« Vous avez couché ensemble dans mon lit ?! s'exclama Mary, un poil dégoûtée.

- Je suis désolée, s'excusa Lily en grimaçant légèrement.

- Non, JE suis désolée, reprit Mary en se levant d'un bond. Je suis vraiment désolée pour toi, Lily. Tu as des sentiments pour lui, je veux dire, c'est flagrant maintenant, et il est avec Marlène. Pourquoi est-ce que tu n'as rien dit avant ? »

La jeune femme rousse déglutit, tripota sa housse de couette nerveusement pendant plusieurs secondes, les yeux rivés sur ses doigts.

« Avant, c'était déjà trop tard, avoua t-elle. J'ai l'impression que je ne me suis rendue compte que je l'aimais bien seulement quand Marlène en a parlé dans le dortoir. C'est horrible, c'est égoïste, j'avais... J'avais envie de le garder pour moi et...

- Mais pourquoi tu ne le lui as pas dit, à lui, cette nuit là ? la coupa Mary, curieuse.

- Je n'en sais rien, Merlin, c'est James Potter, je... J'imagine que j'avais peur et... J'ai bien pensé à lui en parler plus tard, mais une semaine après, il s'affichait déjà avec Marlène, et je ne pouvais pas lui faire ça à elle. Elle est tout le temps si gentille et... Imagine l'ambiance que cela aurait mis à Gryffondor. »

Mary hocha lentement la tête et fit les cent pas dans la chambre avant de s'arrêter devant la fenêtre. C'était l'une des plus haute de la tour Gryffondor, elle offrait une vue imprenable sur le parc et le terrain de Quidditch. Lily aimait bien s'y asseoir le soir, juste le temps du couché de soleil. La forêt interdite semblait tellement moins effrayante quand elle baignait dans des lumières chaudes...

« Je ne comprends pas comment vous avez pu partir chacun de votre côté après ça, ajouta Mary, songeuse.

- C'était clair entre nous. Je lui ai dit qu'il y avait Marlène et que je ne pouvais pas lui faire ça. On a gardé le secret, simplement.

- Jusqu'à aujourd'hui, lui fit-elle remarquer. Pourquoi ?

- Parce que c'est bientôt la fin, commença Lily. Poudlard, dans quelques semaines, ce sera terminé, et James et moi, on partira chacun de notre côté. Je ne le reverrai peut-être pas, je veux dire... Il n'y a pas grand chose qui nous lie...

- Je pense que si tu me l'as avoué, c'est parce que tu veux mon avis. Tu veux savoir s'il faut que tu fasses quelque chose.

- Je ne vois pas ce que je pourrais faire, soupira t-elle.

- Il est dehors. »

Mary avait tapoté doucement la vitre et lancé un regard si criant à Lily que la jeune femme sentit une énorme boule se loger dans sa gorge.

« Qu'est-ce que tu attends ?

- Mary, il est en couple avec Marlène.

- Tout le monde sait qu'ils ne sont pas faits pour durer.

- Tu étais la première à dire qu'ils allaient bien ensemble, pointa Lily en lui jetant un regard dépité.

- Oui, c'est vrai. Et je pensais que ça te ferait réagir. Merlin, tout le monde pensait que tu allais réagir en les voyant tous les deux. Je ne me doutais pas une seconde de ce qu'il s'était passé entre vous à ma soirée d'anniversaire, mais l'attirance, je savais. J'ai vu comment tu le regardais en classe. Depuis la sixième année, je vous ai vu vous rapprocher. J'en ai même parlé avec Marlène, juste avant qu'elle ne sorte avec James. Elle m'a demandé si je pensais que cela te blesserait. Je lui ai dit que je ne savais pas parce que tu ne disais rien. J'essayais de t'en parler parfois, mais dès que son nom venait dans la conversation, tu te refermais totalement.

- Tout le monde ? Marlène ? répéta Lily, hébétée.

- James Potter te courait après, on pensait que tu finirais par lui dire oui quand vous vous êtes rapprochés en sixième année. Tu ne l'as pas fait. Marlène s'est dit que tu le considérais seulement comme un ami, et je crois qu'il s'est fait à cette idée lui aussi. Je t'ai donné mon avis sur la question quand je t'ai dit qu'il était dehors. Tu dois lui parler, affirma t-elle en se plantant solidement devant Lily.

- Mais Marlène...

- Oh crois moi, Marlène n'a pas envie de finir sa vie avec quelqu'un qui pense à une autre à chaque fois qu'il la touche ou à chaque fois qu'il l'embrasse. Aucune fille n'a envie de cela. »

Lily resta immobile pendant une minute, perdue dans ses pensées, et lorsqu'elle se leva enfin de son lit, ce fut seulement pour se déplacer jusqu'à la fenêtre. Elle se pencha légèrement et le vit, des dizaines de mètres plus bas, en train de s'amuser avec Sirius Black. Des éclairs de lumières jaillissaient de tous les côtés, et plusieurs élèves couraient pour aller se mettre à l'abri.

« Merlin, ils sont en train de se battre en duel... Combien de points vont-ils encore nous faire perdre ? murmura t-elle en levant les yeux au ciel.

- Raison de plus pour aller le voir, préfète en chef, commenta Mary en chantonnant. »

Lily ne prononça pas un mot, elle continua à les observer pendant cinq bonnes minutes, espérant qu'ils cesseraient, et quand elle réalisa qu'ils ne savaient jamais s'arrêter quand il le fallait, elle soupira et descendit les marches du dortoir quatre à quatre.

Elle croisa Rémus Lupin et Peter Pettigrow à l'entrée du château. Ils semblaient tous les deux être en plein pari, elle secoua la tête d'un air désapprobateur quand le regard de Rémus croisa le sien, et elle continua sa route vers les deux autres maraudeurs. L'un était partiellement dissimulé derrière la cabane d'Hagrid, et l'autre avait trouvé refuge derrière un arbre de la forêt interdite. Elle dégaina sa baguette et s'arrêta quand une lumière rouge lui frôla le nez.

« Black ! Si tu essaies encore une fois de me stupéfixer, je te jure que je te change en poulet et que je te sers aux Serpentards au déjeuner ! s'égosilla t-elle.

- Toutes mes excuses, Evans ! s'écria t-il. Ce n'était pas toi que je visais.

- Ça suffit. Si un professeur débarque, vous... »

Elle fut coupée dans sa phrase par un nouveau sort qui passa, cette fois, à un centimètre de son oreille. Elle s'apprêtait à hurler de nouveau sur Sirius Black lorsqu'une main se referma autour de son poignet et l'attira vivement à l'orée de la forêt interdite.

« C'est juste un petit entraînement, lui expliqua James lorsqu'il l'eut mise à l'abri, tout en fixant l'exact endroit où était supposé se tenir son meilleur ami.

- Combien de fois faudra t-il encore que je te dise que ce genre d'entraînement est strictement interdit dans l'enceinte du château ?

- Pas beaucoup, la fin de l'année approche à grands pas.

- Bon sang, James, tu es préfet en chef, dis-lui d'arrêter, lui ordonna t-elle alors qu'un nouveau sort passait entre eux.

- Il ne s'arrêtera que lorsque l'un de nous aura perdu. Ecoute, je vais partir en courant sur la gauche, il va être obligé de sortir de sa cachette pour m'avoir, tu n'auras qu'à le pétrifier à ce moment là.

- Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans le mot interdit ?

- Je ne te pensais pas si froussarde, lui répondit-il simplement en lâchant un rire amusé.

- Je ne suis pas froussarde, je ne tiens juste pas à me retrouver en retenue juste parce que vous ne voulez pas cesser votre jeu stupide.

- Aucun professeur ne vient là le matin. Ça ne risque rien. On est là depuis une demie heure, et Peter et Rémus montent la garde.

- Ils vous ont certainement bien prévenu quand ils m'ont vue arriver... ironisa t-elle.

- Hé, fais comme tu veux, moi j'ai un duel à gagner ! »

Elle tenta de lui attraper le bras pour le retenir mais il se faufila habilement entre les arbres et en émergea en courant à toute vitesse. Une seconde plus tard, Sirius Black surgit également de derrière sa cachette et se mit à pourchasser son ami dans le parc, baguette tendue devant lui. Des sorts de toutes les couleurs passaient devant les yeux dépités de Lily qui finit par se montrer à son tour et par faire exactement ce qu'elle n'avait aucune intention de faire.

« Petrificus Totalus ! »

Le sort toucha Sirius Black dans le dos. Elle n'avait vraiment aucun honneur à en retenir, elle le savait, mais elle avait rêvé de ce moment pendant six longues années, et lui jeter enfin un sort qui lui permettait de le faire taire était véritablement beaucoup plus jouissif que tout ce qu'elle avait imaginé.

« Mademoiselle Evans ! Par la barbe de Merlin ! Qu'est-ce qu'il vous prend ?! Jeter un sort à un autre élève... Enfin ! Que vous est-il passé par la tête ?! s'exclama le professeur Slughorn qui venait de sortir de la forêt interdite à son tour, un tas d'herbes de toutes sortes dans les bras.

- Je... Professeur, je... Je suis navrée, bafouilla t-elle, écarlate.

- Eh bien, eh bien... Je suppose que Black avait dû le chercher, n'est-ce pas ? reprit le vieil homme en jetant un coup d'oeil suspect vers le maraudeur en question. Allons... Ne faites pas cette tête, jeune fille, vous n'avez tué personne. Finite ! »

Il avait pointé sa baguette sur Sirius qui s'était immédiatement relevé et avait discrètement rangé sa baguette dans sa poche de derrière avant de saluer le professeur de potion, une étincelle de malice dans les yeux pendant que son meilleur ami revenait vers lui en trottinant.

« Black, vous avez de la chance que je me lève tôt pour aller cueillir des ingrédients... Rentrez maintenant, et cessez d'importuner mademoiselle Evans.

- Mais, professeur, c'est elle qui...

- Dépêchez vous avant que je ne vous envoie en retenue ! le sermonna le professeur. Potter, vous voudrez bien l'accompagner ? »

Le jeune homme acquiesça, lâcha un rire discret et un « chouchoute ! » qu'il dissimula derrière une toux douteuse pendant que Sirius pestait, et ils se dirigèrent tous les deux vers Rémus et Peter qui les attendaient à l'entrée du château. Lily se hâta de les rattraper, et lorsqu'ils furent enfin arrivés dans la salle commune, elle appela James.

« Tu nous suis, Evans ? Tu veux encore me faire du mal, c'est ça ? l'interrogea Sirius en se laissant négligemment tomber sur l'un des canapé.

- C'est toi qui a commencé à jeter des sorts, je te rappelle, et si tu avais arrêté dès que je te l'avais demandé, nous n'en serions pas arrivés là.

- Je n'arrive toujours pas à croire que tu m'aies eu, et que c'est quand même moi que Slughorn a voulu mettre en retenue. Qu'est-ce que tu lui as fait, Evans ? Est-ce que ces bonnes notes en potion cachent quelque chose ? reprit-il avec un sourire narquois.

- Ca dépend, Black. Est-ce que les bonnes notes de ton meilleur ami dans toutes les matières cachent quelque chose ? répliqua t-elle sur le même ton. »

Le jeune homme poussa un bruyant rire et leva son pouce en l'air pour toute réponse pendant que James observait la scène d'un air détaché.

« Tu voulais me parler ? lui demanda t-il quand sa petite discussion avec Sirius sembla close. »

Pour la première fois ce jour là, il posa les yeux sur elle, et elle se sentit aussi misérable que toutes les autres fois où il l'avait fait depuis un an. Il lui manquait. Chaque parcelle de lui lui manquait. Elle n'avait pourtant eu qu'une seule nuit pour apprendre à les connaître, mais elle les avait mémorisé, et elle s'en souvenait à chaque fois que ses yeux se braquaient sur elle, et c'était horrible parce qu'elle n'était pas celle qui avait le droit de les toucher.

Parfois, ils échangeaient un regard au déjeuner ou au dîner, dans la Grande Salle, et elle avait l'impression qu'il se remémorait, lui aussi, cette nuit qu'ils avaient passé ensemble. Elle le sentait jusque dans la plus infime partie de son corps. De temps en temps, en cours, il se retournait vers elle, et ils restaient simplement assis à s'observer droit dans les yeux pendant une seconde ou deux avant de reprendre leurs esprits. C'était toujours fort, toujours déstabilisant.

« En privé, c'est possible ? »

Il jeta un bref regard par dessus son épaule, vers ses amis, puis hocha lentement la tête avant de lui faire signe de le suivre. Ils montèrent rapidement les marches menant vers les dortoirs, et s'arrêtèrent dans celui des maraudeurs. Il donna un rapide coup de baguette dès qu'ils furent à l'intérieur, et des tas d'objets en tout genre volèrent jusque dans une grosse armoire près de leur porte de salle de bain.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Elle fit quelques pas à l'intérieur de la pièce, se triturant les doigts, nerveuse, se demandant comment elle pouvait faire une telle chose à Marlène McKinnon, lorsqu'elle réalisa finalement qu'elle n'était pas forcée de le faire.

« Je ne devrais pas être là, dit-elle finalement en rebroussant chemin.

- Lily ? »

Il ne l'appelait par son prénom quasiment que lorsqu'ils n'étaient que tous les deux. Cela arrivait rarement, mais elle appréciait l'entendre le faire. C'était comme s'ils partageaient quelque chose de plus intime. Elle n'actionna pas la poignée de la porte et se retourna vers lui, les yeux balayant la pièce pour éviter de plonger dans les siens.

« Ecoute... Nous deux, dans une chambre, on sait à quel point c'est dangereux et Merlin sait qu'on ne devrait pas tenter le diable...

- Je ne vais pas te sauter dessus. Tu ne me fais pas confiance ?

- Je ne me fais pas confiance, le corrigea t-elle après avoir dégluti. »

Il fronça les sourcils et l'expression de son visage changea. Elle n'osa pas soutenir son regard, il était devenu subitement hostile.

« Tu n'as pas le droit de me dire ça, déclara t-il gravement. »

Il y avait une certaine fureur dans le ton de sa voix qui la désarçonna. Soudainement, elle aurait voulu être partout, sauf devant lui, car elle avait l'impression qu'elle venait de faire un sérieux faux pas.

« Tu m'as laissé croire pendant un an que ça ne signifiait rien, continua t-il.

- Ce n'est pas ce que je...

- Tu m'as dit qu'il ne fallait pas que j'en parle, et maintenant, tu débarques et tu déclares que tu n'as pas confiance en toi quand tu es près de moi ?! Vraiment, Lily ?! »

Il avait soupiré bruyamment et passé sa main dans ses cheveux avant de se retourner, et dans sa poche, sa baguette semblait lancer de dangereuses étincelles. Il l'attrapa d'un geste habile et la balança sur son lit pendant que Lily, toujours à deux pas de la porte, était convaincue qu'elle aurait dû prendre ses jambes à son cou, mais était incapable de le faire.

« Je savais que je n'aurais pas dû faire ça, je savais que...

- Oh il est un peu tard maintenant, ça fait plus d'un an, la coupa t-il rageusement.

- Je... Je ne parlais pas de ça. Je... Je voulais dire que je savais que je n'aurais pas dû venir te voir maintenant. »

Il y eut un long silence entrecoupé par les soupirs de James, et Lily hésita plusieurs fois à se retourner et à partir, mais elle était glacée par la colère du jeune homme. Il était quelqu'un de joyeux, pas susceptible pour un sou, et c'était complètement troublant de le voir aussi nerveux devant elle.

« Alors là, tu as bien raison, Lily. Tu n'aurais pas dû venir. Tout est bientôt terminé, on va tous quitter Poudlard, tu ne pouvais pas tenir quelques jours de plus, hein ?! Il fallait absolument que tu viennes foutre en l'air tout ce que j'ai ?!

- Ce n'est pas ce que je veux, je...

- Ah non ?! trancha t-il d'une voix forte, ses yeux emplis de fureur. Pourtant Lily, c'est exactement ce que tu es en train de faire ! Je le savais ! Je t'ai dit que je le savais ! Je l'ai toujours su, j'ai toujours su qu'il y avait quelque chose de spécial, et toi, tu... Tu n'as jamais voulu le savoir ! Et maintenant... Maintenant qu'il y a Marlène, maintenant que tout va bien, maintenant que j'ai trouvé un équilibre, tu débarques et tu piétines tout sur ton passage !

- Tu es celui qui a tout piétiné sur ton passage quand tu as commencé à sortir avec Marlène juste pour me faire du mal ! lui lança t-elle sans réfléchir avec autant de ressentiment que celui avec lequel il la fixait.

- Je n'ai pas... »

Il s'interrompit et reprit son souffle. Lily eut l'impression, juste pendant une seconde, juste le temps de voir un éclair passer dans ses yeux noirs, qu'il allait se ruer sur sa baguette et lui envoyer le sort le plus puissant qu'il connaisse, et Merlin sait que cela aurait été douloureux, mais beaucoup moins que tout ce qu'elle pouvait ressentir à cet instant précis, alors que le dortoir qui avait abrité le jeune homme pendant toute son adolescence devenait soudainement un ring de boxe.

« Tu m'as fait croire que tu n'en avais rien à faire, reprit-il.

- Et tu n'as jamais été dupe, trancha t-elle amèrement sans oser le regarder. Merlin, James, on était deux cette nuit là, tu sais très bien ce qu'il s'est passé. Je ne suis pas aussi douée que ça pour feindre les sentiments !

- Tu te sous-estimes, lâcha t-il. Tu as trompé tout le monde.

- Pas toi, bon sang, s'obstina t-elle. »

Il ne répondit pas immédiatement, mais quand il le fit, ce fut comme s'il venait d'enfoncer l'épée de gryffondor au travers de la poitrine de la jeune femme.

« Je suis passé à autre chose. »

Sa main était restée bloquée dans ses cheveux noirs et Lily, en plus de ressentir une douleur vive plus intense que tout ce qu'elle avait ressenti auparavant, eut l'irrépressible envie de le secouer pour le réveiller. Elle comprenait tout ce qu'il se passait dans sa tête, elle vivait la même espèce de tempête, passait par les mêmes doutes, mais Merlin, pour la première fois, ils avaient la vérité face à eux et pour la première fois, elle acceptait de la confronter, alors pourquoi pas lui ? Pourquoi plus lui ?

Ses six mots auraient dû la faire partir. Ils l'avaient achevée. Pourtant, elle restait là, et elle sentait la colère bouillir en elle plus que jamais. Elle pivota vers la porte, lâcha un bruyant soupir rageur, et sans savoir quelle mouche l'avait piquée, elle se retourna vers James et parcourut la courte distance qui les séparait.

Elle l'embrassa sans qu'il n'ait le temps d'anticiper son geste. Sur la pointe des pieds, ses mains nouées sur sa nuque, elle lui offrit le baiser le plus délirant de sa vie. Il la repoussa rapidement et une courte seconde défila pendant laquelle ses yeux sombres restèrent obstinément figés dans les siens. L'instant d'après, il se jetait sur elle.

Son dos heurta le mur du dortoir le plus proche de la porte, ses mains se perdirent dans les cheveux de James et elle eut l'impression d'éclater la bulle dans laquelle elle s'était enfermée pendant une longue année quand elle sentit sa bouche descendre le long de son cou. Elle se demandait si c'était pareil pour lui, s'il avait la sensation de comprendre comment vivre tout à coup, et elle songea que c'était probablement le cas quand ses lèvres retrouvèrent les siennes avec une ferveur démente.

« James, tu... »

La porte s'ouvrit à la volée devant Marlène McKinnon qui s'immobilisa comme une statue de pierre. James et Lily avaient bondi à un mètre l'un de l'autre mais le mal était fait, et au moment où le jeune homme esquissa un geste de la main en direction de sa petite amie, Lily vit les yeux de sa camarade s'embuer de larmes avant que la tornade de cheveux blonds ne disparaisse dans les escaliers.

« Vas-y, dit-elle simplement à James qui semblait déboussolé. »

Il lui lança un bref regard avant de quitter le dortoir à son tour. Lily, elle, ne savait pas vraiment ce qu'elle était supposée faire. Elle posa la main sur la poignée de la porte et réalisa soudainement ce que cela impliquait si elle descendait maintenant. Plusieurs élèves avaient dû croiser Marlène et James, ils comprendraient rapidement ce qu'il venait de se passer si elle se montrait elle aussi.

Elle ne s'inquiétait pas tant de ce qu'ils pourraient dire d'elle que de ce qu'ils pourraient dire de James ou de Marlène. Cette dernière n'avait rien fait de mal, mais elle serait moquée pour avoir cru que James avait oublié Lily avec elle. C'était stupide. Lily était entièrement fautive et elle le savait, elle s'en mordait déjà les doigts.

Elle aurait voulu prendre la peine de Marlène à cet instant précis. Elle aurait voulu lui dire qu'elle était désolée et que rien de ce qu'elle avait vu ne signifiait quoi que ce soit, mais ce n'était pas le cas, et c'était encore plus déstabilisant. Elle était condamnée à blesser une personne qu'elle appréciait, et son cœur en était meurtri. Elle n'était normalement pas ce genre de personne, ce type de fille qui tente sa chance avec un garçon déjà pris, et elle se haïssait d'avoir fait une telle chose à Marlène, mais James... Il était sa personne spéciale, et cette attirance qui la rongeait était capable de la mener à la plus horrible des bassesses. Elle aurait seulement voulu que les choses se passent autrement, qu'ils soient meilleurs que ça...

Meilleurs que deux personnes qui en trahissent une autre parce qu'ils n'ont pas été capables de voir la vérité en face avant, parce qu'ils n'ont pas été capables de la confronter, de choisir le chemin le plus dur plutôt que celui de l'ignorance. Elle eut une terrible opinion d'elle même à cet instant précis, et elle douta que cette sensation s'estompe rapidement.

Elle fit les cent pas pendant quelques minutes, et elle sursauta quand la porte s'ouvrit à la volée. Sirius Black ne devait pas s'attendre à la trouver là car il se stoppa net dans son élan quand ils se trouvèrent nez à nez.

« Tu es encore là ?

- Je... N'ai pas pu me résoudre à descendre... expliqua t-elle en grimaçant après une seconde d'hésitation. »

Le jeune homme lâcha un rire tout en se rapprochant de sa table de chevet de laquelle il sortit un paquet de chocogrenouilles. Elle ne comprenait pas comment la situation pouvait l'amuser autant, mais elle préféra s'abstenir de faire une réflexion. Elle n'était vraiment pas en mesure de donner des leçons à qui que ce soit.

« Personne ne va te sauter à la gorge, on est tous étonné que ça ne soit pas arrivé avant, reprit-il en haussant les épaules.

- Je ne m'inquiète pas pour moi.

- Marlène ? Pff ! Ne t'en fais pas. Elle savait très bien dans quoi elle mettait les pieds quand elle a commencé à sortir avec lui. Si tu veux mon avis, elle n'aurait même pas dû le lui demander à la base. Tu n'as jamais rien dit, mais tout le monde était au courant de ce que tu ressens pour lui. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure, Evans, et ce même si tu t'es efforcée de le cacher. »

Il y avait quelque chose d'espiègle dans le ton de sa voix qui lui donnait envie de se détendre, mais elle n'y arrivait pas. Elle ne se sentait pas bien.

« Tu ne peux pas dire que c'est de sa faute, Sirius.

- Je ne dis pas que c'est de sa faute. Je... »

Il s'interrompit et se laissa tomber sur son propre lit avant de brandir son index devant lui d'un air savant.

« On a eu nos différents tous les deux, Evans, mais je t'aime bien. J'ai entendu James me parler de toi pendant un certain temps, et même en troisième année, quand il ne cessait de répéter que tu étais extraordinairement pénible, une vraie petite fayotte, et qu'il profitait de la moindre occasion pour se moquer de tes cheveux, je savais que jamais je ne devrais jamais me rapprocher de toi au point de développer des sentiments. Je ne dis pas que j'en aurais eu. Tu en aurais eu, clairement. Je dis juste que les amis savent, ils savent toujours quand ils doivent faire un pas en avant, ou un pas en arrière.

- J'aurais dû faire un pas en arrière, soupira Lily en se prenant la tête entre les mains.

- McKinnon aurait du faire un pas en arrière, la corrigea t-il. Elle a toujours su qu'il ne l'aimait pas vraiment. Je suis bien placé pour te le dire, j'en ai parlé avec elle. Elle m'a posé des questions dès le début, et j'ai été sincère. Je lui ai dit que James ne serait pas véritablement heureux sans toi. Elle est restée en toute connaissance de cause.

- Est-ce que tu penses vraiment ce que tu dis ?

- Tu crois vraiment que je te mentirais ?

- … Oui.

- Oui, bon, d'accord, je le ferais en temps normal, mais pas là dessus, protesta t-il avec un demi sourire. Il s'agit de mon meilleur ami. En fait, ce que j'essaie de t'expliquer, c'est que tu n'as pas à t'en vouloir autant. Marlène est celle qui est sortie avec James alors qu'elle sentait qu'il y avait quelque chose entre vous, et elle a décidé de continuer tout en sachant qu'elle ne le rendrait pas heureux et par conséquent, qu'elle ne le serait pas non plus. »

Lily resta pensive pendant une longue minute, puis elle le dévisagea en haussant les sourcils. Sirius Black était toujours si puéril, si moqueur, si agaçant... A quel moment, au juste, était-il devenu plus sage qu'elle ?

« Crois-moi Lily, ne te sens pas coupable une seule seconde, conclut-il l'air étrangement confiant. »

Elle eut une drôle d'impression. Sirius était très catégorique et elle ne comprenait pas vraiment pourquoi. Marlène était une gentille fille, il n'avait pas de raison d'être aussi vindicatif à son propos.

« Si on m'avait dit un jour que tu me ferais un tel discours, j'aurais ri à gorge déployée.

- Jusqu'à t'uriner dessus ?

- Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que tu rendes les choses bizarres ? »

Il haussa les épaules. Elle s'apprêtait à continuer leur conversation lorsque James réapparut dans le dortoir. L'air exténué, son regard jongla entre ses deux camarades et Sirius bondit instantanément de son lit, adressa un clin d'oeil à Lily, et une tape sur l'épaule de son meilleur ami avant de quitter la pièce, son sachet de chocogrenouille à la main.

Lily eut l'impression qu'un énorme courant d'air froid venait de s'engouffrer à l'intérieur du dortoir lorsqu'elle se retrouva seule avec James. Il resta muet pendant un moment, disparut même dans la salle de bain, la laissant se demander si elle ne devait pas prendre ses jambes à son cou plutôt que d'attendre d'avoir une conversation avec lui, celle qu'ils auraient dû avoir depuis trop longtemps.

« Je te déteste. »

Les trois mots de James la frappèrent comme un brutal coup de poing bien placé. Il retourna se planter devant elle et son venin s'insinua dans la plus infime de ses veines. Son regard était confus, noir et blessé, et triste, et quelque chose d'autre qu'elle ne devinait pas.

« Tu me rends malade, Lily. Sincèrement.

- Je suis désolée, murmura t-elle en sentant sa gorge se serrer.

- S'il te plaît ne t'excuse pas, trancha t-il un peu sèchement. Marlène a... Elle n'en a même pas après toi, elle en a après moi, et elle a raison. »

Il soupira et plongea sa main dans ses cheveux sombres. Lily le suivit attentivement des yeux sans oser parler. Elle avait peur de dire un mot de travers, un mot de plus... Et il était dans un tel état qu'elle n'était pas prête à prendre le risque.

« Et je te mens parce que je ne supporte pas que tu puisses obtenir exactement ce que tu veux alors que moi, j'ai essayé pendant des mois... Merlin, des années ! Sans que tu ne daignes y réfléchir deux minutes.

- Je...

- Ne me dis pas que tu es désolée, la coupa t-il en soupirant. Tu savais très bien ce que tu faisais ce jour là, quand tu as refusé que je te dise ce que je ressentais vraiment. Tu savais que j'allais te dire que je t'aimais et tu avais peur de l'entendre. Tu n'as pas pensé un seul instant que j'avais besoin de le dire, n'est-ce pas ? »

Elle eut du mal à enregistrer les mots qu'il venait de prononcer. Sa mâchoire était crispée. Elle avait bloqué sa respiration. Elle ne savait pas pourquoi elle était surprise par sa franchise, il disait toujours les choses comme il les ressentait.

« Je t'en veux. Je pourrais te répéter cent fois que j'ai tourné la page et que je te déteste, mais ça ne servirait à rien. Je t'aime plus que les mensonges. »

Elle avala difficilement sa salive. Il la regardait dans les yeux et elle savait qu'il était sincère. Elle voyait l'énervement, la peine et la colère, mais rien de tout cela ne pouvait dépasser ses sentiments, et elle sentait qu'il en était profondément contrarié. Elle aurait dû sauter de joie en entendant ses mots, mais elle avait honte. Elle avait si souvent mal agi... Elle n'était pas sûre d'avoir le droit d'être rassurée en le fixant et en voyant qu'il pensait tout ce qu'il venait de lui confier.