Sodjo Allen était assise dans la voiture, côté passager tandis que Larson conduisait. Laura était resté à l'appartement en compagnie de Sydney et Hélène. Le détective privé avait appelé l'officier de police en lui demandant de veiller sur sa coéquipière ainsi que le témoin de l'avocate.

Même si Nicky était certain qu'ils étaient en sécurité, ça ne coûtait rien de prendre d'autres précautions. Et puis, la rouquine prendrait sans doute l'initiative de répondre aux potentielles interrogations d'Hélène Lamberti.

« Est-ce que vous comptez me dire qui nous allons voir ?, demandait soudainement Nicky.

— Je vous l'ai déjà dit, répondait la brune en plissant légèrement les sourcils.

— Non, vous m'avez dit qu'on n'allait voir un hacker.

— Eh bien voilà, chantonnait l'avocate.

— Si je dois parcourir cent trente kilomètres, je pense avoir le droit de connaître l'identité de ce hacker.

— J'imagine que vous avez raison, riait Sodjo. Nous allons voir Carole Shore. Cette femme est un véritable génie de l'informatique, sans doute presque aussi doué que mon mari.

— Comment l'avez-vous rencontré ? Et pas besoin de me dire que vous connaissez beaucoup de monde, disait-il en regardant sa copilote du coin de l'œil.

— Je n'ai rien dit encore, s'offusquait Sodjo, les yeux s'arrondissant.

— Non, mais j'anticipe.

— J'ai cru comprendre, ricanait-elle. Enfin bon… Carole Shore née Lyla Gujarati est-

— ''Née Lyla Gujarati'' ?, coupait Larson, un peu perdu.

— Vous avez bien entendu, disait l'avocate avant de reprendre sa biographie. Elle est orpheline, d'origine indienne et dans sa fringante jeunesse, disons qu'elle a été pas mal imprudente. Elle s'est attiré beaucoup de problèmes. Et par chance, Carole et moi étions dès déjà des amies de longue date. À l'époque, j'avais sauté dans le premier avion pour me rendre en Inde. Je lui ai apporté mon aide et lui ai offert une nouvelle vie au Japon, à Utsunomiya. Maintenant, elle a délaissé son ancienne identité qui était Lyla Gujarati. Désormais, Carole Shore, elle travaille en tant qu'institutrice dans une école maternelle publique. Apparemment, elle est plutôt douée dans ce domaine.

— Elle ne doit plus beaucoup toucher au matériel informatique.

— Sans doute mais j'en doute. Quand bien même… croyez-moi qu'elle a encore tous ses talents : un geek reste un geek. »

La mine de Larson se renfrognait lorsque le mot ''geek'' parvenait à ses oreilles ce qui amusait le maître Allen. Elle avait cru comprendre que Nicky était un ''pervers très qualifié'' d'après les dires de sa coéquipière. Cette dernière se trimballait d'ailleurs toujours avec une massue, prête à bondir sur le détective.

Et désormais, Nicky semblait être abattu. Sodjo croyait lire en lui comme dans un livre ouvert.

Il existait de nombreux stéréotypes sur les geeks. Apparemment, ils étaient gros, binoclards, boutonneux, ajoutez à cela la rumeur qui disait qu'ils étaient allergiques au soleil et à l'eau. Les geeks étaient, semblait-il, des personnes repoussantes qu'on évitait volontiers.

Sodjo Allen se redressait de son siège en laissant le sourire de son visage s'élargir. Elle préférait laisser le détective grogner et ronchonner, s'imaginant des choses plus fausses les unes que les autres.

Elle baissait la fenêtre de la portière et retirait l'élastique qu'elle avait dans les cheveux. La brune fermait les yeux et se laissait bercer par le vent qui venait caresser sur son visage, traversant également sa chevelure noire.

L'américaine ne remarquait pas les secondes s'écouler et ne remarquait pas non plus Nicky qui la fixait d'un regard mélancolique. Par moments, il pensait voir son reflet et quand il la regardait dans le blanc des yeux, il pensait se voir lui-même. Des yeux pareils aux siens avec une lueur égale à celle que dégageait son propre regard.

Nicky Larson stoppait la voiture devant une école maternelle et quand elle sentait que la voiture s'était arrêté, Sodjo rouvrait ses paupières. Elle remontait la vitre du véhicule puis s'observait Nicky qui coupait le moteur avant de sortir.

« Allons-y, proposait-il alors qu'il s'adossait au toit de la voiture. »

Sodjo hochait la tête. Quand ses pieds touchaient la terre ferme, elle s'étirait, faisant craquer les os de son cou. Si elle avait passé encore cinq minutes dans la voiture, elle aurait fini de s'endormir. Elle mettait sa casquette et posait sur son nez une paire de lunettes rondes.

Le brun positionnait rapidement sa tête en face du visage de l'avocate.

« Des lunettes de vue ?, demandait Nicky.

— Oh, je vous en prie. Des lunettes de repos, corrigeait Sodjo indignée. J'ai une excellente mémoire certes mais mes yeux se fatiguent rapidement. Allez, suivez-moi. »

Sodjo Allen donnait un petit coup dans le dos du détective avant de se diriger vers l'établissement scolaire. Elle traversait la rue et souriait lorsqu'elle entendait derrière elle les pas rapides de Larson.

La femme poussait sans hésitation les portes de l'école qui mixait maternelle et primaire. Le bruit grave des chaussures des deux personnages résonnait dans le couloir visiblement vide. Les yeux de l'avocate s'agitaient dans tous les sens à la recherche d'un visage familier. Seulement, elle ne voyait qu'une cour de récréation pleine d'enfants jouant et riant à tue-tête.

Parfait, ce doit être la pause, pensait l'avocate alors qu'elle se faisait interpeller par une vieille dame.

« Excusez-moi ?! Oui, vous là !, disait la vieille dame.

— Bonjour, souriait chaleureusement Sydney.

— Bonjour, qui êtes-vous ?, répondait la dame, très soupçonneuse.

— Oh, pardonnez-moi, s'écriait Sodjo en ramenant sa main à sa poitrine. Je m'appelle Gabrielle Camelie. »

Sodjo ignorait les sourcils de Nicky Larson qui faisaient des bonds. Elle s'avançait à toute vitesse et serrait sans prévenir la main de la dame qui sursautait à ce geste inattendu.

« Sako Lotz, je suis la directrice…, disait la femme âgée.

— Est-ce vrai ? Alors vous tombez bien… En fait, je viens d'emménager à Utsunomiya, reprenait Sodjo d'un air enjoué. Hier soir, pour être totalement honnête et vous savez, je suis maman. J'ai un petit garçon, il a trois ans et-

— Oh vraiment ? Vous souhaitez l'inscrire ici ?, questionnait madame Lotz, un visage éclairé.

— Tout à fait, j'y pense, disait l'avocate.

— Quelle merveilleuse nouvelle !, s'exclamait la directrice en clapant des mains. Et, j'imagine que le bel homme derrière vous est votre mari ?

— Heu…, commençait Nicky, fronçant du nez car trop surpris par la supposition de la vieille. Alors là, vous n'y êtes-

— Oui ! En plein dans le mille ! Vous avez l'œil, confirmait la jeune femme en battant des cils. Depuis cinq ans, d'ailleurs. Enfin bref, vous connaissez les hommes… Il faut un rien pour les faire paniquer donc il voulait absolument venir vérifier de lui-même que cette école était une excellente école. »

La directrice ramenait sa main devant sa bouche en tentant vainement de camoufler son amusement avant de murmurer à l'oreille de l'avocate.

« Oh, attendez d'arriver à quarante ans de mariage… Là vous comprendrez comme les hommes sont difficiles.

— J'espère rester mariée à mon époux toute ma vie, et ce… peu importe ses défauts, disait Sodjo, le sourire tiré jusqu'à ses oreilles. »

Les paroles de l'avocate étaient d'une honnêteté sans failles ce qui ravivait la vieille dame.

Sodjo Allen ne mentait pas. Elle avait dit la vérité puisqu'en réalité, elle ne parlait pas Nicky mais bien de l'homme qui partageait sa vie depuis plus de dix années : Maverick Allen. Mais, c'était une information qu'elle n'avait pas à préciser.

« Mais dites-moi, en quoi puis-je vous aider ?, poursuivait Sako.

— J'ai une amie institutrice ici, Carole Shore ?, essayait Sodjo, les yeux plissés. C'est elle qui m'avait parler de cette école, j'espère ne pas m'être trompée.

— Ah oui, Carole !, répliquait la directive Lotz. Une excellente maîtresse : les enfants l'adorent !

— Ça ne m'étonne pas d'elle ! Elle a toujours été si gentille… Je peux la voir ?, enchaînait Sodjo.

— Mais oui, bien sûr ! Suivez-moi, je vais vous emmener à sa classe, concluait la directrice. »

La vieille dame passait devant Sodjo et Nicky, agitant sa main dans les airs, leur faisant ainsi signe de se presser.

Nicky qui avait assisté au jeu d'acteur de Sodjo jubilait intérieurement. Sodjo était vraiment une bonne actrice.

« Gabrielle Camelie ?, fredonnait-il à l'oreille de l'avocate. Sérieusement ?

— Bah quoi ? Vous n'aimez pas ?, répliquait-elle sur le même ton amusé Je trouve que ça fait très agent secret. »

Nicky Larson soufflait en souriant alors que Sodjo s'était mise à rire. La directrice n'avait pas entendu leur échange mais elle les regardait du coin de l'œil et souriait, se disant à quel point ''monsieur et madame Camelie'' étaient étonnamment bien assortis. Un peu trop à son goût d'ailleurs, mais bon, elle se disait que le hasard faisait parfois bien les choses.

Il y avait une certaine complicité entre Nicky et Sodjo. Une complicité que ni l'un, ni l'autre ne pouvait expliquer. Ils s'appréciaient mutuellement et chacun de leur échange était fluide et naturel. Ils se faisaient des plaisanteries et riaient ensemble.

Plus Nicky y songeait, plus il trouvait ça étrange car la présence de Allen lui faisait un bien fou. C'était comme s'il était ''chez lui'' quand elle était là. Laura était encore, il y a deux jours, la seule et unique femme avec qui Larson avait ce sentiment et il n'aurait jamais cru rencontrer une autre personne lui faisant un tel effet.

La marche de Sako Lotz se stoppait devant une salle de classe vide. La porte était ouverte et on pouvait apercevoir des dessins sur tous les murs de la pièce. Une femme assise en face du bureau était éclairé par la lumière chaude du soleil et semblait être en train d'écrire sur un carnet.

La directrice donnait quelques coups à la porte, ce qui attirait le regard de l'institutrice en pause. Lorsque les yeux de cette dernière et ceux de la directrice se croisaient, elle se levait d'un bond.

« Madame la directrice ?, balbutiait-elle. Qu'est-ce qui vous amène ici ?

— Carole, pas besoin de paniquer, riait Sako Lotz. Tu aurais dû me dire que tu louais les qualités de notre école. Les Camelie sont venus te voir. Ce sont de vieux amis à toi de ce que j'ai cru comprendre.

— Monsieur et madame Camelie… ?, redisait-elle un sourcil relevé. Et qui est-

— Carole !, intervenait Sodjo. Ma douce Carole ! Tu n'imagines pas à quel point je suis heureuse de te revoir ! »

Sodjo Allen traversait la salle à toute vitesse. Carole grimaçait gravement alors que l'avocate s'approchait de plus en plus d'elle. Sodjo enlaçait la jeune institutrice qui lui rendait son étreinte par réflexe.

« Je m'appelle Gabrielle… joue le jeu s'il te plaît, susurrait Sodjo à Carole.

— Sodjo, elle est où l'embrouille ?, disait Carole sur le même ton.

— Tu le sauras bien assez tôt, faisait l'avocate avant de se détacher de Carole.

— Bon, eh bien, je vais vous laisser discuter, déclarait soudainement la directrice Lotz. J'ai du travail. Carole, on se voit tout à l'heure.

— Oui, à tout à l'heure… directrice Lotz, disait Carole troublée, en regardant la directrice s'éloigner. »

Carole zieutait Sodjo en fronçant les sourcils, visiblement choquée par la présence de l'avocate. Elle ne disait rien, s'attendant à ce que la brune prenne la parole mais cette dernière n'y faisait rien. L'américaine se contentait de sourire en regardant Carole dans le blanc des yeux.

« Je te croyais morte, lâchait finalement Carole.

— Tu n'as pas l'air contente, s'indignait Sodjo.

— Je t'ai pleuré… pendant des jours, disait Carole, boudeuse.

— Désolé, je ne pouvais pas te contacter…, répondait-elle en se mordant nerveusement la lèvre. Disons que je me suis encore attiré des problèmes.

— Encore une affaire louche, pas vrai ? J'ai fait quelques recherches… Akira Yamaguchi ? Tu ne tiens vraiment pas à ta vie à ce que je vois, faisait Carole en remuant sa tête avec maladresse.

— Je t'expliquerais plus tard, Lyla~.

— C'est Carole maintenant, rectifiait la concernée. Et, tu peux me dire qui est le gars derrière ? »

Carole Shore s'approchait un peu plus de Sodjo et poursuivait à voix basse.

« Tu as cherché ton sosie en garçon ou quoi ?! »

Les yeux de Sodjo Allen se plissaient. Elle avait l'impression que toutes les personnes qu'elle croisait alors que Nicky était près d'elle arrivaient à trouver une certaine ressemblance entre eux. Et cela commençait à irriter légèrement l'avocate.

Il était vrai qu'il y avait une certaine similitude entre Larson et elle néanmoins, elle ne comprenait pas la raison pour laquelle tout le monde s'attachait à lui faire la réflexion. La ressemblance était-elle si grande ?

Pourtant, Sodjo ne rétorquait rien à la remarque de son amie mais reprenait tout de même une grande inspiration avant de reprendre.

« J'ai un petit service à te demander, disait finalement Sodjo. Je te présente-

— Nicky Larson, coupait vilainement le détective privé. »

Nicky comprenait que Sodjo s'apprêtait à décliner son identité, alors le détective avait traversé la salle de classe tellement vite qu'il créait un courant d'air faisant soulever les cheveux de Maître tentait vainement de dissimuler le sourire niait qui avait pris place sur son visage.

Contre toute attente, Carole Shore était tout à fait son genre de fille. Elle semblait avoir la trentaine. C'était une indienne de grande taille. Ses cheveux étaient noirs, peignés à la raie, coupés juste au niveau de son menton.

Et c'était ans prévenir que Nicky attrapait brusquement les mains de Carole Shore dont les yeux devenaient aussi ronds que des boules de bowling. Elle se demandait qui pouvait bien être ce drôle de personnage mais elle n'était pas certaine de vouloir recevoir une réponse à sa question.

« Détective privée et grand séducteur, à ses heures perdues, poursuivait-il. À votre service belle demoiselle.

— Détective privée ?, répétait Carole en murmurant alors que son regard suivait le mouvement des mains de Nicky.

— Oui, confirmait Nicky.

— Vraiment ?, articulait l'indienne en fixant Sodjo d'un regard perplexe.

— Eh bien, c'est pour cela que je l'ai engagé, disait l'avocate qui retenait son rire. Carole, j'avais quelque chose à te demander, j'aimerais-

— ''Carole'' : quel prénom magnifique !, interrompait Nicky les étoiles plein les yeux. S'il vous plaît Carole, acceptez de sortir avec moi !

— Non mais ça va pas ?!, s'exclamait la hackeuse reconvertie.

— Oh, je vous en prie ! Enfin, ne soyez pas timide, continuant Nicky en tentant d'embrasser l'institutrice qui lui envoyait son poing en guise de réponse. »

La tête de Nicky tournait violemment et Sodjo éclatait de rire. Elle trouvait cela curieux d'ailleurs car elle pouvait dire avec certitude que ce genre de comportement l'irritait, en général. Enfin, non. Il serait plus honnête de dire que ce genre de comportement l'énervait au plus haut point. Normalement.

Shore se massait douloureusement son poing alors qu'elle constatait que Nicky s'apprêtait à lui envoyer un second message subliminal. Larson avançait d'un pas vers elle alors qu'elle avait un mouvement de recul.

Qui pouvait bien être ce fou ?

Sodjo Allen tapait fortement ses mains, l'une contre l'autre ce qui attirait l'attention du détective et de la charmante Carole Shore.

« Bien que je vous trouve tous les deux très amusants, intervenait Sodjo, j'aimerais que tu écoutes la raison pour laquelle nous avons parcouru tout ce chemin.

— Oui bah tiens-le bien celui-là, exigeait Carole en faisant craquer son poignet. Ou tu risques de devoir me défendre lorsque je serais poursuivi pour meurtre.

— Oh, ne soyez pas comme ça !, s'offusquait Nicky.

— Donc je disais !, reprenait Sodjo en haussant la voix. J'ai un service à te demander, c'est important.

— Dis-moi, ordonnait Carole.

— J'ai un ordinateur et il est comme qui dirait tombé en panne, disait le maître Allen. »

Sodjo Allen enlevait le sac de son dos et en sortait un ordinateur qu'elle tendait à son amie. Carole avait eu un mouvement de recul alors qu'elle clignait plusieurs fois des yeux.

« Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'un ordinateur ?

— J'aimerais que tu me le répares, répliquait l'avocate.

— S'il est cassé… Tu devrais aller voir un informaticien, conseillait Carole avec dédain.

— C'est ce que je viens de faire, souriait Sodjo.

— Je ne suis pas informaticienne, bégayait l'indienne.

— Hackeuse, rectifiait l'avocate. Si tu préfères.

— Que… Qu'est-ce que tu-, tentait Carole.

— Nicky est au courant si c'est ce qui te tracasse, coupait Sodjo.

— Oui, elle m'a tout dit, faisait le détective en souriant.

— Mais-, essayait à nouveau Carole.

— On peut lui faire confiance, recoupait Sodjo d'un ton rassurant. Je te le promets.

— Ouais bah parle pour toi, grognait Carole. Bon, fais voir ton ordi.

— Tiens. »

L'américaine tendait avec un regard insistant l'ordinateur à Carole Shore qui le saisit à contre cœur. Cette dernière scrutait la machine, la regardant sous tous les angles. Ces sourcils faisaient des bonds successifs à intervalles irréguliers alors que ses yeux effectuaient des allers-retours entre la machine et l'avocate.

« Tu m'as dit qu'il était tombé en panne, c'est ça ?, demandait l'institutrice plutôt indécise.

— Oui, j'ai renversé du café dessus, inventait Sodjo d'un ton mielleux. Quelle idiote je fais !

— Ce serait plutôt moi l'idiote si je gobais quelque chose d'aussi gros, disait Carole en continuant d'effleurer de ses doigts l'ordinateur.

— Ah oui ?, fronçait des sourcils Allen.

— ''Ah oui'' de rien du tout ! Ce que je vois moi, c'est des impacts de balles.

— Comme c'est curieux, fredonnait l'avocate en inclinant la tête.

— Dans quoi tu t'es encore fourré ?, interrogeait l'institutrice.

— Tu peux le réparer ou il faut que je te supplie ?, ignorait la brune.

— Non, mais si j'ai une amie ayant de gros problèmes et que je dois aider cette amie ayant de gros problèmes, j'aimerais bien le savoir. Et puis-

— Tu me dois bien ça Carole. Tu me dois bien ça, répétait Sodjo avec un regard transperçant. »

Sodjo Allen avait coupé son amie institutrice sans aucune sommation. Elle fronçait les sourcils et Carole ne connaissait que trop bien ce regard.

L'indienne soufflait très fort, comme une enfant boudant après s'être fait rouspéter. Elle posait l'ordinateur sur la table et fixait un point invisible sur la table. Finalement, après quelques secondes de réflexion, la femme soufflait pour la seconde fois. Elle prenait un style puis écrivait une note sur une feuille qu'elle tendait à la brune.

« Une adresse, disait Sodjo en gonflant ses joues.

— La mienne, rétorquait Carole Shore. Passe chez moi en fin d'après-midi, j'aurais récupéré tout ce qu'i récupérer.

— Toujours aussi rapide à ce que je vois. Je pensais que tu serais rouillée depuis le temps.

— Une geek reste une geek, riait le maître d'école. Mais dis-moi ?

— Quoi donc ?

— Où est monsieur Larson ?

— Bah il est… là ? Ou pas. Mais où est-il passé ? »

La belle Carole Shore s'apprêtait à dire qu'elle l'avait vu sortir discrètement lorsqu'une de ses collègues était passé devant la porte mais elles entendaient un cri provenant du couloir.

Sodjo levait les yeux au ciel et reprenait sa respiration très bruyamment. Elle saluait Carole d'un rapide geste de la main avant de sortir de la pièce en hurlant sur Nicky qui venait tout juste de passer en courant devant la salle de classe.

L'institutrice de maternelle souriait sincèrement car elle n'avait pas l'habitude de voir la grande Sodjo Allen ainsi. Pour elle, Sodjo était une femme de conviction, gardant son calme peu importe les conditions. Elle était comme elle aimait le dire, un gladiateur en costard. Pourtant, à cet instant, elle venait de jurer et de sortir en trombe de la pièce.

Lorsque la brune retrouvait Larson, il était en train de courir après une autre institutrice. L'avocate le regardait fixement en remuant la tête. Elle l'appelait calmement en lui demandant de se rester tranquille mais il ne faisait rien de tel. Au contraire, il l'ignorait même royalement.

Néanmoins, au moment où madame Allen commençait à crier jusqu'à s'en vider les poumons, un frisson effrayant parcourait Nicky. Ce dernier se retournait, tombant sur un regard mitrailleur qui lui semblait familier.

Le détective privé recevait comme une décharge. Puis, il se faisait bombarder par un flash. Un flash d'une femme le regardant. Il se calmait instantanément et commençait à tanguer. Il tombait, genoux à terre, les yeux fermés et se tenant la tête.

La brune paniquait et se précipitait auprès de Larson. Après s'être accroupi, elle posait sa main sur l'épaule du détective et elle lui demandait, d'un air inquiet, comment est-ce qu'il allait.

« Nicky, vous allez bien ?

— Ma… tête, disait-il en soufflant.

— D'accord, d'accord… Allons à l'hôpital, vous semblez trop souffrir et…

— Non !, coupait violemment Nicky avant de récidiver d'un ton plus calme. Non… J'ai horreur des hôpitaux.

— Okay, okay… Venez… Mais, aidez-moi, s'il vous plaît… Tâchez de vous lever. »

Sodjo Allen passait sa main autour de la taille de Nicky et l'aidait à se redresser. Carole qui était elle aussi sortie de sa salle de classe demandait à l'avocate si elle avait besoin d'un coup de main. Mais, l'américaine la rassurait et lui disait qu'elle pouvait se débrouiller seule.

Larson avait du mal à tenir debout alors que la brune l'assistait jusqu'à la voiture où elle l'installait côté passager.

Sodjo soufflait un bon coup, il fallait qu'elle se détente car ce n'était vraiment pas le moment. Elle calmait sa panique et prenait les clés de voiture de la poche de Nicky. Ça faisait un moment qu'elle n'avait pas conduit donc elle se sentait un peu nerveuse. Elle se rassurait en se disant que c'était comme le vélo et que ça ne s'oubliait pas. Elle ricanait d'ailleurs amèrement à cette réflexion… Qu'est-ce qu'elle pouvait bien oublier, elle, de toute façon ?

Allen conduisait jusqu'à arriver à un hôtel non loin de l'école où travaillait Carole Shore. Après avoir garé le véhicule, elle en sortait et se dirigeait vers l'hôtel à toute vitesse. Là-bas, elle réservait une chambre sous le nom de Gabrielle Camelie.

Heureusement, le gérant semblait avoir une vue extrêmement défaillante et la brune était certaine qu'il n'y avait aucun risque d'être reconnu. Quand elle recevait les clés de la chambre, elle repartait à la voiture. Elle ouvrait la potière se trouvant du côté de Larson qui ne semblait pas avoir récupéré la totalité de son esprit. Elle l'aidait encore une fois et ils marchaient tous les deux vers la chambre qu'avait réservée Sodjo Allen.

Nicky Larson avait les yeux mi-clos, mi-ouvert alors qu'il se laissait choir sur le lit. L'avocate l'installait un peu plus confortablement et s'asseyait au bord du lit. Elle observait l'homme haleter, des gouttes de sueur perlant en abondance sur son front.

Sodjo semblait toujours un peu inquiète, elle avait du mal à tout comprendre : qu'est-ce qui venait de se passer ? Tout allait bien et pourtant, il avait été pris d'une énorme migraine. Le cerveau de l'avocate tournait et tournait encore. Elle cherchait dans sa mémoire quelque chose qui pourrait expliquer le soudain mal de tête du détective privé.

Plus jeune, l'avocate devait faire face à d'horribles maux de tête et elle avait naturellement fait de nombreuses recherches. Seulement, elle avait beau chercher encore et encore, mais elle ne trouvait rien de concluant.

Le maître Allen inspirait doucement alors que Nicky devenait de plus en plus agité. La femme, aux yeux sombres et luisants, supposait que le brun devait sans doute être en train de cauchemarder. Sodjo attrapait, instinctivement, la main du détective dans la sienne.

« Everything is fine, chuchotait-elle en serrant un peu plus la main qu'elle tenait. Everything will always be fine. »

Sodjo Allen avait posé sa seconde main sur la tête humide de l'homme. Elle prononçait ses mots par réflexe. Elle se souvenait que sa mère lui chuchotait successivement ses deux phrases, avec un ton incroyablement doux et maternel. Cela calmait tous ses maux… même ceux qui venaient avec sa maladie et la chimiothérapie. Elle s'était habitué à réconforter ses enfants ainsi lorsqu'ils faisaient des cauchemars.

Les lèvres de l'américaine s'étiraient alors qu'elle remarquait que les traits de Nicky se détendaient. Son front se défroissait un peu et il entrouvrait les yeux.

« Sokaï… »

Nicky avait parlé dans des tons secrets mais Sodjo était tout de même parvenu à entendre ses murmures. Elle déglutissait et lâchait brusquement la main de Larson. Son visage se tordait mais avait-elle bien entendu ?! Ou, était-ce une hallucination auditive due à son manque de sommeil ?

« Qu'est-ce que… qu'avez-vous dit ?, bafouillait l'avocate. »

Elle s'était levé du lit avec fracas avant de reposer sa question mais il semblait s'être endormi. Pour de bon. Les battements de son cœur étaient devenus si rapides et puissants qu'elle pouvait les sentir jusqu'à ses oreilles. Avait-elle bien réellement bien entendu ? Elle n'en était vraiment pas sûre…

Je dois être épuisée, songeait-elle en se donnant une claque émotionnelle.

Sodjo s'allongeait sur le deuxième lit de la chambre et fermait les yeux. Seulement, elle ne parvenait pas à sombrer dans les bras de Morphée. Elle n'arrivait pas à mettre en pause son cerveau. Elle rouvrait les yeux et quittait immédiatement son lit. Puis, elle se mettait à faire les cent pas et s'arrêtait après plusieurs minutes à marcher dans la chambre.

La femme à la chevelure de jais attrapait son sac et le posait sur la table. Elle s'asseyait sur une chaise en face du meuble. Son carnet sortit, elle en retirait les deux photos qu'elle dissimulait précieusement entre les pages du bloc-notes. Elle les regardait l'une après l'autre en boucle. Sans s'arrêter. Elle n'arrivait pas à s'arrêter.

Sodjo Allen n'en pouvait plus. Ses enfants lui manquaient. Son mari son lui manquait. Elle voulait retourner auprès d'eux et reprendre le cours de sa vie. Mais pour cela, il fallait déjà qu'elle finisse son travail.

Il n'y avait aucun autre moyen, aucun raccourci pour arriver plus vite à son but. Soit elle réussissait à faire enfermer Akira Yamaguchi et pour le restant de sa vie, soit elle se faisait tuer par lui ou un de ses sbires. L'avocate soufflait à cette pensée qui n'était pas des plus alléchantes.

« Dans quoi tu t'es fourré petit génie ?, s'interrogeait-elle à voix basse. »

Sodjo gonflait ses joues et laissant s'échapper de l'air d'entre ses lèvres, provoquant ainsi des bruits peu gracieux. Après avoir répété cette action plusieurs fois, elle se mordait la lèvre et se pinçait l'arête du nez. Décidément, Sodjo Allen avait le chic pour s'attirer des ennuis.

L'américaine ouvrait le tiroir de la commode près d'elle et vu qu'il y avait des sucreries à l'intérieur. Elle apercevait un paquet d'M&M's et le saisissait. Elle adorait ça. Elle se souvenait que, plus petite, lorsqu'elle avait été hospitalisée, Kodjo, son frère jumeau, lui en apportait à chacune de ses visites.

Le petit garçon s'asseyait sur une chaise près de son lit d'hôpital et ils se mettaient tous les deux à trier les bonbons en séparant les M&M's marron des autres couleurs. Les sucreries marron étaient les seules confiseries du paquet qu'ils mangeaient et ce, quand bien même leurs parents leur disaient et répétaient que les M&M's avaient le même goût qu'importe la couleur…

ooOoOoo

Les minutes passaient tellement vite que la femme se surprenait à voir que plusieurs heures s'étaient déjà écoulées. Elle entendait le bruit d'une couette se frottant à un lit et comprenait que Nicky venait de se réveiller. L'instant qui suivait, la femme se tournait doucement. Le regard de Larson croisait celui d'Allen qui soufflait de soulagement en lui souriant.

« Comment vous sentez-vous ?, interrogeait-elle. Ça va mieux ?

— Ça va mieux, merci, répondait Nicky.

— Qu'est-ce qui vous est arrivé ?

— Je ne sais pas… une crise de migraine sans doute, supposait-il.

— Et… ça arrive souvent ?

— Pas souvent, non. Rarement, en fait, affirmait le détective.

— Je… Est-ce que… »

Sodjo reprenait son souffle avant d'essayer un sourire. Elle se disait que ce n'était sans doute pas le moment de discuter de ce qui s'était passé plus tôt. Elle avait dû rêver ou alors c'était une simple coïncidence. Cela faisait des années qu'elle n'avait pas entendu ce mot et personne ne l'avait appelé Sokaï depuis plus de vingt-neuf ans.

L'avocate réfléchissait à toute vitesse et concluait que Nicky devait lui rappeler une personne de son passé. Quelqu'un qu'elle avait connu un temps mais qui ne faisait plus partie de sa vie. Son défunt père sans doute…

C'est sans doute ça, pensait-elle.

« Maintenant que vous êtes réveillé, reprit-elle, nous allons pouvoir y aller.

— Allez où ?

— Chez Carole, je pense qu'elle nous attend.

— Carole ?, répétait-il en chantonnant. »

La réplique de Nicky sonnait comme une question mais Sodjo comprenait que ce n'en était pas une. Elle levait les yeux au ciel. Dès qu'il s'agissait de faire l'idiot, il pétait littéralement la forme.

Un flash de Laura menaçant son partenaire avec une massue traversait son esprit. À cet instant elle comprenait la fureur de cette dernière. Il était vrai que Larson pouvait parfois être si agaçant que ça en devenait vraiment fatigant. L'avocate quittait sa chaise en s'étirant avant de lancer un regard oblique et perçant au brun.

« Je vous demanderais également de garder votre fougue pour vous et de laisser Carole tranquille. »

Nicky hochait simplement la tête, une mine rêveuse. Sodjo rangeait ses affaires dans son sac et le remettait sur son dos tant dit que le détective quittait son lit. Il s'étirait également et enfilait ses chaussures avant de s'approcher de l'avocate.

Puis, il apercevait le paquet de M&M's ouvert. Il le saisissait et se mettait à le secouer, scrutant le contenu du paquet. Le détective redéposait finalement le paquet sur la table, une mine déçue sur le visage.

« Vous n'aimez pas les sucreries ?, demandait Sodjo un peu moqueuse.

— Si mais je ne mange que les M&M's marron, répondait Nicky. Une vieille habitude. »

Sodjo ouvrait la bouche, abasourdi. C'était comme si elle s'apprêtait à dire quelque chose. Seulement, aucun son ne se faisait entendre. Elle regardait Larson prendre les clés de la voiture et ouvrir la porte de l'appartement.

Sur la figure de la femme se lisait l'incompréhension. Elle s'efforçait d'empêcher son cerveau de lui jouer des tours et se cantonnait à l'idée que tout cela n'était qu'une simple coïncidence.

Une simple coïncidence, pensait-elle en boucle alors qu'elle montait dans la voiture.

Après une bonne dizaine de minutes, ils parvenaient à l'appartement de Carole. Lorsqu'ils toquaient, cette dernière était vêtue d'un jogging noir et pullover bleu foncé. Elle les invitait à entrer et Nicky ainsi que Sodjo constataient que les lieux infestés remplis de matériel informatique.

« Incroyable, disait Nicky, impressionné.

— Oui bon, si monsieur a fini de visiter…, faisait Carole avec ennui.

— Venez Nicky, intervenait Allen en tirant la veste du détective. »

La brune s'installait près de Carole, qui à peine avait déposé ses fesses sur sa chaise, commençait à agresser son clavier.

« Tu as réussi à trouver quelque chose ?, demandait Sodjo.

— Évidemment, répondait la hackeuse.

— Dis-moi.

— Regarde, ordonnait Shore en montrant l'écran du doigt.

— Un plan ?, proposait l'avocate.

— Le plan d'un building, précisait Carole. Yunitec industries.

— Jamais entendu parlé.

— C'est un tout nouveau bâtiment, mais il n'a pas encore été inauguré. En tout cas, apparemment, il va y avoir très prochainement une vente aux enchères et si tu veux mon avis… ça sent l'illégalité.

— Quand doit-elle avoir lieu ?

— Samedi… dans une semaine, à Tokyo. D'après la liste des invités, il n'y a pas que des enfants de cœurs. Mercenaires, mafieux…

— Est-ce que tu vois un certain Akira Yamaguchi dans la liste ?

— Hum…, commençait Carole en scrutant la liste. Non.

— Ah oui ?, disait Sodjo, le visage s'éclairant. Voilà qui est parfait.

— Sodjo, tu n'as vraiment pas l'air au courant de quoi que ce soit, soufflait Carole. Tu m'avais dit que c'était ton ordinateur.

— Tout à fait, acquiesçait la brune dans un hochement de tête.

— Tu te fiches de moi ?, s'offusquait l'indienne en regardant Sodjo dans le blanc des yeux. »

Sodjo hochait les épaules en affichant un sourire provocateur. Il était clair qu'elle se moquait ouvertement de Carole Shore. Elles étaient comme deux enfants se chamaillant pour la dernière part de gâteau.

L'institutrice considérait Sodjo comme une unique vraie amie car elle était une relique de son passé lui rappelant son ancienne vie. Elle s'inquiétait pour l'avocate et même si cette dernière faisait comme si de rien était, Carole était sûre que la mère de famille se savait en constant danger.

« Est-ce que tu as pu trouver qui a envoyé la liste des agents infiltrés dans les mafias japonaises ?, continuait l'américaine.

— Qui crois-tu que je sois ?, s'indignait la hackeuse dans un haussement de sourcils. Bien sûr que j'ai pu trouver qui a envoyé la liste ! »

Carole Shore s'avançait sur sa chaise et se remettait à taper sur le clavier de son ordinateur à toute vitesse. Puis, après quelques manipulations, elle reprenait d'un ton énergique.

« La liste a été envoyée par mail… Pas très ingénieux, d'ailleurs. Quoi qu'il a été envoyé à partir d'une ''fausse'' boîte mail, si je peux appeler ça ainsi. Mais en remontant un peu, j'ai trouvé à qui elle appartenait : un certain monsieur Dojo. Kenzo Dojo.

— Kenzo Dojo ?, répétait Sodjo avec surprise. Qu'est-ce que le chef de la police de Chiba vient faire là-dedans ?

— C'était le chef de la police de Chiba, corrigeait Carole. Il a soi-disant démissionné, il y a six mois. Mais en réalité, il a été renvoyer.

— Une affaire de flic corrompu, je parie ?, supposait l'avocate.

— C'est toujours une affaire de flic corrompu, disait Nicky dans un grincement de dents. Donc j'imagine que monsieur Dojo n'a pas dû digérer son renvoi… Puis, avec l'influence et le poids qu'il avait en étant chef de police, il a dû facilement se procurer la liste.

— Et maintenant, il veut se venger en devenant l'élément déclencheur d'une chasse aux sorcières, supposait Sodjo. Mais quel malade mental.

— Mais pourquoi est-ce qu'il n'a pas tout simplement donné la liste à Akira Yamaguchi ?, questionnait le détective privé.

— Je n'en sais rien. C'est vous le détective, répondait Carole, moqueuse.

— Seigneur, mais ça n'en finira jamais…, déglutissait l'américaine en mettant ses mains sur son visage. »

Nicky pouvait voir un halo de stress entourer Sodjo Allen. Il avait même l'impression de pouvoir le sentir monter en elle à vitesse grand V. Il posait délicatement sa main sur l'épaule de l'avocate et au contact de sa paume sur elle, il la sentait se détendre un petit peu.

La femme soupirait et remuait désespérément sa tête dont le cerveau diffusait actuellement mille et une images à la seconde. L'avocate, qui était assise, levait son minois vers le détective privé, qui était resté debout.

« Ne vous inquiétez pas, on va trouver le fin mot de l'histoire, déclarait Nicky en rendant le sourire. Je suis avec vous. Faites votre job' et je ferais le mien.

— Vous êtes avec moi… »

Les paroles de Sodjo Allen avaient fait écho à celles de Nicky. Elle plissait les yeux et de sa bouche souriante s'échappait un « merci », doux et sincère.

Carole respirait fortement, visiblement agacée par ce déballage d'affection. Elle n'avait pas envie de connaître la nature de la relation qu'avaient Nicky et Sodjo, elle souhaitait juste qu'on la laisse le plus possible hors de leur histoire. Tout ça sentait le roussi et elle voulait rester loin, très loin de toute cette histoire.

La brune ne relevait pas l'agacement de son amie. Elle commençait à taper sur son menton avec son doigt pendant qu'elle murmurait des paroles qui restaient inaudibles pour Nicky et Carole. Elle stoppait sa réflexion. Chaque problème avait une solution, c'était purement logique et mathématique. Elle venait de trouver une solution à son problème.

« Bon, visiblement, il va falloir prendre le taureau par les cornes, concluait l'avocate. »

Sodjo avait cessé de taper sur son menton et se tournait vers l'indienne qui frémissait dès lors. Le regard de cette dernière s'assombrissait alors qu'elle remuait machinalement la tête.

« Je te vois venir Sodjo, disait Carole d'un regard oblique. Je te dépanne ton ordinateur et ça s'arrête là ma belle. J'ai fini mon ta-

— Tu vas contacter Chuck, coupait l'avocate. Qui te mettra lui-même en contact avec les autres membres de l'équipe. »

Sodjo avait attrapé un stylo et une feuille puis y inscrivait un mot dessus, pendant qu'elle parlait. Lorsqu'elle finissait, elle le tendait à Carole qui le saisissait à contre cœur. L'indignation, la rage, la fureur, l'exaspération, la rogne… un tas d'émotion lié à la colère se lisait sur le visage de la hackeuse mais cela importait peu.

Sodjo Allen aussi avait fait plusieurs choses qui lui étaient désagréables, mais elle ne s'était pas plaint pour autant. Alors, ce que Carole pouvait ressentir à cet instant et bien qu'elle était son amie, l'avocate n'en avait que faire.

« Débrouillez-vous pour retrouver Kenzo Dojo, reprenait la brune. Rendez-vous à la planque, Chuck saura ce qu'il faut faire. Je vais te mettre en relation avec un lieutenant de police de Tokyo, vous lui expliquerez tout de A à Z. Je n'ai pas le temps de faire des résumés comme ça, à tout bout de champ. »

Les yeux de l'américaine se rétrécissaient et elle inclinait sa tête.

« Oh et si je peux te conseiller un truc, poursuivait-elle, prends quelques jours de vacances.

— Hum… Je te déteste, disait Carole alors qu'elle fusillait du regard son homologue.

— Je sais, riait Sodjo avant de reprendre un air sérieux. En ce qui me concerne, je m'occuperais de joindre toutes les préfectures japonaises pour leur dire que ça va sans doute bientôt se gâter. Pour l'instant, même si Yamaguchi est au courant qu'il y a des infiltrés au sein de la mafia, et j'en doute mais supposons qu'il le soit... dans tous les cas, il ne fera rien. Il se doute bien que j'attends juste qu'il mette le nez dehors pour que je l'abatte. Donc, s'il doit agir, il prendra son temps afin de bien tisser sa toile. Je dois simplement être plus rapide que lui, et préparer chaque exfiltration de chaque agent de police. Le moment venue, je les enlèverais tous de leur prison, en toute sécurité

— Tu as contacté Will ?

— Non, il n'a pas à s'occuper de ça. Pendant ces deux dernières semaines, j'ai bien travaillé, ne t'inquiète pas. Je pense que Yamaguchi va être choqué… »

Le visage déterminé de Sodjo Allen volait un sourire rassuré à Carole Shore. Elle ne savait pas ce que l'avocate avait fait pendant ses deux semaines où elle avait disparu. Néanmoins, Carole savait que Sodjo avait dû commencer à préparer le terrain.

La hackeuse reconvertit en institutrice rendait l'ordinateur criblé de balles à Sodjo qui le remettait dans son sac. Carole regardait son amie d'un air triste et inquiet. Les prochains jours allaient vraiment être rudes et elle se demandait si ça allait aller ?

« Ne me regarde pas comme ça s'il te plaît, soufflait Sodjo, un sourcil relevé. Tu me stresses. »

Carole ne répondait rien et tandis que Sodjo Allen se levait de sa chaise, elle suivait le mouvement. Lorsqu'elles étaient debout, les deux amies s'enlaçaient.

« Fais attention à toi, susurrait Carole en serrant un peu plus Sodjo dans ses bras.

— Promis, murmurait Sodjo en souriant.

— Et vous, commençait Carole d'une voix plus forte, alors que son regard se posait sur Nicky. Tâchez de bien faire votre job.

— Il ne lui arrivera rien, répondait Nicky en posant fermement sa main sur l'épaule de Carole. »

L'institutrice en école maternelle grimaçait au geste de Nicky.

Non mais il n'en loupe pas une celui-là, se disait Carole.

Soudain, Sodjo saisissait le poignet de Nicky. Elle adressait à grand geste de la main à Carole accompagné d'un sourire chaleureux et sortait en trombe de l'appartement.

La belle américaine tirait Nicky derrière elle alors qu'il grognait. Elle le délivrait lorsqu'ils franchissaient les portes de l'immeuble. La nuit n'était pas encore tombée mais le soleil commençait à se coucher. Allen mettait sa main dans la poche de son pull et sentait ses doigts toucher le téléphone portable qu'elle avait pris avec elle, un peu plus tôt dans la journée.

« Il se fait tard. Rentrons, disait le détective en mettant ses mains dans ses poches. »

Alors qu'elle marchait derrière Nicky Larson, la bouche de Sodjo s'étirait en un sourire étrange. Indescriptible.

Après avoir passé près d'une heure dans la voiture, la brune sortait le téléphone portable de sa poche. Elle composait un numéro et Nicky qui entendait les bruits de touche, tournait la tête vers sa copilote.

« Vous faites quoi là ? Sodjo ?, demandait Nicky.

— J'ai un appel à passer, disait-elle en remmenant le téléphone à ses oreilles.

— À qui ?, questionnait le brun en fronçant les sourcils. »

Sodjo mettait son doigt devant sa bouche en sifflant un rapide « chut ». Elle regardait Nicky et écoutait attentivement le téléphone qui sonnait. Les sourcils du détective se fronçaient plus gravement alors qu'il constatait que la joue droite de madame Allen vibrait légèrement.

Le brun se reconcentrait sur la route en se demandant à qui l'appel était destiné. Mais plutôt que de bombarder Sodjo de questions, il choisit le silence. Il le saurait bien assez tôt de toutes les façons.

« Allô ? Bonjour… J'aimerais discuter avec votre patron… Évidemment que j'ai vu l'heure qu'il est vous me prenez pour qui ? … Dites-lui que c'est Sodjo Allen. Je vous assure qu'il prendra cet appel. »

Le détective tournait furtivement la tête en direction de l'avocate qui venait de décliner son identité dans le plus grand des calmes. Il avait entendu l'autre personne au bout du fil répéter « Sodjo Allen » en bégayant avant de mettre cette dernière en attente.

« Oui… celle-là même, en chair et en os, reprenait Sodjo d'un ton rieur. Rassurez-vous, mon appel n'est pas un appel de courtoisie… Tout d'abord, je vous demanderais d'éviter de dire à Akira Yamaguchi que nous nous sommes eut au téléphone ou je risque vraiment de sortir mes griffes. Ensuite, j'aimerais que vous me réserviez une petite place dans votre emploi du temps de samedi soir prochain, j'ai entendu dire que vous organisiez une vente aux enchères illégal… pas bien ça, monsieur Bokuto… Oh, votre ordinateur ? … Ne vous inquiétez pas, il est en ma possession et en sécurité… Oh la liste d'agents infiltrés . Je sais que vous n'avez aucune copie… Je vous conseille d'éviter vos menaces et votre bluff, vous n'êtes pas vraiment en position de négocier… Calmez-vous, par pitié… »

Sodjo commençait à rire de façon narquoise avant de poursuivre avec son ton toujours plus hautain.

« Vous savez, il semblerait que j'ai en ma possession plusieurs documents qui pourraient vous faire envoyer en prison ou même pire, vous faire tuer s'ils tombaient dans les mains de personnes peu recommandables. Donc faites attention à vous… Bon, continuez de hurler si cela vous chante, j'ai d'autres chats à fouetter… On se dit à la semaine prochaine. »

Hizahomo Bokuto hurlait si fort que Sodjo avait dû éloigner brusquement son oreille du téléphone. Elle raccrochait au nez du styliste de renom et son sourire s'effaçait. Elle savait qu'elle avait pris un risque en passant ce coup de fil mais elle savait aussi que c'était la chose à faire.

Carole Shore lui avait permis de mettre la main sur l'information qui allait lui permettre d'enfermer Akira Yamaguchi pour le reste de ses jours. Parfois, pour parvenir à ses fins, il fallait passer par le chantage et d'autres formes d'actions peu glorieuses.

« Alors l'appel urgent c'était ça ?, questionnait Nicky, choqué.

— C'était ça, rétorquait simplement Sodjo en baissant la vitre de la fenêtre.

— Mais qu'est-ce qui vous-

— Tout va bien, l'interrompait-elle dans un sourire, en passant sa main tenant le téléphone hors de la voiture.

— L'appel ? Pour quelle raison ?

— C'était nécessaire, répondait l'avocate en lâchant le téléphone qui se brisait en mille morceaux lorsqu'il touchait le sol.

— Et que comptez-vous faire maintenant ?, interrogeait Nicky en zieutant Sodjo du coin de l'œil.

— Eh bien, je pense à demander à Laura une tenue de soirée, rétorquait la femme en fermant son poing.

— Hum…

— Vous êtes toujours avec moi ?, demandait-elle, un air sérieux sur le visage.

— Je vous protégerais jusqu'au bout, soyez en sûre. »

Les yeux de Sodjo se plissaient légèrement. Elle regardait la route devant elle, éclairé par la lumière des phares de la voiture.

— Fiat justitia ruat caelum, monsieur Larson. Que justice soit faite, même si le ciel doit s'écrouler. »

ooOoOoo

Voici le quatrième chapitre ! J'ai d'ailleurs modifier le prologue, je le trouve beaucoup mieux comme ça ! Ce n'est pas un changement qui a une conséquence sur l'histoire rassurez-vous. C'était juste pour moi, la façon dont jamais amener la chose ne me plaisait pas du tout !

J'ai encore du mal avec la plateforme, je ne comprends pas tout les codes de cette plateforme. En tout cas, je vous fais des bisous et vous remercie de lire. J'espère que je ne vous déçois pas trop, c'est ma toute première fanfiction sur un animé.

Bye les bébous.