Les vacances d'octobre étaient arrivées et Dumbledore avait profité de l'absence d'une grande partie des élèves et des professeurs pour que la réunion de l'Ordre se tienne à Poudlard, dans son bureau. Lily avait rapidement quitté son boulot en envoyant un baiser à Rolanda qui lui avait simplement retourné un sourire avant de fermer le magasin derrière elle, puis elle avait transplané chez elle, pris une douche, et s'était rhabillée en vitesse.
« Tu es pressée ? lui demanda sa mère en la voyant passer à toute allure devant elle.
- Je te l'ai dit, je vais manger avec Mary, répondit-elle rapidement avant d'avaler un verre d'eau d'une traite.
- Lily, il faut qu'on parle de quelque chose avant que tu...
- On verra ça quand je rentrerai, la coupa t-elle en se précipitant vers le couloir. Pétunia est encore chez Vernon ? Elle y passe sa vie ces derniers temps, commenta t-elle en se regardant dans le miroir de l'entrée. »
Elle lissa sa jupe, ajusta sa queue de cheval, et défit un bouton de sa chemise alors que sa mère lui répondait par l'affirmative. Elle lança un joyeux « A tout à l'heure ! » et se cacha derrière la maisonnette de ses parents pour transplaner.
Quand elle foula de nouveau les pavés de Pré-au-Lard, son cœur battait si fort dans sa poitrine qu'elle avait l'impression qu'il bondissait littéralement. Elle allait enfin retrouver James. Ce n'était peut-être que pour le temps de la réunion, mais c'était déjà plus que ce qu'elle ne l'avait vu depuis début septembre.
Alastor Maugrey, qui était l'un des aurors responsable de la formation des nouveaux, avait décalé leurs horaires sous un faux prétexte pour permettre à Sirius et James d'assister au rassemblement de l'Ordre. S'il savait seulement à quel point cela bénéficiait à Lily aussi...
Elle songea qu'elle n'avait jamais traversé Pré-au-Lard aussi rapidement lorsqu'elle arriva devant les Trois Balais où ils s'étaient donnés rendez-vous. Il n'était pas encore là. Elle jeta un rapide coup d'oeil à sa montre et soupira lourdement. Etait-il seulement arrivé à l'heure quelque part une seule fois dans sa vie ?
Elle trépignait d'impatience lorsqu'une main se referma sur son poignet et la tira brusquement en arrière. Elle poussa un petit cri de surprise avant que l'odeur qui venait de l'envelopper ne lui fasse tourner la tête et se détendre contre son petit-ami qui l'avait coincée contre le mur de l'emblématique pub, là où aucun passant ne pouvait les voir.
Elle s'apprêtait à lâcher un faible et stupide « bonjour » mais il ne lui en laissa pas le temps et Lily ne l'en blâma pas du tout lorsqu'il l'embrassa avec une telle impétuosité que ses jambes se dérobèrent. Elle le sentit sourire contre ses lèvres alors que sa main s'était crispée sur ses hanches, et elle s'accrocha à tout ce qu'elle pouvait. Sa nuque, ses épaules, son tee-shirt, et Merlin, elle aurait fait l'amour avec lui dans cette allée s'il ne l'avait pas arrêtée.
« Merlin, souffla t-elle à deux centimètres de sa bouche.
- Comment est-ce que tu peux être encore plus belle que la dernière fois ? »
Elle ne répondit pas parce que ses lèvres étaient descendues dans son cou et qu'elle était incapable de se concentrer sur autre chose. Elle n'avait jamais autant apprécié de voir à quel point il avait envie d'elle. Elle voulait plus, elle voulait infiniment plus que ça, et lui aussi, et ils furent tous les deux aussi frustrés l'un que l'autre lorsqu'un raclement de gorge les fit retomber sur terre.
« Si on ne se dépêche pas, on va être en retard. C'est un véritable plaisir de te retrouver, Evans, déclara Sirius qui venait d'apparaître devant eux, un sourire narquois sur le visage.
- Le plaisir aurait été partagé si tu avais attendu quelques minutes de plus... Marmonna t-elle en s'écartant de James.
- Pour vous trouver dans une position obscène contre ce mur ? Mon cœur n'aurait pas supporté ça.
- Le mien l'aurait supporté, chuchota t-elle juste assez fort pour que James soit le seul à l'entendre. »
Ses yeux tombèrent sur elle et elle crut pendant l'espace d'une seconde qu'il allait éjecter son meilleur ami et reprendre exactement là où ils en étaient, mais elle savait aussi bien que lui qu'il y avait quelque chose d'une toute autre importance qui les attendait, alors il enfonça simplement ses mains dans sa poche et inspira profondément.
Elle ne s'y attendait pas tellement, mais le simple fait de le voir lutter pour ne pas craquer et tout envoyer valser était absolument jubilatoire. Ils marchaient les uns à côté des autres en direction de Poudlard lorsqu'elle glissa sa main dans la sienne. Grossière erreur. Elle eut l'impression de s'embraser.
Elle tenta de la lâcher presque aussitôt, mais James resserra ses doigts autour des siens et lui envoya un sourire malin. Cette espèce de troll des montagnes savait exactement ce qu'il se passait au fond d'elle et il voulait juste la voir plus désespérée pour lui qu'elle ne l'avait jamais été. Elle lui rendit son sourire, soucieuse de ne pas lui donner satisfaction, et elle se jura de lui faire payer ce petit air supérieur qu'il arborait.
Ils arrivèrent dans le bureau du professeur Dumbledore à l'heure qu'elle avait prévue. 19h45. James et Sirius devraient se rendre à la formation à 21h30. La réunion ne durerait définitivement pas plus d'1h, ce qui leur laisserait donc trois quarts d'heure pour se retrouver. C'était trop peu pour tout ce qu'elle avait en tête, mais elle s'en satisferait. Elle n'avait pas le choix. Elle s'en voulut presque instantanément de penser à cela alors qu'ils étaient à Poudlard pour des raisons autrement plus nobles.
Ils saluèrent tout le monde et Lily réalisa lorsque les yeux de Marlène McKinnon et Dorcas Meadowes tombèrent sur leurs mains jointes que c'était la première fois qu'ils ne faisaient pas attention à être discrets. Elle s'assit entre Mary et James, lui même à côté de Sirius, et tourna la tête vers sa meilleure amie alors que Rémus et Peter étaient en train de discuter avec les deux autres maraudeurs.
« Si cette réunion dure plus d'une heure je risque d'égorger quelqu'un, chuchota t-elle rapidement alors que James venait de lâcher sa main pour attraper un calepin que lui envoyait Peter.
- C'est quoi ta coiffure ? Vous vous êtes arrêtés pour vous sauter dessus entre deux buissons dans le parc ? plaisanta Mary.
- Si seulement, répondit Lily en arrangeant un peu sa queue de cheval. Où est Vance ?
- Son grand père est décédé. Elle voulait absolument venir quand même mais Dumbledore lui a dit de rester avec ses parents.
- Bouse. Je suis désolée. Est-ce qu'elle a besoin de quelque chose ou...
- Non, ne t'en fais pas Lily. Ils ne se connaissaient pas tant que ça, la coupa Mary en lui faisant signe de passer à autre chose.
- Bonjour à tous ! s'exclama soudainement le professeur Dumbledore, maintenant que nous sommes tous présents, nous pouvons commencer. »
Il n'y eut plus un bruit jusqu'à ce qu'il ne donne la parole aux quelques aurors qui faisaient partie du groupe et qui rapportèrent plusieurs dizaines d'attaques dans des quartiers moldus, la moitié ayant été couvertes par le ministère. Les choses ne s'amélioraient pas, et chacun essayait de trouver sa place dans cette nouvelle organisation. Marlène arrivait souvent avec de bonnes idées et elle avait proposé des séances d'entraînement aux sorts défensifs pour les membres qui ne pouvaient pas faire de duel chez eux comme Lily.
Tout le monde s'était accordé à dire qu'il était plus sage pour les plus jeunes d'accéder à ces séances et il avait été décidé qu'elles se tiendraient une fois par semaine dans un endroit que Maugrey leur communiquerait ultérieurement.
Voldemort avait été repéré quelque part sur les côtes de la Grande Bretagne d'après Elphias Doge, cela restait vaste, mais les rumeurs disaient qu'il se trouvait à l'est. Lily songea que cela n'avait guère d'importance puisqu'il pouvait être à un tout autre endroit l'instant d'après. Le seul intérêt de connaître son emplacement était probablement d'essayer de comprendre ce qu'il préparait, mais personne n'en avait la moindre idée, et cela était terrifiant.
La réunion se termina à l'heure que Lily avait prévu, mais son cœur était de nouveau lourd et sa tête bourdonnait. Elle ne pensait plus qu'à la guerre et était à peine capable de profiter du bras de James sur ses épaules lorsqu'ils quittèrent le bureau du directeur de Poudlard.
James s'arrêta dans le hall du château et força Lily à se retourner. Elle croisa son regard et elle crut pendant une seconde qu'elle allait fondre en larmes dans ses bras. Cette situation était invivable. Cette guerre les rattrapait quoi qu'ils fassent et lui donnait la sensation perpétuelle d'être dans un environnement inhospitalier.
James l'attira contre lui et son étreinte était juste tendre et paisible, tout le contraire des émotions par lesquelles ils passaient quand ils venaient à ces réunions qu'ils n'auraient pourtant abandonnées pour rien au monde. C'était comme s'il avait su que c'était exactement ce dont elle avait besoin. La boule au fond de sa gorge disparaissait un peu plus à chaque fois que sa main caressait son dos mais elle savait que cela ne durerait pas. Il allait partir, encore, et ils se manqueraient encore.
Elle aurait aimé lui dire qu'elle ne voulait pas qu'il s'en aille, mais cela semblait tellement déplacé et tellement égoïste qu'elle s'y refusa. Elle l'aurait supplié de rester si elle s'était écoutée. Ce dernier mois sans lui n'avait ressemblé à rien d'autre qu'à un fichu arc en ciel en noir et blanc, et maintenant qu'elle recommençait à entrevoir les couleurs, elle redoutait encore plus de le perdre encore.
Elle tenta vainement de lui dire qu'il lui manquait, mais aucun son ne sortit de sa bouche, alors elle le serra un peu plus fort. Les mots semblaient juste tatoués partout où il l'avait déjà touchée et la piquaient comme des centaines de minuscules aiguilles qu'elle n'aurait pas pu retirer si elle l'avait voulu. Elle ne le voulait pas, de toutes façons. Cela aurait voulu dire qu'elle ne l'aimait plus, et rien n'était plus invraisemblable que cette hypothèse.
Elle avait redouté que la distance puisse avoir raison de ses sentiments, mais elle s'était vite rendue compte que pour elle, cela ne s'était pas passé de cette façon. Il lui manquait un peu plus à chaque jour qui passait et même si leur relation épistolaire avait quelque chose d'exaltant qu'elle ne pouvait nier, elle ne suffisait plus à ses sentiments.
« Je suis libre dimanche... l'entendit-elle prononcer. »
Sa phrase résonna dans le hall du château et dans sa tête pendant quelques secondes avant qu'elle ne s'écarte de lui en lui jetant un regard incrédule.
« Tu es libre dimanche ? répéta t-elle en le dévisageant à toute vitesse pour essayer de déceler la moindre once de plaisanterie qui pourrait réduire ses espoirs à néant, mais il acquiesça simplement en souriant.
- Les formateurs nous donnent un jour de répit. Papa et maman partent en week-end ensemble... Sirius ira chez Rémus... Ou chez Peter, et nous pourrons être seuls.
- Pourquoi est-ce que tu ne me le dis que maintenant, idiot ?! J'étais en train de... Merlin, je te déteste, pesta t-elle en lui administrant une petite tape sur l'épaule.
- Oh alors j'imagine que je peux annuler et aller avec Sirius chez... »
La fin de sa phrase se perdit dans la bouche de Lily. Une bonne nouvelle. Enfin une bonne nouvelle. Elle arrivait à peine à y croire. Ils allaient enfin trouver assez de temps pour ne pas avoir à choisir entre parler et s'embrasser. Elle se serra un peu plus contre lui quand elle sentit sa main sur ses fesses, et une nouvelle fois, il venait d'expulser la guerre de son esprit. Un raclement de gorge les obligea encore une fois à se séparer, et Lily poussa un profond soupir d'agacement.
« Sirius Black je te jure que si tu ne nous laisses pas un peu d'intimité je... »
Elle s'arrêta net lorsque ses yeux tombèrent sur les professeurs Dumbledore et McGonagall qui étaient immobiles à quelques mètres d'eux, en bas des escaliers qu'ils avaient eux même descendus une quinzaine de minutes plus tôt. Elle sentit son visage s'enflammer et elle s'excusa platement avant de s'écarter de James qui avait l'air de se retenir d'éclater de rire.
« N'est-ce pas vous, Minerva, qui aviez peur que nos préfets en chef ne s'entendent pas l'année dernière ? demanda malicieusement le vieil homme en se tournant vers sa collègue qui se contenta de hausser les épaules.
- J'avais peur que Potter ait une mauvaise influence sur Evans.
- Je suis là, vous savez, lui fit remarquer James en enfonçant ses mains dans ses poches.
- Oh j'ai bien vu, croyez moi, et sachez, Potter, que les règles du château sont toujours les mêmes. Je n'aurais jamais cru dire ça un jour, mais ça vaut pour vous aussi, Evans. »
Son ton était sec, mais alors qu'elle pivotait légèrement pour souhaiter une bonne nuit au directeur de l'école, Lily jura avoir vu l'ombre d'un sourire planer sur son visage. Ils se saluèrent tous une dernière fois avant que les deux plus jeunes ne traversent le parc, laissant échapper un rire lorsqu'ils furent assez loin pour que personne ne les entende.
« Oh Merlin je n'arriverai plus jamais à les regarder en face, avoua Lily, mortifiée.
- Nous étions juste en train de nous embrasser, Lily, ils en ont vu d'autres, crois-moi, lui répondit James entre deux rires.
- Ta main était sur mes fesses, pointa t-elle.
- Et elle y était tellement bien. »
Lily pouffa et lui ébouriffa les cheveux tout en continuant à marcher à ses côtés. Elle jeta un bref coup d'oeil à sa montre et elle grimaça lorsqu'elle constata qu'il devrait partir dès qu'ils auraient rejoint Pré-au-Lard. Elle surprit le regard de James sur elle, et son bras s'enroula autour d'elle, et elle passa le sien autour de sa taille, et ils atteignirent le petit quartier commerçant quelques minutes plus tard.
« A dimanche, alors ?
- Je serai là à l'aube naissante, répondit-elle en lui adressant un sourire. »
Il posa sa main sur sa joue et elle pouvait jurer que son cœur était aussi lourd que le sien. Il ne l'embrassa pas une dernière fois avant de transplaner, et elle savait très bien que s'il l'avait fait ils n'auraient pas réussi à se quitter. Ils étaient trop jeunes pour vivre autant de frustration.
Elle transplana à son tour, traversa le jardin de ses parents, se débarrassa de ses chaussures dans l'entrée, et traversa le couloir avant de se figer dans l'encadrement de la porte du salon. Au milieu de la pièce se tenait sa sœur, noyée dans une énorme robe blanche en tulle.
« Qu'est-ce que... »
Elle ne parvint jamais à terminer sa phrase. Pétunia se tourna soudainement vers elle, le visage livide. Lily remarqua à ce moment là ses deux parents, de chaque côté de sa sœur, lui lançant un regard désolé, et elle comprit presque immédiatement. Elle se souvint de ce jour où elles s'étaient disputées à cause du hibou qui lui avait apporté la lettre de Scribenpenne, ce jour où Pétunia lui avait dit qu'elle se préservait pour le mariage... Elle n'avait seulement pas songé qu'elle connaissait déjà la date à ce moment là. Une larme roula sur sa joue. Elle avait pensé que sa sœur ne pourrait plus lui causer autant de peine, et elle s'était trompée.
« Quand ? demanda t-elle simplement.
- Dimanche.
- Dimanche ?! Répéta Lily, estomaquée. »
Ses doigts se refermèrent sur l'encadrement de la porte parce que ses jambes ne la portaient plus. Elle n'aurait jamais songé que leur conflit irait jusque là, jusqu'à se bannir définitivement l'une et l'autre de leur vie respective, et ce fut comme si sa sœur lui brisait le cœur encore et encore.
« Est-ce que tu comptais seulement me le dire... ? la questionna t-elle d'une voix chevrotante.
- J'ai essayé, lui répondit sèchement Pétunia.
- Tu as... Pardon ? »
La pilule avait du mal à passer. Elle prit une profonde inspiration et dévisagea la personne avec qui elle avait vécu toute sa vie comme s'il s'agissait d'une étrangère.
« Ce jour où le hibou est venu dans ma chambre ! rétorqua Pétunia. J'ai failli te le dire, mais tu ne voulais pas écouter alors...
- Je ne voulais pas écouter parce que tu essayais de faire en sorte que je me sente honteuse d'avoir passé une nuit avec James ! Quelle personne veut faire ressentir ça a une autre ? Quelle fille peut faire ça a une autre ?! riposta Lily d'une voix forte en essuyant rageusement les larmes qui coulaient sur son visage.
- Je n'étais pas... Je voulais juste...
- Peu importe ! Je te souhaite d'être heureuse parce que contrairement à ce que tu penses, je ne suis pas un monstre.
- Tu peux venir.
- Je peux venir ? Tu veux dire que tu me donnes l'autorisation ? Ou est-ce que j'ai une invitation ? l'interrogea t-elle en retenant un rire ironique.
- Je... Il y a une enveloppe à ton nom dans le buffet depuis un mois... Je croyais que tu la trouverais.
- Est-ce que chaque invité à eu le droit à un jeu de piste, Pétunia ? sur-enchérit-elle avant de jeter un regard vers leurs parents. Papa ? Maman ? Où était cachée la vôtre ? »
Ellen et Richard essayèrent de tempérer les choses, mais l'air pincé omniprésent sur le visage de Pétunia n'aidait en rien. Finalement, Lily quitta la pièce aussi rapidement que ses jambes le lui permirent et claqua violemment la porte de sa chambre.
Elle s'écroula sur son lit, pleurant et se maudissant de toujours verser des larmes à cause d'elle. Elle avait clairement manqué de discernement quand elle avait pensé qu'elle ne pourrait plus l'atteindre après qu'elle lui ai dit qu'elle aurait préféré qu'elle meurt plutôt qu'elle devienne une sorcière, mais elle aurait dû se douter qu'elle la surprendrait encore. Quand il s'agissait d'être odieuse, Pétunia était capable de l'impensable.
Elle ne se retourna pas lorsqu'elle entendit des petits coups frappés à sa porte qui s'ouvrit dans la minute qui suivit, ni quand elle sentit son matelas s'affaisser légèrement, ni quand la main de sa mère lui caressa tendrement les cheveux.
« Elle ne sait pas comment s'exprimer, mais elle veut que tu sois là, lui glissa Ellen.
- C'est gentil maman, mais tu sais aussi bien que moi qu'il n'y a rien de moins sûr que cette affirmation, répondit Lily entre deux sanglots.
- Elle m'a demandé de monter te le dire.
- Pourquoi est-ce qu'elle ne le fait pas elle-même ?
- Pour la même raison qu'elle ne t'a pas donné l'invitation en mains propres. Elle ne veut pas avoir à mettre sa fierté de côté. Elle m'a dit de te dire que tu pouvais amener James, mais... Ellen s'arrêta, un peu hésitante.
- Maman, vraiment, au point où on en est, tu peux tout me dire, l'encouragea Lily en se retournant vers elle.
- Elle veut juste qu'il n'y ait pas de magie et que le mot ne soit pas prononcé.
- Est-ce qu'elle a vraiment dit ça comme ça ? »
Ellen grimaça un peu pour seule réponse, et Lily leva les yeux au ciel, mais ses larmes s'estompèrent légèrement. Elle posa sa main sur celle de sa mère et elles échangèrent un regard équivoque. Elle savait que si elle refusait d'y aller, elle blesserait ses parents, et c'était aussi probablement la seule raison pour laquelle Pétunia avait envoyé Ellen dans sa chambre pour la convaincre, mais c'était une bonne raison. Lily hocha simplement la tête pour signifier qu'elle irait, et sa mère la serra un instant dans ses bras avant de se lever. Elle avait l'air profondément désolée de la façon dont les choses s'étaient déroulées et cela peina Lily d'avantage.
« Maman... Je ne vous en veux ni à toi, ni à papa de ne m'avoir rien dit. Je comprends, lui assura t-elle avant qu'elle ne quitte la pièce. »
Ellen essuya une larme au coin de ses yeux, esquissa un sourire dans sa direction, et quitta la chambre. Elle n'aurait pas pu être en colère contre eux. C'était le mariage de Pétunia et la décision de l'en informer ou non ne leur avait jamais appartenu. Elle comprenait leur silence, d'autant plus qu'elle savait à quel point cela avait dû les tirailler.
Elle resta dans son lit un moment, évitant soigneusement de descendre pour le dîner malgré les plaintes incessantes de son estomac, puis elle se leva pour aller s'asseoir à son bureau, soupira, et trempa sa plume dans l'encrier avant de commencer son parchemin.
« James,
Je suis désolée. Je viens d'apprendre que Pétunia se marie dimanche. Oui, ce dimanche, et non, je n'étais pas du tout au courant avant ce soir. D'après maman, elle voulait que je vienne mais elle n'osait pas me le demander... J'en doute fort, mais mes parents auraient le cœur brisé si je n'y allais pas, et je ne peux pas leur faire ça. Ils subissent déjà assez.
Je sais que c'est beaucoup demander, que c'est ton seul jour en commun avec les garçons et moi depuis des lustres, et que si on ne peut pas être seuls tous les deux tu préférerais certainement passer ton dimanche avec eux, mais... S'il te plaît, est-ce que tu pourrais m'y accompagner ?
Je comprendrais si tu refusais. Je t'assure que je ne t'en voudrais pas. Ça va probablement être interminable et de très mauvais goût... Vernon est odieux et ma sœur... Eh bien... Tu la connais déjà, alors je ne pourrais pas te blâmer de préférer passer du temps avec Lunard, Queudver, et Patmol.
On trouvera un autre moment pour se voir, ne t'en fais pas.
Lily. »
Elle observa sa dernière phrase en doutant fortement de son affirmation, puis elle plia le parchemin avec la sensation d'avoir un énorme bloc de glace dans la poitrine, et l'attacha à la patte du hibou familial qu'elle regarda s'envoler dans la nuit.
