Lily avait ensorcelé un chiffon pour épousseter les étagères de plumes de Scribenpenne lorsque la porte s'ouvrit. Elle eut à peine le temps de se retourner avant que Charity n'arrive à sa hauteur. Elle poussa une exclamation de surprise et l'étreignit brièvement.
« Qu'est-ce que tu fais là ?! lui lança t-elle.
- James m'a dit que tu avais obtenu un travail ici, lui répondit Charity en observant la rangée de jolies plumes qui se trouvait derrière son interlocutrice. Je suis venue te féliciter pour ça... Et pour avoir enfin réussi à mettre la main sur lui ! »
Lily lâcha un rire et tapota affectueusement le haut du crâne de Charity qui jetait un coup d'oeil à sa montre.
« Je ne peux pas rester, je suis avec une amie et ses parents, mais je reviendrai te voir si nous avons toujours le droit d'aller à Pré-au-Lard le week-end.
- Je ne suis pas sûre qu'ils vous laissent encore vous y rendre... la prévint Lily en grimaçant, mais tu peux toujours m'écrire.
- Je sais, mais je garde espoir, lui dit Charity en haussant les épaules. Je dois y aller, mais n'oubliez pas de m'inviter à votre mariage ! »
Lily la regarda partir en lui adressant un signe de main tout en réprimant un rire. Sa collègue et patronne souriait derrière elle, déposant de gros tas de parchemins dans les vitrines du magasin.
« Tu sors avec James Potter ? l'interrogea t-elle. »
Lily acquiesça tout en lui jetant un regard interrogateur. Elle aimait bien Rolanda. Elle lui avait donné de bons conseils à chaque fois qu'elle était venue acheter une plume ici et en tant que collègue et patronne, elle était tout aussi agréable. Quand il n'y avait personne dans la boutique, elles discutaient de tout et de rien, mais surtout de Quidditch et des activités sportives moldues. C'était une grande passionnée de sport.
« Je ne le connais pas personnellement, il m'est arrivé de de le voir deux ou trois fois, mais ses parents viennent souvent ici et sa mère est très bavarde. Il paraît qu'il est doué en quidditch, déclara Rolanda. C'est vrai ?
- C'est le moins que l'on puisse dire, répondit Lily en souriant. Il faudrait que tu viennes prendre un verre avec nous un jour, vous devriez vous entendre.
- Tu sais s'il veut en faire sa carrière ?
- Je crois qu'il avait plutôt prévu d'être auror, lui confia t-elle sans pour autant être certaine de ce qu'elle avançait. Tu ne voulais pas continuer, toi ?
- Oh j'ai continué dans un petit club, commença Rolanda, je n'ai pas assez de talent pour être une professionnelle, mais je me suis lancée dans l'arbitrage et j'espère pouvoir en faire mon métier d'ici peu...
- Tu veux dire... Quitter Scribenpenne ?
- Il y aura toujours des repreneurs, c'est une belle boutique, termina t-elle en haussant les épaules. »
La porte s'ouvrit, les interrompant dans leur discussion, et Lily s'éclipsa pour aller vérifier les stocks dans l'arrière boutique sans faire attention aux nouveaux clients. Elle revenait avec les bras chargés de petites plumes pour enfants lorsque son regard tomba sur Mulciber et Rogue, de profil, en train de feuilleter les pages vides d'un carnet comme s'ils allaient découvrir autre chose que du papier sur l'une d'entre elles.
Elle recula immédiatement et resta immobile dos au mur de la réserve. Elle n'en était pas certaine, mais elle avait cru voir les yeux de Mulciber se poser brièvement sur elle juste avant qu'elle ne disparaisse de nouveau. Rogue, lui, ne l'avait pas vu. Elle avait disparu trop tôt du magasin quand il y était entré, et il n'avait pas une seule fois pivoté dans sa direction avant qu'elle ne retourne se cacher.
« Je peux vous aider ? leur demanda aimablement Rolanda.
- Je veux votre plus belle plume, lui répondit Mulciber sur un ton désagréable. »
Lily entendit Rolanda contourner le comptoir et devina qu'elle devait se diriger vers la vitrine. Elle l'entendit murmurer une formule, celle qui faisait disparaître toutes les sécurités, et puis il y eu un silence d'une seconde ou deux.
« Celle-ci est une véritable plume d'Ethonan brun, elle nous vient de France et...
- Je ne veux pas une plume de canasson, la coupa Mulciber alors que Rogue lâchait un rire méprisant qui donna la nausée à Lily.
- Bien... Alors je peux vous proposer une plume de spatule blanche ? C'est un oiseau rare, je pense que...
- Une spatule ? Ce truc que les femmes utilisent pour faire des gâteaux ? »
Lily leva les yeux au ciel tout en saluant le calme olympien de sa collègue face à la remarque sexiste et acerbe de l'ancien Serpentard. Elle aurait pu aller lui apporter son soutien, mais elle savait que si Mulciber découvrait qu'elle travaillait ici, rien de bon n'en découlerait... En admettant qu'il ne soit pas déjà au courant. Elle pensait qu'il l'avait vue, mais dans le doute, elle préféra rester cachée.
« Je veux ça ! l'entendit-elle poursuivre comme un enfant gâté l'aurait fait dans un magasin de jouets.
- Une plume de Talève sultane ? s'étonna Rolanda. Bien sûr, mais elle coûte trois cent gallions.
- J'espère que je peux l'essayer pour ce prix là. Je n'ai pas envie de me faire arnaquer.
- Oui, évidemment. »
Le ton faussement aimable de Rolanda ne trompa pas Lily qui entendit un bruissement de papier, puis vit sa collègue retourner derrière le comptoir. Elle sut à ce moment là qu'elle avait fait une grave erreur, alors elle se précipita hors de la réserve, mais il était trop tard. Cette fois, son regard accrocha nettement celui de Mulciber qui prenait la fuite, la plume entre ses doigts et Rogue sur ses talons.
« Reste ici Lily ! s'écria Rolanda avant de se lancer à leur poursuite. »
Elle aurait voulu y aller aussi, mais sa collègue était plus sportive qu'elle et il fallait que quelqu'un garde le magasin. En plus, il y avait encore deux ou trois aurors dans le quartier. Avec un peu de chance, l'un d'entre eux les attraperait. Elle resta seule dans la boutique pendant plusieurs minutes, ses doigts tapotant nerveusement le comptoir. Il n'y avait pas beaucoup de clients. Les sorciers qui s'aventuraient à Pré-au-Lard se faisaient de plus en plus rares, et quand ils y venaient, ils n'y restaient guère longtemps et n'achetaient que le strict nécessaire.
Pour Mulciber et Rogue en revanche, l'endroit semblait être devenu un agréable terrain de jeu. Elle soupira lourdement. Parfois, elle se demandait ce qui serait arrivé si elle était restée amie avec ce dernier. Il lui en avait fallu du temps, pour comprendre qu'il n'était pas aussi bon qu'elle le pensait, et même encore maintenant elle essayait toujours de lui chercher des excuses, mais entendre son rire dédaigneux et voir de ses propres yeux qu'il était complice de vol et n'avait rien fait pour arrêter son camarade lui rappelait à quel point il n'avait pas changé.
Il ne prétendait être quelqu'un de bien qu'en sa compagnie. Quand elle n'était pas à ses côtés à Poudlard, il n'avait jamais été le dernier à traiter les nés moldus de sang-de-bourbe. Elle le savait de Mary et des autres. Et elle l'avait elle même entendu plusieurs fois, quand il se croyait assez loin ou quand il ne la voyait pas. Il n'avait pas non plus empêché Mulciber de lancer un sort impardonnable à sa meilleure amie. Au contraire, il avait même ri. Cela avait été la goutte d'eau, et Lily se demandait maintenant où il était rendu.
Se contentait-il de voler dans les magasins ? Ou utilisait-il encore la magie sur des « traîtres à leur sang » ou des « sangs-de-bourbe » comme il les appelait. Avait-il vraiment rejoint le camp de Voldemort ? Elle ne préférait même pas l'imaginer. Elle voulait se refuser à y croire. Elle avait envie de penser qu'il n'avait jamais fait que des bêtises que n'importe quel autre enfant de leur âge faisait, mais elle était forcée d'avouer qu'elle ne les avait pas faites, ni James et Sirius, pourtant très immatures et assez insensibles à l'époque.
« Ils ont filé, déclara Rolanda en rentrant, dépitée.
- Il s'appelle Mulciber, celui qui a pris la plume. L'autre, c'est Rogue. Les aurors devraient pouvoir les retrouver, si tu le leur dis. Ils étaient à Poudlard avec moi, lui confia Lily d'un air désolé.
- Je n'aurais jamais dû les laisser l'essayer... bougonna t-elle en se tenant les côtes, un peu essoufflée.
- Ils t'auraient probablement jeté un sort si tu ne l'avais pas fait, tenta de la consoler Lily en haussant les épaules.
- J'avais ma baguette moi aussi. Bon, ça ne sert à rien de se lamenter, je vais aller voir les aurors, et nous fermerons la boutique pour la journée. Avec un peu de chance, leurs parents les feront revenir ici demain avec la plume et une excuse. »
Lily n'y crut pas une seule seconde, mais elle ne prononça pas un mot et continua à ranger le magasin pendant que Rolanda partait à la recherche d'un auror. Les parents de Rogue ne se supportaient pas. Il en avait beaucoup souffert dans son enfance, et elle savait qu'il en souffrait toujours. Cela se voyait simplement sur son visage. Le lien était coupé entre lui et eux, et elle doutait que l'un ou l'autre puisse lui faire entendre raison sur quoi que ce soit.
De plus, il n'avait pas été élevé avec les mêmes valeurs qu'elle. Les Rogue avaient un code de conduite qui n'était pas celui qu'elle cautionnait ou que les parents Evans avaient inculqué à leurs enfants. Le vol était sûrement, pour eux, rien de plus qu'un loisir quotidien. Il était impossible qu'il revienne avec Mulciber et la baguette, et Rolanda n'obtiendra pas d'excuse non plus, Lily en était persuadée.
Il était presque 18h quand sa collègue refit irruption dans le magasin. Elle avait trouvé un auror qui avait accepté de faire un rapport au ministère, c'était déjà un soulagement. Elles comptèrent le maigre butin que la caisse contenait, et se saluèrent une heure avant la fermeture habituelle. La première réunion de l'Ordre avait lieue chez les Potter ce soir là, et Lily était ravie de pouvoir se rendre au manoir en avance, cela lui donnerait plus de temps avec James.
Elle avait de toutes façons prévenu ses parents qu'elle ne rentrerait pas. Toutes les occasions étaient bonnes pour ne pas rester trop longtemps chez elle en compagnie de sa sœur. Elle avait appris que Pétunia avait, en plus de cela, invité Vernon, alors elle se réjouissait largement de pouvoir l'éviter en passant du temps avec son propre petit-ami. Elle faisait d'une pierre deux coups.
« Déjà ?! s'exclama Sirius alors qu'elle pénétrait dans le salon du manoir.
- Enfin ! Le corrigea James avec un sourire en coin. »
Il jeta son livre sur la table basse avec désinvolture, se leva du canapé sur lequel ils étaient tous les deux vautrés, et referma ses bras autour de Lily. Elle ne se rendit compte que lorsqu'elle fut contre lui qu'elle était profondément soulagée de le retrouver. Il lui avait manqué pendant les quelques jours où ils ne s'étaient pas vus, mais maintenant que son odeur et ses mains étaient autour d'elle, il lui était beaucoup plus difficile de ne pas repenser à la dernière nuit qu'ils avaient passé ici.
« Il va falloir se lâcher un jour, vous êtes au courant ? leur demanda Sirius, mi amusé, mi affligé.
- Laisse-nous, répondit Lily en faisant un geste de main dans sa direction lui indiquant de se taire.
- Est-ce que tu as une preuve de ce que tu avances Patmol ? l'interrogea James en resserrant son étreinte autour de sa petite-amie, la faisant pouffer contre lui.
- Eh bien, par exemple, pour la réunion...
- Elle peut s'asseoir sur moi.
- Très classe devant Dumbledore, ironisa Sirius.
- Et alors ? Je suis sûre qu'il en a vu d'autres, déclara Lily.
- Très bien. Vous allez devoir aller aux toilettes ensemble, reprit-il en leur jetant un sourire narquois.
- … Ça ne me gêne pas, assura James.
- Là je ne suis plus sûre, lui confia Lily en le lâchant.
- Tu laisserais des toilettes se mettre en travers de notre chemin ?
- Je suis désolée. C'est physique. Je n'arriverai à rien faire devant toi et j'exploserai de l'intérieur. Tu ne veux pas ma mort, n'est-ce pas ?
- Bon, très bien, je te lâche, mais c'est seulement pour ton bien, se résigna t-il alors que Lily se dirigeait vers Sirius pour le saluer à son tour.
- Ma bombabouse préférée ! s'exclama t-il en se levant pour lui donner une accolade amicale, la faisant rire.
- Je ne suis pas certaine d'approuver ce surnom. »
Il s'avachit de nouveau sur le canapé et elle se laissa tomber à côté de lui avant de lui donner une grosse claque sur la cuisse.
« Comment ça va ?
- Ne me tape pas comme ça, espèce de folle. Ça allait bien avant, gémit-il en se massant la cuisse.
- C'était affectueux.
- Je ne veux même pas connaître vos pratiques sexuelles dans ce cas, répliqua t-il. »
James lâcha un rire et s'installa à côté d'elle puis balança ses pieds sur la table basse. Son bras tomba naturellement sur les épaules de Lily et elle se surprit à penser qu'ils commençaient exactement à savoir comment être l'un avec l'autre quand elle sentit son pouce effleurer sa nuque et qu'elle réprima un frisson.
« Dumbledore vous a aussi fait le coup du Phénix ? J'ai cru que la lettre allait brûler avant que je n'ai eu le temps de la lire, leur avoua t-elle.
- Celle de Sirius était presque entièrement carbonisée quand il a compris l'énigme. Heureusement qu'on avait encore la mienne, expliqua James.
- Tu parles ! Tu as passé ton temps à essayer de l'attraper en hurlant que ça ne devrait pas être plus difficile qu'un vif d'or ! intervint son meilleur ami en haussant les sourcils.
- Les autres ont réussi ? s'enquit Lily après avoir dissimulé son rire derrière une toux soudaine quand le regard accusateur de James était tombé sur elle.
- Rémus, oui. Peter, non, mais Dumbledore a estimé qu'il pouvait venir puisque de toutes façons, nous lui répéterons tout, et que c'était surtout pour ne pas faciliter le travail des mangemorts en cas d'interception. »
Lily hocha la tête. Cela semblait logique. James lui avait expliqué au travers d'une longue lettre que ses parents et lui avaient eu une conversation à propos de l'Ordre. Ils avaient apparemment du mal à se faire à l'idée que leur unique fils allait se lancer dans une aventure qu'ils savaient dangereuse, et ils redoutaient que Sirius et lui y foncent tête baissée avec l'inconscience de leur jeune âge.
Ils avaient raison, et ils n'avaient aucune idée à quel point. Lily les connaissait autrement, elle les avait vu à Poudlard, là où ils ne craignaient pas le courroux de leur famille et en profitaient pour faire des bêtises plus énormes qu'eux. Elle savait que le simple mot « danger » suffisait à les motiver là où il en aurait découragé plus d'un, et elle doutait que Fleamont et Euphemia soient assez préparés pour ce qui allait suivre. Elle ne pensait pas l'être non plus. Elle avait peur pour elle, mais ce qu'elle ressentait pour James était une toute autre histoire.
Il était casse-cou. La dernière attaque à Pré-au-Lard le lui avait amplement prouvé. Il n'avait pas réfléchi, il était tout de suite arrivé avec le plan le plus bancal du siècle, et elle l'avait suivi là dedans sans se poser de question parce que c'était lui, mais elle savait qu'il y aurait d'autres idées comme celle qu'il avait eue ce jour là, d'autres idées qui reposeraient sur son talent, mais aussi beaucoup trop sur le hasard et la chance, et elle avait envie de vomir rien qu'en y pensant.
« Et sinon, Bombabouse, comment se passe le travail à Scribenpenne ? la questionna Sirius, baguette devant lui, métamorphosant inlassablement un bonzaï qui trônait sur la cheminée pour qu'il prenne diverses formes.
- Tout allait bien... Jusqu'à ce que Mulciber et Rogue ne se pointent et volent la plume la plus chère du magasin, répondit-elle après avoir soupiré.
- Rogue vient à ton travail ? lui demanda James en s'efforçant de ne pas avoir l'air contrarié.
- Il ne savait même pas que j'étais là, lui répondit immédiatement Lily. Je me trouvais dans la réserve à ce moment là. C'est Rolanda qui s'est occupée d'eux, et Mulciber est parti avec la plume après qu'elle l'ait autorisé à l'essayer. »
Il y eut un long silence pesant. La dernière fois qu'ils avaient parlé de Severus, tout était devenu lourd et désagréable. Lily n'avait pas envie qu'ils en arrivent là encore une fois, à cette discussion sur cette chose que les garçons lui cachaient et que James estimait qu'elle devait savoir sans pour autant la lui confier. Son cœur se serra et elle retrouva la même sensation terrible que toutes les autres fois où elle y avait réfléchi, celle de ne pas être digne de confiance.
« Pourquoi une plume ? Ils ont déjà du mal à écrire leur propre prénom sans faire de faute. Ils auraient mieux fait de voler une bouteille de shampooing, ça aurait au moins été utile à l'un d'entre eux, commenta Sirius sur un ton tout à fait égal.
- Ne dis pas ça, lui intima Lily en lui jetant un regard réprobateur mais en s'efforçant de réprimer un sourire.
- On a le droit d'être méchant avec les gens qui le sont aussi Lily, c'est la règle, lui expliqua t-il savamment.
- S'il n'y a que ça, papa peut toujours lui en envoyer une caisse... intervint James
- Ça devrait couvrir deux ou trois jours. »
Ils se tapèrent discrètement dans la main derrière le dos de Lily qui leva les yeux au ciel et secoua la tête d'un air désapprobateur. Rémus et Peter arrivèrent à ce moment là, interrompant la conversation qui bifurqua rapidement sur l'Ordre.
« Vous vous trompez si vous pensez que nous passerons notre temps à nous battre, les coupa Lily alors que Sirius se réjouissait d'avoir une occasion d'affronter sa cousine en duel.
- Tu crois ? s'enquit Peter avec une once d'espoir dans les yeux.
- Oh il y aura certainement des duels, mais... Dumbledore ne nous enverra pas à l'abattoir alors que nous venons de quitter Poudlard, affirma t-elle après avoir hoché la tête.
- Dumbledore sait reconnaître le talent quand il en voit, répliqua Sirius.
- Il sait certainement reconnaître l'inconscience, oui, glissa Rémus avec un sourire espiègle.
- Non, je pense que nous aurons des tâches plus... Je n'en sais rien... Je pense que nous serons en deuxième ligne, expliqua t-elle finalement en haussant les épaules.
- Je ne veux pas être en deuxième ligne, décréta Sirius alors que James acquiesçait lourdement.
- Personne ne sera en deuxième ligne. »
La voix grave du directeur de Poudlard les mit tous d'accords, et ils se retournèrent d'un seul mouvement vers lui. Il était dans l'encadrement de la porte, accompagné d'Euphemia, Fleamont, et de ce qui sembla être le reste ou une partie de l'Ordre du Phénix.
« Je vous présente Caradoc Dearborn, Elphias Doge, Benjy Fenwick, Alastor Maugrey et Fabian et Gideon Prewett. Vous connaissez déjà Minerva, termina t-il alors qu'une sorcière aux cheveux noirs tirés en un haut chignon traversait la pièce avec ses hôtes, leur adressant un regard grave. »
Les cinq adolescents se levèrent pour les saluer et tout devint brutalement plus concret quand chacun trouva une place autour de la longue table du grand salon. Lily lâcha un sourire quand Fleamont fit passer un saladier de fizwizbiz et que Dumbledore s'arrangea pour le laisser trôner le plus près possible de lui.
« Alors ce n'est que ça ? Il n'y a que vous ? demanda Peter, s'attirant un regard noir de Sirius, James, de Maugrey et de Doge.
- Il n'y a que nous en apparence, mon cher Peter, lui répondit simplement Dumbledore. Mais il y a beaucoup plus de sorciers qui résistent que nous ne l'entendons de la bouche du ministère.
- Et beaucoup plus que vous ne le soupçonnez, ajouta Caradoc Dearborn.
- Comment pouvons-nous aider ? le questionna subitement Lily qui était juste pressée de faire avancer les choses.
- Ne pas se précipiter, tout d'abord, miss Evans, lui confia le professeur McGonagall en lui tapotant énergiquement la main. Vous venez d'obtenir vos ASPIC, et nous n'avons pas l'intention de gâcher vos talents en vous jetant dans la gueule du loup. »
Trois paires d'yeux se figèrent discrètement sur l'un des maraudeurs avec une lueur espiègle. Dès que le regard de Rémus croisa celui de James, ce dernier gloussa, et Lily lui infligea un monumental coup de pied sous la table. Ce n'était pas le moment de faire des blagues sur les loups-garous, l'heure était grave. Il poussa une exclamation de douleur avant de bafouiller quelque chose d'incompréhensible, et Lily crut entrevoir un sourire amusé sur le visage de Dumbledore.
« Nous devons quand même bien pouvoir faire quelque chose, sinon, à quoi ça sert que nous soyons ici ? demanda Sirius, avachit au fond de sa chaise. »
Il aurait pu mettre ses pieds sur la table, cela n'aurait choqué personne.
« Il y a des tas de choses que vous pouvez tous faire. Lily, je crois que Mary MacDonald est une très bonne amie à toi, n'est-ce pas ?
- Bien sûr, mais en quoi...
- Alors peut-être qu'elle aimerait rejoindre le groupe. Sirius, je pense qu'une conversation avec Dorcas Meadowes ne pourrait que bénéficier à l'Ordre... Rémus et Peter... Il me semble que vous êtes familiers avec Frank Londubat...
- C'est vrai, mais nous nous sommes perdus de vue et...
- Les affinités s'oublient rarement, Peter, trancha le directeur en levant sa main pour l'interrompre. Je suis sûr que Frank sera ravi que vous pensiez tous les deux à lui. Quant à toi, James... J'ai cru comprendre que tu étais plutôt proche de Marlène McKinnon.
- Nous ne nous fréquentons plus, s'empressa de répondre le concerné non sans avoir jeté un regard bref vers Lily qui avait soudain trouvé beaucoup d'intérêt à une petite peau qui dépassait sur le côté de l'ongle de son pouce. Mais je ferai le nécessaire, ajouta t-il.
- Très bien. J'imagine que nous nous reverrons très bientôt dans ce cas, termina Dumbledore en se levant. »
Tous suivirent son mouvement. Les cinq camarades s'attendaient visiblement à quelque chose de plus long puisqu'ils échangèrent tous un regard perplexe avant que Lily ne bondisse de sa chaise, prise au dépourvu.
« Professeur... Vous êtes sûr qu'il n'y a pas autre chose que nous puissions faire ? Quelque chose de plus...
- Important ? la questionna t-il en réajustant ses lunettes en demi lune. Je ne crois pas. Il est essentiel que vous vous concentriez sur vos plus proches et anciens camarades pour le moment. »
Sa robe de sorcier bleue nuit le suivit vers le hall et disparut bientôt de leur champ de vision. La porte de l'entrée du manoir grinça lorsqu'ils la refermèrent derrière eux, et Lily remarqua que la seule qui n'était pas encore partie était le professeur McGonagall. Elle semblait en grande discussion avec Fleamont et Euphemia.
« Vous dînerez bien ici, Minerva ? lui proposa Sirius en battant des cils alors que les trois autres l'observaient de loin, les bras croisés, un sourire malin figé sur leurs lèvres.
- C'est toujours « professeur » pour vous, monsieur Black, lui répondit-elle en laissant toutefois entrevoir un discret sourire.
- Allons, allons... Je ne suis plus votre élève maintenant.
- Vous serez toujours le jeune imbécile que j'ai retrouvé avec une ampoule coincée dans la bouche parce qu'il avait lu dans un livre qu'il était possible de la faire rentrer mais pas de la faire sortir, et que son meilleur ami l'a défié d'y arriver... déclara t-elle en lançant un regard en coin à James qui détourna immédiatement le sien en prenant un air parfaitement innocent quand les yeux de ses parents s'attardèrent sur lui.
- Très bien... Puisque vous le prenez comme ça, je ne vous inviterai plus à dîner. Et ne croyez pas que je ne vois pas que ça vous brise le cœur, je lis en vous comme dans un livre ouvert ! conclut-il en s'effaçant vers la cuisine pour aller chercher les couverts. »
Fleamont et Euphemia esquissèrent un sourire alors que le professeur de métamorphose levait les yeux au ciel. Lily la suspectait d'être bien plus amusée par la situation qu'elle ne le laissait paraître, mais elle n'en dit rien et elle se contenta de la saluer d'un simple mouvement de la tête avant d'aller aider Sirius.
Quand ils émergèrent de la cuisine avec une grosse pile d'assiettes, le professeur McGonagall était déjà parti. Peter, James, et Fleamont avaient décidé de préparer le repas tous les trois et dès qu'il eut mis la table avec Lily, Sirius s'empressa d'aller rejoindre Euphemia pour disputer une partie de bataille explosive. Rémus, lui, s'était éclipsé dans le jardin. Il observait le ciel d'un air triste.
« J'espère que tu ne penses pas ce que je pense que tu penses, lui glissa Lily après l'avoir rejoint.
- Tout dépend de ce que tu penses que je pense, répondit-il en lui adressant un sourire amical. »
Lily le lui rendit et reporta elle aussi son regard sur le ciel, toujours d'un bleu éclatant. Il était un peu plus de 19h et il faisait encore bon dehors. Il y avait une odeur d'herbe coupée, une odeur d'été comme elle les aimait. Elle prit une profonde inspiration et se tourna vers le maraudeur.
« Je crois que tu penses que tu n'es pas légitime dans l'Ordre parce que tu es un loup-garou. »
Rémus ne répondit pas. Il se contenta de grimacer et de donner un coup de pied dans un petit caillou qui plongea entre les touffes d'herbe du grand jardin.
« Te transformer une fois par mois ne fait pas de toi quelqu'un de mauvais, reprit-elle en essayant de capter son regard fuyant.
- Tu dis ça parce que tu ne t'es jamais trouvée devant moi à ces moments là.
- Rémus... souffla t-elle avec compassion. Je n'ai pas besoin de me trouver devant toi à ce moment là. J'ai passé sept ans entre les murs du château à tes côtés. Je sais très bien qui tu es. »
Elle le vit pivoter et observer Sirius par dessus son épaule. Le coup d'oeil fut bref, mais la culpabilité enveloppa son visage et Lily posa son bras sur le sien.
« Il te dirait la même chose que moi. James et Peter aussi, lui assura t-elle.
- Je pensais juste, Lily, que je ne suis pas certain que tu me tiendrais ce discours si tu étais au courant de toute l'histoire.
- De quoi tu parles ?
- Je me doutais que James ne dirait rien avant d'avoir convaincu tout le monde, répondit-il plus pour lui même que pour elle. »
Elle lâcha son bras mais demeura debout en face de lui, à le dévisager. Les secrets, encore les secrets... Elle savait qu'il y en aurait quand elle avait commencé à sortir avec James, mais elle n'avait pas pensé que l'un d'entre eux pourrait les torturer autant. Quand ils ne se disputaient pas à voix basse dans son dos, ils se regardaient en chiens de faïence, et elle détestait cela. Elle détestait avoir l'impression de se mettre entre eux, même si cela ne durait jamais très longtemps.
« Écoute Rémus, je sais qu'il y a quelque chose. Je le sais, parce que James me l'a fait comprendre sans toutefois me dire de quoi il s'agissait. Ça m'a vraiment vexée au début parce que je me suis demandée pourquoi vous ne me faisiez pas confiance, mais maintenant je... Elle s'interrompit et réussit pour la première fois à accrocher son regard. Ce n'est pas si grave, si vous ne voulez pas m'en parler, termina t-elle avec toute la sincérité du monde. »
Rémus ne parla pas pendant un moment. Les doigts de Lily s'étaient posés sur son épaule en guise de soutien et après quelques secondes, il lâcha un profond soupir. Il avait l'air véritablement embêté.
« Je te fais confiance, confessa t-il, je n'ai juste pas envie qu'une personne de plus se retrouve mêlée dans nos histoires.
- Je sors avec James. Je savais très bien que ça incluait d'être mêlée dans des histoires, lui fit-elle remarquer avec amusement, le faisant rire légèrement.
- Je ne crois pas que tu réalises... Mais de toutes façons la discussion entre James et nous n'est pas close, expliqua t-il en regardant ses pieds.
- Si c'est une source de dispute entre vous, peut-être qu'elle devrait l'être... souffla t-elle. »
Il leva les yeux vers elle. Il avait l'air abattu, comme d'habitude, mais elle put aussi lire de la reconnaissance et de la surprise sur son visage. Il y avait des sacrifices qu'elle était capable de faire pour ses amis, et renoncer à tout connaître de James en faisait visiblement partie. Elle ne l'aurait pas cru quelques jours auparavant tant la curiosité la piquait, et elle la piquait toujours, mais quelque chose sonnait faux dans cette pression ambiante qui s'était formée autour d'eux malgré leur amitié indestructible, et elle redoutait plus que tout d'en être la source.
« Je veux juste que tout aille bien entre vous... James est... Vous êtes sa famille. Vos secrets n'appartiennent qu'à vous. Rémus s'il te plaît... Il est hors de question que je sois celle qui vous divise. Je ne demanderai rien. Je ne poserai plus de question. Je veux juste que vous arrêtiez de vous disputer à ce sujet, déclara t-elle.
- Mais tu...
- Peu importe, le coupa t-elle. Ça ne changera rien à ma relation avec James. Je ne lui en tiendrai pas rigueur. J'ai confiance en vous tous. J'aimerais seulement qu'en échange, tu aies confiance en moi quand je te dis que l'Ordre perdrait un allié de taille si tu décidais de ne pas poursuivre... »
Rémus eut l'air vraiment embêté. Sa tête dodelina de droite à gauche et il soupira avant de finalement lâcher un « d'accord » peu convaincu, mais sincère. Cela suffit à Lily. Elle lui adressa un sourire, lui tapota amicalement l'épaule, et lui fit signe de la suivre à l'intérieur du manoir. C'était leur première soirée en tant que membres officiels de l'Ordre du Phénix, et Lily savait qu'elle marquait un tout nouveau tournant dans leur vie.
