Encore une nouvelle journée. Une journée de plus pour Laura Marconi. Une journée de plus qui permettait à son sentiment d'inutilité de grandir un peu plus.
Le petit déjeuné avait été servi deux heures auparavant, dans un calme funéraire. Sydney Turner gribouillait sur son carnet et visiblement, il n'était pas d'humeur à faire autre chose que ça. Larson se contentait de lire son journal, ignorant le regard insistant que lui lançait sa coéquipière.
Laura savait que Nicky n'était pas à l'appartement dans la nuit d'hier à aujourd'hui. Au début, elle était déterminée à lui en toucher deux mots et à lui dire ô combien il était inconscient d'aller s'amuser dans un cabaret tandis que Sodjo Allen était en perpétuel danger de mort.
Seulement, lorsqu'elle s'était trouvé face à lui, le jour levé, le brun n'avait pas la gueule de bois et n'empestait pas non plus l'alcool. La rouquine aimait penser que Nicky lui dirait de lui-même ce qui n'allait pas car, elle le savait, quelque chose tracassait le détective privé. Néanmoins, au fond d'elle, elle savait qu'il ne lui dirait rien. Nicky était bien trop secret.
Sodjo, quant à elle, avait encore une fois sauté le repas. Elle les avait simplement salué chaleureusement avant de prendre une tasse de café et s'éclipser dans sa chambre.
Encore.
La rouquine avait remarqué que l'avocate Allen passait ses journées à travailler et désormais, elle avait l'intime conviction qu'elle y passait également une partie de ses nuits ! Laura commençait sérieusement à s'inquiéter de la santé de la brunette à lunettes. Allait-elle tenir le coup ?
Alors qu'elle faisait les cent pas dans le salon, elle stoppait sa longue marche et grognait bruyamment.
« Mais qu'est-ce qui t'arrive encore ?, demandait Nicky.
— Sodjo n'a pas mangé de vrai repas depuis plus de vingt-quatre heures !
— Oui et bien, elle mangera quand elle aura faim.
— Elle ne se donne pas le temps de manger, c'est tout !
— Tu comptes la forcer à se nourrir ?, disait-il un sourire au coin de la lèvre. J'aimerais bien voir ça.
— Ça ne me fait pas rire du tout ! Tu ne te soucies pas de sa santé ?, poursuivait la rousse avec agacement. Oh et puis, où étais-tu hier soir ? Je sais que tu n'étais pas à l'appartement ! Imagine s'il s'était passé quelque chose ?! Ça t'aurait fait une belle jambe tient ! »
Laura croisait les bras alors qu'elle faisait la moue. Nicky se doutait que son équipière allait finir par lui poser cette question et il redoutait ce moment depuis qu'il était rentré. Il réussissait tout de même à garder son visage impassible alors qu'il baissait légèrement le journal qu'il avait en main, jetant un coup d'œil furtif à la rousse.
« Je suis aller rendre visite à Mammouth.
— Mammouth ?, répétait Laura en lavant un sourcil. Mais pour quoi faire ?
— Ai-je vraiment un besoin d'un motif pour rendre visite à un ami ?
— Eh bien... quand la visite a lieu à 23h00... Je suppose que oui ? Et puis-
— Écoute Laura, je voulais juste lui parler... Rien d'important, ne t'en fait pas, coupait-il. Et, si tu t'inquiètes pour Sodjo, tu n'as qu'à lui apporter quelque chose à manger. C'est vrai qu'elle a un caractère fort qui nous laisse penser qu'elle se croit au-dessus de tout le monde mais elle t'a en haute estime. Si c'est toi, sans doute qu'elle mangera.
— Tu crois ?!
— Mais oui, chantonnait Nicky.
— Alors je vais lui cuisiner quelque chose ! »
Le visage de la rousse s'était tellement éclairé que Nicky avait eu du mal à garder ses deux yeux ouverts.
À peine avait-elle fini sa phrase qu'elle s'était éclipsée dans la cuisine. La jeune Marconi ne semblait même pas s'être rendu compte que son coéquipier avait changé de sujet.
Larson souriait et soufflait de soulagement. Il n'avait pas envie de mentir à sa partenaire mais il n'avait pas non plus envie de lui dire qu'il avait eu des flashs d'une vie passée. Des brides de souvenirs d'une vie qu'il avait dû mener trente ans auparavant.
Tout cela semblait encore tiré par les cheveux et il savait que s'il en discutait avec Laura, elle ferait n'importe quoi pour mettre la main sur cette fameuse femme aux cheveux couleur albe. Et, le détective n'était pas certain de vouloir en savoir plus car il chérissait déjà sa vie actuelle et il ne voulait pas risquer de tout perdre en se lançant dans une quête qui pourrait lui faire perdre la tête.
Laura cuisinait en vitesse. Une odeur bonne s'éparpillait dans tout l'appartement. Elle mettait le délicieux repas sur un plateau et ajoutait également une petite carafe d'eau ainsi qu'un verre qui n'attendait qu'à être remplit. Elle se dirigeait à toute hâte jusqu'à la chambre de l'avocate et donnait des coups de coudes sur la porte qui s'ouvrait quelques secondes plus tard.
La mine de Sodjo Allen était incroyablement sérieuse, sans doute que Laura l'avait interrompu alors alors qu'elle était dans une profonde réflexion. L'avocate portait ses lunettes rondes mais il était clairement possible d'apercevoir des cernes parfaitement creusé sous ses yeux.
« Laura, quelle agréable surprise !, disait Sodjo dans un sourire. Je pensais que c'était Sydney. Il n'arrête pas de faire des allers et retours entre sa chambre et la mienne. C'est un grand bavard et bien que cela puisse être amusant parfois, aujourd'hui je trouve ça plus qu'agaçant.
— Vous travaillez beaucoup..., murmurait la rouquine avant de reprendre d'un ton plus audible. Hum... Je me disais que vous pourriez prendre une pause ? Pour manger et dormir un peu.
— Merci mais-
— Je vous ai fait des brochettes de viande, coupait Laura. Il y a aussi du riz, hum... une sauce au curry : elle est très bonne ! Et, il y a aussi des légumes grillés... des tomates aussi ! Vous m'aviez dit que vous adoriez les tomates alors je me suis dit que... ça vous ferait plaisir... »
L'avocate Allen ravalait les mots qu'elle était sur le point de dire. Elle voulait dire à la rouquine qu'elle n'avait pas faim et qu'elle pouvait s'en aller. Mais elle ne pouvait se résoudre à lui dire de tel mot lorsqu'elle voyait Laura lui sourire gentiment, les joues rouges de pavot. Elle détendait ses sourcils et se caressait les joues avant de se décaler permettant à Laura de voir l'intérieur de sa chambre.
« C'est gentil, merci Laura, déclarait la brune d'un ton doux. Vous entrez ? »
Le sourire de la jeune Marconi s'élargissait un peu plus alors qu'elle acceptait l'invitation de Sodjo Allen. Contrairement aux pensées de la rouquine, la pièce ne sentait pas le renfermé. En fait, elle était remplie d'un doux parfum, poudré et léger.
L'avocate refermait la porte et fixait son regard sur Laura qui venait de poser le plateau-repas sur la table. Sodjo la rejoignait et faisait un peu plus de place sur la table en ressemblant les feuilles qui étaient éparpillées dans tous les sens. Ensuite, la rousse positionnait le plateau au milieu du meuble et tirait la chaise. Elle regardait la brune en inclinant la tête lui faisant comprendre qu'elle devait s'asseoir et manger.
Allen souriait de plus bel et rajustait ses lunettes qui semblaient prêtes à glisser de son nez. Elle s'asseyait et commençait à manger sous les yeux éclairés de la rouquine qui décidait de quitter la pièce, ne voulant pas plus déranger la femme. La brune remerciait Laura et regardait la porte de sa chambre se refermer. Elle continuait à manger jusqu'à ce que son assiette se soit complètement vidée.
Encore une fois le repas, que Laura avait fait, était délicieux et la brunette se sentait un peu coupable de ne pas s'être donné la peine de manger ces deux derniers jours. Elle espérait ne pas avoir offensé Laura.
Alors que Sodjo finissait de manger, elle s'était mise à fixer l'horloge accrochée au mur. Soudain, son téléphone vibrait. Elle le prenait entre ses mains et constatait qu'elle venait de recevoir un message. Le contact n'avait pas de nom, mais Sodjo Allen comprenait qui était l'expéditeur alors elle répondit par un simple : « Parfait. Je compte sur vous ».
Parfait. Tout se passe comme prévu, pensait l'avocate avant de souffler de soulagement.
En effet, elle s'était réveillée légèrement inquiète ce matin. La veille, elle avait chargé Hélène de se rendre à l'aéroport dans le but de rencontrer un membre de son équipe prénommé Chuck.
Et tout s'était passé sans encombre.
oOoOo
Plus tôt dans la mâtiné, Hélène s'était rendu à l'aéroport. Lorsqu'elle était parvenu jusqu'à l'aéroport, elle se mettait à chercher le numéro du vol qui correspondait à son billet. Son avion ne décollait que dans une heure ce qui voulait dire qu'elle avait encore un peu de temps devant elle.
Ses yeux balayaient l'aéroport, elle espérait voir un homme débouler de nulle part et se présenter à elle comme étant ''Chuck''. Peut-être même que cette personne était en réalité une femme, car en vérité, Sodjo Allen n'avait, encore une fois, été que très évasive à ce sujet.
Le lieutenant qui commençait à en avoir assez de rester debout décidait d'aller s'asseoir. Seulement, elle se faisait arrêter dans sa course par une femme qui lui souriait chaleureusement. L'inconnue se dirigeait dans sa direction dans une marche irrégulière.
« Salut ! Comment vas-tu ?! Ça fait si longtemps. »
Les yeux d'Hélène s'écarquillaient d'étonnement. Elle ne connaissait absolument pas cette femme à la chevelure dorée et alors qu'elle s'apprêtait à lui dire qu'elle s'était sans doute trompé de personne, la femme l'enlaçait.
« Je pense que vous vous trompez de-, tentait l'officier, mal à l'aise d'être dans une telle situation.
— Hélène Lamberti, avait coupé l'autre femme. Non, je ne trompe pas de personne. Rendez-moi mon étreinte, voulez-vous ? Soyons un minimum crédible. »
La jeune femme avait parlé à voix basse. Hélène n'était pas certaine de prendre la bonne décision mais elle s'exécutait et rendait l'étreinte.
« Êtes-vous Chuck ?, chuchotait l'officier.
— Absolument pas. »
La femme s'écartait d'Hélène, laissant tout de même ses mains sur les épaules de cette dernière. Les deux femmes se souriaient faussement et tendrement. La bleutée aussi avait une bonne capacité d'adaptation et savait parfaitement jouer la comédie.
« Et si tu m'accompagnais aux toilettes, j'aimerais me remaquiller ! Je viens de passer cinq heures dans un avion, je suis épuisée.
— Mais volontiers ! Tu pourras me parler de ce que tu as fait ces derniers temps !
— Avec plaisir ! »
Les lèvres des deux femmes s'élargissaient un peu plus, elles s'étaient même mise à rire alors qu'elles se rendaient aux toilettes de l'aéroport.
Par chance, lorsqu'elles arrivaient, les toilettes étaient complètement vides. Le sourire de l'inconnue s'effaçait et elle traînait le lieutenant de police jusqu'à une cabine. Puis après avoir refermé derrière elle, elle tournait rapidement son visage vers Hélène qui reculait d'un pas face à ce geste un peu trop brusque.
« Ne vous inquiétez pas. Je suis Gwendolyn Lee, mais appelez-moi Gwen, le médecin personnel de Sodjo Allen mais également son amie. Je sais qu'elle vous a contacté. Nous n'avons pas le temps de faire la causette. Donc enlever vos vêtements et donnez les mois, nous allons échanger de tenue. »
Un médecin ? Ben voyons, songeait le lieutenant Lamberti.
Ladite Gwendolyn avait prononcé ces mots tout en retirant ses vêtements en vitesse. Après une dizaine de secondes à observer la scène qui se déroulait devant elle, Hélène commençait à retirer ses affaires. Puis après s'être échanger leurs habits, Gwen sortait deux perruques de son sac : l'une était blonde pareil à ses cheveux alors que l'autre ressemblait à si m'éprendre à la chevelure d'Hélène.
Le docteur Lee tendait la perruque blonde à l'agent de police qui la saisissait puis posait la perruque bleu nuit sur le haut de sa tête. Lamberti répétait les mouvements de Lee. À bien y regarder, Gwen et Hélène avaient toutes les deux la même corpulence ainsi que la même taille. Elle n'était pas idiote, elle comprenait ce qui se passait mais elle souhaitait tout de même savoir pourquoi fallait-il qu'elles échangent leur ''rôle''.
« Pourquoi faisons-nous cela ?
— Yamaguchi a un œil rivé sur la police japonaise. Il est vrai que vous le surveillez mais lui aussi vous surveille, il a des sbires partout. Et vous, Hélène Lamberti, êtes tout de même un lieutenant de police assez renommé. Donc, on évite de prendre des risques...
— Je ne saisis pas tout mais d'accord. Enfin... Je ne pars pas à Paris ?
— Je n'ai pas le temps de tout vous expliquer, madame Lamberti. »
Gwendolyn se redressait et prenait le sac d'Hélène entre ses mains alors qu'elle l'invitait à prendre le sien. Gwen souriait à Hélène puis elle rouvrait la porte de la cabine de toilette et en sortait, l'officier marchant sur ses pas.
Elles arrivaient toutes deux dans le hall de l'aéroport.
« Les passagers du vol AF4516 sont priés de se rendre à la porte d'embarquement... Will the passengers of flight number AF4516 please go to the loading gate...
— Ah, c'est là que nous nous quittons Hélène.
— Je suppose, oui ? »
Le regard d'Hélène Lamberti était plein d'étonnement. Tout c'était passé très vite. Ce matin, elle s'était habillé d'une robe qu'elle avait dans son placard et voilà que maintenant, elle portait un jean noir, une chemise à blanche, un manteau vert foncé et une paire de bottes plates. La perruque blonde qu'elle avait était recouverte d'un béret blanc et des lunettes de soleil cachait ses yeux.
Gwen respirait bruyamment ce qui soustrayait le lieutenant de ses pensées. Elle lui saisissait amicalement la main et hochait gentiment la tête avant de s'en aller.
La policière regardait Gwendolyn Lee s'éloigner un peu plus d'elle a chaque instant. Mais une réflexion lui venait à l'esprit.
Que devait-elle faire désormais ?
La bleutée tendait son bras vers levant, voulant interpeller Gwen de nouveau mais sa main était saisie par un homme de grande taille à l'allure élégante qui tirait une valise à sa suite. La casquette qu'il portait ne cachait pas tout à fait ses yeux et sa peau mate ne faisait qu'accentuer le marron vert de son regard perçant et étincelant.
« Chérie ! Où étais-tu ? Je t'ai cherchée partout ! »
Hélène sursautait. Décidément, sa matinée était remplie de surprise.
« Vous êtes ?, demandait-elle à voix basse.
— Chuck. Enchanté. »
À peine avait-il répondu à la question de l'officier que Chuck entamait une marche et Hélène, dont la main était fermement saisie par ce dernier, n'avait nulle autre choix que de le suivre.
Le lieutenant se rendait compte que s'ils poursuivaient ainsi, ils finiraient par sortir de l'aéroport.
« Nous ne prenons pas l'avion ?
— Je n'ai pas dit ça. »
Chuck et le lieutenant Lamberti quittaient l'aéroport et un taxi était visiblement en train de les attendre. L'homme mettait la valise dans le coffre de la voiture puis il venait ouvrir la porte arrière et invitait, d'un geste de la main, Hélène à venir s'installer à l'intérieur.
« Eh bien, où allons-nous ?, demandait Hélène en fixant croisant les bras.
— Vous le verrez bien. Rentrez s'il vous plaît.
— Dites-moi d'abord où nous allons.
— Non. Rentrez maintenant, on perd du temps.
— Hum... »
Hélène se courbait et prenait place sur le siège du taxi avant que Chuck ne vienne s'asseoir près d'elle. Quand le claquement de la portière se faisait entendre le chauffeur démarrait le véhicule.
« C'est bizarre, je ne suis pas rassuré d'être assise dans la même voiture que vous... Mais peut-être que je le serais un peu plus si vous me disiez votre véritable identité ? À moins que ''Chuck'' soit votre véritable prénom auquel cas, je suis navrée pour vous.
— Alors vous dites que connaître ma véritable identité vous rassurerait sans doute ?, disait l'homme.
— Peut-être, oui.
— Peut-être, en effet..., ricanait-il. Ou peut-être pas.
— Ou alors, vous pouvez me dire votre nom de famille... ?, tentait la bleutée.
— En effet, je peux. Mais je ne le ferais pas.
— Quoi, vous n'avez pas de nom de famille ?
— On a tous un nom de famille mais pour vous, ce sera Chuck.
— Juste Chuck ?
— Juste Chuck.
— Donc vous ne comptez rien me dire.
— En effet, répondait Chuck en inclinant la tête dans la direction de la femme assise près de lui. Vous posez beaucoup de questions. »
Lamberti fronçait les sourcils à la réponse indifférente de Chuck et les mots suivants de la jeune femme sortaient à travers des dents serrées.
« Et vous, vous êtes louche. »
Chuck redressait un peu sa posture car il était avachi sur son siège. Alors qu'il croisait ses jambes, son regard se fixait sur le paysage qu'il voyait défiler sous ses yeux à travers la vitre. Un rictus amusé prenait place sur ses lèvres. Il comprenait pourquoi Sodjo Allen avait choisi de faire entièrement confiance à Hélène Lamberti.
Cette femme avait un sacré caractère. Il l'aimait bien, elle était intéressante. Après avoir passé trente minutes à rouler, le taxi venait de s'arrêter devant une vaste plaine. Il s'y trouvait un énorme entrepôt ainsi qu'une grande allée qui semblait être une piste d'atterrissage.
Chuck sortait en premier de la voiture. Les sourcils d'Hélène continuaient de se creuser un peu plus alors que le son de la portière se claquant le faisait sursauter. Elle suivait l'homme du regard et le voyait arriver devant la portière qui était de son côté. Il ouvrait cette dernière et invitait Hélène d'une main tendue à sortir du véhicule.
« Madame..., disait Chuck en sourire au coin de la lèvre. »
Hélène Lamberti dévisageait Chuck du regard puis soufflait d'exaspération. Elle sortit de la voiture en réajustant son sac à main sur ses épaules. Les gestes successifs du lieutenant faisaient reculer Chuck d'un pas.
« Merci mais je peux sortir de la voiture toute seule.
— Oh, vraiment ? J'ai eu comme l'impression que vous ne saviez pas quoi faire. »
La bleutée ne répondait rien à la provocation de subordonné de Sodjo Allen. Elle s'était contenté de lui sourire faussement en plissant les yeux. Ensuite, elle tournait légèrement sur elle-même et claquait ses mains contre ses cuisses.
« Qu'est-ce qu'on fait là ?, soufflait-elle.
— Sodjo ne vous a rien dit ?, questionnait Chuck en ouvrant le coffre de la voiture pour y récupérer la valise qu'il y avait mise plus tôt.
— Elle m'a dit que je devais aller à Paris mais je me suis fait extorquer mon billet d'avion par une inconnue.
— Elle vous a dit que vous alliez à Paris ?, s'étonnait-il en détournant son regard du coffre pour regarder le lieutenant du coin de l'œil.
— Eh bien, elle m'a dit que j'allais prendre l'avion donc j'en ai conclu que... On ne va pas à Paris ?, demandait Hélène en remuant la tête d'incompréhension.
— Non madame, souriait Chuck. Mais rassurez-vous, notre impératrice ne vous a pas menti. Nous prenons l'avion.
— Et, je n'ai toujours pas le droit de savoir où est-ce que nous allons ?, soufflait-elle.
— Si. »
Chuck répondait en suivant du regard le taxi qui s'éloignait désormais d'eux. Les sourcils d'Hélène faisaient des bonds alors qu'elle remarquait le regard de l'homme se détournait d'elle pour se poser sur le véhicule.
« Vous... vous ne vouliez rien me dire à cause du chauffeur de taxi ?, balbutiait la femme.
— Les murs ont des oreilles, disait Chuck en mettant brusquement son visage devant celui d'Hélène qui ne pouvait s'empêcher d'écarquiller les yeux de surprise.
— Alors où-
— Nous partons à Ha-shima, l'interrompait Chuck avant de commencer à marcher en direction de l'entrepôt.
— Ha-shima ?, répétait Hélène en courant derrière Chuck qui marchait à grandes enjambées. L'île fantômes, vous voulez dire ?
— Celle-là même.
— Mais, qu'est-ce qu'on va faire là-bas ? Cette île est déserte justement, c'est pour cela qu'on l'appelle l'île fantôme.
— Autrefois, cette île était le plus grand espoir du Japon. La population de l'époque pensait que l'île avait d'excellente capacité. Elle y croyait tellement que Ha-shima est rapidement devenu l'un des lieux les plus peuplés du monde. Mais-
— Mais !, coupait Hélène. La baisse de l'activité minière provoque le départ des derniers habitants en 1974, qui abandonnent l'île et ses infrastructures aux intempéries. Et aujourd'hui, elle est devenue une île abandonnée, complément détruite mais reste un patrimoine mondial. Je connais l'histoire de mon pays, merci !
— Ne vous vexez pas, ricanait Chuck. Enfin bon, c'est en effet là-bas que nous partons.
— Mais comment voulez-vous avoir accès à cette île ? L'État Japonais surveille ses alentours...
— Ne sous-estimez pas les moyens de Sodjo Allen, madame Lamberti... ni les gens qui l'entourent.
— Quoi ? Vous allez me dire qu'elle a des supers hackers capables de détourner le système japonais ?
— Je n'aurais pas trouvé de termes plus appropriés.
— Vous vous fichez de m- Aïe ! Mais ne vous arrêtez pas brusquement, qu'est-ce qui ne... Wow. »
Hélène se frottait légèrement le nez car ce dernier était douloureux. Elle venait de se prendre le dos de Chuck en pleine figure mais alors qu'elle s'apprêtait à se plaindre, elle se ravisait. Sa bouche prenait la forme d'un « O » alors que son regard s'était posé sur l'avion qui était devant eux.
« Oh, et avant que vous ne dites quoi que ce soit !, faisait Chuck. Ne vous en faites pas, ce jet privé n'est pas détectable par n'importe quel radar.
— Impressionnant...
— À qui le dites-vous ?, intervenait une voix. »
Le visage d'Hélène se levait vers l'homme qui venait de sortir de l'avion. Il se tenait tout en haut de l'escalier d'embarquement. C'était un homme de type caucasien et de taille moyenne. Ses cheveux étaient rasés, un air endormi sur le visage ainsi qu'une cigarette allumée entre ses lèvres.
« Alors Paul, pas trop fatigué ?, questionnait Chuck.
— Ça va, merci. Mais, vous comptez rester planter devant l'avion où on va pouvoir y allez ?
— Non, ne t'inquiète pas pour ça, souriait Chuck.
— Qui est-ce ?, chuchotait Hélène.
— Notre pilote. »
À l'entente de ces deux mots, Hélène défigurait Chuck du regard. Elle avait échangé ses vêtements avec une inconnue, était monté dans un taxi avec un inconnu et maintenant on lui demandait de rentrer dans un avion qui serait aux commandes d'un homme qui lui était lui aussi complètement inconnu. Elle n'était absolument pas sereine.
« Ça ne va pas ou quoi ? Je ne monte pas dans cet avion moi !, murmurait-elle. Cet homme n'a pas du tout l'air d'un pilote d'avion. Il est bien trop décontracté !
— Et pourtant, il l'est. Arrêtez de faire votre trouillarde, ça ne vous va pas du tout, soufflait Chuck en chuchotant. Allez-y, montez... et donnez-moi ça. »
Chuck prenait le sac des mains de madame Lamberti qui n'essayait même pas de l'en empêcher. Ce n'était pas son sac après tout. Il agitait la main détenant le sac devant le lieutenant, l'incitant à entrer dans l'avion.
L'officier de police commençait donc à monter une à une les marches du jet privé jusqu'à arriver devant le fameux Paul qui apportait le verre qu'il avait en main jusqu'à sa bouche, sa cigarette coincée entre l'index et le majeur de cette même main.
« Moi c'est Paul, disait le pilote en tendant sa main.
— Enchanté, répondait Hélène en lui saisissant la main. Quant à moi, je suis-
— Hélène, coupait Paul en hochant la tête. Je suis courant.
— Non mais ce n'est pas possible !, soupirait Hélène d'exaspération. Toutes les personnes que je croise et qui me sont inconnues me connaissent.
— Bah, c'est Sodjo qui-
— D'accord, d'accord, interrompait l'officier en secouant sa main dans les airs.
— Vous voulez un peu de café ?
— Non merci. Et puis..., faisait avec hésitation le lieutenant, j'ai l'impression que vous en avez plus besoin que moi.
— Ça c'est vous qui le dites, poursuivait Paul. Je suis déjà à mon sixième café de la journée.
— De la matinée, rectifiait Hélène. Il n'est même pas dix heures.
— C'est pour éviter de m'endormir, disait-il. On ne voudrait pas faire d'accident alors que nous sommes dans les airs.
— Non en effet... Vous êtes sûr que vous êtes en capacité de conduire ?, questionnait la femme en inclinant son visage qui trahissait d'un manque de sérénité assez étroit.
— Ne vous en faites pas pour ça, rassurait Chuck. C'est un pilote d'exception.
— Oui mais... Bon, très bien, capitulait Hélène en souriant à Paul. »
Paul s'était mis à longer dans le couloir du jet privé et Hélène ainsi que Chuck marchaient à sa suite. C'était un petit avion, spacieux avec pas moins de huit sièges à son bord. Chuck déposait le sac de lieutenant de police sur un siège et invitait cette dernière à s'y asseoir. Puis, il mettait la valise dans un placard avant de refermer ce dernier.
Hélène s'asseyait sur son siège et déposait son sac sur le côté. Elle regardait Chuck s'enfoncer au fond de l'avion, elle ne savait pas ce qu'il faisait mais elle souhaitait le découvrir. Et que contenait la valise qu'il avait trimbalé depuis l'aéroport ? Alors qu'elle s'apprêtait à aller jeter un coup d'œil dans le placard, elle se faisait interpeler par Paul.
« Vous ne devriez pas faire ça, Hélène.
— Qu'est-ce qu'il y a dans la valise ?
— Si Curtis ne vous a rien dit c'est sans doute pour une bonne raison.
— Curtis ?, répétait Hélène en sourcil relever.
— Oui, enfin... Chuck, si vous préférez. Mais c'est vrai que son prénom n'est pas commun. »
Alors c'est son véritable prénom, se disait Hélène narquoisement.
« Mais bien sûr, confirmait innocemment l'officier. Donc, vous êtes un camarade de Curtis... Enfin de... Ah, son nom de famille m'échappe toujours ! »
Hélène avait grimacé et claquant des doigts, comme si elle cherchait des informations dans sa mémoire.
Puis, alors que Paul s'apprêtait à décliner, avec une innocence déconcertante, il se faisait couper par Chuck qui venait de revenir et qui se tenait actuellement juste derrière Hélène.
« Paul !
— Quoi ?, répondait-il en baillant.
— Retourne donc à la cabine, qu'on puisse décoller.
— Bah... Heu... Oui, ouais. Très bien, disait-il d'un ton lasse. J'y vais tout de suite. »
Paul avait détalé comme un lapin. Le ton de Chuck semblait pouvoir glacer tout un pays et cela faisait rire silencieusement Hélène qui commençait à frotter ses mains l'une contre l'autre. C'était un jour ensoleillé mais le vent était frais et refroidissait le lieutenant qui avait déjà répété plusieurs fois ce geste.
Chuck soufflait fortement en refermant le placard qu'Hélène avait ouvert avant de se faire appréhender par le pilote d'avion. Puis, après avoir claqué la porte de l'armoire, il lançait un regard ténébreux à la jeune femme en face de lui.
« Satisfaite ?
— Pas tout à fait... Curtis.
— Paul parle toujours trop, disait-il dans un grincement de dents. C'est un trait de caractère qui m'exaspère au plus haut point.
— Mais dites-moi, j'aimerais bien savoir ce que vous avez à cacher ?
— Au risque de me répéter, vous êtes bien trop curieuse.
— Au risque de me répéter, je ne vous fais pas confiance.
— Vous avez un jolie minois madame Lamberti mais il ne vous protégera pas de moi.
— C'est une menace ?
— Peut-être que oui, peut-être que non.
— J'en ai l'impression pourtant. Mais, pas de chance, Curtis, je n'ai pas peur de vous.
— Eh bien, vous devriez ! Parce que vous n'avez aucune idée de ce don je suis capable ! »
Les paroles de Chuck avaient résonné tel le rugissement d'un lion et Hélène s'était vu faire un pas en arrière en remmenant l'une de ses mains au niveau de son ventre. Choquée, elle avait perçu dans le regard de Chuck un éclat meurtrier et sanguinaire qui l'avait effrayée une fraction de seconde.
Chuck venait de se rendre compte qu'il s'était quelque peu emporté. Il remua vivement la tête en clignant des yeux mainte et mainte fois.
« Je- Désolé, bégayait-il. Je ne sais pas ce qui m'a pris.
— Bien... Mais que-, tentait-elle avant de se faire interrompre.
— Ça n'arrivera plus, faisait-il d'un ton calme. »
Hélène choisissait de ne pas renchérir et se rasseyait à sa place. Chuck quand à lui, se dirigeait vers les toilettes de l'avion. Alors qu'il était en face du miroir de la cabine, il tentait de reprendre le contrôle de ses émotions. Avec tout ce qui se passait depuis ces deux derniers mois, ledit Curtis avait de plus en plus de mal à garder son calme.
Chuck était inquiet pour Sodjo et la savoir sous la protection d'un autre que lui instaurait au fond de son cœur un sentiment d'insécurité. Il était en proie au stress et cela réveillait en lui tous les démons dont Sodjo avait réussi à l'écarter. Car en effet, l'homme baignait autrefois dans un nuage obscur et mauvais, sous le contrôle d'un état tout aussi douteux.
L'homme ténébreux était un ancien agent secret hautement qualifié et bien que son aspect aux traits distingués puisse laisser croire le contraire, c'était également une personne très endommagée. Après des heures sombres et compliquées, il s'était fait prendre sous l'aile de la grande Sodjo Allen qui lui offrait un travail et par la même occasion, un nouveau but.
Chuck était très fidèle et ferait n'importe quoi pour son amie. C'était un espion chevronné et un hacker magistral avec une tendance vouée aux mesures extrêmes, parfois trop extrême bien qu'il essayait sans cesse très bon et honnête, évitant à la femme qui avait cru en lui d'être dessus.
Il avait juré son allégeance à Sodjo Allen et irait très loin pour la protéger, elle ou ses autres collègues. C'était pour cette raison qu'il n'hésitait pas à se servir de ses nombreux contacts pour effectuer des missions, parfois illégales pour aider tous ceux qui lui étaient chers.
Parfois, Chuck repensait à la situation et se disait que si tout cela ne tenait qu'à, il aurait déjà réglé le compte d'Akira Yamaguchi et de tous ses sbires.
Seulement, l'avocate Sodjo Allen était une femme qui avait l'idée du meurtre en horreur et elle lui avait interdit de commettre de tels actes. Elle disait qu'il fallait résoudre cette affaire dans les règles, en respectant la loi car elle savait qu'Akira était un homme qui terrifiait un grand nombre de personnes.
Il était quelqu'un de dangereux. Un homme à la tête d'un réseau illégal et immense. Un homme pointilleux qui faisait ses méfaits en douces et se faisant passer pour un gentil petit entrepreneur. Les rumeurs sur lui et son cartel remontaient à des années mais rien n'avait pas être prouvé pour l'instant. Il était en effet une personne très pointilleuse.
Le mettre derrière les barreaux donnerait de l'espoir aux gens car si même le parrain de la drogue japonais ne pouvait pas échapper aux barreaux d'une prison, d'autres ne le pourraient pas non plus.
Tu peux être d'une naïveté peu commune, Sodjo, songeait Chuck.
Alors qu'il sentait les turboréacteurs de l'avion vibrer sous ses pieds, il sortait un téléphone de sa poche et envoyait un message au son associé : « Elle est avec moi. On décolle ».
Sodjo Allen ne tardait d'ailleurs pas à lui répondre : « Parfait. Je compte sur vous. ».
Chuck soufflait de soulagement car au moins il savait qu'en cet instant, la brune était en sécurité et c'était tout ce qui lui importait.
Des coups donnés à la porte attiraient l'attention de Chuck.
« Chuck ?, disait la voix féminine de l'autre côté de la pièce. Tout va bien ?
— Je vais bien, rassurait l'homme. Merci, Hélène.
— Vous devriez venir vous asseoir... Je pense ne pas me tromper en disait que le décollage d'un avion est assez secouant. »
Chuck souriait avant de ranger le téléphone dans sa poche et d'ouvrir la porte de la cabine. Hélène qui était surprise de voir la porte s'ouvrir aussi rapidement inclinait la tête dans une légère incompréhension.
« Vous êtes sûr que vous allez bien ?
— Je suis désolé de m'être emporté tout à l'heure.
— Eh bien..., commençait-elle en croisant les jambes. Vous vous êtes déjà excusé et... je vous pardonne.
— Comme c'est aimable, disait-il dans un rictus. Sachez que je n'essayerais jamais de vous faire de mal.
— Ça vaudrait mieux pour vous parce que je suis toujours armée.
— Et, je suis persuadé que vous êtes un très bon sniper. Allez, venez vous rasseoir. Je me sentirais coupable si vous tombiez.
— Que... Pardon ?!, bafouillait le lieutenant de police en grimaçant. Je ne suis pas quelqu'un de maladroit ! »
Le trajet s'était passé plutôt silencieusement. Hélène en avait profité pour retirer la perruque blonde qu'elle avait sur la tête, cette dernière la démangeait atrocement. Le jet privé dans lequel ils se trouveraient avait réussi à parcourir près de neuf cent quatre-vingt-cinq kilomètres en moins d'une heure quarante.
Les deux passagers ainsi que le pilote étaient descendus de l'avion puis avaient marché pendant une dizaine de minutes avant d'arriver devant une grotte humide et sombre.
Chuck pénétrait à l'intérieur avec Paul marchant sur ses traces d'un pas las et fatigué. Quant à Hélène, elle le suivait d'un pas hésitant. Plus ils s'enfonçaient dans la grotte et plus l'air devenait glacial. Le bruit que faisaient les roulettes de la valise que tirait Chuck résonnait dans l'entre et donnait à l'instant présent des airs de film d'horreur.
Hélène Lamberti avait l'impression de tourner en rond, encore et encore. Elle avait l'impression que ni Chuck, ni Paul ne savaient où est-ce que le chemin qu'ils prenaient allait les mener mais elle se doutait qu'ils avaient tout de même une bonne idée de l'endroit où ils étaient.
Les questions fulminaient dans la tête de la jeune femme mais elle se contenait de les poser. Elle savait qu'elle allait bientôt avoir des réponses à toutes ses interrogations.
Leur marche se stoppait devant une grande porte blindée et semblant impénétrable à côté de laquelle se trouvait une sorte de boîtier. Chuck s'approchait du boîtier et en soulevait le couvercle qui laissait paraître des boutons. Il tapait une suite de chiffres successifs et interminables. Jamais Hélène n'avait vu un code aussi long.
Puis, alors que Chuck venait d'appuyer sur le dernier bouton, la porte s'ouvrait doucement dans un bruit de ballon se vidant de tout son air.
Ils passaient la porte qui se refermait derrière eux après que Paul ait appuyé sur un bouton se trouvant de l'autre côté de la porte.
« C'est. Quoi. Ce. Délire ?, articulait Hélène. »
La jeune aux cheveux violets parcourait des yeux la salle qui était en face d'elle. Des câbles un peu partout. Plusieurs machines dont un grand nombre d'ordinateurs dont Hélène ignorait l'utilité. Et ainsi que... quatre... cinq personnes qui lui étaient encore inconnues.
« Oh Chuck ! Te voilà enfin !, disait une femme en accourant vers l'interpellé. Tu as tout ce que je t'ai demandé ?
— Salut Carole. Oui je vais bien, si ça t'intéresse, répondait Chuck un poil vexé. Et oui, j'ai tout ce que tu voulais. C'est dans la valise.
— Parfait, donne-la-moi ! »
Carole arrachait la valise des mains de Chuck, l'excitation qui se lisait sur son visage amusait Paul qui riait silencieusement. Ce dernier avait d'ailleurs fini par s'asseoir et à peine avait-il posé ses fesses sur la chaise, qu'il s'était déjà endormi.
La femme s'arrêtait alors qu'elle venait de passer devant Hélène. Elle se retournait et faisait complètement face à cette dernière en souriant.
« Vous devez être Hélène ! Moi, c'est Carole ! Enchanté !
— Bonjour, Carole ?, dit Hélène.
— Allez venez, je vais vous présenter aux autres. »
Carole saisissait la main du lieutenant et l'entraînait jusqu'au milieu de la pièce.
« L'homme aux cheveux longs là-bas, c'est Dave, reprenait la jeune femme. C'est un excellent tireur d'élite et la femme assise près de lui, c'est Claudia, une bête de l'informatique tout comme moi. Celle qui boit son café, c'est Moon... évitez de lui faire des blagues, elle ne comprend pas le second degré. Elle est très forte pour mettre la main sur des données qu'une personne souhaite dissimuler... »
Chaque personne nommée levait sa main et Hélène rendait leur geste de bienvenue.
« ... et voici..., tentait de poursuivre Carole avant de se faire couper par le lieutenant.
— Le maire de Yokohama. Arata... Bertinelli ?
— Ancien maire, rectifiait Arata dans un sourire charmeur. Mais je suis flatté que vous me connaissiez.
— Évidemment qu'elle te connaît, intervenait Moon. Non franchement, pourquoi Sodjo voulait qu'il vienne ? Cet abrutit commence déjà à faire les yeux doux à notre invité.
— Et si tu allais te faire voir Moon ?, rétorquait Arata.
— Ben voyons, ricanait la provocatrice. Et, j'imagine que c'est toi qui vas m'y obliger ?
— Ça se pourrait, répondait l'ex-maire de Yokohama sur le même ton dédaigneux.
— Oh mais c'est qu'il pourrait mordre le matou, riait-elle de plus belle. Voudrais-tu un peu de lait avec ton soudain excès de courage ?
— Ça suffit !, grondait une voix. »
Chuck les avait coupé impitoyablement. Son visage était encore plus effrayant que lorsqu'il s'était emporté dans l'avion. Ces mots étaient tombés comme la lame d'une guillotine et Arata ainsi que Moon sentaient leur cou se refroidir à cette pensée car ils savaient tous les deux très bien que l'ancien agent secret n'était pas du genre à faire dans la dentelle.
« Ce n'est pas le moment de se disputer, on a quelqu'un à retrouver !, disait Chuck en s'avançant au milieu de la pièce alors qu'il m'était ses mains dans les poches de son pantalon.
— Kenzo Dojo..., murmurait Hélène.
— Celui-là même, confirmait Chuck. Il est dans la nature et on va le retrouver parce que peu importe ce qu'il manigance, soyez sûr que ça peut porter préjudice à Sodjo. Et, il est hors de question qu'il lui arrive quelque chose.
— Ne t'inquiète pas pour ça, faisait Dave. On va mettre la main dessus et je l'interrogerais moi-même, afin de savoir ce qu'il manigance.
— Vire-moi ce sourire idiot de ton visage, intervenait Claudia en jetant un torchon sale au visage du tireur d'élite. On n'a pas intérêt à avoir un cadavre sur les bras ou Sodjo ne sera pas du tout contente.
— Elle a raison, ajoutait Chuck. Sodjo se sentira coupable et elle souffre déjà bien assez à cause de la mort des témoins.
— Alors, par quoi on commence ?, demandait Hélène.
— On va déjà commencer par rendre cette grotte complètement invisible, disait Carole. »
Carole s'agenouillait et ouvrait la valise ainsi Hélène apercevait du matériel informatique. La hackeuse fouillait quelques instants, en sortant une à une les machine qui se trouvaient dans le bagage puis, elle attrapait une sorte de boîte mécanisée.
« Qu'est-ce que c'est ?, demandait Hélène.
— Ça, madame Lamberti, commençait Claudia en souriant presque méchamment, c'est ce qui va rendre folles toutes les personnes qui chercheront à mettre la main sur nous. Parce que vu ce que nous nous apprêtons à faire, croyez-moi quand je vous dis qu'il y en aura beaucoup.
— Comment ça ?, questionnait l'officier.
— On va devoir pirater je ne sais combien de structure, reprenait Chuck. Ça va de l'État Japonais à des micro-entreprises... et on ne voudrait pas que leurs propres informaticiens mettent la main sur nous. Il faut qu'on devienne intraçable... Combien de temps ça va les retenir ?
— Oh... Je ne sais pas..., ricanait Carole. Que dis-tu de ''toute une vie'' ?
— J'en dis que c'est parfait, répondait Chuck en riait.
— Alors va pour toute une vie.
— Mais, a-t-on réellement besoin de tout ça pour retrouver une personne ?, questionnait Hélène.
— On ne va pas seulement retrouver Kenzo Dojo, commençait Dave.
— Il faut également qu'on solidifie le dossier contre Akira, continuait Arata.
— Pour qu'il ne puisse plus nous échapper, finissait Chuck. Et... échec et mat.
— Je ferais de mon mieux pour vous aider, disait Hélène en hochant la tête.
— On espère bien. Allez, venez vous installer, faisait Chuck en levant son bras, posant sa main sur le dos du lieutenant. Oh, et avant que j'oublie : bienvenu chez les gladiateurs, Hélène Lamberti.
— Merci, souriait la femme. »
Le lieutenant s'avançait, s'enfonçant un peu plus dans pièce. Elle était hésitante et peu sûre d'elle car elle ne savait pas dans quoi Sodjo Allen l'avait embarqué. Mais, elle n'avait pas l'intention de faire machine arrière. Elle repensait aux paroles de l'avocate qui disaient que ce qui se passait les dépassait tous. Tout était vrai. Et, pour la première fois depuis longtemps, elle avait la certitude de faire quelque chose de vraiment utile.
Hélène ne pouvait qu'espérer que ce n'était pas une cause perdue. Et, puisque Sodjo Allen y croyait, elle supposait qu'elle devait y croire également...
Ainsi, en résumé et en omettant le Maître Allen, il y avait en tout sept gladiateurs.
Le dénommé Curtis, née Curtis Clore, dit Chuck, excellent stratège, tireur et nettoyeur, était un ancien agent de la CIA.
Venait ensuite les deux informaticiennes de renom : Carole Shore, la hackeuse reconvertie en maîtresse d'école et Claudia Harvis, une jeune américaine travaillant en tant que manager dans un magasin i-tech.
Dave Gibson, lui aussi d'origine américaine était un ancien marine. Après avoir un accident, il n'était plus en capacité de poursuivre son métier et c'était très vite retrouvé sans abri. Mais, Sodjo l'avait pris sous son aille et avait fait de lui un gladiateur.
Quant à Paul Maureau, c'était un français de nature très feignante mais l'avocate qui ne jugeait jamais un livre à sa couverture avait su déceler de potentiel du pilote. Et puisque personne n'était capable de reconnaître sa valeur, elle l'avait engagé en tant que son pilote personnel.
L'ancien maire de Kobe faisait partie de l'équipe de Sodjo Allen. Arata Bertinelli était un féroce politicien japonais, intelligent et polyvalent, qui avait lui aussi fait ses études à l'université de Yale aux États-Unis. Là-bas, il avait fait la connaissance de Sodjo Allen appelée à l'époque Sodjo Kaïtume. Ils étaient resté très proches et c'était d'ailleurs elle qui l'avait aidé dans sa campagne municipale.
Enfin, Moon Lim alias Shin Chang était une femme nord-coréenne. Elle avait travaillé dans les services spéciaux de son pays mais lorsqu'elle voulait tout arrêter, son gouvernement l'avait mise au pied du mur. Sodjo l'aidait à feinter sa mort et depuis, elle vivait aux États-Unis sous une nouvelle identité.
L'équipe de montée par Sodjo Allen était enfin au complet. C'était une équipe soudée et Sodjo n'échangerait aucun d'eux, même contre tout l'or du monde. À bien des reprises, ils lui avaient montré et démontré leur loyauté envers elle. C'était vrai. Tous étaient et resteraient éternellement du côté de Sodjo Allen.
Ils avaient tous mis leur vie en pause et avaient accouru lorsqu'ils avaient reçu le message de la chef des gladiateurs. Et, ils l'avaient fait parce qu'ils savaient que Sodjo en aurait fait de même pour eux.
