Salutation camarades !

Alors, je voulais poster mercredi (histoire de faire genre que je poste tous les mercredi voyez-vous) mais j'ai été distrait par photoshop et d'autres conneries donc j'ai oublié. Mais hey. Ne me frappez pas. La suite est là.

Merci à ceux qui ont suivis/fav l'histoire (j'espère que la prochaine étape c'est le lâché de reviews, vraiment je vous offre du raisin en échange ?) vous êtes doux.

Pour ce qui est des trigger warnings de chapitre : idées noires, manipulation, violence psy, idées suicidaires modérées

Si vous vous sentez mal, déprimé, etc, cette histoire n'est peut-être (voir probablement) pas la bonne pour vous (moi-même je projette mon propre ouin-ouin dans mes écrits en vrai donc bon, ça va être la foire à la violence) bref : faites attention à vous, prenez soin de vous, buvez de l'eau et restez hydraté.

Pour celles et ceux qui se réveillent tous les jours en choisissant le chaos et les fanfictions où on ne vit que pour le drama : bonne lecture !

Le titre du chapitre fait référence à une chanson du groupe Paramore.


LETTING SINK HIS TAILS TIL THEY TRAILED IN THE DUST

II- MISERY BUSINESS


Une semaine. Sept jours, soit cent-soixante-huit heures que Tsunade avait lâché sa bombe avec l'air de penser qu'il serait suffisamment fort pour porter un poids de plus sur ses épaules. Ça n'avait pas été le cas. Et alors que le temps défila, Naruto lui, ne bougea pas d'un pouce. Tant pis s'il commençait à empester, là, à fermenter dans un vieux pyjama. Tant pis si son ventre criait famine, tant pis si sa gorge lui paraissait plus sèche encore, que le désert de Suna. Il n'avait tout simplement plus envie de rien. Pour la première fois de sa vie, Naruto se retrouvait à court d'énergie, à court de motivation, à court de plans de secours.

Lorsque le cinquième hokage lui avait annoncé la nouvelle, la fin des temps avait semblé s'abattre sur les épaules du jeune shinobi alors âgé de seize ans. Il avait cru à une mauvaise blague, à un genre de punition tordue imaginée par l'esprit encore plus tordu de son aînée pour avoir fait il-ne-savait-plus-trop quelle bêtise. Il avait cru à tout, sauf aux mots qui avaient eu l'audace de passer la barrière de ses lèvres. Des jours plus tard, le garçon pouvait encore se souvenir de l'amertume qui avait envahit sa bouche, de la boule de terreur qui s'était formée dans sa gorge et de la panique qui avait afflué comme une grande cataracte, paralysant chacun de ses muscles. Tsunade l'avait prié de respirer, elle avait dit s'il te plaît et regarde-moi et encore je te promet qu'on va trouver une solution. Tu n'es pas seul, que les dieux m'entendent, tu n'es pas seul, Naruto.

Il avait été trop obnubilé par la nouvelle pour lui prêter la moindre attention. Il s'était ensuite énervé. Un déluge de fureur sans pareil à toutes ces fois où il avait manqué de tuer quelqu'un à cause d'un mauvais contrôle de chakra. Cette fois, Naruto - ou plus Kyûbi - contrôlait la chose. Il n'en était pas moins resté dangereux. Tsunade pourtant, n'avait pas reculé une seule seconde. Pas même lorsque Naruto s'était mis à hurler, à jeter des choses au travers de la pièce, à réduire du matériel médical en pièces. Un ANBU s'était pointé, attiré par le chakra maléfique émanant du jeune shinobi. Naruto avait pu sentir la crainte suinter par tous les pores du pauvre homme avant que Tsunade le renvoie. L'homme était resté, avait insisté quand bien même toutes les fibres de son corps lui avaient hurlé de mettre les voiles. Il avait cru être discret en sous-entendant que Naruto était actuellement un danger, qu'il ne pouvait pas se permettre de la laisser là, seule avec lui. Tsunade avait haussé les épaules l'air de s'en soucier comme de l'an trois-cent. L'homme avait tourné les talons. Tout ça avait eu le mérite d'attiser les flammes de la colère. La chambre avait vue la porte de sa salle de bain voler par la fenêtre qui, emportée par la masse, s'était brisée en un millier de bris de verres effilés comme des lames de rasoirs.

« — Est-ce que tu te sens mieux maintenant ? avait demandé le chef de son village.

Son visage n'avait reflété rien d'autre qu'une profonde désolation. Naruto s'était agité sur lui-même. Peu à peu, le chakra du démon renard s'était résorbé.

— Oui, avait-il répondu. Non. Peut-être. J'en sais rien.

Les poings serrés le long du corps, il s'était donné une autre minute pour reprendre sa respiration, pour ordonner ses pensées, pour réaliser.

— Non, qu'il s'était décidé. Ça ne va pas mieux. J'ai l'impression d'être en train de mourir. J'essaie de respirer, mais je suis perdu en pleine mer. Je nage, j'ai beau essayer de nager pour remonter à la surface, pour prendre une inspiration, pour vivre. Je n'y arrive pas. »

Tsunade avait fait de son mieux pour ne pas éclater en sanglots à son tour. Que vouliez-vous qu'elle dise à ce gamin après ça ? Elle n'avait aucun mot de réconfort à lui offrir. Il n'y avait pas de précédents pour ce genre de situation. Elle ne pouvait compter le nombre de familles qui auraient exulté à l'annonce d'une grossesse. Ce qui les différencient était une histoire de consentement, de bon vouloir, de libre arbitre. Naruto n'avait pas eu le choix. C'était ce qu'elle avait compris au moment où elle avait vu son visage se décomposer. Au delà de ça. Son protégé était un homme cisgenre. Une grossesse aurait dû être impossible. Il n'avait pas les organes nécessaires au développement d'un fœtus. Du moins, c'est ce qu'elle avait cru pendant des années, après avoir observé les radios, repassé derrière les scanner et tous les autres examens médicaux qu'elle avait pu effectuer des années plus tôt, sur un Naruto alors dans les prémices de son adolescence. En trois ans, un changement s'était opéré. Elle ne savait comment, ni pourquoi, mais les faits étaient là. Le corps de Naruto pouvait désormais accueillir un enfant et ne s'était pas gêné pour. Pendant un instant, le médecin en elle s'était émerveillé d'une telle avancée médicale. L'instant d'après, elle s'était sentie horriblement coupable. C'était de Naruto dont il s'agissait. Pas d'un cobaye X ou Y.

Il y avait donc eu une crise de nerf. Des mots échangés, des idées. Tsunade lui avait fait la promesse de tout faire pour.. elle ne savait pas quoi exactement.

« — Je ne peux pas, avait soufflé Naruto bien des heures plus tard.

Ses yeux étaient plein de larmes et la terreur encore inscrite sur son visage.

— Ce n'est pas juste. Pas après le kyûbi. Pas alors que ça fait des années que j'essaie de passer au-delà du démon scellé en moi. Pas alors que le village commence tout juste à penser au-delà de ça.

— Je sais.

— Non. Non, bon sang, tu ne sais pas ce que ça fait. J'ai été haïs pour quelque chose que je ne pouvais pas contrôler. Et maintenant que j'ai un peu de contrôle sur ma vie, c'est ça que je gagne ? C'est une putain de blague Tsunade. Je suis fatigué de devoir toujours essayer plus que les autres juste pour obtenir le même amont de respect que l'être humain de base. Ce n'est pas juste. »

Tsunade n'avait rien su ajouter après ça. Elle avait eut une pensée pour Hiruzen Sarutobi et la manière dont il s'y était pris pour élever cet enfant. Elle l'avait maudit sur trois, peut-être même quatre, générations.

Après ça, Naruto était tombé de fatigue. Elle avait embrassé son front et avait laissé la chambre derrière elle en le laissant se reposer. La nuit avait été longue avec un goût d'éternité. Elle l'avait passé à éplucher tous les dossiers médicaux ayant jamais existé, espérant trouver un quelque chose, n'importe quoi, qui l'aurait aidé à y voir plus clair.

Le lendemain, elle s'était à nouveau pointée dans la chambre d'un Naruto toujours profondément endormi. Ses lèvres étaient pincées, ses yeux cerclés de cernes violettes. Elle lui avait proposé un avortement.

« — Ça a le mérite de régler le problème en général, avait-elle dit. Si c'est ce que tu veux, je le ferai.

Tant pis si, en tant que mineur, Naruto était censé avoir l'approbation d'un parent ou gardien légal. Aux dernières nouvelles, le gamin n'avait jamais eu ni l'un, ni l'autre. Enfin, elle ne pouvait pas dire que Jiraya était ce qui se faisait de mieux en matière de quoi que ce soit de légal et/ou responsable. Et puis, elle était Hokage par tous les dieux existants. Si l'Uzumaki lui donnait son consentement, alors elle irait dans son sens. Le conseil n'avait pas besoin d'avoir vent de cette affaire. C'était quelque chose qui finirait assurément mal. Alors si se débarrasser du foetus surprise avant que quiconque ne comprenne ce qu'il se passait réellement, Tsunade ne comptait pas se gêner, ni même demander permission et encore moins pardon.

— Oui, avait répondu Naruto sans même prendre la peine de réfléchir. Oui. Faisons-le. Maintenant. Il faut s'y prendre maintenant, Tsunade. »

Il s'y étaient pris dans l'heure.

Ça avait été un magnifique échec.

Naruto l'avait dévisagé longuement, le visage plus pâle que pâle et les lèvres tremblantes.

« — Tu avais dit que ça réglerait le problème, l'avait-il accusé d'une voix plate.

— Ça aurait dû. À ce stade, ça aurait marcher.

La procédure avait échoué. Un chakra qui n'était ni le sien, ni celui du démon renard, avait formé comme une espèce de coque protectrice autour de son corps. Aucune aiguille n'avait su percer sa peau. Aucun médicament n'avait su passer ses lèvres sans être instantanément réduit en poussière par l'étrange barrière.

— Bon sang, avait fait la femme au sommet de l'émerveillement. Dites moi que je rêve. »

Elle n'avait jamais eu l'occasion d'observer un tel phénomène. Naruto s'était recroquevillé sur lui-même non sans avoir l'impression d'être une bête de foire observée depuis l'extérieur d'une cage. Il comprenait l'attrait que pouvait avoir une nouvelle découverte sur l'esprit scientifique de la femme. Ce n'était pas juste que ce soit lui qui soit encore sujet aux bizarreries. Naruto en avait sa claque. Tout ce qu'il voulait, s'était à présent de prendre des vacances de type se faire suffisamment passer à tabac pour passer entre six et douze mois dans le coma. Il était certain après ça, qu'il se réveillerait frais et dispo.

Ou avec un enfant dans les bras.

Son visage avait viré au vert. Les réflexes de l'Hokage avaient su être suffisants — mais de peu — pour qu'un haricot soit posé sur ses genoux et que le non-contenu de son estomac se déverse dans la petite bassine médicale.

Après ça, un silence s'était installé. Tsunade avait dû le laisser pour retourner à ses recherches sur un : Je te promet qu'on trouvera une solution. Naruto n'avait pas eu le cœur de lui dire de laisser tomber, de le laisser tomber. Il avait l'impression que cette histoire ne saurait en finir et il n'avait pas envie d'être un boulet métaphorique accroché à la jambe d'une des rares personnes qu'il savait encore considérer comme faisant partie de sa désastreuse famille. Elle avait un village tout entier à gérer. Elle ne pouvait pas se contenter de sauver une seule et unique personne et de laisser tout le reste en plan. Le Conseil saurait avoir sa peau avant ça.

Le shinobi avait donc ramassé ses affaires et pris la tangente.

Son appartement avait su l'accueillir avec une odeur d'humidité et de pourri. Il avait vidé le contenu de son réfrigérateur dans la poubelle qu'il avait sorti peu près. Puis il s'était changé avant d'aller se réfugier sous sa couverture. Il n'avait pas quitté son lit depuis. Il n'en avait pas l'énergie, ni même l'envie. Se morfondre sur son sort lui paraissait plus attrayant qu'une douche ou qu'un bol de ramen. Éventuellement, ça commença à agacer profondément le démon niché au creux de son estomac. Le suscité avait su y aller doucement avec son hôte. Pas tant parce qu'il était un être fait de compassion, que parce qu'il s'en contre-fichait royalement. Il y avait cependant une limite au taux de "ouin-ouin" que le renard pouvait supporter.

Est-ce que tu pourrais cesser de dramatiser ? T'es pas tout seul. Tu me dérange. Arrête de te plaindre.

Naruto cru halluciner.

« — Je te d'mande pardon ?

Il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Des gosses, tout le monde en pond. Ta mère a fait cette connerie avant toi, les dieux m'en gardent, elle aurait dû s'abstenir cette sotte.

Ça, c'est la cerise sur le gâteau, songea le shinobi.

Il sentit la flamme de colère s'embraser aussi simplement que ça. L'entente entre le démon et lui avait toujours été fragile, même après leur pacte. Les échanges de civilités sous couvert d'insulte passaient encore. Là, c'était tout bonnement trop.

— Mes excuses Ô Démon Renard de pacotilles. Dois-je te rappeler que dans le monde réel, les hommes ne sont pas fait pour ça ? Que je suis pour ainsi dire, le premier imbécile à qui ça arrive ?

Il faut une première fois à tout. Félicitations. Tu peux désormais te pavaner aux côtés de la première femme ayant jamais mis au monde un enfant. Est-ce que tu peux la fermer maintenant qu'on a réglé le problème ?

— Le problème, ce n'est pas tant que ça arrive, que comment c'est arrivé là.

Je n'aurais pas cette discussion là avec toi, microbe. Il y a des limites à notre cohabitation, et c'est sur le comment on chie les gosses, que je pose un veto, gronda la bête dans son esprit.

L'hôte dû se pincer pour être sûr de bien avoir entendu. Il se demanda comment et pourquoi il en était arrivé là. Sa vie était une suite d'évènements tous plus bizarres les uns que les autres. Il détestait ça.

Les joues parées de rouges, Naruto fit de son mieux pour ne pas bégayer une réponse. N'était-il pas censé être un adulte ? Ou au moins, quelque chose s'en approchant ?

— Je sais comment ça marche, imbécile de renard.

Tu m'en dira tant. Je suis heureux pour toi, félicitation pour ne pas être totalement bête.

— Arrêtes ça. Tu ne fais rien pour arranger la situation, s'agaça le shinobi.

Désolé, je n'avais pas réalisé que c'était à moi de régler le problème de la faim dans le monde.

Naruto se demanda s'il était possible de torturer quelque chose d'immatériel, après ça. Le démon pouvait avoir une discussion intéressante quand il le voulait. Le reste du temps, ce n'était que balles perdues, sarcasmes et moquerie. C'était quelque chose pour lequel il n'avait plus de patience. La situation était grave. Voir que son parasite intérieur trouvait le moyen de se gausser sur le sujet l'envoyait au trente-sixième en dessous.

— Je te signal que t'es autant dans la merde que moi. Si c'est arrivé là, ça veut dire que soit t'en sais quelque chose, soit t'était suffisamment à la masse pour remarquer quoi que ce soit.

Ça eut le mérite d'attirer l'attention du renard. Dans l'esprit du shinobi, la bête gronda, le poil hérissé de colère.

Ne me mets pas ton incompétence sur le dos espèce de misérable vermine.

— T'utilises mon corps autant que moi sombre crétin. Si je claque, qu'est-ce que tu crois qu'il va se passer ?

Je serais enfin libéré de ta stupidité congénitale.

— Tu serviras de gentil chien de garde aux Conseillers du village. Ou tu finira comme les autres avant toi : scellé au fin fond d'une théière jusqu'à ce qu'on se rappelle de ton existence.

Fais attention aux mots que tu prononces, je peux encore avoir ta peau.

— Pas sans avoir la tienne au passage. Maintenant, t'es gentil, tu me lâches avec ta théorie à deux balles sur l'évolution de l'espèce humaine. Trouve nous plutôt un moyen de nous sortir de ce pétrin.

Le silence ravagea les sens du garçon. Il se demanda si le démon, vexé au possible, s'était mis à bouder. Pourquoi l'ignorer dans le cas contraire ? Pourtant, quelques instants plus tard, quelqu'un soupira dans les tréfonds de son esprit. Assis sur son lit, Naruto entoura ses jambes de ses bras, menton posé sur le sommet de ses genoux.

Je ne vois vraiment pas pourquoi ça te dérange de..

— Parce que, coupa Naruto. C'est comme ça. Je ne peux pas. On ne sait même pas d'où cette chose sort.

T'es sûr que ce n'est pas toi ? Que t'as pas abusé d'une soirée alcool avant que Jiraya te dépose au village ? Que c'est pas comme ça que t'as fini..

— Non. Ce n'était pas.. Ce n'est pas… Écoutes. Ce n'est pas moi. Ce n'est pas mon choix. Je n'ai jamais.. bu d'alcool et encore moins..

Eu de relations sexuelles ?

Naruto ferma les yeux. Il y avait une douleur dans son cœur, un poids à même son âme. Il était un gamin terrifié. Et si c'était de ma faute au final ? se demanda-t-il. Et si je m'en souviens juste plus ? J'aurais dû faire plus attention. J'aurais dû faire.. je sais pas. N'importe quoi.

Ses yeux furent humides à nouveau et, sans son esprit, le renard grogna. Il haïssait son hôte, certes. Mais ça restait le sien. Il n'appartenait à personne d'autre que lui-même, que de prendre ou donner. La bête se roula en boule.

Peu importe, dit-elle finalement. Quand nous trouverons le responsable, nous saurons faire bon usage de nos griffes.

Ça réconforta à peine le jeune shinobi.

— Tu m'aime bien au final, avoue.

Je préférais quand t'était en train de te morfondre sur son sort. La grossesse te monte à la tête, tu commence à raconter de la merde.

— T'es vraiment un enfoiré, tu sais ça ?

Et toi, un genre de messie apparemment.

— Vas te faire foutre. »

Ça sonna la fin de la discussion. Les épaules plus lourdes que jamais, l'Uzumaki fit comme il l'avait si bien fait au cours de ces sept derniers jours : il se roula en boule sous sa couverture, le visage pressé contre son oreiller. Et si éventuellement il fondit en larmes, ça ne regarda que lui et lui uniquement.

C'était donc ça, le résumé de sa vie : plus de malchance que jamais personne n'en avait connu auparavant. Alors ça l'avait frappé comme un mauvais coup en plein cœur. Il avait seize ans et il allait devenir père, et ce, peu importe à quel point il pouvait présentement haïr cette chose qui grandissait en lui. Peu importe à quel point il n'en voulait pas. Dans quelques mois, ce truc sortirait de son corps, d'une manière ou d'une autre. Et il tiqua à cette pensée. Ce truc devrait sortir de son corps. Il n'avait aucune idée de comment cette chose sortirait.

Je pense que t'as encore du temps avant de t'y préparer mentalement. Tu vas devenir énorme avant ça. Et t'enfiler des tas de pots de glace quand tu seras interdit de foutre un pied en dehors de chez toi. Ta mère était devenue aussi grosse qu'une vache. Prie pour ne pas avoir ses gênes.

Naruto l'avait haïs un peu plus, mais au moins, ça avait eu le mérite de le distraire de son inquiétude première. À la place, il se traita d'imbécile. Comment avait-il pu passer à côté de cet autre fait ? Ça allait se voir. Les gens seraient en mesure de le pointer du doigt lui et son énorme bedaine, seraient en mesure de constater comme il était anormal. Un véritable monstre de foire. Ce n'était pas comme le démon renard qui passait inaperçu. Là, ça allait être inscrit dans l'horreur de son visage, jusque dans les pores de sa peau. Naruto sentit son estomac protester vivement à cette simple idée.

Ça suffit, songea-t-il. Il faut que je sorte d'ici, ou je vais devenir fou.

Le kyûbi su accueillir la nouvelle d'un claquement de langue signifiant sa totale adhésion à l'idée : même lui commençait à ressentir les relents de puanteur chez son hôte.

En roulant sur le dos, l'adolescent pris le temps de s'étirer longuement avant de filer sous la douche, sans jamais cesser d'espérer qu'une fois sous un jet glacé, ce cauchemar allait se dissiper et qu'enfin, il pourrait reprendre le cours de sa vie, enfouissant au plus profond de son être ce qui, l'espace d'une nuit, l'avait terrorisé. Bien sûr, cela n'arriva pas. Autant demander à un moustique d'arrêter de se nourrir de sang — il mourait en essayant, ou ne s'y risquerait probablement jamais. Alors là, sous le jet glacé de sa minuscule douche, de son minuscule appartement, Naruto se demanda à quelle vitesse il lui faudrait s'éclater le crâne contre le carrelage de sa douche, pour que ce cauchemar prenne fin.

Toujours plus dans la théâtralité, soupira le démon au fond de sa tête.

Naruto l'ignora. Il ne se sentait pas bien.

En dehors du fait qu'il ne s'était que très peu nourri ces derniers jours, il se sentait..

Coupable.

Coupable, d'être dans cet état, coupable d'inquiéter autant Tsunade, coupable d'avoir donné son corps d'une manière où d'une autre à un parfait inconnu sans se battre, coupable d'être né. Sa tête bourdonnait comme une ruche pleine d'abeilles et toutes ne savaient que hurler coupable, coupable, coupable ! En une symphonie ininterrompue. Sa tête cogna contre le carrelage sale, moisi et craquelé de la douche.

— Assez, cria-t-il, le regard rougeoyant. Assez !

D'un pas tremblant, il s'extirpa de la cabine, s'agrippa au rebord de l'évier, ses yeux bleu céruléen fixés sur son reflet embué là, juste dans le miroir. C'était jaunâtre et pâle, à la manière d'une créature difforme dans la semi-lueur de la pièce. Le jeune homme frissonna, fut pris d'un reflux gastrique et se vida juste à temps dans la cuvette des toilettes. Dans sa tête, Kurama remua légèrement.

- Reprends toi, microbe. C'est pas en pleurnichant à tout bout de champ, que ton cas s'arrangera.

Si le blond ne répondit pas – trop occupé à vider son estomac – l'esprit y était. Comment la bête pouvait-elle songer un instant que tout pouvait s'arranger ? Tsunade avait essayé et échoué. Elle qui était un Shinobi de légende, elle avait échoué. C'était tout ce qu'avait retenu la tête de mule qu'était l'Uzumaki. Alors Kurama abandonna. Il avait mieux à faire que d'écouter un gamin pleurnicher à tout bout de champ sur la vie et le pourquoi de la misère du monde.

Lorsque Naruto eut fini de se préparer, il ferma la porte de son appartement, sans même prendre la peine de la verrouiller ; il n'avait rien de valeur chez lui de toute façon. Il enfonçant donc un bonnet noir sur sa tignasse blonde, s'arrêta le temps de zipper son blouson avant de filer sous la température froide de février. Une semaine qu'il n'avait pas fichu un pied dehors. Sept jours – presque huit – qu'il n'avait pas même donné un signe de vie à ses amis – à Kakashi. Peut-être était-il temps d'aller le voir ? S'excuser de son infâme comportement, et après ? Lui sourire, lui dire que tout allait bien ? Il n'avait jamais été un bon menteur. Allez savoir, n'importe qui pouvait repérer ses vaines tentatives à des kilomètres à la ronde. Un enfant de quatre ans se serait probablement montré plus persuasif que lui.

Un souffle tremblant lui échappa lorsqu'il darda ses iris bleus sur la devanture de son restaurant favori. Son estomac se tordit désagréablement dès lors que les arômes virent lui remplir le nez et il passa son chemin, la tête enfoncée dans les épaules. Ce n'était pas tant parce que Tsunade lui avait expliqué le concept des nausées matinales, que parce qu'il était trop déprimé pour avoir faim.

Te laisser crever n'est pas la solution non plus, imbécile. La vieille Senju te l'a dit. Ce truc va pomper tes forces. Tu dois manger pour vivre. Ne lui répète pas mais : elle avait raison. Tu n'es plus seul à présent.

Naruto pouvait sentir le sourire de la bête, même dans son esprit. Il se mit à la maudire de tout son être. Parfois, il lui arrivait de haïr profondément l'esprit du renard. Il n'était qu'une entité de Chakra, au mieux, un renard. Comment pouvait-il alors prétendre comprendre l'état d'esprit de son hôte ? Pour eux, un petit était un petit qu'il fallait protéger — du moins, pour autant que les êtres de Chakra puissent concevoir, ce dont Naruto était loin d'être sûr. Pour Naruto, la monstruosité était une abomination qui n'avait rien à faire là. Et si Tsunade n'avait rien pu faire pour l'en lester, il allait se débrouiller seul, comme il l'avait toujours fait. Ils voulaient tous qu'il passe à autre chose ? Et bien soit. Ils seraient exaucés. Un rictus narquois ourla la commissure de ses lèvres lorsqu'il se mit en route, direction les terrains d'entraînement.

Son manteau tomba à ses pieds, découvrant le haut en résille qu'il ne quittait que pour les nuits de sommeil, tandis que des clones apparaissaient devant lui par centaines. Les mots de ses professeurs n'avaient pas été plongés dans l'oubli. Il se servirait de ses clones pour augmenter son niveau. Kunaï en main, il ne fallut qu'un signe de sa part, pour que tous ses doubles plongent dans la mêlée. Le reste ne fut que coup, douleurs et corps se mêlant, transpirant et s'entraînant avec le sérieux d'un shinobi de niveau supérieur.