Après avoir dormi chez James, Lily était simplement rentrée chez elle. Elle avait laissé ses parents l'enlacer brièvement avant de monter s'enfermer dans sa chambre et d'y passer le plus clair de son temps. Elle avait répondu à la dernière lettre que Charity lui avait envoyée et avait aussi écrit à Mary pour lui donner des nouvelles et lui demander comment s'était passé l'anniversaire de son père.

La situation chez les Evans n'avait jamais été aussi tendue. Lily en voulait à ses parents de ne pas avoir pris sa défense plus qu'ils ne l'avaient fait jusque là, mais en même temps, elle savait à quelle point leur position était délicate. Ils aimaient leurs filles de la même façon et même s'ils ne cautionnaient pas l'attitude de Pétunia, elle était devenue tellement imprévisible qu'ils redoutaient de dire le moindre mot qui pourrait lui faire quitter la maison. Ils en auraient eu le cœur brisé.

Pour l'instant, c'était le sien qui l'était. Elle n'était pas certaine d'être toujours privée de sortie après la façon dont les choses s'étaient déroulées, mais elle avait préféré attendre que sa punition soit levée pour proposer à James de sortir.

« Cher James,

Je n'ai pas de nouvelle de vous deux. Est-ce que vous avez réussi à reboucher le trou avant l'arrivée de tes parents ? Dans le cas contraire, cela explique peut-être que tu ne m'aies pas écrit pour me donner ma récompense. Quoi qu'il en soit, je te rappelle que j'ai réussi l'examen du tableau et que j'ai gagné quelque chose.

Je me disais que tu serais peut-être disponible ce soir. Je sais que j'écris un peu tard... Mais j'ai besoin de sortir.

J'attends ta réponse,

Lily. »

Elle regarda son hibou s'envoler et elle se laissa tomber sur son lit, les yeux rivés sur le plafond, puis elle attrapa le roman qui traînait sur sa table de chevet depuis le début de l'été. Pétunia était dans le salon, au téléphone avec Vernon, et elle pouvait l'entendre d'ici. C'était comme si elle faisait exprès de parler et de rire le plus fort possible, et Lily jura que si ce coup de fil durait encore plus de cinq minutes, elle se lèverait et ferait exploser le fichu combiné.

Finalement, elle n'eut pas besoin de le faire. Elle entendit ses parents intimer à Pétunia de raccrocher et une dispute éclata entre eux. Lily était juste impatiente de trouver un travail et de quitter le cocon familial qui n'en était plus vraiment un. Elle avait passé des moments extraordinaires ici, mais la maison était devenue trop étroite pour elle et sa sœur.

Elle s'était finalement décidée à envoyer une lettre de motivation à Scribenpenne mais elle n'avait encore eu aucune réponse. Elle aurait sûrement dû en expédier des dizaines et des dizaines d'autres à différents endroits, mais elle n'arrivait pas à s'y résoudre. Sa dispute avec Pétunia semblait avoir aspiré toute sa motivation.

Il était presque l'heure de dîner quand elle referma son roman et quitta son lit. Elle évitait le plus possible de manger avec sa sœur, et le moyen le plus efficace était de se faire rapidement un sandwich et de retourner s'enfermer dans sa chambre, mais quand le bec de son hibou tapa contre sa fenêtre, elle se rappela soudainement qu'elle avait fait une proposition à James.

« Lily,

Le trou n'a pas pu être rebouché à temps, mais Sirius a fait les yeux doux à ma mère en reparlant de ses problèmes avec ses parents et finalement, nous en sommes ressortis indemnes.

Je suis désolé de ne pas t'avoir écrit plus tôt. J'attendais que tu le fasses. Je me disais que tu avais sûrement des choses à régler chez toi, et j'avais moi même une discussion à avoir avec les garçons. Elle a duré plus longtemps que prévu.

Je t'en parlerai tout à l'heure.

Rejoins moi à 20h devant les Trois Balais.

James. »

Lily ne put s'empêcher de sourire. Elle avait rendez-vous avec lui. Elle allait enfin pouvoir respirer. Elle jeta un coup d'oeil à son horloge et son regard croisa le miroir. Elle fronça les sourcils, réajusta sa queue de cheval et changea rapidement de tee-shirt. Elle eut un léger moment de panique en observant son reflet, et après avoir fait le tour de sa penderie, elle réalisa qu'elle sortait avec James, et qu'il se ficherait éperdument de ce qu'elle porterait du moment qu'elle se pointait au rendez-vous.

Elle aurait certainement dû prévenir ses parents qu'elle sortait, mais l'idée même d'adresser la parole à une personne de sa famille lui serrait la gorge, alors elle se faufila discrètement hors de la maison et transplana directement à Pré-au-Lard. Elle était en avance, comme d'habitude, alors elle prit le temps d'observer les vitrines des magasins.

C'était une belle soirée d'été et il y avait beaucoup de sorciers dans la rue principale. Elle croisa quelques uns de ses anciens camarades et quand elle arriva enfin devant les Trois Balais, la porte s'ouvrit et Dorcas Meadowes et Marlène McKinnon émergèrent du bar en riant aux éclats, bras dessus, bras dessous.

Quand elles remarquèrent Lily, elles cessèrent aussitôt. Elle leur adressa un timide signe de la main auquel Marlène fut la seule à répondre sans grande conviction, puis elles disparurent dans la direction opposée.

Lily se maudit un instant pour ce moment horriblement gênant mais elle n'eut même pas le temps de reprendre ses esprits que la silhouette de Severus Rogue lui apparaissait au bout de la rue. Elle se demanda vaguement si quelqu'un était en train de jouer avec ses nerfs.

Il errait seul comme une âme en peine et elle eut un peu pitié de lui l'espace d'une seconde, mais quand il la remarqua, elle détourna les yeux. Elle avait vraiment besoin que James arrive maintenant. Elle se balançait d'un pied sur l'autre, s'efforçant de ne pas regarder dans la direction de Severus en espérant qu'il comprendrait le message, mais ses pas le guidèrent juste devant elle.

« Salut Lily.

- Salut, répondit-elle simplement.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- J'attends quelqu'un.

- Quelqu'un ? répéta t-il. »

Elle lui jeta un coup d'oeil hostile. Avec lui, c'était toujours la même histoire, toujours de la suspicion et de la méfiance. Pourtant, il était celui qui l'avait trahie par le passé. Elle détestait qu'il apparaisse devant elle et qu'il lui pose ce genre de question comme s'il avait le droit de tout savoir de sa vie alors qu'il n'en faisait plus partie. Celui lui donnait toujours l'impression d'être une de ces bestioles en bocal qui traînaient dans la réserve de potion à Poudlard. Il dut s'en rendre compte puisqu'il changea de sujet.

« J'ai su par Slughorn que tu avais eu des bonnes notes aux ASPIC.

- Oui.

- Moi aussi. Qu'est-ce que tu vas faire ? Tu vas entrer au ministère ? »

Sa question n'était pas anodine et Lily le savait très bien. Les rumeurs disaient qu'il était mêlé dans des histoires peu glorieuses depuis qu'il traînait avec Mulciber et Avery et elle avait simplement l'impression qu'il essayait de savoir s'il devrait lui faire face à un moment ou non.

Elle s'apprêtait à répondre lorsqu'elle aperçut James au niveau d'Honeydukes et elle remercia Merlin qu'il arrive enfin. Severus se retourna pour suivre son regard et il n'eut pas besoin de réfléchir beaucoup pour comprendre ce qu'il se passait.

« C'est lui que tu attends ? fit-il avec un profond dégoût dans la voix.

- Merlin, tu ne grandiras donc jamais ?!

- Lily, James Potter est un sale...

- Je sais très bien ce que tu vas dire et je pensais la même chose il y a longtemps, quand nous étions en cinquième année. Il a grandi depuis, tu devrais essayer, le coupa t-elle en croisant ses bras contre sa poitrine. »

Elle avait à peine terminé sa phrase que James arrivait à leur hauteur. Ses mains étaient plongées dans ses poches et il avait l'air tout à fait détendu mais Lily savait qu'il ne l'était pas.

« Rogue, le salua t-il simplement.

- Severus s'apprêtait à partir, intervint Lily avant que le serpentard n'ait le temps de répondre quoi que ce soit. »

La mine sombre, le jeune homme secoua la tête et s'élança dans la rue vers là où Marlène et Dorcas s'étaient hâtées quelques minutes plus tôt, et Lily laissa échapper un soupir qu'elle ne savait même pas qu'elle retenait.

« Tout va bien ? l'interrogea James. »

Elle acquiesça. C'était la différence entre eux. James s'inquiétait pour elle, Severus voulait juste pouvoir la contrôler, et à chaque fois qu'elle se retrouvait en sa présence, elle avait l'impression de suffoquer. Ce n'était pourtant pas souvent, mais c'était déjà trop. C'était aussi pour cette raison qu'elle l'avait fait sortir de sa vie. Cela ne l'empêchait pourtant pas de toujours essayer d'y revenir.

« On y va ? lui proposa t-il. »

Elle pensait qu'ils rentreraient dans les Trois Balais mais James lui fit signe de traverser avec lui jusqu'à la rue d'en face. Lily fronça les sourcils. Elle menait droit vers la cabane hurlante. Elle savait vaguement ce qu'il s'y passait tous les mois, mais la pleine lune n'était pas pour ce soir là alors elle ne s'inquiéta pas le moins du monde. Elle s'interrogea juste sur la raison pour laquelle il voulait l'emmener ici.

Il marchait devant elle et semblait impatient, mais il était aussi étrangement silencieux. Les doigts de sa main droite étaient crispés sur la lanière du sac à dos qui ne reposait que sur l'une de ses épaules et Lily eut le sentiment d'être de retour à Poudlard.

Il ne s'arrêta que lorsqu'ils contournèrent la cabane. Elle se trouvait en haut d'une petite colline et ils avaient ici une sacrée vue de l'horizon, mais ce qui soulagea le plus Lily était que personne ne pouvait les voir en arrivant de Pré-au-Lard. Ils n'avaient pas besoin que Marlène ou Severus ne pointent de nouveau le bout de leur nez.

« C'est vraiment beau, dit-elle en se laissant tomber dans l'herbe. »

Il lui adressa un sourire et s'assit à côté d'elle avant de sortir deux bièreaubeurres de son sac à dos et de lui en tendre une. Elle l'attrapa et trinqua avec lui en lui rendant son sourire, et ses yeux balayèrent une nouvelle fois le paysage qui s'étendait devant elle. Elle prit une profonde inspiration et le stress de ces derniers jours passés chez elle retomba bizarrement, la laissant avec un sentiment contradictoire de lourdeur.

Elle n'était plus seule, il y avait James, et même si tout avait été compliqué entre eux, elle savait maintenant qu'elle pouvait se détendre avec lui. Les problèmes étaient derrière eux, mais elle était épuisée. Pas seulement par ce qu'ils avaient vécu, mais par ses histoires familiales et par tout ce par quoi elle s'était elle même fait passer pendant sept ans.

Elle le réalisa ce jour là, alors qu'elle était immobile à côté de lui, assise à ne rien faire à part contempler la beauté du monde qui les entourait. Elle n'avait jamais fait ça. Elle n'avait jamais pris le temps de regarder, de voir vraiment les choses, elle n'avait pas pu.

Elle avait reçu cette lettre qui avait bouleversé sa vie le jour de ces onze ans, lui apprenant qu'elle était différente de tout ce qu'elle connaissait, et lui donnant l'opportunité de commencer à évoluer dans un univers dont elle apprenait tout juste l'existence. Elle avait beau n'être qu'une petite fille, elle savait à ce moment là que rien ne serait plus comme avant.

Ses parents en avaient attendu beaucoup d'elle et elle avait elle-même fixé la barre très haute. Elle avait travaillé dur avec pour seul objectif de rentrer dans le moule, et elle n'avait pas toujours eu l'impression d'y parvenir, mais elle avait focalisé toute son énergie là dessus, et à chaque année qui passait, elle avait tout fait pour être la meilleure version d'elle-même sans avoir l'impression de s'en approcher un tant soit peu, et sans s'arrêter une seule seconde pour penser à l'après.

Elle y était, maintenant, et elle comprenait à quel point elle avait vécu à côté d'elle-même. C'était un énorme soulagement de s'en rendre compte, mais c'était aussi complètement déstabilisant. C'était comme si le chemin qu'elle avait suivi pendant sept ans s'était soudainement arrêté et qu'elle se tenait au bout, à essayer de trouver une issue, en vain. Il n'y avait rien de plus angoissant.

« Qu'est-ce qu'il y a ? l'interrogea James. »

Elle surprit son regard inquiet sur elle. Elle chassa une larme qui roulait sur sa joue et elle se frotta les yeux un instant pour reprendre ses esprits. Merlin, que faisait-elle ? Elle était avec lui, et rien n'avait jamais été plus beau que quand ils étaient ensemble.

« Rien, rien, c'est juste... Je crois que je viens de réaliser que notre vie à Poudlard est vraiment terminée, répondit-elle. »

Il ne répondit pas immédiatement. Il s'accouda dans l'herbe et ses yeux suivirent les siens le long de la prairie qui s'étendait en contrebas. Lily but une longue gorgée de bièraubeurre et frissonna un peu quand une légère brise lui chatouilla la nuque. James posa sa veste sur ses épaules comme elle l'avait vu faire avec Peter un jour où ils chahutaient dans le parc, et elle le remercia d'un simple sourire.

« Slughorn te manque déjà ? la taquina t-il.

- Évidemment, ironisa t-elle. Mais outre le manque incomparable de notre cher professeur de potions, je... J'ai passé tout mon temps au château à essayer de faire de mon mieux sans profiter vraiment dans le seul objectif d'avoir mes ASPIC haut la main... Je n'ai pas pensé à ce qui se passerait après et au final... Je suis juste épuisée d'avoir passé autant de temps à essayer d'être parfaite sans réussir à être la moitié de la personne que j'aurais voulu être. »

Elle avait replié ses genoux contre elle et avait baissé ses yeux vers sa bouteille de bièraubeurre qu'elle faisait nerveusement tourner entre ses doigts. Elle ne pensait pas s'être confiée de façon aussi franche à quelqu'un un jour.

« Continue, lui intima t-il. »

Merlin, il fallait qu'il voit qu'il y avait plus. Bien sûr. Il n'aurait pas pu en rester là. Elle était pratiquement sûre que personne n'avait utilisé cette expression un jour, mais elle avait la sensation qu'ils se ressentaient.

« J'ai l'impression que tout m'écrase, avoua t-elle finalement. Je n'en peux plus d'être à la maison et de m'efforcer de supporter Pétunia. Chaque année les mots sont devenus de plus en plus blessants et à chaque fois j'ai pris sur moi pour épargner mes parents, mais avant, il y avait Poudlard, et maintenant... C'est comme si tout ce que j'avais retenu commençait à déborder et je n'arrive plus à me contenir. C'est vraiment très effrayant, poursuivit-elle sans oser croiser son regard. Et je sais qu'il y a pire, je sais qu'il y a des gens qui souffrent tous les jours et je dois avoir l'air d'une parfaite idiote à me plaindre de choses aussi futiles, mais la vérité c'est que je ne suis pas aussi forte que je le voudrais. »

Elle réajusta sa veste sur ses épaules. C'était la première fois qu'elle m'était des mots sur la peine qu'elle ressentait et maintenant qu'elle avait expiré tout ce mal-être, elle ressentit une pointe de soulagement. Ce n'était pas grand chose, mais maintenant, elle n'était plus seule à savoir ce qu'il se passait au fond d'elle, et ce simple fait était réconfortant.

« Tu es un être humain Lily, lui fit-il remarquer en se redressant pour se retrouver dans la même position qu'elle.

- Belle observation, plaisanta t-elle, le faisant sourire.

- Tu sais ce que je veux dire ! protesta t-il. Tu n'es pas forcée d'être irréprochable tout le temps. On a tous des moments où on pète un câble mais ça n'enlève rien à nos capacités et les gens ne nous aiment pas moins pour autant. Merlin, il faut absolument que tu viennes faire un tour en balai avec moi un des ces quatre.

- Je ne sais pas voler.

- Bien sûr que tu sais voler. Je t'ai vue faire en première année.

- En première année, souligna t-elle.

- Tu te débrouillais bien.

- Je ne savais même pas dans quel sens tenir le manche.

- Au moins tu avais compris qu'il fallait monter dessus. »

Ils échangèrent un regard et lâchèrent simultanément un rire. Elle était positivement sûre qu'ils avaient tous les deux eu la même vision de ce pauvre Poufsouffle dont Lily ne se rappelait plus le nom qui s'était servi de son balai pour épousseter l'entrée du château. C'était un enfant de moldus, comme Lily, et c'était elle qui lui avait discrètement expliqué ce jour là avec toute la compassion du monde que dans l'univers magique, les balais ont une autre utilité.

« Sérieusement. Accordes-moi un tour un jour. On est au dessus de tout et on se sent au dessus de tout.

- Ça explique bien des choses, se moqua t-elle en basculant juste assez vers lui pour lui donner un petit coup d'épaule.

- Je ne vois absolument pas de quoi tu parles. »

Son regard espiègle disait le contraire. Lily s'efforça de ne pas trop s'y attarder. Ils étaient seuls et elle n'avait pas eu ce sentiment de liberté depuis longtemps. Elle pouvait tout faire avec lui, elle pouvait être n'importe qui, elle était persuadée qu'il l'accepterait quoi qu'il arrive, et c'était tellement reposant...

« Je n'arrive pas à croire que vous ayez réussi à vous tirer d'affaire avec ce trou, reprit-elle.

- Dès que Sirius parle de ses parents, les miens sont complètement incapables de lui donner une punition, et il s'en sert parfaitement bien. Ça déploie même une espèce de bouclier sur moi.

- … C'est vraiment terrible, murmura Lily en riant un peu contre sa volonté.

- Il dit que c'est le seul avantage à être né Black, répliqua James en haussant les épaules. De toutes façons, ma dernière punition n'était même pas levée, alors...

- Tu veux dire que tu es encore actuellement privé de sortie ? »

Il acquiesça avec un sourire insouciant. Il avait l'air de ne pas s'inquiéter le moins du monde du fait qu'il bravait les règles familiales. Elle ne s'en étonna pas beaucoup, mais elle l'envia. Elle aurait aimé être capable de la même chose, mais la seule fois où elle avait pu le faire était quand Pétunia lui avait dit ces mots horribles et à ce moment là, ses parents étaient peu à cheval sur le respect de la sanction qu'ils lui avaient imposée.

« Lily, j'ai quelque chose à te dire, commença t-il. »

Elle tourna la tête pour l'observer. Il avait pris un air solennel et ce n'était pas du tout dans ses habitudes. Elle fronça les sourcils. Il était en train d'arracher des touffes d'herbes autour de lui tout en rassemblant ses pensées. Il ouvrit la bouche plusieurs fois puis la referma juste après comme s'il se rendait compte que les mots qu'il voulait prononcer n'étaient pas les bons, et elle commença à légèrement s'inquiéter. Il était un peu plus pâle que d'ordinaire.

Elle l'encouragea d'un simple regard, mais il était ailleurs. Cela ne lui ressemblait pas. Il avait tendance à foncer tête baissée, à être sûr de lui, et là, il semblait peser le pour et le contre silencieusement, et finalement, il se lança.

« Il y a quelques trucs que tu ne sais pas sur moi, et il y a une chose qu'il faut que je... »

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Il y eut une forte détonation en direction de Pré-au-lard qui les fit sursauter tous les deux. Ils se jetèrent un rapide regard avant de se redresser d'un même mouvement et de contourner la cabane hurlante pour chercher l'origine du boucan.

Il leur fut impossible de passer à côté. A plusieurs centaines de mètres au dessus d'eux se dessinait un immense crâne entouré d'étoiles verdâtre. Un serpent terrifiant sortait de sa bouche et semblait s'enrouler autour d'une victime invisible. Lily frissonna, mais cette fois, la brise n'y était pour rien.

Ils sortirent simultanément leur baguette et se jetèrent un regard entendu. Elle était terrifiée et elle était presque sûre qu'il l'était autant, mais elle n'aurait pas pu transplaner maintenant même si elle l'avait voulu.

James attrapa son sac puis ils se mirent à courir vers Pré-au-Lard, et alors qu'ils s'apprêtaient à rejoindre la rue principale, James arrêta Lily net dans son élan en lui attrapant adroitement le bras pour la ramener vers lui derrière une maisonnette qui faisait l'angle. C'était moins une. Un groupe de mangemorts se tenait au milieu de la rue et des badauds se précipitaient dans la direction opposée en hurlant.

Les partisans de Voldemort marchaient lentement, ils leur tournaient le dos, mais quand Lily jeta un coup d'oeil, elle vit l'un d'entre eux enjamber le corps inerte d'un inconnu pendant que les autres plaquaient d'un coup de baguette des affiches sur toutes les vitrines du quartier. Les malheureux qui se mettaient en travers de leur chemin en subissaient les conséquences.

« Ils sont quatre, murmura James. Ça fait deux pour toi et deux pour moi. »

Lily déglutit et hocha lentement la tête, se repassant à toute vitesse la liste des sorts défensifs qu'elle connaissait et qu'elle ne s'était pas entraînée à pratiquer depuis des semaines. Elle se maudit intérieurement et ses doigts tremblèrent légèrement sur sa baguette. Est-ce que c'était là que tout s'arrêtait ? Au milieu de Pré-au-Lard à dix sept ans seulement ? La main de James n'avait pas quitté son bras et il exerça une légère pression dessus pour la forcer à lever les yeux sur lui.

« Tu me fais confiance ? »

Ils sortaient tout juste de Poudlard et les sorciers à qui ils s'apprêtaient à faire face étaient certainement plus expérimentés qu'eux, mais James avait l'air si déterminé qu'elle eut l'impression que rien ne pouvait mal se terminer, alors elle acquiesça lentement. Son cœur battait à tout rompre, et elle ne savait pas si c'était parce qu'elle avait la sensation que c'était peut-être la dernière fois qu'ils pouvaient se regarder de cette façon ou si c'était l'adrénaline.

Il laissa tomber son sac à dos par terre et s'agenouilla pour l'ouvrir pendant qu'elle jetait des regards anxieux vers les mangemorts qui progressaient dans la rue. Elle avait toujours les yeux vissés sur eux lorsque James lui fourra sa cape d'invisibilité entre les mains. Il était peut-être inconscient, mais il était loin d'être stupide.

« Tu vas l'enfiler, et je vais faire diversion, lui dit-il.

- Et pourquoi pas l'inverse ? »

La dernière chose qu'elle désirait était de le voir gesticuler dans la rue devant un groupe de meurtriers. Ils venaient de se retrouver. Il ne pouvait pas lui faire ça. Il l'observa pendant une seconde comme s'il cherchait une excuse valable, et finalement, il la trouva.

« Je suis plus rapide. Tu n'auras qu'à les stupéfixer un par un. Avec un peu de chance, j'y arriverai aussi. »

Il s'apprêta à s'élancer, mais cette fois, ce fut Lily qui le retint.

« Attends ! »

Elle pointa sa baguette sur lui et lui jeta un puissant sortilège de désillusion. Il contempla ses bras avec incrédulité. Son corps entier venait de se fondre dans le décor. Il lui adressa un dernier sourire. Il n'avait pas besoin de prononcer le moindre mot, elle savait ce qu'il pensait. Personne ne l'avait jamais regardé avec autant d'admiration et de fierté. Le sortilège ne le rendait pas invisible, mais au moins, il le camouflait un peu.

Elle se hâta d'enfiler la cape d'invisibilité alors qu'il traversait la rue, baguette tendue devant lui, et elle longea lentement le mur. James stupéfixa un premier mangemort et deux d'entre eux se retournèrent immédiatement vers lui alors que l'autre était occupé à poursuivre un passant qui s'était dressé devant lui.

Ils n'aperçurent pas immédiatement le maraudeur, mais quand ils le distinguèrent enfin, ce ne fut qu'une histoire de secondes avant que les sorts ne fusent dans sa direction. Lily parvint sans mal à en pétrifier un autre, mais James et elle furent tous deux distraits par l'apparition soudaine de plusieurs sorciers et un sort le James en plein visage, le propulsant au sol en lui écorchant la joue sur plusieurs centimètres. Un filet de sang jaillit dans les airs comme un feu d'artifice et gicla sur les pavés.

Lily se mit à courir dans sa direction alors que les sorciers qui venaient de transplaner maîtrisaient les mangemorts. Elle s'agenouilla à côté de James, retira sa cape d'invisibilité et la glissa sous sa tête. Il était conscient mais légèrement sonné. Il toucha sa joue et il grimaça quand il constata que sa main était maculée de sang.

« Merlin, Merlin, mon bébé ! James ! »

Lily n'eut pas le temps de se retourner, Euphemia Potter se laissa tomber de l'autre côté de son fils, tenant sa main dans la sienne. Elle semblait paniquée au delà des mots, et Lily comprit à ce moment là pourquoi James lui avait intimé d'écrire à ses parents pour ne pas les inquiéter le soir où elle l'avait rejoint chez lui sans les prévenir. Euphemia avait débarqué en même temps que les autres sorciers, probablement tous des employés du ministère.

« Je vais bien, je vais bien ! s'exclama t-il.

- TU ES EN SANG ! Protesta t-elle.

- C'est bon, j'en ai plusieurs litres, répondit-il en s'appuyant sur ses coudes pour se redresser. Lily, ça va ? Ça fait un partout, hein ? »

Elle le dévisageait et elle était tétanisée. Elle savait que les sorciers derrière elle s'étaient occupés des mangemorts et que James n'allait pas mourir ou quoi que ce soit, mais la vue de son sang qui coulait le long de son visage était traumatisante. Elle hocha cependant la tête et tenta de lui adresser un demi-sourire bien qu'elle fut certaine de ne parvenir qu'à grimacer.

Elle s'apprêtait à se remettre debout quand une affiche s'envola et se plaqua contre sa chaussure. Elle l'attrapa et la déplia. Une main brandissait une baguette sur un fond vert absinthe et l'on pouvait lire en gros « La magie est puissance ». En bas se trouvait une inscription toute aussi nette. « Ils infectent le monde magique, dénoncez les : Sang-de-bourbe et traîtres à leur sang. »

Elle se sentit soudainement nauséeuse. Elle lâcha l'affiche comme si elle avait été en feu, et elle eut juste le temps de se lever pour que ses jambes flageolantes la mènent jusqu'au coin de la rue où elle s'était dissimulée avec James. Elle y vomit ses tripes, s'appuyant sur la maisonnette qui faisait l'angle, et elle tomba à genoux, s'écorchant sur les pavés.

Euphemia et James l'appelaient mais leurs voix étaient lointaines. Lily secoua la tête pour essayer de prendre ses esprits, et elle leva les yeux lorsqu'une main se tendit devant elle. Fleamont, l'air plus sérieux que jamais, l'aida à se hisser à sa hauteur. Elle avait envie de lui dire qu'elle était désolée, mais il la tira immédiatement vers Euphémia et James sans lui laisser le temps de prononcer le moindre mot. Les deux parents se jetèrent un regard entendu, et Lily se sentit transplaner.