La nuit était tombée.

Arrivée dans l'appartement du duo, la jeune rouquine avait proposé à l'avocate d'aller se coucher après avoir mangé quelque chose. Seulement, cette dernière n'avait pas faim. Elle souhaitait simplement prendre une douche et dormir juste après.

Laura ne trouvait pas que dormir le ventre vide était raisonnable mais Nicky lui disait qu'elle avait sans doute dû passer une semaine difficile et que bien qu'ils aient encore des questions à lui poser comme par exemple :

''Où étiez-vous cette semaine ?''

''Que faisiez-vous ?''

''Comment avez-vous déniché la mystérieuse liste que vous avez confiée à la charmante Hélène ?''

Tout cela pouvait attendre le lendemain matin. Sodjo Allen n'allait pas s'envoler de toute façon. Donc, Laura avait gentiment prêté des vêtements à l'avocate.

Pendant qu'elle était sous l'eau, Laura Marconi surveillait attentivement la porte de la salle de bain. Elle était de l'autre côté du couloir, à moitié cachée par le mur. Mais, cela faisait maintenant une dizaine de minutes qu'elle était là à faire le guet et toujours aucune trace de Nicky Larson.

Soudain, une voix interpellait la rousse ce qui sursautait et se retournait immédiatement.

« Qu'est-ce vous fabriquez, Laura ?

— Sydney !, s'exclamait-elle en chuchotant. Parlez moins et ne restez pas planté là, venez par ici ou vous allez nous faire repérer ! »

Laura tirait brusquement le bras de Sydney qui poussait un léger cri de surprise.

« Mais qu'est-ce qui vous prend ?!, murmurait-il. Pourquoi est-ce qu'on est accroupi ?

— Il ne va pas tarder, j'en suis sûre !, répondait-elle sur le même ton.

— Qui ne va pas tarder ?

— Mais Nicky, évidemment !, s'offusquait-elle dans un ton secret.

— Mais de quoi parlez-vous ?, questionnait-il, perturbé.

— Je le connais et je vous assure que cet homme est un fléau pour les femmes ! Surtout lorsqu'elles sont jeunes et jolies. Et Sodjo… est la plus belle de toute !

— Et pourtant, si on vous écoute… il devrait déjà avoir tenté de faire quelque chose, non ?

— Oui, mais ça n'a pas de sens, disait Laura en remuant la tête. Il agit étrangement depuis qu'Hélène lui a montré la photo de Sodjo, ce matin lorsque nous étions au café.

— Eh bien, sans doute qu'elle ne lui fait aucun effet ?, supposait Sydney.

— Mais je ne vois pas ce que cette femme à de moins que les autres, rétorquait Laura.

— Je dirais même que Sodjo est d'une rare beauté, elle est très attirante et pourtant semble si inaccessible. Un peu comme Nicky…

— Et peut-être est-ce compliqué d'avoir une attirance envers une personne qui nous ressemble tant… ?, conjecturait Laura. »

Le regard de la rouquine se perdait au loin alors que Sydney était surpris par une telle remarque si inattendue.

« Vous aussi vous trouvez qu'ils ont un air ?

— Bien sûr…, avouait Laura. Dès que j'ai vu la photo de Sodjo, j'ai eu une drôle d'impression. Comme si je l'avais déjà vu quelque part et pourtant, c'était la première fois que j'entendais parler d'elle. Et puis, quand Nicky et elle étaient assis face à face, lorsque nous étions encore chez Hélène, j'ai compris. Ces deux-là se ressemblent beaucoup.

— Comme s'ils étaient de la même famille ?, tentait Sydney.

— Mais c'est impossible…, réfutait Laura. Nicky est orphelin.

— Vraiment ?, s'étonnait Sydney.

— Oui, il a perdu ses parents très jeune…, ajoutait la rouquine. »

Sydney se faisait interpeller par le commentaire de la jeune femme. Alors qu'il s'appétait à poser une énième question, il était coupé par les paroles d'une troisième voix.

« Qu'est-ce que vous fichez ?, disait Nicky. »

Laura Marconi et Sydney Turner frissonnaient. Ils se levaient brusquement et Laura essayait de dissimuler la massue qu'elle tenait dans les mains derrière son dos. Pendant que son regard croisait celui de Nicky, la jeune femme battait des cils avant de rire nerveusement.

Nicky riait aussi, mais intérieurement. Il connaissait le caractère de la rousse et il connaissait la raison de sa présence en ce lieu. C'était une question rhétorique, il n'attendait aucune réponse. Le détective insérait ses mains dans les poches de son pantalon. Il continuait de regarder Laura et le sourire de ses lèvres s'élargissant un peu plus à chaque seconde.

Alors que Laura commençait être agacée par la mine satisfaite de Nicky, elle sentait une main se poser délicatement sur son épaule. Elle tournait sa tête et rencontrait le visage de Sodjo qui affichait un sourire radieux.

« Laura, commençait-elle. Merci pour les vêtements.

— Oh, je vous en prie !, répondait Laura en balayant l'air de la main. Mais, la taille à l'air un peu… juste ?

— Oui, ici et là. Mais c'est normal, rassurait l'avocate en ricanant. »

Sodjo Allen était une femme de grande taille dont les trois grossesses auxquelles elle avait dû faire face lui avaient apporté des formes plus que généreuses.

« Mais dites-moi, reprenait-elle innocemment, que faites-vous ici ?

— Oh, voilà qui est amusant, intervenait Nicky. Je venais justement de poser la question. »

Les joues et les oreilles de Laura se teignaient en rouge. Elle sentait le regard insistant de Nicky et Sodjo sur elle. Quant à Sydney, elle avait presque oublié sa présence.

La rouquine attrapait soudainement la main de l'avocate et s'éclipsait à toute vitesse en donnant pour excuse que la brune était fatiguée et devait s'autoriser une gigantesque sieste. Elle entraînait ensuite Sodjo dans une chambre d'amis inoccupée et lâchait la main de l'avocat et se mit à faire le lit. Puis, un petit rire résonnait dans la pièce.

« Qu'est-ce qui vous arrive ?, demandait nerveusement Laura. »

Sodjo Allen s'approchait et se positionnait de l'autre côté du lit, face à Laura. Elle attrapait la couette et aidait Laura à la tendre. La rousse était surprise car elle percevait Sodjo comme une femme trop aisée pour se cantonner à ce genre de tâche. Mais étrangement, cela n'avait pas l'air de la déranger.

« Nicky et vous êtes proches, vous aimez vous taquiner l'un l'autre, disait Sodjo. J'avais déjà remarqué ça lorsque nous étions chez le lieutenant. Je ris parce que je trouve ça adorable.

— Oh… Eh bien, disons que ça a toujours été le cas, faisait Laura avec timidité.

— Et c'est une bonne chose, enchainait Sodjo. Faites tout pour préserver ça et je serais ravi de vous assister si un jour vous osez enfin passer le cap avec lui.

— Passer le ca- cap ?, balbutiait Laura. Qu'entendez-vous par là ?

— Vous avez parfaitement compris ce que je voulais dire, disait Sodjo en faisant un clin d'œil à Laura qui rougissait de plus belle.

— Je… Si vous cherchez votre valise, elle est juste ici, changeait-elle de sujet alors qu'elle désignant du doigt la valise qui se trouvait dans un coin de la chambre.

— Ah super ! Vous êtes génial, remerciait Sodjo.

— J'ai vu que…, hésitait Laura. J'ai vu qu'il y avait un code sur la valise… comme sur la mallette ?

— Oui, répondait Allen en hochant la tête. Je préfère prendre des précautions, vous comprenez.

— C'est le même code que pour la mallette ?

— Non, ricanait la brune.

— Je ne sais pas comment vous faites pour retenir tous ces codes…, déclarait Laura, impressionnée.

— Hum… j'ai une bonne mémoire ?, tentait Allen.

— Ah oui, j'oubliais, rigolait Laura.

— Mais si vous voulez tout savoir…, commençait Sodjo. 1. 1. 0. 2. 1. 1. 0. 7. 1. 9. 6. 6. : le code de la mallette…

— Oui ? »

L'avocate baissait la tête, souriant, les yeux brillants. Elle paraissait émue. Ou était-ce de la tristesse ? Laura n'en était pas certaine.

« Mon frère est née à 11h02 et je suis arrivée cinq minutes plus tard, à 11h07, en 1966… Les horaires de naissance… personne n'y pense jamais.

— Je-, essayait Laura.

— Laura, l'interrompait Sodjo avec douceur. J'ai passé une semaine compliqué... j'aimerais me reposer. Si vous le voulez bien ?

— Oui, bien sûr, vous devez être épuisée !, répondait Laura. Je vais aller mettre vos vêtements dans la machine à laver et sachez qu'il y a des habits propres dans l'armoire. Et, si vous avez besoin de quoi que ce soit, ma chambre est juste en face de la vôtre. N'hésitez pas surtout.

— Merci Laura, pour votre gentillesse envers moi.

— Il n'y a pas de quoi, souriait radieusement Laura. Je vous laisse vous reposer. »

L'avocate hochait la tête et observait Laura s'excuser avant de s'en aller. Les yeux sombres de Sodjo se perdaient dans le vide, elle semblait fixer la porte qui venait de se refermer. Elle soupirait et lâchait la couette qui retombait doucement sur le lit.

Elle allait près de sa petite valise, s'asseyait en tailleur devant elle et l'ouvrait. Il n'y avait pas grand-chose à l'intérieur : un sac à dos vide, une casquette bleu marine, un ordinateur, des téléphones jetables, une trousse remplie de stylos, un bloc-notes… plusieurs liasses de billets ainsi que qu'une enveloppe, taille A4, remplis de documents.

Allen attrapait le bloc-notes et tournait les pages une à une. Elle arrivait à une page en particulier de laquelle se démarquaient deux photos. Elle attrapait la première image qui était une photo en noir et blanc.

C'était une vieille photo datant de près de trente années et pourtant elle semblait très bien conservée. On pouvait y apercevoir quatre personnes : deux enfants et leurs parents, assurément. Elle déposait délicatement ses doigts dessus, avec hésitation, la caressant doucement, comme si elle craignait de l'abîmer.

« Protège-moi encore une fois, s'il te plaît… Kochi… soufflait-elle difficilement. »

Kochi était le surnom de son frère jumeau.

Alors qu'une multitude de souvenirs tous plus nets les uns que les autres l'envahissaient, elle tentait de reprendre sa respiration qui se faisait de plus en plus saccader. L'instant suivant elle agitait la photo puis elle vidait son esprit. Elle avait appris à le faire avec le temps, ceci évitait à son esprit d'être submergée et saturée.

Elle remettait la photo dans le carnet, le carnet dans la valise et refermait cette dernière. Après quoi, elle s'installait sur le lit présent dans la chambre, sous la couverture. Mais ce n'était que lorsque le néant s'enracinait en elle qu'elle réussissait à s'endormir…

Le temps s'écoulait lentement, les nuits au Japon étaient froides tandis que les journées étaient longues et ensoleillées.

Cela faisait trois jours que Sodjo Allen était arrivé et elle avait passé tout son mardi dans sa chambre. Elle n'avait pas beaucoup mangé, son nez était plongé dans ses documents et dans ses nombreuses feuilles volantes qu'elle avait dans valise.

L'avocate sentait les rayons du soleil de ce vendredi ensoleillé traverser les parois de ses paupières. Au moment où elle rouvrait ses yeux, ils tombaient sur le plafond blanc de la chambre. Elle se redressait doucement passant une main dans ses cheveux. Elle regardait l'heure indiquée par l'horloge accrochée au mur en face du lit, il était à peine huit heures du matin.

« Déjà le matin…, soufflait-elle dans un murmure. »

La brune n'avait pas passé de nuit complète depuis plus d'un mois et elle avait même été surprise de réussir à s'endormir aussi vite dans un endroit qui lui était totalement inconnu.

L'américaine sortait du lit et enfilait des chaussons puis quittait la chambre en essayant de ne faire aucun bruit. Tout le monde semblait être encore endormi.

Elle marchait dans l'appartement de Nicky et Laura, elle scrutait chacune des chambres dans les moindres recoins. Elle pensait trouver une pièce cachée par-ci ou par-là. Elle avait entendu moult rumeurs concernant Nicky Larson, toutes plus loufoques les unes que les autres.

Sodjo avait aussi mené sa propre enquête sur lui avant de demander à Hélène de le contacter et apparemment, cet homme était vraiment un pervers de première catégorie. Et, quand elle avait vu à quoi il ressemblait, elle avait immédiatement eu confiance.

La femme avait fini par conclure qu'il était un mélange de James Bond et de Robin Des Bois avec un soupçon de Don Juan. Il était à la fois un agent servant son pays dans un cadre légal et à la fois hors la loi, à la fois charmant et à la fois extravagant.

Sa promenade l'avait traînée jusqu'à une chambre dans laquelle il y avait une sympathique petite bibliothèque. Elle marchait le long de l'armoire à livres, ses doigts se levaient pour caresser chacun d'entre eux.

Peut-être qu'en trouvant le bon livre, je vais déclencher un mécanisme ?, songeait-elle.

En entendant ses pensées enfantines, un sourire revint sur le visage de Sodjo. Elle savait qu'il n'y avait aucune chambre cachée, aucune pièce secrète dans cet endroit mais elle trouvait ça amusant de laisser libre cours à son imagination de la sorte. Parfois, elle se disait qu'écrire une histoire de fantaisie n'était pas une si mauvaise idée.

« Toc, toc, toc, faisait une voix masculine.

— Sydney, disait-elle calmement en tournant la tête vers l'entrée de la salle, vous êtes réveillé bien tôt.

— J'ai eu une nuit plutôt agitée, je dirais, rétorquait-il en rentrant dans la chambre.

— Les miennes le sont toutes depuis un mois et demi…

— Je sais, disait-il en hochant la tête. Vivement que le cauchemar se termine.

— Ce sera bientôt fini, promis. »

Sydney Turner acquiesçait et se posait près de Sodjo qui venait de sortir un livre de la bibliothèque. Il mettait ses mains dans les poches de son pullover avant de poursuivre en désignant du menton.

« Sympa la bibliothèque.

— Sympa le pull, répondait-elle en souriant.

— C'est à monsieur Larson.

— Je l'avais deviné.

— Je vous ai rarement vu avoir confiance en une personne aussi rapidement.

— C'est vrai… En général je n'ai confiance qu'en ma famille, en mon équipe et en moi-même bien évidemment. Et pourtant, je fais entièrement confiance à Nicky alors que je ne connais pas grand-chose de lui.

— Oh… Je pensais que vous aviez fait des cherches approfondi sur lui ?

— Oui, c'est exact. Et figurez-vous que Nicky Larson apparaît dans la base de données en 1985.

— Dans la base de données du Japon ?

— Oui, commençait-elle. Et, dans celle de tous les pays du monde entier.

— Comment est-ce possible ? Je ne sais pas quel âge à Nicky mais...

— Il n'a pas vingt ans, c'est une certitude.

— Vous êtes sûr qu'on peut lui faire confiance ?!, s'étonnait-il en fronçant les sourcils.

— Certaine. Et j'ignore pourquoi… »

Un soufflement collectif retentissait dans la pièce.

C'était une situation que Sodjo n'affectionnait pas forcément. Elle n'aimait pas être dans l'ignorance, c'était sans doute l'une de ses plus grandes qualités mais également un de ses plus grands défauts. Il fallait toujours qu'elle sache tout et quand il y avait un facteur qu'elle ne connaissait pas, elle se débrouillait pour le connaître et vite.

En l'occurrence, le facteur actuellement inconnu était Nicky Larson. Pourtant, l'avocate arrivait à avoir confiance en un homme qu'il semblait détenir de nombreux secrets

« Ah en fait, reprenait Sydney en se rappelant d'un évènement. J'ai discuté avec Laura et Nicky Larson est orphelin. Je ne sais pas… je pense qu'il a dû avoir une vie assez compliquée, lui aussi. Ça expliquerait sans doute pourquoi est-ce qu'il n'apparaît dans aucune base de données.

— Hum, sans doute, disait Sodjo en haussant les sourcils. »

Ils continuaient à discuter jusqu'au moment où Sodjo sentait une agréable odeur lui parvenir aux narines. Elle comprenait que Laura venait de se réveiller et s'était mise aux fourneaux. Elle proposait à Sydney d'aller rejoindre la rouquine et ils quittaient la pièce.

Lorsqu'ils arrivaient dans la pièce principale, Nicky était assis sur le canapé. Il avait la télécommande en main, il regardait la télévision. La rouquine quittait la cuisine et se dirigeait vers ce dernier.

« Salut vous deux !, disait Laura en claquant des mains, toute souriante.

— Bonjour Laura, que cuisinez-vous ? Ça sent divinement bon !, s'exclamait Sydney.

— Oh, c'est gentil, répondait Laura. Mais, il n'y a rien de sophistiqué, vous savez ? Du riz, du Nattō , une soupe Miso, des œufs, un peu de poisson et des légumes marinés dans du vinaigre et du sel. Je sais que… enfin… »

Laura se mettait à rire nerveusement en regardant Sodjo avant de reprendre la parole.

« Sodjo, je me doute bien qu'une femme de votre calibre doit être habituée à mieux mais je-

— Laura, intervenait Sodjo en penchant la tête sur le côté. Je ne suis pas compliquée. La richesse ouvre bien des portes et oui, j'ai déjà mangé dans des restaurants hors de prix mais je ne méprise aucun produit qu'il soit bon marché ou même bas de gamme.

— Ah… Je… D'accord, riait Laura.

— Et, reprenait Sodjo alors que sa bouche s'étirait en un sourire, j'adore le Nattō… Hum, une pâte de haricots de soja fermentés ? un régal. Vous savez, beaucoup d'occidentaux redoutent ce plat à cause de son aspect particulier et pourtant, si on le mélange à un peu de riz… miam-miam, un vrai régal pour les papilles.

— C'est dingue, vous êtes la seconde personne que je rencontre qui aime autant ça et qui défend à ce point ce plat, disait Laura avec amusement.

— La seconde ?, demandait l'avocate intriguée.

— La première, c'est-, tentait Laura.

— Moi, finissait Nicky.

— Je m'en doutais, souriait Sodjo. Bonjour monsieur le détective privé.

— Bonjour, souriait-il. »

La rouquine invitait Allen et Turner à s'installer autour de la table à manger.

Comme à leur habitude, Nicky et Laura s'essayaient face à face alors que Sydney s'était assis près de la rousse et Sodjo, près de Larson.

Laura Marconi observait son coéquipier et la femme assise de l'autre côté de la table. Elle se retrouvait encore une fois, perturbée. Elle constatait avec étonnement que l'avocate avait des mimiques similaires à ceux de Nicky dont un, qui était exactement le même.

Sodjo, semblait très concentrée sur le plat qu'elle avait en face d'elle et, elle avait, tout comme Nicky lorsqu'il était dans une profonde réflexion, la joue droite qui se mettait à vibrer légèrement. Très légèrement.

Alors qu'elle sentait des yeux insistant posé sur elle, Sodjo relevait la tête et posait son regard sur Laura qui sursautait comme si elle avait été prise la main dans le sac. L'avocate continuait de mâcher la nourriture qu'elle avait dans la bouche, regardant à droite et à gauche et lorsqu'elle avalait, elle lui souriait.

« J'ai quelque chose sur le visage ?, demandait-elle.

— Non, non… désolé, riait Laura. C'est juste que j'ai remarqué que votre joue droite vibrait un petit peu.

— Ah, ça ?, disait Sodjo en posant sa main sur sa joue. Je ne sais pas pour quelle raison mais ma joue se met à frémir dès que je me concentre sur un point précis. Et là, il est vrai que cela fait longtemps que je n'ai pas mangé avec des baguettes donc j'essaie de rester attentive pour ne pas en mettre partout… Ce serait dommage de gaspiller un si bon repas.

— Ah, d'accord, souriait Laura.

— En tout cas, vous êtes très observatrice !, déclarait Sydney. Je n'avais jamais fait attention à ce détail.

— C'est drôle, murmurait Nicky en souriant. J'ai exactement la même mimique.

— Vraiment ?, ajoutait Sydney.

— Intéressant, rigolait Sodjo. La seule autre personne que je sais avoir cette mimique est… c'est… mon…

— Qui ça ?, demandait Sydney. »

L'américaine s'était arrêté en plein milieu de sa phrase et battait des cils. Elle rouvrait la bouche afin de finir sa phrase mais se rétractait finalement.

« Aucune importance, disait-elle un air perdu sur le visage. »

Comme pour se vider l'esprit, l'avocate secouait discrètement sa tête avant de se remettre à manger. La rouquine comprenait de qui Sodjo voulait parler. Hier soir lorsque la brune avait commencé à parler de son défunt frère, elle avait eu le même regard qu'actuellement.

Laura Marconi ne connaissait que trop bien ce regard, un regard vide et triste. La jeune femme à la chevelure rousse savait que l'avocate était orpheline depuis l'âge de six ans soient depuis près de trente ans, maintenant.

Pourtant, c'était comme si elle n'avait toujours pas fait son deuil… Peut-être était-ce même le cas ?

Quant à Sydney Truner ? Jamais il n'avait vu le silence prendre place aussi rapidement autour d'une table. Non pas qu'il n'avait jamais eu à être confronté à un mutisme lourd et pesant mais là, en l'occurrence, avec toute la pression qu'il avait eu à supporter ses quatre dernières semaines, c'était trop pour lui…

« Hum…, toussotait Sydney. Sodjo, vous ne nous avez toujours pas dit où est-ce que vous étiez passé cette semaine.

— Non, en effet…, commençait-elle. »

Le regard de Sodjo semblait recouvrer peu à peu ses couleurs et en une fraction de seconde, elle redevenait la riche et célèbre avocate au teint lumineux et au sourire radieux.

« Pour commencer, je fais quelques recherches sur Nicky Larson…, glissait l'avocate.

— Quelques ?, disait Nicky avec écho, loin d'être convaincu.

— Hum… Non, énormément de recherches, admettait Sodjo en secouant sa tête tel un animal excité.

— Et qu'avez-vous trouvé ?, demandait le détective avec innocence.

— Pas grand-chose, je dois dire, avouait Sodjo qui regardait Nicky du coin de l'œil. Mais vous ne semblez pas étonné. »

Après cette affirmation, Nicky se contentait de répondre par un hochement d'épaule avant de soulever son verre et de le ramener à sa bouche. Une action qui volait un rire à l'avocate.

« Et sinon…, reprenait l'avocate. J'ai aussi fait un petit tour à Kobe.

— Pourquoi faire ?, demandait l'ancien assistant d'Hizahomo Bokuto.

— Attendez-moi là, je reviens tout de suite. »

Sodjo Allen se levait et partait dans sa chambre où elle récupérait l'ordinateur qui était dans sa valise. Puis, elle revenait s'asseoir près de Nicky qui zieutait l'appareil en grimaçant. Dans quoi est-ce qu'elle avait bien pu se fourrer ?!

« Je suis allé récupérer ceci, annonçait Sodjo.

— Un ordinateur ?, disait Laura.

— Et criblé de balles en plus ?, ajoutait Nicky. Vous aimez vous attirer des problèmes.

— Ça ne sonne pas comme une question, s'étonnait Sodjo en regardant Nicky.

— Je ne pense pas que ce n'en était pas une, ricanait Laura.

— C'est marrant, il ressemble à l'ordinateur de monsieur Bokuto, disait Sydney.

— Parce que c'est son ordinateur, avouait la brune.

— Oui bien sûr, rigolait Sydney en buvant une gorgée d'eau. »

Néanmoins, contre toute attente, l'expression de Sodjo Allen ne changeait pas. Elle se contentait de plisser les yeux et d'incliner la tête. Elle n'avait pourtant rien dit d'amusant, alors pourquoi rigolait-il ainsi ?

Sydney tiquait finalement. Il avalait de travers avant de tousser sous les yeux de son avocate qui se mettait à rire et remuant la tête.

« Vous plaisantez j'espère ?!, questionnait Sydney abasourdi.

— Absolument pas monsieur Turner, répondait Sodjo en déposant l'ordinateur sur la table. Lundi, après m'être assuré que vous étiez en sécurité auprès du lieutenant Hélène, je me suis rendu à Kobe, Hizahomo Bokuto a une villa là-bas.

— C'était de la folie, vous auriez pu vous faire tuer !, disait Sydney.

— Non aucune chance, contredisait la brune. J'ai un contact à Kobe… un ancien du AIPS, l'agence d'investigation de sécurité publique. Expérimenté et bien entraîné. Alors, je lui ai dit de s'introduire dans la propriété des Bokuto et d'analyser son ordinateur.

— Et, il a accepté d'exécuter vos ordres sans broncher ?, demandait Nicky.

— La vie fait que parfois, je ne laisse pas aux autres la possibilité de me dire ''non''. Donc oui, il a accepté d'exécuter mes ordres sans broncher.

— Ben voyons, ricanait le brun avant de poursuivre dans un murmure. Pourquoi est-ce que cela ne m'étonne pas ?

— Et donc, reprenait l'avocate en riant à son tour, à l'intérieur de l'ordinateur, il a trouvé une liste de noms dont il ignorait tout. Et c'est à ce moment-là que des gardes du corps lui sont tombés dessus. Ils ont commencé à faire feu, alors mon ami s'est protégé avec ce qu'il avait sur la main soit l'ordinateur d'Hizahomo. Mais heureusement, il avait récupéré la liste sur une clé USB. Puis, il a évacué les lieux et m'a contacté. Ensuite, après quelques investigations, j'ai compris que la liste était une liste de quelques agents de police infiltrés des différentes villes du Japon.

— Vous savez comment Hizahomo Bokuto a réussi à mettre la main dessus ?, demandait Laura.

— Non, mais je le saurais peut-être bientôt, disait Sodjo.

— Pourquoi ?, interrogeait Nicky.

— Parce que je pars pour Utsunomiya immédiatement après avoir fini de déjeuner, répondait l'avocate.

— Et pourquoi faire ?, renchérissait Nicky.

— Parce que je connais un hacker vraiment doué qui y vit et qu'il va tout faire pour récupérer le plus de données qu'il peut récupérer, poursuivait l'interrogée.

— Mais, ce n'est pas trop dangereux ?, s'inquiétait Laura. Bokuto doit être en train de tout faire pour récupérer son ordinateur.

— Non, ça ne l'est pas parce que monsieur Larson va m'accompagner, n'est-ce pas ?, disait Sodjo Allen en regardant le concerné.

— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, soufflait le détective privé.

— Alors ça tombe bien, s'écriait l'américaine en claquant sa main sur la table, un sourire au coin des lèvres. Je ne vous paie pas pour me dire ce qu'est une bonne idée mais bien pour me protéger.

— Je-

— Fin de la discussion, l'interrompait Sodjo impitoyablement. Je vais me préparer. Oh, Laura ? Une dernière chose…

— Oui ?, disait-elle.

— La prochaine fois… cuisinons ensemble ?, proposait Sodjo. Si vous le voulez bien ?

— Heu.. Waw… C'est…, bafouillait la rouquine en souriant merveilleusement. Ça me ferait vraiment très plaisir.

— Super !, souriait Sodjo. Je suis très heureuse d'entendre ça. »

Puis, elle se redressait et tournait des talons. Laura observait cette femme charismatique quitter le salon le sourire aux lèvres.

Larson se levait quelques minutes plus tard en remerciant Laura d'avoir préparé un aussi bon petit déjeuner. Ce remerciement avait eu le don de perturber la jeune femme à la chevelure rousse, elle n'avait pas pour habitude d'entendre le brun lui faire un compliment.

Cette fois-ci, la rouquine en était sûre, Nicky Larson n'était pas le même Nicky Larson que d'habitude. Il souriait et rigolait aux paroles de Sodjo Alen. Il agissait calmement. En fait, il agissait normalement… trop normalement. Il agissait même correctement.

Par moments, Laura Marconi avait l'impression de se monter complètement la tête, de s'imaginer des choses et pourtant, à d'autres instants, tout lui paraissait clair et limpide. Sodjo Allen était la première femme envers qui Nicky semblait avoir assez d'intérêt pour ne pas lui sauter dessus. Et, bien que Sodjo lui était très sympathique, elle ne pouvait pas s'empêcher de l'envier.

C'est vrai qu'elle est très charmante… Peut-être que le coup de foudre existe finalement, pensait-elle.

Une mine triste s'installait peu à peu sur le visage de Laura et cela interpellait Sydney Turner.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? Laura ?

— Tout va bien, souriait-elle. Mais, c'est gentil de vous inquiéter. »

Tant dis que Laura débarrassait la table avec l'aide de Sydney, Sodjo venait de finir de se changer. Elle s'était fait une queue-de-cheval et avait mis une casquette sur sa tête. Elle portait un jean avec un sweat-shirt à capuche violette ainsi qu'une paire chaussette blanche.

L'avocate commençait à faire de grands gestes avec ses bras et et à fléchir ses jambes. Elle se disait que les vêtements de Laura étaient plutôt confortables. Une chance pour elle que la rouquine gardait dans son placard des vêtements un peu trop grand pour elle.

Après avoir inséré son bloc-notes, sa trousse ainsi que l'ordinateur parsemé de balles dans son sac à dos, elle ouvrait l'enveloppe colorée et attrapa les faux papiers qu'elle s'était fait faire. On n'était jamais trop prudent, était une réflexion qu'elle se faisait souvent.

Puis, elle attrapait un de ces téléphones jetables qu'elle avait en sa possession et composait un numéro de téléphone. Elle ramenait ensuite le téléphone à ses oreilles et entendait la sonnerie retentir pendant quelques secondes avant que la personne à l'autre bout du fil réponde.

« Allô, Will ? C'est moi… Oui, je vais bien… J'aimerais que tu fasses quelque chose pour moi… Trouve tout ce que tu peux trouver sur Nicky Larson… C'est un détective privé vivant au Japon. J'ai fait des recherches sur lui mais les informations les plus anciennes sur lui remonter à 1985… Je ne sais pas pourquoi mais ça me perturbe beaucoup et j'aimerais savoir qui il est. Trouve-moi toutes les informations que tu peux trouver sur lui. Remonte aussi loin que tu peux remonter. Appelle toutes les personnes qui ont pu être en contact avec lui. De près, de loin, je m'en fiche… Oui, sors l'artillerie lourde, je veux tout savoir. Absolument tout… Je ne sais pas quelles sont les réponses que je m'attends à ce que tu trouves mais si jamais tu tombes sur quelque chose viens me voir, c'est important… J'ignore qui il est mais j'ai déjà vu cet homme quelque part et il ne s'appelait pas Nicky Larson, j'en suis sure… Justement, j'ai confiance en lui et ça qui me perturbent… Non, tu sais bien que mon instinct ne me trompe jamais… Ne t'inquiète pas, je garde l'œil ouvert… Toi aussi prends soin de toi. »

Sodjo raccrochait.

Elle nourrissait des doutes envers Nicky Larson. Il cachait quelque chose, pas spécialement à elle mais à tout le monde en vérité. Sans doute que Laura était au courant de quelque chose seulement, l'américaine était certaine que la rouquine ne dirait rien même si elle le lui demandait.

L'avocate ignorait pourquoi est-ce qu'elle s'intéressait à lui. C'était même la première fois qu'elle se permettait de s'immiscer dans la vie privée d'une personne qui n'était pas liée directement à une affaire sur laquelle elle travaillait.

Elle savait qu'il y avait un lien entre eux mais elle n'arrivait pas à mettre un nom dessus. Elle était mariée et elle aimait éperdument son époux quant à Nicky, les sentiments qu'il éprouvait pour Laura étaient on ne peut plus clair.

En conclusion, le lien qui les unissait était d'une autre nature et elle comptait bien la découvrir. Ce n'était pas la première fois qu'ils se rencontraient, elle le savait, mais elle ne se souvenait pas où est-ce qu'elle avait vu.

En fait, c'était sans doute pour ça qu'elle était si intriguée. C'était étrange car il n'était pas dans ses habitudes d'oublier un visage. Soit elle connaissait un visage, soit elle ne le connaissait pas. Or, dans le cas présent, elle ne s'en souvenait tout simplement pas et ce n'était pas normal.

Sodjo Allen s'accroupissait, remettait le téléphone à l'intérieur de la valise avant d'en prendre un second qui n'avait, visiblement, jamais été utilisé. Elle se redressait puis s'approchait de la fenêtre de la chambre et l'ouvrait. Elle insérait le téléphone dans la poche de son pull alors qu'elle prenait une grande bouffée d'air frais. Elle entendait la porte de sa chambre s'ouvrir ce qui l'incitait à se retourner.

« Allons-y, disait Nicky.

— Parfait. »

L'américaine prenait son sac qu'elle mettait sur son dos et rajustait sa casquette. Après avoir posé ses lunettes de soleil sur son nez, elle suivait Nicky et fermait la porte derrière elle.

C'est parti, pensait-elle.