« Est-ce que tes parents savent que tu es sortie ? demanda Fleamont à Lily. »
Ils étaient arrivés au manoir Potter un peu plus tôt et Euphemia les avait obligé à s'asseoir sur le canapé du grand salon. Elle était en train d'appliquer de l'essence de dictame sur la joue de James qui grimaçait alors que Fleamont se tenait devant Lily qui avait à présent l'impression que plus rien n'était moins grave que ses états d'âme sur son avenir. Elle secoua la tête de gauche à droite.
« Bon... Je vais les prévenir et te ramener, souffla t-il avant de se diriger dans une autre pièce dans laquelle Lily n'avait jamais mis les pieds.
- Non, s'il vous plaît ! s'exclama t-elle. »
Il se retourna alors qu'Euphemia observait Lily avec inquiétude. Elle s'apprêta à reprendre la parole lorsque Sirius apparut à l'entrée du salon. Il se précipita vers eux et dévisagea son meilleur ami sous toutes les coutures avant de vérifier que Lily allait bien. James était en train de lui faire le récit de la soirée lorsque l'ancienne préfète se tourna de nouveau vers son père.
« Je ne veux pas qu'ils sachent pour ce soir, je... Je ne leur ai pas dit à quel point le monde de la magie est menacé et s'ils savaient...
- Lily, je suis obligé de les avertir, déclara t-il sur un ton rassurant.
- J'ai peur qu'ils s'inquiètent... Et mon père... Mon père ne s'en remettrait pas s'il apprenait que... S'il voyait les affiches et... Et ma mère elle... Merlin, monsieur Potter, ils n'ont aucune idée de ce qu'il se passe vraiment, je vous en supplie, ne leur dites rien. »
Lily avait joint ses deux mains devant elle et lui jetait un regard important. Elle savait que James écoutait leur conversation d'une oreille, et il échangea un coup d'oeil avec son père. La seconde d'après, Fleamont prenait une chaise pour s'asseoir en face de Lily.
« Lily, ces affiches ne sont que des monstruosités écrites par des terribles vermines qui n'ont pas le recul nécessaire pour comprendre le monde.
- Je sais, mais si vous racontez à mes parents ce qu'il s'est passé ce soir, ils vont poser des questions, et je ne leur ai jamais expliqué les... Les insultes. S'il vous plaît, mettez vous à leur place... Si vous étiez moldus et que James subissait des injures parce qu'il était sorcier... Je sais que vous voudriez le savoir, mais dans quel état cela vous mettrait-il ? Je connais mes parents et je sais que pour eux...»
Elle laissa sa phrase en suspend mais lança un regard équivoque en direction du sorcier qu'elle essayait de convaincre. Fleamont la fixa avant de reporter ses yeux sur sa femme. Ils semblèrent tous les deux se comprendre. Lily savait comment les choses tourneraient si ses parents venaient à apprendre ce qu'il s'était passé. La culpabilité les rongerait, et leur famille ne se relèverait pas.
« Lily devrait rester, intervint Sirius. Pour cette nuit, au moins. »
Elle n'avait jamais eu autant envie de lui sauter dans les bras. Il lui adressa un bref clin d'oeil malgré la situation et elle réalisa qu'il savait exactement à quel point il lui rendait service. Elle n'imaginait pas une seule seconde rentrer maintenant chez ses parents et soutenir leur regard.
Elle voulait les étreindre et les entendre dire que tout irait bien comme ils le faisaient quand elle n'était encore qu'une enfant et qu'elle faisait de terribles cauchemars, mais elle n'avait pas la force de leur mentir maintenant, ni de faire face à Pétunia, et il lui semblait plus rassurant de rester avec des gens qui venaient de passer par les mêmes émotions qu'elle.
« Je vais écrire à tes parents... Seulement pour les informer que tu passes la nuit à la maison et que tu rentreras demain, reprit Fleamont.
- Merci, merci mille fois, je... Je suis désolée de vous causer du souci et je sais que je vous suis redevable et...
- Qu'est-ce que tu racontes ma chérie ? Tu ne nous causes aucun souci, et tu n'es redevable de rien du tout, l'arrêta Euphemia en posant une main rassurante sur son genou. Sirius va te montrer la salle de bain du premier étage, tu vas te détendre un peu et pendant que Fleamont écrit à tes parents. James et moi devons avoir une petite discussion sur la signification des mots « privé de sortie ». »
Sirius donna une petite tape sur l'épaule de son meilleur ami puis fit signe à Lily de le suivre. Ils traversèrent le hall et montèrent lentement les marches de l'escalier en colimaçon qu'ils avaient pris la dernière fois pour se rendre dans la chambre de James, sauf que cette fois, ils longèrent un couloir rempli de tableaux de paysages bucoliques, et enfin, Sirius se stoppa devant une porte qu'il ouvrit devant lui afin de laisser Lily passer.
« Euphémia pense que tous les problèmes se résolvent avec un bain chaud, expliqua t-il avec un sourire amusé.
- Je n'ai aucune affaire.
- Tu n'as qu'à te servir dans le placard sous le lavabo. Il y a des serviettes propres et des vieilles affaires à James et moi. Je suis sûr qu'il sera ravi de te voir dans son ancien uniforme de quidditch, termina t-il en faisant rougir Lily jusqu'aux oreilles. »
Il lâcha un rire et referma la porte derrière lui au moment où Lily commençait à balayer la salle de bain du regard. Tout était en bois, du parquet au mur, à l'exception de quelques mosaïques sur la douche qui était accolée à la baignoire, et d'immenses miroirs commençaient au niveau des lavabos et remontaient jusqu'au plafond. Lily songea qu'il n'y avait pas de place pour les complexes lorsqu'elle se retourna et qu'elle constata que le mur qui était parallèle en était recouvert aussi.
« Merlin, James doit adorer cette pièce, se dit-elle avec humour. »
Elle s'approcha un peu des robinets et s'observa un instant. Elle fut elle-même surprise par la peur qu'elle put lire sur son propre visage et, mal à l'aise, elle se retourna pour s'avancer vers la baignoire et faire couler l'eau. Elle y passa sa main pour régler la température et entreprit de se déshabiller quand elle en fut satisfaite.
Elle ne remarqua qu'à ce moment là que son jean était abîmé au niveau des genoux et qu'elle avait saigné un peu, probablement en s'agenouillant à côté de James où en tombant d'épuisement à l'angle de la rue qui menait vers la cabane hurlante. Ce n'était rien de plus qu'une légère écorchure, mais cela rendait tout un peu plus réel.
Elle glissa dans l'eau chaude et lâcha un soupir de satisfaction. Euphemia avait raison, c'était le remède idéal. Elle prit sa respiration pour s'immerger totalement et un silence apaisant s'enroula autour d'elle.
Ce fut agréable pendant quelques secondes et puis elle repensa à cette affiche horrible et à tout ce qu'elle impliquait. Son futur était fichu. Même si elle était retenue pour travailler à Scribenpenne, elle risquerait beaucoup à y aller. Ce n'était pas comme si elle avait été une figure discrète de Poudlard toutes ces années et qu'elle pouvait sans problème vivre sa vie de sorcière sans que qui que ce soit ne se doute qu'elle était d'origine moldue. Elle avait été préfète, tout le monde savait qui elle était.
Elle était presque sûre que Severus traînait avec Mulciber et Avery du côté opposé au sien, et peut-être même étaient-ils ceux que le groupe de sorciers venus à leur rescousse avaient emmené avec eux. Ou peut-être pas. Peut-être qu'il n'était pas devenu comme eux. Peut-être qu'il s'en était sorti. Mulciber et Avery savaient qui elle était, et si elle était persuadée que Severus ne l'aurait pas vendue, elle était absolument certaine du contraire en ce qui concernait ses deux comparses.
Elle sortit la tête de l'eau et inspira longuement. Une odeur familière lui chatouilla les narines et attira son attention vers une fiole de gel douche à la fève de cacao. Elle tendit le bras pour l'attraper et s'en badigeonna le corps en se maudissant d'être une telle psychopathe, mais quand le parfum de James l'enveloppa, ses états d'âmes disparurent.
Elle resta un petit moment dans l'eau avant de décider qu'il était temps de revenir à la réalité et de s'enrouler d'une serviette qu'elle avait trouvé dans le meuble que Sirius lui avait indiqué, entourée de tout un tas d'affaires. Elle enfila un jogging gris et le premier tee-shirt qu'elle trouva. Il était noir et le dessin d'une guitare électrique rouge tenue par un sorcier à la drôle d'allure laissait à penser qu'il était à l'effigie d'un groupe de rock magique. Elle jeta un dernier coup d'oeil dans le miroir et quitta la salle de bain.
Elle manqua de percuter James qui s'apprêtait à toquer à la porte, et ils esquissèrent tous les deux un mouvement de recul avant de se sourire, un peu gênés. Elle n'arrivait pas à croire que leur premier vrai rendez-vous se soit passé de cette façon. C'était comme si l'univers tout entier leur hurlait de ne jamais, ô grand jamais se retrouver ensemble, et Lily ne pouvait même pas s'exprimer à elle même le sentiment de frustration qu'elle ressentait.
« Tu es habillée... en Sirius, commenta t-il, le visage impassible.
- Il m'a dit de me servir et j'ai pris ce que j'ai vu en premier... Répondit-elle en tendant son tee-shirt devant elle pour l'observer. Oh, et j'ai utilisé ton gel douche aussi.
- Pas de souci. Je suis juste en train de me demander si c'est normal que je sois vraiment attiré par toi alors que tu es dans les vêtements de mon meilleur ami. »
Lily ne s'attendait pas à une confession aussi soudaine. Elle haussa les sourcils, se frotta la nuque et se mordit la lèvre avant de répondre.
« Peut-être que tu n'as toujours voulu que Sirius, plaisanta t-elle, le faisant rire.
- On dirait bien.
- Alors... Commença t-elle doucement après avoir pouffé. Est-ce que tu es consigné jusqu'à la fin de ta vie ?
- Oh non. On a bien parlé. Je lui ai expliqué mes motivations... Elle a compris. Évidemment, Pré-au-Lard, c'est théoriquement terminé pour cet été mais... Au moins, j'ai appris quelques trucs.
- Comme quoi ?
- Viens. »
Elle le suivit jusqu'à une chambre qu'elle ne connaissait pas. James ouvrit la porte à la volée et Sirius, assis en tailleur sur un grand lit à baldaquins, un magasine de quidditch à la main, leva la tête vers eux et esquissa un large sourire dès qu'il remarqua la tenue de Lily.
« Premièrement, vous pourriez frapper avant d'entrer, j'aurais pu être nu. Et deuxièmement, Lily, regardes-toi ! On dirait une version acceptable de moi même ! s'exclama t-il avec enthousiasme.
- Je ne vois pas ce que je pourrais voir que je n'aie pas déjà vu, commenta James sur un ton égal.
- Toi non, mais je te rappelle que les yeux chastes de Lily Evans l'accompagnent partout.
- Mes oreilles aussi, intervint-elle. Autant vous dire maintenant que je ne préfère même pas savoir dans quelle circonstance vous vous êtes vus dans le plus simple appareil.
- Une nuit d'hiver devant la cheminée de la salle commune, un tapis doux, un peu de musique...
- J'ai dit que je ne voulais pas savoir ! protesta Lily.
- Les vestiaires de Quidditch, intervint James alors que Lily lâchait un « Oh... » compréhensif. Il faut que je vous dise quelque chose. »
Il attrapa la chaise de bureau de Sirius et s'assit dessus en s'accoudant sur son dossier. Il avait l'air positivement ravi de ce qu'il venait de découvrir et Sirius, qui le connaissait mieux que personne, semblait bouillir d'excitation. Il reconnaissait l'enthousiasme de son meilleur ami quand il le voyait.
« Il y a un groupe qui se bat, leur révéla t-il enfin.
- Un groupe ? répéta Sirius.
- Ma mère m'en a parlé. Ou plutôt, elle a laissé échapper que certains d'entre eux étaient venus à notre rescousse.
- Alors elle et ton père en font partie ? demanda Lily.
- Pas vraiment. Je ne sais pas tout. J'ai essayé de poser des questions, mais elle ne voulait pas trop en parler. Elle m'a juste dit qu'ils les aidaient de temps en temps et que Dumbledore était celui qui avait fondé l'Ordre.
- L'Ordre ?
- L'Ordre du Phénix, souffla t-il. C'est comme ça qu'ils s'appellent. Cool, non ? Ils se regroupent de temps en temps et ils essayent de contrer les mangemorts dans leurs actions. Ils ont reçu le tuyau pour leur présence à Pré-au-Lard peu avant qu'ils n'arrivent. »
Il y eut un silence dans la pièce et le regard de Lily se perdit sur les lattes du parquet foncé de la chambre de Sirius. Quelque chose venait de naître au fond d'elle, une volonté, une détermination, un espoir soudain qu'elle n'attendait pas vraiment, et elle aurait tout donné pour en savoir plus à propos de ce mystérieux Ordre parce qu'il lui sembla qu'il pouvait être le futur qu'elle cherchait. Elle avait toute confiance en Dumbledore qui était le sorcier le plus grand et le plus sage de la communauté magique à son humble avis, et même si la peur ne l'avait pas quittée, elle entrevoyait quelque chose qui allait beaucoup plus loin que tout ce qu'elle ne s'était imaginée pour elle, et elle avait juste envie d'y sauter à pieds joints.
« Tu penses à ce que je pense ? demanda Sirius à James.
- Je comptais envoyer un hibou à Dumbledore dès ce soir, mais il faudra être subtil au cas où il se ferait intercepter, répondit ce dernier en lançant un sourire en coin à son meilleur ami.
- Moi aussi. Je veux en faire partie aussi, ajouta Lily. »
James se tourna vers elle et lui adressa le même sourire qu'à son meilleur ami. Elle était prête à parier que les garçons aussi ressentaient cette poussée d'adrénaline et d'excitation qui les empêchait de réfléchir à toutes les conséquences d'un tel engagement.
« Il faut absolument raconter ça à Lunard et Queudver. Je vais leur dire de rappliquer cette semaine, et on verra ce qu'ils pensent de ça, reprit Sirius qui s'était levé d'un bond de son lit. »
Lily s'apprêtait à ajouter quelque chose lorsque son ventre la devança en gargouillant bruyamment. Les deux garçons se tournèrent vers elle d'un même mouvement.
« Allez manger, on continuera cette conversation plus tard, affirma Sirius. J'ai deux parchemins à envoyer, ça va me prendre un peu de temps. Il y a de la dinde et de la tarte à la mélasse dans le frigo ! »
James sauta de la chaise et fit un signe de tête à Lily qui le suivit jusque dans la cuisine. Fleamont et Euphemia y étaient assis, à discuter, et ils se turent dès que leur fils apparut. La jeune femme sentit un sentiment de culpabilité l'envahir. James avait été blessé un peu par sa faute. Si elle n'avait pas décidé de sortir sur un coup de tête, ils n'auraient pas eu de tels problèmes.
« Je suis désolée pour ce soir, s'excusa Lily en se tordant nerveusement les doigts.
- Tu n'as rien fait de mal ma grande, lui assura Euphemia.
- James n'avait pas le droit de sortir et je...
- J'ai pris la décision tout seul, la coupa t-il en se tournant vers elle alors qu'il ouvrait le frigo.
- Il arrive très bien à contourner les règles, que tu sois là ou non Lily, ne t'en fais pas pour ça, expliqua Fleamont avec un sourire contrit. »
Elle grimaça et baissa la tête sur le bar. L'affiche que les mangemorts avaient épinglée dans tout Poudlard reposait entre les parents de James. Fleamont suivit son regard, et d'un rapide coup de baguette, il l'enflamma. Deux secondes plus tard, il n'en restait plus que des cendres, mais les trois Potter avaient vu le visage de Lily pâlir un peu plus, et alors qu'elle s'asseyait sur l'un des grands tabourets, elle ne parvint pas à rester silencieuse.
« A quel point est-ce grave ? demanda t-elle. »
James déposa un sandwich à la dinde et une part de tarte à la mélasse devant elle alors que ses parents se jetaient un coup d'oeil inquiet.
« Pré-au-Lard n'est plus un endroit sûr, lui répondit Euphemia.
- Pour les gens comme moi, compléta Lily.
- Il ne l'est plus pour personne, la contredit James. »
Il s'était assis en face d'elle et l'avait encouragée à manger pendant qu'il se servait lui même. Elle avait un peu perdu l'appétit, mais il était hors de question qu'elle refuse quelque chose qu'il lui avait préparé.
« A quoi va ressembler notre futur ? demanda t-elle à Fleamont et Euphemia. »
Les deux sorciers semblèrent à court de réponse. Fleamont se saisit de la tasse de thé vide qui traînait devant lui, attrapa également celle de sa femme, et les déposa dans l'évier avant d'ensorceler une éponge qui se mit à les frotter frénétiquement. Ensuite, il se retira.
« Personne ne sait ce qu'il va se passer, mais nous travaillons activement avec le ministère pour faire en sorte que tout s'arrange, tenta de la rassurer Euphemia avant de descendre avec difficulté de la chaise sur laquelle elle était assise. »
Elle pressa affectueusement l'épaule de son fils et leur glissa un chaleureux « bonne nuit » avant de quitter la pièce à son tour, ne laissant plus que les deux anciens gryffondors en tête à tête.
« Tout à l'heure, quand nous étions à la cabane hurlante... commença t-elle avec hésitation. Je me disais que nous étions enfin libérés de tous les problèmes de Poudlard. »
Elle laissa échapper un rire ironique et détourna le regard un instant. James la fixait en attendant qu'elle continue, mais Lily avait l'impression qu'il savait où elle voulait en venir.
« Mais je suis toujours une fille de moldue, et tu es toujours un sorcier de sang-pur.
- Ça n'a aucune importance, certifia t-il.
- Tu sais aussi bien que moi qu'il faut y réfléchir.
- C'est tout réfléchi.
- James...
- Quoi ? s'emporta t-il. Nous ne sommes même pas ensemble que tu es déjà en train de chercher une excuse pour tout arrêter ! Est-ce que tu ne peux pas juste... Je n'en sais rien, vivre ?! termina t-il avec agacement en attrapant leurs assiettes qu'il jeta négligemment dans l'évier. »
Elle bondit du tabouret de bar, les sourcils froncés. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine au fur et à mesure que leur incompréhension mutuelle grandissait. Il était trop impulsif et elle avait peur qu'il regrette ses choix, c'était tout ce qu'elle voulait lui dire, mais ses mots sortaient d'une drôle de façon parce qu'elle avait peur pour lui.
« Je ne cherche aucune excuse ! répliqua t-elle. Tu es juste... Tu es toujours en train de foncer tête baissée et tu ne réfléchis pas à ce qu'il y a derrière et...
- Et toi tu t'arrêtes à chaque foutue minute qui passe ! tempêta t-il.
- Parce qu'il faut bien qu'un de nous deux le fasse !
- Non, il ne faut pas ! réfuta t-il. Pourquoi est-ce que tu compliques les choses ?
- Je ne complique rien. Je ne veux pas te mettre en danger, c'est tout, admit-elle finalement. »
Il se calma légèrement, ferma un instant les yeux, inspira longuement, mais ses poings étaient toujours serrés et elle redoutait qu'il lui dise qu'elle n'en valait pas le coup, mais aussi qu'il lui affirme que ce n'était pas quelques mangemorts et Voldemort qui allaient l'arrêter.
« Tu m'as vu ou quoi ? S'il y en a un de nous deux qui met l'autre en danger, c'est bien moi, reprit-il.
- Je ne crois pas que...
- L'un de mes meilleurs amis est un loup-garou. L'autre est un Black qui a coupé les ponts avec sa famille. Je serais étonné que mes parents ne fassent pas partis de la liste noire de Voldemort, et par dessus le marché, je suis une abominable petite brute arrogante. Alors, qu'est-ce que tu décides ? l'interrogea t-il en contournant le bar pour aller se planter devant elle. »
Ses yeux bruns jonglaient entre les siens et sa bouche et elle n'était plus bien sûre de se rappeler de chaque mot qu'il venait de prononcer. Il avait posé une question, non ? Elle s'entendit bafouiller. La communication avec son cerveau était visiblement rompue. Elle déglutit puis leva la main pour la poser sur l'entaille presque refermée de sa joue avant de la laisser finalement retomber le long de son corps. Elle manquait de courage et elle avait peur d'aller trop vite. A chaque fois qu'ils s'étaient embrassés, tout avait dégénéré, et elle était tétanisée à l'idée qu'ils se fassent encore du mal.
« Tu sais quoi ? Il s'est passé beaucoup trop de choses aujourd'hui. On en parlera demain, trancha t-il en passant devant elle. Viens, je vais te montrer la chambre d'ami. »
Le simple fait qu'il passe à autre chose comme s'il n'avait rien ressenti la frustra au delà des mots. Elle le suivit malgré tout jusqu'à une grande chambre qui se trouvait juste en face de celle de Sirius. Elle en était la copie conforme si l'on excluait la décoration personnelle et douteuse que Sirius avait apporté à la sienne.
« Je suis exténuée, souffla Lily avant de se laisser tomber sur le grand lit.
- Tu peux faire la grasse matinée, Sirius dit que la journée ne commence pas avant midi quand on est en vacances, lui répondit-il en souriant. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sais où est ma chambre, et si tu as faim pendant la nuit, tu peux descendre à la cuisine. Sirius y va habituellement pour son goûter de cinq heures du matin, il sera ravi d'avoir de la compagnie. Bonne nuit Lily. »
Elle lui rendit son sourire et le regarda refermer la porte derrière lui avec le sentiment déplaisant d'avoir laissé passer sa chance. Elle se glissa sous les couvertures et se tourna plusieurs fois entre les draps. Elle était incapable de ne pas réfléchir. James avait raison. Il fallait toujours qu'elle pense à tout, et c'était épuisant, mais là...
Elle n'avait tout simplement pas réussi à sortir de la prison dans laquelle elle s'était enfermée il y avait bien longtemps, celle qui la tenait éloignée de lui pour leur bien à tous les deux. Enfin, c'était ce qu'elle s'était répétée pour se rassurer. Il venait de lui dire qu'il avait déjà réfléchi et que cela ne changeait rien pour lui, il lui avait prouvé qu'il n'y avait absolument aucun obstacle devant eux, et malgré tout, elle était restée comme une abrutie, incapable de faire un pas vers lui juste parce qu'elle ne savait pas ce qui les attendrait au tournant.
Elle était ridicule et elle ne pouvait pas tolérer une telle chose. Pas encore. Elle ne pouvait décemment pas ruiner sa seule relation qui valait le coup d'être vécue. Elle poussa un juron et une seconde plus tard, elle avait envoyé valser les couvertures et longeait le couloir jusqu'à la porte de la chambre de James à laquelle elle frappa trois discrets coups.
Il ouvrit et elle vit Sirius debout derrière lui, en train de faire toutes sortes de pirouettes. Il avait ensorcelé plusieurs de ses affaires qui volaient à toute allure dans la pièce, et il semblait s'amuser à les éviter. Elle haussa les sourcils et James s'empressa de la rejoindre dans le couloir et de fermer la porte derrière lui.
« Un soir de plus chez les Potter, lui dit-il en haussant les épaules. Ça aide pour les réflexes en quidditch. Tu as besoin de quelque chose ? »
Elle resta bloquée pendant une seconde sur la porte fermée derrière lui en songeant qu'il n'était pas étonnant qu'Euphemia et Fleamont soient autant épuisés, puis elle reprit ses esprits et ses yeux attrapèrent les siens.
« Je voulais juste apporter... Un éclaircissement sur ce que j'ai décidé, lui confia t-elle. »
Il lui lança un regard interrogateur et elle fit un pas de plus vers lui. Elle ne trembla pas cette fois quand elle leva le bras pour glisser sa main sur sa nuque. Il baissa la tête vers elle mais se recula légèrement quand elle essaya de l'embrasser. Il ne parvint pas à s'empêcher de sourire et elle devina qu'il était en train de lui faire payer son temps de réaction.
Ce n'était pas grave. Elle était contre lui et ses mains étaient sur lui et par réflexe, il avait aussi posé la sienne sur sa joue et elle aimait ce moment là où tout se passait alors que rien ne se passait. Ils ne s'étaient jamais posés assez pour pouvoir juste profiter de savoir qu'ils voulaient tous les deux s'embrasser. Cela lui faisait tout drôle.
Il finit par céder et par se pencher sur elle pour l'embrasser et cela ne ressembla en rien aux baisers qu'ils avaient déjà partagé. Il n'y avait plus de malentendus ou de colère. Ils étaient tous les deux libres et ils savaient exactement ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. C'était simple et délicat et un peu vertigineux, et quand Lily s'écarta de lui, elle se mordit la lèvre, embarrassée, et replaça nerveusement une mèche de cheveux roux derrière son oreille. Elle voulait lui souhaiter une bonne nuit, mais elle n'était pas sûre de savoir encore parler.
« C'était... Un bel éclaircissement, commenta t-il en souriant.
- Tu... as tout compris ? bafouilla t-elle en lui rendant son sourire.
- Je crois que j'ai saisi l'essentiel, mais j'aurais peut-être encore besoin de précisions à l'avenir.
- Bien sûr. Évidemment. Je... Ferais en sorte de te les apporter. N'hésites pas à revenir vers moi... Alors... Bonne nuit.
- Je n'hésiterai pas, conclut-il en la regardant rejoindre sa propre chambre. Dors bien Lily. »
Elle manqua de trébucher devant la porte de la chambre d'ami et s'y engouffra avant de plonger dans son lit, les joues en feu. Il avait raison. C'était beaucoup plus simple quand on ne réfléchissait pas.
