C'était une belle journée d'octobre et même si l'automne avait théoriquement débarqué, l'été semblait décidé à ne pas vouloir faire ses bagages. Lily était dans l'arrière boutique de Scribenpenne en train de ranger une livraison d'encriers reçue le matin même pendant que Rolanda s'occupait des clients.
Les autorités avaient forcées Mulciber à ramener la plume et les choses s'étaient arrêtées là. La patronne du magasin avait été trop gentille et avait décidé de ne pas poursuivre le jeune homme. Il n'avait plus osé pointer le bout de son nez depuis presque deux mois, et c'était tant mieux.
C'était une maigre consolation car les attaques de mangemorts continuaient un peu partout, et en particulier dans les quartiers moldus. Là bas, ils semblaient tuer au hasard, comme si l'important était juste d'en éradiquer le plus possible, comme s'ils brandissaient une bombe d'insecticide devant ce qu'ils jugeaient être d'abjects cafards, et cela rendait Lily malade.
Ils ne s'arrêtaient pas là. Ils tuaient aussi quelques sorciers. Des traîtres à leur sang principalement, ou des sangs de bourbe comme elle. Là, le hasard n'existait plus mais pour Lily, ce n'était pas plus mal. Au moins, elle savait à quoi s'attendre. Les moldus, eux, n'en avaient aucune idée, et elle s'inquiétait pour ses parents et sa sœur, mais elle continuait à les préserver autant qu'elle le pouvait en leur cachant la guerre.
Elle avait , de toutes façons, l'esprit ailleurs. Elle ressentit une once de culpabilité quand elle réalisa que ses inquiétudes étaient principalement tournées vers son couple plutôt que vers le danger omniprésent. James avait commencé sa formation depuis près d'un mois et demi et si les premiers jours, ils avaient été agréablement surpris de constater que leurs horaires coïncidaient formidablement bien, ce dernier mois avait simplement été un enfer. Il n'avait même plus ses week-ends et le seul moment en semaine où il était libre, elle ne l'était pas.
Elle soupira en déballant un énième encrier du gros carton qui traînait à ses pieds. Elle ne savait pas à partir de quand exactement elle avait commencé à être aussi soumise aux sentiments qu'elle éprouvait pour lui, mais s'il y avait une chose dont elle était certaine, c'était qu'elle ne pouvait rien y faire. Ils ne se voyaient plus qu'en coup de vent, et elle n'avait jamais ressenti un tel manque dans sa vie.
Elle y pensait tous les jours. Chaque heure. Chaque minute. Et elle détestait cela. Elle n'avait jamais été cette fille. Elle était indépendante. Elle n'avait pas besoin de lui. Ou peut-être que si. Peut-être que tout était vrai, sauf cette dernière affirmation. Non. C'était ridicule. Elle pouvait être amoureuse sans se laisser dépérir juste parce que le seul moment intime qu'ils avaient partagé ces dernières semaines était un rapide baiser au milieu de Pré-au-Lard avant qu'elle ne commence à travailler et qu'il n'aille se coucher.
Elle avait à peine eu le temps d'en profiter. Merlin, elle n'en pouvait plus. Ils n'avaient pas pu se toucher comme elle le voulait depuis début septembre et elle aurait vendu absolument tout ce qu'elle possédait pour avoir ne serait-ce qu'une heure d'intimité avec lui. Ils s'envoyaient des lettres, et c'était une maigre consolation, mais c'en était une quand même. Elle s'appuyait dessus quand elle se sentait trop triste pour réussir à dormir le soir, seule dans un lit qu'elle avait jugé trop petit durant toute son adolescence mais qu'elle trouvait à présent beaucoup trop grand, beaucoup trop vide.
Il n'avait même pas pu venir à la dernière réunion de l'Ordre. Rémus et Peter l'avaient excusé auprès de Dumbledore. Lily avait trouvé du réconfort auprès de Mary, mais cette dernière passait son temps avec Emmeline Vance et personne ne pouvait décemment l'en blâmer.
L'ancienne préfète avait à peine pu supporter le regard de Marlène McKinnon sur elle pendant la réunion. C'était comme si elle savait que son paradis ressemblait drôlement à l'enfer à présent, et elle ne supportait pas de lui avoir donné cette satisfaction même si tout allait un peu mieux entre elles.
Tout le monde était venu, y compris Alice Cooper dont la main n'avait pas quittée celle de Frank Londubat, rendant Lily profondément jalouse. Elle en avait fait part à James dans une lettre et il lui avait proposé de couper la sienne et de la lui envoyer pour résoudre le problème mais elle s'était empressée de lui répondre de ne pas le faire. Elle n'avait aucun doute sur le fait que l'idiot en était capable.
« Lily, je vais fermer. Tu as terminé ? lui demanda Rolanda d'une voix forte alors qu'elle venait d'encaisser les derniers clients de la journée.
- J'arrive ! »
Elle déballa les quatre encriers qui restaient et s'empressa de récupérer sa veste et son sac dans la réserve. Baguette à la main, elle esquissa un petit signe à sa collègue avant de quitter la boutique en lançant un rapide « A demain ! ».
Elle s'arrêta net lorsqu'elle tomba nez à nez avec Rémus. Il semblait l'attendre dans la rue, les bras croisés. Elle se dirigea vers lui alors qu'il faisait un geste dans sa direction, et elle lui donna une brève accolade.
« Rémus ! Ça fait un moment. Comment vas-tu ?
- Bien, bien, et toi ? Je pensais qu'on pourrait aller prendre un verre aux Trois Balais avant que tu ne rentres chez toi, qu'est-ce que tu en dis ? lui proposa t-il en lui adressant un sourire amical.»
Elle fronça les sourcils et le dévisagea avec attention. Ils avaient beau bien s'entendre, ils ne sortaient jamais seuls tous les deux. Elle n'avait d'ailleurs même pas pensé à le faire. Ils étaient amis, mais Rémus était avant tout celui de James, et sortir sans lui paraissait un peu bizarre.
« Est-ce qu'il t'a demandé d'être ma baby-sitter ? l'interrogea t-elle suspicieusement.
- Je ne crois pas qu'il l'ait tourné comme ça, répondit-il très honnêtement, une étincelle espiègle dans le regard. »
Lily leva les yeux au ciel et soupira, mais elle décida quand même de prendre la direction des Trois Balais avec Rémus. Il n'était pas de mauvaise compagnie et quelque part, c'était un peu comme si une partie de James était avec elle.
« Je suis ravie que tu sois là Rémus, mais la prochaine fois qu'il te demande quelque chose comme ça, dis-lui que ça ne le remplace pas.
- Je le lui ai dit, affirma t-il. Mais il se sent coupable de ne pas pouvoir te voir. Je ne pouvais pas refuser. Tu aurais vu la tête de six pieds de long qu'il faisait.
- J'aurais aimé voir sa tête de six pieds de long. Ça fait des semaines que je ne demande qu'à voir sa tête de six pieds de long, déclara t-elle sur un ton maussade, faisant un peu sourire le lycanthrope malgré tout.
- Si ça peut te rassurer, notre discussion n'a durée que deux minutes montre en main.
- Sirius était là ?
- Oui. C'était la première fois que je le voyais aussi exténué. Ils sont passés juste avant de rentrer au manoir pour dormir. Il devait être 8h ou 9h... Leurs horaires sont démentiels. Je comprends maintenant pourquoi il y a peu d'aurors à la fin de la formation. »
Ils s'installèrent sur une banquette et Lily balaya l'endroit du regard pour voir si d'anciens camarades à eux étaient présents mais elle ne reconnut personne. Rosmerta leur apporta chacun une bièraubeurre et alors que Lily la remerciait, elle posa ses poings sur ses hanches et ses yeux sur Rémus.
« Eh bien... Où sont Sirius et James ? le questionna t-elle. Je ne les ai pas vus depuis une éternité ! Ne me dis pas qu'ils vont au Chaudron Baveur maintenant, parce que je...
- Oh non, non ils ne vont pas là bas, la coupa Rémus. Ils ont entamé une formation d'auror, ils travaillent beaucoup, mais ils pensent toujours à vous, c'est certain, la rassura t-il.
- Ah, la belle affaire ! s'exclama t-elle. Bon, eh bien... J'espère qu'ils reviendront bientôt, trancha t-elle avant de les quitter pour aller vers d'autres clients.
- Est-ce qu'elle se rend compte qu'elle est un peu vieille pour eux ? chuchota rapidement Lily à l'adresse de Rémus.
- Elle n'a quelques années de plus que nous... Est-ce que la jalousie te fait perdre ton ouverture d'esprit habituelle ? répliqua t-il, un tantinet moqueur. »
Elle arqua un sourcil et s'enfonça contre le dossier de sa banquette en grommelant un « pas du tout » qui le fit rire.
« Comment va Peter ? enchaîna t-elle.
- Bien j'ai l'impression, mais il a commencé à travailler dans l'entreprise de blanchisserie de ses parents et je ne le vois plus beaucoup non plus.
- Je comprends mieux... Finalement, je suis autant ta baby-sitter que tu es la mienne, pointa t-elle. »
Il acquiesça et trinqua bruyamment avec elle. Un peu de bièraubeurre gicla sur la table. Elle en sirota une gorgée tout en songeant que puisqu'elle avait un maraudeur sous la main, elle était en mesure de poser toutes les questions qu'elle avait voulu leur poser lors de leur dernière intense conversation.
« Rémus... A propos de tu-sais-quoi...
- Hmmm ?
- Je voulais en parler avec James, mais nous n'en avons pas eu le temps, ou alors je n'ai pas osé et... Je n'avais pas envie de faire ça par hibou. Il y a trop de questions et je crains que les réponses ne soient trop longues. Enfin, bref. Je voulais savoir... Comment ça se passe ? Ils te suivent ? le questionna t-elle après avoir pris le soin de jeter un sortilège d'insonorisation autour d'eux.
- Oui. Nous allons à la cabane ensemble avant la nuit et... Il se passe ce que tu sais, répondit-il, un peu évasif malgré les précautions de Lily. J'aimerais te dire qu'ils ne risquent rien, mais... Je ne maîtrise pas grand chose, et si Peter est plutôt sage, Sirius et James sont assez...
- Inconscients ? termina Lily.
- Je n'aurais pas dit ça parce que ce n'est pas pire qu'en temps normal... poursuivit-il avec hésitation. Mais ils sont plus... Turbulents. Quand ils sont... Tu-sais-comment. Ils... Enfin, j'imagine que l'instinct primaire reprend le dessus, expliqua t-il en haussant les épaules.
- Oh mon dieu.
- Exactement, trancha t-il en lui adressant un sourire navré. Mais tu sais, je ne me contrôle pas non plus. Je ne leur fais pas de mal parce que je ne les vois pas comme des... Proies, glissa t-il d'une voix si basse que Lily ne l'entendit presque pas. Mais à Poudlard, il n'était pas rare que nous rentrions tous les trois avec des blessures un peu partout. Jamais rien de grave, mais Sirius adorait exposer ça en racontant toutes sortes de trucs à propos des entraînements de quidditch pour faire peur aux potentielles nouvelles recrues de Poufsouffle, Serpentard, ou Serdaigle qu'il jugeait prometteuses et les décourager de s'inscrire. James ne cautionnait pas. Il voulait toujours se mesurer aux meilleurs.
- Il se contentait d'agiter ça devant le nez des filles, bougonna Lily. »
Rémus pouffa et manqua de recracher sa gorgée de biéraubeurre, mais il fut forcé d'acquiescer. Lily se pencha un peu plus vers lui, une nouvelle question en tête.
« Est-ce que Dumbledore sait ?
- Il sait pour moi. Lui et Madame Pomfresh m'ont beaucoup aidé quand on était à Poudlard, mais personne ne sait pour les garçons. Il n'y a que nous. Fleamont et Euphemia ne sont pas au courant non plus.
- James m'a dit par hibou de ne rien mentionner devant ses parents, mais comment Merlin s'y sont-ils pris pour ne pas se faire attraper pendant l'apprentissage de... Au cours du... Enfin, tu vois ce que je veux dire.
- Ah, lâcha Rémus comme s'il s'agissait d'une longue et trépidante histoire. »
Les doigts de Lily se crispèrent un peu plus autour de sa chope, et le récit de Rémus, bien qu'interminable, fut absolument passionnant.
« … Et nous pensions vraiment que McGonagall l'avait remarqué.
- Tu veux dire qu'il a mis la feuille de mandragore dans sa bouche juste devant elle ? l'interrogea Lily, incrédule.
- Oui ! Et quand elle l'a vu, il s'est empressé d'en prendre une dans le grand chêne et de la manger aussi pour brouiller les pistes. Puis il a fait pareil avec un pommier près de la cabane d'Hagrid, et je pense qu'elle a juste fini par se dire « Bon, c'est Sirius Black, il n'y a pas d'explication logique au fait qu'il mange les feuilles des arbres. ». »
Lily éclata d'un rire bruyant, suivit de près par Rémus. Elle pouvait clairement s'imaginer la scène et de grosses larmes commençaient à se former au coin de ses yeux en imaginant le maraudeur mâcher toutes les feuilles d'arbre sur lesquelles il tombait.
« C'était en quatrième année. Le premier essai, dit-il avec une certaine nostalgie dans la voix, mais nous avions commencé à étudier le processus l'année précédente.
- Combien y en a t-il eu ?
- 5 pour James et Sirius. 6 pour Peter. L'étape la plus dure, c'était de garder la feuille de mandragore dans leur bouche pendant un mois entier. Sirius a été obligée de l'avaler la première fois comme je viens de te le raconter... Peter, lui, s'était trompé et avait pris une feuille de tilleul, nous nous en sommes rendus compte tardivement. James a éjecté la sienne pendant un match de quidditch après l'avoir conservée une semaine. Comme tu peux l'imaginer, le problème principal, c'était de parler avec la feuille dans la bouche, donc ils essayaient de le faire le moins possible, voir même pas du tout. Ils ont eu beaucoup de mal à manger aussi.
- Et la deuxième fois ? demanda Lily.
- Là, ils avaient tous la bonne feuille, et on a bien cru que ça marcherait. Ils ont fait croire qu'ils étaient malades pour pouvoir passer un mois entier à l'infirmerie sans avoir besoin de s'adresser à qui que ce soit à part à l'infirmière. Sirius avait inventé ce sort qui les rendait jaunes et qui était intraçable. Nous n'avions juste pas pensé que Madame Pomfresh allait ausculter leur gorge, et ils ont dû tous les trois avaler la feuille avant qu'elle ne la remarque. C'était stupide de notre part, je sais, c'était la chose la plus évidente et la seule que nous n'avions pas envisagée malgré toute notre préparation. De vrais abrutis... Donc pour la troisième fois...
- Vous avez laissé la maladie de côté...
- Oui, mais Peter avait une idée intelligente. Ils devaient tous faire semblant d'être en dépression. J'expliquais aux professeurs que ça n'allait pas très bien et qu'ils refusaient d'en parler. Je me souviens que nous avons été convoqués dans le bureau de McGonagall, et il y avait ce magazine sous son bureau... Il était probablement tombé de l'un de ses tiroirs... La couverture était mémorable. C'était un sorcier torse nu qui brandissait son balai, et le titre était « L'important n'est pas la taille du balai, mais la façon de s'en servir. » Et James et Sirius l'ont remarqué directement. Merlin. Ils ont essayé de se retenir, mais après cinq minutes ils étaient plus écarlates que je ne les avais jamais vu. Ils ont fini par avaler la feuille et sont partis dans un fou rire abominable. Le professeur McGonagall n'a jamais su pourquoi, mais elle nous a mis une semaine de retenue.
- Et Peter ? l'interrogea Lily après avoir ri.
- James lui a tapé dans le dos deux soirs plus tard en lui disant « bonne nuit », et la feuille est partie directement au fond de son estomac. »
Elle secoua la tête d'un air dépité mais ne put réprimer un nouveau rire. Rémus, lui, arborait le même sourire depuis le début de la conversation. Partager ces souvenirs devait lui faire revivre ces moments qu'il ne cautionnait pas forcément, mais qui lui rappelait à quel point il avait de la chance d'avoir rencontré ces garçons là.
« Vous deviez être bien plus préparés la quatrième fois, reprit Lily.
- Ils y étaient presque. On avait décidé de commencer un peu avant les vacances de février pour qu'ils n'aient pas trop à parler aux professeurs... Peter a malencontreusement avalé la feuille pendant un repas de famille la première semaine des vacances... Sirius, lui, a réussi. Le seul problème, c'est que la deuxième étape consiste à laisser la feuille dans un récipient en cristal au clair de lune, c'est très très rigoureux, et ce soir là... Le ciel était trop nuageux. Ça ne pouvait pas fonctionner. Il a dû tout recommencer.
- Et James ?
- James a... Tu t'en souviens peut-être. C'était la deuxième semaine des vacances, nous étions tous les quatre à Pré-au-Lard. Nous sortions d'Honeydukes et tu y rentrais et...
- Oh ! s'exclama Lily. Oh... reprit-elle en grimaçant.
- Tu t'en rappelles, nota t-il simplement en ricanant.
- Alors ce n'était vraiment pas volontaire... marmonna Lily en esquissant un sourire d'excuse.
- Pas le moins du monde, confirma t-il entre deux rires. »
Lily avait enterré ce souvenir si loin dans son esprit qu'elle dut faire un effort colossal pour en retrouver les détails. Elle était partie à Pré-au-Lard avec Mary, ce n'était qu'une petite sortie comme elles avaient l'habitude d'en faire quand elles n'étaient pas à Poudlard et qu'elles se manquaient l'une à l'autre, un après-midi entre copines qui mettait du baume au cœur à Lily quand elle devait passer ses journées avec une sœur particulièrement désagréable...
Elles étaient d'abord allées à Scribenpenne, puis avaient enchaîné avec un passage éclair chez Zonko avant d'aller prendre un goûter aux Trois Balais. Elles avaient ensuite décidé de faire un crochet par Honeydukes avant de se quitter, et alors que Lily s'apprêtait à ouvrir la porte du magasin, James Potter en était sorti en trombe et l'avait percutée de plein fouet, la faisant basculer en arrière. Déséquilibré, il avait aussi chancelé avant de s'affaler sur elle.
Il avait eu le réflexe de se retenir avec ses mains, aplaties sur le sol en pierres de chaque côté du visage de Lily qui avait grimacé et gémit pendant quelques secondes en se frottant la tête avant de reprendre ses esprits et de le repousser violemment sans entendre Mary qui lui demandait si elle allait bien, et Sirius qui tentait vainement de ravaler un rire devant la scène.
« Bouse de dragon, Potter ! Tu ne peux vraiment jamais t'arrêter ?! s'était-elle exclamée.
- Mais je...
- J'ai dit NON ! Non, non, non, et encore une fois non. Je n'irai jamais où que ce soit avec toi, et je trouve cela absolument abject que tu mettes en place de tels stratagèmes pour...
- Je n'ai pas fait exprès ! l'avait-il coupée en essayant de couvrir sa voix.
- Oh bien sûr. Parce que tu ne fais jamais exprès, avait-elle rétorqué sur un ton sec en s'époussetant.
- Lily, ta cheville ! »
Mary avait pointé du doigt la jambe de la jeune femme, et quand elle s'était penchée pour regarder, elle avait vu une grosse écorchure. Du sang coulait jusque dans sa chaussette. Elle avait soupiré et lancé un regard hargneux vers James dont la bouche s'ouvrait et se refermait comme s'il s'était soudainement transformé en carpe.
« Comment est-ce que tu as su que je serais là aujourd'hui, hein ? l'avait-elle questionné en croisant les bras contre sa poitrine.
- Je ne le savais pas !
- Comme tu veux, Potter, avait-elle dit en haussant les épaules. De toutes façons je n'ai pas envie de perdre mon temps avec toi, mais juste pour éviter à tes futures conquêtes la mort, ou pire... Des blessures qui les garderont en vie assez longtemps pour sortir avec toi, saches que ce n'est PAS LA BONNE METHODE ! avait-elle terminé en lui hurlant la fin de sa phrase. »
Elle s'était ensuite engouffrée dans Honeydukes avec Mary qui, alors qu'elles jetaient un coup d'oeil aux plumes en sucre, lui retira une feuille des cheveux.
« Ew... C'est quoi ça ? De la bave ? avait-elle déclaré avec dégoût en observant la feuille sous toutes les coutures.
- Ne raconte pas d'ânerie, il a neigé cette nuit, c'est juste un flocon qui a fondu dessus, avait simplement conclu Lily alors que Mary jetait la feuille dans la poubelle du magasin. »
Assise devant Rémus aux Trois Balais, elle songea que si elle parvenait un jour à revoir son petit-ami, elle devrait s'excuser en bonne et due forme pour cet horrible moment qu'elle lui avait fait passer. Pour l'instant, il lui semblait qu'elle ne pouvait que le faire par hibou.
« Oups, lâcha t-elle simplement à l'adresse du lycanthrope.
- Il était si énervé qu'il n'a pas arrêté d'en parler à Sirius pendant les vacances.
- Au moins, la cinquième fois a été la bonne.
- Pour eux deux, oui. Peter s'est fait prendre par Binns qui lui a demandé ce qu'il avait dans la bouche, il a dû avaler la feuille encore une fois, mais il a réussi un peu plus tard.
- Je suis désolée de ne pas avoir compris à ce moment là...
- Compris ce qu'ils faisaient pour moi, tu veux dire ? »
Elle acquiesça. En cinquième année, elle n'avait pas d'affinité particulière avec eux. Sirius et James l'agaçaient au mieux. Rémus et Peter étaient ceux qu'elle trouvait les moins insupportables, mais ils suivaient les deux autres et cela l'irritait régulièrement.
« Personne n'aurait pu comprendre. Ils ne montraient pas ce côté là, et surtout pas à toi. James était tellement... Gauche. Il faisait toujours exactement le contraire que ce qu'il fallait qu'il fasse dès que tu débarquais, et cela nous faisait mourir de rire avec les garçons.
- J'avoue que j'étais un peu moins amusée par la situation que vous...
- Normal. Tu n'avais pas les bons côtés, répondit Rémus en haussant les épaules. Moi je les avais. Après chaque pleine lune, il rendait ses devoirs sous mon nom pour que les professeurs pensent que j'avais fait le travail. Parfois, il n'avait pas le temps d'en refaire un pour lui, alors il allait en retenue. Ça m'énervait tellement qu'il se fasse punir à ma place, mais il ne voulait pas arrêter. Et il n'y avait pas que ça. Dès que quelqu'un avait le malheur de demander où j'étais le lendemain des pleines lunes, Sirius et lui trouvaient les meilleures excuses. Enfin, bref... Il n'est pas devenu génial du jour au lendemain, il l'a toujours été, il a simplement eu des moments... D'égarement. On en a tous eu, on était des enfants. »
Il n'était pas difficile de voir à quel point Rémus tenait à ses amis. Sa simple façon d'en parler en disait long. Son visage était beaucoup plus expressif lorsqu'il les mentionnait. Ils avaient changé sa vie. Lily acquiesça lentement, jeta un regard vers l'horloge, puis posa un peu d'argent sur la table pour payer sa bièraubeurre avant de tapoter la main de Rémus.
« Il faut que j'y aille, mes parents vont m'attendre pour dîner. Merci de m'avoir emmenée ici. Ça m'a fait du bien de passer du temps avec toi. On devrait refaire ça un de ces quatre.
- Quand tu veux Lily, lui repondit-il avec un enthousiasme qui n'était pas feint. »
Elle se leva, et quitta le pub en songeant que James avait peut-être eu une bonne idée. Elle avait l'impression d'avoir inspiré une bouffée d'air frais. C'était un peu comme si elle l'avait retrouvé pendant un instant, et elle transplana chez elle le cœur un peu plus léger.
