A l'arrière de la voiture de ses parents, la tempe collée contre la vitre, Lily observait silencieusement le paysage qui s'étendait devant eux. Ils roulaient depuis des heures lorsqu'ils arrivèrent enfin devant de gigantesques grilles noirs qui s'ouvrirent sans qu'ils n'aient besoin de se signaler, au grand ravissement de ses parents.
Lily n'avait jamais mis les pieds chez les Potters, mais à la façon dont Sirius en parlait tout le temps, elle s'attendait à une sorte de deuxième Poudlard. Un long chemin de terre et de gravillons encadré par d'immenses arbres s'étendait devant eux. Les branches les plus hautes semblaient lutter les unes contre les autres pour prendre l'avantage sur l'allée et formaient une arche naturelle au dessus d'eux que Lily trouva positivement magnifique.
Elle regretta presque de ne pas être descendue de la voiture au niveau des grilles pour pouvoir contempler le paysage à sa propre allure, mais elle était contente de ne pas avoir utilisé la poudre de cheminette. Cela l'aurait privée du spectacle qui l'entourait.
« Qu'est-ce que c'est joli ! s'extasia sa mère lorsque le manoir Potter se dessina finalement devant eux. »
Lily dut admettre qu'elle ne s'attendait pas à cela. Ce n'était pas aussi immense que Sirius s'amusait perpétuellement à le faire remarquer. C'était grand et beau, certes, mais d'une façon paradoxalement assez modeste. Elle n'arrivait même pas à se l'expliquer elle-même. Pourtant, au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient, elle ne put que comprendre pourquoi le meilleur ami de James en faisait des tonnes à propos de ce manoir.
La majeure partie de la façade était faite de briques claires, mais des reliefs en briques rouges apparaissaient à certains endroits, et une grande terrasse circulaire surplombait l'entrée. Elle était surmontée d'un dôme qui s'étirait vers le ciel, Lily songea qu'il ressemblait drôlement à un chapeau de sorcier. L'endroit aurait semblé irréel à toute personne ayant vécu toute sa vie dans un monde moldu.
Leur voiture fut la seule à se garer devant chez eux ce soir là et si les parents de Lily ne semblèrent pas s'en étonner au premier abord, elle remarqua leur surprise lorsque la porte d'entrée s'ouvrit magiquement devant eux et que le brouhaha des convives leur parvint aux oreilles. Ici, personne d'autre ne conduisait d'automobile.
« Ellen ! Richard ! Lily ! Vous voilà ! s'exclama Euphemia en se frayant un chemin dans le groupe d'invités. Avez-vous fait bon voyage ? Pétunia n'est pas avec vous ?
- Très bien, merci Euphémia. Pétunia ne pouvait pas venir, elle s'excuse de son absence.
- Oh, c'est regrettable, mais nous n'allons pas nous laisser abattre n'est-ce pas ? Je suis sûre que vous avez faim, suivez-moi dans le grand salon, je vais vous présenter à mes amis et au banquet... Dans l'ordre de préférence. »
Lily songea qu'elle n'était pas dupe quant à l'absence de sa sœur, et à l'expression de son visage, elle n'en était pas le moins du monde peinée. La jeune femme ne pouvait pas l'en blâmer. Elle aussi était grandement soulagée de ne pas se retrouver ici avec son horrible sœur.
Elle s'apprêtait à suivre son hôte lorsqu'une goutte d'eau s'écrasa sur son front et attira son regard vers le dôme. Elle bascula sa tête en arrière et manqua de tomber à la renverse. Le plafond circulaire abritait une immense peinture magique sur laquelle un homme et une femme étaient serrés l'un contre l'autre, tous les deux debout dans le plus simple appareil, enlacés, subissant les assauts répétés d'une énorme vague venue de nulle part.
Ils pivotaient à chaque agression, chacun essayant de protéger l'autre avec son dos, et Lily remarqua que s'ils s'accrochaient solidement l'un à l'autre, ils agrippaient aussi étroitement chacun un objet. Dans la main de l'homme se trouvait une baguette magique, tandis que les doigts de la femme se refermaient sur une branche d'olivier.
« Evans ! Ramènes-toi ! »
La voix de Sirius Black la força à sortir de sa contemplation. Il l'attendait là où Euphemia s'était tenue un peu plus tôt avec ses parents, et il lui faisait signe de le rejoindre. Elle remarqua alors le grand escalier en colimaçon qui serpentait le long du mur circulaire, s'élevant vers le dôme. Il était somptueux.
« Je viens d'entendre tes parents dire à ceux de James que tu avais n'avais eu que des Efforts Exceptionnels et des Optimal ! Tu dois absolument venir fêter ça avec nous ! »
Il tenait un verre rempli d'un liquide orange, mais il était beaucoup trop enthousiaste pour n'avoir bu que du jus de citrouille, et elle décela vite le pot aux roses. Tous les sorciers présents tournaient au whisky pur feu et à la bièraubeurre. Malin comme il était, il avait dû vider une bouteille d'une liqueur quelconque dans les pichets de jus de citrouille en songeant que personne ne le saurait.
« Je pensais que tu m'en voudrais encore pour... commença t-elle en songeant à la façon dont James avait appris l'implication de Sirius dans le secret de Marlène.
- Tu n'as pas fait exprès, je me suis réconcilié avec James, et je suis trop content d'être débarrassé de McKinnon pour t'en vouloir à vie, la rassura t-il en balayant sa remarque de la main. »
Sirius était beaucoup plus amer envers Marlène que Lily ne l'était elle même. Elle n'avait pas apprécié son comportement, certes, mais quelque part... Elle avait vu qu'elle était perdue, et cela avait un peu atténué la colère qu'elle éprouvait à son égard.
« Toi aussi, tu as tout réussi ? l'interrogea t-elle alors que ses yeux balayaient le grand salon dans lequel ils venaient de pénétrer.
- Oh, j'ai eu un Acceptable en Histoire de la magie, mais ce n'est qu'un détail, le reste est parfait. James, lui...
- N'a pas eu d'Optimal en Potions, compléta Lily en voyant Fleamont discuter avec le ministre qu'elle reconnaissait pour l'avoir vu de nombreuses fois dans la Gazette du sorcier.
- Comment est-ce que tu sais ?! s'exclama Sirius en faisant voler un verre devant elle. Il a eu Efforts Exceptionnels, c'est quand même assez pour être auror ! »
Elle haussa simplement les épaules en souriant, cherchant le sujet de leur conversation des yeux. La pièce était assez grande pour accueillir la trentaine de personnes qui s'y tenait. Les murs pourpres encadraient une longue table en bois foncé au dessus de laquelle lévitaient des chandeliers anciens et des plateaux d'argent largement fournis en petits-fours.
Elle repéra assez facilement ses parents, les seuls moldus présents, entourés de quelques convives qui semblaient leur poser tout un tas de questions sur leur mode de vie alors qu'eux voulaient en savoir plus sur le monde magique, et tout cela résultait en une cacophonie de compliments et de questions en tout genre.
« James est dehors, il parle avec des collègues de Fleamont, lui indiqua Sirius comme s'il avait lu dans son esprit. Tu veux que j'aille le chercher ?
- Non, non, s'empressa t-elle de répondre. J'aurais bien le temps de le voir plus tard. Rémus et Peter ne viennent pas ?
- Rémus a besoin de repos, et Peter est en vacances avec ses parents. Nous nous verrons la semaine prochaine, James a prévu une petite fête de retrouvailles...
- Je croyais que vous étiez punis ? pointa Lily, perplexe.
- Oh nous le sommes, mais quand Euphemia et Fleamont doivent s'absenter un week-end pour le travail, notre punition repose sur la confiance... commenta Sirius avec un sourire.
- Que vous trahissez, compléta t-elle en esquissant une moue scandalisée.
- Ce qu'ils ne savent pas ne leur fait pas de mal.
- Pourquoi est-ce que tu m'as dit ça ? Je me sens coupable de complicité maintenant. Change moi les idées, je meurs de faim, je pourrais avaler un dragon.
- Parfait, j'avais prévu de dévaliser le buffet mais j'attendais d'avoir un partenaire.
- A toi l'honneur, lui répondit-elle en esquissant un geste vers la table. »
Ils se ruèrent sur les plateaux avant de s'affaler sur une chaise une vingtaine de minutes plus tard, repus. James n'était toujours pas réapparu mais Lily passait un bon moment avec Sirius.
« Je dois te demander... commença t-elle.
- Hmm ?
- Lequel de vous deux a enchanté toutes nos photos de famille pour que Pétunia apparaisse avec une énorme moustache ?
- Comment oses-tu nous accuser ? fit-il, faussement outré.
- Si ça peut te rassurer, j'ai fait croire à mes parents que c'était moi et que j'avais perdu le contre sort. Je ne peux pas me lasser de la voir en rogne à chaque fois qu'elle pénètre dans le salon.
- Alors j'avoue, c'est moi, admit-il avec un sourire malin. James avait trop peur que tes parents le détestent, il m'a hurlé dessus quand nous sommes rentrés.
- J'en étais sûre ! s'exclama Lily en lâchant un rire. Tu sais que je suis privée de sortie pendant deux semaines à cause de toi ? J'ai juste le droit aux sorties familiales... Heureusement, celle-ci en fait partie, mais laisse moi te dire que c'est la seule qui ne soit pas ennuyante à souhait.
- J'aimerais te dire que je regrette, mais ce n'est pas le cas du tout, répliqua t-il en riant aussi. »
Ils échangèrent un sourire complice et continuèrent à discuter un petit moment avant que Lily ne commence à se sentir un peu oppressée par le bruit. Elle posa son verre sur la grande table, s'excusa auprès de Sirius, et quitta le grand salon pour retourner dans le hall d'entrée où elle se laissa une nouvelle fois aller à la contemplation du tableau au dessus de sa tête. Elle n'avait jamais rien vu de si beau.
« Un chef d'oeuvre, n'est-ce pas ? »
Elle baissa la tête et ses yeux tombèrent sur Fleamont. Il était debout devant la porte d'entrée et observait aussi le plafond comme s'il le voyait pour la première fois.
« Il représente mes ancêtres qui se sont battus pour défendre les moldus dans la guerre qui les a opposé au monde magique, expliqua t-il en s'avançant au milieu de la pièce, non loin d'elle. »
Elle ne répondit pas, se contentant de boire ses paroles malgré le fait qu'elle comprenait très bien ce qu'elle voyait. La vague évoquait évidemment la guerre. Puissante, tonitruante, impressionnante, effrayante... Elle semblait pouvoir tout détruire. Pourtant, les deux amoureux ne fléchissaient pas, serrés l'un contre l'autre, utilisant chacun leur propre corps comme un bouclier pour protéger leur moitié.
Parfois, quand ils pivotaient, Lily avait l'impression qu'ils ne faisaient plus qu'un. Les longs cheveux bruns de la femme s'enroulaient autour de son amant et le berçait contre elle juste le temps d'absorber le choc de l'eau sur son dos, et ensuite, c'était à lui de prendre le relais. Plus Lily le regardait, et plus elle sentait des larmes se former dans ses yeux verts.
« La plupart des invités ne le remarquent même pas quand ils viennent ici, je trouve cela regrettable, reprit Fleamont.
- Une goutte d'eau m'est tombée sur le visage, lui expliqua modestement Lily.
- Bien sûr qu'une goutte d'eau t'es tombée sur le visage Lily, répondit Fleamont en souriant. Je ne dis pas qu'ils ne la regardent pas. Je dis qu'ils ne la remarquent pas. »
Il entama un mouvement vers les escaliers et elle pensait qu'il allait la laisser là, mais il se contenta de s'asseoir sur la première marche tout en poussant un soupir de soulagement comme si tous ses os le remerciaient pour cet instant de répit.
« Dis-moi, qu'en penses-tu, toi ? l'interrogea t-il. »
Elle croisa son regard et elle eut l'impression angoissante qu'il analyserait le moindre mot qu'elle utiliserait pour lui répondre. Il était sympathique, mais il dégageait une aura qui l'impressionnait trop pour qu'elle ne se souci pas de ne pas passer pour une complète imbécile devant lui.
Elle prit quelques secondes pour réfléchir à de grandes phrases qu'elle tenta d'organiser dans sa tête en essayant de savoir laquelle paraîtrait la plus intelligente, puis elle contempla de nouveau l'oeuvre au dessus d'elle, et elle réalisa qu'elle n'avait pas tant besoin d'être intelligente que d'être sincère.
« Elle me rend triste, lâcha t-elle. »
Ses mots résonnèrent entre les murs dans le silence le plus complet. Fleamont resta muet pendant un long moment et elle se demanda brièvement si elle ne l'avait pas étonné par tant de vacuité. James lui avait dit qu'elle était brillante, et voilà que sa seule répartie consistait en quatre mots d'un langage tout à fait basique.
« Vraiment ? s'étonna t-il. Pourquoi ? »
Elle hocha la tête et se mordit la lèvre. Plus elle observait le tableau, et plus le sentiment d'infinie lutte qu'il renvoyait lui faisait de la peine.
« Parce que j'ai l'impression qu'il n'y aura jamais de fin à tout cela. Je veux dire, c'est très beau, mais... C'est terrible. Ils sont condamnés à se protéger de cette énorme vague toute leur vie.
- Mais elle ne les englouti jamais, est-ce que ce n'est pas là l'important ?
- Peut-être... Répondit-elle avec hésitation.
- Tu n'es pas obligée d'être d'accord avec moi, n'y a pas de bonne réponse Lily, la rassura t-il avec un sourire bienveillant. »
Elle quitta le plafond des yeux pour se rapprocher un peu de Fleamont. Elle s'appuya contre le mur et grimaça.
« Est-ce que ce ne serait pas mieux, si elle les engloutissait enfin ?
- Tu veux dire, s'ils mourraient ?
- Peut-être que c'est ce qu'ils attendent.
- Pourquoi est-ce qu'ils s'enlaceraient s'ils attendaient la mort ?
- Pour être certains d'y aller ensemble.
- Mais pourquoi voudraient-ils mourir ?
- Parce que la vague les frappera toujours, où qu'ils se trouvent. A quoi bon courir si nous sommes toujours rattrapés ? »
Le visage de Fleamont changea totalement d'impression, et ses yeux se fixèrent aux siens si bien qu'elle eut la soudaine impression qu'ils venaient de se découvrir. Elle voyait l'intérêt, elle sentit l'admiration, et elle douta de la mériter.
« On m'a rarement présenté les choses sous cet angle... lui apprit-il.
_ C'est sûrement stupide, balbutia t-elle en rougissant légèrement.
_ Pas du tout. C'est fataliste, mais très intéressant, au contraire... »
Elle déglutit et reporta son regard sur les deux amants. Sa gorge était serrée. Elle n'avait pas toujours eu une vision aussi pessimiste des choses, mais la guerre avait un effet dévastateur sur elle.
« Je ne dis pas que tout est tragique, je... L'amour est indéniable et il est beau et c'est la raison pour laquelle ils arrivent à combattre la vague et c'est juste... C'est bouleversant. Je voudrais seulement qu'ils puissent se reposer...
_ James a raison. Tu es une jeune fille brillante et d'une maturité étonnante, lui répondit simplement Fleamont. »
Un sourire timide illumina son visage. Fleamont était très différent d'Euphemia mais il n'en était pas moins attachant.
« Le ministre est parti ?
- Oh, oui, il était seulement de passage, fort heureusement. J'ai tendance à préférer parler art avec des sorciers intéressants que de parler politique avec des sorciers intéressés, répondit-il en souriant. »
Elle lui rendit son sourire et ils restèrent un moment sans dire un mot. C'était assez relaxant, aussi étrange cela puisse paraître. Elle oublia qu'il était l'un des plus influents sorcier de Grande Bretagne, elle oublia qu'il était le père de James, et elle profita juste de cette complicité qu'elle venait de créer avec lui.
« Est-ce que James et toi êtes... Enfin... Je ne veux pas te gêner, je me demandais juste... commença t-il en laissant sa phrase en suspend.
- Non, s'empressa t-elle de répondre trop rapidement pour qu'il ne puisse la croire. »
Elle lut l'amusement dans son regard. Pire, elle l'entendit. Il laissa échapper un rire, et elle sentit ses joues brûler. Merlin, elle ne s'était pas attendue à cette question.
« Il nous a dit qu'il s'était séparé de la petite McKinnon, alors je me disais que peut-être... Enfin, ça ne me regarde pas vraiment... J'essaie juste... De suivre sa vie. »
Lily baissa la tête, penaude. La mention de sa relation passée avec Marlène la mit mal à l'aise. Elle se doutait qu'il l'avait présentée à ses parents, mais elle n'avait aucune idée de l'opinion qu'ils pouvaient bien avoir d'elle. Peut-être qu'ils détesteraient Lily s'ils savaient qu'elle était l'une des raisons de leur rupture.
« Il était très triste au début des vacances... Euphemia était inquiète. Elle voulait repousser notre week-end de séminaire pour rester... Mais après la visite chez toi, tout allait un peu mieux. Disons simplement que l'air moldu lui fait du bien, conclut-il en prenant le même air faussement innocent que James arborait quand il se défendait d'une bêtise qu'il avait vraisemblablement commise.
- On le sous-estime trop souvent, répliqua Lily, le faisant rire. Alors Marlène est déjà venue ici ?
- Oh oui, quelques fois.
- Qu'a-t-elle pensé du tableau ? »
La question de Lily aurait paru tout à fait anodine à un sorcier qui n'aurait pas remarqué le ton faussement détaché qu'elle avait employé, mais Fleamont était trop réfléchi pour ne pas comprendre d'où elle venait. Il se leva de la marche où il se tenait, soupira, et adressa un coup d'oeil malicieux à Lily.
« Elle ne l'a pas remarqué. »
Et juste comme cela, il la laissa dans le hall et rejoignit ses convives dans le salon. Lily s'apprêtait à retourner aussi vers le monde civilisé lorsque James apparut.
« Sirius m'a dit que tu avais disparu par là il y a une demie heure, et je viens de croiser mon père. Ne me dis pas qu'il t'a fait le coup du tableau...
- Hmmm... Si cela consiste à me demander ce que je pense du plafond, j'ai bien peur qu'il l'ait fait, répondit-elle en souriant. »
James soupira de dépit et secoua la tête de gauche à droite. Elle était heureuse de le revoir et elle se sentit soudainement beaucoup moins mature que ce que le père de James semblait croire. Elle ressentait les fourmillements dans le bout de ses doigts, les chatouilles au creux de son ventre, et les palpitations dans des muscles de son corps qu'elle ne savait même pas qu'elle abritait.
« Félicitations pour tes ASPIC, lui dit-elle.
- A toi aussi. J'ai discuté un peu avec tes parents. Tu as pulvérisé les scores.
- Est-ce que ça veut dire que j'ai fait mieux que toi ?
- Tu m'as battu sur les potions. Je mets ça sur le compte de l'âge. Tu as plus d'expérience.
- J'ai à peine deux mois de plus que toi, répliqua t-elle en riant.
- Et ça fait toute la différence... Reste à savoir si tu as réussi l'examen du tableau, conclut-il en observant le plafond. »
Elle leva les yeux au ciel, un sourire indéfectible sur ses lèvres.
« Tu demanderas à ton père, alors ?
- Oh je n'aurais pas besoin de lui demander, il me le dira, que je veuille savoir ou non.
- Tu veux savoir ?
- Quoi qu'il dise, ça ne changera rien, répondit-il avec désinvolture.
- Tu parles comme si tu n'accordais pas d'importance à son opinion. C'est pourtant un très grand sorcier, et je suis sûre qu'au fond tu sais qu'ils ont toujours raison.
- Et toi, tu parles comme si tu avais réussi l'examen du tableau et que tu voulais que je l'écoute, lui fit-il narquoisement remarquer.
- Je n'en sais rien ! J'ai juste dit ce que je pensais.
- Qu'est-ce que tu penses ?
- Que c'est atrocement triste, et tristement beau, répondit-elle du tac au tac. »
Elle put lire de la surprise dans ses yeux avant qu'un large sourire ne se dessine sur son visage. Il enfouit ses mains dans ses poches et leva la tête vers le plafond. Elle l'observa attentivement, et elle fut certaine que tout ce qu'elle put lire sur son visage à ce moment là était le reflet parfait de ce que Fleamont avait pu voir sur le sien quelques minutes plus tôt.
« Cette peinture doit avoir une cinquantaine d'années, et rien n'a changé, murmura t-il. »
Il avait raison. La vague était toujours là, chaque jour plus intense, chaque jour plus oppressante, et si Lily s'efforçait de ne pas y penser, elle savait qu'elle devrait tôt ou tard lui faire face.
« Je ne sais pas si Sirius t'a dit, mais la semaine prochaine, on fait une petite soirée ici avec Peter et Rémus, est-ce que tu voudrais venir ? »
Même avec toute la volonté du monde, elle n'aurait pas pu s'empêcher de sourire. James lui proposait de traîner avec lui et ses amis, de faire partie de la bande au moins pour une soirée, et elle savait que c'était un privilège qu'il n'accordait pas à n'importe qui. Elle allait acquiescer lorsqu'elle se souvint soudainement qu'elle était punie. Son enthousiasme retomba directement et elle eut envie de se taper la tête contre la rambarde de l'escalier sur laquelle elle était appuyée.
« Je suis privée de sortie, répondit-elle amèrement.
- Qu'est-ce que tu as fait ?
- Ne sois pas en colère contre Sirius. J'ai dit à mes parents que c'était moi, pour les moustaches de Pétunia sur les photos. »
Il prit une profonde inspiration et passa sa main dans ses cheveux d'un air ennuyé. Elle ne s'y attendait pas, mais il lui adressa un sourire.
« Tu nous as couvert, pointa t-il.
_ J'ai apprécié la blague, se justifia t-elle en lui rendant son sourire. »
Ils échangèrent un long regard avant de rejoindre Sirius d'un commun accord, et pendant l'espace de quelques heures, ce fut un peu comme s'ils étaient encore à Poudlard, comme si rien n'avait changé, comme s'ils n'étaient pas lancés dans le monde magique sans une idée précise de la suite des événements.
Lily pensait postuler à Scribenpenne. Elle savait que ses professeurs aspiraient à mieux pour elle et que ses parents espéraient qu'elle rentrerait au ministère de la magie, mais elle avait juste envie de faire ce qu'elle voulait et de se sentir bien. Il était hors de question qu'elle se force à quoi que ce soit juste parce que ses ASPIC le lui permettaient. Elle n'en avait parlé à personne parce qu'elle n'était sûre de rien. Trouver son chemin après Poudlard était loin d'être une tâche aisée.
