Lily se promenait avec Mary MacDonald sur le Chemin de Traverse chacune tenant un énorme cornet de glace au chocolat à la main. Scribenpenne venait de fermer mais les deux jeunes femmes avaient tout de même eu le temps de se retrouver devant chez Florian Fortarôme pour combler leur besoin de fraîcheur alors que les lourdes soirées d'été se succédaient et se ressemblaient.

Elles traversèrent le Chaudron Baveur jusqu'à atteindre le Londres moldu et continuèrent de se promener un moment, discutant tout en essayant de venir à bout de la montagne de chocolat qui se tenait devant elles et qui ne les effrayait pas le moins du monde. Elles en avaient vu d'autres.

« Il faut que je te parle de quelque chose, commença Lily lorsqu'elles se trouvèrent dans un parc assez éloigné du quartier sorcier pour qu'elle soit certaine qu'aucun mangemort ne viendrait s'y aventurer.

- Tu es enceinte, c'est ça ? lui demanda Mary en renversant presque sa gigantesque boule de glace.

- … Non, lui répondit Lily en lui jetant un regard abasourdi.

- Oh... Alors quoi ? »

Lily cligna des yeux plusieurs fois, soupira et secoua la tête, incapable de se remettre du fait que pendant un court instant, sa meilleure amie ait pu songer qu'elle ait décidé subitement de faire un enfant avec James à dix sept ans, en pleine guerre, et après seulement quelques semaines de relation. Mary était complètement irrationnelle, mais fort heureusement, ça avait toujours tendance à la faire rire, et finalement, elle pouffa.

« Si ça arrive un jour, je te promets que tu seras une des premières à le savoir, mais ne t'attends pas à ça avant une bonne dizaine d'années, d'accord ? reprit-elle.

- D'accord... Mais alors c'est quoi, la nouvelle ? la questionna Mary avec impatience.

- La nouvelle... C'est que Dumbledore et quelques uns de ses amis ont créé un groupe... Un groupe de résistants, expliqua t-elle à voix basse après avoir vérifié que personne ne pouvait les entendre. Les garçons et moi y sommes entrés... Et Dumbledore pensait que je devrais t'en parler aussi. »

Mary s'arrêta de marcher et Lily se stoppa en face d'elle, balayant à toute vitesse son visage du regard en attendant une réaction de sa part, mais ses grands yeux étaient vissés sur sa glace qui commençait à couler le long de ses doigts. Lily se félicita d'avoir presque terminé la sienne, elle ne voyait décidément pas comment sa meilleure amie allait s'en sortir sans tâcher ses vêtements.

« Tu veux un mouchoir ? lui proposa t-elle.

- Pour en perdre ? Et puis quoi encore ? C'est du chocolat, Lily. Du chocolat. On ne gâche pas de chocolat. C'est un motif d'emprisonnement à Azkaban. Ou du moins ça le serait si j'étais ministre de la magie. »

Mary lécha le contour de son cône avec application, faisant rire Lily. Elle fut tentée de lui enfoncer la tête dedans, mais elle savait qu'elle perdrait à ce petit jeu là, et elle avait plus important à faire ce soir là, alors elle refréna ses pulsions.

« Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé avant ? Et pourquoi Dumbledore me voudrait moi ? Je ne suis même pas une si bonne sorcière que ça, lui demanda t-elle finalement.

- Oh arrête tes bêtises ! la réprimanda Lily en levant les yeux au ciel. Tu es la meilleure que je connaisse en Soins aux créatures magiques et en Botanique.

- Et en quoi ça va aider, que je me penche correctement devant un hippogriffe ou que je sache m'occuper d'une tentacula vénéneuse ?

- Je ne vais pas te forcer à venir si tu ne le souhaites pas, le professeur Dumbledore ne voudrait pas ça, mais toutes les qualités sont bonnes à prendre, et ce que tu sais peut nous aider pour la confection de potion, ou pour la préparation de certaines missions, j'en suis sûre. En plus, nous avons besoin de personnes de confiance, et nous les comptons sur les doigts de la main ces temps-ci, alors... »

Elle avait laissé sa phrase en suspend et elles s'étaient toutes les deux remises à déambuler dans le parc. Mary avait juste lâché un « hmm » pensif puis s'était remise à dévorer sa glace. Elle ne reprit la parole que quand elle l'eut terminée, ce qui ressembla cruellement à l'éternité aux yeux de Lily.

« Est-ce que Dumbledore peut accepter deux personnes de confiance ? l'interrogea t-elle.

- Deux ?

- Emmeline risque d'être jalouse si je peux passer son temps à comploter contre des abrutis d'extrémistes et pas elle.

- Ça veut dire que tu viens ?

- Mais bien sûr que je viens, espèce d'idiote. C'est le combat de notre vie, tu m'avais déjà convaincue dès le départ, je voulais juste t'entendre me faire quelques compliments, répondit-elle avec un large sourire. »

Lily poussa une exclamation de surprise et se rua sur sa meilleure amie pour la serrer dans ses bras. Elle venait de faire gagner deux membres à l'Ordre du Phénix, et elle savait que ce n'était pas négligeable. Elle connaissait les idées d'Emmeline et n'avait aucun doute sur le fait qu'elle ferait l'unanimité dans le groupe, et Mary... Encore une fois, la vie lui donnait l'occasion de vivre autre chose à ses côtés.

« Alors c'était pour cette raison que tu voulais absolument me voir ce soir ?

- Oui, et aussi parce que James est chez lui avec Marlène et que je n'avais aucune envie de me retrouver entre eux deux.

- Qu'est-ce qu'ils fichent ensemble ? s'inquiéta Mary.

- Il lui sert le même discours que je t'ai servi, avec beaucoup moins d'affection j'espère, lui expliqua Lily en grimaçant. Tu sais si elle est encore avec Bertram Aubrey, d'ailleurs ?

- J'ai eu l'impression qu'ils avaient rompu avant mon anniversaire, mais Dorcas m'a dit i peine une semaine qu'ils se voyaient toujours. Apparemment, Marlène a fini par en parler à quelques personnes. Je crois qu'elle s'est sentie un peu coupable. »

Lily hocha silencieusement la tête. C'était une maigre consolation, mais c'en était une quand même. Elle n'était pas ravie du fait que McKinnon fasse partie de l'Ordre, elle n'avait pas confiance en elle et elle savait qu'il en était de même pour les maraudeurs, mais elle n'avait pas son mot à dire, et elle essayait de se persuader que plus ils étaient nombreux, plus ils avaient de chance de peser dans la balance.

« Je te laisse, papa et maman vont s'inquiéter. Je t'écrirai pour la prochaine réunion en te donnant juste une heure, tu n'auras qu'à nous rejoindre avec Emmeline. Dumbledore t'enverra le lieu quand je l'aurais contacté. Je te préviens, il est très fort en énigme, lui glissa Lily avant de lui donner une accolade et de filer. »

Elle ne transplana que lorsqu'elle fut certaine de n'être visible par aucun moldu, et atterrit directement dans le jardin de ses parents, à l'ombre des haies qu'ils avaient laissé à l'abandon depuis le début du printemps et qui dépassaient maintenant Lily en hauteur.

« Lily ? C'est toi ? s'exclama sa mère.

- Oui. Je suis désolée, je rentre plus tard que d'habitude, Mary est venue me chercher à la boutique, expliqua t-elle alors que ses parents étaient déjà à table.

- Tu as déjà dîné ?

- J'ai avalé une énorme glace, je ne pourrais rien manger de plus ce soir, avoua t-elle à son père en grimaçant quand il lui tendit une part de tarte à la tomate alors qu'elle s'installait dans le canapé. Où est Pétunia ?

- Chez Vernon, dit Ellen avant de changer hâtivement de sujet après avoir esquissé un bref regard vers son mari. Comment vont Euphemia et Fleamont ? Nous avons peu de nouvelles ces derniers temps. Je n'arrête pas de dire qu'il faut que je leur renvoie un hibou et j'oublie à chaque fois.

- Ils vont bien. Ils ont beaucoup de travail. Le ministère de la magie, ce n'est pas vraiment une partie de plaisir en ce moment, lâcha Lily, relevant ses cheveux d'une main, et s'éventant avec le premier magazine qu'elle trouva de l'autre.

- Ah oui ? s'étonna son père. Le monde magique a les mêmes difficultés politiques que nous ? »

Lily grimaça. Elle s'était promis qu'elle ne leur dirait rien à propos de la guerre. Elle ne voulait pas qu'ils s'inquiètent, mais à chaque fois que le sujet revenait sur le tapis, leur mentir était un véritable crève-cœur.

« Le monde magique n'échappe pas aux problèmes, lui répondit-elle simplement avec un léger sourire.

- Peut-être que si tu travaillais au ministère, il...

- Oh non maman, je ne travaillerai pas au ministère. Et puis en plus, je ne suis pas aussi talentueuse que tu te l'imagines. Ce n'est pas parce que j'arrive à faire quelques trucs que...

- Mes rosiers n'ont jamais été plus beaux que depuis que tu as appris que tu es une sorcière, ne crois pas que ça m'a échappé, la coupa Ellen en lui adressant un sourire tendre.

- Peut-être que c'est juste toi qui a la main verte, répliqua Lily en lui rendant son sourire. Et même si j'y étais pour quelque chose, la place de ministre de la magie ne se gagne pas sur un concours du plus beau rosier, alors...

- Les parents de James vantent toujours tes mérites, trancha Richard d'un air fier après avoir avalé son dernier morceau de tarte.

- Les parents de James sont si gentils qu'ils arriveraient à trouver de la beauté dans une bouse de dragon, expliqua Lily en roulant des yeux. »

Un rire s'échappa de la bouche de ses parents mais la discussion se poursuivit pendant quelques heures, et s'en suivit une partie d'échecs version sorciers endiablée contre son père, fasciné par l'objet depuis qu'elle le lui avait offert, cinq ans auparavant. C'était lui qui lui avait appris comment jouer aux échecs classiques quand elle avait douze ans, et bien qu'elle ait gagné en réflexion depuis, rares étaient les fois où elle parvenait à le battre. Ce soir là ne fit pas exception à la règle.

« Echec et mat ! déclara t-il en lui jetant un regard désolé.

- C'est stupide ! Je perds tellement souvent que les pièces ne me font même plus confiance, ronchonna Lily devant les soupirs las des pions sur le plateau.

- C'est tout à leur déshonneur, j'ai bien cru que tu allais m'avoir cette fois-ci, avoua Richard avec un sourire encourageant.

- Tu dis ça a chaque fois pour que je ne me sente pas trop nulle, lui fit-elle remarquer en se redressant.

- Pas du tout. Tu progresses vraiment, lui assura t-il avant tant de vigueur qu'elle le crut presque.

- Merci papa, souffla t-elle avant de déposer une bise sur sa joue. Je vais lire. Bonne nuit.

- Bonne nuit ma chérie ! s'écria Ellen qui était en train de se faire couler un bain dans la pièce adjacente. »

Lily s'empressa d'aller l'étreindre, puis monta les escaliers et s'enferma dans sa chambre. Tout était plus détendu quand Pétunia n'était pas là, et elle se demandait si c'était pareil quand elle était chez James et que sa sœur était seule avec ses parents. Tout aurait tellement été plus simple si elles avaient pu continuer à partager une même pièce sans s'écharper, si Pétunia avait été un tout petit peu plus tolérante...

Elle attrapa le roman qui traînait sur son lit pour se changer les idées et s'y allongea en savourant la légère brise qui se levait enfin et traversait la fenêtre de sa chambre pour venir lui apporter un peu de fraîcheur. Perdue entre les pages jaunies du vieux livre, elle était à peine consciente que la lumière baissait et que le soleil se couchait. Elle en fut rapidement rendue à un point où elle ne pouvait plus distinguer plus loin que le bout de son nez, alors elle agita sa baguette vers sa lampe de chevet qui s'alluma en jetant une drôle d'ombre arrondie sur le mur de sa chambre.

« Ce n'est pas une heure décente pour rester debout, Evans. »

Elle n'eut pas besoin de lever le nez de son livre pour savoir de qui il s'agissait. Sa voix, reconnaissable entre toutes, était directement remontée de ses oreilles à son cerveau et avait scotché un sourire inaltérable sur son visage. Il était la cerise sur le gâteau et la dernière note positive qui avait manqué à sa journée sans même qu'elle ne l'ait réalisé avant cet instant précis.

« Demain, c'est mon jour de congé. Je fais ce que je veux, répondit-elle sans pour autant s'extirper de son bouquin, mais parlons un peu de décence si tu le veux, Potter, puisque c'est toi qui pénètre dans la chambre d'une jeune fille modèle en pleine nuit, termina t-elle sur un ton narquois quand elle l'entendit enjamber la fenêtre.

- Moi qui croyais que c'était la tienne, répliqua t-il simplement. »

Cette fois, elle laissa tomber son livre et lui lança un coup d'oeil outré tout en haussant les sourcils avant de remarquer qu'il tenait son balai à la main, et que son tee-shirt lui collait un peu à la peau, et qu'elle n'avait probablement jamais autant désiré quelqu'un en sueur de toute sa vie. Elle se redressa, déglutit et concentra tous ses efforts sur la répression des pulsions libidineuses qui tenaient actuellement en otage la majeure partie de son cerveau.

« Très malin, souffla t-elle, mais tu sais, les gentlemen se signalent aux parents de leur bien-aimée, en général.

- Heureusement que je n'ai jamais prétendu en être un alors, riposta t-il en s'appuyant contre son bureau. »

Au regard qu'il lui jeta, elle devina que ses intentions n'étaient pas beaucoup plus innocentes que les siennes et ce fut comme si son cerveau venait de démissionner en voyant l'ampleur de la bataille à venir. Elle ne pouvait pas résister à ça. James passa délibérément sa main dans ses cheveux et soutint son regard. Si elle n'avait pas été sur son lit, elle serait tombée à la renverse.

« Evans ?

- Hmpf ? bafouilla t-elle en clignant des yeux, tentant vainement de reprendre ses esprits. »

Merlin. Ce n'était pas normal. Elle ne pouvait pas oublier comment utiliser des mots juste parce qu'il était beau, qu'elle était amoureuse, et qu'il tirait sur son tee-shirt comme s'il voulait qu'elle le lui enlève et qu'elle n'avait pas déjà imaginé cette scène dix fois depuis qu'il avait débarqué.

« Retire le, murmura t-elle enfin.

- Quoi ? l'interrogea t-il en se redressant légèrement.

- Retire le, répéta t-elle un peu plus fort. »

Ses yeux verts tombèrent sur la main de James, agrippée à son tee-shirt, jusqu'à ce que finalement, il ne le porte plus. Elle était assise en tailleur sur son lit, et il paraissait presque absurde qu'ils soient encore si loin l'un de l'autre, mais elle n'arrivait juste pas à faire un choix entre le regarder et le toucher, et le sourire en coin qu'il arborait l'énervait au plus haut point parce qu'elle savait qu'il était parfaitement conscient de ce qu'il se passait dans sa tête.

« Tu me veux vraiment comme ça ? Je me suis entraîné pendant une heure avant de voler jusqu'ici et je suis...

_ Si tu savais le nombre de fois où j'ai voulu entrer dans les vestiaires de Quidditch avec toi après vos matchs, le coupa t-elle. »

Il resta muet un instant, arqua un sourcil, et lui rendit le sourire qu'elle lui adressait. Elle aimait ces moments là où elle arrivait à le prendre au dépourvu. Il avait cette expression de fierté sur son visage, cette espèce d'adoration qui la rendait un peu fébrile et bête.

« Ce n'est pas vraiment digne d'une fille modèle, ça, pointa t-il.

- Oh Potter je croyais que tu avais déjà établi qu'il n'y avait aucune fille modèle dans cette chambre, répliqua t-elle, un peu surprise d'avoir réussi à prononcer une phrase complète sans buter sur tous les mots. »

Il lâcha un rire et s'avança doucement vers elle. Son dernier réflexe réfléchi fut de verrouiller la porte de sa chambre d'un coup de baguette, et puis il s'agenouilla devant elle, et tout devint un peu flou. Il y eut ses lèvres sur les siennes, et sa langue dans sa bouche pendant un long moment beaucoup trop court à son goût. Ses doigts se crispèrent sur ses larges épaules et elle sentit les siennes courir le long de ses cuisses. Elle frémit et laissa échapper une plainte bien plus sonore que tout ce à quoi elle ne l'avait habitué avant, que tout ce à quoi elle ne s'était habituée elle même avant. Il s'arrêta immédiatement et plaqua une main sur sa bouche en riant contre elle.

« Tes parents sont là ? »

Elle hocha simplement la tête, les yeux ronds comme des souafles, mortifiée. D'un accord commun et silencieux, ils restèrent immobiles à essayer de percevoir le moindre bruit venant de l'extérieur qui pourrait leur indiquer qu'Ellen ou Richard les avait entendu, se fixant droit dans les yeux. Finalement, quand ils estimèrent être hors de danger, James jeta plusieurs sorts autour d'eux, l'un pour insonoriser la pièce, et les autres pour éviter en partie exactement ce que Mary espérait, puis il reporta son regard sur elle, et ils éclatèrent d'un seul rire et basculant sur son lit.

« Qu'est-ce que tu fais encore avec tout ça ? lui demanda t-il en faisant passer son haut par dessus sa tête et en le jetant au pied du lit. »

Elle ferma les yeux et profita juste de la sensation de sa peau tiède contre la sienne. Elle ne s'habituerait jamais à pouvoir le toucher absolument comme elle le voulait et elle n'en avait jamais assez. Il la prit de court quand il se redressa et que plus aucune partie de son corps ne fut en contact avec le sien à part ses mains, emprisonnées dans les siennes.

« Rappelle moi pourquoi est-ce que tu portes des vêtements quotidiennement, déjà ? l'interrogea t-il alors qu'elle rouvrait les yeux. »

Ceux de James parcouraient son corps à toute allure comme s'il avait peur de ne pas avoir le temps de la regarder assez et le tambour au fond de sa poitrine s'emballa un peu. Ses doigts jouèrent avec les siens et les deux anciens préfets se regardaient dans le silence le plus complet et il n'y avait rien, rien dans le monde entier capable de détrôner ce regard là, elle le savait et elle en aurait mis sa main à couper sur le champ si on le lui avait demandé.

« Parce que j'ai envie que tu sois le seul à me voir comme ça, répondit-elle un peu trop faiblement pour qu'il puisse passer à côté de l'effet qu'il lui faisait.

- … Ça tient la route. »

Elle pouffa. Il lui sourit, et elle eut l'impression que le monde se retournait, que le plafond n'était plus le plafond et que les murs s'étaient tant écartés qu'elle n'était même plus certaine qu'ils soient encore là.

Ses doigts quittèrent les siens pour agripper ses avants bras et elle le tira de nouveau sur elle, l'embrassant sans une once de douceur, incapable d'écouter autre chose que l'increvable envie qui lui tiraillait l'estomac depuis ce qui lui semblait être l'éternité. Pour la première fois depuis qu'il était entré dans sa chambre, elle le sentit perdre le contrôle lui aussi et elle remercia Merlin qu'il ait pensé à insonoriser la pièce parce qu'il n'y eut bientôt plus que des soupirs aussi bruyants que celui qu'elle avait poussé un peu plus tôt.

Elle voulait juste le sentir, elle avait besoin de la moiteur de sa peau contre la sienne, elle ne voulait plus jamais avoir à supporter autre chose que ça. Elle prit une profonde inspiration et sa main se crispa dans ses cheveux noirs alors que l'autre était résolument figée sur ses épaules et elle lâcha sa bouche juste pour poser ses lèvres contre son oreille.

« Ne me laisse jamais, lui murmura t-elle.

- Toi ne me laisse jamais, répondit-il sur le même ton. »

Il avait raison. Elle n'était pas une fille modèle, et c'était peut-être mieux comme ça, parce qu'elle doutait qu'une telle personne existe. Elle était juste elle-même, elle avait le souffle court et elle prononçait avec lui des mots que la bienséance ne l'aurait pas autorisée à prononcer en public, mais elle s'en fichait un peu. Il était le seul qui la verrait comme ça, le seul avec qui elle avait envie d'être comme ça, et peut-être qu'elle se voilait la face parce qu'ils étaient jeunes et qu'elle n'avait rien connu d'autre, mais elle voulait juste se persuader qu'il n'y aurait personne d'autre après lui et qu'il n'y aurait pas d'après lui.