Il était près de quatre heures du matin et la plupart des invités étaient rentrés chez eux. Sirius ronflait bruyamment sur le canapé pendant que James, Lily, et Mary jetaient des sorts de nettoyage dans la maison et qu'Emmeline, Rémus, et Peter discutaient, assis dans le jardin.

Les balais et les éponges étaient tous au travail lorsque l'ancienne préfète et ses deux camarades s'accordèrent une pause en rejoignant les autres dehors. Les lanternes les éclairaient assez pour qu'ils se voient mais elles donnaient une ambiance tamisée à l'endroit et le rendait magique. Lily avait toujours adoré la maison de Mary, il y avait peu de lieu aussi chaleureux.

« ...Je dis juste, Pettigrow, que tu ne sais pas ce que c'est d'être une fille dans ce monde, et que quand en plus tu as des parents moldus, ou alors que tu es cracmol, c'est vraiment compliqué, déclara Emmeline quand Lily se laissa tomber en tailleur dans l'herbe.

- Moi aussi, j'ai peur quand je rentre seul le soir, protesta l'intéressé.

- Pourquoi est-ce que tu veux ramener tout à toi ? J'évoque juste un problème que les sorcières ont.

- Tu as peur parce que tu es un froussard, Queudver, intervint Rémus en adressant un sourire amical à son camarade.

- De quoi vous parlez ? leur demanda Mary en s'asseyant à côté d'Emmeline.

- On se posait juste des questions personnelles, et Peter à demandé à Vance de quoi elle avait peur, et elle a répondu des hommes en général, expliqua le lycanthrope.

- Vraiment ? l'interrogea James en s'allongeant de tout son long à côté de Lily.

- Évidemment, ça ne fait pas sens pour vous parce que vous n'avez pas besoin d'y réfléchir, reprit la jeune femme. Vous êtes des garçons et vos parents sont tous des sorciers. Moi, je ne connais pas une seule fille qui n'ai pas subi des remarques désobligeantes un jour dans sa vie, que ce soit sur le statut de son sang ou sur son sexe.

- Mais nous ne sommes pas tous comme ça ! protesta Peter, outré.

- Je le sais bien, et ce n'est pas ce que j'ai dit. Tu m'as demandé pourquoi j'avais peur des hommes et je t'ai répondu. Tu as le droit de ne pas vouloir comprendre, mais alors ne me demande pas. »

Il y eut un léger silence et Peter se renfrogna. James, allongé sur le ventre, arracha plusieurs touffes d'herbe avant de prendre la parole.

« J'espère que je n'ai jamais fait quoi que ce soit qui ait pu te faire du tort, et si c'est le cas, je suis désolé.

- Oh vous avez toujours été deux grands idiots, Sirius et toi, mais pas assez pour me provoquer un sentiment d'insécurité, répondit-elle en lui accordant un sourire.

- Tu ne crois pas que tu pousses un peu, avec ton sentiment d'insécurité ? marmonna Peter.

- Non, Peter, trancha t-elle sèchement. Depuis toute petite, je n'aime pas me promener seule parce qu'on me dit que comme je suis une fille et que mes parents ne sont pas tous les deux sorciers, il faut que je fasse attention. C'est épuisant et angoissant. Est-ce que tu es au moins conscient qu'il y a une guerre en ce moment ?! Merlin, tu ne sais visiblement pas ce que c'est de regarder par dessus son épaule quand tu marches seul dans la rue. »

Peter se retrouva sans voix, Mary glissa son bras autour de celui d'Emmeline en guise de solidarité, et Lily acquiesça. Elle se retrouvait dans tout ce qu'elle disait, et c'était un véritable soulagement d'entendre enfin quelqu'un dire à voix haute ce qu'elle avait souvent pensé tout bas.

« Je suis désolée, j'ai un peu ruiné l'ambiance, mais au moins maintenant, peut-être que tu comprends... C'est tellement plus simple de dire aux filles de faire attention plutôt que d'éduquer ceux qui en ont besoin.

- Je n'avais jamais pensé à ça, souffla Rémus.

- Nous aussi, on a des désavantages à être des garçons, protesta cependant Peter. Il y a les bagarres dans les bars, et...

- Queudver, sérieusement, ce n'est pas comparable, lui expliqua James. »

Le regard de Lily tomba sur James, toujours allongé à côté d'elle. Elle ne pouvait pas voir l'expression de son visage, mais Merlin, elle n'avait jamais eu autant envie de l'embrasser qu'à ce moment précis. Son cœur se souleva et elle glissa affectueusement sa main dans ses cheveux.

« Vous êtes ensemble tous les deux ? s'étonna Emmeline qui avait surpris le geste.

- Nous ?! s'exclama Lily en retirant sa main du haut de son crâne comme si elle s'était brûlée, Pfoua ! Non ! Non bien sûr que non ! James et moi ?! Noooon ! »

Elle sentait qu'elle en faisait beaucoup trop, et bientôt Mary se mit à ricaner suivit de près par Rémus, Emmeline, et finalement James qui semblait pourtant parvenir à se retenir jusque là.

« D'accord, je ne vais pas poser plus de question, la rassura Emmeline en lui adressant un clin d'oeil.

- Excusez-moi d'y revenir, mais je trouve juste cela injuste de nous mettre tous dans le même panier alors que...

- Personne ne te met dans le même panier que qui que ce soit, Queudver, tu t'y mets tout seul, vraiment, le coupa James une nouvelle fois. Emmeline essaie juste de te parler de quelque chose qu'elle vit tous les jours et qui n'est pas notre quotidien à nous, et franchement, la seule chose décente que tu peux faire c'est de l'écouter sans tout ramener à toi. »

Peter croisa ses bras contre sa poitrine et se renfrogna. Lily songea qu'il ressemblait à un enfant de trois ans à qui l'on aurait refusé un jouet, mais il n'insista pas. Il tenait rarement tête à James, et elle devait admettre que le ton sec qu'il avait employé l'aurait découragée elle-même si elle avait voulu le contredire, mais elle était trop occupée à se demander pourquoi ils prenaient leur temps alors qu'ils auraient pu rentrer immédiatement au manoir et se jeter l'un sur l'autre sans plus de cérémonie.

« Tu as intérêt de te marier avec lui Evans parce que si tu ne le fais pas, je pose une option, déclara Emmeline, faisant éclater de rire et James et se renfrogner Mary.

- Il faudrait déjà être en couple... Pour ça... souffla Lily tout en sachant qu'elle ne la trompait guère.

- Cela va de soi, commenta Emmeline avec un sourire narquois.

- En tout cas MacDonald, c'était une belle soirée, comme à chaque fois, déclara Rémus.

- Tu es contente ? lui demanda Lily.

- C'était génial grâce à vous, répondit-elle en se serrant un peu plus contre Emmeline qui passa son bras autour d'elle. »

Le regard de Lily croisa celui de sa meilleure amie, et elles n'eurent pas besoin de se parler pour se comprendre. Finalement, tout avait bien tourné pour elles, et s'il y avait une définition du bonheur, elle incluait définitivement ce moment précis.

« Je vais y aller moi, j'espère que le sommeil de Sirius survivra au transplanage d'escorte, déclara James en se levant et en s'étirant. »

Il donna une brève accolade à chacun de ses camarades en prenant bien soin de ne pas oublier Lily dont le visage s'empourpra bien contre sa volonté.

« J'aurais plus peur qu'il me vomisse dessus avec la quantité d'alcool qu'il a bu personnellement,

- Pas de danger MacDonald, Sirius a peur de vomir, lui apprit Rémus.

- Il a peur de vomir ? répéta Lily en lâchant un rire stupéfait. Je croyais qu'il n'avait peur de rien.

- C'est ce qu'il veut faire croire à tout le monde.

- S'il apprend que vous avez vendu la mèche, vous êtes morts, les prévint James avec un sourire amusé tout en se dirigeant dans le salon où dormait son meilleur ami. »

Lily le suivit en jetant un coup d'oeil méfiant derrière elle, et elle s'arrêta devant James, les yeux rivés sur Sirius qui avait commencé à baver sur le canapé en cuir.

« Tu peux rester si tu veux, lui dit-il.

- Non, je vais rentrer avec toi. C'est juste que... ça fait suspect si on part en même temps, non ?

- Franchement Lily, je crois qu'Emmeline a bien compris, répondit-il avec un sourire moqueur.

- Je sais, pesta t-elle en grimaçant. Je suis nulle pour ça.

- Ce n'est pas forcément de ta faute si tu ne peux pas t'empêcher de me toucher, ce sont mes parents qui m'ont donné ce physique de rêve.

- Tu es certain de pouvoir transplaner avec une tête aussi enflée ? Je veux dire, ça risque de te déséquilibrer à un moment...

- Ça te donnera une bonne excuse pour me tenir le bras, répliqua t-il sur le même ton. »

Elle fronça les sourcils, lui administra une tape sur l'épaule qui le fit pouffer, et lui tourna le dos pour retourner dans le jardinet afin de saluer leurs amis. Son étreinte avec Mary dura plus longtemps que les autres, et alors qu'elle rentrait dans le salon, sa meilleure amie lui cria de ne pas oublier son enveloppe.

Lily attrapa la sienne sous sa photo, celle de James, puis celle de Sirius, et les glissa dans son sac. Elles débordaient toutes les trois de petits mots en tout genre. Elle se mordit légèrement la lèvre en voyant le sien dépasser de l'enveloppe de James. Elle n'avait pas ressenti le besoin de lui faire un long discours, mais une petite phrase lui trottait dans l'esprit depuis trop longtemps, et bien qu'elle ne parvienne pas à lui faire franchir le seuil de ses lèvres, elle avait tout de même réussi à la poser sur le papier.

« Allez c'est parti, souffla James après avoir hissé Sirius sur son dos. »

Ils traversèrent la maison jusqu'à arriver sur le perron et transplanèrent directement devant le portail des Potter. James extirpa difficilement sa baguette de sa poche pendant que Lily l'aidait à tenir son meilleur ami, et les hautes grilles s'ouvrirent devant eux, leur permettant de continuer leur chemin jusqu'au manoir.

« Hmmm... Marmonna Sirius.

- On est arrivé. Je vais te mettre dans ton lit.

- Lily ? Lily ? appela t-il.

- Je suis là, répondit-elle en soutenant James dans les escaliers.

- Est-ce que vous pouvez dormir avec moi ?

- Non ! s'exclamèrent-ils en chœur alors que James ouvrait la porte de la chambre de Sirius. »

Il se pencha et fit basculer ce dernier sur son lit en lâchant un lourd soupir, et il lui retira ses chaussures d'un coup de baguette pendant que Lily attendait dans l'encadrement de la porte, les bras croisés, en souriant. Ils étaient une vraie famille, et elle aimait les voir s'occuper l'un de l'autre. C'était comme s'ils étaient intouchables tant qu'ils étaient ensemble, et elle se demandait souvent comment ils en étaient arrivés à un tel niveau d'amitié.

« Je vous laisse... Je vais aller prendre une douche, cette chaleur m'a épuisée, bonne nuit Sirius, lâcha t-elle à la porte.

- Attends ! Lily attends ! l'entendit-elle beugler.

- Quoi ?

- Je voulais te dire... Je t'aime. Et je t'aime aussi James, déclara t-il d'un air sérieux.

- On t'aime aussi mon vieux, lui répondit son meilleur ami en lui tapotant l'épaule et en lançant un sourire amusé vers Lily. »

Elle retint un gloussement et disparut dans le couloir. Sirius avait toujours tendance à déclarer sa flamme à quiconque se trouvait devant lui quand il avait bu un petit peu, et aussi loin qu'elle s'en souvienne, elle avait toujours trouvé cela hilarant.

Elle déposa une partie de ses affaires dans la chambre d'ami, cala l'autre sous son bras, et se hâta d'aller prendre une douche fraîche. Quand elle eut fini, elle s'assit en tailleur sur le lit de la chambre d'ami et retourna l'enveloppe qu'elle avait récupéré dans son sac, faisant tomber une dizaine de petits parchemins.

Le premier qu'elle déplia venait de Mary et ne contenait qu'un énorme cœur avec leur deux prénoms. Elle sourit et tomba sur celui de Sirius sur lequel était juste marqué « Ne change rien, à par peut-être ton petit-ami parce qu'on sait tous les deux que c'est moi qu'il préfère ». Elle éclata de rire, et en déplia plusieurs autres jusqu'à arriver à l'un d'eux qui disait simplement « J'espère qu'un jour tu auras une idée de la chance que tu as. ». Il était signé « M.M » et elle n'eut pas besoin de réfléchir beaucoup pour savoir de qui il venait. Elle soupira et le rangea directement dans l'enveloppe pour attraper le dernier.

Elle l'avait volontairement gardé pour la fin parce qu'elle avait reconnu l'écriture légèrement inclinée de James à travers le papier. Elle le déplia en prenant soin de ne pas le déchirer et elle douta de pouvoir un jour s'arrêter de sourire en voyant un joli dessin la représentant en train de danser avec Mary. En guise de signature se trouvait un vif d'or à l'intérieur duquel elle découvrit ses initiales et celles de James. Elle le contemplait depuis déjà une bonne minute lorsque l'on frappa à la porte. Elle l'ouvrit d'un simple coup de baguette et James pénétra dans sa chambre. Ses cheveux étaient trempés et il ne portait plus qu'un short et un tee-shirt de pyjama.

« Merci, lui dit-elle en retournant le dessin vers lui. »

Elle se leva de son lit pour aller l'étreindre et des effluves de fève de cacao vinrent lui chatouiller les narines. Elle soupira d'aise quand il la serra un peu plus contre lui.

« Et mon enveloppe, elle est où ? demanda t-il.

- Sur mon sac, mais ne la prends pas tout de suite...

- Pourquoi pas ? S'enquit-il en s'écartant.

- Parce que je n'ai pas envie que tu lises ce que je t'ai écris devant moi, répondit-elle en s'empourprant.

- Pourquoi ? Tu as écrit des trucs pas très chastes ? la taquina t-il.

- Je peux aussi brûler tout d'ici, le menaça t-elle en agitant sa baguette devant lui.

- Très bien, très bien, j'attendrai demain que tu sois partie ! s'empressa t-il d'ajouter en levant les bras en guise de reddition. »

Il fronça les sourcils et soupira d'un air ennuyé, et il détourna le regard quand elle tenta d'y fixer le sien, mais il restait et elle savait pour quelle raison. Ne pas pouvoir le toucher comme elle l'avait voulu pendant la soirée avait été une véritable frustration, et elle savait que cela avait été le cas pour lui aussi. Elle tira un peu sur son tee-shirt et il finit par baisser la tête vers elle.

« Ne fais pas la tête.

- Je ne fais pas la tête.

- Si.

- Non.

- Ça se voit que si, insista t-elle.

- Et pourtant, non.

- Embrasse moi.

- Non, s'obstina t-il.

- Pourquoi ?

- Parce que je n'ai pas envie.

- Tu n'as pas envie parce que tu fais la tête, affirma t-elle en retenant un rire.

- Ça n'a rien à voir.

- Tu mens. Tu es un enfant. Je ne te donne pas ton enveloppe alors tu ne veux pas m'embrasser juste pour te venger.

- Ce n'est pas mon genre, lui dit-il d'un air hautain alors qu'elle n'arrivait pas à s'empêcher de sourire tout en entortillant ses doigts dans son tee-shirt gris.

- Très bien. Alors je vais me coucher. A demain. »

Elle lui tourna le dos en se mordant l'intérieur de la joue pour ne pas rire, et s'affala sur le lit. James, lui, resta planté au milieu de la pièce et l'observa avec incrédulité.

« On ne s'est presque pas vu de toute la soirée ! protesta t-il.

- Je sais, mais je n'y peux rien. Tu n'es pas fâché mais tu ne veux pas m'embrasser, alors... Peut-être que tu es juste fatigué, et je ne voudrais pas commettre l'horrible affront de te priver de sommeil. »

James resta figé un instant, et il déposa les armes. Il leva les yeux au ciel et réduit considérablement la distance qui les séparait en venant s'asseoir sur le bord de son lit.

« Je ne suis pas fatigué, je suis frustré.

- Frustré ? répéta t-elle.

- Parce que je n'ai pas pu être avec toi comme je le voulais. »

Elle pencha la tête, se rapprocha de lui et posa sa main sur sa joue. Son cœur venait de faire une petite galipette. Elle ressentait exactement la même chose, mais il y avait aussi eu quelque chose d'exaltant dans le fait de se cacher, de s'effleurer discrètement, ou de feindre l'indifférence...

« Je sais. J'aurais voulu danser avec toi... Mais c'était drôle d'être complices de quelque chose que personne ne savait à part nos amis proches, non ?

- Si, complètement, acquiesça t-il en esquissant un sourire en coin avant de se lever d'un bond. »

Le parquet craqua sous ses pieds alors qu'il sortait de la pièce en brandissant un index pour lui signaler d'attendre un peu. Un instant plus tard, il revenait baguette tendue devant un vieux tourne disque qui lévita jusqu'au bureau de la chambre d'ami. Dès qu'il fut posé, une musique rythmée s'en échappa et James s'empressa de fermer la porte alors que Lily bondissait du lit en souriant jusqu'aux oreilles.

Elle s'empressa de le rejoindre et ils dansèrent comme si l'aube n'allait pas pointer le bout de son nez. Puis elle se rapprocha de lui et glissa ses doigts sur sa nuque. Sa bouche resta à quelques centimètres de la sienne pendant un moment et elle aimait tellement ce qu'elle ressentait qu'elle aurait voulu qu'il n'y ait aucune fin à tout cela.

Elle mourrait de chaud et ses cheveux roux étaient emmêlés parce qu'elle les avait secoué dans tous les sens en dansant, mais elle était presque sûre que leur instant de folie n'avait rien à voir avec le fait que son corps soit brûlant contre le sien. Elle l'embrassa finalement et elle lâcha un soupir dans sa bouche quand elle sentit ses mains descendre le long de ses hanches. Elle était presque sûre qu'ils ne feraient rien de plus ce soir là parce qu'ils s'étaient promis d'apprendre à se connaître en tant que couple avant d'en arriver là, mais elle trouva subitement qu'ils se connaissaient déjà amplement bien, et l'envie était présente, et plus il répondait au moindre de ses gestes, plus elle grandissait, et ce même quand Lily songeait qu'elle ne pouvait pas la dévorer plus qu'elle ne le faisait déjà.

« Stop, haleta t-il en s'écartant légèrement. »

Elle retira ses mains de son corps et resta parfaitement droite devant lui, et Merlin, il la regardait comme s'il regrettait déjà le mot qu'il venait de prononcer et elle était juste paralysée. Elle se voyait retirer ses vêtements un par un, elle sentait ses doigts effleurer ses fesses comme s'ils y étaient encore, et soudain, leur bonne résolution n'eut plus aucune valeur à ses yeux.

« Pourquoi ? demanda t-elle d'une voix fébrile. »

Il parut tout aussi perplexe qu'elle. Ses yeux avaient pris une teinte noire et profonde et elle doutait y avoir deviné une telle impétuosité un jour, et elle était presque certaine qu'il pouvait voir exactement la même chose dans les siens, et ce fut bientôt trop. Il eut l'air de penser qu'il n'avait aucune raison valable à lui fournir puisqu'il passa son tee-shirt par dessus sa tête et le lâcha à ses pieds en lui lançant un sourire qui la fit juste mourir d'impatience.

Il s'approcha, trop lentement à son goût, et fit délicatement glisser la bretelle de son débardeur le long de son épaule. La chaire de poule courait sur tout son bras mais il prenait juste son temps et elle avait envie de le tuer pour ça.

« Tu es sérieux ? lui demanda t-elle en essayant tant bien que mal d'articuler chaque mot tout en le regardant dans les yeux.

- Complètement. »

Il lui jeta à nouveau ce sourire mesquin qui parvenait à l'agacer autant qu'à décupler son attirance envers lui, et elle fut tentée de prendre l'ascendant sur lui mais elle changea complètement d'avis quand il lui retira son haut et qu'il l'encouragea à reculer en sachant très bien où cela allait la mener.

Il attendit qu'elle bute contre le lit pour la pousser d'un coup sec, et elle éclata de rire quand elle bascula en arrière sur le large matelas, ses cheveux s'étalant autour d'elle comme une drôle d'auréole qui contrastait largement avec les pensées scandaleuses qui lui traversaient ponctuellement l'esprit comme des coups de tonnerre réguliers et rapprochés.

A quatre pattes au dessus d'elle, il recommença à l'embrasser et elle s'autorisa à toucher sa peau. Ils avaient tous les deux changé depuis la dernière fois et alors qu'elle le redécouvrait, elle comprenait pourquoi il prenait autant son temps. Elle avait l'impression que cette nuit ne serait jamais assez longue pour connaître son corps autant qu'elle le voulait, et cela la remua un peu.

Elle exerça une pression sur ses épaules juste pour inter-changer leur position et il la laissa faire, ravi de constater qu'elle avait compris où il voulait en venir quand, assise sur ses cuisses, elle se contenta simplement de passer ses doigts le long de son torse avant de se pencher pour laisser sa bouche vaquer à ses propres occupations le long de son cou.

« Tu vas pouvoir tenir le rythme que tu m'as imposé ? le questionna t-elle avec amusement alors qu'il avait rejeté la tête en arrière et avait passé nerveusement la main sur son front.

- Sûrement pas, mais je ferai tout ce que tu veux que je fasse.

- Tout ? répéta t-elle en haussant un sourcil.

- Tout, confirma t-il en se redressant. »

Elle bascula en arrière mais il la rattrapa habilement avant qu'elle ne s'écrase sur le parquet. Elle ne ressentit même pas la peur de tomber, il la retiendrait toujours. Elle savait qu'il le ferait. Elle avait confiance. Sa bouche atterrit sur la sienne et elle n'avait plus besoin qu'il lise le mot qu'elle avait laissé dans son enveloppe. Il était devenu aussi inutile que le reste de ses vêtements à ses yeux, et elle ne tarda pas à les lui retirer.

« Je te préviens, ça risque de durer des heures et des heures, lui glissa t-elle.

- Je te préviens aussi, je crois que tu me sur-estimes peut-être un peu. »

Leurs rires entremêlés raisonnèrent dans la pièce et bientôt il n'y eut plus que des soupirs fiévreux et sa langue qui traçait aussi parfaitement qu'elle le pouvait chaque contour de son corps alors que sa main se crispait là où elle pouvait sentir les battements de son cœur. S'il y avait une chose positive qu'elle retenait de ce colossal laps de temps qui les séparait de leur dernière relation, c'était bien la façon dont son imagination avait pu fonctionner.

Les pales du ventilateur de plafond tournaient à toute vitesse au dessus d'eux et jetaient une délicieuse brise sur le corps à demi nu de Lily. Peut-être que la meilleure façon d'apprendre à se connaître en tant que couple était celle-ci, finalement, songea t-elle alors qu'elle retrouvait de nouveau sa bouche.

« Tu vas me tuer, articula t-il dès qu'elle le laissa respirer.

- Ce n'est définitivement pas mon intention, répondit-elle en l'embrassant entre chaque mot.

- Très bien, comme tu voudras. »

Elle pensa un instant qu'il allait juste accepter son sort, et puis il y eu ce bref moment où elle sentit ses doigts se faufiler entre ses jambes et elle oublia d'expirer pendant quelques secondes. Il entreprit de retirer sa main mais elle l'arrêta en posant la sienne sur son bras, et elle détesta son rire narquois autant qu'elle l'apprécia. Le petit manège dura un moment, jusqu'à ce qu'elle l'entende prononcer son prénom juste dans un soupir et qu'elle comprenne qu'il n'en pouvait plus. Elle non plus, à vrai dire. Elle ne savait même pas comment ils avaient réussi à se contrôler jusque là. Elle se débarrassa de la seule pièce de vêtement qui les séparait encore et le laissa juste être sa première deuxième fois.

Elle avait entendu Dorcas Meadowes raconter Merlin seul savait combien de fois ses aventures sexuelles dans la salle commune et bon nombre d'entre elles étaient décevantes, mais Lily, qui l'écoutait de loin et d'une oreille distraite, n'avait jamais vraiment pu s'y identifier et elle comprit pourquoi ce soir là. James était le seul avec qui elle avait fait quoi que ce soit, et même si la première fois n'avait pas été aussi agréable que la seconde, elle n'était en rien comparable avec le désastre que Meadowes décrivait régulièrement.

Peut-être était-ce parce qu'ils avaient des sentiments l'un pour l'autre, ou peut-être était-ce juste parce que quelque chose fonctionnait entre eux à ce niveau, elle n'en savait trop rien, mais elle était positivement certaine que ce qu'elle avait ressenti contre lui, cette espèce de fulgurance aussi brève qu'intense, James l'avait ressentie aussi. Elle espérait, quelque part, que Dorcas Meadowes pourrait un jour la trouver aussi.

« Qu'est-ce que tu fabriques ? »

Ils avaient épuisé absolument toutes leurs ressources depuis une bonne demie heure quand elle lui posa la question alors qu'elle était sur le point de s'endormir, voyant son ombre se déplacer dans la pièce.

« Rien, dors Lily, j'arrive, répondit-il simplement. »

Elle ferma les yeux, entendit un bruissement de papier, et fronça les sourcils avant de comprendre exactement ce qu'il était en train de trafiquer. Elle se redressa instantanément alors qu'il venait de murmurer « lumos » et qu'un très léger filet de lumière éclairait un morceau de parchemin qu'il tenait entre ses doigts.

« TU ES LE PIRE ! vociféra t-elle en se levant d'un bond. »

Il ne sursauta pas mais il se retourna vivement vers elle et rangea immédiatement le papier dans son enveloppe, un sourire malin pendu à ses lèvres.

« Oui, mais tu es, je cite « trop amoureuse de moi pour prendre le risque de ne pas me l'avouer maintenant. », se moqua t-il.

- Ne répètes pas mes mots comme ça ! protesta t-elle en lui donnant une petite tape sur l'épaule.

- Comme quoi ?

- Comme si ce n'était que des mots ! Tu n'avais même pas le droit de les lire maintenant.

- Hmmm... Je ne me souviens pas avoir déjà entendu le professeur Binns nous parler d'un décret là dessus... Mais je devais sûrement dormir ce jour là, se moqua t-il délibérément.

- Y-a-t-il seulement un cours d'histoire de la magie où tu étais éveillé ?

- Oh Evans, tu vas me reprocher d'avoir passé le plus clair de mon temps à rêver de toi dans cette salle maintenant ? »

Elle s'apprêtait à répliquer mais elle referma sa bouche, prise au dépourvu. Elle croisa ses bras contre sa poitrine et lui jeta le regard le plus furieux qu'elle put tout en sachant pertinemment qu'elle devait avoir l'air aussi dangereuse qu'un boursouflet.

« Tu ne rêvais pas de moi. Tu dis ça pour m'amadouer.

- Pas toujours, mais régulièrement, corrigea t-il avec un sourire en coin.

- Et... Il se passait quoi ? demanda t-elle en essayant désespérément de ne pas paraître intéressée.

- Exactement ce qu'il vient de se passer là... Mais dans la réserve de potion. Ou dans la salle de bain des préfets. Dans la forêt interdite aussi. En haut de la tour d'astronomie. Sur la table de la grande salle. Ah, et puis il y avait cette fois sur un balai, et ça, je te jure que c'était une sacrée prouesse... En vrai, je ne suis pas sûr que ce soit possible, mais... Il s'arrêta pour réfléchir un peu avant de reprendre. Enfin, il faudrait vraiment être souple. Et puis une fois devant Rogue en plein milieu des cachots aussi, c'était très perturbant... »

Lily esquissa une moue perplexe à la fin de son discours, le faisant rire. Elle soupira et rendit les armes. Il avait l'air positivement ravi d'avoir lu ce qu'il venait de lire et elle ne pouvait pas lui en vouloir. Ce n'était pas comme si elle avait encore quoi que ce soit à lui cacher de toutes façons, alors elle retourna simplement se coucher et l'encouragea à faire de même en tapotant la place vide à ses côtés. Dès qu'il s'y allongea, elle se cala contre lui.

Elle voulait mourir ici. Il n'y avait rien de plus confortable, elle en était positivement certaine. Les fauteuils rembourrés de la salle commune de Gryffondor faisaient pâle figure à côté du corps de James Potter. Il avait tué la compétition.

« Tu crois ce que Dorcas a raconté à propos de Severus ? lui demanda t-elle subitement.

- Je ne suis pas sûr que tu veuilles entendre ma réponse, dit-il en se tournant vers elle, l'obligeant à s'écarter un peu pour qu'il s'accoude au matelas.

- C'est juste que... Tu penses que je suis naïve de me dire qu'il était juste là au mauvais moment ?

- Tu n'es pas naïve, réfuta t-il en secouant la tête. Tu es simplement... Tu as envie de croire à l'option la moins déplaisante, c'est tout.

- C'est une manière habile de me dire que je suis naïve, lui fit-elle remarquer en lui adressant toutefois un sourire. »

Il ne répondit pas, se contentant d'un soupir. Il se frotta nerveusement le front et elle lui attrapa la main au vol pour l'emprisonner dans les siennes. Elle dessina des formes invisibles sur sa paume pendant un moment, écoutant paisiblement leurs respirations entremêlées avant de reprendre.

« Au fond de moi, je sais que c'était une drôle de coïncidence, avoua t-elle. Je veux dire, avec Mulciber à Poudlard, ils faisaient toutes sortes de choses horribles... Severus le défendait en disant que c'était juste pour rire, mais je n'ai toujours pas compris ce qu'il y avait de drôle dans le fait de s'essayer à l'imperium sur Mary... »

James roula juste assez pour plonger sa tête contre le cou de Lily et l'embrasser sur l'épaule. Sa main se referma autour de la sienne alors qu'elle regardait les pâles du ventilateur au dessus d'elle d'un air absent.

« Il n'était pas comme ça avec moi. A part cette fois en cinquième année, mais c'était un événement isolé...

- Peut-être parce que tu ne lui as pas laissé l'occasion d'en faire un événement récurent, pointa James à juste titre.

- C'est ce que je me demande toujours, mais tu sais... Je pense que s'il savait que quelque chose se tramait à Pré-au-Lard, il me l'aurait dit.

- Sachant que tu étais avec moi ? Tu crois qu'il t'aurait prévenu ? la questionna t-il, sceptique.

- Je pense que oui.

- On parle du même Severus Rogue qui m'en veut littéralement de lui avoir sauvé la vie un soir de pleine lune alors qu'il fouinait juste pour trouver une preuve que Rémus est un loup-garou et le répéter à toute l'école ? »

Cette fois, il s'était redressé sur un coude et observait Lily d'un air complètement blasé. Elle prit une profonde inspiration, quitta son regard juste pour reporter le sien vers le plafond, et aussi parce qu'elle avait du mal à supporter le fait qu'il puisse avoir raison là dessus, et puis elle reprit la parole.

« Qu'est-ce que tu faisais dans ce tunnel, aussi ? »

Sa phrase fut suivie d'un étrange silence. Elle tourna la tête vers lui, et il balaya la question d'un revers de la main.

« Je l'ai déjà raconté. Dès que j'ai su que Sirius lui avait fait cette mauvaise blague, je me suis précipité.

- Donc tu as vraiment risqué ta propre vie pour quelqu'un que tu détestais ? l'interrogea t-elle suspicieusement.

- Il y a des blagues qui sont drôles, mais voir un autre élève se faire déchiqueter me paraissait légèrement excessif, ironisa t-il, est-ce que tu n'aurais pas fait pareil ? »

Il lui avait retourné la question d'un air ennuyé avant de se laisser retomber sur le dos. Plus aucun membre de son corps n'était en contact avec le sien et Lily regretta instantanément d'avoir amené le sujet.

« Ou peut-être que tu penses comme Rogue, que je l'ai fait juste pour passer pour un héros et qu'on avait tous orchestré ça, que Rémus se léchait les babines à l'idée de croquer dans ses cheveux gras, et que c'était une aubaine pour me rendre encore plus populaire.

- James ! s'insurgea t-elle. Je n'ai pas du tout dit ça ! »

Il poussa un lourd soupir, se retourna, et cela la rendit malade. Elle ne savait pas quelle mouche l'avait piquée, de parler de Rogue à ce moment là, mais elle le regrettait amèrement. Un tambour angoissant tapait dans sa poitrine.

« Je te jure que je ne pense pas un mot de tout ça, souffla t-elle d'une petite voix à peine audible. Je me disais juste... Que tu l'avais fait pour Rémus. Je... Je suis désolée. »

Il resta parfaitement immobile, dos à elle, et elle eut l'horrible impression qu'il la méprisait pour ce qu'elle avait insinué un peu plus tôt.

« James... Je suis désolée, répéta t-elle avec des trémolos dans la voix. »

Cette fois-ci, il se retourna. Son visage était indéchiffrable. Ils n'avaient même pas commencé à dormir mais les premiers rayons du soleil traversaient déjà la pièce et Lily ne savait pas si elle n'arrivait pas à savoir ce qu'il pensait parce qu'elle était trop fatiguée, ou parce qu'il s'efforçait de paraître parfaitement impassible.

« Je l'ai fait pour Rémus aussi, évidemment, mais même si ça n'avait pas été lui, je n'aurais pas laissé qui que ce soit se faire mutiler ou pire, tuer, trancha t-il avant d'ajouter sur un ton hésitant, et de toutes façons, je ne risquais même pas vraiment ma vie... On devrait arrêter de parler de ça. Il y a des choses que tu ne sais pas et te les confier ne dépend pas que de moi.

- Des choses ? répéta t-elle en se redressant un peu. Des choses comment ?

- Des choses dont je te parlerai dès que les garçons et moi seront d'accords, mais pour l'instant, je ne peux pas.

- Ils ne veulent pas que je sache ? »

Elle se sentit un peu blessée. Elle n'avait jamais été une très grande amie des maraudeurs, mais elle considérait bien s'entendre avec tous, et ils s'étaient beaucoup rapprochés depuis qu'elle fréquentait James, surtout avec Sirius, alors apprendre qu'ils ne lui faisaient pas confiance était un véritable crève cœur.

« Ce n'est pas aussi simple que ça. S'il te plaît Lily, je vais t'en parler, mais pas maintenant... Est-ce qu'on peut juste... Dormir ? »

Elle ne se souvenait pas avoir autant pris sur elle un jour pour ne pas poser plus de question, mais James avait été clair et après son précédent faux pas, elle voulait juste respecter son choix de ne pas poursuivre la conversation. Elle savait de toutes façons qu'il gardait des secrets, elle n'était pas dupe, mais il lui avait donné une porte d'entrée vers l'un d'entre eux et elle ne voyait plus que cela quand, malgré leur petite dispute, il passa son bras autour d'elle et elle ferma les yeux.