« Tu regardes encore James Potter ? »

Lily haussa les sourcils en posant les yeux sur la petite Charity avec qui elle s'était assise dans le parc afin de travailler les potions. Mary, allongée à côté d'elles, essaya de se mordre la lèvre pour ne pas rire, en vain.

« Pas du tout. Je regardais ce que ton livre disait sur les potions d'amnésie, répondit Lily.

- Tu devrais l'inviter à Pré-au-Lard ce week-end, il n'y aura plus de sortie avant les grandes vacances. »

La jeune préfète inspira profondément et s'efforça de ne pas se retourner une énième fois vers les quatre maraudeurs qui, abrités par le grand chêne, étaient en train de chahuter beaucoup trop près du lac pour que l'un d'eux n'y finisse pas avant la fin de la journée. Elle jeta un coup d'oeil dépité à Mary.

« Ne me regarde pas comme ça, je n'y peux rien moi, si la petite est perspicace, c'est une Serdaigle, se défendit-elle en gloussant.

- Pourquoi est-ce que tu ne lui proposes pas ? insista Charity.

- Parce que je lui laisse du temps. »

Elle se pencha un peu plus sur le parchemin de Charity pour clore la conversation et souligna quelques fautes à l'aide de sa plume avant de lui rendre son livre et de lui indiquer qu'elle devait relire les deux premiers paragraphes de la leçon.

« Tu sais, il l'a vraiment fait. Il a vraiment mis un éruptif dans le dortoir de Saul Funestar. Je ne l'ai pas vu, mais j'ai entendu les garçons de la classe dire qu'il était ENORME.

- Merlin, où est-ce qu'il a trouvé ça ? Ça ne vit pas en Afrique ? Et comment est-ce qu'il l'a fait rentrer dans le château ? Et chez les Serdaigles sans que personne ne le voit ? Il a le mot de passe ? s'étonna Mary.

- Je ne me pose même plus de question, répondit Lily en haussant les épaules.

- Moi, je m'en fiche. L'éruptif a lâché d'énormes bouses dans le dortoir de Saul, ça me suffit. »

Charity se replongea dans son manuel de potion alors Lily s'autorisa un regard vers les garçons lorsqu'un bruyant splash attira son attention. Sirius et Peter étaient au bord du lac, pliés de rire, pendant que James en émergeait trempé en jurant d'une voix forte qu'ils allaient regretter ce qu'ils venaient de faire. Rémus, lui, assis contre l'arbre, semblait juste essayer de se faire oublier.

Les trois garçons se mirent à courir et disparurent pendant un moment dans la forêt interdite qui, par son simple nom, aurait dû les dissuader d'y mettre les pieds. Quand ils émergèrent à nouveau, ils étaient bizarrement beaucoup plus calmes et paraissaient épuisés. Le bras de Sirius reposait sur l'épaule de James avec désinvolture et ils s'échouèrent tous les trois à côté de Rémus.

James s'était séché d'un coup de baguette et avait probablement tenté d'aplatir ses cheveux parce qu'ils n'étaient pas aussi indisciplinés que d'ordinaire. Ça n'avait pas beaucoup d'importance. Il était toujours beau, et elle était toujours trop loin.

Elle s'apprêtait à détourner le regard lorsque le sien s'arrêta sur elle. Il lui lança un bref sourire. Elle le lui rendit et s'allongea à côté de Mary pour s'obliger à ne plus le dévisager comme si il l'obsédait. Il l'obsédait pourtant. Elle préférait juste garder cela pour elle.

Vingt minutes plus tard, sans trop se rendre compte de ce qu'elle était en train de faire, elle se surpris à trouver une position dans laquelle elle pouvait toujours l'apercevoir. Elle le vit offrir sa veste à Peter qui était en tee-shirt, et elle soupira de dépit. Il ne pouvait pas être plus parfait, et si par malheur il ne revenait pas vers elle, elle n'arriverait jamais à se le sortir de la tête.

« Abattez-moi, lâcha t-elle à ses deux camarades en roulant sur le dos, les yeux plantés sur le ciel bleu au dessus d'elles.

- Si jeune ? plaisanta Mary.

- Comment est-ce que je suis supposée lui laisser du temps alors que je nous en ai fait perdre beaucoup trop ? Je ne peux pas endurer ça. Regarde le. »

Charity et Mary pivotèrent tous les deux vers le jeune homme en question qui était à présent en train de griffonner Merlin seul savait quoi sur un carnet.

« Il faut que je me change les idées. Il faut que je pense à Pré-au-Lard et à ce que nous allons faire, dit-elle à Mary.

- Étant donné la situation, j'imagine que ça va se terminer en descente de whisky-pur-feu à la tête de sanglier.

- Charity, n'écoute pas ce que dit Mary. Personne ne boira d'alcool jusqu'à en perdre la raison juste pour oublier qu'on a perdu un an de sa vie pour des broutilles alors qu'on aurait pu se trouver dans les bras du capitaine de quidditch le plus légendaire que Poudlard ait eu entre ses murs si on avait réagi 365 jours plus tôt. Vraiment, ça n'a pas d'intérêt, marmonna Lily. »

Elle ferma les yeux et sentit la main de Mary lui presser amicalement l'épaule. Elle entendait la plume de l'élève de Serdaigle gratter régulièrement le parchemin sur lequel elles travaillaient toutes les deux depuis bientôt une heure, et elle trouva l'apaisement là, dans la présence de deux personnes qu'elle appréciait, dans le simple fait de savoir qu'elle n'était pas seule.

« Tu ne devais pas acheter quelques trucs à tes parents, toi, ce week-end ?

- Ah, si, c'est vrai. Je leur ai promis que je leur ramènerai des jolis plumes... Je dois absolument aller à Scribenpenne.

- Ne t'inquiètes pas, on se retrouvera après. »

Charity referma d'un geste rapide son manuel et se leva d'un bond avant de retirer les quelques brins d'herbe qui s'étaient accrochés à sa jupe.

« Qu'est-ce que tu fais ? Il reste encore la leç...

- Je dois aller voir le professeur Flitwick, la coupa t-elle. J'avais oublié. Je... Je reviendrai vers toi pour continuer la leçon. »

Elle attrapa son sac et se mit à courir vers le château alors que Mary et Lily se jetaient un regard perplexe.

« Elle est mignonne, mais elle est un peu étrange, commenta Mary.

- Les serdaigles... répondit simplement Lily en haussant les épaules. »

Le soleil se couchait lorsqu'elles décidèrent qu'il était temps de rejoindre leur salle commune. Lily dut intervenir auprès d'un serpentard qui avait métamorphosé un chandelier en gros ragondin et lui faisait pourchasser des filles de troisième année, et le flot d'insultes qu'elle l'entendit prononcer à son égard lorsqu'elle l'informa de ses trois heures de retenue lui fit lever les yeux au ciel.

Le week-end arriva bien trop lentement à son goût, mais lorsqu'il fut enfin là et qu'elle se prépara pour aller à Pré-au-Lard, elle se sentit un peu plus légère. Elle adorait offrir des cadeaux, et la perspective de pouvoir acheter deux ou trois bricoles à ses parents l'enchantait.

« Lily ! »

Charity l'arrêta dans le hall du château après le déjeuner. Essoufflée, elle se pencha pour reprendre sa respiration avant de se remettre à parler.

« Le cours de potion. On peut le mettre à 17h, aux Trois Balais.

- Charity, tu es en première année, tu n'as pas le droit de sortir, lui rappela t-elle en posant une main sur son épaule d'un air désolé.

- Non, ne t'inquiètes pas pour ça, le professeur Flitwick m'a fait une autorisation spéciale pour le tutorat.

- Oh ? Bon... Eh bien dans ce cas là, je suppose que...

- Très bien ! Parfait ! Merci Lily ! s'exclama Charity avant de partir aussi vite qu'elle était arrivée. »

La jeune préfète en chef fronça les sourcils et regarda sa petite protégée s'enfuir comme si elle avait un train à prendre, puis elle reprit sa route vers le cortège qui allait à Pré-au-Lard. Elle avait dit à Mary qu'elle la rejoindrait au Trois Balais un peu avant 18h, elle espérait alors que son cours avec Charity serait terminé d'ici là.

Elle s'apprêtait à entrer dans la papeterie du monde magique lorsqu'elle aperçut Sirius devant chez Mme Pieddodu avec Dorcas Meadowes. Ils étaient en train de s'embrasser à pleine bouche, et elle aurait préféré ne pas être témoin de cela. Elle grimaça et poussa la porte de Scribenpenne.

Elle adorait ce magasin. Premièrement parce que les seuls élèves de Poudlard qui venaient ici étaient bien souvent les moins casse pieds. Les autres se ruaient chez Zonko, et même s'ils devaient, par malheur, passer par là, ils n'y restaient pas longtemps. Elle, elle pouvait y passer une heure entière.

Deuxièmement parce qu'elle aimait l'odeur des parchemins, des plumes, le parfum des pages des quelques carnets qui étaient disposés de ci de là et qui étaient toujours de bons goûts, et la jeune vendeuse était très sympathique.

« Bonjour ! Je vous laisse regarder, comme d'habitude ? »

Lily hocha simplement la tête et lui rendit son sourire amical avant de disparaître derrière une rangée de magnifiques plumes de toutes sortes. Elle en essaya plusieurs et s'apprêtait à s'emparer d'une jolie rouge et or lorsqu'une main marquée par les années se referma dessus.

« Oh pardon ! Vous vouliez l'essayer ? l'interrogea la propriétaire de la main en question.

- Non, non, allez-y !

- Oh j'en ai déjà plusieurs à la maison, ne vous en faites pas ma chérie, vous n'avez qu'à... Attendez, vous êtes la petite Evans, non ? »

Lily se retourna vers la sorcière. Elle était plutôt âgée mais Lily pouvait voir sur son visage qu'elle avait été très belle dans le passé. De longs cheveux blancs encadraient deux yeux bruns espiègles qu'elle aurait pu reconnaître parmi des millions. Elle portait une teinte de rouge à lèvres très clair, à peine perceptible pour quelqu'un qui ne s'y serait pas attardé, et était vêtu très élégamment. Lily avait déjà croisé cette dame plusieurs fois à la gare de King's Cross, mais elle ne l'avait jamais vue d'aussi près, et elle fut soudain pleinement consciente que la mère de James se tenait à deux pas d'elle.

« Oh, heu, oui, je... Oui, bafouilla t-elle en lui tendant la main pour la lui serrer. »

Euphemia Potter l'observa d'un air dubitatif, avec une pointe d'arrogance très familière qui fit mourir d'anxiété Lily. Pourtant, une seconde plus tard, elle se retrouvait victime d'une accolade chaleureuse qui lui laissa un doute sur ses facultés à interpréter les expressions faciales de la famille Potter.

« Pas de familiarité entre nous, je connais très bien tes parents.

- Ah oui ? s'étonna Lily alors qu'Euphemia Potter la lâchait.

- Bien sûr ! Oh, mais quelle imbécile ! Je suis Euphemia Potter, la maman de James, s'empressa t-elle d'ajouter en plaquant une main sur son front.

- Oui, je... Oui la ressemblance est frappante, je n'aurais pas pu passer à côté. »

Euphemia lui accorda un sourire si tendre que Lily sentit une partie de sa nervosité s'évaporer. Cette femme ressemblait à son fils traits pour traits, mais elle dégageait une douceur qui contrastait largement avec la désinvolture de James, et la jeune préfète qui ne lui avait jamais parlé avant doutait que qui que ce soit puisse ne pas l'apprécier.

« Vous avez dit connaître mes parents ?

- Oh ! Oui ! Fleamont et moi avons croisé Ellen et Richard lors de votre départ de King's Cross en septembre dernier. Enfin, à vrai dire, nous étions trop fatigués pour transplaner en partant de la gare, et... Tes parents nous ayant vu avec James sur le quai sont venus discuter et nous ont proposé de prendre le thé chez eux avant de repartir.

- Vraiment ? S'exclama Lily alors qu'Euphemia acquiesçait. »

Elle n'aurait pas dû être autant surprise. Ses parents étaient très sociables. Trop, parfois. Et elle avait envie de remercier Merlin maintenant qu'ils soient tombés sur les parents de James plutôt que sur ceux de Severus ou d'un autre Serpentard, mais la situation la fit pourtant rougir jusqu'aux oreilles.

« De charmantes personnes, vraiment. Très intéressants, très cultivés... Oh j'ai peut-être exagéré quand j'ai dit que je les connaissais très bien, mais c'est l'impression que j'ai quand j'y repense. Après tout, nous n'avons passé que quelques heures ensemble et échangé une dizaine de hibous... Oh, et il faudrait que je réponde à ta chère maman. Ah ! Et puis zut ! Autant le faire de vive voix. Nous organisons une petite réception pour fêter les diplômes de James et de Sirius cet été, penses-tu qu'ils pourraient venir ?

- Heu... Je...

- Oh, je sais très bien ce que tu te dis, ils n'ont pas encore eu leurs ASPIC, c'est ce que je me tue à répéter au père de James, mais il dit que ce n'est qu'un détail et qu'avec leurs résultats, cela ne fait aucun doute qu'ils les auront, il est beaucoup trop confiant parfois, et je suis... Dépassée. »

Lily ne put réprimer un sourire en songeant qu'elle avait à présent découvert d'où James tenait son assurance démesurée, et elle se rendit compte qu'elle arborait probablement la même expression qu'Euphemia à ce moment précis à chaque fois qu'il le lui faisait sentir.

« Enfin... Il n'y a pas de raison. Il Nous pourrons fêter le tien aussi par la même occasion, non ? James dit toujours que tu es brillante.

- Il dit que je suis brillante ? répéta Lily, incapable de retenir un sourire.

- Fleamont nous raconte souvent des histoires glaçantes sur certains de ses collègues qui pensent que les sorciers descendants de parents moldus n'ont pas leur place au sein du ministère, et James lui répond régulièrement que la sorcière la plus intelligente de sa classe est née moldue. Enfin, je ne devrais pas t'embêter avec ces histoires horribles...

- Oh, non, non, vous ne m'embêtez pas du tout, ajouta rapidement Lily en lui adressant un sourire poli. Je passerai le message à mes parents pour cet été.

- Merci Lily. Allons donc régler cette jolie plume maintenant. En espérant qu'elle t'obtienne beaucoup d'Optimal, même si les résultats comptent peu.

- Oh, non, madame Potter, je ne peux pas accepter, elle est très chère et...

- Et très belle, elle sera parfaite entre les mains de quelqu'un qui sait s'en servir, conclut Euphemia en déposant la plume sur le comptoir de la jeune vendeuse après avoir jeté un accio sur un somptueux petit carnet en cuir brun qui s'ajouta à la note. »

Elle déposa une pile de gallions devant la vendeuse, refusa la monnaie, et fourra la plume dans la main de Lily malgré ses protestations et sa gêne évidente.

« Je dois aller rejoindre James devant le bureau de poste, mais c'était un véritable enchantement de faire ta connaissance, Lily, lui dit-elle. »

La jeune préfète resta ébahie pendant quelques secondes avant de lancer un rapide et sonore « moi de même ! » juste après que la porte du magasin ne se soit refermée. Elle demeura immobile avec sa plume dans la main, à regarder l'antique parquet du magasin sans vraiment le voir. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle venait de rencontrer la mère de James, une dame reconnue dans tout le monde sorcier pour ses pouvoirs absolument époustouflants, et qu'elle avait bafouillé la moitié du temps.

Merlin, elle s'était probablement ridiculisée. Elle n'était même pas certaine d'être parvenue une seule fois à prononcer une phrase de plus de trois mots qui ait du sens. Elle grimaça, fourra délicatement la plume dans son sac, et quitta le magasin.

Elle flâna dans Pré-au-Lard pendant un moment, croisant de temps en temps quelques camarades à qui elle adressait un signe de main, puis elle fit le plein de chocogrenouilles et de patacitrouilles chez HoneyDukes, déambula plusieurs minutes dans les allées de vêtements de Gaichiffon, et prit la direction des Trois Balais pour aller rejoindre Charity.

Il était 17h pile quand elle poussa la porte du pub à la recherche de la Serdaigle. Il y avait plusieurs élèves, mais aucune trace de Charity. Elle avança un peu et aperçut James au fond de la pièce, là où il y avait moins de bruit. Au fur et à mesure qu'elle avançait vers lui, elle remarqua qu'il avait un petit carnet en cuir ainsi qu'un gros manuel de métamorphose posés sur la table devant lui Il s'en servait rarement, pour ne pas dire jamais. Il soupira, jeta un coup d'oeil à l'horloge au dessus du bar, et elle comprit immédiatement.

« Salut, lui dit-elle en s'arrêtant à son niveau, mi nerveuse, mi agacée. Je me trompe ou tu attends Charity ? »

Il lui jeta un regard interrogateur, alors elle plongea sa main dans son sac et laissa tomber son vieux manuel de potion à côté du sien avant de lui adresser une grimace.

« Je crois qu'elle nous a bien eu, reprit-elle.

- Foutus Serdaigles, pesta James.

- Je me disais bien que cette histoire d'autorisation de sortie était bizarre...

- Flitwick n'aurait jamais accepté ça.

- Est-ce que ce n'est pas malheureux que nous soyons tous les deux préfets-en-chef ? Où va le monde, si une première année arrive à nous berner de cette façon ? plaisanta Lily.

- Elle est maline. Si elle était arrivée en même temps que nous à Poudlard, elle aurait probablement fait partie des maraudeurs avec des idées comme ça. »

Lily laissa échapper un léger rire et hocha la tête, puis il y eut un silence gênant, et James posa son manuel sur la banquette à côté de lui avant de faire un signe à Rosmerta.

« Rosie, jolie Rosie, est-ce que tu peux me remettre une bièraubeurre s'il te plaît ? lui demanda t-il en battant des cils, la faisant glousser.

- Bien sûr mon grand. Que prendra la jeune fille ?

- Hum... Eh bien, je... »

Lily jeta un coup d'oeil vers la porte du pub, hésitante, incapable de savoir ce qu'elle était supposée faire. James voulait du temps. Elle ne pouvait pas lui imposer sa présence.

« Lily ? Il interrompit le fil de ses pensées. Tu prendras une bièraubeurre aussi ? »

Sa question mit fin à ses doutes. Elle acquiesça en adressant un sourire aimable à la serveuse et s'assit sur la banquette en face de James. Elle ne savait plus si elle voulait étrangler Charity ou l'étreindre.

« Rosmerta est complètement à tes pieds, c'est aberrant, commenta t-elle, amusée.

- Oh, elle n'est comme ça que parce que Sirius est avec...

- Dorcas Meadowes, compléta Lily, je les ai vu s'embrasser devant chez Madame Pieddodu. Je ne savais pas qu'ils étaient ensemble.

- Ils ne le sont pas. Sirius dit qu'ils s'amusent. En attendant, Rosie ne veut même plus le servir, ajouta James en lâchant un rire narquois. »

C'était bizarre d'avoir une discussion absolument normale avec lui, d'être aussi amical l'un avec l'autre après tout ce qu'il s'était passé, et Lily essayait de toutes ses forces de passer outre l'énorme lourdeur qu'elle sentait dans sa poitrine.

« Oh ! Merlin, je suis stupide ! pesta t-elle à la vue de sa toute nouvelle plume en rangeant son manuel de potion dans son sac. Regarde ça ! »

Elle posa son nouvel outil entre eux et James la fit rouler dans ses mains avant de la lui remettre.

« Elle est très jolie.

- Elle me vient de ta mère.

- Ma mère ? répéta James, confus.

- Je l'ai croisée à Scribenpenne et elle est venue me parler.

- Merlin. »

James poussa un long soupir et enfouit sa tête dans ses mains juste au moment où Rosmerta apportait les deux bièraubeurres.

« Je suis désolé, elle est très bavarde, je n'imagine même pas ce qu'elle a pu te raconter...

- Si tu te demandes si elle m'a révélé que tu me trouves brillante et que je suis la meilleure de notre promotion, la réponse est oui, ajouta Lily avec un sourire malin. »

Il ferma les yeux, se gratta l'arrière du crâne, embarrassé, et ses yeux dévièrent vers la vitre du pub. Il lâcha un discret « c'est pas vrai » et Lily eut du mal à retenir un rire. Euphemia n'était pas là, mais sa douceur les enveloppait encore et sauvait cet après-midi, cette semaine.

« Est-ce que tu savais qu'elle avait été prendre le thé chez mes parents avec ton père, en septembre ? reprit Lily.

- Tu te moques de moi, répondit-il en la fixant droit dans les yeux cette fois-ci, comme s'il essayait de déceler une once de mensonge dans les siens.

- Pas du tout. Il s'avère qu'ils ont sympathisé à la gare et que mes parents les ont invité. J'étais aussi surprise que toi. Mes parents ne m'en ont jamais parlé. Enfin, je ne suis rentrée que brièvement à Noël et j'ai passé mon temps à me disputer avec ma sœur, alors peut-être que... Enfin, bref, ils sont conviés à ta fête de diplôme, et moi aussi, termina t-elle. »

James resta immobile pendant une minute, fixant Lily comme si une corne lui était apparue au milieu du front, puis il se laissa tomber au fond de sa banquette et passa sa main dans ses cheveux avec désinvolture en secouant la tête de gauche à droite. Il apparut soudainement à Lily qu'il n'avait peut-être pas du tout envie de la voir à sa réception, et elle se sentit immédiatement très mal.

« Je n'ai pas donné de réponse, j'ai juste dit que je transmettrai le message à mes parents, alors si tu veux, je ne suis pas obligée de...

- Non, non ce n'est pas ça. J'espère que tu viendras Lily, vraiment, c'est juste que... Ma mère est intenable.

- Ta mère est formidable ! répliqua Lily avec un enthousiasme qui n'échappa à James et qui lui fit hausser un sourcil.

- Elle parle littéralement sans arrêt, elle et mon père m'écrivent tous les jours, et ils ont oublié de mentionner qu'ils connaissent tes parents ? Je veux dire, elle t'a raconté des choses sur moi, et tout le temps que j'ai passé avec elle, elle m'a juste dit que je devrais utiliser le shampooing de mon père et que McGonagall lui a confié que je me repose sur mes lauriers. C'est une vraie plaie qu'elles se connaissent bien. Enfin bref, elle aurait au moins pu me dire qu'elle t'avait rencontré ! »

James avait parlé sans s'arrêter et il dut prendre une profonde inspiration à la fin de sa phrase. Il but une longue gorgée de bièraubeurre, et Lily le dévisagea. Il était contrarié, mais ce n'était pas pour de mauvaises raisons, et cela la fit rire.

« Vraiment, tu trouves ça drôle ? la questionna t-il avant de déchirer un petit bout de parchemin de son carnet pour en faire une boulette qu'il lui envoya en pleine tête.

- Tu ne veux pas jouer à ça, le menaça t-elle en pointant son index dans sa direction.

- Qu'est-ce que tu vas faire ? Me donner des coups avec tes tout petits poings ? se moqua t-il.

- Mes parents connaissent très bien les tiens je te rappelle. Je pourrais leur écrire... Leur dire que leur fils me martyrise...

- Mes parents m'aiment trop pour me punir, répliqua t-il avec un sourire arrogant.

- Tes parents savent que tu as pris ma virginité à seize ans ? lâcha t-elle finalement. »

Cette fois, il ne trouva rien à redire. Il ne s'attendait pas à l'entendre prononcer ces mots, et elle non plus à vrai dire. Elle se sentit immédiatement si stupide qu'elle aurait voulu disparaître sous sa banquette.

« Merlin, je suis désolée James, reprit-elle rapidement. »

Le mal était fait. Son sourire avait disparu de son visage et ses yeux étaient rivés sur sa bièraubeurre. Il songeait sûrement qu'il aurait dû charmer un peu plus Rosmerta pour qu'elle lui apporte un whisky-pur-feu, et elle en aurait bien eu besoin elle aussi, car plus elle demeurait là, en face de lui, à le fixer, plus elle se souvenait de ses mains sur elle et de la façon qu'ils avaient de s'embrasser comme s'il n'y avait pas de lendemain.

Elle se serait tapée la tête contre la table si elle avait pensé que c'était la solution pour remettre de l'ordre dans ses idées, mais elle savait que rien ne pouvait y faire. Rien ne pouvait enlever de son esprit la sensation de sa peau contre la sienne et les souvenirs de cette nuit là, pleine de maladresses mais plus parfaite qu'elle n'aurait pu l'être avec qui que ce soit d'autre. Ses doigts se crispèrent sur ses cuisses.

« Non. Tu as raison après tout. C'est ce qu'il s'est passé, admit-il nonchalamment.

- Je sais, mais je n'aurais pas dû en parler maintenant je...

- Tu m'as juste pris au dépourvu. C'est la première fois que tu le dis comme ça. Je veux dire, comme si ce n'était rien.

- Ce n'était pas rien, le corrigea t-elle en lui jetant un regard brûlant.

- Je sais, j'y étais, répliqua t-il avec un demi sourire qui la détendit légèrement. »

Elle prit une longue inspiration et joua nerveusement avec sa choppe de bièraubeurre à moitié pleine, manquant de la renverser à plusieurs reprises.

« Je m'en veux un peu, tu sais.

- De quoi ? le questionna t-elle.

- Cette nuit là. Je ne regrette pas, mais j'étais un idiot et tu étais énervée parce que je t'avais fait cette blague pour que tu viennes déguisée et... Nous avions bu tous les deux. Pas assez pour ne pas savoir que nous faisions, mais j'aurais juste préféré que nous soyons sobres, que je ne sois pas un troll... J'aurais juste voulu... Je n'en sais rien. C'est stupide. Je voulais que ce soit parfait. »

Elle voyait très bien ce qu'il voulait dire. Elle partageait son avis, mais quelque part, elle pensait que les choses n'arrivaient pas par hasard, et cette soirée là ne lui avait jamais paru plus proche de la perfection que toutes les autres de sa vie.

« C'était parfait.

- Arrête Lily, lui intima t-il en secouant la tête.

- Toi arrête. Je n'ai plus aucune raison de te mentir.

- Je t'avais ridiculisée devant tout le monde une heure avant ! Je me suis toujours dit après ça que tu regrettais peut-être de ne pas l'avoir fait avec Rogue ou... Je n'en sais rien. »

Elle avait eu la mauvaise idée de boire une gorgée à ce moment là, et elle manqua de la recracher sur James. Elle l'avala de travers et toussota pendant quelques minutes, les larmes aux yeux, le visage écarlate, avant de réussir à lui répondre.

« Tu veux ma mort ou quoi ?! »

Il afficha un sourire adorable qui lui flanqua les neurones en l'air et ils ne se quittèrent pas des yeux pendant un long moment avant que Lily ne reprenne la parole.

« Tu étais un troll, c'est vrai, mais je n'étais pas mieux, à ne pas vouloir te laisser dire ce que tu avais besoin de dire, alors quoi ? Est-ce que toi, tu aurais préféré finir cette soirée là avec quelqu'un d'autre ?

- Bien sûr que non ! s'empressa t-il de répondre, un poil offensé.

- Eh bien moi non plus. »

Elle s'était penchée sur la table et avait posé sa main sur la sienne sans le réaliser. Elle ne s'en rendit compte que quand il retourna la sienne et qu'ils se retrouvèrent paume contre paume. L'énorme poids qu'elle avait dans sa poitrine quand elle était arrivée s'envola et l'emporta avec elle cent kilomètres au dessus du ciel.