Bien la bonne journée à vous, jeune padawan !

Nous sommes mercredi, vous savez ce que ça veut dire : it's DRAMA time.

Merci à ceux qui ont suivis/fav l'histoire (j'espère que la prochaine étape c'est le lâché de reviews, vraiment je vous offre du fromage à raclette en échange ?) vous êtes des douceurs des îles.

Pour ce qui est des trigger warnings de chapitre : auto-apitoiement, idées noires, bastonnade légère, on est sur un chapitre de transition plutôt soft

Je vous rappel que : si vous vous sentez mal, déprimé, etc, cette histoire n'est peut-être (voir probablement) pas la bonne pour vous (moi-même je projette mon propre ouin-ouin dans mes écrits en vrai donc bon, ça va être la foire à la violence) bref : faites attention à vous, prenez soin de vous, buvez de l'eau et restez hydraté.

Pour celles et ceux qui se réveillent tous les jours en choisissant le chaos et les fanfictions où on ne vit que pour le drama : bonne lecture !

Le titre du chapitre proviens d'une chanson de Yūko Andō que je suis sûr, vous avez déjà dû entendre oof.


LETTING SINK HIS TAILS TIL THEY TRAILED IN THE DUST

III- SHOUGEKI


Mort. Il était mort de fatigue – quoique peut-être mort tout court en fait. Des muscles dont il avait ignoré l'existence jusqu'à présent lui faisaient désormais un mal de chien et il ne comptait de toute évidence pas son poignet qu'il venait de fouler et son genou qui, dans une des mêlées, s'était violemment retourné. À croire que le démon renard était trop occupé à ne rien foutre pour le soigner illico presto. Ou alors boudait-il parce qu'il l'avait coupé dans l'un de ses discours sur la parentalité ? Naruto ricana légèrement. Faut vraiment que je demande à Tsunade de m'apprendre le Ninjutsu médical, songea t'il en s'aidant de l'un de ses clones pour se relever. L'un d'eux le gratifia d'une tape entre les deux omoplates et le garçon faillit terminer le nez dans la poussière – une fois encore. Il jura méchamment et signa sans perdre de temps, la rupture du Kage Bushin. Les uns après les autres, ses clones disparurent, transmettant leurs connaissances nouvelles — et le lot de fatigue qui allait avec, évidemment —, à l'original. Et à cet instant seulement, Naruto remarqua l'ombre d'une silhouette perchée un peu plus loin, sur une branche d'arbre. La posture nonchalante de la personne ne lui laissa aucun doute quant à l'identité du Shinobi – il n'y en avait qu'un pour apparaître aussi ennuyé et fatigué, même assis confortablement, du moins aussi confortablement qu'on pouvait l'être, assis sur une foutue branche d'arbre.

Probablement, qu'en temps normal, il aurait accouru vers le génie – un sourire barrant sa tronche, les yeux pétillants et un discours d'ors et déjà préparé sur la manière dont il avait été génial lors de sa dernière mission – une mission de rang B, bon sang, alors que je suis toujours qu'aspirant haha ! – celle où il avait finalement été malade comme un chien. Cette foutue mission qui avait été le point de départ de cette mascarade. Alors ouais. En temps normal, il aurait agi différemment. Mais les temps avaient changé quoiqu'il en dise, et il ne fit même pas le moindre geste pour rejoindre son camarade. À la place, il détourna les yeux, ignorant la petite voix mesquine à l'arrière de sa tête – encore elle ! – qui riait bien trop fort au fin fond de son esprit.

Lâche. Lâche. Lâche. Lâche. T'es qu'un foutu lâche !

Il baissa les yeux sur son genou salement amoché, celui qu'il venait d'amôcher et qui semblait désormais hésiter entre prendre une teinte bleue ou jaune – voire violette. Naruto esquissa une grimace légère, pas vraiment habitué à voir son corps ainsi marqué. Ou peut-être que si ? Kyubi ne l'avait-il pas soigné depuis toutes ses années, celles-là même où les habitants avaient pris l'habitude de lui jeter toutes sortes de pierres au visage ? Il avait beau solliciter sa mémoire, il était incapable de s'en souvenir. Sans doute avait-il atteint ses limites pour la journée.

Sans surprise, Shikamaru finit par s'avancer, tout prévisible qu'il pouvait être, et vêtu de son éternelle tenue de chunin. Elle était propre, impeccable même. Sans doute venait-il de la sortir du placard. Ses mains étaient profondément enfoncées dans le fond de ses poches. Probablement qu'un jour il finirait par en bousiller le fond, à force de les solliciter, s'était distraitement dit Naruto sans pour autant accorder une miette de son attention au jeune homme. Avec un peu de chance, ce dernier allait simplement finir par s'en aller avant même d'avoir ouvert la bouche – Naruto pouvait presque déjà entendre un sermon. Ou alors lui demanderait-il comment il allait ? L'Uzumaki serra son poing contre son genou douloureux. L'étrange rictus sur son visage passa inaperçu puisqu'il tournait le dos à son camarade. Voilà qu'il en venait à se demander comment le génie réagirait s'il lui balançait tout de but en blanc, les ennuis dans lesquels il s'était foutu. Est-ce qu'il tomberait dans les pommes ? Un truc d'homme, assurément, face à la paternité. Ou devait-il dire, maternité ? Naruto souffla bruyamment. En combien de temps pourrait-il rassembler ses affaires et fuir, avant que Shikamaru ne reprenne ses esprits et ne gueule sur tous les toits que l'abomination de Konoha était de retour ?

Toujours porté sur l'auto-apitoiement à ce que je vois, résonna la voix du démon dans sa tête. Tu deviens franchement ridicule.

La partie rationnelle de son esprit était totalement d'accord. À poursuivre sur ce chemin, lui criait-elle, l'orphelin n'allait pas pouvoir faire demi-tour. Avait-il oublié ce que la haine pouvait faire à l'esprit humain ? Quant au côté irrationnel de ce même esprit.. Il était de tout cœur avec les récriminations du shinobi, voir plus encore. N'était-il pas en train de se demander si les conseillers pouvaient choisir de le mettre à mort pour une raison aussi bête qu'une grossesse ?

T'es con ? Si ça avait été le cas, ta mère serait morte avant que tu puisse voir le jour.

Certes, songea Naruto.

L'idée était là, quoi qu'il en soit.

« — Hé Naruto, on m'a dit que tu étais rentré de mission plus tôt, comment ça s'est passé ?

— Tranquille, mentis l'intéressé avec aplomb.

Un mensonge qui ne trompa personne vu le haussement de sourcils de l'autre garçon. Naruto l'ignora, poursuivant avec la délicatesse d'un Gamabunta sauvage dans un magasin de porcelaine.

— Tu me voulais quelque chose en particulier ?

— Oui. Non. Est-ce que tout va bien ?

— Pourquoi ? Est-ce que t'es devenu enquêteur dernièrement ? demanda l'hôte du démon avec la moindre des politesse agrémenté d'un sourire des plus forcé que l'on aurait aisément pu qualifier de sarcastique.

Son mouvement de recul demeura imperceptible, mais il était désormais clair pour Shikamaru, que quelque chose clochait avec Naruto. Bon sang. L'avoir sur le dos toute la journée en mode joyeux luron était une plaie. Mais alors lorsqu'il était dans ses mauvais jours. Ugh. Il en devenait aussi aimable que Neji. Ou l'autre Uchiha, tiens.

— Pas vraiment, répondit lentement le jeune Nara sans détacher son regard de la silhouette de son ami.

Il ne le dit pas de vive voix, mais Naruto fut certain que l'autre garçon était en train de souffler des galères à tout bout champ. Cela le défroissa à peine.

— On part pour quelques jours en mission avec Ino et Choji. Éventuellement, nous aurions besoin d'une paire de bras supplémentaire. Si t'es disponible, je veux dire. Je sais que Sakura a encore des journées à plier à l'hôpital et comme Sai est occupé dieu sait où.. Bref.

Shikamaru leva une main qu'il passa dans sa tignasse ébourriffée. Si Naruto ne venait pas à lui, alors il se démerderait pour lui tirer les vers du nez, d'une manière ou d'une autre.

— Tu es le bienvenu si tu veux, si tu n'es pas trop occupé à.. (il jeta un regard à la tenu débraillé de l'autre shinobi) te bousiller par exemple. »

Il y avait un sourire moqueur fiché sur sa bouche. Naruto avait beau savoir qu'il n'y avait rien de cruel, il ne put s'empêcher de rouler un peu des yeux. Peut-être même qu'il grogna un peu au passage, pour le plaisir de le faire.

L'idée d'envoyer Shikamaru voir ailleurs s'il y était, le démangeait. Seulement, la proposition était intéressante. Une mission. C'était exactement ce qu'il avait besoin pour se changer les idées.

À condition que tes nausées te fichent la paix.

Il ignora la bête dans son esprit.

Qu'avait-il à perdre à accepter ?

Certainement pas la raison, songea-t-il pince sans rire. Il était presque certain qu'elle s'était déjà fait la malle et ce, avec son bon sens et tout ce qui allait avec. Naruto adressa une parodie de sourire à Shikamaru.


Finalement, voilà qu'il s'était retrouvé embarqué avec le trio Ino-Shika-Cho pour une mission dont il n'avait pas même pris la peine d'écouter les détails. Shikamaru lui avait promis de la baston et au final, c'était tout ce qui comptait – et le jeune Nara l'avait bien compris. Probablement même qu'il en avait touché un mot aux deux autres, puisque ni la blonde, ni le roux, ne firent le moindre commentaire quant à la tronche avec laquelle il débarqua. Pourtant, la surprise avait été telle.. Un Naruto qui ne souriait pas, ça n'était pas forcément signe de mauvais présage. C'était un Naruto probablement boudeur, n'ayant pas eu sa ration de ramen quotidienne, ou dieu sait quoi d'autre.

La surprise avait été d'autant plus.. Surprenante lorsque le blond s'était ramené dans une tenue sobre. Ino n'était pas même sûr que le blond eut un jour eu connaissance du code vestimentaire du parfait Shinobi – ou bien même de la signification du mot sobre. L'orange avait tendance à indiquer en gros et gras un genre de coucou, je suis là, attaquez moi, je suis une cible géante, totalement suicidaire ! Parfois, elle se demandait ce que Kakashi avait eu en tête en le laissant se vêtir de la sorte. Et pourtant, voilà qu'il débarquait uniquement vêtu de noir. De quoi retourner n'importe quel petit cœur bien trop peu accroché. Est-ce qu'elle avait mentionné que cette tenue lui donnait l'air d'un sac ? Genre, encore plus que d'habitude ? C'était comme si le blond s'était employé à minutieusement cacher toutes les formes qu'il n'avait pas. Elle soupira. Naruto était un type étrange, décida-t-elle en lorgnant sur l'étrange accoutrement.

Son bandeau noir avait été noué un peu de travers autour de son front. Aucun changement de ce côté-là. Ce qui suivait était plus inhabituel, enfin, pour toute personne pouvant se targuer de connaître Uzumaki Naruto et par extension, son amour pour les couleurs voyantes. Il portait ce qui semblait être le t-shirt à col haut et aux manches démesurément longues des Jonin de Konoha. Le tissu flottait clairement autour de son corps, formant des bourrelets difformes que la kunoichi était pourtant persuadé qu'il n'avait pas et ce malgré son alimentation plus que déséquilibrée. Son pantalon était tout aussi sombre et fourré dans une paire de sandales réglementaire de même couleur. La seule chose qui n'était pas totalement noire, était le blason d'Uzushio, le tourbillon, cousu sur chacune de ses épaules, d'un rouge sanglant.

C'est déprimant, décida la jeune femme.

Il avait l'air de se rendre à un enterrement ou quelque chose d'équivalent. Ça ne le mettait même pas en valeur, parce que la couleur contrastait avec ce visage trop pâle. Et ça non plus, ça n'était pas normal, parce que Naruto avait toujours eu un grain de peau plus sombre, comme doré par l'éclat du soleil. Un truc ne tournait décidément pas rond chez lui.

Il doit sûrement penser à Sasuke, pour changer !

Ce fut le coup de coude de Shikamaru à peine discret qui l'a sortie de sa séance de relookage. Elle héla aussitôt son compagnon d'armes, les sourcils haussés :

« — T'as enfin brûlé ta monstruosité orange ? »

Elle rit de ses propres mots, sans même remarquer l'air soudain un peu figé de son camarade dont la petite voix à l'arrière de sa tête qui n'avait rien à voir avec celle de son démon, bourdonna comme un essaim d'abeille, un bourdonnement parano. Que venait-elle de dire ? Venait-elle de l'appeler..

Non, se reprit-il rageusement. Mon pauvre, tu perds totalement la boule. Ça suffit les bêtises ! Tu vas finir parano à ce rythme !

Il s'efforça d'étirer ses lèvres en un sourire enjoué. Il eut l'air d'avoir avalé un citron, mais personne ne fit de commentaire.

« — J'ai ruiné les dernières fringues que j'avais, alors Kakashi m'a laissé emprunter deux trois affaires. Faut que je pense à en racheter.

Ce qui était un gros mensonge, mais ça, le trio n'avait pas besoin de le savoir. Il s'était introduit chez son maître sans l'autorisation de ce dernier, pour lui voler un t-shirt, un pantalon et une paire de gants qu'il enfila, à peine surpris de voir qu'ils étaient à sa taille. Ils ne s'étaient toujours pas adressé la parole après tout, ou plutôt : Naruto s'était fait un devoir d'éviter son professeur à tout prix. L'idée de voir le dégoût s'inscrire sur le visage de Kakashi lui donnait la nausée. Il ne préférait donc pas tenter cette chance qu'il n'avait pas et tant pis si à cause de ça, le kyübi se payait sa tronche tous les quatre matins.

— Racheter.. Pas moyen que tu portes ça un jour de plus Uzumaki Naruto ! C'est pas parce que ton vieux pyjama ne doit pas te coûter les yeux de la tête, qu'il faut pour autant dilapider ta paye là-dedans. Sans rire, tu te trouveras jamais de petite copine comme ça, t'es au courant ?

— Mais qu'est-ce qu'elle raconte encore, demanda Shikamaru à personne en particulier.

Choji qui l'avait entendu, haussa les épaules. La plupart du temps, le garçon se contentait de faire semblant d'écouter sa coéquipière. C'était mieux ainsi que de risquer un débat stérile qui, la plupart du temps, terminait en dispute. Dieu sait qu'il n'avait pas l'énergie pour ça.

Naruto de son côté, dévisagea longuement la jeune fille.

— Désolé, dit-il. Je n'avais pas réalisé que tu étais devenue spécialiste des relations amoureuses. Comment se porte ton mec, puisque tu en parles ?

C'était mesquin. Il le savait. Elle comme Sakura n'avaient eu d'yeux que pour Sasuke pendant des années. Il savait de sources sûres que les sentiments de sa coéquipière n'avaient pas changé avec le temps. Quant à Ino.. Et bien. Il ne l'avait jamais vu parader au bras d'un type.

C'est son caractère de cochon.

— Meh, fit Ino. »

Elle n'élabora pas plus que cela, touchée dans sa fierté. Naruto haussa les épaules. Il ignora le renard dans sa tête, qui le félicita d'être une telle ordure. Est-ce que c'était lui qui était venu lui chercher des poux ? Non. Qui sème le vent, récolte la tempête, dit-il à l'attention du démon. Tu ferais mieux de t'en souvenir. Puis il coupa la communication.

Le silence était retombé, là, devant les portes du village. Naruto, les yeux baissés sur le sol, poussa un soupire avant de se mettre à vérifier son stock de matériel qui, comme d'habitude, avait été rangé dans les pochettes accrochées à sa taille. Il étira ensuite son genou et ses épaules encore légèrement courbaturés. Le kyûbi avait certes guéri le plus gros de ses blessures, mais la douleur demeurait présente, bien que minime. Rien de dérangeant, vraiment. Il avait vu pire.

« — Bien, on attend plus que Choji et.. Ah, le voilà, on va pouvoir se mettre en route alors. »

Naruto n'avait pas même remarqué que le garçon avait filé. Voilà qu'il revenait désormais avec le sac de provision – pas sûr que ce fût une bonne idée de le lui confier, se dit-il, ainsi que le matériel de premier secours qu'il refila à la spécialiste du groupe. Après quoi, ils se mirent en route.


Shikamaru essuya le sang qui perlait au coin de ses lèvres en un mouvement presque synchronisé avec Naruto – qui ne se fit absolument pas prier pour jurer comme un charretier et si Ino sembla s'offusquer, elle eut le bon sens de garder sa bouche fermée. À quoi bon énerver le ninja le plus imprévisible de Konoha avec des récrimination vis-à-vis de la façon dont il s'exprimait.. ? Ou alors le get happen dans lequel ils étaient tombés, aidait pas mal à lui clouer le bec, allez savoir ?

« — Je ne vais pas.. tenir.. éternellement, souffla Choji un peu plus loin, dont la main avait triplé de volume, tentant tant bien que mal de retenir la horde de foutu Shinobi et ce, bien que le terme gamin dut en réalité être plus approprié, qui s'était jetée sur eux à peine la frontière de Kusa franchise.

Le truc, c'était qu'ils n'étaient pas si mauvais en dépit de leur taille ridicule et de leur jeune âge. Évidemment, aucun d'entre eux n'avait réellement répliqué, même lorsqu'une pluie de shuriken avait commencé à s'abattre sur leur petit groupe hétéroclite. Ils avaient beau être Shinobi, l'idée de taper sur des gosses avait tout de même de quoi les déranger au moins un peu, loin d'être insensible qu'ils étaient.

— Merde, jura Shikamaru lorsqu'il reçut un coup de boule dans le creux de ses côtes – probablement un petit malin qui avait dû profiter de l'attention des adolescents portée sur le plus gros groupe, pour filer en douce.

— Ils ont bouffé un lion ou quoi ? Renchérit Ino en repoussant une petite brune du plat de la main.

Une horde de lions, ouais, devait être la pensée commune lorsque l'ananas décida qu'il en avait assez de se faire maltraiter par des gosses de dix ans, douze ans tout au plus. Il adressa un regard lourd de sens à Choji qui annula sa technique sans même broncher. L'instant d'après et avant même que le chef de l'équipe ait eu le temps de leur indiquer la marche à suivre, un Naruto au summum de l'agacement débarqua haut les cœurs, ses clones de l'ombre sur les talons. De toute évidence, vu l'avalanche de coups qui tomba, leurs compagnon devait être à des kilomètres de se soucier de la santé des futurs Ninja. Aussi les assomma-t-il tous, les uns après les autres.

— Mis en difficulté par des bambins en couche culotte, non mais je rêve, marmonna Ino en jouant du bout de ses sandales contre une tête – il fallait bien vérifier qu'ils étaient tous hors-jeu non ? Pas moyen que je mentionne ça dans mon rapport.

Choji croqua dans une chips, hochant alors vivement la tête, sous le regard blasé du plus haut gradé. Bah, voyon.. j'aurais l'air de quoi moi, si je suis le seul à mentionner ces gamins ? Son regard s'attarda sur Naruto. Il était plié en deux, les mains sur les genoux, la respiration lourde. Shikamaru resta sagement en place. Il était évident que quelque chose ne tournait pas rond. La rage qu'il avait mis dans ses coups en était un bon indicateur. Il avait déjà vu son ami être agacé au point de frapper fort. Là, ça avait été un carnage. Il ne savait pas s'il devait être soulagé ou non, de savoir l'ennemi encore en vie.

« — Remettons-nous sans tarder en route. Dieu sait si les renforts ont prévu d'arriver. Je n'ai pas envie de voir à quoi ça pourrait ressembler. »

Ils obéirent comme un seul homme.


Ils avaient fini par poursuivre leur chemin en direction de la frontière d'Ame, bien après avoir délaissé les non-cadavres de leurs assaillants pourrir dans la terre – il ne fallait pas non plus compter sur eux pour ramener les gosses bien au chaud chez leurs parents non plus hein – et sous une pluie torrentielle. Ça avait grandement amusé la grande blonde du groupe, que de constater qu'il n'y avait réellement qu'un pas entre la pluie et le beau temps, situé à l'exacte frontière entre Kusa et Ame. Un truc de dingue, qu'elle avait haussé joyeusement, avant de rendre compte que la pluie mouillait décemment un peu trop, pour son propre bien. Résultat, voilà qu'ils avaient dû stopper leur avancée pour quelques heures, histoire que l'orage passe. Parce qu'avec la brume caractéristiques des orages diluviens du Pays de la Pluie, il n'y avait pas moyen d'y voir à plus de trois mètres, ce qui, pour tout bon shinobi pas trop suicidaire sur les bords, était franchement embêtant.

L'avantage, c'était que Shikamaru et son équipe allaient pouvoir se reposer réellement, dans des conditions bien plus agréables qu'une simple couchette au coin d'un feu de camp. Ils avaient mis trois jours pour sortir du pays du feu, puis quatre autres pour traverser Kusa malgré le fait que la contrée ne fusse pas si grande. En bref, après une grosse semaine de camping sauvage – dormir à la belle étoile, c'est bien, une fois, voir deux. Après ça, ça devient chiant, avait marmonné Choji qui s'était réveillé le troisième matin avec le dos douloureux – personne n'avait eut l'air de rechigner à l'idée de dormir dans un lit, peu importe que les matelas fussent au final trop mou, les oreillers trop peu épais et les couvertures traînant avec elles, une odeur d'humidité.

Ainsi donc, le quatuor avait pu bénéficier d'un bon repas chaud fait maison, d'après la jolie serveuse, qu'ils avaient dégusté au coin d'un feu avant de filer se réfugier dans la chambre qu'ils avaient réservé (et que Shikamaru avait payé de sa poche si vous vouliez tout savoir) ce soir-là. Ils étaient peut-être jeunes, mais pas assez stupides pour discuter des détails d'une mission à la vue et aux oreilles de tous. Installés autour d'une petite table basse, Choji avait entrepris de disposer sur cette dernière quelques-unes de leurs affaires, notamment une carte du monde dans sa généralité et d'autres plus petites qui semblaient détailler même les routes les plus étroites, perdues et/ou secrètes.

« — Nous sommes censés rencontrer Asuma demain aux alentours de midi, indiqua l'héritier du clan Nara, en pointant sur la carte, un lieu entouré de rouge. Ça risque d'être un peu compliqué par ailleurs, puisque nous avons été retardé..

Ino grimaça aussitôt en souvenir de sa fierté bafouée face à la bande de gosses.

— Maintenant que tu le dis, intervient Naruto, c'est vrai qu'Asuma ne vous quitte pas en temps normal. Comment ça se fait que vous ayez été séparés ?

— Peut-être que si tu avais pris la peine d'écouter le briefing, Naruto, tu aurais su que Sarutobi-sensei avait d'importants documents à récupérer. »

La bouille troublée du mort-dernier de Konoha étira un souffle ennuyé au grand génie. Bien sûr qu'il avait noté que le Ninja-Le-Plus-Imprévisible-Du-Monde n'était guère dans son assiette récemment. Pour ainsi dire, il n'avait quasiment pas ouvert la bouche de tout le chemin – soit sept jours, au rappel – lui qui habituellement, semblait éprouver de grosses difficultés à la boucler plus de cinq secondes. Même Ino avait remarqué que quelque chose clochait avec leur ami, elle qui était du genre égocentrique à ses heures perdues pourtant. Alors oui, Uzumaki Naruto n'allait pas bien. Mais était-ce pour autant une raison pour ignorer les ordres de missions, se la jouer tête en l'air ? Non. Pas quand il y avait des vies en jeu – les leurs autrement dit, celle d'Asuma et de Dieu savait qui d'autre. Il reprit posément, quoique s'adressant toujours au blond, déçu.

« — Un des indics de la Racine nous a signalé une activité étrange venant d'un groupuscule se faisant appeler l'Akatsuki aux alentours d'Ame. Ce nom t'es probablement familier, puisque tu as rencontré deux de leurs membres il y a quelques années avant que Sasuke ne déserte.

Naruto se crispa, vieil automatisme, s'attendant à ressentir une vague de tristesse douloureuse. Il n'en fut rien, le laissant quelque peu désarçonné, bien qu'il s'efforça de ne rien laisser paraître. Il fit signe à Shikamaru de poursuivre.

— Enfin bref. Selon nos informations, l'Akatsuki serait en train de prévoir quelque chose de gros. De ce que ce type nous a dit, leur système de communication se ferait par roulement. L'un d'entre eux laisse un message dans un endroit un peu paumé avec les indications quant au lieu du message suivant, etc. Après quoi, les membres n'ont plus qu'à passer les uns après les autres, récupérer les informations et tout ce qui va avec.

C'était à la fois plutôt malin et à la fois totalement con s'était dit le génie. Mais qui pouvait se targuer de savoir ce qui se tramait dans la tête de ces types ?

— Est-ce que tu es en train d'insinuer que si l'on repère l'une de leurs planques, elle nous donnera accès à toutes les suivantes ?

Shikamaru opina un mouvement de la tête. Voilà, entre autres, pourquoi il avait trouvé ce système un peu.. Insensé. Pour un groupe de Shinobi Déserteurs hautement recherchés par leurs villages respectifs, laisser l'endroit où ils seraient susceptibles de passer récupérer un futur message, à la vue de tous, c'était juste profondément bête.

— Et le contenu des messages ?

— Aucune idée. Comme je l'ai dit, il s'agit d'une première touche et le message, s'il existe, est probablement codé. Quoiqu'il en soit, notre mission est de l'apporter sain et sauf, de préférence avec Asuma, à Konoha afin que nos professionnels puissent le déchiffrer. »

En bref, le trio espérait surtout ne pas tomber face à face avec Itachi Uchiha, ou pire, Hoshigaki Kisame. Ils avaient beau être numériquement supérieurs, Shikamaru savait que même avec une excellente stratégie, l'idée même de battre l'un de ces deux monstres – ou pires les deux en même temps – était quasi nulle, voire passible d'une mort certaine.

Sur cette note joyeuse, ils décidèrent d'aller se coucher. Restait plus qu'à décider qui écoperait de qui comme compagnon de nuit. Le trio n'avait jamais eu le moindre souci à l'idée de partager un lit à deux ou parfois même, à trois. Ils se connaissaient depuis qu'ils étaient gamins et se faisaient tous aveuglément confiance. Que ce soit Choji ou bien Shikamaru, l'idée d'esquisser le moindre geste suspect à l'encontre de la fille du groupe, ne les avait jamais effleuré et inversement. Ino n'avait jamais songé à quoique ce soit d'inapproprié lorsqu'elle partageait la couchette des garçons. Elle les considérait comme ses frères et inversement. L'ajout de Naruto au trio n'était.. qu'un vague bonus. Il était Naruto, après tout. Les trois lurons doutaient qu'il sache même comment se servir de sa main gauche, alors dormir avec l'un des trois..

« — Si monsieur ne ronfle pas, brailla joyeusement Ino, je le prends !

Le suscité 'monsieur' haussa les sourcils bien haut, plus perplexe que jamais. Ino et lui.. ils ne s'étaient jamais réellement parlés, d'accord ? Comme Sakura, il savait la jeune Yamanaka totalement accro à son ancien camarade et ne l'avait jamais entendu parler d'autre chose que des garçons et des fleurs. Ouais, elle savait à peu près se battre — des techniques intéressantes, avait-il jugé. Ils étaient amis, mais de là à lui sauter dessus pour la nuit — en tout bien tout honneur bien-sûr — ça avait de quoi le surprendre.. Il était.. Naruto, après tout. Le type qu'on évitait en général, parce qu'il causait trop, parce qu'il était gênant et tout ce qui s'en suivait. Ses potes n'étaient-ils pas que de vagues connaissances, après tout ?

Je ne sais pas si je dois être impressionné par ta capacité de réflexion ou blasé de constater que t'es encore parti dans une de tes récriminations mentales, lui souffla la voix du renard.

Une voix qu'il s'efforça d'ignorer tant et si bien qu'il en oublia de répondre à Ino. Sans en prendre ombrage, la jeune fille leva néanmoins les yeux au ciel, sa tignasse pâle décrivant un arc quasiment parfait lorsqu'elle tourna les talons.

— Laisse tomber. Je vais me coucher, salut !

Il y eut un moment de flottement durant lequel les garçons échangèrent un regard un peu incertain. Shikamaru finit par hausser les épaules.

— Quelle galère cette fille.. M'enfin. Choji tu rejoins Ino ?

L'intéressé eut l'air surpris de la demande. Shikamaru savait parfaitement qu'Ino et lui dans une même chambre pour la nuit, c'était une catastrophe. Il ronflait en plus de ne pas savoir dormir sans bouger. Un cauchemar pour la blonde, en outre. Alors ouais, il dormait souvent avec elle, mais ça signifiait généralement le lendemain, qu'elle serait insupportable et passerait la journée à grogner contre ses deux coéquipiers.

— Euh.. Je ne suis pas sûr que..

— Choji. Ino t'attends, répéta le chef d'équipe avec un regard appuyé sur l'adolescent rondouillard. »

À peu près à cet instant, Naruto compris que l'attention du Nara était tout autre que d'ennuyer la seule fille de l'équipe. Il n'y avait qu'à jeter un regard à sa tronche de génie. Il avait beau avoir un QI élevé, ça n'était pas pour autant qu'il parvenait à camoufler entièrement ses intentions. Et pour le coup, Naruto trouvait qu'une odeur de nervosité mêlée de détermination flottait dans l'air. Probablement que s'il n'avait pas été occupé à dévisager Shikamaru, Naruto aurait pu se poser des questions sur le fait que, bordel de merde, il parvenait à sentir les émotions des gens comme si elles avaient une foutue odeur. Or, il ne le remarqua pas vraiment, pas tout de suite du moins. À la place, il sauva ses fesses d'un probable interrogatoire en bonne et due forme.

« — Ça ira Choji, entre ronfleurs on devrait pouvoir s'entendre, dit-il en forçant un sourire malicieux sur son faciès.

L'intéressé sembla soulagé et s'empressa aussitôt d'aller poser ses affaires sur l'un des deux lits simples présents dans la pièce. Shikamaru, s'il eut l'air mécontent, hocha distraitement la tête, sans pour autant déclarer forfait.

— Bien, souffla-t-il en plongeant ses mains dans les poches de son uniforme. Est-ce que je peux te voir deux minutes, Naruto ? En privé.

Le sus-cité échappa un bâillement plutôt convaincant, alors qu'il détachait son bandeau frontal, qu'il balança sur son matelas, près de la fenêtre.

— Désolé, je suis crevé Shikamaru. On en parlera demain si tu veux.

— Naruto tu es..

— .. crevé, qu'il répéta avant d'ajouter d'un ton sans appel: à demain. »

Ainsi tourna-t-il les talons, s'enfermant sans trop tarder dans la salle de bain minuscule qui jouxtait sa chambre pour une nuit. Le front posé contre le battant de la porte, l'Uzumaki songea qu'il n'en avait pas fini de fuir l'autre adolescent. Tous deux savaient que l'autre garçon était têtu. Si l'un de ses amis avait un souci, il ne lâcherait pas avant de l'avoir résolu. Autrement dit, il risquait de l'avoir sur le dos encore un long moment. Combien de temps ? Le blond n'en avait aucune idée. Ce qui était sûr, c'est qu'il allait devoir donner du sien pour fuir le génie dès que possible, où il ne doutait pas qu'il finisse par découvrir le pot-aux-roses.