Trois jours étaient passés depuis qu'Hélène avait décollé pour l'île fantôme. Et après trois jours, l'équipe de Sodjo Allen n'avait toujours pas réussi à mettre la main sur Kenzo Dojo. Décidément, cet homme était très bien caché et cela agaçait l'avocate qui pensait réussir à le retrouver rapidement. Le temps filait à une vitesse folle et l'américaine savait que le jour de la vente aux enchères arriverait plus rapidement qu'elle ne voudrait l'accepter.
La femme était allongée sur son lit et fixait un point invisible sur le plafond. Elle avait les bras croisés et tapait sur son coude avec son index. La nuit était tombée depuis quelques heures déjà, en revanche la journée était loin d'être terminée car Sodjo venait juste de raccrocher avec une certaine personne et l'appel en question n'avait suscité d'aucune courtoisie.
Sodjo avait cessé de taper du doigt. Elle n'avait pas le temps de laisser son cœur se faire envahir par le stress car elle avait encore énormément de choses importantes à faire. Elle se levait donc rapidement de son lit et cherchait une tenue dans la penderie. Elle cherchait et cherchait encore et encore. Puis, lorsque les vêtements qu'elle avait entre les mains la satisfaisaient, elle redressait sa posture.
Quand elle était vêtue de ces habits qu'elle avait choisis, elle sortait de sa chambre sans un bruit.
Les lumières de l'appartement étaient toutes éteintes et tout était vraiment très calme ce qui laissait penser à la brune que tout le monde dormait.
Allen arrivait devant l'entrée de la porte et enfilait les mêmes cuissardes noires qu'elle avait à son arrivée. Elle avait évité de les mettre en sortant de sa chambre, le bruit des talons risquerait de réveiller quelqu'un. Mais quand elle abaissait la poignée de la porte...
« Sodjo ? »
Sodjo Allen n'avait pas entendu la jeune Marconi qui s'était approché d'elle en laissant échapper son prénom de ses lèvres. La brunette sentait un frisson couler le long de sa colonne vertébrale alors qu'elle se tournait vers la rousse.
« Laura, souriait nerveusement Allen. Vous ne dormez pas à ce que je vois.
— Non... mais... qu'est-ce que vous faites ?, avait bafouillé la rouquine, déboussolée. Vous allez quelque part ?
— Disons que j'ai quelques soucis à régler.
— Mais ça ne peut pas attendre le matin ?
— Non.
— D'accord, je vais réveiller Nicky. Immédiatement !
— Non, Laura ! Cela ne sera pas nécessaire, reprenait Sodjo avec vivacité. Écoutez, c'est dangereux. Croyez-moi. Cette fois, il vaut mieux que je règle ce léger problème moi-même.
— Mais où allez-vous ?
— Récupérer nos passes. Pour pouvoir rentrer à la vente aux enchères.
— Je pensais qu'on les recevait demain ?
— C'est ce que je pensais aussi, mais vous connaissez les mercenaires... on leur demande un petit service avec une bonne récompense à la clé et pourtant ils en veulent toujours plus.
— Des mercenaires ?! Je pensais que c'était ce fameux Chuck qui allait s'occuper de vous en procurer.
— Non, remuait l'avocate de la tête. Je ne lui ai pas demandé de s'occuper de ça.
— Mais qu'est-ce que vous attendez pour-
— Vous croyez que je ne l'aurais pas fait si je pouvais ?, coupait Sodjo d'un voix glaciale. Sérieusement Laura, pour qui me prenez-vous ? »
Sodjo avait lâché la poignée de la porte pour faire face à Laura. Elle gardait les yeux fermés pendant quelques secondes, son visage complètement figée par la frustration.
« Tout le monde..., reprenait-elle en rouvrant les yeux. Tout le monde est surmené par toute cette histoire. Certains s'occupent de mettre la main sur Dojo tandis que d'autres continuent de rassembler des preuves pour faire tomber Yamaguchi ! Et maintenant, il se trouve que la seule solution que j'ai trouvé pour nous faire rentrer à cette vente aux enchères est compromise. Or, si je ne rencontre pas moi-même Hizahomo Bokuto, je ne pourrais pas lui mettre de coup de pression et le forcer à témoigner. Alors vous vous doutez bien que je ne compte pas laisser filer cette occasion. Oh ça non.
— C'est-
— Fin de la discussion. »
Sodjo Allen avait parlé en haussant un peu plus le ton à chacune de ses phrases. Puis, après avoir articulé sa dernière réplique, elle était sorti de l'appartement. La rouquine avait vu dans les yeux de Sodjo qu'il n'y avait aucune issue pour une quelconque négociation.
Laura avait bien tenté de la retenir mais l'avocate était astucieuse et avait refermé la porte en n'oubliant pas de la fermer à clé. La rouquine ne savait pas où est-ce que Sodjo avait bien pu partir à une heure aussi tardive mais elle craignait qu'il ne lui arrive quelque chose de grave et palissait à cette pensée.
Marconi courait jusqu'à la chambre de Nicky dont elle ouvrait la porte avec fracas. Alors qu'elle s'attendait à voir ce dernier en train de dormir comme un loir, elle e retrouvait surprise à constater que ce n'était pas le cas.
« Nicky !, hurlait-elle. Sodjo est sorti pour... »
Laura s'arrêtait de parler lorsqu'elle remarquait que le détective était déjà bien réveillé. Il avait d'ailleurs entendu la conversation des deux femmes et avait préféré ne pas intervenir.
De la fenêtre de sa chambre, il avait pu observer la brune rentrer dans un taxi qui avait sans doute dû l'emmener on-ne-sait-où. Il semblait penser que si Sodjo Allen avait une idée en tête, il valait mieux la laisser aller jusqu'au bout plutôt que de l'arrêter en cours de route.
« Ne t'inquiète pas. Je vais aller la chercher, disait-il en mettant ses chaussures.
— Tu sais où est-ce qu'elle est parti ?
— Non, mais je le saurais bientôt.
— Mais comment est-ce que..., commençait Laura avant de souffler de soulagement. Tu as mis un traceur sur elle.
— Sur ses lunettes, oui.
— Ingénieux... Mais, comment as-tu su qu'elle essayerait de s'en aller ?
— Ça lui ressemble bien, ricanait le brun en nouant le lacet de sa seconde chaussure. Elle veut toujours tout contrôler alors un moment donné, ceux qui sont autour d'elle deviennent des obstacles. Donc, quand j'en ai eu l'occasion, j'ai mis en minuscule traceur sur ses lunettes.
— C'est vrai qu'elle ne sort jamais sans. Je me demande quel est son problème de vue ?, poursuivait la rousse en inclinant sa tête.
— Ah mais elle voit bien, elle a juste les yeux qui fatiguent... Bon, il faut que j'y aille. Je serais de retour bientôt.
— Je... peux peut-être t'accompagner ?
— Non. Reste, c'est mieux. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens de Sydney un peu agité ces derniers temps. Il prépare quelque chose. Surveille-le bien, d'accord ?
— D'accord.
— J'y vais, disait-il en se levant du lit. »
Laura avait hoché la tête et suivait Nicky du regard jusqu'à ce qu'il ne soit plus dans son champ de vision. Elle joignait ses mains et jouait nerveusement avec ses doigts. Elle ne pouvait pas empêcher son cœur de se serrer à la penser que son équipier allait encore une fois passer un instant seul et rempli de complicité avec Sodjo.
« Il faut vraiment que j'arrête avec ça, soupirait la rousse en sortant de la chambre de Nicky. »
Nicky conduisait en suivant le traceur GPS posé en face de lui. Il garait finalement sa mini Austin rouge devant un bar lugubre qui semblait complètement abandonné depuis très longtemps.
Le brun sortait de son véhicule et marchait à pas de loup jusqu'à la devanture du bâtiment. Il réussissait à rentrer sans un son et au fur et à mesure qu'il suivait le GPS, des voix parvenaient jusqu'à ses oreilles.
Finalement, il l'apercevait Sodjo Allen à quelques mètres de lui.
C'est une plaisanterie j'espère ?! Qu'est-ce qu'elles font là celles-ci ?!, pensait-il en grimaçant.
Sodjo Allen se tenait debout, face de trois ravissantes femmes qu'il savait ne pouvoir ni ignorer ni approcher car elles étaient connues pour ne faire aucun cadeau, à personne.
L'avocate avait en effet marchandé avec les trois sœurs Bones. La plus âgée s'appelait Isabelle, la cadette se nommait Olivia tandis que la benjamine portait le prénom de Catherine. Des prénoms doux et qui ne reflétaient absolument pas les femmes qu'elles étaient devenues : dotée d'une férocité et d'un manque de délicatesse particulier.
Ainsi, les quatre femmes discutaient et les sœurs Bones n'avaient visiblement pas l'air d'apprécier la présence de la brunette.
« T'es sourde ou quoi ? Pas d'argent, pas de passes ma cocotte, avait dit Catherine.
— Ma cocotte ?, répétait Sodjo en chatonnant. Eh bien, d'abord vous commencez à me tutoyer et maintenant on passe aux surnoms ? Comme c'est amusant, je ne pensais pas que nous étions devenu si intimes d'ailleurs, j'aime beaucoup vos chaussures.
— Oh la ferme !, rugissait Catherine.
— Ah excusez-moi, je pensais qu'on se complimentait, rétorquait l'avocate alors que ses lèvres s'élargissaient un peu pus à chaque instant.
— Oh arrête donc de sourire comme une idiote !, s'exclamait la cadette.
— Et que vas-tu faire si je continue, ''ma cocotte'' ?, poursuivait Sodjo en gardant son visage inchangé.
— Mon prénom c'est Olivia, grosse idiote.
— ''Grosse idiote'' ?, ricanait l'avocate. Quel manque cruel de vocabulaire, très chère.
— Bon, j'en ai marre, reprenait Catherine. »
Catherine sortait un revolver de la poche de son manteau et remmenait l'extrémité du canon jusqu'au front de l'avocate. Les battements du cœur de Sodjo Allen s'accéléraient mais aucune inquiétude ne se lisait sur le visage de la femme qui parvenait, encore une fois, à dissimuler ses émotions avec une perfection déconcertante.
« Soit tu paies, soit je te tire une balle en pleine tête, déclarait la benjamine.
— Et c'est moi qui suis sourde ?, questionnait Sodjo dans un énième battement de cils. Que je sache, mon associé a déjà transféré les trois cent mille dollars sur votre compte en banque.
— On avait dit deux cent mille par passe !, s'énervait Olivia.
— Non, vous aviez dit deux cents mille par passe, disait l'avocate en balayant les trois sœurs de son index. Je vous avais dit que je vous donnerais trois cent mille dollars, soit cent mille dollars par passe et il me semblait que nous nous étions mises d'accord.
— Tu auras tes documents quand on aura la deuxième moitié de l'argent, faisait Olivia avec agacement.
— Alors on ne va pas s'entendre, rétorquait Sodjo qui rajustait ses lunettes, parce que vous n'aurez rien de plus.
— Calme-toi Cath, intervenait Isabelle qui était resté assez silencieuse depuis le début de leur entrevue.
— Qu'est-ce que ça fait si on la tue maintenant, hein ?, dit Catherine en grinçant des dents. Elle m'agace !
— Eh bien vas-y, tire. Qu'est-ce que tu attends ? »
Après un court instant, Sodjo affichait une fausse mine déçue alors que la veine de la tempe de Catherine enflait gravement, menaçant presque d'exploser. Puis, la brune remuait la tête alors que son regard abusé se changeait en un regard rempli de dédain.
« Comme c'est décevant... Tu ne veux pas ?, reprenait Allen. Ou plutôt, tu ne peux pas. Parce que tu sais ô à quel point je suis dangereuse. Tu es effrayée... Non. Vous êtes toutes les trois effrayées.
— Nous n'avons pas peur de toi !, s'offusquait Olivia.
— Bien sûr que si !, contredisait Sodjo avec férocité. Vous êtes les trois petits cochons en face du grand méchant loup qui menace de souffler et souffler si fort qu'il pourrait faire s'effondrer votre maison. Eh bien dites-moi... à quelle sauce est-ce que je vais bien pouvoir vous dévorer ? »
Dans une telle situation, d'autres auraient eu le sang glacé par la peur mais pas Sodjo Allen. Elle avait un objectif à atteindre et elle devait ruser. Encore et toujours. Utilisé la ruse et le bluff pour s'en sortir. Et, elle savait très bien le faire.
Le Maître Allen souriait de toutes ses dents alors qu'elle venait d'envoyer valser la main qui arborait le pistolet qui était collé à son front. Elle faisait un pas en avant alors que Catherine reculait. L'américaine arborait une mine qui avait l'air un peu... Non. Très maléfique.
« Donnez-moi ce que vous me devez, ordonnait l'avocate, lentement et clairement afin de faire passer le message.
— On se détend, on se détend !, faisait l'aîné des sœurs. Voilà tes documents, pas besoins de commencer les menaces. »
Isabelle Bones mettait une enveloppe sous les yeux de l'avocate qui inspirait de satisfaction avant de saisir le paquet qu'elle ouvrait immédiatement après.
— Tout y est, continuait Isabelle. On s'est débrouillé pour te mettre sur la liste des invités... sous un faux nom évidemment. Tu pourras être accompagnée, comme tu l'avais souhaité.
— Eh bien vous voyez... quand vous voulez, souriait Sodjo en refermant l'enveloppe. En ce qui me concerne, j'en ai fini avec vous. »
L'avocate faisait demi-tour en fredonnant. Et avant de sortir de la pièce, elle disait une ultime réplique.
« Oh et avant que je n'oublie. Refaite moi un coup comme celui-là et je m'arrange pour vous faire tuer... toutes les trois. Et passez un coup de balais, cet endroit est si crasseux. »
La femme brune ne leur avait pas accordé un seul autre regard. Elle ne s'était pas retourné et cela avait agacé les trois femmes qui brûlaient d'envie de tuer l'avocate. Seulement, c'était une sorte de fantasme parce qu'elles n'en feraient jamais rien. Les Bones aimaient bien trop la vie et elles savaient qu'elles y perdraient des plumes si elles ne touchaient ne serait-ce qu'à un cheveu de Sodjo Allen.
Lorsque les poumons du maître Allen se remplissaient de l'air frais de la nuit, elle amenait sa main à sa poitrine. Elle pouvait sentir les battements de son cœur ralentir et revenir à la vitesse normale. Cette fois, elle aurait pu y rester et elle ne pouvait que se remercier d'avoir une telle influence dans le monde.
« J'imagine que je ne peux que vous féliciter ?, disait une voix qui la faisait sursauter. »
Nicky Larson avait finalement choisi de n'intervenir que si la situation dégénérait entre les trois sœurs et Sodjo. Il avait même d'ailleurs bien failli appuyer sur la détente de son magnum 357 lorsque Catherine avait menacé l'avocate de son pistolet mais il s'était ravisé car il avait pu constater qu'Allen était une femme doté d'un impressionnant talent de persuasion.
« Nicky ? Vous étiez là ?, questionnait Sodjo avec des yeux trahissant d'une légère confusion. Mais comment vous-
— Je vous ai suivi, l'interrompait l'homme en souriant. Vous savez... La ''technologie''.
— De quoi vous... Non ? Vous n'avez pas osé ?!, s'exclamait la femme qui commençait à fouiller les poches de son manteau. Vous avez mis un traceur sur moi ?
— Et j'ai bien fait. Vous auriez pu mourir ce soir.
— Non. Je maîtrisais parfaitement la situation.
— Oh, je vous en prie. Pas à moi. Dès que Catherine avait posé son arme sur vous, j'ai pu sentir une vague de stress vous envahir.
— Eh bien, elles n'y ont vu que du... Attendez. Quoi ? Vous connaissez ces cinglées ?
— Qui ne les connaît pas surtout ?, ricanait le brun. Dans mon milieu, elles sont même assez célèbres. Franchement, Sodjo, je vous croyais plus intelligente que ça.
— Je suis intelligente. Mais j'avoue que demander aux sœurs Bones de m'aider n'était pas l'idée la plus brillante du monde. Seulement je n'avais pas le choix. Alors... disons que c'était un acte assez désespéré.
— Mais... Qu'est-ce qui vous fait dire qu'elles ne parleront pas de votre petite altercation ?
— Vous savez aux yeux du monde je suis l'avocate impitoyable et agressive, souriait Allen. Celle qui parvient toujours à ses fins peu importe les moyens. Les gens me voient plus dangereuse que je ne le suis alors j'en joue. Mais en réalité, je ne suis qu'une femme, une simple mortelle et ça, beaucoup l'oubli. Ou plutôt... très peu le remarque. Mais pas vous... vous vous savez. D'où le traceur posé sur mes lunettes.
— Alors vous avez fini par le remarquer, disait Nicky en souriant.
— Après avoir réfléchi, c'est le seul accessoire que je trimbale partout. Mais dites-moi : comment vous avez su que j'allais finir par ''prendre la poudre d'escampette'' ?, questionnait Sodjo en mimant des guillemets avec ses doigts. Qu'est-ce qui m'a trahi ?
— Votre caractère.
— Comment ça ?, s'étonnait-elle en inclinant sa tête.
— Vous paraissez hautaine au premier abord mais en réalité vous êtes quelqu'un de bien... Vous l'avez dit vous-même : ''je règle les problèmes''. Même si vous avez toute une équipe sous vos ordres, c'est toujours vous qui faite le plus gros du boulot. Vous qui prenez les plus grosses décisions. Vous qui êtes en première ligne. Vous qui risquez votre vie. Comme aujourd'hui... Je pense que c'est parce que vous êtes une bienfaitrice et que vous ne le crier pas sur tous les toits, que vous avez ce genre de réputation... Je pense aussi que les personnes qui sont dans votre équipe ont leur carnet de mauvaises actions bien garni et que, c'est vous qui assumez chacun de leurs méfaits. Pour qu'ils puissent continuer de vivre une vie normale car eux, sont plus atteignables que vous.
— C'est ce que vous pensez ?, disait la femme après un court silence.
— C'est ce que je pense. Ai-je tord ? »
Sodjo Allen faisait une légère et étrange grimace. Elle paraissait très surprise mais ne répondait au questionnement du détective que par quelques battements de cils.
La femme aux cheveux foncés n'avait rien dit pendant un moment. Elle baissait les yeux, réfléchissant. Elle parvenait à voir le visage de Larson se refléter sur une flaque d'eau présente sur le sol, son visage quasiment identique au sien.
Elle trouvait cela amusant. Un homme à qui elle ressemblait et qui était parvenu à la comprendre aussi bien en si peu de temps. Souvent, elle se demandait si Nicky trouvait lui aussi qu'il y avait une ressemblance entre eux seulement, elle n'osait pas lui poser la question. Quelque chose l'en empêchait, elle ne savait pas vraiment quoi.
Si Allen avait la capacité de lire dans les pensées, elle saurait. Oui, elle saurait que le détective privé était, lui aussi, en perpétuel interrogatoire avec son subconscient. Il voyait bien qu'il y avait en ressemblance hallucinante entre Sodjo et lui.
Et plus ils passaient du temps ensemble et plus l'affection qu'ils avaient l'un pour l'autre grandissait d'une façon qu'ils ne sauraient expliquer.
« Rentrons, disait-elle finalement, le sourire aux lèvres. »
oOoOo
Les bruits de pas de Larson et Allen résonnaient dans le couloir qui menait à l'appartement. Quelques chuchotements amusés pouvaient se faire entendre. Nicky et Sodjo, comme à chaque fois qu'ils étaient ensemble, discutaient aimablement dans un respect mutuel ainsi qu'une affection singulière.
Soudain, le détective se stoppait brusquement alors qu'ils n'étaient plus qu'à quelques pas de l'entrée du logement. Il mettait sa main devant l'avocate, lui indiquant de s'arrêter de marcher. La brune s'étonnait lorsqu'elle se sentait collée au mur. Et, alors qu'elle s'apprêtait à questionner le détective privé, elle remarquait qu'il avait ramené son doigt devant sa bouche.
L'homme sortait son arme de sa veste puis s'avançait vers la porte en longeant le mur du couloir. Sodjo était impressionnée de voir à quel point Nicky pouvait faire preuve d'une telle discrétion. Chacun de ses pas n'émettait pas un son.
L'avocate essayait un pas vers l'avant en inclinant sa tête sur le côté, elle souhaitait voir ce qu'il y avait de si douteux devant Nicky pour qu'il se mette dans un état pareil.
La porte est... ouverte ?, pensait-elle.
La porte de l'appartement était en effet ouverte. Entre ouverte, en réalité. Et puisque Nicky était sur ses gardes, cela voulait dire qu'il n'avait pas oublié de la refermer avant sortir.
« Restez ici, ordonnait-il dans un murmure. »
Maître Allen acquiesçait silencieusement et observait son garde du corps pénétrer à l'intérieur de l'appartement.
Au milieu de toutes ses pensées, une se démarquait des autres. Une pensée qui terrorisait la brune. Quelqu'un aurait-il réussi à la retrouver ? Et si cela s'avérait être le cas, alors Sydney ainsi que Laura, avaient-ils pu en réchapper ? Akira Yamaguchi voulait sa mort et la jeune femme savait que cela lui importait peu s'il y avait des dommages collatéraux.
La femme ne parvenait pas à tenir sur place et décidait de pénétrer dans l'appartement. Elle marchait tout doucement car elle avait conscience que les talons de ses chaussures faisaient énormément de bruit et elle ne voulait pas se faire repérer. Elle posait sa main sur la porte qu'elle poussait délicatement.
Sodjo faisait quelques pas à l'intérieur de la grande salle et apercevait Laura, allongé sur le divan. Près d'elle, sur le sol, se tenait un Sydney Turner totalement immobile et aux mains ligotées entre elles.
Le regard de la brunette s'agitait alors qu'elle s'avançait rapidement vers la rousse. Elle plaçait deux de ses doigts sur le tendon du poignet gauche de Laura afin de prendre son pouls et faisait de même pour Sydney. Elle finissait par souffler de soulagement... ils étaient simplement évanouis.
Mais qu'est-ce qui s'était passé au juste et où était passé Nicky ?
Madame Allen se redressait et son regard était attiré par une source lumineuse provenant directement de la cuisine. Alors, elle se dirigeait vers cette dernière et lorsqu'elle y parvenait, elle apercevait Nicky menaçant de tirer sur l'homme qui se tenait face à lui et ce dernier, qui ne bronchait pas, arborait un regard qui semblait dire la même chose.
Pourtant, le visage de l'avocate s'éclairait immédiatement lorsque ses yeux se posaient sur le deuxième homme. Elle décalait à toute hâte les rideaux qui séparaient la cuisine du salon et pénétrait à l'intérieur de la salle à manger.
« Sodjo, je vous avais dit de-, tentait Nicky avant de se faire couper par cette dernière.
— Will !, s'écriait-elle en posant l'enveloppe sur la table de la pièce. Mon Dieu, que c'est bon de te voir !
— Vous le connaissez ?, questionnait le détective, stupéfait.
— Bien sûr que oui !, souriait-elle. Baissez donc vos armes ! »
Les deux hommes s'exécutaient et abaissaient leur arme, à la même vitesse. Nicky rangeait son Magnum 357 à l'intérieur de sa veste alors que Will rangeait son Beretta neuf millimètres dans l'étui accroché à la ceinture de son pantalon.
Lorsque Sodjo constatait qu'il n'y avait plus aucune once de danger, elle se dirigeait vers Will et enlaçait ce dernier qui lui rendit aussitôt son étreinte.
« Je suis content de te voir, murmurait-il à son oreille.
— Je suis contente de te voir aussi, disait-elle en lui souriant joliment après s'être détaché de lui.
— Excusez-moi, intervenait Nicky, mais qui êtes-vous ?
— C'est mon-, commençait Sodjo.
— Cousin, finissait Will. Je suis son cousin.
— Exactement, acquiesçait l'avocate. Nicky, je vous présente Will Mitchell. Will, voici Nicky Larson, mon garde du corps.
— Enchanté, disait Will.
— De même, faisait Nicky.
— Mais... Will, qu'est-ce que tu fais là ? Et, j'imagine que tu sais qui a assommé Laura ? Et Sydney ?, avait dit Sodjo en fronçant les sourcils.
— C'est Sydney qui a assommé, répondait Nicky. J'aurais du mieux analyser la situation... Je suppose que je dois vous remercier ?
— Il n'y a pas de mal, souriait monsieur Mitchell.
— Pardon ?, intervenait Sodjo en plissant les yeux. Sydney vous dites ? C'est une plaisanterie ?
— Mon avion a atterri il y quelques heures et te connaissant Sodjo, je savais que tu ne dormais pas, reprenait Will. Alors j'ai décidé de vérifier par moi-même que tu allais bien. Seulement, quand j'ai aperçu monsieur Larson sortir seul du bâtiment et en courant, j'ai compris que tu t'étais éclipsée comme tu sais si bien le faire.
— Ben voyons, ricanait la brune. Et ensuite ?
— Ensuite, j'allais prendre la route pour suivre monsieur Larson, poursuivait-il. Je venais d'ailleurs de remonter dans ma voiture quand j'ai vu une seconde personne sortir de l'immeuble : Sydney Turner, un téléphone dans les mains. Ton téléphone.
— Non mais j'hallucine ou quoi, s'indignait la femme avec un éclat de colère dans la voix.
— Puisqu'il était seul, j'ai compris qu'il devait manigancer quelque chose sans ton accord, continuait Mitchell. Et, ayant fait des recherches sur monsieur Larson, je savais que peu importe le problème auquel vous alliez faire face, il te ramènerait saine et sauve. Alors je suis redescendu de la voiture pour partir interpeler monsieur Turner. De plus, puisque des actions valent bien mieux que des belles paroles, je l'ai assommé. Ensuite, je l'ai ramené ici, il n'avait pas pris le temps de fermer la porte. J'ai vu Laura Marconi allongé sur le canapé avec une belle bosse sur la tête, mais elle avait juste perdu connaissance. J'étais en train de chercher de la glace ou quelque chose qui pourrait freiner le gonflement de la bosse quand monsieur Larson et toi êtes arrivé.
— Attends que je comprenne tout, faisait Sodjo en balayant l'air par de légers mouvements de sa main. Ce que tu es en train de me dire c'est que, Sydney a assommé Laura parce qu'il voulait partir on-ne-sait-où pour faire on-ne-sait-quoi et pourtant, ce qui est sûr, c'est que cela allait nous mettre dans de beaux draps parce qu'il est loin d'être l'homme le plus discret vous en doutez bien. C'est bien ça ?
— Je ne l'aurais pas formulé ainsi, mais oui, répondait Will.
— Bien, disait Sodjo en hochant la tête. Quand il se réveillera, tu le prendras avec toi. Tu l'enfermes, tu te débrouilles. Tu le mets en sécurité, peu importe où.
— Je me disais bien qu'il manigançait quelque chose, intervenait Nicky. Je le sentais très agité aujourd'hui.
— Moi aussi mais pour tout vous dire. Si j'avais su qu'il ferait une chose aussi stupide, je l'aurais enchaîné à son lit, répondait Allen avant de regarder son cousin. Tu as compris ce que tu dois faire, Will ?
— Compris, disait Will en acquiesçant du visage.
— Merci »
La brune commençait à se masser les tempes en faisant des mouvements circulaires avec ses doigts. Elle craignait d'imploser si elle ne le faisait pas. C'était bien ce qu'elle pensait, cette journée était bien trop longue. Et elle n'arrivait pas à se vider la tête. Trop de données passaient et repassaient encore mais elle, tout ce qu'elle voulait, c'était un peu de répit.
« Il faut que je te parle de quelque chose, lui murmura Will en posant sa main sur son épaule. En privé.
— Hum... D'accord, disait Sodjo. Viens avec moi. Heu... Nicky, il faut que je discute avec Will, c'est important. S'il vous plaît, surveillez Sydney parce que s'il retente de s'enfuir, je pense que c'est moi qui devrais engager un avocat.
— Ne vous inquiétez pas pour ça, il n'ira nulle part, souriait Nicky. »
Allen lui rendit son sourire et quittait la cuisine tandis que Will la suivait de près. Ils montaient les quelques marches des escaliers puis marchaient dans le couloir de l'étage jusqu'à parvenir à la chambre de Sodjo. Cette dernière allumait la lumière avant de passer l'entrée de la pièce dont la porte se faisait refermer par Will lorsque celui-ci fut également rentré.
« Oh, avant que je n'oublie, l'interpelait Will. Tiens, ton téléphone.
— Ah, c'est vrai, soufflait Sodjo en récupérant le mobile. Visiblement, je dois y faire un peu plus attention. Je te remercie.
— De rien.
— Alors... Tu as trouvé quelques choses ?
— Je peux te dire que ça n'a pas été facile mais... oui, j'ai trouvé quelque chose. Ça aide de travailler à la CIA.
— Dis-moi, réclamait l'avocate en s'avançant.
Will sortait de l'intérieur de son manteau, une enveloppe de taille moyenne qu'il tendait à Sodjo. Quand elle ouvrait l'enveloppe, elle y voyait des photos imprimées ce qui la faisait froncer les sourcils.
« Je ne comprends pas. Qu'est-ce que c'est ?
— Ça, ma chère. C'est l'histoire de ton garde du corps. Ou du moins, ce que j'ai pu déterrer.
— Ah vraiment ? Il ne doit y avoir grand-chose alors.
— Question de point de vue.
— La femme sur cette photo, c'est Rosemary Moon, si je ne me trompe. Qu'est-ce qu'une célèbre mannequin à avoir avec un détective japonnais ?
— J'ai parcouru tous les clients qu'a eu Nicky Larson depuis ses débuts en tant que détective privé. Je peux te dire que ce n'était pas facile de les trouver et qu'il y en a un paquet. Mais bon, j'ai fait comme tu m'as dit, et j'ai sorti l'artillerie lourde. Et devine quoi ?
— Je t'écoute.
— Il se trouve qu'il y un peu plus de deux ans, Rosemary Moon est venu au Japon où elle a rencontré monsieur Larson. Cette affaire a particulièrement attiré mon attention, parce que Rosemary Moon est connue des forces de l'ordre américain mais, sous un autre nom : Rosemary Jones alias Bloody Mary.
— Oh, une ex-mercenaire peut-être ?
— Tout à fait. Elle avait fini par changer son nom de famille afin de pouvoir refaire sa vie tranquillement. Enfin bref, cette magnifique blonde aux yeux bleus est une experte dans le maniement des armes. Et, le plus croustillant dans tout ça, c'est qu'elle avait eu un partenaire dans son ancienne vie en tant que mercenaire et nous n'avions jamais réussi à mettre de nom sur ce garçon. Jusqu'à aujourd'hui.
— C'était Nicky ?
— Précisément. L'affaire Bloody Mary remonte à des années, alors tu te doutes bien que l'État américain à autre chose à faire que de s'occuper d'une ancienne taularde reconverti en mannequin. Mais, dans les archives du FBI, j'ai trouvé une photo sur laquelle il y a avait Mary ainsi qu'un homme, on ne le voyait pas très bien mais ayant déjà eu un aperçu du visage de Nicky Larson, j'ai facilement fait le lien entre les deux.
— Dis-moi que tu as interrogé Rosemary Moon.
— Oh que oui, je l'ai fait. Et crois-moi, après lui avoir promis d'effacer l'ardoise de tous ces méfaits, elle était devenu un vrai moulin à paroles.
— Alors ? Elle a pu te donner des infos sur Nicky ?
— Oui. Et pas qu'un peu. Monsieur Larson est orphelin.
— Je sais cela, Sydney me l'a dit.
— Laisse-moi finir, Sodjo.
— Excuse moi, ricanait-elle.
— Apparemment, tout petit, il avait été victime, avec ses parents, d'un accident d'avion et en fut l'unique survivant. Mary n'avait pas su me dire où avait exactement eu lieu ce crache mais s'était, apparemment, dans un pays d'Amérique centrale dévasté par une guerre civile. J'ai tenté de faire des recherches là-dessus mais ça n'a mené nulle part. Ensuite, il avait erré plusieurs jours dans la jungle et avait fini par être recueilli par des guérilleros locaux. Le choc de l'accident avait été si violent qu'il en avait même oublié qui il était vraiment alors il fut renommer en ''Nicky''.
— Mais... il y avait tellement de guerre incessante, il y trente ans. Et, je sais qu'à cette époque et... même encore aujourd'hui, les enfants devaient combattre au même titre que les hommes alors si tu me dis qu'il a été enrôlé par des guérilleros, ça veut dire que..., déglutissait l'américaine.
— Oui, poursuivait Will. Il a grandi les armes à la main, dans un environnement dominé par la violence. Il ne comptait même plus les années, il ne sait même pas combien de temps il a passé là-bas. Deux combattants s'étaient chargé de son ''instruction''. Et, des deux hommes, c'était Shin Kaïbara, un japonais, qui était le plus proche de lui et il devint pour Nicky, cette figure paternel qu'il avait perdu. Vers la fin de l'adolescence de Nicky, alors que la guérilla commençait à perdre du terrain, les perspectives de défaite altérèrent fortement la santé mentale de Kaïbara. Il entra dans une détresse extrême et folle. Il tenta de convaincre les autres chefs d'avoir recours à l'Angel Dust, une drogue de combat surpuissante. Et pour démontrer l'efficacité du produit, il en administra Nicky, à son insu. »
Ces derniers mots épouvantaient Sodjo Allen qui sentait ses jambes faiblir sous le poids de son corps. Elle finissait par s'asseoir. Chaque phrase qu'elle entendait, chaque mot qui parvenait à ses oreilles faisaient comme l'effet d'une bombe à l'intérieur d'elle-même. Elle avait entendu bon nombre d'histoires sur cette drogue et aucune ne s'était bien terminée.
Sodjo peinait à retenir ses larmes. Elle sentait sa vue diminuer car elle tentait tant bien que mal, de garder le liquide salé à l'intérieur de ses yeux. Toutefois, elle ne stoppait pas l'homme, qui continua de conter le récit.
« Sous l'effet de cette drogue, Nicky anéantit une unité ennemie avec une violence inouïe. L'unique survivant de ce carnage, un colosse du nom John Arteau. Je sais que tu vois de qui je parle.
— Mammouth... , riait tristement Sodjo. Je l'ai rencontré, c'est vrai qu'il est imposant... Et... Nicky... ? Que lui est-il arrivé après ?
— Il a voulu se venger... Tuer l'homme à cause de qui il avait commis toute cette atrocité mais, il était jeune, aveuglé par la haine et trop peu expérimenté. Il s'était fait balayer.
— Tu m'étonnes.
— Mais tu sais, l'arrêt brutal de l'Angel Dust provoque des crises assez violentes et Nicky n'y a pas fait exception. Cela avait même failli lui coûter la vie. Mais heureusement pour lui, il a été pris en charge par un homme qu'on connaît sous le pseudo du ''professeur''. Il parvient à le sauver mais Nicky a énormément souffert. Lorsqu'il s'était enfin rétabli, la guérilla avait été définitivement vaincue. Il quittait alors l'Amérique Centrale pour les États-Unis, en compagnie de son second mentor, Aaron Jones et plonge dans le milieu clandestin en devenant nettoyeur. Après le décès d'Aaron, il prend pour partenaire la fille de ce dernier, Bloody Mary. À l'issue de leur séparation, il fait équipe avec Mick Angel, nettoyeur américain de haut niveau. Leur duo sera le premier à porter le nom de code City Hunter. Et, on arrive en 1985...
— Nicky débarque au Japon, poursuivait Sodjo en rajustant ses lunettes. C'en suit des débuts assez compliqués j'imagine car plongé dans un pays qu'il ne connaît que très peu et dont-il ignore jusqu'à la langue. Puis, il évolua dans le milieu de la pègre tokyoïte où il fera la connaissance de deux policiers. Hélène Lamberti ainsi que Tony Marconi, le regretté frère de Laura Marconi. Et aujourd'hui, c'est un détective privé qui aide la veuve et l'orphelin...
— Au début, je voulais sauter dans le premier avion et venir te chercher moi-même. J'écoutais ce que Mary me disait et je commençais à me dire que cet homme était complètement fêlé. Puis, je me suis rétracté.
— Pourquoi ?
— J'ai vu tous les exploits qu'il a fait... C'est impressionnant. Et, je me suis souvenu des guerres et des dégâts psychologiques qu'elles pouvaient faire sur un être humain. J'en suis moi-même une victime. Parfois, on est contraint de faire des choses dont on ne sera jamais fier et qui nous marquerons au fer rouge... tout ça, pour survivre. »
Sodjo avait finalement retiré ses lunettes et baissé la tête, laissant quelques larmes s'écraser sur ses cuisses. Will Mitchell en était étonné. Il avait rarement vu pleurer sa cousine. D'autant plus que les larmes qu'elle versait étaient pour un homme qu'elle semblait pourtant n'avoir jamais rencontré. Il se retenait tout de même de la questionner et mettait ça sur le dos de la fatigue. Ainsi, il essayait de la consoler, s'asseyant près d'elle et faisant des mouvements circulaires de sa main sur son dos.
La femme, elle, se questionnait encore et encore. Elle se demandait : pourquoi ?
Allen ressentait une immense douleur à sa poitrine, c'était comme si elle était transpercée par mille lances. À bien des regards, Nicky et elle se ressemblait. Elle s'entêtait à se dire que toutes leurs similitudes n'étaient que des coïncidences mais alors qu'elle avait entendu Will lui dire que Nicky avait été l'unique survivant d'un crash d'avion, une pensée lui traversait l'esprit.
Il y a trente ans, l'avion où se trouvaient ses parents ainsi que son frère jumeau s'était écrasé lui aussi, au Guatemala. Et, la guerre civile guatémaltèque, qui avait commencé en 1960, faisait rage à l'époque. Elle avait duré trente-six ans et ne s'était d'ailleurs terminé que récemment.
Plus Sodjo y songeait et plus des hypothèses germaient dans sa tête. Elle remmenait doucement sa main devant sa bouche avant de tourner brusquement la tête pour fixer on cousin.
« Un souci ?, questionnait-il d'un œil interrogatif.
— Will, cette discussion ne sort pas d'ici, tu m'entends ?
— Ne t'inquiète pas pour ça.
— Et aussi... C'était injuste, culpabilisait Sodjo. Ce que je t'ai demandé de faire, je veux dire... Fouiller dans le passé d'une personne de la sorte... Ce n'était pas bien et c'est indigne de moi.
— Peut-être... mais tu étais perdue. Et je le serais sans doute aussi à ta place.
— Vraiment ?
— Sodjo... Je ne sais pas si tu as remarqué mais Nicky et toi, vous- »
Will n'avait pas le temps de finir sa phrase car des coups venaient briser la discussion tranquille qu'il entretenait avec Sodjo, tel un marteau de verre.
Puis, la porte s'ouvrait alors sur une Laura à l'air fatigué et lorsque les yeux de cette dernière croisaient ceux de madame Allen, l'avocate bondissait du lit et allait la rejoindre en prenant ses mains dans les siennes.
« Mon Dieu Laura, vous allez bien ?!, commençait la brune d'un ton inquiet. Je me sens si coupable, je ne sais pas ce qui est passé par la tête de Sydney. Oh, et je m'en veux de vous avoir parlé aussi froidement tout à l'heure, c'était impoli et vous ne méritez pas un tel manque de respect. Pardonnez-moi, il m'arrive d'être une vraie peau de vache !
— Mais non, riait nerveusement Laura en se grattant l'arrière du crâne avec la plus grande maladresse qu'il soit. Ce n'est rien vraiment ! Je vais bien !
— Vous êtes sûr ? Peut-être devrions nous aller voir un médecin demain ?
— Mais non, je vous dis. Et puis... Oh, qui est-ce ?, demandait Laura après que son regard est finalement rencontré celui de Will.
— Je suis Will Mitchell, souriait-il en s'avançant, la main droite tendu vers la rouquine.
— Mitchell..., répétait Laura en saisissant la main de l'homme. Mitchell ? Alors c'est...
— Mon cousin, exactement, disait Sodjo. Disons qu'il est venu voir si j'allais bien et que... le hasard fait bien les choses. S'il n'avait pas été là, Sydney nous aurait mis dans une situation des plus fâcheuses...
— Oh, c'est d'ailleurs pour cela que je venais vous voir !, s'exclamait Laura. Il vient de se réveiller !
— Ah vraiment ?, interrogeait la brune, les dents acérés comme des rasoirs. Tant mieux. Parce que j'ai deux, trois mots à lui dire. »
Les yeux de Sodjo brûlaient d'une soudaine ferveur alors qu'elle venait de sortir de la pièce. Le feu dans son regard refusait de s'atténuer, la faisant ressembler à rien de plus qu'à un puissant général sur le champ de bataille, déterminé à repartir avec rien de moins que la victoire.
Laura avait bien tenté de la calmer mais ses mots semblaient comme inaudibles pour la brune qui ne s'arrêtait pas. Will, lui, connaissait sa cousine et il invitait la jeune Marconi à laisser tomber.
Sydney n'allait, visiblement, pas pouvoir échapper à la colère de Sodjo Allen.
