« Si Marlène avait une baguette à la place de chaque œil, je serais morte, glissa Lily à Mary en grimaçant. »
Elles avaient commencé à dîner depuis un quart d'heure et Marlène McKinnon et Dorcas Meadowes leur jetaient constamment des regards assassins tout en chuchotant des mots à toute vitesse dont Lily suspectait fortement la teneur.
« Elle nous a vu sortir des Trois Balais avec James, elle n'allait pas t'accueillir à bras ouverts, lui répondit sa meilleure amie.
- Je sais ! S'exclama Lily. Mais elle m'a dit que... L'autre jour, elle m'a dit que tout allait bien entre nous, elle a même ajouté qu'elle était aussi fautive que moi !
- C'est une chose de le dire, c'en est une autre de le penser.
- Je crois que je ne vais pas pouvoir manger.
- Alors envoies ton assiette, Evans ! lui lança Sirius qui s'installait tout juste avec Peter.
- Où sont James et Rémus ?
- Ils règlent des trucs pour... Peu importe. Pourquoi est-ce que Dorcas a l'air de vouloir me décapiter ?
- Probablement parce que tu parles avec moi, soupira Lily. »
Sirius haussa les épaules et attrapa l'assiette que Lily lui tendait sans sembler se formaliser de quoi que ce soit. Elle aurait aimé être aussi insouciante que lui, et si la guerre ne les forçait pas à grandir plus vite que des adolescents le font en temps normal, elle l'aurait probablement été.
« Tu devrais te méfier, tu sais, ajouta Sirius la bouche pleine.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Dorcas m'a raconté que Marlène avait VRAIMENT la haine. Du genre, envie de tout brûler, tu vois.
- Tu nous as vu parler il y a deux semaines Sirius, tout avait l'air d'aller.
- Evidemment, c'est Marlène, tout à toujours l'air d'aller.
- Elle n'est pas méchante, elle est juste un peu blessée, ajouta Mary.
- Je sais, et je m'en veux.
- Arrête de t'en vouloir, bouse de dragon ! Aboya Sirius, attirant l'attention sur eux avant de reprendre à voix basse. Tu sais quoi ? Je n'étais pas censé t'en parler, mais puisque tu vas passer ta vie à te morfondre tu ne me donnes pas le choix ! Il y a une raison pour laquelle je t'ai dit tout ce que je t'ai dit dans notre dortoir le soir où toute cette histoire a commencé. »
Lily fronça les sourcils et attendit que Sirius poursuivre. Peter, lui, jeta un regard intéressé à son meilleur ami.
« Queudver, je compte sur toi pour ne rien dire à James tant que je n'ai pas réglé le problème, ok ?
- Je garde toujours les secrets, répondit l'intéressé d'un air un peu offensé.
- Bon, ok, alors... McKinnon n'est qu'une espèce d'énorme hypocrite doublée d'une harpie ! pesta Sirius en chuchotant.
- Est-ce qu'on parle vraiment de la même personne ? l'interrogea Mary, dubitative.
- Vous n'êtes pas obligés de me croire. Je n'ai pas de preuve de toutes façons, bougonna t-il en plantant rageusement sa fourchette dans la pile de toasts au milieu de la table.
- Il y a une raison pour laquelle tu dis des bêtises pareilles ou c'est juste gratuit ? le questionna Lily.
- J'essaie de t'aider, là, pointa Sirius. Je dis juste qu'elle n'est pas la fille parfaite que tout le monde voit, c'est tout.
- Tu n'as pas vraiment dit ça comme ça...
- Je sais très bien ce que j'ai dit, et je le pense. »
Mary et Lily se jetèrent un regard perplexe. Sirius avait toujours semblé apprécier Marlène, mais peut-être qu'elles ne le connaissaient pas assez pour voir plus loin que ce qu'il ne montrait.
« Il y a trois mois, j'ai surpris Marlène et Bertram Aubrey au quatrième étage. Elle avait sa langue si loin au fond de sa bouche que je pense même qu'elle a touché sa rate, ajouta t-il dans un murmure rapide.
- Ecoute Black, si c'est en racontant des histoires que tu comptes faire déculpabiliser Lily, ce n'est certainement pas...
- Je les ai vu ensemble aussi à la bibliothèque, trancha soudainement Lily, pensive. »
Elle se souvenait très bien de ce soir là, à la bibliothèque. Elle avait failli se vautrer dans une allée, et elle était tombée sur Marlène et Bertram. Elle était partie du principe qu'ils étaient en plein tutorat parce qu'elle n'avait pas de raison de penser autre chose à ce moment là, mais maintenant que Sirius le disait, Marlène paraissait bizarre. Trop... Droite et immobile, comme quelqu'un qui vient de se faire prendre la main dans le sac.
« Tu m'étonnes ! C'est le seul endroit où nous ne mettons presque jamais les pieds, marmonna Sirius.
- Je ne vois vraiment pas pourquoi Marlène ferait ce genre de chose à James, lui fit remarquer Mary en secouant la tête.
- Parce que c'est une sale petite hypocrite ! répéta t-il.
- C'est absurde ! Tu as toujours eu l'air de l'apprécier !
- Eu l'air, souligna Sirius. J'ai passé mon temps à promener James dans le château pour essayer de faire en sorte que nous les surprenions ensemble, comme ça, il le verrait de ses propres yeux, mais je n'ai jamais réussi, et Merlin sait pourtant que j'ai les outils nécessaires. Ils doivent avoir une méthode pour... S'échapper, ou je n'en sais rien ! Ça me rend fou depuis des semaines et des semaines !
- Tu lui as dit, à James ?
- Non, Lily, je ne le lui ai pas dit, et je ne sais pas pourquoi, parce qu'on est supposé tout se dire normalement, bougonna t-il en se laissant déborder par un évident trop plein de culpabilité. Et ensuite il s'est passé ce qu'il s'est passé avec toi alors j'ai pensé que c'était un mal pour un bien et que je pouvais laisser cette histoire au placard, mais te voilà toi et ta foutue tendance à t'en vouloir.
- Tu n'as pas utilisé la car...
- J'ai utilisé toutes les ressources que j'avais, Queudver, le coupa t-il rapidement. Ils doivent prendre des potions d'invisibilité, ou du polynectar pour se faire passer pour d'autres élèves, ou simplement me repérer de loin et se séparer à ce moment là, je n'en sais rien, tout ce que je sais, c'est qu'ils me filent toujours entre les doigts ! »
Ils se tournèrent tous d'un seul mouvement vers le sujet de leur conversation qui venait de se lever de table et de se diriger vers la porte de la Grande Salle. Cinq minutes plus tard, Bertram Aubrey fuyait aussi en jetant des regards autour de lui, s'assurant qu'il n'était pas suivi, mais dissipant par la même occasion les quelques doutes que Mary et Lily avaient encore.
« Et voilà ! Vous voyez !
- Excuses moi Sirius, mais je ne comprends pas pourquoi elle aurait continué à sortir avec James si elle était vraiment avec Bertram, lui glissa Mary.
- Parce qu'Aubrey est ridicule et que James est populaire, simplement, répondit-il comme s'il venait de résoudre l'équation du siècle.
- Tu ne crois pas que tu exagères ? Je connais Marlène depuis plusieurs années et elle n'est pas du genre à...
- A aimer la popularité ? l'interrogea Sirius en haussant les sourcils. »
Ce n'était pas ce que Mary allait dire, mais elle se tut immédiatement, bien consciente que là dessus, il ne se trompait pas. Marlène avait toujours aspiré à passer du temps avec les personnes qu'elle considérait au top, et sa sympathie naturelle lui avait permis d'approcher absolument qui elle voulait.
« Ecoute MacDonald, je ne dis pas qu'elle est entièrement mauvaise, je dis juste que...
- Il y a cinq minutes, tu as prononcé le mot « harpie »...
- Je lui en veux, c'est tout. Elle laisse James et Lily passer pour des monstres et culpabiliser alors qu'elle fait bien pire depuis des mois et des mois.
- Elle avait l'air sincèrement peinée par tout ça... commenta Lily.
- Bien sûr qu'elle en avait l'air. Elle ferait n'importe quoi pour que le monde entier se regroupe autour d'elle pour la plaindre.
- Tu la diabolises un peu là, tu ne crois pas ?
- Non MacDonald, je ne crois pas. Vous deux, vous voyez toujours le meilleur chez les gens, mais moi, je ne suis pas comme ça, et je sais très bien ce qu'elle fait. Quand elle officialisera sa relation avec Aubrey, si elle le fait, tout le château sera heureux pour elle qu'elle ait réussi à rebondir, alors que toi Lily... Merlin, ouvre les yeux. Il a suffi que tu passes une heure avec James aux Trois Balais pour que la moitié des Gryffondors te regarde de travers. Elle ne veut pas te laisser t'en tirer aussi facilement, c'est tout.
- Pourquoi est-ce qu'elle n'a pas joué franc jeu avec moi ?
- Parce qu'elle n'avait pas intérêt à le faire, répliqua t-il en haussant les épaules. Plus elle est gentille avec toi, plus tu culpabilises, et plus les autres l'admirent. C'est une aubaine. »
Lily et Mary demeurèrent immobiles pendant un certain temps, perdues dans leurs réflexions, pendant que Sirius engloutissait une portion improbable de toasts. Lily n'avait jamais été excessivement proche de Marlène. Elles se côtoyaient et s'entendaient plutôt bien avant cette histoire, mais elles n'avaient jamais été deux grandes amies. Mary était plus proche d'elle, et elle semblait un peu offensée par tout ce que Sirius venait de leur avouer. L'idée même qu'elle puisse ne pas s'être rendue compte de ce qu'il se passait sous son nez la contrariait.
« Pourquoi est-ce que tu ne m'as rien dit avant ?
- Pour la même raison que je ne l'ai pas dit à James, je pensais que tout allait se dissiper, mais nous quittons Poudlard dans deux jours et tu es toujours aussi... Pleine de remords, termina t-il comme si les regrets n'étaient qu'un vague concept lointain.
- Tu sais que ça ne change rien à tout ça ? Ce que James et moi avons fait était quand même injustifiable.
- Tu en parles comme si vous aviez lancé un sortilège impardonnable à quelqu'un, ça me dépasse. Vous n'avez rien fait de mal. Vous n'avez pas bravé la loi, vous êtes grands, vous avez fait ce que vous vouliez tous les deux faire, et personne n'a le droit de vous le reprocher. Ce n'est peut-être pas le bon argument, mais si tu savais le nombre de fois où j'ai fait la même chose... Pfff. Je n'ai pas assez de doigts pour te les énumérer. Et puis... Vous êtes encore libres de vos faits et gestes, je crois.
- Mais Marlène ne l'est pas ? L'interrogea Mary.
- Ce que Marlène a fait est différent. Elle est avec Aubrey depuis trop longtemps, elle n'a pas été honnête avec qui que ce soit, et elle a joué ses pions pour que James et Lily soient les seuls à payer les pots cassés. Regarde, MacDonald, même à toi, elle n'a rien dit... Si tu veux mon avis, je suis bien content que Lily et James se soient embrassés juste sous son nez, et j'espère qu'ils le referont. »
Ce fut à ce moment précis que James et Rémus débarquèrent tous les deux dans la Grande Salle, et plus aucun des quatre gryffondors ne pipèrent mot. Lily se tortilla sur le banc. Cette situation la mettait vraiment mal à l'aise. Elle ne pouvait pas rester assise en face de lui à faire semblant de ne pas savoir ce que Sirius venait de lui confier.
« Je dois y aller, lâcha t-elle subitement. »
Elle balança son sac sur son épaule et se hâta vers la sortie. Elle avait une seule idée en tête : trouver McKinnon et en finir une bonne fois pour toutes avec ces histoires. Elle ne voulait plus cacher quoi que ce soit à qui que ce soit, elle voulait juste que tout le monde mette enfin cartes sur table sans pour autant que l'un d'entre eux n'en subisse toutes les conséquences.
Elle se dirigeait vers le rez-de-chaussé lorsqu'elle croisa Severus Rogue. Elle n'avait vraiment pas besoin de cela maintenant. Elle prit une profonde inspiration, prête à passer à côté de lui comme s'il n'était qu'un lointain souvenir qui n'avait plus aucune influence sur sa vie, mais il ouvrit malheureusement la bouche pour s'adresser à elle.
« Alors tu es avec Potter maintenant ?
- Si tu arrêtais d'écouter les ragots de tes affreux amis, tu vivrais certainement mieux Severus, répondit-elle simplement. »
Elle ne lui laissa pas le temps de répliquer. Elle n'avait pas envie de l'écouter, elle n'en avait plus envie depuis bien longtemps, mais le simple fait qu'il lui adresse la parole lui tordait l'estomac. Il n'était qu'un problème de plus dans la pile, et elle ne voulait plus avoir affaire avec lui.
Elle avait arpenté les trois quarts du château et commençait à baisser les bras quand elle tomba enfin sur Marlène. Elle était au pied de la tour d'astronomie, en train de ranger sa baguette dans son sac alors que Bertram Aubrey disparaissait dans un couloir adjacent.
« Marlène, on doit discuter.
- Bien sûr, qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
- Ecoute, il n'y a personne dans le coin, et je ne tiens pas à raconter cette conversation à qui que ce soit, alors soyons franches s'il te plaît. »
Marlène balaya le couloir des yeux, plus aucune once d'amabilité et de douceur ne s'y trouvait, et Lily se demanda un instant si ce n'était pas une autre personne qui se tenait devant elle.
« Très bien Evans, on va parler. James et moi ne sommes plus ensemble depuis quelques semaines et tu l'invites déjà aux Trois Balais ?
- Je ne l'ai pas invité, protesta Lily. Je ne savais même pas qu'il y était, c'était une coïncidence et...
- Une coïncidence ? Tu comptes faire croire ça à qui ? »
Son ton était si agressif que Lily en fut totalement désarçonnée. Elle n'était pas du tout habituée à la voir aussi hostile et c'était véritablement déstabilisant, mais elle réalisa là qu'elles ne s'étaient jamais trouvées seules depuis cette histoire avec James. A chaque fois qu'elles avaient discuté, d'autres élèves étaient dans le coin.
« Marlène, crois le ou non, mais ce n'était pas un rendez-vous. Merlin, je ne comprends rien, je pensais que nous avions mis les choses à plat toutes les deux et...
- Je n'allais pas te hurler au visage devant l'équipe de Quidditch, la coupa Marlène. Je ne suis pas une énorme menteuse, Lily, je pensais une partie de ce que je t'ai dit, je maintiens ce que je t'ai confié sur le début de ma relation avec James et mes torts là dedans, mais comment as-tu pu être assez bête pour croire que je t'avais pardonnée et que tout allait bien entre nous ? »
La phrase de Marlène sonna comme une énorme moquerie aux oreilles de Lily qui avait soudainement l'impression désagréable qu'elle n'était qu'une imbécile. Elle balbutia pendant un instant avant de se rappeler de la raison même pour laquelle elle l'avait cherchée partout.
« Et Aubrey ? Tu lui as menti à lui ? »
Cette fois-ci, Marlène devint livide. Elle lâcha son sac à ses pieds, fronça ses sourcils, et croisa ses bras sur sa poitrine.
« Je ne sais pas de quoi tu parles.
- Tu sais très bien de quoi je parle, et je veux que tu le dises à James. »
La jeune femme blonde écarquilla les yeux et lâcha un rire avant de rejeter ses cheveux en arrière comme elle avait l'habitude de le faire. Ce n'était plus aussi impressionnant maintenant que Lily savait qu'elle n'avait pas été honnête. Elle l'enviait moins pour toutes ses qualités qu'elle n'avait pas car elle s'était rendue compte que des défauts les accompagnaient. Finalement, Marlène McKinnon était humaine et ressentait la haine comme n'importe qui d'autre.
« Sirius pense que tu n'aimes pas du tout James et que tu n'étais avec lui que pour sa popularité, et je ne crois pas que cela soit entièrement vrai. Si tu es autant en colère contre moi, c'est que tu devais tenir un minimum à lui, je ne pense pas que ce soit seulement à cause de ta réputation, alors s'il te plaît... Dis-le lui au moins pour qu'il passe à autre chose.
- Ca t'arrangerait bien, n'est-ce pas ?
- Marlène... Sois sérieuse s'il te plaît. Pour lui.
- On est pas sérieux quand on a dix sept ans, Lily. »
Lily dansa d'un pied sur l'autre, sa nervosité commençait à dangereusement prendre le pas sur sa patience et le mépris avec lequel Marlène la regardait n'aidait pas. Sa dernière phrase ne quittait pas son esprit. Elle avait raison. Ils auraient dû se comporter comme des adolescents, mais Lily avait toujours la sensation d'avoir grandi un peu trop vite, mûri un peu trop tôt, et elle sentit brutalement le décalage.
« Je ne suis pas là pour faire ce qui m'arrange, je suis là pour qu'on arrête les frais ! protesta t-elle.
- Peut-être qu'on aurait dû arrêter les frais l'année dernière, quand je vous ai dit à toutes que je voulais sortir avec lui et que tu ne m'as pas arrêtée !
- Je sais, Merlin, je sais que j'ai eu tort ! S'écria Lily. Mais je n'étais rien à côté de toi ! Tout le monde t'aime bien ! Tout le monde te trouve jolie, intelligente, et gentille ! Je n'avais certainement pas assez confiance en moi pour me mettre en travers de ton chemin ! Et c'est peut-être une piètre excuse, mais c'est la vérité. »
Marlène s'apprêtait à répondre mais elles entendirent des pas se rapprocher. Cela ne dura que quelques secondes, puis il n'y eut plus un bruit, et c'est à ce moment là qu'elle se décida.
« Ce n'est plus mon problème maintenant. Je n'ai rien à gagner à dire la vérité.
- Tu t'en fiches, alors ? Tu vas vraiment confirmer ce que Sirius pense ? l'interrogea Lily. Tu te fiches de ce que James peut ressentir ? Tu vas le laisser s'en vouloir alors que tu étais avec Aubrey depuis le début ?
- Pas tout à fait depuis le début, juste depuis plusieurs mois, la corrigea t-elle.
- Quelle importance ? Tu laisses l'école entière croire que votre relation s'est terminée à cause de James, parce que nous nous sommes embrassés, et... C'est peut être le cas, mais tu le fais passer pour une mauvaise personne qui t'a trompée alors que tu sors avec un autre en cachette depuis des mois. Nous sommes à égalité Marlène, un partout.
- Et j'ai entendu ce que les autres disent de vous, je n'ai aucune envie qu'ils racontent la même chose sur moi, désolé Lily.
- Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? Pourquoi tu ne lui as rien dit ? Vous auriez juste pu vous séparer et... »
Marlène détourna le regard. Elle avait l'air triste et ennuyé. Elle n'était pas l'horrible harpie que Sirius décrivait, Lily avait juste l'impression qu'elle s'était perdue quelque part.
« Parce que j'avais peur ! Je n'ai pas été fausse avec James, je n'ai pas feins toute notre relation, j'ai juste trouvé en Aubrey quelqu'un qui me comprenait à un autre niveau et je n'arrivais pas à me décider entre les deux ! Il m'a dit qu'il resterait avec moi jusqu'à ce que je prenne une décision et je... Si je l'avais dit à James, il ne me l'aurait pas pardonné. Je ne le lui dirai pas, Lily. Les choses sont plus calmes entre nous, et je n'ai aucun intérêt à ce qu'il sache maintenant. Nous ne sommes plus ensemble, mais il garde une bonne opinion de moi, c'est tout ce qui m'importe.
- Un jour ou l'autre, cela se saura.
- Peut-être que oui, peut-être que non. En attendant, je vais tenter ma chance, répondit-elle en la contournant. »
Lily n'aurait jamais cru un jour qu'elle aurait envie de l'étrangler, mais le fait était là. Elle se voyait lui sauter dessus et lui arracher ses stupides magnifiques cheveux blonds. L'injustice la mettait dans un état de colère incroyable, et là, elle avait envie de hurler. Elle savait qu'elle avait beaucoup à se reprocher dans cette histoire, mais elle avait fait tout ce qu'elle avait pu pour se racheter auprès de ceux qu'elle avait blessé et elle s'en était voulue pour toute une vie, mais là, c'en était trop.
Elle ne pouvait plus supporter d'assumer les erreurs des autres en plus des siennes. Ses doigts se crispèrent sur son jean. Les larmes montaient dans ses yeux. Marlène s'en tirerait avec les honneurs et Sirius avait raison sur toute la ligne. Sirius avait toujours raison. Foutu Sirius. Foutue McKinnon.
« Je pense que tu peux officialiser ta relation maintenant.»
Elle avait été trop occupée à essayer de canaliser sa colère pour voir que James était debout devant Marlène, sa cape d'invisibilité à la main, les traits tendus et la mâchoire serrée.
« Qu'est-ce que tu as entendu ? lui demanda Marlène en trébuchant légèrement sur les mots.
- Tout à partir du moment où tu as dit que je n'étais plus ton problème, répondit-il froidement. »
Marlène resta silencieuse et il sembla à Lily qu'elle était en train de chercher une manière de s'en tirer. Elle n'avait aucune chance.
« Tu vas le répéter aux autres ? s'enquit-elle.
- Merlin, c'est vraiment tout ce qui t'importe ?! Tempêta James.
- Je...
- Et toi, tu ne m'as rien dit, poursuivit-il en jetant le même regard glacial à Lily.
- Je pensais que ce n'était pas à moi de le faire, répondit-elle profondément désolée.
- L'excuse parfaite, ironisa t-il. Je n'arrive pas à croire que Sirius et toi m'avez caché ça. Qui d'autre sait ?
- Mary vient de l'apprendre... Pareil pour Peter... Admit Lily avec regret.
- Merlin, vous...
- James, je suis désolée.
- Je n'ai même plus envie de discuter avec vous, trancha t-il sèchement avant de poser les yeux sur Marlène, de soupirer de dégoût, et de tourner les talons.
- Joli, Evans, commenta Marlène avant de disparaître à son tour. »
Seule dans le couloir, Lily réalisa qu'elle avait eu tort quelques semaines auparavant en se lamentant auprès de Mary sur le tournant que sa vie avait pris. Là, maintenant, elle avait toutes les raisons de le faire. Elle allait bientôt quitter le monde magique et la seule amie qu'elle garderait de ces sept ans serait Mary. Enfin... Il lui restait encore deux jours pour tout gâcher avec elle aussi, et elle avait montré de telles capacités dans la destruction de tout ce qui l'entourait en général qu'elle restait réaliste sur le fait qu'elle était encore tout à fait capable de ruiner cette dernière amitié. Il y avait au moins un domaine dans lequel elle était imbattable.
