Il était beaucoup trop tôt quand elle se réveilla ce matin là. Elle frissonna un peu en sentant la brise fraîche du matin s'échouer sur ses épaules dénudées et elle tourna légèrement la tête vers sa fenêtre grande ouverte avant de récupérer sa baguette ou celle de James en tâtonnant autour d'elle. Quand elle eut enfin refermé la main sur ce qui lui sembla être un morceau de bois, elle l'agita vers la fenêtre qui se referma doucement puisse elle laissa le baton glisser de sa main et dégringoler sur le sol avant de bailler longuement.

Elle reprit sa position initiale en constatant avec une légère satisfaction qu'elle n'avait pas réveillé James. Ils s'étaient endormis l'un contre l'autre et contrairement à la dernière fois qu'ils avaient passé la nuit ensemble, ce n'était pas elle qui était englobée dans ses bras mais lui. Sa jambe serpentait autour de la sienne de la manière la moins naturelle qui soit, mais Lily n'avait jamais rien connu de si agréable.

Elle déposa un baiser sur sa nuque et ferma de nouveau les yeux, sa main plongeant inlassablement dans ses cheveux noirs pendant que l'autre était occupée à dessiner des formes qui n'avaient ni queue ni tête sur son ventre. Elle doutait que quoi que ce soit puisse être plus rassurant que ce genre de réveil, mais le jour ne s'était même pas levé et elle voulait juste caler sa respiration sur celle de James et se rendormir.

En vain. Elle abandonna au bout de trente minutes, regrettant déjà d'avoir fermé la fenêtre alors que la chaleur qui se dégageait du corps de James lui donnait l'impression d'être dans une serre. Elle se leva à contrecœur en se dégageant le plus doucement qu'elle le put de leur étreinte, grimaçant lorsqu'il laissa échapper une molle protestation sans pour autant ouvrir les yeux.

Elle décida d'aller prendre une douche dans la salle de bain de l'étage, songeant que cela l'aiderait probablement à retrouver le sommeil plus tard. Après tout, c'était une méthode qu'elle avait déjà utilisé et qui avait fait ses preuves. Elle enfila rapidement son tee-shirt et sa culotte et frissonna lorsqu'elle se retrouva dans le couloir au bout duquel se trouvait une fenêtre grande ouverte. Elle le traversa sur la pointe des pieds après avoir pris soin de bien refermer la porte de sa chambre derrière elle, puis elle s'enferma dans la salle de bain.

Elle ferma les yeux et savoura la sensation de l'eau tiède sur son visage et ses cheveux tout en repensant à cette nuit. Elle commençait à comprendre un peu trop à son goût ce que l'amour signifiait. Comment diable pouvait-on encaisser de tels sentiments quand on était si jeune ? Ils n'étaient séparés que par deux portes et c'était déjà comme si sa vie n'avait plus aucun sens. Elle était persuadée qu'elle n'en retrouverait que quand elle serait de nouveau lovée contre lui, qu'il soit brûlant comme un fichu radiateur ou non.

Elle sursauta quand la porte de la salle de bain s'ouvrit dans un coup de vent et sortit de la douche pour aller la refermer. Dès qu'elle le fit, la tête ensommeillée de James apparut, flottant dans la salle de bain en arborant une moue ennuyée.

« Tu m'as laissé, lui reprocha t-il. »

Elle attrapa la première serviette qu'elle trouva et la plaqua contre son corps comme s'il n'avait pas déjà tout vu, prise par surprise. Puis, son cœur manqua un battement devant son air désemparé, et elle lui accorda un petit sourire avant de tirer doucement sur sa cape d'invisibilité jusqu'à dévoiler ses épaules.

« Je n'y peux rien, tu dois avoir du sang de dragon, tu étais bouillant et je n'arrivais pas à me rendormir, lui confia t-elle, le faisant rire.

- C'était toi qui étais bouillante, tu me collais comme une seconde peau, répliqua t-il.

- Je te collais ?! répéta t-elle en lui jetant un regard outré. Très bien. Tu n'as qu'à retourner seul dans ma chambre, si tu n'aimes pas que je te colle.

- Oh non, je n'ai pas dit que je n'aimais pas ça, lui fit-il remarquer en haussant les sourcils et en esquissant un geste vers elle.

- Bas les pattes, Potter. Je ne voudrais pas que tu aies l'impression d'étouffer si je venais à trop me coller contre toi ! »

Il laissa ses bras retomber devant lui et lui jeta un regard mi amusé, mi perplexe alors qu'elle resserrait sa serviette contre elle en fronçant les sourcils, résolue à ne pas le laisser s'en tirer à bon compte.

« Il n'y a qu'une seule raison pour laquelle j'aurais l'impression d'étouffer si tu étais contre moi, et c'est parce que quand tu me touches, il y a des choses étonnamment simples que je ne sais plus faire. Comme épeler mon prénom... Ou respirer... Enuméra t-il avec un sourire en coin.

- …Tu crois m'avoir avec des belles paroles, Potter ? le questionna t-elle en levant les yeux au ciel.

- Appelles-moi encore une fois par mon nom de famille et je te montrerai à quel point j'aime que tu me colles autant que j'aime te coller. »

La phrase avait directement percuté Lily. Un frisson l'avait traversée des pieds à la tête. Il y avait cette teinte de noir dans ses yeux, celle qui lui donnait l'impression que cette nuit n'avait été pour lui qu'un bref échauffement et qu'il était prêt à jouer le vrai match.

« Vraiment, Potter ? le provoqua t-elle en détachant délibérément chaque syllabe de son nom tout en laissant tomber sa serviette à ses pieds. »

Elle ne se reconnaissait plus quand elle était avec lui. Elle était portée par quelque chose qui allait au delà de l'entendement et qui la rendait plus téméraire qu'elle ne l'était habituellement. Elle le défia d'un simple regard, ayant toutefois du mal à soutenir le sien, plus osé qu'elle ne l'avait jamais vu, et bientôt elle se retrouva dos au mur froid de la douche, contre lui. L'eau coulait entre eux d'une drôle de façon. Les gouttes semblaient elles même ne plus savoir sur quel corps s'échouer.

« Qu'est-ce que tu aurais fait, si tu t'étais trouvé face à ma mère ? J'aurais pu être en bas en train de prendre mon petit déjeuner, pointa t-elle en se séchant les cheveux avec une serviette.

- La même chose probablement, plaisanta t-il. »

Elle lui jeta un regard de dépit, enroula sa serviette et le fouetta avec avant de pouffer contre sa volonté. Il tenta de l'éviter mais la troisième fois fut la bonne et son rire se transforma en un cri étouffé. Cet abruti était la pire personne qu'elle connaisse, mais paradoxalement, il était aussi la meilleure.

« Les garçons viennent à la maison cet après midi, déclara t-il en ramassant ses vêtements sur le sol de sa chambre. Ils veulent te dire quelque chose.

- A moi ? le questionna t-elle en esquissant une moue déçue en le voyant se rhabiller. »

Il acquiesça simplement, et s'assit sur sa chaise de bureau. Il l'observait d'une drôle de manière. Comme s'il se réjouissait mais qu'il redoutait aussi ce qui allait venir, et elle eut le sentiment que cela avait quelque chose à voir avec leur secret.

« J'ai dit à Rémus que je fermerai les yeux sur vos histoires, lui dit-elle.

- Je sais, mais tu veux savoir, non ?

- Je... Je ne veux pas savoir si vous ne voulez pas que je sache, répondit-elle avant de se laissant tomber en arrière sur son lit. »

Il lui adressa le sourire le plus adorable qu'elle ait vu sur son visage jusqu'à présent, s'allongea à côté d'elle et la ramena contre lui.

« Je veux que tu saches, lui affirma t-il.

- Mais les garçons ne...

- Ils ont réfléchi. Tu en parleras avec eux. On avait prévu de te le dire ce soir, je ne savais pas que tu étais en congé aujourd'hui, alors... C'est comme tu veux. Soit tu rentres avec moi, soit on se retrouve plus tard.

- Rentrer avec toi... Sur ton balai ? le questionna t-elle.

- J'y pensais bien... répondit-il en souriant.

- Je ne sais pas... marmonna t-elle.

- Tu avais promis.

- Je n'avais rien promis, protesta t-elle en lui donnant un petit coup de coude. J'avais habillement détourné la conversation comme je le fais pour éviter justement ce genre d'engagement.

- Ce genre d'engagement ? Je ne t'ai pas proposé de m'épouser non plus, répliqua t-il en lâchant un rire incrédule.

- Peut-être que j'aurais plus facilement accepté, bougonna t-elle.

- Vraiment ?! s'exclama t-il en s'appuyant sur son coude pour mieux la regarder. »

Ses yeux brillaient comme deux énormes loupiotes et il avait l'air à la fois confus et extatique. Elle lâcha un rire et le poussa juste assez pour qu'il retombe sur le dos.

« Non, idiot, nous avons dix sept ans, lui dit-elle en levant les yeux au ciel sans toutefois pouvoir se sortir de la tête l'expression positivement béate qu'elle avait lue sur son charmant visage.

- En tout cas... Nous ne sommes pas trop jeunes pour faire un tour en balai... glissa t-il l'air de rien.

- Et si je tombe et que je meurs ?

- Tu ne tomberas pas.

- Comment peux-tu en être si sûr ?

- Parce que tu t'accrocheras à mon corps d'athlète.

- Et si ton corps d'athlète tombe aussi ? l'interrogea t-elle en caressant machinalement son bras.

- Mon corps d'athlète ne tombe jamais, assura t-il.

- J'ai vu ton corps d'athlète se blesser un nombre incalculable de fois pendant toutes ces années de quidditch à Poudlard.

- Se blesser, mais pas tomber.

- Il y a cette fois où un cognard t'a frappé si fort que tu as fait un vol plané jusque dans...

- La forêt interdite, termina t-il. Je sais très bien de quoi tu parles, et je ne suis pas tombé à proprement parlé, continua t-il l'air sûr de lui. Je me suis retrouvé sur une branche de sapin. C'est comme si c'était un prolongement de mon balai, c'est du bois aussi, alors je ne pense pas qu'on puisse considérer ça comme une chute.

- Tu es de mauvaise foi, lui fit-elle remarquer en se mordant la lèvre pour ne pas rire.

- De toutes façons, il n'y aura pas de cognard entre chez toi et chez moi, poursuivit-il en ignorant sa remarque.

- Non, mais je te connais. Je sais que tu vas vouloir faire des trucs qui font peur juste pour...

- Des trucs qui font peur ? répéta t-il faussement scandalisé. Je ne serai pas capable d'une telle chose.

- Juste pour que je m'agrippe un peu plus à toi, termina t-elle en lui jetant un regard qui lui signifia clairement qu'elle n'était pas dupe. »

Il haussa les épaules, passa son bras autour d'elle et elle lâcha un rire lorsqu'il laissa sa main retomber sur son visage. Elle l'écarta d'un geste rapide mais la garda fermement emprisonnée dans la sienne.

« Tu m'en voudrais vraiment ? lui demanda t-il.

- Disons que ma fenêtre resterait fermée tout l'été.

- Et si je te jure qu'il n'y aura aucune entourloupe ? lui proposa t-il après avoir esquissé une grimace.

- Il y a toujours des entourloupes avec les maraudeurs.

- Pas cette fois. Il n'y aura que le ciel et toi collée contre moi et ce sera prodigieux, trancha t-il avec un sourire en coin.

- Alors c'est prodigieux maintenant ? nota t-elle avec ironie.

- Ça l'a toujours été. Tu as juste tiré des conclusions trop hâtives tout à l'heure.

- Hmm...

- Alors ? s'impatienta t-il.

- Tu le jures ?

- Je jure solennellement que mes intentions sont bonnes, conclut-il en levant sa main droite. »

Elle détailla suspicieusement son visage pendant une minute, puis elle hocha la tête et son « Yes ! » lui perfora presque les tympans.

« Est-ce que je peux juste me rendormir encore un peu avant ? lui demanda t-elle en lui jetant un regard suppliant.

- Ferme les yeux Evans. Je ne bouge pas. »

Elle lui obéit avec soulagement, se cala un peu plus confortablement dans ses bras, et profita de sa chaleur qu'elle avait pourtant fuit une bonne heure auparavant. Elle sentait ses doigts caresser ses cheveux roux, effleurer parfois sa joue, et elle se laissa peu à peu sombrer dans un sommeil profond. Elle voulait que toutes ses nuits ressemblent à ça.

Il était presque midi quand elle l'entendit murmurer contre son oreille. Elle ouvrit un œil, puis le deuxième, et resserra son étreinte autour de lui lorsqu'il remua tout en marmonnant une protestation indistincte.

« Tes parents t'appellent pour manger... Souffla t-il.

- Mais je ne veux pas te lâcher, bredouilla t-elle, le visage ensommeillé.

- Je n'en ai pas plus envie que toi, mais j'ai bien peur qu'ils viennent frapper à ta porte et qu'ils me trouvent dans ton lit, lui expliqua t-il après avoir rit à sa remarque.

- Ils savent déjà ce qu'il se passe entre nous, dit-elle en balayant paresseusement sa remarque de la main.

- Pardon ?

- Pétunia leur a dit qu'on couchait ensemble. Peu importe. Ils s'en fichent du moment que nous faisons attention.

- Vraiment ?

- Enfin... Je suppose qu'il y a une différence entre le savoir et en être témoin, soupira t-elle finalement en se redressant. Tu veux manger avec nous ? Tu n'as qu'à descendre par la fenêtre et frapper à la porte comme si tu venais d'arriver. Mary fait tout le temps ça. »

Elle ouvrit sa penderie, enfila des sous-vêtements propres, un short, et un tee-shirt blanc, et attacha ses cheveux en une haute queue de cheval avant de lui lancer un regard interrogateur. Il la fixait et il sembla reprendre ses esprits quand ses yeux croisèrent les siens.

« J'espère que Mary ne fait pas tout le temps ce que j'ai fait cette nuit, reprit-il.

- Si elle savait faire ça, je sortirai avec elle, lui avoua t-elle en lui lançant un sourire complice. Alors ? Tu descends ?

- Tes parents ne savent pas que je vais débarquer... Ce serait un peu impoli, non ? »

Il avait l'air véritablement embêté par la chose, et Lily ne put s'empêcher de penser à ce stupide Vernon qui débarquait toujours sans prévenir et qui n'avait certainement pas les mêmes états d'âme. Cela eut pour seul effet de lui faire apprécier la présence de James encore plus si cela fut possible.

« Je leur dirais que j'ai oublié de les prévenir. Ils seront contents de te revoir. Ils m'ont demandé des nouvelles de tes parents hier, insista t-elle. »

Elle lui lança un regard appuyé, et quand il esquissa un léger sourire, elle sut qu'elle avait gagné. Elle attrapa sa baguette qui traînait par terre, lui tourna le dos et quitta la chambre, puis descendit les escaliers quatre à quatre et débarqua dans la salle à manger. La table était déjà mise et elle n'eut qu'à brandir sa baguette pour ajouter un quatrième couvert devant le regard surpris de sa mère.

« Ne me dis pas que j'ai oublié de mentionner que j'avais invité James à déjeuner ce midi... commença t-elle avec une pointe de culpabilité très convaincante.

- Ne t'en fais pas pour ça, ton père cuisine toujours pour dix ! s'exclama Ellen avant de déposer un bisou sonore sur sa tempe.

- Ah ! Ce doit être lui ! »

Elle s'empressa d'aller ouvrir alors que trois coups venaient d'être tapés à la porte, et James pénétra à l'intérieur de la maison en lui adressant un sourire malin.

« Salut, Lily.

- Pile à l'heure, pour une fois, souffla t-elle en retenant un rire.

- Je n'aurais pas mieux fait si j'avais passé la nuit ici. »

Elle secoua la tête et lâcha un discret rire alors qu'il la suivait jusque dans la salle à manger. Ellen l'accueillit chaleureusement et déposa une bise sur chacune de ses joues. Richard, qui émergeait de la cuisine portant un long tablier blanc maculé de taches, lui serra cordialement la main avant de déposer un baiser sur la joue de sa fille.

« Tu as bien dormi ? lui demanda t-il.

- Très bien, répondit-elle en s'efforçant de ne pas regarder James. Mais j'avais trop chaud j'ai dû me lever pour prendre une douche ce matin, et je me suis un peu trop bien rendormie...

- Ton père et moi n'avons pas ouverts l'œil avant onze heures ! s'exclama Ellen. Ça ne nous était pas arrivé depuis des années.

- Ça doit aider, de ne pas entendre Pétunia hurler qu'elle ne trouve pas son bol, commenta distraitement Lily en attrapant le plat de carottes râpées que lui tendait son père pour le poser sur la table. »

Sa mère esquissa un mouvement de tête qui signifiait qu'elle n'avait pas totalement tort mais Lily sut qu'elle ne voulait pas se résoudre à le dire à voix haute.

« Alors James... Que fais-tu de ton été ? le questionna Richard en l'invitant à s'asseoir à côté de sa fille.

- Sirius et moi, on s'occupe de l'entretien du manoir et du jardin pour l'instant. Mes parents ne veulent pas embaucher des elfes de maison et nous n'avons rien à faire de plus de toutes façons. Nous devons attendre septembre pour commencer la formation d'auror.

- Auror ? répéta Ellen. J'ai déjà entendu ce mot, non ? demanda t-elle en se tournant vers Lily.

- Oui, confirma sa fille. Ce sont les gens qui sont chargés d'assurer la sécurité du monde magique. Je ne savais pas que vous vous y étiez inscrits, continua t-elle en se tournant vers le jeune homme.

- Nous avons terminé l'inscription i peine deux jours, expliqua t-il. »

Elle hocha plusieurs fois la tête d'un air songeur. Elle savait que la formation d'auror était intensive, elle s'était renseignée à ce sujet, et elle se demanda un instant comment ils allaient bien trouver des moments l'un pour l'autre entre son travail à Scribenpenne, et la formation de James.

« J'imagine que tu dois être impatient, reprit Richard.

- Oui. Sirius et moi en parlons depuis deux ans.

- Après combien de temps pourrez-vous rejoindre une brigade ? demanda Ellen qui n'était pas passé à côté du visage vide d'expression de sa fille.

- Si tout se passe bien pour nous, trois ans... Il y a peu de reçus. Les tests sont difficiles et la formation est particulièrement lourde... Mais on a confiance, lâcha James en souriant. »

Ellen attrapa son assiette pour le servir alors que Lily sentait une légère angoisse commencer à s'insinuer quelque part entre ses côtes, dans sa poitrine.

« Au fait, je ne serai pas là ce soir... Nous partons au manoir tout à l'heure. Il y aura d'autres amis de Poudlard alors je ne sais pas quand je rentrerai. Peut-être seulement demain, les prévint Lily en se servant à son tour.

- Tes parents sont d'accords, James ? s'enquit Ellen.
- Oui. Ils ont l'habitude, il y a toujours du monde à la maison, et comme ils travaillent de plus en plus tard, ils préfèrent que je sois bien entouré. Vous devriez venir dîner un week-end. Ils ne font plus tellement de sortie ces derniers temps et je suis sûr que ça leur ferait plaisir.

- Je leur écrirai sans faute la semaine prochaine pour leur proposer quelque chose, lui assura Richard avec un sourire amical. »

James acquiesça et ils passèrent tout le repas à évoquer les objets les plus fascinants du monde magique, ainsi que ceux du monde moldu, mais Lily n'écoutait que d'une oreille distraite. Trois ans. Trois ans de formation. Trois ans d'horaires à la noix, de stress, de moments de doute pendant lesquels ils ne pourraient peut-être même pas se voir...

Des larmes commencèrent à perler au coin de ses yeux alors elle secoua rapidement la tête et essaya de penser à autre chose. De toutes façons, c'était ce qu'il voulait, et elle le soutiendrait quoi qu'il arrive.

« Comment s'est passée ta discussion avec Marlène, au fait ? lui demanda t-elle alors qu'ils venaient de saluer ses parents et qu'ils se dirigeaient vers la porte après qu'elle ait rassemblé quelques affaires dans un sac à dos.

- On a fait d'une pierre deux coups avec Sirius, et on a invité Dorcas en même temps. Ni lui, ni moi n'avions envie de nous retrouver en tête à tête avec l'une d'elle... Mais bizarrement... Ça a été. Elles sont toutes les deux partantes.

- Et toi ?

- Quoi moi ?

- Tu es partant pour faire ça avec Marlène ?

- Je ne peux pas dire que ça m'enchante, avoua t-il, mais avec Dorcas ça fait deux membres de plus pour l'équipe et ce n'est pas négligeable. Elles sont hyper motivées, et même si nous avons des différents avec Marlène, ses idées rejoignent les nôtres. »

Lily acquiesça et le regarda se saisir de son balai d'un air absent. Il se retourna vers elle et lui jeta un regard curieux avant de reprendre la parole.

« Est-ce que c'est à propos de la formation ? »

Elle était perdue dans ses pensées et avait à peine entendu sa phrase. Ses yeux trouvèrent les siens et elle s'y perdit pendant un moment. Un rayon de soleil était figé sur lui comme un immense projecteur, lui donnant l'impression qu'il n'était pas réel. Cela n'aurait pas étonné Lily. Il était trop parfait. Tout était trop parfait.

« Lily ?

- Oui ? Pardon ? bredouilla t-elle.

- Est-ce que tu t'inquiètes à propos de ma formation ?

- Je suis contente que tu puisses la faire avec Sirius.

- Ce n'est pas une réponse, lui fit-il remarquer en s'approchant d'elle. »

Elle baissa les yeux. Elle n'était plus capable de soutenir les siens, mais il l'obligea à le faire en posant son index sous son menton et en lui faisant lever la tête vers lui.

« Peu importe les horaires, je me débrouillerai toujours pour te faire de la place, tu le sais, n'est-ce pas ? »

Elle déglutit et acquiesça. Elle voyait mal comment tout cela allait être possible entre Scribenpenne, ses sorties avec les garçons, et les siennes avec Mary, mais elle voulait le croire. Ces dernières semaines avaient été majestueuses et l'idylle ne pouvait pas s'arrêter là. Ce n'était pas qu'une amourette d'été. Elle l'aimait trop pour ça.

Il lui attrapa la main et ils disparurent tous les deux dans le jardin. Il grimpa sur son balai et lui lança un sourire confiant lorsqu'elle s'installa derrière lui puis noua solidement ses mains autour de sa taille. D'un simple mouvement de baguette, il jeta un sortilège de désillusion qui les enveloppa et leur permis de s'envoler sans être vus des moldus.

Elle posa sa tête contre lui et ferma les yeux. Elle le suspectait de ne pas aller aussi vite qu'il aurait pu. Elle se cramponna un peu plus à lui et inspira profondément. Il avait raison. Elle était bien. Ce n'était pas juste parce qu'ils étaient au dessus de tout comme il lui avait dit un jour à Pré-au-Lard, c'était aussi parce qu'elle partageait cela avec lui. Ils ressentaient la même chose au même moment et elle comprenait enfin pourquoi il aimait tant voler.

Ils n'échangèrent pas un mot durant le trajet, et quand elle rouvrit les yeux, ils passaient au dessus d'un immense lac. La vue était somptueuse, elle aurait pu le survoler avec lui toute sa vie sans s'en lasser, mais toute bonne chose avait une fin, et ils finirent par atterrir devant la porte du manoir Potter.

« Alors ?

- Alors... Peut-être que je devrais m'acheter un balai, répondit-elle en lui adressant un sourire timide.

- Je le savais, fanfaronna t-il avant de déposer un bref baiser sur ses lèvres. »

Ils pénétrèrent dans le hall d'entrée et Lily jeta un rapide coup d'oeil vers la peinture au plafond avant de suivre les éclats de rire qui provenaient du salon. Peter, Rémus et Sirius se jetaient mutuellement des sorts afin de transformer certaines parties de leur visage, si bien que le lycanthrope venait de voir lui pousser une paire de fesses à la place du menton.

Leurs rires s'évanouirent quand ils remarquèrent la présence de Lily. Elle les salua d'un geste de la main et d'un sourire et resta debout à l'entrée de la pièce alors que James complimentait Rémus sur sa nouvelle apparence, le faisant pester. Sirius murmura le contre sort et fit signe à l'ancienne préfète de s'avancer vers eux.

« Il paraît que vous voulez me parler, dit-elle simplement en s'asseyant en tailleur sur le sol à côté de Peter. »

Ils échangèrent tous un regard entendu avant d'acquiescer dans une synchronisation qui n'aurait pas pu être plus parfaite s'ils avaient répété. Le visage de Sirius ne trahissait rien d'autre que de l'impatience. Celui de Rémus était tendu. Il avait baissé les yeux et il se tripotait nerveusement les doigts comme un enfant qui s'apprêtait à se faire punir par ses parents.

Peter était de loin le plus angoissé. Il se rongeait les ongles à toute allure et semblait avoir envie de prendre ses jambes à son cou. James, lui était immobile, impassible, et Lily n'arrivait pas à interpréter son silence.

« Si vous avez changé d'avis, ce n'est pas grave, leur certifia t-elle.

- Personne ne change d'avis. Les amis, quand ils deviennent de la famille, se doivent la vérité, déclara Sirius avec l'assurance qu'elle lui avait toujours connu. »

Lily posa les yeux sur James pour évaluer sa réaction, et il se contenta d'un demi-sourire et d'un hochement de tête. Elle ne les avait jamais connu aussi sérieux et aussi peu bavards. Son cœur commençait à s'emballer. Elle imaginait des tas de choses sans qu'aucune d'entre elles ne fasse sens. Ce calme ambiant était terrible.

« Pourquoi maintenant ? les interrogea t-elle.

- Parce que Rémus a utilisé la pensine pour nous montrer ce que tu lui as dit l'autre jour. Tu as fait ce qu'un maraudeur aurait fait. Tu as décidé de nous faire passer avant toi parce que tu ne voulais pas nous diviser. Je crois qu'on a tous compris à ce moment là que c'était stupide et invraisemblable de ne pas tout te dire compte tenu de ta relation avec James. Tu ne fais peut-être pas parti des maraudeurs à la base, mais j'ai l'impression que je ne peux plus te voir autrement que l'une des nôtres à présent, et je pense que c'est pareil pour chacun de nous, déclara Sirius très sérieusement. »

Les trois autres acquiescèrent, même Peter qui semblait au début un peu plus frileux, paraissait maintenant emporté par l'élan fraternel de son meilleur ami.

« Tout devient plus sérieux entre nous, et je ne veux plus avoir à te cacher ça, commença James.

- Est-ce que Marlène est...

- Non, elle n'a jamais su, l'arrêta t-il, et Lily... Avant de tout te raconter, j'ai besoin que tu sois parfaitement sincère en répondant à mes deux prochaines questions, poursuivit-il en la fixant avec tant d'intensité qu'elle arrêta de respirer pendant une seconde. »

Quatre paires d'yeux étaient vissées sur elle et la passaient au rayon X. Elle avait rarement ressenti autant d'appréhension.

« Toi et moi... Je ne suis pas fou, n'est-ce pas, c'est plus qu'une passade ?

- Oh tu es définitivement fou pour oser me poser ce genre de question, se vexa t-elle en lui envoyant un regard glacial.

- Désolé, s'excusa t-il en lui adressant un sourire tendre qui fit immédiatement fondre sa colère comme neige au soleil. Il fallait que je demande.

- Est-ce que la deuxième est aussi stupide ? le questionna t-elle en faisant glousser Rémus et Sirius.

- Non. Nous avons juste besoin d'un dernier éclaircissement... »

Il laissa sa phrase en suspend, se mordit la lèvre l'air anxieux, alors elle lui jeta un regard encourageant.

« Tout ce que je vais te dire n'est qu'hypothétique, alors... Ne te prends pas trop la tête, mais réponds avec honnêteté.

- Tu sais que je le ferai, lui assura t-elle alors qu'il hochait la tête.

- Si quelqu'un... Mettons, un de tes amis très proche... Très très proche...

- Comme un petit-ami ? soumit-elle en arquant un sourcil.

- Voilà, souffla t-il avant de continuer. Si un petit-ami à toi et ses copains enfreignaient la loi de manière régulière... Très régulière... Et que tu venais à l'apprendre d'une façon ou d'une autre... Quelle serait ta réaction ?

- Nous sommes toujours dans l'hypothétique, n'est-ce pas ? l'interrogea t-elle. »

Il resta figé une seconde avant d'acquiescer, et elle prit un moment pour réfléchir. Ce n'était pas comme si elle ne s'était pas attendue à ce genre de problèmes. Elle les connaissait depuis trop longtemps pour ne pas imaginer le pire quand ils évoquaient ce secret. Il y avait tellement de choses stupides et dangereuses dont ils s'étaient vantés à Poudlard qu'il était évident que s'ils dissimulaient un secret, ce dernier devait être préjudiciable à un tout autre niveau.

« Je suppose que ça dépend de l'infraction... répondit-elle alors que les quatre garçons se jetaient un rapide coup d'oeil soucieux.

- Comment ça ? lui demanda Peter.

- Eh bien... Commença t-elle avec hésitation. Premièrement, s'il s'agissait de mon petit-ami, je lui ferais confiance. Je veux dire... Hypothétiquement, je serais au courant qu'il peut être un parfait imbécile parfois...

- Hypothétiquement, souligna James alors que les trois autres laissaient entrevoir un sourire amusé.

- Mais, reprit-elle, le connaissant, je me dirais qu'il doit avoir de bonnes raisons de faire ce qu'il fait...

- Même si son secret risquerait de l'emmener droit à Azkaban ? la questionna Peter alors que ses trois camarades se prenaient simultanément la tête entre les mains, dépités.

- Merlin, qu'est-ce que vous avez fait ? leur demanda Lily en se tournant successivement vers les uns et les autres. »

James était assis sur le bras du canapé, ses coudes étaient appuyés sur ses genoux et soutenaient son visage qui lui envoyait un regard plein de détresse. Il avait peur qu'elle pète un plomb, elle le voyait bien, mais plus ils la faisaient mariner, et plus elle s'imaginait des choses horribles.

« Si tu as dis « premièrement » c'est qu'il y avait un « deuxièmement », pointa t-il d'une voix peu assurée sans répondre à sa question.

- Deuxièmement... Merlin, je ne sais pas, James. Tu m'as demandé d'être parfaitement honnête et je ne le peux même pas parce que je n'ai aucune idée de ce que vous allez m'annoncer, je ne peux absolument pas savoir comment je réagirais à quelque chose que je ne sais pas.

- Ce n'est pas comme si on avait tué quelqu'un ou quoi que ce soit, lui certifia Peter pour essayer de la rassurer.

- C'est un soulagement, admit-elle en prenant une profonde inspiration.

- Hypothétiquement, si tu répètes ce secret à qui que ce soit, même à ta meilleure amie, ton petit-ami et tous ses copains risquent gros, c'est pour cette raison que nous avons besoin de...

- Tu n'es pas sans savoir que je sais garder un secret, Rémus, le coupa t-elle. De toutes façons, s'il vous envoie à Azkaban, il m'y envoie aussi par extension, non ? Je serais complice alors... Je pense qu'on peut rentrer dans le vif du sujet maintenant.

- Tu n'as pas peur ?

- Oh si, j'ai peur de ce que vous allez m'annoncer à chaque fois que je vous croise depuis sept ans, mais je sais que vous n'êtes pas foncièrement mauvais, alors ça ne peut pas être quelque chose de si terrible que cela. »

Une fois de plus, James approuva d'un signe de tête et alors qu'il ouvrait la bouche, Peter le coupa dans son élan.

« Est-ce qu'il y a un animal que tu détestes ?

- Un animal que je... Quel rapport ? bredouilla t-elle, un peu perdue.

- Réponds juste à la question, lui ordonna t-il. Un truc qui te fait peur ou qui te dégoûtes. Je ne sais pas, un rat par exemple ou... Autre chose.

- Non, non, les rats sont... J'aime bien les rats, confia t-elle en haussant les épaules, perplexe alors que Peter soupirait de soulagement. Je ne suis pas fan des reptiles et des insectes en général, mais je pense que c'est juste parce que je ne m'y connais pas bien...

- Une dernière petite chose... Tu es plutôt chiens, ou chats ? intervint Sirius.

- Est-ce que c'est vraiment important ? s'enquit-elle, incapable de comprendre où les menait ce drôle de quiz animalier.

- On ne peut plus important ! s'exclama t-il en se levant, sa baguette à la main alors que Peter faisait de même.

- Très bien, très bien ! lui répondit-elle en levant les mains devant elle pour lui signifier qu'elle allait répondre. J'aime les chiens... Mais...

- Mais ?! Il y a un mais ?! Ne termine pas cette phrase... la défia t-il en ayant l'air de savoir très bien ce qui arrivait.

- J'ai toujours eu des chats. C'est juste que... Je trouve qu'une maison n'est pas une maison s'il n'y pas de chat... termina t-elle.

- Ah ! Très bien Evans ! Tu sais ce qui me console là dedans ? C'est que si tu parles, je t'entraînerais à Azkaban avec nous et tu payeras pour cette déclaration ! conclut-il. »

Elle allait répliquer, mais elle le vit pointer sa baguette sur lui même, et tout à coup, elle poussa une exclamation de surprise parce qu'il venait de se fondre dans ses vêtements et qu'un gros chien noir était apparut en secouant la tête, projetant un énorme filet de bave autour de lui.