Comme si ce n'était pas suffisant, Peter avait disparu aussi, mais un rat bien dodu se tenait devant Lily sur la table basse, appuyé sur ses pattes arrières, agitant son petit nez et ses moustaches dans sa direction. Le chien, lui, s'était mis à tourner frénétiquement autour d'elle en battant la queue et en haletant comme s'il voulait jouer. Finalement, il s'assit devant elle et se mit à gémir.
Elle cligna plusieurs fois des yeux. Toujours assise en tailleur, ses mains étaient figées sur ses genoux et sa respiration s'était brutalement accélérée sous le coup de la surprise. Elle ne savait plus si elle rêvait ou pas. Elle avait vraiment un gros doute. La seule fois où elle avait été témoin de ce type de magie, c'était lors de sa première année en rencontrant son professeur de métamorphose, une adulte expérimentée. Elle secoua la tête. Peut-être était-elle toujours chez elle, à dormir contre... James.
Elle tourna finalement la tête vers lui. Oh non, elle ne rêvait pas. Il la fixait comme il ne l'avait jamais fait, avec une certaine soumission qui la dérangeait profondément. Il y avait toujours eu une espèce de rapport de force entre eux, mais plus qu'une véritable compétition, c'était un jeu, et là, sur son visage, il n'y avait plus d'amusement, juste de l'appréhension, et il savait ce qu'elle allait dire, et elle savait qu'il ferait exactement ce qu'elle voulait qu'il fasse.
« Et... Et toi ? bafouilla t-elle. »
Il détourna le regard, se leva du canapé où il s'était installé un peu plus tôt, et pointa sa propre baguette en direction de son torse sans un mot. Une seconde plus tard, un majestueux cerf se tenait devant elle. Un foutu cerf. Un cerf. Un cerf ! Elle avait beau se le répéter inlassablement, cela ne faisait toujours aucun sens. Le chien continuait à japper devant elle et le rat avait grimpé sur l'épaule de Rémus qui jaugeait Lily du regard.
Elle ne put estimer combien de temps dura son silence exactement, mais elle sut qu'il fut long parce que quand elle reprit ses esprits, Rémus tournait paresseusement les pages d'un livre qu'elle ne l'avait même pas vu prendre. Le chien était couché devant elle et poussait doucement son genou avec sa truffe humide, et le rat s'était endormi sur un coussin. Le cerf, lui s'était allongé lui aussi. Il était en boule, la tête rentrée dans ses pattes avant comme s'il ne voulait pas la regarder. Son cœur se serra dans sa poitrine.
« Rémus... Tu... Est-ce que tu... Commença t-elle en trébuchant sur les mots.
- Je suis déjà un loup-garou, je ne peux pas être partout, répondit-il en sachant exactement quelle était la question qu'elle n'arrivait pas à prononcer, puis il lui adressa un demi-sourire. »
Le chien s'était levé d'un bond dès qu'il avait entendu le son de sa voix, et il avait recommencé à fanfaronner autour d'elle. Il aboya plusieurs fois à quelques centimètres de son visage comme s'il voulait qu'elle lui lance une balle qu'elle n'avait pas.
« Patmol... murmura t-elle alors que tout devenait subitement très clair. Queudver, ajouta t-elle en posant ses yeux sur le rat toujours endormi. Lunard, poursuivit-elle alors que Rémus hochait la tête, son sourire s'élargissant un peu plus alors qu'il voyait qu'elle commençait à comprendre, et... Cornedrue, termina t-elle. »
Le cerf leva doucement la tête vers elle et elle vit James dans ses yeux. Il se leva, avança prudemment jusqu'à elle, et donna plusieurs petits coups de museau à Patmol qui s'en alla japper plus loin. Puis il s'allongea de nouveau, cette fois juste devant elle, et il avança prudemment sa tête vers sa main. Elle avait à peine senti sa fourrure sur sa peau qu'elle se leva d'un bond et se prit la tête entre les mains.
« Est-ce que vous êtes DINGUES ?! s'écria t-elle finalement. Des animagi ?! DES ANIMAGI ?!
- Et non déclarés en plus, intervint Sirius sur un ton léger alors qu'il venait de se retransformer, comme si cela allait la calmer. »
Elle s'était retournée en poussant un juron contre lui et contre eux tous. Peter, lui, sembla se débattre quelques secondes avant de réussir à reprendre forme humaine. Quant à James, elle le suspecta de prendre tout son temps juste pour ne pas avoir à affronter sa fureur.
« Vous allez... Merlin vous allez finir à Azkaban... Quelqu'un le découvrira un jour et vous... Vous serez envoyés à Azkaban et je ne vous reverrai plus et... »
Elle passa plusieurs minutes à répéter ces phrases à voix basse en faisant les cent pas. Elle avait à peine remarqué qu'ils échangeaient des regards inquiets tout en attendant qu'elle s'adresse de nouveau à eux.
« Non... Non vous n'avez pas pu être aussi STUPIDES. Ce n'est pas possible... Ce n'est pas possible. Non, non, non, continua t-elle alors que James reprenait forme humaine.
- Je crains que si, lui confirma Sirius malgré le coup d'oeil dissuasif que lui lançait son meilleur ami.
- Est-ce que tu trouves ça drôle ? l'interrogea t-elle en s'approchant de lui à grands pas, plus effrayante qu'il ne l'avait jamais vue. »
Pour la première fois, Sirius Black ravala sa salive devant elle et se ratatina un peu. Il n'y avait aucun doute quant au fait que James aurait trouvé cela particulièrement amusant si la situation n'avait pas été la même.
« Je crains que ce ne soit de ma faute, Lily... annonça Rémus en se levant à son tour.
- Non, Lunard, intervint James.
- Ils ont fait ça pour moi. Sous leur forme animale, ils ne craignent rien à me tenir compagnie pendant les pleines lunes... »
Lily continua de faire de rapides allés retours dans le salon pendant une minute, se repassant la phrase de Rémus dans sa tête, et puis elle s'arrêta net devant eux. Ils avaient l'air d'une rangée d'asperges, à la dévisager en attendant qu'elle parle.
« Qui a eu l'idée ? »
La réponse tardait à venir, mais le regard de James tomba sur le parquet du salon et il aurait tout aussi bien pu avouer directement. Ainsi, ce ne fut pas une surprise lorsqu'il pointa son propre index vers lui même.
« Oh évidemment ! pesta t-elle en se retournant et en laissant ses mains retomber le long de son corps et claquer contre ses hanches.
- C'était une décision collective ! le défendit Sirius.
- C'était pour Rémus ! ajouta Peter.
- J'ai compris ça ! s'exclama Lily. Je comprends, reprit-elle d'une voix plus posée en les regardant tour à tour. Mais bon sang, pourquoi ne pas vous être déclarés ?!
- Parce que le ministère surveille tous ceux qui le font. Nous n'aurions pas pu continuer à suivre Rémus pendant les pleines lunes sans risquer de l'exposer aussi, lui expliqua James.
- Et puis on était jeunes... Et stupides... Et enfreindre les règles du ministère était plutôt jouissif.
- Patmol, je pense que ce genre de déclaration n'est pas nécessaire, pointa Rémus en voyant le regard de Lily s'assombrir légèrement.
- Ensuite, la guerre a pris de l'ampleur, et nous nous sommes dit que nous possédions une arme dont personne d'autre que nous n'est au courant et que cela pourrait nous servir, reprit James.
- Je n'étais pas d'accord avec ça non plus, Lily, lui avoua Rémus. Mais les avoir avec moi... Enfin... Tu sais, personne n'a jamais fait quelque chose comme ça pour moi. »
L'émotion dans sa voix n'était pas feinte, et elle prit Lily aux tripes. James donna une petite tape sur l'épaule de son ami, Sirius lui adressa un sourire, et Peter ne semblait pas pouvoir détacher ses yeux de la jeune femme comme s'il craignait qu'elle ne prenne ses jambes à son cou pour aller prévenir le ministère.
« En plus, il n'est pas autorisé aux sorciers qui n'ont pas encore terminé leur scolarité d'exercer ce type de magie. Nous n'aurions jamais pu le faire si nous avions dû demander...
- Sans blague, Peter, ironisa Lily. Parce que c'est dangereux ! Vous auriez pu y laisser votre vie ! Vous êtes complètement inconscients, ça me dépasse.
- Personne n'est mort, lui fit remarquer James.
- Oh, très bien, réjouissons nous alors ! répliqua t-elle avec fureur.
- Nous avons suivi les étapes à la lettre ! Qu'est-ce que tu crois ?! On a étudié ça pendant une année entière avant de se lancer ! rétorqua t-il cette fois sur le même ton, la déstabilisant légèrement.
- Et c'était quand, si je peux me permettre ?!
- On a commencé en troisième année, on a réussi en cinquième, répondit Sirius. »
Lily devait bien admettre qu'elle ne s'attendait pas à ça. Elle ouvrit la bouche et la referma en les observant tour à tour. Elle avait naïvement pensé que tout cela restait assez récent, et si elle avait dû deviner, elle n'aurait jamais parié sur leur cinquième année, mais plutôt sur la septième. Cela expliquait beaucoup sur leurs compétences en Métamorphose.
« Je... Merlin, j'ai besoin de m'asseoir, déclara t-elle en se laissant tomber sur le canapé. »
S'en suivit un nouveau silence. Les garçons les plus bruyants que Poudlard ait eu entre ses murs n'avaient jamais été aussi peu turbulents. Ils étaient aussi calmes qu'attentifs à la moindre de ses paroles, et elle finit par leur jeter un regard en biais. Le plus petit se balançait nerveusement d'un pied sur l'autre.
« Oh par la barbe de Merlin, détends-toi Peter, je ne vais rien dire à qui que ce soit ! Je n'ai envie de voir aucun d'entre vous derrière les barreaux, reprit-elle.
- Merci. Merci, merci ! s'exclama t-il en poussant le plus long soupir de soulagement qu'elle ait entendu de toute sa vie alors que Sirius esquissait une moue ennuyée.
- Est-ce que tu veux... Est-ce que tu préfères que je te ramène chez toi ? »
La question de James lui serra le cœur, et le ton morne sur lequel il l'avait prononcée l'acheva simplement. Le regard soucieux de Rémus passa entre eux deux, et Lily savait pertinemment qu'il se sentait déjà coupable de quelque chose dont il n'était pas responsable.
« J'ai juste besoin d'être au calme je... Elle ne parvint pas à terminer sa phrase, elle secoua simplement la tête et se passa une main las sur le visage.
- Tu peux prendre ma chambre si tu veux... Ou la chambre d'ami, lui dit-il simplement.
- Tu peux aller dans la mienne aussi, mais je n'ai pas rangé, et j'ai bien peur qu'il y ait quelques magasines par terre qui te choqueraient infiniment plus que ce que tu viens d'apprendre, ajouta Sirius, s'attirant un regard dépité de son meilleur ami. »
Lily aurait probablement ri en temps normal, mais elle était juste complètement à côté de ses pompes et elle commençait à croire qu'elle n'avait plus toute sa tête. Elle quitta le salon, traversa le hall, et monta les escaliers. Ses pas la guidèrent jusqu'à la chambre de James dans laquelle elle pénétra, ses yeux tombant sur ce dessin qu'elle avait remarqué quelques temps auparavant, celui où l'on pouvait voir un loup jouer avec un gros chien noir.
Et puis elle remarqua les autres. Ceux avec le rat, ceux avec le cerf, bien que ce dernier n'apparaisse peu, et ceux où ils étaient tous les quatre, et plus elle errait dans la pièce, plus elle avait l'impression qu'il y en avait absolument partout, et plus elle se sentait nauséeuse. Elle s'écrasa sur le lit de James, les yeux rivés vers le plafond, et elle essaya de réguler sa respiration.
« Tu vas me tuer, James Potter, soupira t-elle pour elle-même. »
Elle resta dans cette position un long moment, réfléchissant à ce qu'elle avait vu et entendu, et ayant toujours du mal à y croire. Elle savait qu'ils étaient capables du pire comme du meilleur, mais jamais elle n'aurait envisagé une telle chose. Elle voyait à quel point le geste était admirable, à quel point ils avaient fait pour Rémus ce que n'importe quel ami aimerait que l'on fasse pour lui, et elle comprenait à présent le lien qui existait entre eux, mais elle n'avait même pas été capable de le leur dire parce qu'au dessus de cela régnait la peur.
Et s'ils se faisaient attraper ? Et si quelqu'un venait à l'apprendre ? Et s'ils terminaient tous à Azkaban ? Elle ne s'inquiétait pas pour sa petite personne, elle ne pouvait juste pas s'imaginer une seule seconde de les savoir captifs dans un endroit aussi horrible que la prison pour sorciers, et elle leur en voulut presque pendant une minute de lui avoir fait confiance. Et si elle laissait échapper quelque chose par mégarde ?
Elle se retourna et tenta de s'étouffer dans l'oreiller de James. En vain. Son odeur l'enveloppa et la fit culpabiliser encore plus s'il l'eut été possible sur la façon dont elle avait géré la nouvelle. Ils avaient beau être inconscients, il fallait qu'elle se rende à l'évidence, ils avaient réfléchi à tout cela, et ils avaient réussi leur coup.
Curieuse, elle bondit du lit pour se rapprocher du tas de bouquins qui traînaient sur son bureau. Ses jambes étaient tremblantes. Il y avait toujours son petit carnet en cuir sur lequel il dessinait, mais ce n'était pas cela qui l'intéressait. Son regard fut directement attiré par un gros livre sur la métamorphose. Elle l'attrapa précautionneusement, il était si ancien qu'elle redoutait que les pages ne s'en détachent si elle osait les effleurer, mais elle le feuilleta tout de même jusqu'à tomber sur le chapitre qui l'intéressait, celui concernant les animagi.
A cet endroit là, les pages étaient beaucoup plus usées, parfois même partiellement déchirées et l'écriture de James apparaissait dans la marge pour compléter certaines phrases qui n'étaient plus visibles. Elle y distingua aussi celle de Sirius par endroit. Elle lut les étapes une par une en écarquillant les yeux.
Ils avaient passablement étudié les animagi à Poudlard mais elle ne se souvenait pas vraiment du cours, et maintenant qu'elle lisait ce par quoi ils étaient passés, elle était totalement époustouflée qu'ils soient parvenus à se transformer. Elle songea qu'il était probablement mille fois plus facile d'arracher un œuf à une dragonne déchaînée que de s'essayer à une telle forme de magie. Et ils avaient réussi. Ils avaient réussi à quinze ans.
Elle relut les pages du livre plusieurs fois, et au fur et à mesure, quelques souvenirs étranges lui revinrent en tête, comme ces fois où ils tombaient tous malades en même temps et qu'elle avait toujours pensé que ce n'était qu'une façon de plus d'attirer l'attention sur eux. Finalement, maintenant qu'elle savait tout, elle réalisait que l'attention était probablement la dernière chose qu'ils cherchaient.
Il y avait sûrement des tas d'autres choses dont elle ne se rappelait plus à propos de leur comportement ces années là, mais le nombre de points retirés à Gryffondor à cause de leurs absences dans leur dortoir la nuit faisait de plus en plus sens. Elle s'en voulait un peu maintenant, de le leur avoir reproché. Elle était obsédée par quelque chose de futile à ce moment là, l'idée de la perfection, la course pour être la meilleure, et eux, ils voulaient juste aider un ami dans le besoin. Ils avaient dépassé tout le reste. Elle n'aurait jamais pu comprendre à ce moment là.
Elle reposa le livre sur le bureau tout en gardant les doigts appuyés sur la page qui concernait les animagi. Une anxiété intense grimpa le long de ses vertèbres et en un instant, ce fut comme si tous les nerfs de son visage s'étaient donnés le mot pour se tendre. Elle eut mal jusque dans les joues, et elle ressentit comme une brûlure au fond de sa gorge.
Son rythme cardiaque s'accélérait à chaque fois qu'elle avait le malheur de laisser son esprit penser à quelque chose. La formation d'auror. Scribenpenne. L'Ordre du Phénix. La guerre. Son avenir. Severus. Marlène. Pétunia. Les animagi non déclarés... La cerise sur le gâteau... Elle attendait que les larmes viennent, mais elles ne venaient pas. C'était comme si tout était bloqué et que le monde ne tournait plus. Le vide.
Elle se laissa tomber sur la chaise de bureau de James, essayant de réguler sa respiration, mais elle n'y arrivait pas et cela ne faisait qu'accentuer sa détresse. Sa main tremblante se crispa sur le livre, de grosses gouttes de sueur perlèrent sur ses tempes, il lui semblait qu'une énorme fanfare venait d'envahir son crâne, et les larmes s'agglutinaient dans ses yeux sans jamais couler. Elle voulait appeler James, mais elle n'y arrivait pas. Ses cordes vocales ne fonctionnaient plus non plus, et cela ne fit qu'accentuer sa panique.
Sa gorge était presque complètement obstruée et elle n'avait jamais autant eu l'impression de se noyer de toute sa vie. Elle aurait voulu dévaler les escaliers, mais elle était si fébrile qu'elle doutait que ses pieds ne la portent. Elle ferma les yeux et tenta de se concentrer de toutes ses forces sur quelque chose de joyeux, mais plus le faisait, plus elle entendait son cœur tambouriner dans sa poitrine comme s'il voulait en sortir. Pourquoi là ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi pas quand elle était en bas, avec tout le monde ?
Elle était en nage lorsque Sirius ouvrit la porte de la chambre de James et entama un mouvement vers la grosse armoire du fond de la pièce. Il devait s'attendre à ce que Lily se trouve dans la chambre d'ami puisqu'il se figea, surpris, quand ses yeux tombèrent sur elle.
« Lily ? »
Sa voix était lointaine. Il s'agenouilla devant elle sans qu'elle ne le voit vraiment. Elle sentit plus ou moins ses mains sur son visage, puis autour d'elle. Elle n'arrivait toujours pas à respirer, mais cette fois, les larmes coulaient abondamment le long de ses joues alors que son corps venait de quitter le confort sommaire de la chaise de bureau.
Elle se vit traverser le couloir dans les bras de Sirius, elle l'entendit appeler James, et elle sentit ensuite le parquet de la salle de bain sous ses doigts quand il la posa par terre contre la baignoire, et alors qu'elle sanglotait devant lui, il passa un gant de toilettes humides sur son visage et elle put voir ses yeux gris la parcourir avec culpabilité.
Elle avait envie de lui dire qu'il n'avait rien fait de mal, mais quand elle ouvrit la bouche, aucun son n'en sortit et elle ne parvint qu'à se cramponner à son bras.
« Regarde-moi dans les yeux Lily, ça va aller, d'accord ? Lui dit-il. Concentre toi sur moi et sur rien d'autre. Je suis là, nous allons bien tous les deux, James arrive, il va bien aussi, tout va bien. Tout va bien, répéta t-il sans arrêt. »
Elle hocha frénétiquement la tête et soutint son regard comme il l'avait encouragé à le faire et au bout de quelques secondes, tout devint un peu plus supportable, et puis James apparut dans la pièce et s'installa rapidement à côté d'elle. Elle prit une énorme et bruyante inspiration.
« Tu vois, il est là. Ne t'inquiètes pas. On s'occupe de tout, d'accord ? Poursuivit Sirius après avoir jeté un regard en biais vers son meilleur ami. »
Sirius imbiba de nouveau le gant de toilettes avant de le poser de nouveau sur son front pendant que les mains de James s'étaient faufilées dans celles de Lily. Ses doigts se serrèrent si fort autour des siens qu'elle redouta de lui faire mal mais elle ne contrôlait plus rien. Elle avait juste besoin de sentir qu'il était là.
Elle quitta les yeux gris de Sirius pour trouver ceux de James. Elle le voyait préoccupé au delà des mots, avec la même culpabilité sur son visage que son camarade, et elle décida juste de se focaliser sur ce que leurs mains nouées signifiaient et sur les mots que Sirius répétait inlassablement. Ils s'occupaient de tout. Elle n'avait pas besoin de s'inquiéter. Ils seraient toujours là, il n'y avait aucune raison qu'ils s'en aillent où que ce soit. Elle était en sécurité. Ils veillaient sur elle. Personne n'allait à Azkaban. Elle n'avait pas besoin de paniquer.
Peu à peu, elle sentit la tension retomber. Les larmes cessèrent doucement de couler, la sensation d'étouffement s'estompa, et ses doigts se desserrèrent lentement de la main de James sur laquelle subsistèrent de grosses marques rouges qu'elle observa d'un air fautif. Elle lui jeta un regard navré et ouvrit la bouche pour s'excuser, mais il fut rapide.
« Ne t'avises pas de me dire que tu es désolée, la prévint-il dans un murmure. »
Soulagé de la voir reprendre des couleurs, il s'assit plus confortablement en poussant un soupir de soulagement.
« Wow, ça faisait longtemps, n'est-ce pas ? Dit Sirius en se tournant vers James. »
Il s'était redressé et avait passé sa main sur son visage comme s'il venait de courir dix kilomètres. James acquiesça et Lily essuya rapidement ses joues avant de les interroger du regard.
« Quand j'ai quitté la maison de mes parents et que je suis arrivé chez James, je faisais des crises comme celle là presque tous les jours, expliqua t-il en se hissant sur le lavabo, laissant ses jambes se balancer dans le vide dans un rythme régulier. »
Il le disait avec une certaine désinvolture, mais Lily ne pouvait que comprendre à quel point les choses avaient été compliquées pour lui. Sa respiration avait maintenant repris un rythme lent et rassurant, et la présence des deux garçons y était pour beaucoup.
« Merci, arriva t-elle finalement à articuler. »
Sirius haussa les épaules. James ne répondit pas, mais il posa sa main sur sa cuisse. Elle laissa sa tête basculer en arrière. Elle ne comprenait même pas ce qui était arrivé. Elle n'avait rien vu venir. Elle pensait qu'elle gérait les choses plutôt bien. En dehors de la colère, elle croyait que toutes ses émotions étaient contrôlées, et finalement, elles l'avaient prise par surprise en la submergeant au moment où elle ne s'y attendait pas. Elle se sentit bête.
Rémus et Peter apparurent bientôt dans l'encadrement de la porte et leurs regards tombèrent gravement sur Lily qui soupira en les voyant tout aussi accablés que les deux autres. Les quatre garçons se jetaient des coups d'oeil sombres et elle détestait cela. Ils s'en voulaient.
« Ne me dîtes pas que vous vous attribuez tout le mérite pour ça, commença t-elle la voix tremblante avant de continuer. J'ai une sœur qui me traite de monstre tous les jours, vous ne lui arrivez pas à la cheville. »
Sirius et James lâchèrent un rire mais Rémus et Peter demeurèrent imperturbables.
« Ta maison semble être un vrai camp de vacances, Evans. Tu devrais aller passer une semaine chez les Blacks. Quand j'avais quinze ans, j'ai ramené un livre sur l'étude des moldus à la maison et j'ai pris un malin plaisir à le brandir devant mes parents. La semaine d'après, impossible de trouver le chien de la famille qui était, on peut le dire, mon seul allié. Je croyais qu'il avait disparu, j'ai mis des affiches dans tout le quartier... Finalement, un soir, je suis rentré dans ma chambre et je l'ai trouvé. Ma mère l'avait tué et l'avait fait empailler. Sa tête était fixée juste au dessus de mon lit.
- Mon dieu, souffla Lily les yeux grands ouverts. J'avais d'autres choses en réserve, mais...Bon, tu gagnes, je ne peux rien faire contre ça.
- Ce n'est pas un concours, trancha James en secouant la tête d'un air dépité.
- Tu dis ça juste parce que tu sais que tu ne peux pas gagner, le taquina Sirius avant d'adresser un clin d'oeil complice à Lily.
- Je suis un loup-garou, intervint Rémus. Ca compte ?
- Ce n'est qu'une fois par mois, lui fit remarquer Sirius, n'essaies pas de m'arracher la victoire, Lunard, c'est très insensible de ta part. »
Il y eut un long silence, et finalement ils échangèrent tous un regard, et le rire de Lily se mêla bientôt à celui de Sirius, puis à celui de Rémus, à celui de Peter, et enfin à celui de James. La pression retombait aussi subitement qu'elle était survenue.
« Vous savez que j'emmènerai votre secret dans ma tombe, n'est-ce pas ? déclara t-elle. »
Ils acquiescèrent tous en même temps, puis elle se leva péniblement en s'appuyant sur le bord de la baignoire, et leur fit signe à tous d'approcher.
« Merlin, si on m'avait dit il y a deux ou trois ans que je ferais ça, j'aurais sûrement bien ri, mais je... Venez là, leur dit-elle en ouvrant ses bras. »
Une seconde plus tard, les quatre maraudeurs et Lily partageaient une accolade amicale au milieu de la salle de bain et même si elle avait pu compter sur Mary pendant toute sa scolarité, le lien qu'elle venait de tisser avec eux était quelque chose d'autre, quelque chose de particulier. Elle le sentait. C'était comme un pacte silencieux, comme un engagement qui les liait jusqu'au bout et qu'ils n'avaient pas eu besoin de prononcer.
« On ferait mieux de redescendre... Euphemia et Fleamont ne vont pas tarder et s'ils nous trouvent tous dans la salle de bain, ils vont se poser des questions quant à nos activités, reprit Sirius. Vous deux, vous restez là ! s'empressa t-il d'ajouter en voyant James et Lily entamer un mouvement pour le suivre. Vous avez des choses à vous dire, et si vous n'arrivez pas à parler... Eh bien faites autre chose. Je m'occupe de faire diversion, c'est ma tournée ! »
Il poussa Peter et Rémus dehors avec lui et referma derrière eux non sans avoir adressé un dernier sourire lourd de sous-entendus à James et Lily. Mi amusée, mi résignée, elle leva les yeux au ciel. James, lui, esquissa un sourire amusé qui disparut dès que le silence s'imposa de nouveau.
« Il a raison. Tu as besoin de parler de tout ça, lui dit-il en se hissant sur le meuble du lavabo comme Sirius l'avait fait un peu plus tôt.
- Sûrement, soupira Lily en s'appuyant sur le bord de la baignoire.
- Je suis désolé. On aurait peut-être dû faire autrement, ne pas tout te balancer à la figure de cette façon, on aurait dû te préparer un peu mieux ou...
- Ce n'est pas de votre faute, le coupa t-elle. Ce n'est pas comme si... Ce n'est pas comme si je ne m'inquiétais pas tous les jours avec la guerre... Ou comme si ma propre maison n'était pas devenue un environnement hostile la moitié du temps... Ou... Elle s'interrompit et déglutit. »
Il posa son regard insistant sur elle, et le sien dévia vers ses pieds. Elle avait tellement peur de tout casser juste en prononçant quelques mots qu'elle n'osa plus rien dire.
« Ou ? répéta t-il en l'encourageant à continuer. »
Son cœur se serra si fort dans sa poitrine qu'elle eut un mal de chien à prendre une inspiration. Il était devenu tout pour elle en si peu de temps et elle n'avait plus aucune idée de ce à quoi la vie ressemblait quand ils n'étaient pas ensemble, mais il lui sembla qu'elle n'était teintée que d'un gris triste et morne.
« J'imagine que j'ai peur pour nous, admit-elle.
- Pour quelle raison ? Demanda t-il en fronçant les sourcils.
- Mon amplitude horaire à Scribenpenne est large... La tienne sera encore pire à la formation. Beaucoup de brigades travaillent la nuit, et... J'ai essayé de me dire que tout irait bien, mais je crois qu'il y a une partie de moi qui sent que ça va être très compliqué.
- Je t'ai dit que je ferai du temps pour toi, tenta t-il de la rassurer. Sirius et moi avons déjà prévu de nous porter malade à chaque pleine lune l'un après l'autre, histoire que Peter ne soit pas seul avec Rémus. On trouvera une solution nous aussi.
- Justement, c'est bien cela le problème James. Tu ne peux pas créer du temps. Il n'y a que vingt quatre heures dans une journée. Peu importe à quel point nous voudrons nous voir, tu ne pourras pas te pointer ou partir de la formation à l'heure que tu voudras. »
La pièce plongea dans un horrible silence. Le visage de James se décomposait sous ses yeux comme s'il réalisait à quel point elle avait raison, et un tambour inquiétant tapait redoutablement fort dans la poitrine de Lily.
« Qu'est-ce que tu dis ? Qu'est-ce que tu veux faire ? l'interrogea t-il en sautant du lavabo pour se planter au milieu de la salle de bain, la main figée dans ses cheveux noirs, ses yeux sombres perdus sur son visage pâle.
- Je...
- Est-ce que tu veux qu'on se sépare ? »
Ce fut comme un gros coup de tonnerre qui la cloua sur place. L'angoisse qu'elle avait ressenti un peu plus tôt commença doucement à ressurgir et elle eut l'impression qu'on venait de lui tirer le cœur hors de la poitrine.
« S'il te plaît, non, murmura t-elle. A moins que... Toi tu...
- Non, trancha t-il fermement. Jamais. Jamais, répéta t-il en appuyant sur chaque mot.
- Je quitterai Scribenpenne.
- Non, protesta t-il. C'est ton endroit préféré.
- Mon endroit préféré c'est avec toi.
- Alors moi je n'irai pas à la formation, décréta t-il comme s'il venait de trouver la solution parfaite.
- Il en est absolument hors de question ! affirma t-elle en se levant du bord de la baignoire. »
Il s'apprêta à répondre mais elle lui jeta un regard dissuasif qui lui indiqua clairement que ce n'était même pas la peine d'essayer. Elle ne le laisserait pas renoncer à cause d'elle.
« Tu sais quoi ? Peut-être que je me trompe... Peut-être que j'ai tort et que ça fonctionnera très bien. On a qu'à... On a qu'à essayer et...
- Tu ne te trompes jamais, lui fit-il remarquer.
- J'aurais adoré t'entendre prononcer cette phrase il y a deux ans, soupira t-elle, se félicitant intérieurement de parvenir à faire réapparaître un bref sourire sur son visage.
- Je suis toujours en retard.
- C'est énervant. »
Elle s'approcha et se laissa basculer contre son torse, ses mains se nouant instinctivement dans son dos. Il l'enveloppa de ses bras et elle se jura qu'elle ne se priverait jamais de cela. A moins qu'il ne l'oblige à le faire, mais il avait l'air tout aussi décidé qu'elle de ne pas en arriver là.
« On trouvera un solution, chuchota t-il comme une promesse.
- On trouvera une solution, confirma t-elle. »
