Hélène avait laissé Sodjo Allen pénétrer à l'intérieur de son appartement. Dès que Sydney l'avait vu, c'était comme s'il venait de croiser son sauveur.

Cela faisait une dizaine de minutes qu'Hélène et Nicky s'étaient mis à l'écart, dans une autre chambre, laissant Laura et les deux étrangers en tête à tête dans la pièce principale.

Nicky, qui avait eu un bref échange avec l'avocate après qu'elle soit rentré dans l'appartement, avait finalement fini par accepter l'affaire qu'on lui avait proposée plus tôt dans la matinée. Larson avait accepté, simplement et facilement, sans discuter. Il n'avait pas pu dire qu'il refusait d'aider la jeune femme et il ne comprenait pas pourquoi.

En effet, cette femme était plus que charmante. Il pouvait même dire qu'elle était la femme la plus charmante qu'il n'avait jamais vue. Mais contre toute attente, elle ne lui faisait aucun effet. À lui, Nicky Larson. Il n'avait pas pour habitude de se dénigrer ou même d'être dans l'autocritique, mais il pouvait dire avec certitude qu'il lui arrivait de se comporter en dépravé.

Pourtant, il agissait de manière calme. Il l'avait déjà vu en photo et cela l'avait bien perturbé mais à cet instant, on était passé à un tout autre niveau : un niveau supérieur. C'était la première fois que cela lui arrivait et il en ignorait la raison.

Perplexe, il était adossé au mur, tentant de rester attentif aux paroles d'Hélène qui était assise sur une chaise, en face de lui. Il réfléchissait à la situation dans laquelle il se trouvait. Son cerveau tournait à plein régime.

« Nicky, tu m'écoutes ?, l'interpellait Hélène.

— Oui… Mais que veux-tu que je te dise ?, articulait le détective.

— Alors ? Tu… Tu penses que c'est vraiment elle ?

— Pourquoi ne serait-ce pas elle ? Elle semble au courant de pas mal de chose.

— Et si c'était une tactique d'Akira Yamaguchi pour supprimer Sydney Turner ?

— Oh ? Donc, il aurait envoyé une tueuse à gages ressemblant trait pour trait à madame Allen ?

— Et pourquoi pas ? Ce n'est pas impossible.

— Non. Arrête de te monter la tête, Hélène. Il n'y a aucun moyen qu'il sache où est-ce que Sydney se trouve. Crois-moi, c'est elle. C'est Sodjo Allen. »

Hélène soufflait de soulagement. La paranoïa de Sydney Turner avait dû la contaminer. Enfin, si même Nicky Larson soutenait l'idée que cette femme était bien qui elle disait qu'elle était, alors elle était qui elle disait qu'elle était. C'était aussi simple que cela.

« Tu as raison, poursuivait Hélène. Et franchement, cette femme pue le charisme. Difficile de trouver une personne lui ressemblant et pouvant dégager quelque chose d'aussi intense.

— Je ne te le fais pas dire…

— Je me demande si Laura l'a remarqué mais je trouve que sous certains angles, elle te ressemble un peu. »

Hélène Lamberti avait dit cette phrase alors que Nicky venait de se reperdre dans ses pensées.

« Nicky ?, l'interpelait-elle de nouveau.

— Hum ? Tu disais ?

— Laisse tomber, souriait Hélène. »

Je me fais sans doute des idées, se disait-elle.

« Désolé, je réfléchissais. Mais je dois dire que Sodjo Allen semble être quelqu'un de réellement... unique ?, faisait Nicky en posant son regard sur Hélène.

— Oui… je trouve ça d'ailleurs étrange que tu ne lui aies pas encore sauté dessus, ricanait la jeune femme.

— Eh !, s'indignait Nicky. Je ne suis pas un animal !

— Oui, bien sûr, se moquait-elle. Je ne sais pas ce que tu traficotes, mais oublies ça vite. N'oublie pas que Laura a des armes de destruction massive dissimulées un peu partout dans ses vêtements.

— Je ne l'oublie pas, grimaçait-il. »

Il se redressait et sortait de la pièce, Hélène s'était levée et marchait derrière lui. Ils arrivaient tous les deux dans le salon où Laura, Sydney ainsi que Sodjo se trouvaient. Ils étaient tous les trois assis sur le divan.

Sydney se levait brusquement lorsqu'il apercevait le duo.

« Mais où étiez-vous ?!, s'exclamait-il. Ce n'est pas le moment de vous isoler dans une pièce pour faire Dieu sait quoi ! Ne me dites rien, vraiment, j'insiste. Mais Hélène, sachez que si le maître Allen vous a demandé de contacter monsieur Larson, ce n'est pas pour rien ! Alors évitez de… vous comprenez. »

Sydney Turner agitait maladroitement sa main devant lui et ayant une mine un peu dégoûtée. Nicky l'observait, un sourcil relevé.

Non, je ne comprends absolument pas, pensait Nicky.

« Calmez-vous Sydney, intervenait Sodjo. Je sais que vous vous êtes mis à l'écart pour discuter de ma fiabilité. Entre spécialistes sans doute. Je comprends et vous avez bien fait. Dans le cas contraire, j'aurais assurément douté de votre professionnalisme.

— Alors, vous saviez qu'il y avait un risque pour qu'on ne vous fasse pas confiance ?, bégayait Laura.

— Bien sûr, souriait l'avocate. Pour qui me prenez-vous ? Je suis une avocate de renom et je suis très intelligente. Alors, oui, je savais comment est-ce que vous alliez réagir.

— Impressionnant…, murmurait Hélène.

— Évidemment qu'elle est impressionnante !, s'écriait Sydney. Pourquoi pensez-vous que je l'ai engagée ?!

— Vous l'avez engagé ?, rétorquait le lieutenant. Je pensais que Sodjo était venu vous trouver ! »

Soudain, la riche avocate se mettait à rire. Elle prenait le verre d'eau qui était posé sur la table et buvait une gorgée avant de remuer la tête.

« Voyons officier… Je ne suis pas comme ça. Je suis celle qui règle les problèmes des autres. Je ne vais pas aller chercher quelqu'un pour que ce quelqu'un fasse mon job. Non… Hum hum. Personne ne fait mon job mieux que moi. Ce serait du suicide de déléguer mon travail. Et, je n'ai pas envie de me suicider, j'ai des enfants et un mari en or. Alors, si je dois faire face à un problème, je le règle moi-même.

— Heu… oui ? Assurément, oui, acquiesçait Hélène. »

Sodjo Allen hochait la tête, ses lèvres toujours étirées en un sourire.

Alors, qu'Hélène semblait troublée, Laura était impressionnée par la tirade de l'avocate. Si quelqu'un d'autre avait prononcé les mots de Sodjo, sans doute qu'elle aurait pensé que ce dernier était d'une prétention sans limite. Néanmoins, à ce moment précis, ce ne fut pas le cas. Elle trouvait qu'Allen s'était exprimée avec une aisance hors du commun et les yeux de cette dernière trahissaient d'une indéniable confiance de soi.

De plus, il n'y avait aucune once de mépris dans le ton de sa voix. En d'autre termes, Sodjo Allen venait de renverser sur elle un énorme pot de pommade tout en balayant la moindre petite parcelle de colère que cela aurait pu susciter.

Larson, lui, ne réagissait pas vraiment. Il était troublé par quelque chose, mais cela n'avait rien à voir avec les dire de la jeune avocate.

« Mais que s'est-il passé dans ce cas ?, demandait Laura.

— Excellente question mademoiselle Laura Marconi, articulait Sodjo avec insistance. Je désespérais, j'avais peur que personne ne la pose ! Enfin bon, je vous conseille de vous asseoir : cela risque d'être un peu long. »

Laura se sentait flattée par la première réflexion de Sodjo.

Nicky et Hélène venaient s'asseoir à leur tour. Hélène s'installait à la gauche de Sodjo en face de Laura, alors que Nicky se posait près de cette dernière face de l'avocate. Sydney, quant à lui, était assis à la droite de Sodjo.

« Bien, commençait Sodjo. Il y a un peu plus de huit mois, j'ai été contactée par Monsieur Turner ici présent, qui était le secrétaire d'Hizahomo Bokotu.

— Vous avez travaillé dans l'entreprise Bokuto ?!, s'exclamait Laura.

— Laura…, susurrait Nicky en souriant. Laisse là finir son récit, s'il te plaît.

— Ah désolé, rougissait Laura.

— Il n'y a pas de mal, rigolait Sodjo. Sydney m'avait dit qu'Hizahomo Bokotu avait transféré plus d'un demi-milliard de dollars dans un compte bancaire en Suisse et qu'il avait tout découvert mais qu'il n'avait aucune preuve. J'ai une source travaillant à la CIA ainsi j'ai rapidement pu confirmer les dire de Sydney. Et donc, après m'être assuré que cette information était vraie, j'ai commencé à mener mon enquête. Pour moi, il était clair que c'était de l'argent sale. Personne ne retire une somme aussi astronomique de son compte chèque pour le mettre dans un compte bancaire se situant dans un autre pays à moins d'avoir un énorme problème. »

Sodjo Allen reprenait un peu sa respiration et reprenait une gorgée d'eau avant de poursuivre.

« Mais monsieur Bokuto n'avait aucun souci, c'était et c'est toujours, d'ailleurs, l'un des hommes les plus riches du Japon. L'argent ne venait pas de lui, en réalité, il venait d'Akira Yamaguchi. Cet argent provenait d'une importante transaction qui avait eu lieu à Cuba. Vente découlant d'un trafic drogue mêlée à un trafic d'armes... ajoutez à cela le produit d'un réseau illégal de prostitution et voilà, on obtient sept cent cinquante millions de dollars. Seulement, manque de pot pour Akira, cette année-là, l'État américain s'était lancé dans une chasse aux sorcières et tentait de démanteler le plus de réseaux, petits ou grands, de drogue. Et, cinq agents cubains, honnêtes et droits dans leurs bottes, avaient fini par réussir à saisir cet argent sale, ignorant que le propriétaire n'était pas un baron cubain mais un mafieux japonais qui n'était autre qu'Akira Yamaguchi.

— J'imagine que ces cinq agents ont été retrouvé morts ?, intervenait Nicky.

— Pas de moins de vingt quatre heures plus tard, confirmait Sodjo.

— Mais, ils ont dû déposer un rapport aux bureaux de stupéfiants non ?, questionnait Laura.

— Je me suis rendu moi-même à Cuba pour chercher le rapport de police, reprenait Sodjo. Je suis resté là-bas une semaine. Mon équipe et moi avons lu, relu tous les documents du bureau et devinez quoi ?

— Aucune trace d'un quelconque rapport, rétorquait Larson.

— Aucune trace d'un quelconque rapport, répétait l'avocate accomplie. Akira avait déjà tout fait disparaître. Néanmoins, il n'est pas idiot. Il savait qu'il ne pouvait pas faire sortir près d'un milliard de dollars du sol américain sans évoquer un énorme soupçon. Lui, un gros baron de la drogue à la tête de l'un des plus gros cartels du monde… ? Non. Cuba n'allait certainement pas le laisser faire.

— Et, il ne pouvait pas déléguer cette action à une connaissance parce qu'il était forcément surveillé pour l'état, ajoutait Hélène. Donc tout ce qui le touchait de près ou de loin… tout ça était passé au crible dans les moindres détails.

— Alors, il a contacté monsieur Bokuto pour qu'il s'en occupe ?, demandait Laura, les sourcils froncés. Parce qu'il n'avait aucun lien avec lui ?

— Dans le mille, approuvait Sodjo. Yamaguchi a approché Bokuto dans le secret le plus total. Il lui a demandé de s'occuper de blanchir l'argent. Et avec la réputation qu'il a au Japon, il n'a pas fallu très longtemps avant que Bokuto ne cède. Trois jours après l'assassinat des officiers cubains, le transfert a eu lieu. En faisant sortir du pays sept cent cinquante millions de dollars au nez et à la barbe de l'état, non seulement, Bokuto a rempli les poches de Yamaguchi mais il a également gagné un gros client.

— Mais, l'État cubain n'a eu aucun doute concernant la transaction de Bokuto ?, interrogeait Laura.

— Bien sûr que si, ils ont ouvert une enquête, répliquait Sydney. Mais comment prouver quoi que ce soit ? Les sept cent cinquante millions avaient disparu et il n'y avait aucun rapport de police et aucun officier pour témoigner.

— Oui, continuait Sodjo. Et allez essayer de faire un procès à un milliardaire japonais sous prétexte que ce dernier a ouvert un compte bancaire et y a inséré une somme d'argent colossale. D'autant plus que l'argent fut extrait du compte suisse quelques jours après. C'est louche, assurément, mais on ne fait pas de procès à quelqu'un d'aussi influent simplement parce que nous le trouvons louche mais bien parce que nous avons des preuves.

— Et, vous avez des preuves grâce à monsieur Turner, n'est-ce pas ?, interrogeait Hélène.

— Sydney était l'assistant de Bokuto et il avait réussi à avoir accès à des documents qui relataient les faits, disait l'avocate.

— Oui. Dès que je l'ai entendu parler de ça avec sa femme, Madame Saïko Bokuto, j'ai tout fait pour mettre la main sur ces des documents parlant de transaction ou même des preuves montrant qu'il y avait un lien entre Yamaguchi et lui, reprenait Sydney. Et quand j'ai finalement réussi à avoir quelque chose, j'ai transmis le tout à Sodjo qui m'a malheureusement dit que ce n'était pas assez et qu'il fallait absolument trouver des personnes prêtes à témoigner contre Bokuto, si procès il y a. J'avais des amis à l'entreprise, qui passait bien plus de temps avec monsieur Bokuto que moi. J'ai donné les noms à Sodjo et elle s'est occupé de les convaincre à témoigner. »

Nicky, qui ne disait pas un mot depuis plusieurs minutes, tiquait. Il levait les yeux vers Sydney, lui jetant un regard dubitatif. Sodjo remarquait le changement de comportement du détective.

Elle souriait.

Intéressant, songeait Sodjo.

C'était sans doute le seul à avoir remarqué qu'il y avait une faille dans l'histoire que lui comptait Sydney Turner.

« Comment est-ce que vous avez fait ça ?, interrogeait Hélène. Madame Allen ?

— Je vous en prie Hélène, appelez-moi Sodjo, souriait-elle de plus belle. Mais pour répondre à votre question : je suis une avocate de renom et une multimilliardaire avec beaucoup d'influence.

— Oh, j'aurais du m'en douter, ricanait Hélène.

— Malheureusement, il y a un mois et demi, Yamaguchi a compris que quelque chose de gros allait bientôt lui tomber dessus s'il n'agissait pas très rapidement, renchérissait Sydney.

— Donc, il a commencé à supprimer les tous ceux qui s'apprêtaient à le faire tomber ?, disait Laura.

— Parce qu'il savait que si quelqu'un témoignait contre Bokuto, on ne tarderait pas à faire un lien entre lui et le styliste milliardaire, intervenait Sodjo. Ensuite, on aurait fait un lien avec les sept cent cinquante millions de dollars déposé sur le compte offshore… et on aurait également fait un lien avec les meurtres des cinq agents cubains. J'étais en Corée du sud quand le ménage a commencé, un milliardaire qui assassine sa femme américaine parce qu'elle voulait divorcer. Quand j'ai su ce qui se passait, j'ai toujours laissé en plan et ai disparu des radars, ça devenait trop dangereux. Mais bon, je vous avouerais que j'aimerais autant pouvoir reprendre mon affaire là où je l'avais laissé, je n'aime pas laisser une injustice en suspension dans l'air.

— Il y a eu une fuite, concluait Hélène d'un ton convaincu. Sinon comment, Bokuto et Yamaguchi, auraient-ils pu avoir été mis au courant ?

— Mais on ignore d'où cela vient…, disait Sydney, un voile de tristesse sur son visage. Presque tous ceux qui étaient au courant de l'affaire sont morts… mes amis… il ne reste que Sodjo et moi. C'est une avocate remarquable. Dès qu'elle a vu que tout se gâtait, elle a mis en sécurité ses proches et moi… Je ne la remercierai jamais assez. »

Sodjo Allen tournait doucement sa tête vers Sydney et posait délicatement sa main sur son épaule.

« Donc…, intervenait Laura. Ce que vous êtes en train de nous dire, ce que toutes les personnes qui pouvaient être une taupe sont mortes ?

— Pas toute, rectifiait Hélène. Vous deux êtes en vie. Qui nous dit que la taupe n'est pas assise à votre droite Sodjo. »

Les pommettes de Sodjo remontaient et sa bouche s'étirait de nouveau en un large sourire.

« Non, monsieur Turner n'est pas la taupe, déclarait Nicky. Sodjo est trop brillante, trop intelligente. Elle a dû mener sa propre enquête. N'ai-je pas raison ? »

La voix de Nicky résonnait dans l'appartement. Il n'avait pas beaucoup parlé depuis l'arrivée d'Allen. Il était comme plongée dans une profonde réflexion.

Sodjo redressait un peu sa posture et finissait par se gratter l'arrière du crâne avec une légère maladresse. Puis, elle s'adressa à directement au détective privé.

« Vous ne me demandez pas ce qu'il y a dans la mallette qu'avait Sydney à son arrivée ?

— Eh bien-, tentait Nicky.

— Demandez-moi, interrompait Sodjo. »

Nicky commençait à rire avant de capituler et de poser la question tant attendue par l'avocate.

« Qu'y a-t-il dans votre mallette ?

— Prenez là, je vous en prie, se réjouissait Sodjo en montrant du doigt la mallette près de lui. Elle est juste à côté de vous. »

C'est vraiment bizarre, pensait Laura.

C'était étrange.

Laura pouvait clairement voir qu'il y avait une complicité entre Sodjo et Nicky. Comme s'ils étaient de vieux amis. Comme si ce n'était pas la première fois qu'ils se parlaient. Et, son partenaire n'agissait pas comme à son habitude. Il était anormalement calme. Laura avait pourtant préparé sa massue dans le cas où Larson perdrait le contrôle de son esprit. Pourtant, il gardait son calme et il riait.

Hélène Lamberti aussi trouvait le comportement de Nicky plus que surprenant. En fait, elle trouvait que son ami agissait de façon invraisemblable. Il n'avait pas réagi quand il avait vu la photo de Sodjo alors que cette femme à lunettes était très vraiment belle et désormais, elle était face à lui et il ne faisait rien d'extravagant. Il lui parlait normalement. Décidément, ce n'était pas le Nicky qu'elle connaissait.

Elle l'observait prendre la mallette avant de la déposer sur ses genoux.

« Je ne connais pas le code, disait le détective.

— Vous êtes sûr ?, rétorquait Sodjo.

— Mais comment voulez-vous qu'il…, essayait Laura. »

Les yeux de Sodjo devenaient des fentes tandis que des sillons se creusaient sur le front de Nicky. L'instant d'après, Nicky et Sodjo se souriaient mutuellement.

« Je plaisante, Laura, disait Sodjo en lui souriant. C'était une blague, une plaisanterie.

— Oh, dit Laura en riant. Je dois avoir du mal avec les plaisanteries… »

Le rouge qui montait aux joues de Laura amusait madame Allen. Elle trouvait la rouquine charmante et élégante. Elle ne la connaissait que depuis très peu de temps mais Sodjo appréciait déjà Laura parce qu'elle était le genre de personne dont les expressions faciales pouvaient changer aussi vite que le temps d'été. C'était amusant. Laura était un livre ouvert et certainement, quelqu'un de très honnête.

« 1. 1. 0. 2. 1. 1. 0. 7. 1. 9. 6. 6., lançait l'avocate d'une seule traite.

— Comment ?, demandait Hélène la tête inclinée.

— Le code de la mallette, faisait Sodjo. 1. 1. 0. 2. 1-

— J'ai, merci, coupait Nicky. »

Ce dernier venait d'entrer le dernier chiffre et un bip retentissait, sonnant l'ouverture de la mallette. Nicky l'ouvrait et était surpris de n'y trouver qu'une simple photo. Il lançait un regard furtif à l'avocate qui l'observait, impassible, alors qu'elle ramenait son verre à ses lèvres pour la dixième fois.

Nicky saisissait la photo et la regardait de plus près.

« Qu'est-ce que c'est ?, demandait Hélène.

Nicky fermait la mallette et montrait la photo à ses quatre interlocuteurs. Ni Laura, ni Hélène n'avaient eu une réaction notable. En revanche, l'expression de Sydney changeait en un éclair.

« Qui est-ce ?, demandait Laura en prenant la photo.

— Notre ''taupe'', répondait Sodjo. Et rassurez-vous, elle est bien vivante.

— Mais je pensais que tous les témoins au courant de votre affaire étaient morts, poursuivait Hélène. Et, qu'il ne restait plus que vous deux.

— C'est ce que je pensais aussi, souriait Sodjo. C'est ce que je pensais…

— Et… cette femme a un nom ? Elle est vraiment pas mal du tout !, déclarait Nicky avec un sourire idiot placardé sur son visage. »

Laura se sentait presque heureuse car elle croyait retrouver le Nicky qu'elle avait l'habitude de côtoyer.

« Oui, elle a un nom, gloussait Sodjo. Bokuto… madame Bokuto.

— Madame Bokuto ?, redisait Laura. Cette femme est l'épouse d'Hizahomo Bokuto ? Elle est plutôt jeune, non ?

— Mince, quelle idiote !, s'écriait Sodjo en ramenant sa main à sa tête. My bad, sorry ! Ce n'est plus madame Bokuto mais madame Morel, elle s'est marié il a sept ans. Luna Morel. La-

— Fille d'Hizahomo Bokuto, terminait Sydney.

— Et…, poursuivait Sodjo, votre amante »

Sodjo déposait son verre d'eau vide sur la table. Elle se redressait et s'enfonçait dans le divan en jetant un regard insistant à Sydney Turner. Hélène, Laura et Nicky fixaient, à leur tour, l'homme au visage tacheté. Où est-ce que Sodjo voulait en venir ?

« Je…, commençait Sydney avec étonnement. Comment vous avez su ?

— Comment ai-je su ?, reprenait Sodjo dans un sourire forcé.

— Vous n'en avez pas parlé quand vous m'aviez donné la mallette alors…, répondait Sydney.

— Comment ai-je su ?!, s'indignait Sodjo. Vous vous fichez de moi, j'espère ? Vous n'êtes pas en droit de me poser la moindre question, monsieur Turner. Que je le découvre moi-même est inadmissible. Vous auriez du m'en parler.

— Je ne pouvais pas…, tentait Sydney.

— Si vous pouviez. Et vous auriez dû.

— Elle est mariée, je ne pouvais en parler à personne...

— Non, c'est là où vous vous fourvoyez car cette excuse n'est ni une excuse valable, ni une excuse acceptable.

— Je-

— Des gens sont morts à cause de votre cachotterie !, rugissait Sodjo. Ce n'était pas un secret sans importance ! C'était une information capitale et vous l'avez, égoïstement, gardé pour vous.

— C'était une information de notoriété privée et-

— Non ! Ne parlez pas de vie privée avec moi, est-ce clair ?!, s'exclamait Sodjo avec rage. Vous m'avez engagé, je suis votre avocate, vous devez tout me dire. Tout. Et, l'information : ''je suis l'amant de la fille de mon patron qui est mariée et a des enfants'' était une information des plus importantes.

— Le problème c'est que-

— Le problème, interrompait brutalement Sodjo, c'est que vous ne vous êtes pas servi de moi comme vous auriez dû le faire… Je suis le chien de garde. Je suis le méchant flic, la brute. Je suis le dragon qu'on lâche en cas de danger. Vous m'avez demandé de l'aide et j'ai tout mis en œuvre pour vous aider. Je vous ai sauvé la vie parce que c'est mon travail et que je fais vraiment très bien mon travail.

— Et je vous en remercie mais… »

Sydney s'arrêtait de parler. Il ne savait pas quoi dire. Il passait sa main sur son visage, ses yeux étaient larmoyants.

« Je… je ne voulais pas… Je ne pensais que c'était une information majeure…

— Je me doute bien que vous n'en pensiez pas un mal mais allez dire ça aux familles des victimes, Sydney.

— Et je vivrais avec cette erreur toute ma vie.

— Nous vivrons tous avec cette erreur toute notre vie, corrigeait l'avocate. »

Sydney ne répondait rien. Il se contentait d'un hochement de tête avant de se lever et de partir sans rien dire, les mains dès les poches de son pantalon. Il laissait une place vide près des Sodjo dont la mine était renfrognée.

La colère qui se lisait sur son visage était extrêmement visible. Au cours de son dialogue avec Sydney, Sodjo avait coupé l'homme impitoyablement. La jeune avocate qui était jusqu'alors si sympathique était devenue brusquement très agressive.

Le calme était revenu dans la pièce et l'expression d'Allen était désormais aussi lointaine que jamais. Elle cherchait à se calmer.

Et, Nicky parlait soudainement.

« Comment est-ce que vous avez su pour la liaison ?

— C'est dingue, tout le monde veut avoir une réponse à cette question, ricanait-elle ironiquement Sodjo.

— Eh bien, monsieur Turner avait l'air d'être vraiment étonné que vous ayez réussi à avoir cette information, rétorquait Nicky. Alors oui, je souhaite savoir comment est-ce que vous avez su. »

Sodjo Allen acquiesçait d'un mouvement positif de la tête, doucement, très doucement puis souriait et regardait Nicky avec intensité.

« Sydney Turner était l'assistant d'Hizahomo Bokuto depuis dix ans, déclarait Sodjo.

— Et donc ?, demandait Hélène avec perplexité.

— Et donc ?, répétait Sodjo. Vous ne trouvez pas ça étrange ? Un jeune américain quitte son pays pour partir à l'étranger et après plus d'une quinzaine d'années loin de son pays d'origine, il accepte de se cantonner au poste de simple assistant ? Même si c'est pour une grande firme… être assistant, c'est sympa deux minutes mais dix ans ? Non. Aujourd'hui, tout le monde veut un minimum de pouvoir, tout le monde cherche à gravir les échelons. Il aurait dû chercher à évoluer, à construire son propre empire, mais rien. En plus de dix ans, Sydney n'a eu aucun flirte connu, aucune copine ou copain. Rien. Il aurait très bien pu se consacrer à sa carrière, mais il ne l'a pas fait. Pourquoi ?

— Parce qu'il était déjà fou amoureux d'une femme qui n'est autre de Luna Morel, concluait Hélène.

— Tout simplement, confirmait Sodjo. Heureusement pour lui, l'attirance qu'il avait pour elle était réciproque et ils ont commencé à se voir en cachette. Hélas, Luna devait se marier avec Claude Morel.

— Un mariage arrangé ?, interrogeait Laura.

— Oui, acquiesçait Sodjo. Un beau bordel.

— Un amour triangulaire…, ajoutait Nicky. C'est le risque du mariage arrangé.

— C'est le risque oui, faisait Sodjo. Et, on n'y peut rien.

— Et j'imagine que Sydney n'a absolument pas surpris une conversation entre Hizakomo Bokuto et sa femme ?, poursuivait Nicky.

— Non, c'était Luna qui l'avait informé, avouait Sodjo. C'était aussi elle qui s'était débrouillé pour trouver les noms des employés qui savaient pour la transaction entre Yamaguchi et Bokuto. Luna a toujours été proche de ses parents et elle a profité cette proximité pour obtenir des informations qu'elle n'était pas censée connaître. Luna est une femme réservée. Elle fait partie de cette minorité de personnes qui ne sont pas intéressées par le pouvoir. Elle a agi sans prendre aucune précaution et sans penser aux conséquences. Sans se douter que son père la faisait suivre et qu'il l'avait vu rencontrer nos témoins. Il n'est pas stupide, il a compris qu'elle avait vendu la mèche mais il n'allait pas passer la corde autour du cou de sa fille bien-aimée. Donc, que s'est-il passé à votre avis, Nicky ?

— Bokuto a prévenu Yamaguchi, en omettant le fait que sa fille était au courant. Ensuite, Yamaguchi a dû lui qu'il se chargeait de faire le ménage ?, proposait-il.

— Voilà, soufflait Sodjo, énervée. C'est ce qui s'est passé. Et je n'ai rien vu venir.

— Vous ne pouviez pas voir devinez qu'il vous cachait quelque chose, tentait Nicky, espérant la rassurer.

— Je ne vois pas les choses ainsi et vous non plus, souriait Nicky. Mais, c'est gentil d'essayer de me réconforter. Je suis consciente que vous avez encore beaucoup de questions mais, si vous le voulez bien, nous reprendrons notre discussion plus tard ? D'autant plus que je sais que vous mourez d'envie de me parler de la fameuse liste que j'ai glissée sous la porte du lieutenant. »

Ce n'était pas une question qui attendait une réponse. Sodjo Allen faisait ce qu'elle voulait. Elle se levait du divan et inspirait très profondément avant de demander à Hélène où se trouvaient les toilettes. Après avoir entendu les indications de la propriétaire, elle se dirigeait vers le cabinet.

Sa course se stoppait lorsqu'elle passait devant une chambre dont la porte était à moitié ouverte. De la lumière s'y échappait ce qui l'incitait à pousser la porte avec le bout de ses doigts. Elle tombait ainsi sur Sydney Turner assis sur le bord du lit. Sodjo restait au pas de la porte à observer son client mais ami, également. Sydney sentit sa présence et il finit par lever le visage vers elle.

« Je… suis navré, déclarait-il.

— Je sais, disait-elle en rentrant dans la pièce. »

Sodjo Allen venait s'asseoir près de Sydney qui s'amusait avec un origami en forme de Lotus.

« Je vous ai entendus… discuter avec Hélène et les autres. Vous avez toujours été très perspicace.

— C'est vrai, souriait Sodjo en croisant les jambes.

— J'aurais dû vous le dire, je le sais maintenant. Non pas parce que vous êtes mon avocate et que je suis votre client mais simplement parce que nous sommes amis. J'ai eu tort, je suis sincèrement désolé.

— Je sais… Sydney. Je le sais, articulait-elle.

— Vous savez beaucoup de choses, ricanait ironiquement Sydney. Vous connaissez le code pénal de onze pays et vous parlez six langues.

— Huit, rectifiait l'avocate. Mais oui, je connais beaucoup de choses.

— Vous savez… Dès que j'ai vu Luna, c'était comme une évidence mais elle était fiancée à un homme dont elle n'était pas amoureuse. Et… nous avons fait fi de ça et avons commencé à nous fréquenter. Elle n'avait pas son avis à donner concernant l'homme avec qui elle devait passer les restes de ses jours et de toutes les façons, on ne le lui demandait pas. Et puis un jour, on a décidé de rompre et c'était sans doute la journée la plus horrible de ma vie. On a nié des mois ensuite, parce que c'est ce qu'on fait tous : on nie, on fait comme s'il ne s'était rien passé, on s'obstine à être honnête, à être pure. Et on se retrouve à faire cette chose dont on a si honte le jour même du mariage de la fille de votre patron… »

Sydney Turner faisait une pause et la femme assise près de lui restait toujours silencieuse, attendant qu'il reprenne. Elle savait pertinemment qu'il avait encore des choses sur le cœur.

« Claude est quelqu'un de bien, pas comme Bokuto, poursuivait finalement Sydney. Il aime Luna, c'est sa femme. Elle et moi, eh bien, nous avons ce que nous avons. Ce n'est peut-être pas beaucoup mais c'est ce que nous avons. Et, même si c'est triste et pathétique, ça me convient. »

Sodjo se repassait les paroles qu'elle venait d'entendre. Encore et encore. En moins de dix secondes, elle venait de revivre quinze fois la même scène. Elle remua la tête. Elle n'était définitivement pas d'accord avec ce qu'elle venait d'entendre.

« Vous n'avez rien du tout…, déclarait-elle sans pitié. Vous n'avez qu'un morceau de mensonge et de secret. Vous voulez vous convaincre que c'est de l'amour. Seulement en attendant, c'est toute votre vie qui passe devant vous pendant qu'ils élèvent leur enfant, qu'ils célèbrent leur anniversaire, qu'ils continuent leur route à deux. Vous, vous êtes figé dans le temps. Vous retenez votre souffle. Vous êtes comme une statue attendant quelque chose qui n'arrivera jamais. Vous vivez pour quelque moment volé dans un hall d'hôtel ou dans un vestiaire. Vous continuez de penser que ces instants se concrétiseront en du réel parce que dans votre esprit, ils sont réels. Et, ils ne le sont pas. Ils ne le sont pas et ils ne le seront jamais parce que volé quelques moments à la vie, ce n'est pas une vie. Donc conclusion : aujourd'hui vous n'avez rien, vous n'avez personne. Sydney, vous êtes seul. »

Alors que Sydney s'apprêtait à rétorquer au développement de son avocate, elle reprenait la parole.

« Arrêtez tout ça vaut mieux pour tout le monde, croyez-moi. Ce sera dur oui. Mais encaissez et même quand vous aurez l'impression que c'est trop pour votre corps, que vous allez lâcher prise… Encaissez encore. Vous continuez d'encaisser et vous ne vous arrêtez pas. Vous attendez que ça passe parce que ça passera. Ça passe toujours, je sais ce que je dis.

— Je n'y arriverai jamais.

— Si vous y arriverez. Vous croyez que vous avez le choix ? Vous n'avez pas le choix. Et évitez de pleurer, mon job n'est pas de vous consoler. Moi, je trouve des solutions.

— Je-

— Voici ma solution, coupait Sodjo. Vous l'acceptez, vous la prenez et vous me dites ''merci Sodjo''. »

Sydney ne répondait pas tout de suite, son expression était caillouteuse. Il se contentait de regarder le mur bleu silencieusement.

« Remerciez-moi, ordonnait-elle.

— Merci Sodjo

— Avec plaisir. »

La bouche de l'avocate s'était desséchée à ces mots. Néanmoins, elle ne regrettait pas ses paroles. Même si elle savait qu'elle aurait pu être plus douce, elle se devait d'être honnête et d'employer des mots percutant. Les choses allaient devenir de plus en plus compliquées et elle ne pouvait pas laisser son client et témoin leur tiré inconsciemment des balles dans le pied à cause d'une amourette sans importance.

Sodjo Allen quittait lit et se dirigeait vers la porte de la chambre. Seulement, elle se faisait réinterpeller de Sydney.

« Monsieur Larson…, commençait-il.

— Quoi : ''Monsieur Larson'' ?, faisait-elle en refaisant face à Sydney.

— Quand je l'ai vu tout à l'heure… je n'ai pas pu m'empêcher de trouver que… vous vous ressembliez beaucoup.

— Ah oui ?, demandait-elle, d'un ton curieux.

— Oui. Enfin, c'est ce que je pense, précisait-il. J'ai eu l'impression que vous dégagiez tous les deux quelques choses de similaires. Et, vous avez les mêmes yeux, le même regard et la même couleur de cheveux… Je sais que vous allez me dire que ça ne veut rien dire mais, j'ai juste trouvé ça impressionnant…

— Non, coupait Sodjo en adressant un sourire à son ami. Ce que vous dites est amusant.

— Ce n'était qu'une remarque sans important, je sais que vous êtes… enfin… Désolé, ça ne me regarde pas.

— Orpheline ?, tentait Sodjo. Ce n'est pas tabou, je suis une femme de trente-cinq ans qui a dû faire face à la disparition ses parents ainsi que son frère jumeaux alors qu'elle n'était âgée que de six ans et des poussières. Puis, comble de l'ironie, du fait de ma mémoire surnaturelle, je me souviens très clairement de ce jour. Et, sans doute que ça ne vous regarde pas mais si ça ne vous regarde pas, ça ne regarde personne et pourtant, il y a un grand nombre d'articles qui en parle. Sachez que quand on s'appelle Sodjo Allen, on n'a pas de vie privée. Tout le monde se sent concerné par ma vie. Ma vie regarde tout le monde. Ça ne devrait pas être le cas et pourtant, ça l'est. Je passe mon temps à préserver ce qui est peut-être préservé et je déteste ça. Mais ne vous inquiétez pas… je vais bien. »

Sodjo ne laissait pas à Sydney le temps de répliquer car elle sortait de la pièce après avoir fini sa tirade.

Son escale aux toilettes terminée, elle se dirigeait vers le salon. Elle s'efforçait de camoufler son visage amer sous un faux sourire et rajustait ses lunettes de vue sur le bout de son nez. Lorsqu'elle parvenait dans la salle, elle constatait que Sydney avait repris place sur le divan et qu'il portait un manteau.

« Nous allons quelque part ?, questionnait Sodjo.

— Oui, commençait Nicky.

— Chez nous, finissait Laura en souriant.

— Vraiment ?, ajoutait Sodjo en jetant un regard en coin au lieutenant.

— Ne vous inquiétez pas, la rassurait Hélène. Nicky est un professionnel, il saura vous protéger. Et puis, c'est vous qui m'avez dit de le contacter.

— Je sais bien mais vous ne venez pas avec nous ?, demandait l'avocate.

— Non, il faut que je retourne au bureau, disait le lieutenant.

— Bien, répondait l'avocate. Et ne vous en faites pas pour la liste des agents infiltrés… Je m'occupe de tout et sachez que pour l'instant, ils ne courent aucun danger.

— J'ai confiance en votre jugement, faisait l'agent Lamberti en souriant.

— On y va ?, proposait Nicky en tendant son manteau à Sodjo.

— Je vous suis, rétorquait cette dernière en saisissant son vêtement. »