Harry hésitait. La moitié de son œuvre était maintenant entre les mains des élèves et il ne se trouvait toujours pas satisfait de la fin. Il n'arrivait toujours pas à mettre le doigt sur ce qui le dérangeait. Soupirant une énième fois, il partit prendre son balai pour se changer les idées. Voyant les serpentards déjà en place pour leur entraînement, il décida d'attendre et d'observer leur jeu. Rapidement, il se concentrait uniquement sur Draco, son principal adversaire sur le terrain.
Il avait appris à le connaître à travers les années mais il explorait toutes une nouvelle facette depuis l'installation de la chambre conviviale : sa réflexion profonde et réfléchie sur n'importe quel sujet, son attention permanente sur ce qui l'entourait ainsi que son cynisme devenue plus agréable et mature avec le temps le rendaient bien plus attirant.
Harry s'était surpris à penser ça un jour où il s'amusait encore à essayer de le faire rougir. Ce n'était plus du flirt mais un réel béguin qu'il commençait à développer.
Perdu dans ses pensées, il ne remarqua pas que le sujet de celles-ci s'était rapproché.
- On espionne l'équipe adverse Potter ?
- J'attends poliment de pouvoir voler à mon tour Malfoy.
Ce dernier leva les yeux au ciel mais ne bougea pas. Le silence commençait à devenir long avant que, finalement, Harry ne comprenne ce que le blond n'osait pas demander.
- Hermione n'a pas encore fini sa lecture. Elle a eu du retard dans son travail.
- Étonnant de sa part, remarqua-t-il avant de repartir dans les airs.
Finissant leur session, Draco fronçait toujours les sourcils alors qu'il rangeait son balai.
- Ça te frustre tellement de ne pas pouvoir partager avec elle ce que tu en as pensé ?
Il sursauta en voyant se tenir à ses côtés le brun. Lui jetant un regard noir, il ne répondit pas à son ton amusé.
- Les dernières pages m'ont juste perturbé.
- Personne d'autre n'a l'air de l'être.
- Évidemment, ils sont plus myopes que toi Potter ! Ça ne me semble juste pas réel.
Harry s'installa à même l'herbe et incita Draco à continuer de déblatérer ce qu'il avait sur le cœur, faisant légèrement rire ce dernier.
- Je me suis permis une relecture pour me remettre en plein dans l'histoire et en y regardant de plus près, certains détails ne paraissent pas cohérents.
- Comment ça ? demanda le gryffondor, feignant l'ignorance.
- Bethy sait plein de chose qu'elle n'est pas censé savoir sur Magalie, des choses minimes mais qui ont leur importance. Par exemple le fit qu'elle lui tendre un crayon dans sa main gauche et qu'elle écrive tout de suite avec, comme si elle savait qu'elle était gauchère. Et puis, à des moments, j'ai juste l'impression qu'elle n'est pas... réelle.
Au haussement de sourcils réellement surpris de celui aux yeux verts, il s'expliqua.
- La réaction des gens autour, ses moments d'arrivées, le fait qu'on ne sache pas d'où elle vient... c'est comme si elle sortait tout droit de son imagination.
Fixant de nouveau le regard de Potter, son souffle se coupa. Ce regard était pointé sur lui pourtant, quelque chose d'autre s'ajoutait à cette lueur.
- Tu es le premier que j'entends dire ça, sourit-il.
Harry se leva et repartit avec son balai.
- Tu ne voulais pas voler ?
- Plus envie, fit-il avec un léger signe de main.
De nouveau dans sa chambre, il ferma les rideaux de son lit et continua sa mise au propre. Sa discussion avec le serpent l'avait motivé à savoir jusqu'où s'étendrait sa justesse de réflexion. Continuant son écrit, il relu rapidement sa page avant de s'arrêter. Il avait trouvé ce qui n'allait pas, le papier le prouvait. La relation entre ces deux personnages était forte et pourtant la fin ne reflétait pas cette complicité.
Ses lèvres s'étirèrent d'une oreille à l'autre et il s'empressa de sortir de nouvelles feuilles pour réécrire l'épilogue. Ça lui prit jusque tard dans la nuit pour trouver LE chapitre qui lui plaisait mais il l'avait fait. Il avait terminé.
•-•
Ce matin encore les chapardeurs n'avaient rien trouvé dans le bureau du professeur de sortilèges. Les protections magiques étaient de plus en plus difficile à percer et certaines leur mettaient même quelques jours. Un mois était pourtant passé depuis le dernier chapitre envoyé à leur professeur et les lecteurs se faisaient de plus en plus impatients. Ils se demandaient même si, tout simplement, ils n'arrivaient plus à y accéder mais ils niaient le plus possible cette idée ! Les chapardeurs réussissaient toujours leurs coups !
Décidant de se changer les idées, Samantha et Bernie firent infiltrer le serdaigle du groupe dans leur salle commune. Tous trois séchaient leur cours pour mettre le bazar dans chaque dortoir. Ils bougeaient certains meubles de quelques centimètres, juste assez pour que l'on s'y cogne le pied si on ne faisait pas attention, ils échangeaient les affaires des élèves et disséminèrent des bavboules prêtes à exploser un peu partout. Les plus compliqués furent les chambres des années supérieurs, habituées aux farces d'anciens élèves et qui y mettaient de bonnes défenses.
En ouvrant une nouvelle chambre, ils sursautèrent en apercevant quelqu'un installé sur son lit. Ses lunettes ne cessaient de tomber et, à chaque fois qu'il les remettait en place, il passait sa main dans ses cheveux déjà en fouillis. Il ne remarqua pas les trois nouveaux venus, trop concentré sur ses parchemins qui jonchaient son matelas.
Merlin tout puisant, c'était la chambre de Harry Potter ! Le couinement que laissa échapper Samantha le fit relever la tête puis il fronça les sourcils.
- Que faîtes-vous ici ?
- Secret professionnel, répliqua Marc, premier remis de cette rencontre avec le héros. Tu n'as pas cours ?
Pas pour un sou surpris de voir un élève d'une autre maison ici, il reposa sa plume et réarrangea son tas de feuilles.
- Ils font un cours de pratique en défense et j'en suis encore dispensé. Madame Pomfresh n'estime pas ma magie encore assez stable pour être utilisée sur un gros effort. Bavboules ?
- On n'en met aucune ici si tu ne nous dénonces pas.
- Je prends votre défense si vous en mettez double ration dans ce lit, il pointa celui de Ron.
- On maraude avec Harry Potter, chuchota pas si discrètement que ça Bernie, je n'arrive pas à y croire.
Celui-ci sourit à la remarque avant de ranger l'énorme liasse qu'il tenait dans son armoire, protégée d'un sortilège.
- Qu'est-ce que c'est ? questionna la plus jeune en se dandinant pour réussir à en voir le contenu.
- Un simple projet personnel, répondit-il en haussant des épaules, les yeux pétillants de malice.
- Un gros projet dans ce cas. Vous avez fini les gars ?
Ceux-ci levèrent leur pouce en l'air avec leur sac vidé de leur artefact à l'odeur nauséabonde. Ils se pressèrent vers la sortie mais Samantha traîna légèrement du pied.
- Au revoir Harry Potter, continue ton projet il est génial !
Puis elle sortit, rejoignant ses acolytes, son sourire resplendissant plus que jamais.
- T'es devenue une groupie du sauveur maintenant ? Se moqua l'autre gryffondor.
- Ne dis pas n'importe quoi ! On vient juste de rencontrer notre adversaire, s'enthousiasma-t-elle.
Devant le manque de réaction des garçons, elle roula des yeux et s'éclaircit la voix :
- Harry Potter, seul, au milieu de paperasse qui, assemblée, fait l'épaisseur d'un livre et qu'il semble protéger de la vue même de ses colocataires. Il n'y a pas 36 solutions.
- Attends, tu veux dire que c'est lui l'auteur de notre gagne pain ? s'étouffa Marc en lâchant son sac désormais vide.
- À son hochement de tête, Bernie laissa sa mâchoire se décrocher.
- Tu en es sûre ? Pas juste une coïncidence ?
- J'ai aussi réussi à lire un nom présent dans l'œuvre donc oui, je suis sûre.
- Par la culotte de Merlin...
