu'il fut hors de leurs vues, Tharsten soupira et s'assit dans l'herbe, s'affalant contre la paroi de la grotte.

« Je suis épuisé, gémit-il. Je donnerai cher pour un lit douillet et une bonne pitance. Pas vous ?

— Pour moi, un repas est du sang, rappela Aldaril. Donc autant vous dire que je ne suis pas pressé de me nourrir, même si la faim commence à me tirailler. D'autant plus que je n'ai plus d'élixir donnés par maître Aren.

— Je suis désolé, cela m'était sorti de l'esprit. Voulez-vous que je m'entaille un peu le bras pour que vous puisiez puiser mon sang ?

— Argh, dites pas des choses si étranges ! grimaça l'Altmer avec une expression écœurée. Ne vous en faites pas pour moi. La grotte derrière nous grouille de cadavres encore remplis de sang. Autant cela me dégoûte, je sais que je n'ai pas vraiment le choix. »

Ils se replongèrent dans le silence, prenant un peu de repos. Puis un soupir de la part de l'elfe attira l'attention de Tharsten :

« Qu'y-a-t-il ? Vous vous sentez mal ?

— Non, rien de tout cela, rassura Aldaril, en souriant faiblement. La situation de Sinding me fait relativiser sur mon sort, voilà tout. J'aurais pu me retrouver à vivre une existence d'ermite, sans oser approcher qui que ce soit de peur de commettre l'irréparable. Sans vous, j'aurais même accepté d'être tué par cette Vigile de Stendarr, près de Markarth.

— Ha ! Vous commencez à arrêter de vous apitoyer sur votre sort et à reconnaître le bien-fait de mes tentatives de vous garder en vie ? Si vous voulez me remercier de vous avoir empêcher d'être un idiot et de mettre fin à vos jours alors que vous aviez toute la vie devant vous, c'est quand vous voulez. J'accepte aussi bien les septims que les présents somptueux comme des épées de grandes valeurs ou des armures étincelantes. À vous de choisir. »

À sa grande satisfaction, Aldaril éclata de rire.

« Je suppose que vous avez raison : heureusement que vous étiez là quand tout s'est révélé si dur à supporter lorsque je me suis transformé en vampire. Que diriez-vous donc que je vous paye la meilleure chambre et le meilleur repas de la Jument Pavoisé en guise de remerciements ?

— Un repas chaud et un lit pour dormir ? Ce ne sont pas des septims mais je ne vais pas refuser une si généreuse proposition. Surtout que c'est probablement la seule fois de ma vie qu'un Haut-Elfe m'offre quoi que ce soit.

— Pourquoi passons-nous toujours pour des ingrats égoïstes aux yeux des Nordiques ? À un moment, vous ne vous dites pas que c'est peut-être vous le problème ? »

Tharsten sourit moqueusement en croisant les bras mais, à la grande satisfaction d'Aldaril, ne trouva rien à rétorqua. Il s'apprêta d'ailleurs à le faire remarquer quand, en tournant la tête vers le Compagnon, il aperçut une silhouette bleutée et sursauta.

« Par tous les Divins ! »

Tharsten suivit son regard et sursauta à son tour en voyant le cerf blanc tué tantôt. À leur grand dam, la voix d'Hircine résonna dans leurs esprits :

« Bienvenue, disciples de la chasse. »

Tharsten fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour dire ses quatre vérités au Prince Daedra mais Aldaril le prit de vitesse et bégaya fébrilement :

« Nous… Euh… Nous n'avons pas réussi à abattre Sinding, seigneur Hircine.

— Non, mais il n'est pas libre pour autant. Tant qu'il sera un lycanthrope, il demeurera mon esclave. En tuant mes autres chasseurs, vous avez tout de même inversé le cours de la chasse. Pourtant, ils n'étaient pas des proies faciles. Continuez à vous amuser et à faire bonne impression. Allez, vous avez ma bénédiction. »

Il disparut aussitôt, laissant Tharsten et Aldaril encore incrédules. Du moins jusqu'à ce que Tharsten laisse échapper un soupir exaspéré.

« Et merde ! Même en essayant d'aller contre sa volonté, ce fichu daedra trouve un moyen de retourner ça à son avantage ! »

Il leva la tête au ciel pour crier :

« J'en veux pas de votre bénédiction, Hircine ! »

Aldaril sursauta, grinçant des dents.

« Ça va pas dans votre tête, Nordique ? Vous voulez nous tuer, à énerver le Prince Daedra de la Chasse ?

— Humph ! Vous croyez vraiment que j'ai peur de lui ? Il se prend pour qui ? Ysgramor, peut-être ? Je suis un fils de Bordeciel ! J'ai peur de personne, et certainement pas de…

— Pour l'Amour de Mara, fermez là ou il va revenir pour nous occire ! »

Pendant que la fatigue rendit Tharsten irascible et un peu trop téméraire et qu'Aldaril essaya en vain de le faire taire pour ne pas s'attirer le courroux d'Hircine, le rire moqueur du Prince Daedra de la Chasse se fit entendre dans les plaines de Blancherive.