Le réveil le tira du lit à huit heures, comme chaque jour. Sven ouvrit les yeux en douceur, prenant le temps de se reconnecter à la réalité, de quitter son état de torpeur. Il tendit la main, cherchant à tâtons la table de chevet qu'il trouva sans mal, venant éteindre la sonnerie. La chambre fut à nouveau plongée dans le silence. Il souffla doucement, se retournant sur le dos, passant une main sur son visage, puis dans ses cheveux.
Il était seul, ça l'étonnait à peine. En tant que Chef, Right Hand Man se levait bien plus tôt, et sa condition de cyborg lui permettait d'avoir moins besoin de sommeil. Ainsi, Sven avait la chambre de son supérieur pour lui seul.
L'air était encore chaud, l'odeur de leur ébat imprégnait l'endroit malgré la nuit passée. Il se sentit rougir, cacha son visage derrière les mains en poussant un autre soupir. Ça avait été si bon, comme à chaque fois. Si bon, si grisant, qu'il était déjà impatient pour leur prochaine fois, qu'il regrettait la place vide à côté de lui.
Il se retourna pour observer le reste du lit, la place où avait dormi son chef. Il osa s'en rapprocher, plonger son visage dans l'oreiller qui portait encore son odeur. Il inspira, le cœur battant, venant à serrer le coussin en s'imaginant serrer le cyborg.
Il aurait aimé se lever à la même heure que lui, ne serait-ce que pour avoir un 'bonjour' au lit, qu'il y est une continuité à leur ébat de la veille. Mais Sven ne parvenait pas à se réveiller si tôt, son esprit n'entendait jamais la première sonnerie, sans doute à cause de la fatigue, et RHM veillait toujours à se faire discret au réveil.
Nouveau soupir. Le jeune blond relâcha l'oreiller et se força à sortir du lit. Il frissonna en quittant la couette, son corps encore nu se heurtant à la température de la pièce. Il se pressa dans la salle de bain, venant prendre une douche rapide, évitant de mouiller ses cheveux afin de ne pas perdre de temps à les sécher.
Quand il fut propre, il prit garde à s'habiller avec soin, coiffa correctement ses cheveux de façon à paraître présentable, chercha ensuite son chapeau des yeux tandis qu'il activait la ventilation. Il aurait aimé aérer d'une autre manière, mais malheureusement il était difficile d'ouvrir les fenêtres dans l'espace.
Il n'en revenait toujours pas que le clan soit allé au bout de ce projet de station spatiale. Il n'en revenait pas de tout simplement vivre dans l'espace, en orbite autour de la Terre. C'était incroyable, complètement fou, et en même temps terrifiant. Il ne pouvait s'empêcher de penser au pire parfois, de se demander s'il n'y avait pas un risque de mal fonctionnement qui les coincerait tous dans l'espace pour toujours, sans possibilité de se réapprovisionner en nourriture et eau.
Il était de nature anxieuse, prenait souvent des décisions sur un coup de tête quand il perdait le contrôle sur ses émotions. C'était un défaut auquel il essayait de remédier, mais c'était compliqué…
Il trouva finalement son chapeau, ainsi que les documents sur lesquels il travaillait depuis hier. Il est vrai qu'au début, il était venu voir son chef pour lui parler des bilans de cette semaine, mais comme souvent cela avait fini dans le lit.
Rougissant encore, il eut un petit sourire tendre en se remémorant le regard, les gestes de son chef. RHM pouvait vraiment être adorable et attentionné, rien à voir avec sa froideur lorsqu'il donnait des directives.
Il prit une inspiration, jeta un dernier coup d'œil à son reflet, et sortit enfin de la chambre, prêt à entamer cette journée. Il eut à peine fait un pas dans le couloir qu'il aperçut deux de ses collègues passer devant lui. Il y eut un moment de flottement, où les deux autres le détaillèrent du regard avant de simplement le saluer d'un signe de tête puis continuer leur route.
Sven baissa les yeux.
Il se doutait que sa relation avec RHM n'était pas un secret. Ils étaient une centaine dans le clan, les murs étaient fins et les rumeurs allaient vite. De plus, ce n'était pas la première fois qu'il sortait de la chambre de son supérieur. A dire vrai, on les avait même déjà surpris en train de s'embrasser au détour d'un couloir.
Mais les regards restaient pesants. Il y avait bien sûr une partie du clan qui se moquait de leur liaison et ne lui accordait que peu d'importance, après tout Sven n'avait rien de bien spécial, il n'était qu'un Toppat comme bien d'autre. Mais une autre partie lui portait trop d'intérêt, et il ne savait ce qui était le pire : ceux qui le jugeaient froidement, qui voyaient mal cette liaison… et ceux qui s'y intéressaient comme si ce fut un spectacle, une sitcom dont on riait et dont on commentait le moindre détail.
Sven n'aimait pas être au centre de l'attention. Il préférait faire profil bas et mener sa vie tranquillement, sans recevoir, encore et toujours, les regards des autres.
Il se dirigea en grandes enjambées vers le centre de communication, préférant se focaliser sur son travail, relisant les derniers bilans rapidement. Son anxiété le poussait à être minutieux, tout trier, tout vérifier, tout relire à plusieurs reprises afin d'être sûr de n'avoir rien loupé.
Il parvint devant la porte, entra sans songer à frapper, trop concentré sur ce qu'il lisait :
"Burt, est-ce que tu as…?" demanda-t-il, avant de se figer quand il releva les yeux de son document.
Burt Curtis était à la tête du centre de communication. C'était un homme un peu plus âgé que lui, de deux ans à peine, auquel Sven s'était assez lié pour l'appeler 'ami'. Et à ce moment, son ami était avachi à son bureau, les yeux mi-clos, la tête penchant dangereusement sous la fatigue.
Sven se passa une main sur le visage, soufflant profondément :
"Mon dieu, est-ce que tu as seulement dormi cette nuit ?"
Burt cligna des yeux, se les frotta pour essayer de rester éveiller. Il regarda le blond, haussa les épaules, avant de saisir sa tasse qui contenait un fond de café froid, qu'il bu avec son expression blasée habituelle. Sven se mordit la lèvre, n'aimant pas le voir ainsi, et se rapprocha pour venir poser une main sur son épaule :
"Je croyais que tu n'étais pas du service de nuit ?
- Sleepy est malade, il n'a pas pu me remplacer.
- Donc tu as fais tes horaires et les siennes, et maintenant tu dois à nouveau enchainer avec les tiennes ? Burt, tu as besoin de dormir ou tu vas faire un malaise !"
Celui au casque soupira : si ça ne tenait qu'à lui, il serait parti se coucher il y a bien longtemps. Mais :
"Non, si je fais ça, les horaires vont être encore plus décalés et le chef va encore crier."
Sven grimaça. Burt était le lien entre le chef et le reste de la station, toutes les communications passaient par lui, ainsi il était souvent celui qui devait faire face à la colère de RHM lorsque les choses n'allaient pas comme il le voulait, ce qui arrivait assez souvent avec le gouvernement qui n'arrêtait pas de leur mettre des bâtons dans les roues.
"... Tu es sûr de tenir la journée ? insista quand même le blond. Si tu t'évanouis, ça ne fera qu'empirer la situation…"
Burt hocha doucement la tête, et son silence ne fit qu'inquiéter un peu plus Sven. Il est vrai que son ami n'était pas très bavard, mais là c'était pire que d'habitude. Pourtant il ne se voyait pas lui crier dessus pour le forcer à aller se coucher, tout simplement parce qu'il connaissait Burt, qu'il savait qu'il était un adulte responsable.
"... Tu iras te coucher si tu ne te sens vraiment pas bien, n'est-ce pas ?"
Burt le regarda. Il avait un de ces rares regards que Sven supportait, un regard doux, sympathique, qui ne cherchait pas à le juger mais à le rassurer :
"Oui, je te le promets."
Le blond se frotta la nuque, pas complètement convaincu, mais assez pour arrêter d'insister et retourner au travail :
"Bien, alors...je venais chercher les rendus de la semaine dernière."
Son ami hocha encore la tête et fouilla dans ses tiroirs. Il n'était pas aussi perfectionniste que Sven mais son bureau était un minimum rangé, ainsi put-il trouver les documents et les donner sans encombre. Le blond le remercia et s'apprêtait à repartir, mais fut stopper par Burt qui lui attrapa le bras :
"Sven, est-ce que tu as mangé ?
- Pardon ?
- Le petit déjeuner. Tu n'as pas commencé à travailler avant d'avoir mangé, n'est-ce pas ?"
Le blond fit la moue, ce qui fut une réponse suffisante. Burt le lâcha mais gronda, laissant cette fois voir de l'agacement :
"Peut-être ai-je loupé une nuit de sommeil, mais toi tu sautes trop de repas. Hier tu as même loupé le déjeuner.
- Ce n'est pas comme si je faisais exprès, c'est juste que je ne vois pas le temps passer.
- C'est le problème avec toi. Comme tu bouges sans cesse d'un endroit à l'autre, tu n'as personne pour te surveiller et te rappeler de faire des pauses."
Sven détourna le regard, n'aimant pas cette critique, mais Burt le rassura presque aussitôt :
"Je ne veux pas que tu t'évanouisses toi non plus. Je vais faire attention à bien dormir, alors veille à bien manger, d'accord ?"
Le plus jeune l'observa et fut surpris de le voir sourire légèrement. Il lui sourit en retour, répondant un "d'accord" franc, avant de le laisser tranquille et repartir à ses occupations. Mais il fit un détour par le réfectoire, pour prendre au moins une viennoiserie qu'il grignota sur le chemin le menant à sa chambre. Il n'avait pas de bureau propre et travaillait dans ses quartiers, on lui avait installé un ordinateur aussi sécurisé que le reste du matériel présent sur la station.
Il s'attabla sans tarder, les documents sous les yeux, venant à les lire attentivement alors que ses mains pianotaient sur le clavier. Concentré sur sa tâche, il se laissa sombrer dans sa bulle d'intimité, ne songeant pas un instant à surveiller l'heure. Il aimait lorsqu'il entrait si facilement en transe, qu'il parvenait à travailler sans effort, se laissant juste guider par ses automatismes et son esprit qui carburait aisément.
Il soupira d'aise quand il acheva sa dernière ligne, se permettant finalement d'abandonner le clavier pour s'avachir sur sa chaise, venant à s'étirer avec la satisfaction d'avoir accompli quelque chose. La sensation du travail bien fait était le meilleur des sentiments. Il poussa un profond soupir, essaya de dégourdir ses doigts en fermant et ouvrant le poing plusieurs fois.
Ses yeux se posèrent finalement sur le coin droit de l'écran, et il grimaça aussitôt qu'il vit l'heure. Déjà midi ? Il avait passé sa matinée sur le dossier. Il s'empressa de lancer l'impression du document. L'imprimante se mit en marche, émettant ce petit bruit auquel Sven s'était habitué et qu'il avait appris à apprécier avec le temps.
Il partit dans sa salle de bain se passer un peu d'eau sur le visage, avant de revenir pour surveiller que l'impression se passait bien. Il redoutait toujours un bourrage papier, ou bien une bavure de l'encre. Il ne craignait pas d'être en manque de ressources car il faisait toujours attention à ne manquer de rien, mais il avait peur que la machine ait un souci technique car il ne savait pas la réparer.
De longues minutes s'écoulèrent sans qu'aucun accident ne se produise. Sven attendit la dernière page avant de passer les feuilles en revue, vérifiant que l'impression soit bonne, que la police d'écriture n'avait pas déconné en plein milieu, que la mise en page était restée identique à celle sur ordinateur. Cela fait, il se posa sur le lit pour relire tranquillement tout le document, par peur d'avoir laissé passer une erreur. Il ne perdait rien à vérifier une nouvelle fois, à vérifier ses tournures de phrases ainsi que les chiffres. Ce document serait classé 'officiel', il ne pouvait se permettre d'y laisser la moindre coquille.
Treize heure avait sonné quand il se décida enfin à sortir de sa chambre. Il avait rangé la pile de feuilles dans une pochette plastique, qu'il avait méticuleusement fermer et tenait fermement contre sa poitrine. Il pressa le pas dans le couloir, tourna à une intersection et heurta un autre Toppat qui venait dans l'autre sens : Carol Cross.
La jeune femme, surprise d'être bousculée, haussa un sourcil en regardant le blond :
"Sven, où vas-tu si rapidement ?
- Oh, Carol, pardon. Je dois faire un rendu au chef."
Elle parut perplexe, le regardant de la tête au pied, ce qui mit le garçon mal à l'aise. Elle remit une mèche de cheveux derrière son oreille, soupirant :
"Tu veux que je lui donne à ta place ?"
Sven s'étonna :
"...Pourquoi je voudrais ça ? Je peux lui donner moi-même.
- Parce que les autres vont encore dire de la merde en te voyant entrer dans son bureau."
Le visage du jeune homme devint livide :
"...Je vais juste lui faire mon rendu.
- Je sais, mais votre relation est assez… visible. On ne sait pas ce que vous faites quand vous êtes tous les deux.
- Mais on…
- Sven, honnêtement moi je m'en fiche, vous faites ce que vous voulez, ça ne me regarde pas. Mais je déteste entendre les autres parler dans ton dos, c'est chiant."
Sven se mordit la lèvre, sentant sa gorge se nouer en imaginant quelle genre d'insultes on pouvait dire à son égard. Il baissa les yeux, serrant plus fort la pochette contre lui.
"Pourquoi ils se mêlent pas de leurs affaires ? s'énerva-t-il. On fait rien de mal… ! Je n'ai pas de privilège en plus juste parce qu'on… parce qu'on fait des choses…!"
Carol trouva cela très mignon qu'il n'ose pas dire "sexe". Elle resta pourtant sérieuse en répondant :
"Je pense que la plupart sont des crétins qui s'ennuient. Ils s'en prennent à toi mais ça aurait pu être n'importe qui d'autres.
- ...qu'est-ce qu'ils disent exactement ?"
L'expression de la jeune fille changea. Elle détourna le regard, soudain très mal à l'aise et hésitante. Sven releva les yeux pour l'observer, essayer de comprendre son changement d'attitude.
"...Carol ?
- … Je ne sais pas si tu devrais entendre ça. C'est juste des conneries.
- Qu'est-ce qu'ils disent ?!"
Sven commençait à perdre patience. Il avait mal au cœur. Carol regretta d'avoir évoqué le sujet, se rappelant que son jeune camarade était assez sensible et qu'il prenait les choses très à cœur. Il n'était pas comme elle, à juste ignorer les insultes.
Elle soupira :
"Ecoute… Ne le prends pas au sérieux, d'accord ? Ils disent juste que … et bien, que tu es un gamin qui profite de la situation. Ce qui est complètement faux, tu es l'un des membres les plus honorables du clan.
-... Comment ça, profiter de la situation ?
- Et bien...tu sais… profiter que Reginald ne soit plus là pour te rapprocher de Right Hand Man."
Sven se figea. Il lui fallut quelques secondes avant de parler d'une voix blanche :
"Je ne vois pas le rapport …?"
Carol se frotta la nuque en ayant l'horrible sensation qu'elle empirait la situation :
"... Ce n'est pas un secret tu sais, que Reginald et Right avaient une relation, avant que Reg ne se fasse arrêter ?"
Non, ce n'était pas un secret, et pourtant Sven n'y avait plus penser depuis un moment. Passé le choc, la colère refit surface, l'agacement se faisant plus fort. Il dépassa Carol, reprenant sa route sans cacher comme il était bouleversé :
"E-Et bien qu'ils aillent se faire foutre !" s'exclama-t-il, mais sa voix avait tremblé.
Carol le regarda s'éloigner et s'insulta d'idiote. Elle aurait dû se taire, elle savait qu'elle aurait dû…
Sven lui-même s'en voulait. Il s'en voulait d'avoir insisté, aurait finalement préféré ne pas savoir ce qu'on pouvait dire sur lui. En fait, il ne savait pas ce qui était le mieux : rester dans l'ignorance ou bien savoir.
Il avait la nausée. Il était vraiment perçu comme un opportuniste ? Ce n'était pas comme si Reginald et RHM s'étaient officiellement dévoilés comme un couple ! Peut-être étaient-ils juste amants. Autrement, RHM n'aurait pas voulu coucher avec lui, n'est-ce pas ?
Sven essayait de se rassurer. Il n'avait rien fait de mal, il n'avait pas cherché à séduire son chef. C'était venu naturellement. Ils avaient commencé par de simples caresses, des contacts anodins. Se frôler la main lorsqu'ils se passaient des documents, se toucher le bras quand ils s'asseyaient à côté, échanger des regards qui étaient devenus envieux au fur et à mesure.
Ils n'avaient jamais vraiment discuté d'autres choses que du travail. Depuis qu'il était membre du clan, Sven avait observé RHM de loin, l'admirant, lui vouant autant de loyauté qu'il en avait pour Reginald. Il travaillait pour eux et avait fait profil bas, recevant les ordres et les exécutant sagement.
Mais Reginald avait été arrêté, RHM était devenu chef, et quelque chose avait changé.
RHM se sentait seul.
Peut-être était-ce parce qu'il connaissait la solitude, mais Sven avait perçu ce changement venant de son chef. Oh, il n'était pas un génie non plus, il ne l'avait pas deviner au premier regard. Mais il avait vu comme RHM recherchait les contacts, même si ce n'était que se frôler. Il avait vu comme RHM cherchait de la compagnie, se déplaçait pour vérifier le travail de chacun et donner des ordres. Ca avait été étrange car le chef n'avait aucune obligation de se déplacer, il aurait simplement pu rester dans son bureau et passer par Burt pour délivrer tous ses messages.
Cette tension avait fini par les faire craquer. Sven était un jour venu à son bureau, lui avait donné des documents, et comme à chaque fois leurs mains s'étaient touchées. Mais la scène, pourtant si anodine, s'était brisée, avait été l'élément de trop, le déclic.
Sven ne se souvenait plus de qui avait embrassé l'autre en premier. Ce qui restait clair dans son esprit, c'était la sensation d'avoir été dévoré, happé par des sensations qu'il ne connaissait pas. Il se souvenait des affaires sur le bureau qui avaient été balayées, de son propre corps allongé sur le meuble, de la chaleur, du désir, puis de la pénétration qui l'avait fait fondre.
Ni lui, ni RHM, n'en avaient jamais parlé. Ils ne parlaient pas de leurs ébats, ne parlaient pas de cette relation physique qui les liait. Ils se retrouvaient sans un mot, couchaient ensemble sans un mot, puis se séparaient, toujours sans le moindre mot. Peut-être parce qu'ils n'avaient rien besoin de dire. Ils aimaient se donner de l'attention, oublier tout ce qui les entouraient, oublier leurs responsabilités. Ils se plaisaient dans cette liaison simple.
Alors pourquoi les autres se permettaient-ils de commenter ? Comment osaient-ils dire qu'il profitait de la situation ? Sven se laissait aller à ses envies ainsi que celles de son chef, ils ne gênaient personne, continuaient de faire leur boulot correctement.
"... je prends ça trop à coeur…" souffla-t-il en se passant une main sur le visage.
Le regard des autres lui faisait peur. C'était toujours la même chose. C'était toujours le même problème. Sa vie aurait été bien meilleure s'il n'y avait pas eu les autres, toujours les autres. C'était les autres qui le jugeaient, les autres qui estimaient ce qui était bien ou mal, les autres qui choisissaient ce qui était normal ou non.
Il souffla. Il était fatigué, il avait faim. Burt allait l'engueuler en apprenant qu'il avait encore sauté le déjeuner…
Il entra dans le bureau de son supérieur, ne réalisant que trop tard qu'il n'avait pas toqué. Cette mauvaise habitude lui jouerait des tours un jour, il le savait. C'était malpoli d'entrer sans y être autorisé, et puis c'était le meilleur moyen de surprendre une scène à laquelle il ne devrait pas assister. Mais le pauvre Sven ne faisait pas exprès, il était toujours trop pris dans ses pensées pour réfléchir aux bonnes manières…
Heureusement il ne sembla pas déranger RHM, qui se tenait à son bureau et paraissait concentré sur une carte. Sven resta silencieux, observant son chef longuement, sans que sa présence ne soit aperçue. Son supérieur était aussi beau que la veille. Il avait cette aura puissante, ce charisme qui faisait frissonner le jeune blond. Son regard parcourait intensément la carte, et Sven devinait qu'il réfléchissait à une stratégie pour leur prochaine opération sur Terre.
Il osa néanmoins s'approcher. Il aurait aimé le regarder plus longtemps, mais la suite de son travail l'attendait. Sven se racla la gorge, assez fort pour indiquer sa présence.
RHM releva les yeux dans sa direction.
Le blond espérait ne pas rougir, le regard de son chef avait toujours la faculté de le déstabiliser. Soutenant timidement son regard, il lui tendit la pochette :
"Voici le compte rendu complet de la section communication, Chef."
Le cyborg fit le tour du bureau, prit la pochette de sa main mécanique. Sven essaya d'ignorer le contact de ses doigts froids contre les siens, ces mêmes doigts qui avait parcouru son corps la veille. Il resta aussi impassible que possible, pendant que son chef ouvrait la pochette et jetait un œil aux documents, se mettant à le lire sans un mot, sans paraître déstabiliser par le court contact.
Est-ce qu'il se montrait aussi neutre lorsqu'il était avec Reginald ?
Sven se figea à cette pensée, qu'il essaya d'oublier au plus vite. Il n'avait pas à songer à ça, ça ne le regardait pas, ça n'avait pas d'importance.
RHM le sortit de ses pensées :
"Je vais lire ça et te ferai un retour dans la journée."
Même sa voix était déstabilisante. Grave et profonde, Sven regrettait de ne pas l'entendre davantage pendant leurs ébats.
"Je reste à votre disposition chef." répondit simplement le blond, avant de se retourner pour pour se rendre à sa prochaine tâche.
Il allait quand même essayer de faire un tour par le réfectoire, ne pouvant pas continuer ses tâches le ventre vide.
