Sodjo Allen venait de franchir le seuil de la porte de l'appartement, suivit de Nicky Larson qui refermait la porte derrière lui. Le bruit de la porte se fermant venait de retentir dans tout l'appartement et au même instant, un autre bruit sourd.

Laura sortait en trombe de sa chambre en manquant de tomber. Les pas de la rouquine se rapprochaient rapidement des deux arrivants. Elle arrêtait son marathon à quelques mètres de Nicky et ramenait ses mains jointes devant sa bouche. Et, lorsqu'elle abaissait ses bras, on pouvait lire sur son visage un joli sourire.

« Nicky, murmurait-elle.

— Laura ! Comment allez-vous ?, questionnait Sodjo avec enthousiasme. »

L'avocate n'avait eu comme réponse, qu'un énorme courant d'air. La rouquine venait de passer sous son nez sans lui adresser un seul regard. Elle avait sauté dans les bras de son partenaire.

Les yeux fermés, elle enfouissait sa tête dans le cou de Larson qui lui passait délicatement ses doigts dans les cheveux roux lui chatouillant le bout du nez. Mais ce manque d'attention à son égard n'avait pas frustré le moins du monde Sodjo qui, au contraire, souriait face à un tel spectacle débordant d'affection et d'amour.

« Je pensais qu'il t'était arrivé quelque chose, chuchotait Laura à l'oreille de Nicky. Tu n'as pas appelé de la journée. »

Laura rouvrait les yeux et son regard croisait celui de Sodjo Allen qui lui souriait sympathiquement. Les joues de la rouquine devinrent aussi rouges que ses cheveux et elle se détachait instantanément de du détective.

« Bonjour Sodjo ! Vous allez bien ? Bien sûr, je me suis inquiétée pour vous aussi !, bafouillait Laura en jouant maladroitement avec ses doigts.

— Bonjour Laura, souriait Allen. Oui, je vais bien. Merci de vous en soucier. Et vous ? Et Sydney, il va bien ? Et Hélène ? Elle est là, si je ne me trompe ?

— Oui... oui, oui, oui !, bégayait la rouquine. Nous étions là-haut et je suis venu dès que j'ai entendu la porte s'ouvrir...

— Bien, allons les voir dans ce cas, j'ai à parler au lieutenant Lamberti. »

L'avocate attrapait la main de Laura et la tirait doucement vers l'avant. La jeune Marconi se laissait traîner et Sodjo tournait discrètement sa tête en direction de di détective. Elle lui adressait un clin d'œil suivit d'un sourire moqueur et ce dernier grimaçait aussitôt.

Nicky, Laura ainsi que Sodjo montaient les escaliers afin de se rendre à l'étage. Lorsqu'ils arrivaient dans la ''chambre aux cent livres'', comme le dirait madame Allen, ils voyaient Hélène et Sydney en train de discuter.

« Sodjo, Nicky, bon retour parmi nous, interpelait le lieutenant. On ne vous attendait plus.

— Bon retour, saluait Sydney.

— Bonjour à vous, faisait Sodjo tandis que Nicky leur répondait d'un geste de la main.

— Alors ? Est-ce que votre voyage a été productif ?, demandait l'officier.

— Assez oui, répondait le brun en baillant.

— En effet, et j'aurais besoin que vous fassiez quelque chose pour moi, Hélène, poursuivait Sodjo.

— Quoi donc ?, questionnait-elle.

— Tenez, disait l'avocate. »

Sodjo Allen tendait un morceau de feuille pliée au lieutenant qui saisit le papier et le dépliait avant de froncer les sourcils. La jeune femme aux cheveux bleus lançait un regard perçant et oblique à l'américaine.

« Qu'est-ce c'est ?, interrogeait l'agent de police.

— Un billet d'avion, disait Sodjo.

— Je vois bien que c'est un billet d'avion. Pour aller à Paris qui plus est. Mais pourquoi me donnez-vous cela ?

— Demain matin, allez à l'aéroport. Vous rencontrerez Chuck, un membre de mon équipe.

— D'accord, répondait l'officier un peu perdu. Donc demain, je pars à Paris ?

— Disons que vous allez prendre l'avion... Chuck vous expliquera tout quand vous vous rencontrerez.

— Je veux bien mais je ne sais même pas à quoi il ressemble ce ''Chuck''...

— Vous le saurez en temps voulu, ne vous en faites pas pour ça.

— Vous faites énormément de mystère... J'ai du mal à suivre, c'est-, commençait Hélène.

— Ne vous en faites pas, coupait l'avocate. Ayez confiance. »

Hélène reprenait vivement sa respiration. Elle fixait le bout de papier qu'elle agitait, le faisant faire des allers-retours entre les airs et sa main.

L'officier de police poursuivait avec hésitation.

« Bien que j'aie beaucoup de respect pour vous, j'ai un travail et je ne peux pas m'absenter comme ça, du jour au lendemain.

— Ne vous inquiétez pas pour ça, mon équipe s'occupe de tout, faisait Sodjo d'un ton rassurant. Écoutez Hélène, je sais que je vous en demande beaucoup. Seulement, je ne peux pas me déplacer comme je le voudrais, ça pourrait être dangereux pour moi, mais également pour ceux qui m'entourent actuellement. De plus, j'ai déjà pris un gros risque aujourd'hui... Ce qui est en train de se passer et ce qui va se passer nous dépasse. Le monde ne deviendra pas rose du jour au lendemain mais ce qu'on peut régler ici et dans l'immédiat, on le règle... Rentrez chez vous, reposez-vous... à partir de demain vous ne dormirez plus beaucoup. »

Hélène Lamberti répondait par un hochement de tête. Si on lui avait dit qu'elle exécuterait des ordres ne venant pas de ses supérieurs, elle n'y aurait jamais cru. Seulement, Sodjo Allen était une femme naturellement convaincante et charismatique.

Le lieutenant pouvait lire dans le regard de l'avocate et elle y voyait énormément de sincérité. Sodjo était une femme honnête et avec une grande bonté. Elle faisait partie de cette liste de femmes inspirantes qu'on pouvait trouver sur internet.

« En ce qui me concerne, je vais prendre une douche et dormir, disait Sodjo en se retournant.

— Vous- Vous ne mangez pas ?, bredouillait Laura. Vous n'avez pas faim ? »

Maître Allen s'arrêtait alors qu'elle était au pas de la porte. Elle se retournait et regardait la rouquine en souriant. Son visage semblait un peu fatigué.

« Merci Laura mais je n'ai vraiment pas faim ce soir. Bonne nuit tout le monde. »

L'avocate quittait la pièce après avoir fait un bref geste de la main.

« Elle ne mange pas beaucoup, murmurait Laura.

— Ne vous faites pas de soucis pour elle, faisait Sydney. Elle n'est pas dévastée ou anéantie. Son cerveau tourne à plein régime vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Ce n'est pas n'importe qui, c'est Sodjo Allen. Mon avocate. Mon amie. Mon héroïne. Elle n'a pas le temps de faire une dépression ou de faire une grève de la faim.

— Vous avez sans doute raison, disait Laura plus rassurée. »

Hélène Lamberti discutait un peu avec Larson avant de se retirer à son tour. Comme le pensait le détective privé, Laura et Sydney s'étaient occupé de faire un énorme résumé de la situation.

Monsieur Turner s'occupait de raccompagner l'officier jusqu'à la porte laissant Nicky et Laura seuls dans la pièce.

Larson pouvait voir l'inquiétude qui était présente sur le visage de sa partenaire. Il posait sa main sur le haut de la tête de la rouquine qui se mordait désespérément le pouce, et lui ébouriffait les cheveux.

Nicky lui adressait un sourire et lui disait qu'il ne fallait pas qu'elle s'en fasse, que tout irait bien. Mais, il ne pouvait s'empêcher de couper court à cet instant de douceur. Il se courbait et mettait ses mains sur les hanches de Laura qui sursautait, les joues et les oreilles rouges de gêne.

« Dis-moi Laura, qu'est-ce que c'est que ces douées de sauvetages ?

— Nicky~ Larson !, s'écriait Laura. »

Laura Marconi brandissait sa légendaire massue de cinq cents tonnes et l'envoyait aussitôt sur son collègue.

Le fracas causé par le coup faisait sursauter Sodjo Allen qui était sous la douche. Cette dernière paniquait et sortait de la salle bain, sans prendre le temps de couper l'eau. Elle avait maladroitement enroulé une serviette autour d'elle, ses cheveux étaient encore mousseux et sa peau, mouillée et mal lavée.

La brune manquait de tomber alors qu'elle se rendait en trombe à sa chambre. Elle se laissait glisser au sol et composait le code de sa mallette à toute vitesse et saisissait le pistolet qui était à l'intérieur. Lorsqu'elle entendait la porte de sa chambre s'ouvrir, elle se retournait immédiatement en brandissant son arme vers la personne qui venait de rentrer. Le visage incroyablement neutre.

« Oh mon Dieu, ce n'est que moi !, hurlait Laura en levant ses deux mains en l'air.

— Laura ?, disait Sodjo dans un soufflement de soulagement.

— Oui, c'est moi... »

Le ton de la rouquine était doux. Elle s'approchait de sa cliente, se mettant à sa hauteur avant de poser sa main sur le haut de sa tête.

« Vos cheveux sont tous mouillés, que vous arrive-t-il ?, questionnait Marconi.

— J'ai entendu un énorme bruit..., commençait l'avocate.

— Oh non, commençait Laura d'un ton désolé. Excusez-moi, j'y suis pour quelque chose. C'est Nicky, il a encore fait des siennes et j'ai... je me suis un peu emporté, disons. »

Laura commençait à rire nerveusement en grattant une de ses joues avec son index.

« J'ai cru que Yamaguchi avait réussi à me retrouver, poursuivait la femme à la chevelure sombre. Même avec toutes les précautions que j'avais prises.

— Mais non, ne vous en faites pas !, reprenait la rousse d'un ton convaincu. Il ne vous arrivera rien avec Nicky dans les parages.

— J'ai surtout peur de vous traîner dans mes problèmes... »

La jeune Marconi souriait à son homologue en lui disant, encore une fois, qu'il n'arriverait rien. C'était impressionnant comme Sodjo Allen s'inquiétait plus pour les autres que pour sa propre vie.

Ensuite, Larson, qui avait entendu Laura hurler, venait de faire interruption dans la chambre de Sodjo.

« Laura ?! Sodjo ?!, s'écriait Nicky. Tout va bien ? »

Les yeux de Laura devenaient aussi ronds que des ballons.

Rentrer ainsi dans une chambre de femme ? Cet homme n'a vraiment aucune retenue !, pensait la rouquine avec indignation.

Et, alors qu'elle s'apprêtait à dire le fond de sa pensée à son coéquipier, ce dernier parcourait rapidement la pièce et se retrouvait face à l'avocate en moins de deux secondes. Il regardait la brune de haut en bas, comme s'il craignait qu'elle ne soit blessée.

« Qu'est-ce vous faites par terre, toute trempée et pleine de savon ?, questionnait le détective.

— Elle s'est méprise, disait Laura. Elle m'a entendu m'énerver sur toi et a cru que l'appartement se faisait assiéger.

— D'accord, reprenait Nicky, les sourcils froncés. Bon, vous feriez mieux de retourner à la salle de bain et de finir de vous doucher. Et donnez-moi ça... c'est dangereux. »

Nicky Larson prenait le pistolet des mains de l'avocate sans trop de difficulté avant de se lever avec Laura qui avait suivi le mouvement. Le détective tendait une main que Sodjo saisissait puis il la tirait et se redressait.

Ils sortaient de la chambre et l'américaine se dirigeait sans un bruit vers la salle de bain. Nicky tenait fermement le pistolet et ramenait sa main libre sur sa nuque qu'il se mettait à masser. Il soufflait faiblement mais cela avait tout de même eu le don d'attirer l'attention de Laura qui l'interpelait.

« Elle est vraiment sur ses gardes, hein ?

— J'imagine que ça peut se comprendre.

— Hum..., disait Laura dans un léger hochement de tête. Je m'en veux de lui avoir fait une telle frayeur.

— Tu t'en fais trop... La journée a été longue, c'est tout.

— Tu as sans doute raison.

— Et que fait Sydney ?

— Il est allé se coucher... je le sens inquiet. Il n'a qu'une hâte, c'est que toute cette histoire se termine.

— Oui, comme nous tous...

— Tu la dis... Au fait, tu as faim ? Je peux te faire quelque chose à manger ?

— Non, c'est bon, merci. Je vais aller ranger l'arme pour que personne ne se blesse avec. Tu peux aller te coucher, tu dois être fatiguée toi aussi. »

Nicky s'apprêtait à s'en aller mais il se faisait retenir par une main tirant sa veste. Il regardait Laura du coin de l'œil qui semblait agité.

« Ça ne va pas ?, demandait Nicky en tournant sa tête. »

La rouquine fixait Larson quelques instants avant de retirer sa main du manteau de ce dernier. Elle ouvrait la bouche mais la refermait aussitôt. La jeune femme voulait discuter avec son coéquipier. Qu'il lui parle de tout ce qui se passait. Qu'il lui parle de sa relation avec Sodjo. Lui demander pourquoi agissait-il de manière si étrange ces derniers temps.

Elle avait tant de questions qui envahissaient ses pensées. Seulement, elle se rétractait et choisissait de ne pas les lui poser. Elle se disait que tout cela était causé par son côté jaloux et possessif. Laura se sentait ridicule de cultiver ce genre de sentiment au fond d'elle... d'autant plus que Sodjo avait fait preuve d'une grande bienveillance à son égard.

« Si ça va... Bonne nuit Nicky, disait finalement la rousse en essayant un sourire. »

Nicky comprenait qu'il y avait quelque chose qui chiffonnait Laura mais à cet instant, il n'avait pas envie de la questionner sur ses tracas. Il avait, lui-même, son esprit rempli de questionnements et d'incompréhensions... Alors, il laissait les mots de la rouquine tomber dans un silence momentané. Puis, il lui répondait.

« Bonne nuit Laura. »

Comme souvent, il était difficile pour Laura de savoir ce que l'homme qu'elle aimait pouvait bien penser alors même que des yeux noirs, sombres, frais la regardaient sans ciller.

La jeune femme regardait le brun s'éloigner alors qu'elle-même marchait à reculons. Elle arrivait devant la porte de sa chambre et zieutait celle de la chambre de l'avocate. Elle hésitait un instant mais choisissait d'aller se coucher.

Il était tard, la journée avait dû être longue et stressante pour Sodjo Allen : il valait mieux la laisser tranquille.

De son côté, Nicky venait d'arriver dans sa chambre, il regardait le pistolet qu'il avait « confisqué » à Sodjo quelques instants plus tôt. Son regard se perdait dans un vide infini. Il repensait à cette journée, à cette migraine qui lui était anormalement tombé dessus et à tous ces flashs qu'il avait eu.

Larson commençait à être agacée de cet état d'esprit dans lequel il avait été plongé. Il ne se reconnaissait plus. Il retirait les balles de l'arme et la rangeait à l'intérieur de la table de chevet de la chambre.

Plus il réfléchissait et plus il avait l'impression que son cerveau allait exploser. Il fallait qu'il prenne un bol d'air frais. Il en avait besoin. Il avait besoin de sentir le vent froid sur son visage.

Le détective privé sortait de la pièce et quittait l'appartement sans un bruit, un visage amer. Il marchait dans les rues de Tokyo. Pendant cinq minutes. Pendant dix minutes. Pendant vingt minutes. Il marchait encore et encore. Et inconsciemment, il s'était retrouvé devant l'immeuble où logeaient Mirna et Mammouth.

Mais comment j'ai fait pour arriver jusqu'ici, sérieusement ?, se demandait-il.

Sa respiration était inaudible. Il regardait l'immeuble, silencieusement. Pour une raison quelconque, il était comme attiré par l'immense bâtiment et l'instant qui suivait, il se retrouvait devant la porte de l'appartement de ses amis.

Il avait marché des heures. Il était tard. Mais le brun savait que John Arteau ne dormait pas et qu'il se trouvait à quelque pas de la porte d'entrée.

C'était le cas.

Mammouth ne dormait pas. Il était dans le salon, installé non loin de l'entrée de son appartement. Sans doute avait-il même déjà senti une présence sans savoir qu'il s'agissait en réalité de Nicky.

L'homme massif nettoyait son bazooka, à la lumière artificielle d'une lampe. Cela faisait un moment qu'il n'avait pas eu le luxe de se livrer à ce plaisir particulier du fait de la charge de travail que lui imposait la gestion du Cat's Eyes. Avoir la possibilité de le faire maintenant était un bon changement de rythme pour lui.

Ce n'était qu'ici et à cet instant, assis sur sa chaise, les coudes délicatement posés sur la table, qu'il pouvait sentir qu'il était vraiment seul, à l'écart du monde extérieur et de son rugissement sans fin. Pour John, la solitude n'était pas une chose à redouter ou détestable mais un vieil ami qui l'accompagnait depuis longtemps.

Au milieu de ses pensées, un coup brisait le silence tranquille comme un marteau en verre empiétant sur son moment de détente pourtant bien mérité.

« Encore le concierge, hein ?, grognait-il. »

Mammouth claquait la langue d'agacement alors que le seul coupable possible lui vint à l'esprit. Il se levait doucement, essayant de ne pas faire de bruit. Mirna dormait dans la chambre et il préférait éviter de la réveiller : elle avait eu une journée chargée et était complètement fatiguée.

Lorsqu'il ouvrait la porte, son visage affichait la mine de l'incompréhension. En face de lui se trouvait un visiteur inattendu.

Qu'est-ce que c'est que ça ?, se disait-il.

« Nicky ? Qu'est-ce qui se passe ?, questionnait Mammouth en fronçant les sourcils.

— Ah, eh bien... »

Nicky riait silencieusement en se grattant la tête maladroitement, comme s'il était gêné par la situation dans laquelle il se trouvait.

Le gérant du Cat's Eyes n'avait pas l'habitude d'entendre le brun rire aussi faussement, alors il se décalait faisant un geste de la main, invitant le détective à entrer dans l'appartement.

Lorsque Larson franchissait le pas de la porte, Mammouth refermait cette dernière.

« Il me semble avoir interrompu quelque chose, hein, affirmait Nicky alors qu'il regardait la table sur la laquelle se trouvait le bazooka à moitié propre.

— Ne t'en fais pas pour ça, rassurait John Arteau. Assieds-toi et dis-moi plutôt ce qui t'amène ici. »

Nicky Larson s'exécutait et s'asseyait à la table. Il ne fallait pas longtemps avant que Mammouth ne vienne le rejoindre.

Inutile de dire que monsieur Arteau n'était pas trop content que son petit moment ait été écourté, mais à bien y penser, Nicky n'avait jamais mis les pieds chez lui à une heure aussi tardive et de son plein gré jusqu'à aujourd'hui. L'expression raide qu'il portait était un indicateur clair de son inconfort.

Nicky Larson avait assurément quelque chose d'important à dire à son ami ou il ne serait pas ici autrement, pensait-il. Cette soudaine pensée faisait que Mammouth plissait les yeux vers l'homme d'en face.

« Alors ?, renchérissait Mammouth.

— Non... Enfin... Si... Je ne sais pas, balbutiait Nicky.

— Il s'est passé quelque chose ? Tu t'es disputé avec Laura ? Pour changer... »

L'ironie dans la voix du mastodonte était si audible qu'elle entraînait un rictus sur le visage de brun qui remuait la tête.

« Non, ce n'est pas ça, disait le détective.

— Qu'est-ce que c'est dans ce cas ?

— Aujourd'hui..., commençait-il avec hésitation. Aujourd'hui, je suis allé à Utsunomiya avec Sodjo Allen.

— Hum... ?, faisait Mammouth incitant Nicky à poursuivre et à lui dire le fond de sa pensée.

— Elle avait un ordinateur à faire réparer et elle avait un contact là-bas. Très mignonne au passage, continuait Larson alors qu'une coulée de bave apparaissait au coin de ses lèvres.

— Nicky !, s'exclamait Mammouth.

— Enfin bref !, se reprenait-il. Quand on était là-bas, j'ai été pris d'une énorme migraine... c'était la première fois que ça m'arrivait. Je n'avais jamais eu ça de ma vie ou en tout cas, c'était très différent des autres fois. J'avais tellement mal que je ne tenais plus debout. À ce moment-là, c'était comme si le temps s'écoulait à une vitesse anormale. Parfois tout allait vite et d'autres fois, c'était comme si une minute était égale à une année. Et alors que j'étais dans cette transe et que toutes mes pensées étaient complètement floues, j'ai senti Sodjo m'attraper la main et me chuchoter deux phrases... »

Nicky venait de s'arrêter de parler. Il s'avançait sur sa chaise, joignant ses deux mains et posant ses coudes sur ses cuisses. Mammouth constatait de légers tremblements parcourir le corps de Nicky et cela avait le don d'attiser encore plus sa curiosité. Où est-ce que le détective voulait en venir se demandait-il.

« Je t'écoute, disait Mammouth.

— ''Everything is fine. Everything will always be fine''.

— Et donc ? Elle est américaine, sans doute que parfois, elle parle sa langue maternelle. Rien d'étrange et puis-

— Écoute, interrompait Nicky en remuant vivement la tête, ce n'est pas ça le problème.

— Quel est le problème dans ce cas... ?

— Je..., ricanait-il nerveusement. J'ai eu un flash, un énorme flash. Un peu brumeux lui aussi mais... J'ai vu une femme. J'ai dû mal à me rappeler des traits de son visage mais il me semble qu'elle avait une peau blanche, très blanche et des cheveux encore plus blancs, aussi blancs que du marbre. Des yeux clairs...

— Tu ne te souviens pas avoir déjà vue cette femme quelque part ?

— Je n'en ai aucune idée. Mais, cette femme avait dit exactement les mêmes mots que Sodjo... ''Everything is fine... Everything will always be fine''. Il y avait un homme aussi, la trentaine, peut-être plus, peut-être moins. Et puis, il y avait cette petite fille assise en face de moi. Elle n'arrêtait pas de parler en débitant mille et un mots à la minute. Et, je lui répondais quelque chose mais… je n'arrive pas à m'en rappeler. Seulement, dans ma tête… raisonnait un seul et unique mot qui était parfaitement audible… ''Sokaï''. »

Le propriétaire des lieux restait silencieux. Il était complètement largué par ce qui lui parvenait aux oreilles.

Il croisait avec force ses bras et se reculait sur sa chaise. Il observait Nicky ouvrir sa bouche et la refermer la seconde d'après. Jamais John Arteau n'avait vu son ami avec un tel visage.

Larson qui avait la tête baisser se redressait et regardait Mammouth avant de recommencer à rire nerveusement. Il avait l'impression que ses pensées étaient stupides, sans queues ni têtes. Il était même nerveux à l'idée d'accepter de croire en ce qu'il avait vu.

« Mammouth... Je crois qu'il y a des possibilités pour que ces gens que j'ai vus... soient de ma famille... Soient même... Ma famille.

— Et ton véritable prénom pourrait bien être ''Sokaï''… Ou… peut-être est-ce un nom de famille ? »

Le visage de Nicky se figeait tant dis que la phrase qu'avait prononcée Mammouth était enregistré par son cerveau. Le mastodonte aux éternelles lunettes de soleil mettait sa main devant sa bouche, se caressant le menton par moments.

Le silence planait dans le salon.

Mammouth faisait partie des rares personnes qui connaissaient l'histoire de Nicky Larson. Par ailleurs, il pouvait affirmer que ce dernier avait déjà cherché à savoir qui il était et d'où il venait, sans succès. Nicky n'avait aucun souvenir de sa vie passée et l'époque où il était devenu orphelin était une période chaotique et désastreuse.

C'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Et, avec la vie qu'il avait menée par la suite, le sang qu'il avait sur les mains, il avait fait le choix de ne plus chercher à découvrir qui était son lui d'autrefois et le lui qu'il aurait pu être si l'avion qui l'avait privé de ses parents ne s'était pas crashé. Il ne souhaitait pas salit une quelconque mémoire.

Pourtant, aujourd'hui, le brun avait eu un flash qu'il savait être un souvenir que son subconscient lui avait envoyé. Un homme au tient aussi bronzé que le sien. Une femme à la chevelure blanche qui semblait, elle aussi, avoir eu une place importante dans sa vie lorsqu'il était enfant. Cette gamine qui ne cessait de parler toujours plus fort. Et, ''Sokaï'', qui était probablement le prénom qu'il avait dans son ancienne vie.

Tout ça troublait Nicky. Il avait réussi à passer plus de dix ans sans se poser aucune question et une partie de lui aurait voulu que cela reste ainsi. Mais, une autre partie de lui, égoïste, voulait en savoir plus sur ces trois personnes, sur ce nom. Malheureusement, il ignorait comment faire. Il ne savait pas par où commencer...

Le détective cachait son visage derrière ses deux grandes mains et Mammouth qui n'avait pas dit un mot depuis quelques minutes brisait ce lourd silence.

« Que comptes-tu faire maintenant ?

— Je l'ignore, répondait Nicky en laissant apparaître les deux orbites de son visage.

— Tu vas essayer de retrouver la femme que tu as vue ?

— Je n'en sais rien...

— Tu peux peut-être commencer par faire des recherches sur ''Sokaï'', non ? Qu'est-ce c'est ? Ça sonne comme un prénom et pourtant, j'ai comme un doute.

— Peut-être... Oui. Mais ce serait chercher une aiguille dans une botte de foin.

— Certes. Mais, il y a Sodjo Allen chez toi, pas vrai ? Cette femme déborde de moyen.

— Je ne sais pas... Je n'en ai même pas parlé à Laura et pour tout te dire...

— Tu devrais lui en parler. Tu sais bien qu'elle n'aime pas les cachotteries...

— Je sais mais comment lui dire ? Et puis, je ne veux pas qu'elle se fasse du souci. D'autant plus que je suis persuadé que je vais me retrouver face à un mur, si je me lance dans des recherches.

— Moi, je pense que tu as surtout peur de te trouver quelque chose, justement. Écoute, pour être franc avec toi, je ne sais pas ce que je ferais à ta place. Mais, dis-toi que peu importe ta décision, ce sera la bonne. »

Dans son hochement de tête, Larson souriait à Mammouth. Il se levait de sa chaise enfouissait une main dans sa poche alors que l'autre venait se poser sur l'épaule de son ami, qui était resté assis. L'homme brun laissait échapper un petit « merci » destiné à l'ami qui avait pris de son temps pour l'écouter et le conseiller.

John Arteau ne bougeait pas d'un cil. Et alors que Nicky s'éloignait de lui, empoignait la poignée de la porte d'entrée, il l'interpelait.

« Saches que si jamais tu souhaites encore discuter, je serais là. Tout comme aujourd'hui. »

Nicky abaissait la poignée de la porte et ouvrait cette dernière. Puis il se tournait vers Mammouth et lui souriait gentiment.

« Bonne nuit Mammouth, faisait Nicky avant de sortir l'appartement ».

Le fiancé de Mirna pouvait entendre les bruits de pas du détective privé s'éloigner un peu plus de l'entrée.

« Bonne nuit Nicky, soufflait-il. »

oOoOo

~ Petite note sympathique ~

Hey !

Le chapitre sort plus tard que prévu ! J'ai eu pas mal de boulot ! Et j'en aurais encore beaucoup prochainement !

Qu'avez-vous pensé du chapitre ? Est-ce qu'il vous a plu ?

N'hésitez pas à me le faire savoir s'il y a des fautes, bien que ce soit ma marque de fabrique, j'aimerais autant qu'il n'y en ait pas mdrrrr sah quel paradoxe XD

Prenez soin de vous !

Bye !