Bella POV

Vendredi.

C'est le 1er avril aujourd'hui. Vous savez, folies d'avril et tout ça.

Ouais les choses vont mal finir.

Oh et mes parents viennent demain. Il me tarde. Maman C les a même invités pour le brunch dimanche.

Mes nouvelles lunettes sont aussi arrivées hier, juste pour dire.

Pour être tout à fait honnête il m'en fallait de nouvelles. Mes dernières étaient vraiment trop moches pour que je les mette. Alors maintenant j'ai des lunettes à monture noire, dans le genre de celles que porterait une bibliothécaire.

Et putain pour être honnête elles sont sexy.

Et je les porte aujourd'hui.


"Bonjour, Bella," grogne Jasper en passant la porte.

"Quoi de neuf Docteur ?" je souris.

Celle-ci me rend malade finalement. Je devrais arrêter. Bientôt. Peut-être.

Jasper grogne de frustration mais s'arrête au milieu du grognement quand il voit mes lunettes.

Et ça, ça lui rend sa bonne humeur.

" Oh ça... je veux le voir," rit-il. "A quelle heure Edward arrive-t-il ?"

Je regarde son emploi du temps.

"A tout instant maintenant." Je souris.

Jasper court à toute vitesse à son bureau juste pour revenir avec sa tenue de travail une minute plus tard.

"Tu penses vraiment qu'il va remarquer ?" Je demande avec circonspection.

C'est le gars dont je suis amoureuse, vraiment, et j'ai pleuré un peu hier. Vous savez, je me suis sentie désolée pour moi-même et tout.

Je le veux vraiment.

"Non, je ne pense pas. Je sais," dit-il sur le ton de la confidence.

Espérons alors, je songe juste au moment où la porte s'ouvre.

Je le regarde depuis le bureau avec le même sourire que celui que je lui fais tous les jours.

"Bonjour, Edward."

Il ne dit rien.

Il me regarde avec les yeux écarquillés. Et il déglutit.

Je pense qu'il a remarqué mes lunettes.

Jasper ricane derrière moi.

"Edward, tu vas bien ?" je demande faisant semblant d'être inquiète.

On dirait qu'il essaie de s'en détacher.

"Euh… ouais… toi, aussi. Je serai dans mon bureau."

Euhh… d'accord…

"Merci Bella," rit Jasper dès qu'Edward a disparu. "Tu as illuminé le reste de ma journée !"

Humm humm mais Edward m'évite pour le reste de ma journée.

Je suis en train de perdre espoir.

Je laisse tomber toutes les autres merdes du 1er avril.


"Bella n'oublie pas de m'appeler demain," dit Rose pendant que nous fermons. "Tu es sûre que tu ne veux pas que quelqu'un vienne avec toi à Seattle ?"

Je l'ai inquiété toute la journée. Et je n'aime pas ça. Je vais parfaitement bien, vous savez.

"Ça va bien aller, promis, Rose." Je souris aussi sincèrement que possible.

Elle fronce les sourcils... prise sur le fait.

Heureusement elle laisse tomber. Je veux dire, il n'y a rien qui puisse être fait.

"Emmett passera devant chez toi avec sa Jeep demain…"

Je suis sur le point de la remercier à nouveau pour me laisser emprunter leur voiture pour récupérer mes parents à Sea-Tac mais cette maudite voix m'interrompt, venant de derrière moi.

"C'est toi qui va chercher tes parents ?"

Avec un long soupir je me retourne et me retrouve visage contre torse de Sexward.

Rose m'embrasse sur la joue, elle est derrière moi maintenant et elle me dit 'A toute'… oui, oui elle a dit à toute !

Concernée ou pas, elle pense toujours qu'Edward sera à moi. Bientôt.

Moi je ne crois pas.

"Oui," je lui réponds. "Le vol de mes parents arrive vers midi et je serai là-bas pour les récupérer. Em et Rose sont assez gentils pour me prêter leur voiture."

Je le regarde et je vois bien qu'une fois de plus il regarde mes lunettes et je me demande si elles sont une distraction supplémentaire pour lui. Parce que visiblement il ne peut pas parler quand je les porte.

"Je peux te conduire," dit-il comme s'il allait s'évanouir - les mots ont semblé sortir seuls sans qu'il s'en aperçoive.

C'est le moment où dans les films le temps s'arrête et que je me tourne vers la caméra pour demander "Que dois-je faire, que dois-je faire ?"

En fait, le temps ne s'arrête pas et il n'y a pas de caméra.

"Si tu veux, bien sûr," ajoute-t-il, on dirait qu'il vient de réaliser ce qu'il vient de proposer mais il ne retire pas son offre.

Intéressant.

"Huit heures de voiture avec moi ?" lui dis-je, voulant qu'il comprenne ce qu'il vient de proposer. "Et il y en aura quatre de ces huit qui seront avec mes parents."

Ensuite j'entends un cri et Edward l'entend aussi...

Nous nous tournons en direction de ce cri et ce que je vois fait bouillir ma peau.

C'est Victoria… et je présume que c'est son petit-ami ou le père de son bébé.

Le père de son bébé va se transformer en sale nourriture pour porc s'il continue comme ça. Oui j'ai entendu dire que la mafia nourrit ses cochons avec ses victimes, parce que les porcs ça digère tout. Y compris les os. Et ça fonctionnerait très bien maintenant.

La queue de cheval du connard et Victoria sont devant le seul café de Forksville - de l'autre côté de la rue, quelques maisons après le salon d'Alice - et il paraît assez évident qu'ils sont en train de se disputer.

Je lui laisse une chance et en arrive à la conclusion, je ne peux pas le battre mais je pourrais vraiment le battre. Non ça n'a plus aucun sens du tout. Mais je veux espérer que je peux lui mettre une raclée. Papa m'a appris beaucoup de choses.

"Oh non, tu ne fais pas ça !" j'entends Edward dire, me retenant avec sa main sur mon épaule. Je suppose que j'étais déjà en train d'y aller.

Mince j'avais oublié qu'il était là !

"Laisse-moi, j'ai un cul à aller botter," je souffle doucement, mes yeux toujours fixés sur le con d'abruti.

Je pourrai aussi mettre le feu à ce Con d'abruti… simplement une pensée.

"Non Bella, n'y va pas."

Je me tourne pour le voir. "Quoi ?" je souffle. "Tu vas rester là sans rien faire ?!"

Il montre son téléphone. "Pendant que tu grognais au sujet de la nourriture pour porc et de leur digestion, j'ai envoyé un texto à Emmett. Il est au travail et il sera là dans dix minutes.

Oh…

Oh.

"Bon, ça n'est pas assez vite," je réponds, me tournant et essayant de nouveau d'y aller et voyant Con d'abruti et Victoria entrer dans le bar. "Regarde ils entrent, Edward. Je vais y aller et garder un œil sur eux."

"Putain que tu es têtue," souffle-t-il. "Et complètement folle si tu penses que je vais te laisser aller là-bas toute seule."

"Alors je crois qu'il va falloir qu'on y aille tous les deux," je rétorque, traversant déjà la rue.

Je peux tout à fait mettre une raclée à ce type. Je peux tout à fait lui arracher cette queue de cheval - OUAIS ! je peux même scalper l'enfoiré !

"Merde Bella," grogne Edward derrière moi en me rattrapant. "Je veux juste que tu ne sois pas blessée, est-ce que tu peux comprendre ça ?!"

"Je ne serai pas blessée," je halète.

"Attends, attends !"

Je vais ouvrir la porte du bar quand Edward me tire en arrière de nouveau.

Je le fixe.

Il s'explique. "Je dis juste que nous ne devrions pas faire irruption là-dedans. Réfléchis !"

Je ne peux pas réfléchir ! Je veux taper et transformer cet abruti en casse-croûte !

"Allez Bella comporte-toi bien comme si tu étais là pour boire un coup. N'y va pas juste pour les fixer."

Ah... maintenant je comprends.

"Tu es malin Sexward. Je savais que je te gardais dans le coin pour une raison." Je hoche la tête.

"Seigneur, merci," ricane-t-il.

Je l'ignore. "Ok donc nous sommes juste deux collègues qui viennent prendre un verre après le travail."

Cela dit, j'ouvre la porte du bar enfumé et me dirige tout droit vers une table proche de Con d'abruti et Victoria.

Edward a suivi et s'est assis à côté de moi pour que nous ayons tous deux une vue dégagée mais je soupçonne qu'il se soit mis là pour me bloquer la sortie au cas où je voudrais acheter de la nourriture pour les porcs.

Mais où peut-on trouver des porcs à Forksville ?

"Emmett sera là dans quelques minutes, Bella calme-toi," murmure Edward, doucement et trop près à mon goût…. ou à son goût s'il ne veut pas être léché.

Sur le nez.

"Nous les surveillons, n'est-ce pas ? Il ne se passera rien dans un bar," poursuit-il, en posant sa main sur ma main car elle était apparemment en train de broyer le bois de la table.

Peut-être pas broyer mais essayer.

Peut-être que je devrais respirer.

Oui, je vais essayer ça.

Mais ensuite je vois Con d'abruti saisir le bras de Victoria très brutalement.

"Rien ne se passera dans un bar, mon cul !" je siffle, prête à sauter par-dessus la table au cas où Edward ne me laisserait pas mais... Edward n'est plus à côté de moi.

Comment est-ce arrivé ?

Puis je vois qu'il est déjà en route vers Con d'abruti.

Je traîne mon cul là-bas.

"Lâche-la !" j'entends Edward grogner à Queue De Cheval.

J'essaie de garder les yeux sur Victoria qui a l'air terrifié et je comprends que peut-être Queue De Cheval n'est pas encore au courant de la grossesse.

"Ce que je fais avec ma copine n'a rien à voir avec toi !" crache Queue De Cheval.

Je serre les poings.

Oh, mais je n'ai pas besoin de faire ça, parce que, parce que, parce que, bon sang ! Edward donne un coup de poing à Queue De Cheval !

Bon sang, ça ne ressemble pas aux coups de poing de Die Hard ! John McClane fait vraiment semblant !

C'est plutôt un bruit sourd.

Victoria glapit et d'autres coups de poing volent.

"On a déjà appelé la police !" je crie au barman.

Je me dépêche de l'attraper, en gardant une main sur son ventre pendant que nous nous dirigeons vers un endroit plus sûr. Mais je ne peux pas détacher mes yeux de Queue De Cheval et Edward. Il y a des cris partout, certains pour qu'ils s'arrêtent et certains pour qu'ils continuent. Des dingues !

Il est tellement fort, bon sang ! Edward, je veux dire. Et bon sang, ils sont… en train vraiment de se battre à fond sur le terrain. C'est comme bam bam bam alors que les poings d'Edward s'envolent.

Et mon Dieu, il est sexy. Toujours dans sa blouse bleue et son anorak noir et ce foutu bonnet... oh, et les chaussures Converse... si sexy, et putain de merde, sa lèvre a éclaté !?

Oh, non, tu n'as pas fait ça à mon Edward, Queue De Cheval !

Laissant Victoria derrière moi, je me dirige vers Queue De Cheval pour avoir fendu la lèvre d'Edward mais on m'arrête.

"Pas question, Bella. Recule !" J'entends cette demande d'une forte voix.

Emmett.

Son adjoint - Mark - et lui sont arrivés en volant à la vitesse des vampires et ont facilement mis fin à la bagarre et punaise de caramel si Queue De Cheval n'est pas proche du KO. Mon Edward a certainement fait un numéro sur lui.

"Edward, tu vas bien ? !" je crie, sans même me rendre compte des larmes qui coulent mais maintenant, quand j'y pense, c'est logique. J'ai juste assisté à ma première bagarre dans un bar.

"Je vais bien," grommèle-t-il en passant une serviette sur sa lèvre, en s'asseyant sur un tabouret de bar pendant qu'Emmett sort Queue De Cheval. Et je crois que j'ai vu Mark avec Victoria.

"Tu as dit qu'il ne se passait rien dans les bars..." je gémis, ça me démange de le toucher.

Pas de cette façon, bande de salauds !

Je veux juste le prendre dans mes bras.

Les yeux d'Edward sont arrêtés sur les miens et son visage a changé.

"Ne pleure pas," murmure-t-il, me faisant un demi-sourire. Mais il tressaille, probablement à cause de la douleur dans sa lèvre inférieure. "Viens ici."

J'obéis et mon Dieu, je pleure plus fort quand il me serre contre lui.

"Ne pleure pas, ma belle," me murmure-t-il.

Je pleure plus fort.

"Mais tu es blessé !" je crie. Et tu me serres dans tes bras... et ça fait tellement de bien...

"C'est juste superficiel, Bella... J'ai connu pire," dit-il en riant. "Viens, baby, on doit sortir d'ici."

Je hoche la tête dans son cou qui sent bon et je continue à m'accrocher à lui pendant qu'il nous a fait sortir du bar.

L'interrogatoire doit suivre, bien sûr mais Emmett nous a dit qu'il allait venir à la clinique après avoir déposé Queue De Cheval à l'hôpital.

Ce n'était pas comme si Edward allait fuir son frère.

Donc, avec le bras d'Edward autour de moi, nous nous dirigeons vers la clinique.

Je renifle et cligne encore à cause des larmes et de tout ce qui vient d'arriver, je suis probablement en état de choc mais je réussis à ouvrir la porte.

"Prête à être mon infirmière?" Edward essaie de plaisanter alors que nous nous dirigeons vers la salle d'examen.

Je ne ris pas.

"Assieds-toi", je croasse en pointant du doigt le banc qui est destiné aux enfants.

"Bella," murmure-t-il, "Je suis le docteur, tu te souviens ?"

"Je m'en fiche," dis-je. Je sais une chose ou deux et j'ai besoin de le réparer maintenant.

"Assieds-toi."

Je pense qu'il l'a fait juste pour me faire plaisir mais je m'en fiche.

A son poste de travail, je prends de l'eau oxygénée, de la gaze, de l'ibuprofène puis un verre d'eau du distributeur dans le coin.

Il m'observe. Je sens ses yeux sur moi mais je suis trop bouleversée pour m'en soucier.

C'est juste quelque chose que je dois faire et je suis contente qu'il me laisse faire.

"Tiens, ça va aider à arrêter le gonflement," je lui murmure d'un air contrarié, en lui remettant l'ibuprofène et le verre d'eau.

Il le sait bien sûr... mais je ne fais que suivre la procédure.

"Allonge-toi," je marmonne.

Une fois de plus, il obéit en silence.

J'allume la lumière pour voir plus clairement, je prends un coton-tige et j'ajoute quelques gouttes d'eau oxygénée avant de me pencher... si près de son beau visage.

"Ça va piquer," je murmure, détournant mes yeux des siens et me concentrant sur sa lèvre fendue.

Il tressaille légèrement lorsque je passe le coton-tige sur sa lèvre et je cligne des yeux pleins de nouvelles larmes.

"Tu n'es pas obligée de faire ça, ma belle," murmure-t-il.

"Ouais," je grogne, et encore une fois, je verse des larmes en clignant des yeux. "Vraiment."

Je réalise alors que mes larmes sont là pour de nombreuses raisons. Ce n'est pas… juste parce qu'il s'est battu dans un bar et parce que je ne pouvais pas attendre Emmett.

Ce n'était pas seulement parce que Queue De Cheval lui a fendu la lèvre. C'est aussi parce que ces mois n'ont été rien d'autre que de l'amitié avec Edward, tout en sachant qu'il va se marier avec quelqu'un qui ne lui convient pas du tout - quelqu'un qui lui fait du mal.

Je veux juste qu'il... soit avec moi. Je veux qu'il m'aime comme je l'aime.

En secouant la tête pour la vider, je me concentre de nouveau sur sa lèvre.

"Pas besoin de points de suture," je marmonne. Je me penche vers sa table et attrape le paquet de gaze et le déchire. "Fais pression sur la plaie pendant une trentaine de minutes, peut-être moins. Tu ne saignes plus vraiment, alors peut-être même pas aussi longtemps."

En essayant de garder mes mains pour moi, je jette les déchets et nettoie son espace de travail avant de vérifier brièvement ses phalanges.

"Elles vont être meurtries... mais la peau n'est pas abimée," je marmonne, surtout pour moi-même.

"Un peu de glace devrait faire l'affaire."

Il se relève et saisit ma main alors que je recule mais je ne peux pas le regarder dans les yeux. C'est trop. Je le veux trop. Je veux être celle qui prendra soin de lui. Pas parce que je me trouve au même endroit mais parce que j'aimerais être à lui.

De la façon dont... Jane l'est.

"Bella," il souffle.

Non.

Je ne peux pas.

Je suis épuisée et je n'ai plus de retenue.

"Regarde-moi... s'il te plaît. "

Non.

Il me rapproche alors de son corps et je me sens m'effondrer.

M'effondrer alors qu'il me tient si près, ses bras autour de ma taille et son visage si proche... nos fronts se touchant.

Je t'en prie. Embrasse-moi. Ne m'embrasse pas. Aime-moi. Romps avec elle. Embrasse-moi. Ne m'embrasse pas. C'est mal mais tellement bien.

Plus près.

Si proche.

Mes yeux se sont remplis de nouveau et je les ferme.

Nos respirations se mêlent. Intenses. Menthe, café, eau oxygénée, cerise, et... nous.

"Je suis désolé..." Je l'entends murmurer. "... mais je dois le faire."

Puis je sens ses lèvres contre les miennes.