« Lily, tu n'as vraiment pas l'air dans ton assiette. »

Allongée dans l'herbe, l'ancienne préfète de Gryffondor avait les yeux rivés vers le ciel. Elle était persuadée que si elle enlevait ses lunettes de soleil, les rayons de lumière lui brûleraient instantanément la rétine. C'était une chaude journée d'août et Mary et elle se prélassaient dans le jardin des Evans depuis plusieurs minutes lorsque sa meilleure amie se redressa sur un coude et l'observa avec une inquiétude non feinte.

« Je croyais que James avait été prévenant et que votre nuit était exquise, voluptueuse, plus chaude que le capot de la voiture de ta mère, plus torride que Sirius Black qui sort du lac et secoue ses cheveux par 40° à l'ombre, extraordinairement pass...

- Arrête, chut, la coupa Lily en laissant échapper un rire avant de tourner la tête vers sa maison pour vérifier que personne n'avait entendu le discours de sa meilleure amie.

- Tu sais, ce n'est pas grave si ce n'était pas si bien. Tu n'as pas besoin de prétendre.

- C'était si bien, affirma Lily. C'est juste... Attends, tu ne m'as même pas dit comment s'est terminée la soirée avec Vance. »

Elle avait roulé sur le ventre pour faire face à Mary dont le sourire timide avait illuminé le visage. Elle avait reporté son attention sur des petites touffes d'herbe qu'elle arrachait d'un air songeur, et Lily dû lui jeter un regard impatient pour qu'elle lui parle enfin.

« On s'est embrassées.

- QUOI ?! Mais pourquoi je n'ai pas reçu de hibou ?! s'insurgea Lily en se redressant directement avant de sauter sur sa meilleure amie pour la prendre dans ses bras. »

Elles roulèrent dans l'herbe et Mary se débattit pendant plusieurs secondes, leurs rires mêlés troublant le triste silence du lotissement déserté par la majeure partie de ses habitants qui préféraient de loin le charme des plages de Cornouailles. Pétunia, cloîtrée dans sa chambre, ferma sa fenêtre dans un claquement grandiose qui ne laissa aucun doute quant à son humeur actuelle.

« Oups, lâcha Mary avant de glousser avec Lily.

- Alors, c'était comment ?

- C'était... Bizarre, répondit-elle en haussant les épaules sans toutefois que son sourire ne faiblisse.

- Bizarre bien, ou bizarre nul ?

- Bizarre bien... Je crois. C'est juste la première fois que j'embrasse une fille, et Emmeline est... Elle est très sûre d'elle, alors que moi, je ne sais pas ce que je veux.

- Tu le lui as dit ?

- Non, je ne sais pas si elle le prendrait très bien.

- Tu peux juste lui demander d'y aller doucement, lui expliqua Lily. Ça te laissera le temps d'y voir plus clair.

- Toi, tu en penses quoi ?

- Ça n'a pas vraiment d'importance, il faut que tu t'écoutes toi.

- Je m'écouterai, je te le promets, déclara Mary avec véhémence, mais tu es ma meilleure amie, tu me connais, et j'ai besoin de savoir comment tu vois tout ça. »

Lily soupira. Elle ne voulait absolument pas influencer Mary là dessus. Elle trouvait qu'Emmeline et elle formaient un super couple, mais elle n'avait aucune envie que sa meilleure amie s'enferme dans quelque chose qu'elle ne sentait pas à cent pour cent juste parce qu'elle lui donnait un avis positif.

« Je pense... Que ce sera une bonne expérience pour toi, à condition que tu veuilles vraiment la vivre, lui confia t-elle finalement après avoir hésité un peu sur la tournure de sa phrase.

- Qu'est-ce que ça veut dire, ce charabia ?

- Ca veut dire qu'Emmeline est quelqu'un de bien, et que tu es aussi quelqu'un de bien, et que je vous trouve absolument adorables ensemble, mais que je tiens à ce que tu gardes en tête que ce qui m'importe le plus c'est que tu fasses ce que toi, tu veux, développa t-elle. »

Mary resta muette pendant un instant, puis elle hocha la tête et les deux jeunes femmes échangèrent un sourire complice avant de se laisser retomber sur le dos à l'ombre du seul arbre du jardin des Evans, un majestueux et vieux pin que Lily avait toujours affectionné mais qui lui semblait rapetisser au fur et à mesure qu'elle grandissait.

« Ne crois pas que je ne me suis pas rendue compte que tu as changé de sujet pour éviter de parler de Potter, fredonna Mary.

- Je n'essayais pas d'éviter de parler de James, je voulais vraiment savoir comment ça s'était passé avec Emmeline.

- Et ça t'arrangeais bien de détourner la conversation. »

Lily grimaça et ses doigts se crispèrent sur les seuls brins d'herbe encore verts qui les entouraient. Les hautes branches du pin ne pouvaient pas abriter la totalité du jardin et une grande partie de la pelouse avait pris une teinte dorée et la texture désagréable d'un ananas pas assez mûr. Une famille d'étourneaux passa au dessus d'elles en chantant et disparut de leur champ de vision quand elle reprit la parole.

« Parfois, j'ai l'impression qu'il ne me fait pas confiance, avoua t-elle.

- Et ça t'étonne ? la questionna Mary après avoir rit un peu comme s'il s'agissait d'une affirmation absolument prévisible. »

Lily tourna la tête vers elle et fronça les sourcils. Elle s'attendait à tout sauf à cela, mais elle aurait dû le voir venir. Mary lui donnait toujours son opinion avec une honnêteté désarmante et c'était aussi la raison pour laquelle elle était sa meilleure amie.

« Arrête, ce n'est pas drôle... Marmonna t-elle en se renfrognant.

- Je suis désolée Lily, s'excusa Mary en posant sa main sur son bras. C'est juste que James est très amoureux de toi depuis un moment, ça ne fait aucun doute, mais avec tout ce qu'il s'est passé entre vous, tu dois lui laisser le droit d'avoir quelques doutes une fois de temps en temps.

- Je te rappelle que le problème ne venait pas uniquement de moi, pointa Lily.

- Je sais, je sais, mais mets-toi juste à sa place. Imagine qu'il soit parti après votre dernière nuit ensemble et qu'il ne t'ait plus témoigné aucun intérêt ensuite.

- Je l'aurais tué.

- Voilà où je voulais en venir, souffla Mary avant de pouffer. »

Lily remonta un peu ses lunettes de soleil sur son nez puis donna une pichenette à une fourmi qui avait entreprit une ascension le long de son épaule. Elle devait bien admettre que les arguments de Mary faisaient sens.

« Pour les gens aussi loyaux que James, j'imagine que ce genre de chose met du temps à s'oublier. Tu sais comment il est, je ne te l'apprends pas, il est entier dans ses relations avec les autres, et la demie mesure, il ne connaît pas.

- Je sais, et j'aime ça chez lui, mais s'il ne me fait pas confiance comment est-ce que je...

- Lily, il n'y a pas un seul couple qui s'approche plus de la perfection que le vôtre à mes yeux, trancha Mary, mais je n'en connais aucun qui n'a jamais eu des problèmes à résoudre. Peut-être que le vôtre, c'est celui là. »

Lily lâcha un long soupir faisant sourire Mary dont la main tapota la sienne avec tout le soutient dont elle était capable, et ce fut déjà un sacré réconfort. Elle ne savait pas comment elle aurait survécu dans ce monde de dingue si elle ne l'avait jamais rencontrée.

« Ça aurait pu être pire. Il aurait pu être horrible au lit... Ou embrasser comme une limace comme...

- Dirk Cresswell, termina Lily en rigolant.

- Je ne m'en remettrai jamais, poursuivit Mary en s'essuyant la bouche comme si le baiser en question venait de se produire, faisant redoubler les rires de Lily

- Peut-être qu'il te faisait un soin du visage, tu avais mal compris ses intentions.

- Oh ma peau était définitivement plus brillante après, on pouvait suivre à la trace le passage de sa langue.

- Il était si sûr de lui, haleta Lily en se tenant les côtes.

- « Toutes les filles disent que je suis le meilleur », cita Mary en gonflant la poitrine et en prenant une voix grave et assurée. J'aurais dû savoir que c'était du flan à ce moment là.

- Personne n'aurait pu le savoir... la rassura Lily en exerçant une petite pression sur sa main, toujours ponctuellement secouée par son hilarité. »

Dirk Cresswell avait été la première expérience de Mary, en quatrième année. Ils avaient flirté ensemble pendant un moment, et Lily s'était bien gardée de révéler à sa meilleure amie qu'elle le trouvait un peu prétentieux. Elle songea à ce moment là qu'elle avait bien fait étant donné qu'elle s'était plus tard elle-même amourachée de James Potter, détenteur d'un formidable Optimal en égocentrisme.

« Qu'est-ce que tu vas faire, pour James ? reprit Mary.

- Je n'en sais rien... Laisser le temps faire l'affaire probablement... Le souci, c'est que tu sais comment ça marche avec les maraudeurs... Si tu en prends un, tu prends les quatre, et plus je discute avec eux, plus je les apprécie, mais j'ai un doute sur le fait que ce soit réciproque.

- Rémus a toujours eu une grande estime de toi.

- Rémus, peut-être, mais il ne me parle pas tant que cela finalement, et les deux autres... Je ne sais pas. J'ai du mal à cerner Peter, et Sirius... Eh bien... A chaque fois que je passe du temps avec lui, je m'amuse, et j'ai l'impression que le courant passe vraiment, et je te jure qu'il y a quelque chose, mais...

- Quelque chose ? répéta Mary en écarquillant les yeux.

- Non, Merlin non, pas comme ça, s'empressa de corriger Lily en sachant très bien que sa meilleure amie imaginait déjà une issue romantique. C'est juste... Un peu comme avec un frère, tu vois. Il m'ennuie, bon sang, il a une attitude parfois que je ne cautionne pas du tout, mais quand on discute ensemble, ça clique.

- Comment ça, ça clique ? l'interrogea sa meilleure amie avec un rire.

- Ça clique comme avec toi, répondit Lily. En moins bien, évidemment ! ajouta t-elle hâtivement en voyant les sourcils de Mary s'élever si haut qu'ils lui donnèrent presque le vertige.

- Alors c'est quoi, le problème ?

- Le problème, c'est que je sais de source sûre qu'il ne me fait pas confiance, soupira t-elle.

- Lui non plus ? Merlin, ces garçons ont des problèmes.

- Je sais ! s'exclama Lily, ravie que sa meilleure amie la comprenne.

- Mais si tu t'entends si bien avec Sirius maintenant, je pense que tu devrais en parler avec lui.

- Tu as sûrement raison. »

Mary s'apprêtait à ajouter quelque chose lorsqu'un hibou grand duc passa au dessus d'elles et s'arrêta sur le rebord de la fenêtre de la chambre de Pétunia, tapotant la vitre avec son bec. Un hurlement suraiguë retentit dans la maison, et quelques secondes plus tard, la sœur de Lily déboulait dans le jardin en pointant son index vers le volatile. Sa bouche était tordue en une moue dégoûtée.

« Débarrasse moi de ça ! Aboya t-elle

- Ce n'est qu'un oiseau, Pétu, souffla Lily en se levant.

- Tu sais que je déteste quand ils viennent à ma fenêtre ! Je suis sûre que tu l'as fait exprès !

- On aurait certainement bien aimé y penser, marmonna Mary juste assez fort pour que sa meilleure amie l'entende.

- Comment veux-tu que je sache quand je vais recevoir une lettre ? demanda Lily en s'avançant vers sa sœur aînée.

- Maman ! Lily ne veut pas aller chercher le hibou ! s'écria Pétunia en direction du couloir menant au salon.

- Je suis en train d'y aller ! Tu aurais préféré que je transplane, peut-être ?!

- Que tu... Que tu trans... Qu'est-ce que c'est que ça ? bégaya Pétunia le visage livide.

- C'est un moyen de transport sorcier. C'est disparaître d'un endroit pour réapparaître à un autre, en gros, expliqua Lily.

- Je ne... Tu n'as pas intérêt de... Ne fais pas ça ! Et ne dis pas ce mot ! lui hurla t-elle.

- Lily ? Tu récupères le hibou ? l'interrogea sa mère d'une voix lointaine.

- Oui maman, j'y vais. »

Elle contourna Pétunia et monta les escaliers quatre à quatre jusqu'à arriver dans la chambre de sa sœur. Elle ouvrit la fenêtre, détacha l'enveloppe des serres de l'animal, et avant même qu'elle ait pu lui donner à boire, il s'envola et disparut au loin.

Elle retourna le courrier et découvrit qu'il venait de Scribenpenne. Curieuse, elle s'empressa de l'ouvrir et de lire le parchemin qu'il contenait. Le fameux magasin désirait la voir pour un entretien. C'était une formidable nouvelle, mais son enthousiasme ne fut pas aussi criant qu'il aurait été avant l'attaque de Pré-au-Lard.

« Pourquoi mets-tu autant de temps ? Tu es encore en train de fouiller, comme vous le faisiez toujours avec le fils Rogue ? pesta Pétunia qui venait d'apparaître à l'entrée de sa chambre.

- C'est arrivé une fois ! Est-ce qu'un jour tu arrêteras de m'en vouloir pour ça ? lui demanda Lily en se retournant vers elle, une expression de lassitude recouvrant son visage. »

Pétunia croisa les bras contre sa poitrine et détourna le regard vers le mur rose éclatant contre lequel son lit était poussé, et Lily comprit instantanément qu'il s'agissait de la seule réponse qu'elle obtiendrait, alors elle quitta la pièce en enfonçant la lettre dans la poche de son short.

« C'est ton petit-ami qui t'écrit ? l'interrogea Pétunia en descendant les escaliers derrière elle.

- Non, c'est un magasin pour lequel j'ai postulé, répondit Lily, surprise de l'intérêt soudain que lui portait sa sœur.

- Tu mens, je suis sûre que c'est lui. C'est James Potter. J'ai entendu ce que l'autre a dit. Vous avez des... Des relations sexuelles, la nargua t-elle avec un certain dégoût, comme si elle détenait une information capable de renverser le monde magique. »

Lily s'arrêta net dans le couloir et se retourna vers Pétunia. Cette dernière était encore dans l'escalier et elle la dépassait de deux têtes, mais cela n'empêcha pas sa cadette de brandir furieusement son index devant elle.

« Pour la dernière fois, l'autre s'appelle Mary ! vociféra t-elle en ignorant délibérément l'autre partie de sa phrase.

- Si papa et maman savaient que tu faisais ça avec Potter, ils...

- Oh papa et maman se doutent bien que nous fréquentons des garçons ! murmura t-elle à toute allure en espérant que cela suffirait à contenir l'élan glorieux qui avait emporté Pétunia.

- Il y a une différence entre fréquenter et faire ce que tu fais, rétorqua t-elle d'une voix délibérément sonore.

- Faire ce que je fais ? Tu dis ça comme s'il y avait quelque chose de mal là dedans et que tu n'avais toi-même jamais...

- Je ne l'ai jamais fait ! la coupa rapidement Pétunia, ses joues prenant des couleurs.

- Ah oui, même pas avec le fils des Brown il y a deux ans ? »

Les Brown avaient été leurs voisins jusqu'aux quinze ans de Lily, puis ils avaient déménagé dans le sud de la Grande-Bretagne, mais leur seul fils avait fêté son départ en fanfare avec Pétunia un soir où leurs parents étaient sortis ensemble au restaurant.

A présent, l'aînée de la famille Evans était aussi pourpre que la tapisserie de la salle commune de Gryffondor et Lily s'en trouva fortement satisfaite. Elle s'apprêtait à rejoindre Mary lorsque sa sœur l'obligea à se retourner.

« Tu dis n'importe quoi ! Je n'ai jamais fait quoi que ce soit avec lui !

- Dois-je te rappeler que nos chambres sont mitoyennes ? »

Sa question eut pour effet de faire bouillir de rage son interlocutrice qui avait sauté des marches et s'était dressée devant elle en prenant un air menaçant.

« Si tu racontes ce mensonge à Vernon, je...

- Je n'ai pas l'intention de le dire à Vernon, la coupa Lily, et je ne comprends pas pourquoi tu en fais tout un plat. Tu as le droit d'avoir déjà connu un garçon.

- Nous nous préservons pour le mariage ! aboya t-elle sèchement avant de sembler s'étrangler comme si elle avait laissé échapper quelque chose qu'elle n'aurait pas dû. C'est comme ça que ça doit être ! Tu ne peux pas comprendre ! poursuivit-elle l'air de rien.

- Pour le... Tu sais que cela peut-prendre des années ? lui demanda t-elle en arquant un sourcil, et sa sœur resta muette comme une carpe, mais son regard dévia encore une fois. Enfin, bref, continua Lily, ce n'est pas parce que j'ai décidé de ne pas attendre que je ne peux pas comprendre. Je respecte ton choix, le problème, c'est que tu mentes à ce sujet, conclut-elle avant de lui tourner le dos.

- Je te rassure, cela ne prendra certainement pas des années . Il ne faudra pas te plaindre si Potter te quitte maintenant qu'il a pris ce qu'il y avait à prendre sans te mettre la bague au doigt ! »

La voix de Pétunia résonna dans le couloir et Lily s'arrêta en grimaçant. Sa mère se tenait dans l'embrasure de la porte du salon, et il n'y avait absolument aucun doute quant au fait qu'elle ait entendu Pétunia, ni dans le fait qu'elle ait compris le sens de sa phrase.

« Tu... commença Ellen, hésitante et surprise.

- Maman s'il te plaît, Mary va bientôt rentrer chez elle, est-ce qu'on pourra juste en parler plus tard ? L'implora Lily, un peu soulagée par l'expression plutôt sereine que son visage avait pris. »

Ellen acquiesça, et Lily jeta un regard dépité vers sa sœur qui, étrangement, avait l'air désolée et étonnée que les mots aient franchi le seuil de ses lèvres. L'ancienne préfète n'en tint pas compte, et elle retourna s'allonger rageusement dans le jardin à côté de sa meilleure amie.

« Est-ce que j'ai bien entendu ? Est-ce qu'elle vient de crier dans toute la maison que tu as couché avec James ? la questionna Mary.

- Tu as très bien entendu, confirma Lily. Elle a aussi voulu me faire croire qu'elle était pure comme la rosée du matin.

- Mais je croyais que le fils de tes voisins et...

- Oui. Crois-moi, ils l'ont fait, la coupa t-elle. Mais elle veut que Vernon pense qu'elle est vierge et qu'elle fera sa première fois avec lui quand ils seront mariés, c'est à dire dans trois milliards d'années, récita t-elle en levant les yeux au ciel. Sur le principe, je veux dire... Pourquoi pas ? Elle fait ce qu'elle veut, mais qu'elle mente à propos de ça comme si c'était horrible et qu'elle me vende aux parents... Merlin, quelle hypocrite !

- Tu vas le lui dire ?

- A qui ? A Vernon ? Demanda Lily avant de sa calmer un peu. Non. Elle agit comme un troll, mais c'est quand même ma sœur.

- Ta bonté te perdra, soupira Mary.

- Il n'y a rien de noble là dedans, crois-moi. J'évite de parler à ce garçon le plus possible, c'est tout. »

Lily avait presque oublié la raison pour laquelle elle s'était disputée avec sa sœur, mais elle revint à elle quand elle sentit le morceau de papier se froisser dans sa poche. Elle s'en empara et le tendit à Mary dont le visage s'éclaira au fur et à mesure de la lecture.

« C'est super !

- C'est juste un entretien... Et je ne suis même pas sûre d'y aller...

- Pourquoi ? Tu as toujours adoré Scribenpenne ! s'exclama Mary avec enthousiasme.

- Je sais, je sais, mais avec le climat actuel... Travailler à Pré-au-Lard n'est pas l'idée du siècle. J'ai entendu dire par les parents de James que toutes les boutiques perdent des employés qui ont trop peur pour revenir travailler... C'est probablement la seule raison pour laquelle j'ai décroché un rendez-vous.

- Ou alors, peut-être que c'est parce que ta lettre était convaincante. »

Lily haussa les épaules. Scribenpenne, c'était un peu le rêve de sa vie. C'était peut-être stupide, elle ne rêvait pas en grand, mais c'était ce qu'elle aimait, c'était l'endroit où elle avait adoré se réfugier pendant une bonne partie de son adolescence, et elle n'en revenait pas elle-même d'être aussi sceptique face au parchemin que sa meilleure amie tenait dans sa main.

Mary avait décidé de poursuivre les études dans la médicomagie, et elle avait décroché un petit boulot à l'accueil de Sainte-Mangouste. Elle ne craignait pas grand chose là-bas, et elle s'assurait une petite rentrée d'argent régulière. Lily l'enviait un peu.

« Personne là bas ne saura que tu es une enfant de moldus, lui dit-elle. Et puis les aurors patrouillent régulièrement, maintenant.

- Je ne vais pas le crier sur tous les toits, mais je n'ai pas envie de le cacher non plus, expliqua Lily, mais tu as sûrement raison... Pré-au-Lard est exposé, mais il est aussi sous protection. Je vais y réfléchir...

- L'entretien est demain, lui signala Mary en levant les yeux vers elle.

- Je sais. Je vais y réfléchir rapidement, corrigea Lily. »

Elles restèrent allongées dans le jardin pendant encore une petite demie heure avant que Mary ne retourne chez ses parents, et alors que Lily pénétrait dans la cuisine pour déposer dans l'évier les verres qu'elles avaient laissé traîner dehors, son regard croisa celui de sa mère, puis celui de son père, tous les deux assis dans le canapé du salon. Elle soupira. La discussion qui l'attendait était la dernière qu'elle avait envie d'avoir, mais elle préféra adopter la même méthode que pour retirer un pansement. Rapidement, et efficacement.

« Oui, je sors avec James. Oui, c'est sérieux. Oui, j'ai des relations avec lui. Oui, nous nous protégeons, et oui, tout va bien, déclara t-elle rapidement en fermant les yeux et les poings comme si cette discussion était si gênante qu'elle en était douloureuse. »

Le silence ambiant était mortifiant. Finalement, quand elle ouvrit les yeux, son père la fixait d'un air tout à fait neutre alors que sa mère arborait un petit sourire qu'elle essayait vainement de cacher derrière son tricot.

« Très bien, lâcha Richard.

- Très... Très bien ? bafouilla Lily, incrédule.

- Du moment que vous êtes responsables et que vous vous protégez, je n'ai rien de plus à dire. Si ce n'est que nous sommes disponibles si tu as des questions. James a l'air d'être un bon garçon, poursuivit-il.

- Il est très charmant, compléta Ellen, faisant rougir sa fille jusqu'aux oreilles.

- Bon, eh bien... Alors... Je suppose que... Très bien, balbutia t-elle avant de quitter le salon non sans avoir jeté un dernier regard perplexe vers ses parents. »

Elle monta les escaliers en direction de sa chambre et s'arrêta quand elle passa devant la chambre de Pétunia. Elle était assise sur son lit et se rongeait les ongles. Dès qu'elle vit Lily passer, elle lui lança un regard d'excuse et après avoir ouvert et refermé la bouche plusieurs fois, elle prononça quelques mots.

« Tu crois qu'il va s'en rendre compte, Vernon ? Tu crois qu'il va savoir ? »

Pour la première fois depuis très longtemps, Lily eut l'impression de retrouver sa sœur. Elle déglutit et haussa lentement les épaules avant de poursuivre son chemin jusqu'à sa propre chambre, le cœur lourd. Elle avait à peine posé un pied à l'intérieur qu'elle remarqua une enveloppe qu'elle n'avait pas ouverte sur son bureau.

Elle fronça les sourcils, persuadée qu'elle n'avait pas reçu d'autre hibou. Elle la tourna et la retourna plusieurs fois à la recherche d'une indication sur l'expéditeur, mais il n'y avait rien. Finalement, elle se décida à l'ouvrir.

Soudain, quelque chose jaillit de l'enveloppe et se mit à survoler sa chambre à tire d'ailes. Elle se hâta de fermer sa porte et sa fenêtre, et observa le morceau de papier cramoisi pendant plusieurs secondes avant de se rendre compte qu'il s'agissait d'un phénix.

Quelque chose tapa dans sa poitrine alors qu'une excitation teintée d'angoisse s'emparait d'elle. Elle sautilla plusieurs fois pour essayer d'attraper l'oiseau en papier qui lui glissait systématiquement entre les mains comme s'il s'était agit d'une savonnette humide. Il lui parut rapidement clair qu'elle ne parviendrait pas à l'attraper de cette manière, mais c'était logique. Il s'agissait de Dumbledore, et Dumbledore ne laissait rien au hasard.

Elle s'assit sur son lit appuya sa tête sur ses deux poings joints, et se mit à réfléchir. Elle tenta de prononcer des mots au hasard, comme « plumes en sucre », « chocoballes », ou « gnomes au poivre », mais quand elle eut fait le tour des friandises qu'elle connaissait, elle se laissa basculer en arrière sur son matelas et soupira.

« Je veux juste te lire... murmura t-elle. »

L'oiseau en papier continua à voler dans toute sa chambre, se cognant de temps en temps contre une pile de livres, une armoire, ou le plafonnier, et Lily commençait à désespérer lorsque l'oiseau s'arrêta en plein vol au milieu de la pièce. Il semblait se débattre, il toussotait et ses ailes s'agitaient frénétiquement. Finalement, il cracha une gerbe d'étincelle et un nouveau morceau de papier tomba sur le sol. Il était en feu.

Lily se précipita pour le prendre et pesta plusieurs fois alors qu'elle se brûlait les doigts en essayant de l'éteindre pendant que le phénix s'était remis à voler en tous sens. Quand elle y parvint finalement, elle le déplia. A l'intérieur se trouvait une simple phrase « Je ne me pose que sur la vérité qui ne peut être trompée. ».

Lily répéta plusieurs fois la phrase. Elle tourna en rond dans sa chambre pendant un long moment et lorsqu'une pensée lui traversa l'esprit, le phénix en papier au dessus d'elle était littéralement en train de prendre feu. Elle n'avait pas d'autre idée que celle qui venait de surgir dans sa tête, alors, en désespoir de cause, elle brandit sa baguette.

« Expecto Patronum ! »

Une biche argentée émergea gracieusement de sa baguette et demeura au milieu de sa chambre, grattant le sol avec le sabot de sa patte avant droite. Le patronus était la seule vérité que Lily voyait comme impossible à feindre. Il la représentait dans tout ce qu'elle était. Elle était, à son humble avis, la magie la plus pure, et elle constata avec soulagement qu'elle avait vu juste lorsque le phénix se mit à décrire des cercles de plus en plus bas autour de la biche jusqu'à entrer en contact avec elle, et finalement, se déplier complètement sur le sol de la chambre de la jeune femme qui s'en saisit aussitôt.

« Chère Lily Evans,

Tout d'abord, il me semble important de te féliciter pour tes admirables résultats aux ASPIC, mais ce n'est pas ce que tu attends de cette lettre, n'est-ce pas ?

Fleamont et Euphemia Potter ont eu la sympathie de me proposer de t'inviter en fin de semaine prochaine afin d'évoquer ton futur au sein du monde magique.

Je ne doute pas que leur fils te transmettra les informations nécessaires.

Nous sommes tous bien conscients de traverser une sombre époque, mais nous espérons que tout rentrera dans l'Ordre d'ici peu,

Amitiés,

Albus Dumbledore. »

Lily relut la lettre plusieurs fois, un sourire déterminé figé sur son visage. Les choses commençaient enfin à devenir concrètes.