C'était un mardi et Laura Marconi pensait passer la journée la plus horrible de sa semaine. Depuis son réveil jusqu'à maintenant, rien ne s'était déroulé comme elle le voulait.

Pour commencer, Nicky n'avait pas passé la nuit à l'appartement, il était resté s'amuser dans un de ces bars qu'il adorait fréquenter. Il ne lui avait rien dit d'ailleurs. Apparemment, ils vivaient ensemble, mais sa vie ne la regardait pas.

À son retour, pas un « Bonjour Laura » ou un « As-tu passé une bonne nuit Laura ? », non absolument pas. Rien du tout, vraiment rien du tout. Un peu de considération pour elle, c'était tout ce qu'elle demandait. Alors, pourquoi ? Pourquoi ne pouvait-il pas lui accorder le respect qu'elle méritait, après tout le temps qu'ils avaient passé ensemble ?

Néanmoins, encore une fois, Laura avait pris sur elle. Ce n'était pas grave, elle était habituée au caractère ingrat de cet homme. Mais, puisque le passe-temps favoris de monsieur Larson était de pousser Laura dans ses derniers retranchements, lorsqu'il eut franchi la ligne, c'était un bon coup de massue qui l'envoyait valser à l'autre bout de l'appartement.

« Je ne suis pas ta secrétaire, ce n'est pas à moi de tout faire et si tu n'es pas content, tu n'as qu'à changer de partenaire », avait-elle hurlé avant de claquer la porte de l'appartement.

Ensuite, alors qu'elle marchait dans la ville, le temps changeait brusquement. Le soleil étincelant s'en était allé pour laisser place à de sombres nuages annonçant une énorme vague de pluie.

« Mince ! Mais ils avaient annoncé un grand soleil ! Je n'ai pas de parapluie ! », se plaignait-elle.

Heureusement, elle avait couru assez vite et s'était abrité dans un de ces nombreux magasins de vêtements, évitant de ce fait, de se faire trop mouiller. Soudain, l'idée de faire quelques achats lui venait à l'esprit mais à peine avait-elle eu cette envie, qu'elle se rétractait aussi tôt. C'était vrai, ils n'avaient plus un rond. Ils devaient faire attention à leurs dépenses sinon, les huissiers allaient leur tomber dessus.

Pourtant, Nicky et Laura avaient reçu plusieurs propositions d'emplois, mais puisque les demandeurs ne remplissaient pas les critères attendus par Nicky Larson, ils n'avaient pu prendre aucune affaire depuis deux mois, au moins.

Le sang de Laura bouillonnait de plus en plus à l'intérieur d'elle-même. Nicky osait aller se la couler douce alors qu'ils n'avaient plus en sous. De son point de vue, c'était de la parfaite inconscience. Mais que pouvait-elle faire ? Elle lui avait dit mainte et mainte fois que l'état de leur compte en banque était critique. Mais rien n'y faisait, Larson était catégorique.

Tandis que la pluie s'arrêtait, elle décidait de sortir du magasin. Elle se remettait à marcher dans la rue, non loin du trottoir tout en tentant de relativiser en se disant qu'elle était tout de même chanceuse. Elle avait la santé et même si les temps étaient difficiles, elle avait un toit sur la tête et elle allait tout faire pour le garder.

Pendant que Marconi tentait de se convaincre que sa vie était d'une perfection inébranlable, elle ne remarquait pas la voiture qui s'apprêtait à passer à un mètre d'elle.

Laura s'arrêtait net.

Elle venait de se faire éclabousser de la tête aux pieds. Elle frémissait de colère, de tout son être et jurait si fort, que son cri faisait même sursauter les passants. Elle sentait alors une main se poser délicatement sur son épaule et lorsqu'elle tournait la tête, ses yeux plongeaient dans ceux de Mirna.

« Oh… Mirna, c'est vous ?, demandait la rouquine.

— Évidemment que c'est moi, répondait la jeune femme avec assurance. Mon Dieu Laura, mais que vous est-il arrivé ? »

À ces mots, Laura s'était mise à sangloter. C'était vraiment une horrible journée et elle n'avait qu'une seule hâte : qu'elle se termine !

Mirna, qui avait été prise de cours par la situation inattendue qui s'imposait à elle, paniquait. Elle essayait tant bien que mal de calmer son amie en pleure, sans trop de succès. Elle décidait alors de l'emmener dans le restaurant qu'elle tenait avec John Arto plus connu sous le pseudonyme de Mammouth et qui était et resterait, son amour de toujours.

Après avoir franchi le seuil de Cat's Eyes, Mirna ignorait Mammouth qui venait de lui demander si elle n'avait pas oublié les serviettes qu'elle devait acheter. Ce dernier se retrouvait surpris mais il remarquait Laura Marconi, en second plan, qui était mouillée de la tête aux pieds.

La brunette aux cheveux longs traînait la rouquine dans l'arrière-pièce. Elle lui offrait de nouveaux vêtements puisque ceux qu'elle portait étaient complètement trempés. Quand Laura finissait de se changer, Mirna enfilait son tablier et elles rejoignaient, toutes les deux, Mammouth dans la salle principale du café.

D'ailleurs, il déposait une tasse de chocolat chaud sur la table du bar en face de lui. Laura s'asseyait et Mirna décalait légèrement le bol afin de l'approcher un peu plus de la jeune femme.

« Buvez tant que c'est encore chaud, disait Mammouth alors qu'il essuyait une assiette humide.

— Oui, il a raison. En plus, cela va vous réchauffer un peu, ajoutait Mirna. »

Laura ne répondait pas dans la seconde. Elle se contentait de fixer le verre, rempli de lait chocolaté. Elle positionnait ses deux mains de part et d'autre de ce dernier. La rousse le soulevait délicatement et l'amenait à ses lèvres.

Puis, lorsque le doux breuvage traversait son œsophage, Laura sentait les poils de son dos se hérisser. Elle n'avait pas déjeuner ce matin et était sortie en trombe de l'appartement, sans prendre le temps de manger quelque chose. Ainsi, ce délicieux chocolat chaud lui faisait un bien fou.

« Vous faites vraiment le meilleur chocolat chaud de tout le pays, s'exclamait Laura le sourire aux lèvres, avant de reprendre une gorgée.

— Merci du compliment, riait la gérante du café. Buvez doucement ou vous risquez de vous brûler et si vous en voulez encore… sachez qu'il y a plein ! »

La femme aux cheveux bruns se décalait sur le côté et montrait du doigt la chocolatière de laquelle s'échappait de la vapeur ainsi qu'une douce odeur. Elle poursuivait en posant sa main sur l'épaule de la rouquine

« C'est la maison qui offre, souriait-elle.

— Merci. À vous deux, précisait Laura tandis que sa bouche s'étirait en un sourire.

— Il n'y a pas de quoi, faisait Mammouth qui continuait son nettoyage habituel.

— En revanche, reprenait Mirna, j'aimerais que vous nous racontiez ce qui vous est arrivé. Vous êtes en général très bavarde et pourtant aujourd'hui, vous n'avez pas dit grand-chose… Encore un coup de Nicky, je parie ! »

Le teint de Laura s'était énormément éclairée après qu'elle ait commencé à siroter sa boisson chaude, mais lorsqu'elle entendait le questionnement de la gérante du Cat's Eyes, il s'assombrissait aussitôt.

« Ah ! J'en étais sûre !, continuait Mirna d'un ton indigné. Tu vois, je te l'avais bien dit, Nicky passe son temps à embêter notre pauvre petite Laura ! J'en ai assez, je vais lui dire le fond de ma pensée la prochaine fois que je le vois ! »

Mirna avait fortement claqué ses mains sur la table tout en s'adressant au gigantesque mastodonte dont-elle était éprise. Ce dernier, tout comme le reste des clients, sursautait. Il aimait Mirna, évidemment, mais elle pouvait être effrayante par moments. De plus, si elle venait à éclater, il aimerait ne pas être dans les parages.

Les traits de la jeune Marconi se tiraient de plus en plus. Nicky. Le simple fait de penser à lui la mettait hors d'elle. Alors imaginez l'effet que cela lui procurait d'entendre son prénom… Et d'ailleurs, à bien y réfléchir, si elle avait mal commencé sa journée, c'était à cause de lui ! Lui et sa gourmandise, son ingratitude, sa bêtise. Lui et son sale caractère !

Laura tremblait de rage, sous les yeux de ses deux amis. La bombe n'allait pas tarder à exploser et cela allait faire des dégâts.

La fiancée de Mammouth qui observait son amie depuis une trentaine de secondes percevait la future catastrophe arriver. Elle n'avait pas envie d'avoir une Laura Marconi inconsolable sur les bras : ni elle, ni Mammouth n'étaient bons en matière de consolation. Elle finissait par poser ses mains sur les épaules de Laura qui levait son visage vers elle.

« Allons Laura, calmez-vous. Il n'y a pas besoin de se mettre dans cet état. Et pour Nicky en plus ? Non, vraiment… Racontez-moi tout, calmement. Et puis, ça vous ferait du bien de vider votre sac. »

Après un cours silence et après avoir pris une longue inspiration, Laura commençait à raconter son récit. L'intonation de sa voix était aiguë, elle semblait vouloir s'arracher les cheveux. C'était très effrayant.

« Hier Nicky est sorti et il ne m'a rien dit alors que je venais de faire un repas délicieux parce que je m'étais dit que ça faisait plusieurs jours que nous n'avions pas mangé correctement. Alors, j'ai fait un effort… Je lui ai même fait son plat favori que, soit dit en passant, il ne méritait pas. Pourtant, ça n'avait aucune importance, je voulais simplement qu'on passe un bon moment autour d'un bon repas. Mais monsieur s'en va s'en prévenir. Pas un mot. Rien. Il aurait même pu écrire un mot sur du papier toilette, ça m'est égal ! On a plein de papier toilette ! »

La rouquine s'arrêtait un instant pour rependre son souffle et ses yeux brillants de fureur se posaient sur le duo face à elle.

« Vous savez ce que je pense ? En réalité, je ne vaux sans doute pas la peine qu'il me prévienne de quoi que ce soit… Enfin bon ! Encore une fois, je décide de prendre sur moi. Et, ce matin, je me réveille bien décidée à ne pas m'énerver mais vous connaissez Nicky, il vit pour me mettre hors de moi. Si c'était ça son métier, nous serions pleins aux as ! Mais nous ne sommes pas plein aux as alors pourquoi est-ce qu'il sort presque tous les soirs pour aller claquer l'entièreté de nos économies dans les bars les plus pourris de Tokyo ?! Ensuite, il s'attend à ce que je lui masse les pieds parce que monsieur est resté debout toute la nuit. Il s'attend à ce que je lui fasse à manger, à ce que je lui fasse couler un bain, à ce que je sois sa nounou ! Ben voyons, il peut bien aller se faire voir ! Voilà toute l'histoire ! Je vais le tuer ! »

Quand elle finissait enfin sa tirade, elle vidait sa tasse de chocolat chaud qui se remplissait aussitôt. Mirna était aux aguets. Laura avait parlé d'un ton colérique et son histoire semblait intéresser plus d'une personne car tous les clients du Cat's Eyes l'avaient écouté avec beaucoup d'attention.

La plupart avaient d'ailleurs déjà choisi leurs camps. Ce fameux Nicky Larson était pourtant, au début, un parfait inconnu. En revanche, désormais, il était considéré comme une belle enflure.

« Ah, je comprends votre colère !, s'indignait Mirna. Décidément, c'est le roi des imbéciles ! Moi aussi, j'en ai assez !

— Eh bien Laura, si c'est d'une affaire dont vous avez besoin… j'imagine que je tombe à point nommé. »

Laura, qui avait reconnu la voix féminine qui venait de prononcer ces derniers mots, se tournait brusquement pour faire face à la nouvelle arrivante.

« Hélène !, s'exclamait-elle. Ça fait longtemps. Comment vous portez-vous ? »

Hélène Lamberti adressait un sourire chaleureux à l'équipière du célèbre détective privé. Laura suivait du regard Hélène qui prenait place auprès d'elle, déposant son sac sur la table et retirant ses éternelles lunettes de soleil.

« Ça va plutôt bien. Et vous ? Nicky vous fait encore tourner en bourrique, hein ?

— On peut dire ça, oui, soufflait tristement Laura.

— Hum ! C'est lui que ça regarde si un jour, Laura s'énerve et ne veuille plus le voir !, intervenait Mirna.

— Oh, Mirna. Toujours de bonne humeur à ce que je vois, riait Hélène. Et toi Mammouth, comment vas-tu ? Ça fait un bail !

— Écoute-moi bien, commençait Mammouth d'un ton grave. Agent de police ou pas, si tu veux manger quelque chose : tu paies. Je te connais. Hélène, tu aimes bien obtenir tout et n'importe quoi sans payer, pourvu que ça t'apporte quelque chose. Malheureusement, je ne suis pas Nicky. Je ne suis pas idiot. Tu ne me rouleras pas dans la farine comme tu le roules lui. Tu veux boire du café, manger une bonne tartine grillée ou une part de gâteau à la fraise : tu paies. Et, je vais bien, merci de t'en soucier. »

Cette réplique avait le don d'arracher quelques gouttes de sueur à la chevelure bleutée accompagnées d'un petit rire nerveux. Elle qui espérait pouvoir manger ce merveilleux fondant au chocolat sans avoir à le payer, voilà qu'elle se faisait démasquer avant même qu'elle n'ait commandé quoi que ce soit.

« Oh, mais qu'est-ce qui te prend ?, s'étonnait la fiancée de Mammouth. Hélène est notre amie, ça ne nous coûte rien de lui offrir son petit déjeuner. On l'a bien offert à Laura. »

Mirna s'était adressée à John Arto d'un ton très doux. Elle avait ramené ses mains sur les hanches de ce dernier qui fut extrêmement troublé par ce geste. Il détestait les moments où la brune lui offrait une telle attention alors qu'ils étaient en public.

Cela le m'était mal à l'aise et en un rien de temps, il perdait tous ses moyens et devenait aussi rouge qu'une pivoine. Seulement cette fois, le grand Mammouth n'avait pas l'intention de succomber aux stratagèmes de sa bien-aimée. Il attrapait les mains de Mirna dans les siennes avant de déclarer… ou plutôt de hurler

« Tu ne la connais pas comme je la connais ! Cette femme est une profiteuse. J'ai dit qu'elle paie, donc elle paie ! »

Puis, il s'en allait, laissant Mirna seule pour s'occuper des clients. Heureusement, il n'y avait jamais vraiment beaucoup de visiteurs à cette heure-là donc son absence n'était pas très dérangeante. Un rire traversait ses lèvres. Elle aimait le taquiner ainsi. Ses réactions étaient si drôles, à ses yeux, qu'elle ne pouvait s'en empêcher lorsque l'envie lui en prenait.

« Bon, désolé Hélène. J'aurais essayé, soufflait Mirna en tentant vainement de dissimuler son large sourire.

— Ce n'est rien, ricanait Hélène. Je prendrais une part de gâteau au chocolat avec un grand verre de café noir sans sucre, s'il vous plaît.

— Je vous apporte ça immédiatement !, concluait Mirna.

— Eh bien. Un grand verre de café noir sans sucre ? La nuit a été longue ?, interrogeait Laura.

— Elles le sont toutes depuis huit jours, malheureusement…, soufflait le lieutenant de police.

— Ah oui ? Que ce passe-t-il ? Cela a un rapport avec la fameuse affaire dont vous avez parlé il y a quelques instants ?

— Précisément, souriait Hélène.

— Je peux savoir de quoi est-ce qu'il en retourne ? »

À ces mots, la jeune femme aux cheveux bleutés saisissait son sac pour en sortir une enveloppe qu'elle tendait à la rouquine qui se sentait soudainement intriguée. Elle avait l'impression qu'Hélène laissait intentionnellement planer un mystère. Laura attrapait l'enveloppe qu'elle ouvrait aussitôt et elle constatait qu'à l'intérieur se trouvaient trois photos d'hommes.

Le premier était un homme au visage rond et aux cheveux bruns avec une calvitie naissante ainsi que des lunettes circulaires. Son aspect rondouillet donnait l'impression qu'il était une personne assez sympathique.

Le second avait des traits bien plus fins et était loin de ce que quiconque qualifierait de beau. Il avait un nez belliciste pour démarrer et sa chevelure foncée accentuait son air sévère.

Le dernier était un homme assez charmant d'apparence moyenne, avec des cheveux châtain clair et quelques taches de rousseur. Contrairement aux deux autres, il était clair que celui-ci n'était pas Japonais, son apparence était clairement occidentale.

Quand elle finissait d'analyser ces trois photos, son attention se reposait sur l'agent de police qui était assis près d'elle et qui était en train de savourer un fondant au chocolat.

« Qui sont ces hommes ?, questionnait Laura déposant les trois photos sur la table.

— L'homme au nez crochu, n'est autre que Hizahomo Bokotu.

— Bokuto… comme la marque Bokuto ?!, s'étonnait la rousse.

— Oui, Bokuto. Celle-là même. La grande firme Bokuto.

— Mais… Les vêtements qu'il confectionne sont incroyables. Tous les plus gros riches des quatre coins du monde se les arrachent…

— Oui, et nous, nous n'aurions même pas assez d'argent pour nous acheter une simple paire de chaussettes Bokuto, soufflait Hélène avant de prendre une gorgée de café.

— Et, il nous faudrait au mois quatre vies pour nous acheter un manteau créé par lui, ajoutait Laura au haussant les sourcils.

— Oh, à peu près, souriait Hélène. Mais, il n'est pas tout blanc. Apparemment, il aurait blanchi plusieurs milliards de dollars qu'il aurait ensuite rentrés sur un compte bancaire en suisse et tout ça grâce à l'aide de… »

Hélène prenait la photo de l'homme joufflue et la glissait au sous les yeux de Laura.

« … Akira Yamaguchi. L'un des plus gros barrons de la drogue que le Japon n'a jamais connue. Et aujourd'hui, grâce à Sydney Turner, continuait-elle en montrant la photo du troisième homme, nous avons un moyen de le cueillir et de faire tomber tous son réseau. Si on tue le roi, c'est échec et mat et on aura débarrassé le Japon d'une enflure.

— C'est dingue…, poursuivait Marconi en reprenant la photo d'Akira Yamaguchi dans ses mains. Il a l'air pourtant si gentil.

— Eh oui : ''il a l'air'' en effet, intervenait une voix masculine. Tu fais bien de le préciser, Laura. »

Laura sursautait à l'interpellation qu'elle venait de recevoir. La seconde qui suivait, la photo d'un des plus gros, si ce n'est le plus gros, baron de la drogue venait de lui être arrachée des mains.

« Mais en plus d'être un des plus gros trafiquants de drogue de la planète, c'est aussi un meurtrier en puissance qui n'a pas peur de se salir les mains pour arriver à ses fins, finissait l'homme.

— Nicky !, s'exclamait la jeune rousse. »

À l'entente du mot Nicky, les clients qui avaient ouï les plaintes de Laura Marconi un peu plus tôt se mettaient à chuchoter entre eux. Larson pouvait entendre quelques jurons de jeunes et jolies femmes qui lui étaient directement destinées. Mais cela lui importait peu. Elles pouvaient l'insulter autant qu'elles le souhaitaient pourvu que leur visage soit attrayant.

Il se tournait alors brusquement, s'apprêtant à aller à la rencontre de ces douces filles mais il tombait nez à nez sur une femme très âgée qui le foudroyait du regard. Les deux êtres se regardaient dans le blanc des yeux et Nicky avait soudainement des sueurs froides.

« Un problème grand-mère ?, demandait Nicky.

— Comment osez-vous m'interpeler de la sorte !, commençait la vieille femme avant de donner un coup de canne au détective privé.

— Aïe ! Mais c'est vous qui-

— Ne me parlez pas ainsi et écoutez-moi attentivement !, s'écriait-elle en prenant Nicky par le col. Je vous conseille vivement de mieux traiter les femmes, surtout celles qui doivent vous supporter dans leur quotidien !

— Quoi ? Mais je… j'ai beaucoup de respect pour les femmes !, rétorquait en bégayant Nicky.

— Il suffit !, coupait-elle sans vergogne. Je ne veux plus vous entendre ! »

Son visage était encore plus effrayant que celui d'une Laura en colère. On pouvait y lire quelque chose comme « il n'y aura pas de deuxième avertissement » et ces mots étaient tombés comme la lame d'une guillotine. Nicky sentait son cou se refroidir à cette pensée car il savait très bien que les vieilles dames telles que celle qu'il avait devant lui n'étaient pas du genre à faire des menaces dans le vide.

Elle le lâchait brusquement et quittait le café en grognant, laissant un Nicky Larson complètement offusqué devant une flopée de jeunes femmes très plaisantes qu'il ne pourrait pas, après une aussi grande humiliation, ni courtiser qui même accoster.

« Eh bien Nicky, tu ne loupes aucune occasion pour t'attirer des ennuis, l'interpelait Laura en riant. Mais dis-moi, qu'est-ce que tu fais là ?

— J'ai reçu un appel d'Hélène me qu'elle avait une affaire à me proposer et apparemment, il y a une très jolie fille dans l'histoire !, chantonnait-il. Et pourtant ! Je ne vois là que trois photos. Trois photos d'hommes ! Tu te fiches encore de moi, Hélène ?! »

Larson venait de dire la fin de phrase un hurlant. Ce dernier repensait à toutes les dettes qu'avait Lamberti envers lui et à tous les services toujours impayés que cette dernière lui devait.

« Nicky, tu veux un coup de massue, hein ? C'est ça que tu veux ? »

Malgré le fait que le visage de Laura affichait un sourire des plus radieux, le ton glacial qu'elle avait employé ainsi que la massue sur laquelle il y avait inscrit « 100T » la trahissait. À cette vue, Nicky fermait instantanément les yeux, s'attendant à recevoir un énorme coup à la tête.

Il patientait près de quinze secondes et pourtant, toujours rien. Lorsqu'il rouvrait yeux, il constatait que Laura avait rangé sa massue et qu'elle buvait tranquillement sa boisson chaude dont elle semblait apprécier chaque gorgée.

Qu'est-ce qui lui prend tout à coup ? C'est louche… très louche !, pensait Nicky alors qu'il dévisageait Laura.

En vérité, Laura se contenait actuellement. Elle était énervée contre le brun. Elle en avait assez de son comportement. Elle en avait assez de lui. Pour la première fois, en cinq ans, elle pensait sérieusement à changer de boulot. Pour la première fois en cinq ans, elle pensait sérieusement que Nicky Larson ne méritait pas tout ce qu'elle lui apportait. Mais, elle garderait ces pensées pour elle. Pour le moment.

« Ne t'en fais pas Nicky, reprenait Hélène. Pour une fois, je n'ai pas menti ! »

Cette dernière extirpait une seconde enveloppe de son sac. Après l'avoir ouverte, elle sortait une autre photo. Mais cette fois, c'était la photo d'une jeune femme. Laura avalait de travers et finissait par tousser alors que Nicky arrachait la feuille des mains du lieutenant.

L'excitation de Nicky se lisait sur son visage mais contre toute attente, après avoir scruté la photo dans les moindres recoins, il n'eut aucune réaction exagérée. Aucune scène étrange et bruyante qui ne lui valait d'être envoyé sur Mars via une frappe de l'éclaire de la part de Laura.

D'ailleurs, cette dernière fut très troublée par l'agissement de Nicky. Les yeux de Nicky devaient aussi fin que des soucoupes. Il tournait et retournait la feuille, encore et encore. Décidément, il y avait quelque chose qui clochait avec cette photo.

« Je suis malade ou quoi ?, chuchotait-il. »

Bien qu'il avait parlé à voix basse, les deux jeunes femmes avaient parfaitement entendu les mots que le détective privé venait de prononcé. Elles se regardaient dans le blanc des yeux, c'était la première fois qu'elles avaient à faire à ce genre d'agissement de la part de Nicky.

La curiosité de Laura s'enflammait immédiatement et après avoir récupéré le cliché des mains de Nicky, elle la regardait à son tour. Peut-être avait-elle mal vu, quand Hélène avait sorti la photo de son enveloppe.

Lorsque les yeux de Laura Marconi se posaient se sur l'image, elle en avait eu le souffle coupé. La femme sur la photo était pourtant une vraie beauté.

Des cheveux d'un brun très sombre, presque noirs et ondulés à la perfection. Des yeux luisants marron foncés, si foncés qu'il était très difficile d'en percevoir les pupilles. Mais, sans doute que la paire de lunettes qu'elle portait y était pour quelque chose ? Et, une peau bronzée, sans imperfection.

Cette femme était réellement une beauté.

Elle semblait si familière et pourtant si étrangère à la fois. Laura se mettait alors, à son tour, à tourner la feuille dans tous les sens, la faisant pivoter vers la droite, puis vers la gauche… Elle lui rappelait quelqu'un mais il lui était impossible de savoir qui. L'avait-elle déjà-vu quelque part ?

Laura jetait un regard perplexe à Nicky. Peut-être que lui aussi à cette affreuse impression de déjà-vu ? Cela pourrait sans doute expliquer sa réaction de tout à l'heure.

« J'ai l'impression de connaître ce visage…, murmurait Laura.

— C'est fort probable, disait Hélène. Cette femme est la célèbre avocate : Sodjo Allen.

— Allen…, répétait Nicky. J'ai déjà entendu ce nom.

— J'ai fait quelques recherches sur elle, cette femme n'a pas eu une vie facile. Elle naît d'une mère américaine Luvia Mitchell, et d'un père japonais, Takeshi Kaïtume, sous le nom complet de Sodjo Kaïumy Kaïtume. À l'âge de quatre ans, alors qu'elle et sa famille vivait au Brésil, on lui découvre une leucémie. Plus tard, elle est envoyée à Washington, chez ses grands-parents maternels, où elle commence à recevoir des soins qui se sont vu être concluants. »

Hélène faisait une courte pause au cours de laquelle elle avait pris une gorgée de café. La femme semblait vraiment fatiguée et Laura ne pouvait s'empêcher de se demander quel genre de semaine elle avait bien pu passer.

« Seulement, le reste de sa famille ne pouvait pas se permettre de déménager et de recommencer une nouvelle vie dans un autre pays sur un coup de tête. Alors, ils sont resté à São Paulo. Mais, ils n'ont pas déserté de la vie de Sodjo pour autant. Ils prenaient l'avion une fois par mois pour aller rendre visite à leur petit ange. Malheureusement, alors qu'ils s'apprêtaient à lui rendre une énième visite, l'avion dans lequel ils étaient montés se crasha au Guatemala et perdit l'entièreté de ses passagers. C'est ainsi que Sodjo fut dépouillée des trois membres de sa famille à l'âge de six ans.

— Mais, attendez… trois membres ?, s'étonnait Laura, légèrement perdue. Qui était le troisième membre ?

— Le troisième membre n'était autre que Kodjo Chihiro Kaïtume, le frère jumeau de Sodjo.

— Un frère jumeau… Mon Dieu mais quelle horreur. »

Laura semblait horrifiée par l'histoire qu'elle venait d'entendre. Elle, qui avait perdu son frère, savait à quel point cela pouvait être douloureux.

Nicky était perturbé par tout ce qui parvenait à ses oreilles. Il y avait plusieurs années de cela, il avait entendu cette histoire et cela avait déjà provoqué en lui en sentiment qui restait, encore à ce jour, indescriptible.

Sans doute était-ce le fait que lui aussi, avait perdu tout ce qu'il avait de plus cher dans un malheureux accident d'avion. Il ne savait pas vraiment. Après tout, il avait toujours beaucoup de difficulté à ce souvenir de sa vie d'autrefois.

« Puis, poursuivait le lieutenant, après l'enterrement de sa famille, elle se fait prendre sous la tutelle de ses grands-parents et s'installe à Washington. Elle finit par guérir définitivement de sa maladie une année plus tard. Étant une enfant très développée, elle prend des cours par correspondance et obtient son diplôme alors qu'elle n'est âgée que de quinze ans seulement ans. Elle fera ensuite ses études à Yale, où là encore, elle épate ses professeurs de par son ouverture d'esprit impressionnante et sa mémoire visuelle hors du commun.

— Yale… à quinze ans…, soufflait Laura d'un air admiratif. Impressionnant.

— Hum, hochait de la tête Hélène. Et, à la fin de ses études, elle fréquente plusieurs associations humanitaires où elle fait la connaissance de Marverick Allen qui deviendra, par la suite, son époux et avec qui elle aura trois enfants. Ensemble, ils battirent un Empire colossale dont le capital s'élève désormais à plus de soixante-quinze milliards de dollars. Marverick est un génie de l'informatique, il passe son temps à confectionner de nouvelles inventions innovantes. Quant à Sojdo Allen… Elle est parvenu à mémoriser, dans leur globalité, les codes pénaux de plus de dix pays.

— Une dizaine de pays ?!, s'exclamait avec brutalité Laura. Vous rigolez ? C'est impossible !

— Pas croyable oui, mais pas impossible, intervenait Mammouth qui venait de refaire son apparition. Sojdo Allen a une condition psychologique rare qui lui donne la capacité de se souvenir de tout. Tout ce qu'elle verra ou entendra, elle s'en souviendra.

— J'ai entendu parler d'elle, moi aussi, ajoutait Mirna en se mettant près de Mammouth. »

Cette dernière venait d'encaisser le facture des deux derniers clients et avait fermé le restaurant. Elle les entendait chuchoter, discuter depuis plusieurs minutes et cela semblait important. Sans doute valait-il mieux que personne ne les dérange…

Mirna reprenait la parole après une courte pause.

« Mais l'autre jour, j'ai lu dans le journal qu'elle avait disparu il y a un mois. Hop, envolée. Elle était en déplacement en Corée du Sud et du jour au lendemain, plus aucune nouvelle. Certains pensent qu'elle est morte. Apparemment, elle était sur une grosse affaire et on a voulu la faire taire.

— Quelqu'un voulait la faire taire en effet, mais il n'y est pas parvenu, déclarait la bleuté. Sodjo Allen est bien en vie et sur le sol Japonais.

— Laisse-moi deviner, faisait Nicky. Elle avait récupéré assez de preuves pour réussir à démanteler le cartel de ce fameux Akira Yamaguchi.

— En plein dans le mille, Nicky, souriait Hélène. Et, en plus d'avoir des preuves, elle avait également réussi à trouver plusieurs personnes qui étaient prêtes à témoigner. Malheureusement, Yamaguchi est parvenu à faire tuer presque tous les témoins. Il n'en reste plus qu'un seul en vie : Sydney Turner.

— J'imagine qu'Allen est arrivé à le mettre en sécurité juste à temps, ajoutait le détective.

— Oui, confirmait le lieutenant de police. Elle a également mis sa famille en sécurité en toute discrétion. Puis, elle a complètement disparu des radars. Jusqu'à lundi d'il y a une semaine quand j'ai reçu un fax sur lequel il y avait une adresse. À peine avais-je fini de le lire que le téléphone se mit à sonner. La femme au bout du fil ne s'était même pas présentée pas alors qu'elle me disait : ''je m'apprête à faire tomber Akira Yamaguchi. Allez à l'adresse inscrite sur le fax. Tout de suite. Vous y trouverez une malle dans lequelle il y a un colis. Ne faites confiance à personne. Gardez le en sécurité. Je vous recontacterais''. Ensuite, elle avait raccroché. J'avais bien essayé de la rappeler mais sans succès.

— L'appel avait dû être passé depuis une cabine téléphonique, disait Mammouth.

— Tout à fait, répondait-elle. Mais, j'étais tout de même intriguée par ce que je venais d'entendre alors je suis monté dans ma voiture et j'ai roulé jusqu'à l'adresse indiquée par le fax. Je suis arrivé dans un entrepôt presque abandonné. Et, après avoir cherché pendant plusieurs minutes, je ne trouvais toujours rien. Au moment où je commençais à me dire qu'on m'avait fait une mauvaise blague, inaperçue la malle. Elle était dissimulée sous une énorme bâche. Et lorsque je l'ouvrais… »

Hélène regardait Nicky. Elle le savait assez intelligent et perspicace pour terminer la fin de sa phrase. Ce dernier avait eu un léger rictus avant de reprendre la parole.

« Lorsque tu as ouvert la malle, tu y as trouvé Sydney Turner.

— Bingo. Sydney Turner, répétait Hélène en , j'ignorais son identité au départ. Je ne voyais qu'un homme inconscient, relié à une bouteille d'oxygène, reposant dans une malle et tenant fermement une mallette fermée à double tour. Je ne savais absolument pas quoi faire, je m'apprêtais alors à appeler une ambulance quand les paroles de la femme qui m'avait contacté plus tôt me revenaient en mémoire : ''ne faites confiance à personne. Gardez le en sécurité''. Alors, j'ai décidé d'attendre son réveil. Et, quand il ouvrit les yeux, il s'était mis à me hurler dessus : un vrai paranoïaque.

— Tu m'étonnes, soufflait Nicky. Pour se retrouver dans une malle ce qu'il y a dû se passer des choses vraiment dingues.

— Oh que oui. Heureusement, j'avais réussi à le convaincre que j'avais été contactée par une femme dont je ne connaissais ni le nom, ni le visage, il m'informa qu'il était Sydney Turner, qu'il était un américain résidant au Japon et qu'il avait été mis dans cette malle par une certaine Sodjo Allen. Il avait également dit que s'était elle qui m'avait contacté et que si elle l'avait fait, c'était parce qu'elle avait confiance en moi et qu'elle savait que je n'allais pas le vendre au plus offrant.

— Hum… Si elle avait su quel genre de vipère tu étais et le fait que tu ne tenais pas tes promesses, ce n'était pas toi qu'elle aurait appelé !, ajoutait Nicky d'un air dédaigneux.

— Oh, ce n'est pas très gentil ça Nicky, rigolaitla policière.

— Et, qu'est-ce qu'il y a dans la mallette ?, demandait Laura, ignorant la remarque de Nicky.

— Aucune idée, disait Hélène en secouant la tête. Sydney et moi avons passé ces sept derniers jours à essayer de l'ouvrir, sans succès. Cette mallette est aussi résistante et sécurisée qu'un bunker.

— Hum… Cette histoire me semble vraiment compliquée. Je peux savoir en quoi est-ce qu'on peut t'aider ?, interrogeait finalement Nicky entre deux bâillements.

— Hier matin, elle m'a recontacté, répondait Hélène en remmenant sa tasse de café à ses lèvres. Une lettre qui avait été glissée sous ma porte… Lorsque je l'ai ouverte et que j'ai vu ce qu'il y avait écrit dessus, j'ai compris que cette affaire était bien plus grosse que je ne le pensais.

— Vous me faites peur Hélène, commença Laura, un soupçon d'inquiétude dans sa voix.

— C'est vrai ça, vous faites tellement de mystère, continuait Mirna. Qu'y avait-il dans la lettre ?

— Des noms, disait Hélène d'un ton grave. Une liste de noms. Et, après quelques recherches, j'ai vu que c'était les noms de plusieurs agents infiltrés dans différentes mafias japonaises.

— Quoi ? Mais comment est-ce qu'elle l'a eu ?, demandait Laura.

— Je n'en ai aucune idée pour l'instant. Mais ce qui est sûr c'est que si elle a réussi à l'avoir, d'autres pourraient très bien y arriver. Peut-être même que c'est déjà le cas… Et, si les chefs des mafias japonaises mettent la main dessus, Tokyo ainsi que toutes les autres villes du pays vont se transformer en vrai champs de bataille.

— Des exécutions publiques…, commençait John Arto.

— Ce sera un vrai bain de sang, finissait Nicky. »

Hélène Lamberti hochait la tête. Elle ne comprenait pas toute l'histoire, ni comment est-ce que Sodjo Allen avait réussi à dénicher toutes ses informations, mais une chose était sûre, tout allait commencer à s'accélérer.

« N'empêche, elle laisse planer beaucoup de mystères cette Sodjo Allen, soufflait Mirna.

— Connaissant le personnage, ce doit être pour une bonne raison, répliquait Hélène.

— Soit parce qu'elle veut éviter de nous exposer trop vite à un potentiel danger, soit parce qu'elle se dit qu'une personne mal intentionnée pourrait très bien tomber sur toutes ses informations…, déclara Mammouth.

— Et comment assembler un puzzle lorsqu'il y a des pièces manquantes ? Cette femme pense réellement à tout, faisait Larson, visiblement impressionné par l'avocate.

— Ça doit être un peu des deux, supposait le mastodonte. Qu'est-ce que tu as fait de la liste ? Tu en as parlé à quelqu'un ?

— Pas encore, j'attends les indication de Sodjo Allen, répondait Hélène. Je ne sais pas vraiment à qui faire confiance… Le fait qu'elle ait cette liste c'est si… Même moi je ne savais pas qu'il y avait autant d'agents infiltrés en zone ennemie.

— Tu ne devrais pas t'en faire, rassurait le détective. Je suis certain que si cette femme ne t'a pas donné d'indication plus précise c'est que pour l'instant, il n'y a aucune inquiétude à avoir.

— Tu as raison mais à vrai dire, elle m'a tout de même donné quelques indications, commençait le lieutenant avec hésitation.

— Quoi donc ?, faisait Nicky, interpelé.

— Eh bien… Avec cette liste, il y avait une seconde feuille, reprenait la bleuté. Sur laquelle était inscrit : ''contactez XYZ''. Apparemment, elle connaît ta réputation Nicky.

— Sans doute… C'est très étrange, disait-il en prenant la photo de l'avocate disparue entre ses mains. Je suis sûr de ne jamais l'avoir rencontré et pourtant elle me semble si familière.

— Oui… moi aussi j'ai eu cette impression, renchérissait Laura. Peut-être qu'on a déjà croisé quelqu'un qui lui ressemblait.

— Peut-être…, disait Nicky dans un murmure. Tu sais pourquoi est-ce qu'elle voulait que tu nous contactes ? Pourquoi est-ce qu'elle ne l'a pas fait elle-même ?

— Elle essaye de se faire discrète et de ne pas se faire repérer, rétorquait Hélène. Tu sais bien que le tableau des messages se trouve à la gare de Shinjuku. Cet endroit est toujours bombé de monde et truffé de caméra. »

Larson acquiesçait avant de se mettre à réfléchir. Cette réponse lui convenait, cela lui paraissait logique. Mais, il y avait encore des zones d'ombre. Trop, en vérité. Cette affaire était louche, très louche. C'était dangereux.

Il observait Laura buvant son chocolat chaud, avec insouciance, posant toujours plus de questions à Hélène. Elle voulait en savoir plus sur cette affaire. Elle semblait s'emballer un peu trop aux yeux du détective.

Ce n'était pas un film d'action, c'était la vraie vie et il était conscient que s'il acceptait d'aider la célèbre avocate dans sa croisade, il risquait d'y avoir des pots cassés. Il n'avait pas autant de moyen qu'elle, il ne pouvait pas envoyer Laura dans un endroit hautement sécuriser dont même l'État ignorerait l'existante. Soudain, Nicky toussotait fortement et longuement ce qui attirait les regards sur lui.

« Nous refusons l'affaire. »

Les yeux des quatre amis de Nicky s'arrondissaient à l'entente des paroles de ce dernier. Avaient-ils bien entendu ? Nicky Larson venait de refuser une affaire dont la cliente était une charmante et ravissante avocate ? Laura était bien trop choquée pour dire quoique ce soit.

« Quoi ?! Mais pourquoi ?!, rugissait Hélène.

— Trop dangereux, répliquait Nicky.

— Mais… c'est une affaire en or !, bégayait Laura. Pour une fois qu'on peut faire quelque chose de vraiment important ! On ne va pas laisser passer ça ! Nous prenons l'affaire !

— J'ai dit : ''c'est trop dangereux''. Es-tu sourde ou le fais-tu exprès, Laura ?, s'indignait le détective.

— Non je ne suis pas sourde !, s'énervait-elle. À cause de toi, nous sommes sur la paille. Toi et tes bêtises à la noix.

— Tu peux hurler, ça ne me fera pas changer d'avis, grognait Larson.

— Ah oui, vraiment ?!

— Oui. D'ailleurs, on y va. »

Le brun attrapait brusquement la main de Laura et la tirait vers lui. Il ne remarquait pas le voile sombre qui s'était installé sur le visage sur la jeune femme. Elle allait exploser. Pour de bon. Cela faisait des heures qu'elle se retenait mais ça y était : il avait réussi à la mettre définitivement hors d'elle.

« Nicky. »

Le concerné frissonnait à l'entente de son prénom. Il lâchait brusquement la main de la rouquine et tournait son visage pour tomber sur une mademoiselle Marconi à l'aura meurtrière. Pourra-t-il survivre à ce qu'il va lui arriver ? Il n'en était pas certain.

Inopinément, alors que Nicky retrouvait son instinct se survit et qu'il s'apprêtait à s'enfuir, il recevait le coup de massue le plus violent et le plus puissant. Il allait s'écraser dans le mur en face de lui, détruisant ce dernier à son passage.

Il finissait sa course dans un buisson en face du Cat's Eyes. Se redressant doucement, il reprenait peu à peu ses esprits, frottant son visage douloureux car c'était là qu'il avait été frappé. Il relevait brutalement sa tête entendant les bruits de pas d'une femme en colère courant dans sa direction.

« Laura, mais tu es complètement f- »

Le courage de Nicky s'évaporait au moment même où son regard noir plongeait dans celui de Laura. Il se levait d'un bond et courait le plus vite qu'il pouvait. C'en suivait une course-poursuite des plus ridicules sous les yeux médusés de Mirna, Hélène ainsi que John qui retenait ses larmes face à un tel carnage. Mirna et lui venait tout juste de finir les travaux de leur restaurant et voilà qu'ils allaient devoir tout recommencer…

La filature de Laura envers Nicky venait enfin de se terminer après vingt bonnes minutes, mais ce dernier avait fini par perdre connaissance sous les coups incessants de sa partenaire. Elle s'était lâché cette fois-ci. Il fallait qu'elle évacue toutes cette colère qu'elle avait accumulée par sa faute.

Ça lui apprendra à cet idiot, avait-elle pensé, un air victorieux sur le visage.

Elle s'était excusée auprès de Mammouth et Mirna en leur promettant que Nicky et elle allaient financer les réparations de leur bistro. Hélène proposait à Laura d'emmener Nicky chez elle, ainsi, elle pourrait leur présenter Sydney Turner qui sera en capacité de les éclairer sur certaines choses, car tout semblait encore très flou.

Laura acceptait.

À son réveil, plusieurs heures s'étaient écoulées et Larson comprenait qu'il n'était pas chez lui. Il reconnaissait les murs bleus de l'appartement du lieutenant de police. Il se précipitait hors de la chambre, prêt à en découdre avec « cette furie de Laura ». Seulement, lorsqu'il parvenait au salon, il apercevait la jeune rouquine assise autour d'une table avec un homme qu'il devinait être le dit Sydney Turner.

« Oh Nicky, tu es réveillé !, s'exclamait Laura en souriant. Il était temps !

— Oh ne me sourit pas comme ça, espèce de terroriste !, hurlait-il avec une grimace affreuse sur le visage. Tu as vu dans quel état tu m'as mis ? Hein ? Et qu'est-ce qu'on fait chez Hélène, dis-moi ? Où est-ce qu'elle est d'ailleurs ? Elle est sorti ? Ah ! C'est bien son genre ça ! Elle essaye de me forcer la main ! Eh bien, je ne prends pas ! J'ai dit qu'on refusait l'affaire ! »

L'interpellée n'écoutait absolument pas les jérémiades de son coéquipier. Il pouvait bien pleurer ou se rouler par terre, ça lui était totalement égal. Elle avait fini par avoir l'habitude de ses petits caprices.

« Mon avis ne compte-t-il pas ?!, poursuivait Nicky d'un ton haineux et colérique. Eh, Laura ?! Tu m'écoutes ?! »

Dans l'instant, Nicky sentait une présence s'approcher de l'appartement. C'était une femme. Il en était sûr et il pensait savoir de qui il s'agissait. Il s'arrêtait dans ses plaintes et se dirigeait à vitesse grand V vers la porte d'entrée, qu'il ouvrit brusquement.

« Hélène, comment as-tu pu me… »

Nicky Larson s'arrêtait de parler, car la femme qui s'apprêtait à sonner à la porte n'était absolument pas Hélène Lamberti. Cette dernière n'était, en réalité, pas sorti de l'appartement. Elle était simplement allé dans la cuisine afin d'apporter un verre de jus de fruit à ses invités.

La femme qui était devant lui portait un long manteau marron clair, ceinturé à la taille. Bien qu'un chapeau blanc était posé au-dessus de sa tête, il était possible pour Nicky de constater qu'elle avait une chevelure, légèrement ondulée, de la même couleur que la sienne. Elle portait des lunettes de soleil, tenait une petite valise dans sa main gauche et son corps reposait sur une paire de cuissardes noires.

Après une dizaine de secondes sans rien dire, la femme retirait ses lunettes et plongeait son regard sombre dans ces yeux aussi foncés que les siens. Tous deux semblaient perturbés par ce qui se passait, mais ils parvenaient à le dissimuler à l'un et à l'autre et à conserver une face de joueur de Poker.

Ils avaient cette étrange impression de déjà-vu.

Comme s'ils leur étaient arrivé de se retrouver dans la même pièce. En particulier la jeune femme. Elle était certaine de connaître l'homme qui se trouvait face à elle. Pourtant, elle avait beau chercher dans sa mémoire, elle ne trouvait aucune image d'elle et lui se parlant.

Comme c'est amusant, se disait-elle avant de venir briser le silence par un simple « Bonjour » fuyant ses lèvres souriante.

Elle tendait sa main droite en direction de Nicky qui la saisissait sans même demandé à qui il avait à faire. La femme ouvrit la bouche, s'apprêtant à parler mais elle se faisait couper par une voix féminine.

« Sodjo Allen ? C'est vous ? »

Le lieutenant de police était revenu et avait remarqué Nicky qui était au pas de la porte. Lorsqu'elle s'était avancé et qu'elle avait vu qui était en face de lui, elle reconnaissait immédiatement la jeune femme.

« Hélène Lamberti, disait l'invitée surprise. Je savais que vous ne me décevriez pas. Et, si vous me laissiez rentrer ? Je pense que vous avez énormément de questions auxquelles je peux certainement apporter des réponses. »