Il était 19h30 quand l'on frappa à la porte de chez les Evans. Lily s'empressa de descendre les escaliers pour aller ouvrir, impatiente de voir qui était cette personne qui la sauverait de la monotonie affligeante qu'était sa vie depuis qu'elle était punie.

Son optimisme retomba directement quand elle se retrouva nez à nez avec Vernon Dursley, le stupide petit-ami de sa sœur. Elle ouvrit grand la porte, et il n'attendit même pas qu'elle le salue pour entrer, la bousculant presque au passage. Elle serra la mâchoire et referma derrière lui tout en criant le nom de sa sœur du bas des escaliers.

« Ne me parle pas ! renchérit Pétunia.

- Je ne le fais pas pour le plaisir ! s'écria Lily. Vernon est là ! »

Il n'y eut plus un bruit pendant quelques secondes, puis sa sœur dévala les marches pour se pendre au cou du jeune moustachu. Une minute plus tard, Ellen et Richard le saluaient aussi et l'invitaient à prendre place pour dîner avec eux.

Vernon avait le don de débarquer à l'improviste pile à l'heure du repas. Lily savait que cela agaçait fortement ses parents, mais aucun des deux ne lui faisaient la remarque. Ils étaient trop conscients que Petunia était heureuse quand il était là et les disputes entre les filles leur suffisaient déjà amplement pour ne pas en rajouter.

Lily étouffa un rire en le voyant essayer d'effacer la moustache de pétunia sur une photo qui trônait sur le buffet le plus près de la table. Sa sœur, contrariée, lui attrapa le bras et le mena jusqu'à sa chaise comme s'il était incapable de trouver son chemin, et elle adressa un coup d'oeil mauvais à Lily.

Elle connaissait très bien ce regard, celui qui lui interdisait formellement de bouger un seul orteil en présence de son petit-ami, et elle n'y accordait plus aucune importance depuis que Pétunia avait arrêté de faire des efforts pour ne pas lui rendre la vie dure.

« Pétunia dit que tu n'as pas de travail. » Fut la première phrase que Vernon Dursley lui adressa ce jour là. Lily jeta un regard dépité à ses parents, mais elle prit sur elle, inspira longuement, et lui répondit en souriant.

« Pas encore, en effet.

- Ne pense même pas à utiliser tes abracadabras sur moi pour obtenir un poste dans mon entreprise de perceuse. »

Lily haussa les sourcils mais le fixa juste assez longtemps pour avoir une image précise de ce à quoi il pourrait ressembler si elle lui faisait pousser tout un tas de furoncles sur le visage, et cela la soulagea brièvement.

« Ce n'est pas mon domaine Vernon, aucun risque, répondit-elle aussi calmement qu'elle le put.

- Est-ce qu'elle a demandé en fête foraine ? Il doit y avoir de la place pour les gens comme elle dans ces espèces de tente d'arnaqueurs, là, ajouta t-il en s'adressant à Pétunia. »

Richard avait à peine posé le plat de pommes de terre sur la table que Vernon le lui avait déjà pris des mains et s'en servait une grosse portion. Lily se demanda soudainement à quoi pouvait bien ressembler le reste de sa famille. Étaient-ils tous aussi grossiers ?

« Ca n'a rien à voir, Vernon, intervint Ellen.

- Ce sont des tours de passe passe quand même, fit remarquer Pétunia.

- Pour des gens qui ne veulent pas évoquer le sujet, je trouve que vous en parlez beaucoup, pointa Lily.

- Parce que c'est sous notre toit et que nous n'avons pas le choix, répliqua sa sœur.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Que nous n'avons rien demandé ! Ni papa, ni maman, ni moi !

- Ne les inclus pas là dedans.

- Ce n'est pas moi qui les ai inclus ! Ce n'est pas moi qui ai reçu la lettre !

- Oh bon sang, est-ce que tu vas t'en remettre un jour ? Ce n'est pas de MA faute si je suis une sorcière et pas toi ! tempêta Lily. »

Elle avait prononcé le mot tabou et la pièce se retrouva plongée dans le silence pendant une minute. Vernon avait lâché sa fourchette et Lily était sûre qu'elle avait vu son épaisse moustache frétiller. Pétunia, elle, avait poussé un grotesque cri d'effroi et s'était redressée sur sa chaise. Ellen et Richard, eux, se tenaient la main et s'observaient, dépassés.

« Je ne suis pas JALOUSE ! reprit Pétunia.

- Ah bon ? Alors pourquoi est-ce que tu as écrit à Dumbledore pour le supplier de te laisser venir à Poudlard ?! rétorqua Lily avec un sourire malin.

- Lily... murmura sa mère en tentant de la calmer.

- Tu as fait quoi ? s'étonna Vernon en toisant sa petite-amie.

- Je n'ai rien fait de tel ! mentit-elle. Tu ne la crois pas, au moins ?

- Tu n'as pas supporté que pour une fois, l'attention se tourne vers moi ! Oh avoue le, Pétunia. Tu aurais adoré être à ma place.

- J'aurais préféré mourir que d'être un monstre, et j''aurais préféré que tu meurs plutôt que tu en sois un ! »

Lily s'attendait à toutes les bassesses, sauf à celle-ci, et elle la percuta trop violemment pour qu'elle puisse s'en remettre. Elle resta pétrifiée devant sa sœur dont le visage était déformé par la colère. La violence de leurs querelles avaient évolués au fur et à mesure des années qui passaient, et elles venaient d'atteindre un point de non retour.

« Pétunia ! Excuses-toi, lui intima leur père. »

Elle resta muette, et ses yeux étaient vissés sur Lily avec une telle assurance que la jeune sorcière ne parvint plus à le supporter. Elle quitta la table et s'enferma dans sa chambre en claquant la porte plus fort qu'elle ne l'avait jamais fait, et un flot continu de larmes dévala ses joues. Elle fit les cent pas pendant un moment, essayant de contenir sa colère du mieux qu'elle le put, mais tous ses muscles semblaient en surchauffe et les meubles de sa chambre commençaient à trembler dangereusement. Il fallait qu'elle se concentre. Elle attrapa un parchemin, trempa sa plume dans son encrier, et commença à écrire.

« SOS,

Lily. »

La lettre était brève, mais Mary comprendrait. Elle s'empressa de plier le parchemin et de l'attacher à la patte du hibou familial qu'elle regarda s'envoler en espérant qu'il trouverait rapidement sa meilleure amie, et surtout, qu'elle verrait sa missive avant que toute la maison n'explose.

Fort heureusement, Mary n'habitait pas si loin, et à peine une vingtaine de minutes plus tard, Lily entendit un « crac » sonore en direction du jardin, et un juron. Elle se pencha à sa fenêtre. Mary avait atterri au milieu des rosiers. Elle était douée en transplanage, mais les détails de l'atterrissage restaient à peaufiner.

« Monte ! La porte d'entrée est ouverte ! Ne passe surtout pas par le salon ! Lui intima Lily. »

Mary hocha la tête et s'exécuta en toute discrétion. Elles avaient l'habitude de ce genre de visites furtives. Avant d'apprendre à transplaner, Mary venait en balai ou par cheminée, mais tout était plus simple depuis qu'elles avaient toutes les deux leur permis.

« Merlin, tu ne peux même pas savoir comme je suis contente de te voir ! s'exclama Lily en la prenant dans ses bras lorsqu'elle apparut sur le seuil de sa chambre.
- Je suis désolée, je ne peux pas rester, on fête l'anniversaire de mon père ce soir et... Que s'est-il passé ? »

Lily referma la porte derrière sa meilleure amie et ses mains se crispèrent le long de son corps. Elle s'en voulait d'avoir fait venir Mary alors qu'elle aurait dû être avec sa famille, et elle songea à lui dire de retourner immédiatement chez elle, que ce n'était pas si grave, mais elle savait qu'elle aurait insisté jusqu'à temps qu'elle crache le morceau.

« Pétunia et son stupide... Ce n'est rien, je vais me calmer, mais...

- Je n'ai pas l'impression que tu vas te calmer, Lily, lui fit remarquer Mary alors que ses tiroirs de bureau claquaient et que ses vêtements se propulsaient hors de son dressing comme du pop corn dans un micro onde.

- Elle a dit qu'elle aurait préféré que je sois morte, lâcha Lily.

- Elle a dit QUOI ?! s'exclama Mary.

- Je ne peux plus. Je... Je ne veux pas rester ici, bafouilla t-elle en tournant en rond comme un lion en cage.

- Tu n'as qu'à rentrer avec moi, mes parents seront ravis que tu sois là pour le gâteau et...

- Non, Mary, je ne vais pas vous déranger aujourd'hui. Je vais juste... Je vais sortir faire un tour dans le quartier et...

- Lily, je t'assure que...

- Non, la coupa Lily. Je ne veux pas risquer de faire exploser le gâteau de ton père ou pire, ta maison toute entière. »

Elle était catégorique mais Mary avait du mal à se résoudre à partir. Elle la serra dans ses bras un moment et la tension s'apaisa juste assez pour que les deux ou trois pièces de vêtements qui se trouvaient encore dans le dressing y restent. Lily lui glissa un simple « merci » avant qu'elle ne s'en aille, et elle se hâta de rassembler quelques affaires qu'elle enfonça dans son sac à dos avant de quitter la maison à son tour le plus discrètement possible, baguette en poche.

Elle se fichait bien d'être privée de sortie encore plus longtemps. Sa colère l'empêchait de voir autre chose que son envie irrépressible d'être le plus loin possible de sa famille, alors elle marcha un long moment. Elle traversa le quartier en long en large et en travers et soupira quand elle passa devant l'impasse du tisseur.

Autrefois, quand elle se disputait avec Pétunia, elle avait l'habitude de rejoindre Severus Rogue ici. Ils prenaient la direction du parc ensemble et pouvaient y rester des après-midi entiers. Ils ne le faisaient plus depuis leur cinquième année, depuis qu'il avait, lui aussi, prononcé des mots impardonnables.

Elle pressa le pas et attendit d'être dans le parc pour se laisser tomber sur un banc. Elle y resta un long moment sans savoir si le vent dans les feuilles des arbres était dû à sa colère ou au temps orageux.

Devant elle s'étendait une longue allée en gravillons qui lui rappelait celle qui se trouvait chez James. L'église du quartier sonna vingt et une heure. Il devait être avec Rémus, Peter, et Sirius. C'était ce week-end là, que Fleamont et Euphemia partaient pour le travail et que les garçons en profitaient pour se retrouver.

Elle soupira et une goutte lui tomba sur le nez au même moment. Il commençait à pleuvoir. Merlin s'acharnait contre elle, elle n'avait pas d'autre explication. Elle décida d'attendre un peu, mais forcée de constater qu'une accalmie n'était pas au programme, elle se hâta d'aller s'abriter sous un cèdre.

Pour rien au monde elle ne serait rentrée chez elle. Elle avait beau être partiellement dissimulée par des branches, ses vêtements étaient mouillés et elle commençait à avoir froid, mais il était hors de question qu'elle retourne dans cette maison maintenant. Elle avait la vague impression d'agir de façon très peu mature, mais elle s'en fichait éperdument. Elle l'avait déjà trop été pour son âge.

Elle sursauta lorsqu'un violent coup de tonnerre retentit, et elle commença à ce moment là à réaliser qu'elle n'allait décemment pas passer la nuit ici. Elle avait peu d'options, mais l'allée sur laquelle ses yeux restaient obstinément vissés semblait lui souffler laquelle était la meilleure.

Elle réfléchit à peine une seconde avant de fixer son esprit sur la destination souhaitée et d'y mettre toute sa détermination. Un court instant plus tard, après un tourbillonnement qui lui donna la nausée, elle se retrouva debout devant un immense et familier portail noir.

La pluie avait redoublé mais les grilles restaient obstinément fermées devant elle. Elle tenta de les pousser mais elles étaient comme scellées. Tout autour se trouvait un mur en pierres absolument infranchissable, et connaissant les Potter, elle se doutait bien que des sorts protégeaient la propriété.

« Alohomora ! S'écria t-elle en brandissant sa baguette devant elle. »

Rien ne se passa. Elle commençait à désespérer, et juste au moment où elle allait renoncer, elle entendit un raclement de gorge.

« Evans ?! »

La voix de Sirius émergea du mur en pierres et lorsqu'elle s'en approcha, elle y remarqua le relief discret de son visage. Si elle n'avait pas été aussi frigorifiée et détruite par les mots de sa sœur, elle se serait extasiée devant une telle forme de magie.

« Ouvre lui ! Entendit-elle. »

L'instant d'après, les grilles se décalèrent juste assez pour la laisser passer, et elle s'élança à toute vitesse vers le manoir Potter. Le chemin lui parut beaucoup plus long que lorsqu'elle l'avait parcourut en voiture. Elle avait rarement couru aussi vite de sa vie, et quand elle vit enfin la porte ouverte du manoir devant elle, elle se hâta à l'intérieur.

« Tergeo ! »

L'incantation de James lui donna la sensation d'être enveloppée d'une agréable chaleur pendant une seconde, mais elle fut ensuite parcourut d'un intense frisson et Rémus déposa un plaid en laine beige sur ses épaules. Elle le remercia d'un simple coup d'oeil. Peter, en haut des escaliers, la salua de la main.

« Tu as réussi à venir, finalement ! s'exclama Sirius. »

Lily serra un peu plus le plaid contre elle et acquiesça tout en rangeant sa baguette dans sa poche arrière de jean. Ses mains tremblaient encore de rage, et les trois garçons les plus proches d'elle s'en aperçurent aussitôt.

« Est-ce que tout va bien Lily ? s'enquit Rémus.

- Ma sœur... répondit-elle simplement. »

Elle grimaça et les garçons se jetèrent un regard entendu avant de lui faire signe de monter avec eux. Ils s'étaient regroupés dans la chambre de James. C'était la première fois qu'elle y entrait, et elle fut surprise de voir que l'endroit était très bien rangé. Elle suspectait clairement Peter d'avoir dissimulé quelques objets illégaux dans la grosse armoire en bois devant laquelle il se tenait d'un air pincé, mais elle s'en fichait éperdument.

La pièce était vaste et les garçons y avaient étalé quatre grand matelas qu'ils avaient placés en étoile. Au centre, sur le somptueux parquet d'origine, des patacitrouilles cotoyaient des chocogrenouilles et autres plumes en sucre, formant une pyramide impressionnante.

Lily tourna sur elle même et ne put s'empêcher de sourire. Les murs aussi pourpres que ceux du grand salon était recouverts de l'âme de James. Il y avait des posters de Quidditch, des photos des garçons, et à son grand étonnement, une quantité non négligeable de croquis en tout genre.

« C'est toi qui fait ça ? l'interrogea t-elle alors que Sirius était en train de faire apparaître un cinquième matelas au centre de la pièce. »

James s'avança à côté d'elle et hocha la tête, l'air un peu gêné. Il ne l'était pas souvent, mais elle venait d'envahir son espace personnel, et il semblait en prendre tout juste conscience.

« Est-ce que je peux regarder ? demanda t-elle alors, soucieuse de ne pas le mettre mal à l'aise.

- Fais comme chez toi, répondit-il en souriant.

- Cornedrue, tu es sûr que tu ne veux pas ranger au moins celui qui... »

Peter n'avait pas terminé sa phrase que le regard de Lily était déjà tombé sur le carnet en cuir qui trônait sur son bureau et qu'elle l'avait déjà vu transporter à Poudlard. Il était grand ouvert sur une page où une jeune femme était allongée dans l'herbe, ses cheveux flamboyants encadrant son joli profil comme les rayons du soleil. Lily se reconnut aussitôt. Elle attrapa le carnet et Peter plaqua une main sur son visage alors que les joues de James avaient pris une teinte rosée et que Rémus et Sirius souriaient largement.

« C'est moi ! s'exclama t-elle. C'est vraiment très bien fait, mais je crois que tu as un peu embelli le modèle.

- Je ne pense pas, répondit-il aussitôt en se grattant l'arrière du crâne. »

Elle douta que le frisson qu'elle ressentit à ce moment là était dû à la température de son corps, mais elle serra tout de même le plaid un peu plus contre elle pour la forme, reposa le carnet sur son bureau, et observa avec autant d'attention qu'elle le put les divers autres dessins qui recouvraient les murs de sa chambre.

Parfois, il ne s'agissait que de formules dont elle n'avait jamais entendu parler. D'autres fois, elle y voyait de drôles de plans de Poudlard ou de la cabane hurlante, et il y avait aussi quelques dessins d'animaux par ci par là. Un profond silence les engloba lorsqu'elle s'arrêta devant l'un d'entre eux.

« C'est toi, Rémus ? demanda t-elle en pointant du doigt un loup qui semblait jouer avec un gros chien noir. »

Quand elle se retourna, les garçons étaient tous les quatre en train de se disputer silencieusement. Ils se stoppèrent net dès qu'ils constatèrent qu'ils avaient été pris sur le fait.

« Oui, répondit-il avec un sourire triste.

- Je suis désolée, souffla t-elle en voyant la mine déconfite des quatre garçons. Je n'aurais pas dû aborder le sujet.

- Non, il n'y a vraiment aucun problème, la rassura Rémus. Ce dessin est vraiment cool.

- Je trouve aussi, dit-elle en lui rendant son sourire. »

Elle pivota de nouveau vers le mur et les chuchotements recommencèrent derrière elle, mais ils parlaient trop vite et trop bas pour qu'elle puisse distinguer le moindre mot, et elle était trop distraite par le coup de crayon habile de James pour les écouter.

Elle avait appris que Rémus était un lycanthrope plusieurs années auparavant. Elle l'avait compris seule et lui avait confié qu'elle savait un jour où elle était venue lui apporter ses cours à l'infirmerie de Poudlard. Elle avait senti la peur dans ses yeux, et elle l'avait immédiatement rassuré en lui disant que ce serait un secret qu'elle emporterait dans sa tombe. Il lui avait fait confiance parce qu'il n'avait pas eu le choix, mais il avait eu raison.

« Alors... Qu'est-ce qu'on fait quand on est entre maraudeurs et que les parents ne sont pas là ? les questionna t-elle en s'efforçant de ne pas réfléchir à ce que sa propre famille était actuellement en train de faire.

- Absolument rien d'illégal, ça c'est sûr, s'empressa de répondre Peter, faisant ricaner Sirius et James.

- On a fait une partie de quidditch dans le manoir tout à l'heure, lui confia Rémus.

- Tu m'étonnes ! Avec un tel jardin !

- Qui a parlé de jardin ?

- Non ? Fit-elle en comprenant qu'ils n'avaient pas mis le nez dehors.

- Si, confirma James. Est-ce que tu aurais la moindre idée de la façon la plus efficace de reboucher un trou d'à peu près deux mètres sur deux dans un mur ?

- Je te dis que ce n'est pas si grave ! Tes parents ont toujours voulu une cuisine ouverte ! répondit Sirius en s'asseyant en tailleur sur un matelas sur lequel reposait déjà un gros sweat noir qui lui appartenait. »

Lily les observa tour à tour, horrifiée, avant d'éclater de rire et de ne plus pouvoir s'arrêter. Elle songea que les nerfs jouaient sûrement beaucoup dans l'affaire. Elle avait du mal à gérer l'absurdité de tout cela. Les garçons étaient rendus à un niveau de méfaits qu'elle n'atteindrait jamais même si elle y mettait toute sa détermination, et elle imaginait à peine la tête de ses parents s'ils revenaient d'un week-end avec un trou béant dans la maison.

« Vous avez... Détruit le manoir... articula t-elle entre deux rires.

- Rien à voooir ! protesta Sirius. Nous l'avons amélioré ! Les pièces sont plus aérées.

- Merlin, est-ce que tes parents t'ont bercé trop près du mur ?

- Mes parents ne m'ont pas bercé du tout, répondit-il avec une désinvolture qui la fit culpabiliser jusqu'à ce qu'il lui adresse un sourire malin.

- Tu veux voir ? lui proposa James en faisant un signe de tête vers la porte.

- Oh avec grand plaisir !

- Ramenez des trucs à boire ! leur intima Peter.

- Prenez votre temps surtout. N'hésitez pas à vous tripoter un peu, il n'y a personne en bas, et nous n'en penserons rien. »

James donna un léger coup de pied à son meilleur ami en passant à côté de lui alors que Lily levait les yeux au ciel et lui dévoilait son majeur. Ils dévalèrent les escaliers, traversèrent le hall, et pénétrèrent dans le grand salon dans lequel Lily avait déjà mis les pieds. Elle s'arrêta net devant l'immense trou, la main plaquée contre sa bouche. Elle ne savait pas si elle devait rire de plus belle ou se sentir mal pour James et Sirius qui allaient vraisemblablement passer un sale quart d'heure quand Euphemia et Fleamont reviendraient.

« Je pensais que les murs étaient plus épais... commenta simplement James en grimaçant.

- En tout cas, ça met vraiment la cuisine en valeur... »

Il lui jeta un coup d'oeil perplexe avant qu'ils ne se mettent tous les deux à rire. La dernière fois que tout avait été si léger entre eux, c'était lors de l'anniversaire de Mary. C'était bizarre de se retrouver de cette façon. Ils n'étaient plus les mêmes. Lily se considérait plus réfléchie, et James avait mûri à un point inimaginable... Si l'on mettait à part le trou énorme qu'il avait fait dans le mur du manoir de ses parents en organisant une partie de quidditch d'intérieur.

Il ouvrit la porte de la cuisine en invitant Lily à le suivre. La pièce n'était pas si vaste, mais un bar en bois sombre la traversait et lui donnait un certain charme. James agita sa baguette et plusieurs bouteilles en tout genre vinrent s'y poser.

Lily écarquilla les yeux. Sur certaines, une photo de ses parents agitant leur tête et leur index de droite à gauche d'un air réprobateur était collée là où aurait dû se trouver une étiquette.

« Ils pensent que ça va me dissuader, expliqua James avec un sourire en coin.

- Je crois que ça marche sur moi... Il n'y a pas moyen de les enlever ? grimaça Lily.

- Oh non, crois-moi, j'ai essayé, mais ma mère est imbattable en enchantements. Tu n'auras qu'à fermer les yeux quand on te servira, mais j'ai du jus de citrouille aussi si tu préfères, répondit-il en haussant les épaules et en lui tendant le jus en question. »

Elle pensait qu'il allait contourner le bar pour refaire le chemin inverse vers sa chambre mais à la place, il s'appuya dessus et il l'observa comme s'il attendait qu'elle parle sans savoir qu'elle l'aurait écouté toute la nuit. Ses états d'âme n'étaient plus qu'un lointain souvenir depuis qu'elle était avec lui.

« Tes parents savent que tu es là ?

- Non, répondit-elle simplement.

- Peut-être qu'on devrait les prévenir.

- Je n'en sais rien. Je n'ai pas envie de leur écrire, ils doivent penser que je suis chez Mary de toutes façons.

- Et s'ils contactent Mary et qu'ils se rendent compte que tu n'y es pas ?

- Tant pis.

- Lily, ils vont s'inquiéter. »

Pour être honnête, elle avait envie qu'ils s'inquiètent. Elle voulait qu'ils comprennent que tout avait été trop loin et qu'elle ne pouvait plus rien supporter du haut de ses dix sept ans. Elle n'était plus capable de tout prendre sur ses épaules.

« Si tu ne veux pas le faire, laisse moi les prévenir moi même, reprit-il.

- Pourquoi est-ce que tu ferais ça ?

- Parce que j'ai déjà fait le coup à mes parents et que je les ai retrouvé dans un sale état. Ils me voyaient déjà éventré dans un caniveau je ne sais où, avec mes organes stockés dans un bocal chez Barjow et Beurk. Je peux te dire que je m'en suis voulu. »

Il avait prononcé la phrase sur le ton de l'humour mais Lily pouvait bien voir qu'il était sérieux et il n'avait pas tort.

« J'imagine que tu peux leur envoyer un hibou... concéda t-elle. »

Il lui adressa un sourire, entama un geste pour se saisir des bouteilles, puis s'arrêta et s'appuya de nouveau sur le bar, reprenant un air sérieux.

« Est-ce que tu veux m'en parler ? »

Lily soupira et se redressa sur la pointe des pieds pour s'asseoir sur un grand tabouret avant de refermer ses mains devant elle et de se mordre la lèvre.

« Pétunia a dit qu'elle aurait préféré que je sois morte plutôt que je sois une sorcière, lâcha t-elle finalement. »

James resta impassible pendant une seconde avant de secouer la tête et de passer une main nerveuse dans ses cheveux.

« Elle ne le pensait pas.

- Oh si, je t'assure qu'elle le pensait. Papa lui a demandé de s'excuser, elle n'a pas voulu le faire. »

Elle avait baissé les yeux et elle ne vit la tension sur le visage de James que lorsqu'elle osa un regard vers lui. Ses doigts étaient crispés sur le bar et ses yeux figés dans le vide.

« Est-ce que la prochaine fois que je viens, j'aurais le droit de faire apparaître une moustache sur son visage plutôt que sur les photos ? Sirius serait tellement fier de moi si je poussais sa blague plus loin. »

Elle pouffa et ils échangèrent un regard complice. En un claquement de doigt, elle se sentit plus forte. Ils étaient ensemble, et il lui apparut qu'il n'y avait plus rien d'insurmontable à présent.

« Je ne sais pas si ça peut te réconforter un peu mais tu as réussi l'examen du tableau, déclara t-il.

- Pour de vrai ?! s'exclama t-elle, son visage s'éclairant subitement.

- Fleamont est un homme convaincu, affirma t-il avec un sourire amusé.

- Génial !

- Tu n'as même pas entendu ce que tu gagnais.

- Je pensais que son estime était déjà un cadeau.

- Oh Merlin Evans, gardes au moins tes phrases de lèches botte pour quand il est là, lâcha t-il en étouffant un rire.

- Je ne suis pas une lèche botte ! s'offusqua t-elle.

- Très bien, dit-il simplement en haussant les épaules. »

Il avait l'air de se retenir de rire et cela vexa Lily au plus haut point. Elle sauta du tabouret et contourna le bar en brandissant un index menaçant devant le visage de son interlocuteur.

« Je ne suis pas une lèche botte ! répéta t-elle.

- Bien sûr, je sais.

- Je n'en suis pas une ! insista t-elle.

- Je viens de te dire que je le sais.

- Tu dis que tu sais, mais moi je vois que tu te moques de moi !

- Je ne me moque pas de toi, nia t-il, je veux juste te dire ce que tu as gagné.

- … J'ai gagné quoi ? demanda t-elle finalement. »

Il attrapa l'index qu'elle brandissait devant elle, le baissa, et elle réalisa seulement à ce moment là qu'elle s'était beaucoup rapprochée de lui dans tous les sens du terme.

« Une sortie à Pré-au-Lard.

- Avec ton père ? Génial ! s'exclama t-elle avec un large sourire alors qu'il haussait les sourcils d'un air ennuyé. »

Elle eut envie de rire. Il était si simple de le vexer qu'elle doutait qu'elle puisse s'en lasser un jour. Il faisait une tête de six pieds de long et c'était hilarant.

« Avec moi, corrigea t-il.

- Oh... Alors je crois que c'est toi, qui a gagné, le taquina t-elle. »

Le soupir qu'il lâcha se termina en un rire léger qui apaisa profondément Lily. Elle ne se souvenait pas de la dernière fois où elle s'était sentie aussi bien. Il n'y avait plus aucun obstacle entre eux. Elle lui avait laissé du temps, ils s'étaient doucement retrouvés, et elle ne savait pas s'il était prêt à lui faire de la place, mais elle sentait enfin que tout changeait. Ils se redécouvraient.

« Je comprendrais si tu préférais y aller avec le calmar géant... ajouta t-il, faisant clairement référence à une brève dispute qu'ils avaient eue quelques années plus tôt.

- Tu te crois très drôle...

- Mais je ne suis qu'une abominable petite brute arrogante, je sais, compléta t-il. »

Elle n'arrivait pas à croire qu'il se souvenait de ses mots exacts. Merlin, elle avait été dure, mais il avait été stupide. Elle avait du mal à imaginer qu'ils aient pu autant changer depuis ce jour là.

« Alors... Tu viendras ? lui demanda t-il, presque suppliant.

- Mais certainement, dit-elle avec un sourire espiègle. »

Elle doutait que ses pieds touchent vraiment le carrelage de la cuisine. Elle avait l'impression d'être au dessus du ciel. Il lâcha son index, attrapa les bouteilles, ensorcela des verres, et elle le suivit jusque dans sa chambre.

Peter s'empressa de les débarrasser pendant que Sirius semblait questionner James du regard. N'obtenant aucune réaction de sa part et fidèle à lui même, il décida de prendre le taureau par les cornes.

« Vous êtes partis longtemps. J'espère que vous n'avez rien fait qui inclut de la nudité sur le bar, je déjeune là tous les matins.

- N'essaie pas de nous faire croire que c'est parce que tu manges dessus, on sait tous très bien que tu as le béguin pour James, répliqua Lily, octroyant un rire aux trois autres.

- C'est la jalousie qui parle, là, Evans. Tu sais qu'il m'aime plus que toi, ajouta Sirius en rentrant dans son jeu.

- C'est tellement plus facile pour lui de te dire ça plutôt que de te faire de la peine... commenta t-elle d'un air faussement désolé.

- Tu es le mal incarné, trancha Sirius. »

Il déchiqueta un papier de chocogrenouille qu'il jeta sur le matelas à côté du sien pendant que James servait un verre de jus de citrouille à Lily qui ne pouvait catégoriquement pas se résoudre à avaler du whisky pur feu en sachant que les parents de James l'observaient sur l'étiquette de la bouteille. Cela ne semblait pas perturber le moins du monde les quatre garçons.

« Je peux choisir ma place ? demanda Lily.

- Et puis quoi encore ? Tu te mets là et puis c'est tout, lui indiqua Sirius en pointant le matelas entre le sien et celui de James.

- Entre vous deux ?

- Littéralement, répondit-il sur un ton égal. Comme ça je peux garder un œil sur toi.

- Je ne ferai rien, se défendit Lily.

- C'est ce que tu dis, mais quand tu verras James enlever son tee-shirt tu ne penseras plus pareil.

- Ferme là, intervint James entre deux rires en lui lançant une patacitrouille en pleine tête.

- Quoi ? Je dis juste qu'elle doit être prête. On ne voit pas un corps comme celui là tous les jours.

- Ce n'est pas parce que tu ne te maîtrises pas que je n'en suis pas capable, lui fit remarquer Lily avec un sourire narquois.

- Qui le pourrait ? Regarde moi cette beauté, dit-il en faisant un geste vers son meilleur ami.

- Ils me gênent quand ils flirtent... commenta Peter.

- Il flirte tout seul, pointa James.

- Ne fais pas semblant de ne pas aimer ça Cornedrue. »

Sirius adressa un clin d'oeil à son meilleur ami, et Lily pouffa. Elle aimait ces garçons. Ils lui avaient fait vivre les pires horreurs par le passé, mais elle ne pouvait plus imaginer une seule seconde sa vie sans eux à l'intérieur. Ils avaient tous évolué dans le bon sens du terme, et dans la chambre de James ce soir là, elle réalisa qu'elle n'avait pas qu'une seule famille.

Il y avait celle qu'elle n'avait pas choisi mais qu'elle n'aurait pas changée malgré les peines qu'elle lui causait, mais il y avait aussi l'autre. Celle qu'elle trouvait en Sirius, James, Rémus, Peter, et Mary, et à ce moment précis, c'était la seule qui lui apportait du réconfort.

Juste un petit mot pour dire merci à ceux qui passent ici et me laissent des reviews, vous êtes trop mignons 3 Je vous dis à bientôt pour la suite :)